Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
11 juin 2013 2 11 /06 /juin /2013 06:55

La mémoire spoliée

Les archives des Français, butin de guerre nazi puis soviétique

Sophie Coeuré

Nouvelle édition remise à jour d'un livre publié pour la première fois en 2007, cet ouvrage est absolument passionnant. Sur un sujet qui pourrait paraître ennuyeux (des montagnes de cartons d'archives...), nous avons un récit vivant qui ouvre largement sur de multiples pistes et pose de très nombreuses questions.

Sophie Coeuré reprend au fil des chapitres toute la chronologie de l'histoire mouvementée de ces archives de la IIIe République, saisies par les Allemands au printemps 1940 et pour certaines transférées au coeur du Reich pour y être systématiquement exploitées (Qui sont les partisans de l'autonomie en Rhénanie ? Qui sont les agents français en Allemagne avant-guerre ? Comment la France a-t-elle négocié avec telle ou telle personnalité étrangère ?, etc.). Selon Karl Epting, adjoint de l'ambassadeur Abetz, "les archives pouvaient être des armes aussi terribles que les obus"... Mais, en 1944, le travail est encore loin d'être terminé et du fait de la progression des alliés occidentaux comme de l'Armée rouge, des stocks d'archives saisies nomadisent à travers le Reich, de Bohème en Bavière. Or, différents organismes civils et militaires soviétiques organisent dans les territoires conquis par l'Armée rouge la collecte systématique des archives "ennemies" et leur transfert en Union soviétique. La chose fut connue, ... mais un silence presque complet est rapidement fait sur ce dossier. Les archives sont oubliées et pratiquement considérées comme perdues, tandis que les services de renseignement de Moscou s'efforcent, à leur tour, de les "faire parler" ("Archives spéciales centrales d'Etat" du NKVD). Leur restitution (très) progressive est largement fonction du "dégel" entre les blocs à partir de 1966, mais c'est surtout après l'implosion de l'Union soviétique que les choses se dénouent : "L'historienne et archiviste américaine Patricia Grimsted, l'un des meilleurs spécialistes occidentaux du réseau complexe des administrations d'archives soviétiques, créait la sensation dans une interview à l'hebdomadaire Literatournaïa Gazeta en mentionnant pour la première fois la présence de dossiers français, ceux de la Sûreté nationale et du 2e bureau". Les principaux retours de Russie commencent en 1994 pour se terminer six ans plus tard (plus d'un million de dossiers restitués), et chaque grand organisme français (Archives nationales, archives diplomatiques, archives militaires, etc.) adopte sa propre politique pour reclasser, inventorier, et (pour les plus performants) remettre ces documents à la disposition du public. De changements de méthodes en changements d'hommes, les archives de l'ancien ministère de la Guerre sont encore les moins accessibles. Mais le livre ne s'étend pudiquement pas sur ces difficultés. De même, il reste relativement discret sur ces conservateurs des années 1940 (dont on apprend qu'ils ne furent pratiquement pas sanctionnés à la Libération) qui, en "bons fonctionnaires", facilitèrent la première saisie par les Allemands. C'est passionnant et les efforts faits par la Reich comme par l'URSS pour se les approprier et les exploiter témoigne bien de toute l'importance de cette ressource.

Nous avons centré notre recension sur les archives (militaires), mais le livre s'intéresse aussi aux spoliations culturelles et artistiques, dont il est question à de nombreuses reprises. Vous saurez ainsi tout (ou presque, j'ai une ou deux anecdotes supplémentaires en réserve) sur l'histoire de ces "fonds de Moscou" et vous en apprendrez beaucoup sur l'importance politique et stratégique des archives, si injustement décriées ou ignorées. A lire. Absolument.

Petite Bibliothèque Payot / Histoire, Paris, 2013, 375 pages. 10,65 euros.

ISBN : 978-2-228-90904-4.

Archives "de Moscou"
Repost 0
Published by guerres-et-conflits - dans Réflexions générales
commenter cet article
11 juin 2013 2 11 /06 /juin /2013 06:50

Léonard de Vinci

Homme de guerre

Pascal Brioist

Le nom de Léornard de Vinci est immédiatement associé au mouvement artistique de la Renaissance et chacun sait plus ou moins qu'au-delà de ses talents de peintre, il a dessiné de très nombreux objets et matériels "futuristes". Pascal Brioist, dans cet ouvrage, nous présente le parcours et les travaux de l'ingénieur militaire.

Il étudie d'abord la formation de Léonard de Vinci et explique comment celui-ci a pu être formé à l'art de la guerre et à celui des fortifications, puis s'attarde en détail sur son action, son rôle, sa place mais aussi ses influences lorsqu'il est successivement au service de Florence, de Venise et de Milan. C'est dire l'atmosphère qui l'entoure : l'époque glorieuse de la Sérénissime, la puissance des Sforza, le faste des Médicis, l'Italie des Condottieri... C'est le temps de Machiavel et du pape Alexandre VI, mort empoisonné. Tout en racontant les campagnes militaires de l'époque en Italie centrale et du nord, Pascal Brioist n'oublie jamais son héros, qui y participe activement et à l'occasion desquelles, comme ingénieur militaire, il est particulièrement bien rémunéré (p. 217). Léonard de Vinci y apparait presque comme un "chef d'entreprise", qui discute les projets, propose ses plans, sous-traite la réalisation à des artisans qu'il contrôle. Constructions et aménagements de places fortes, balistique, hydrologie (il pense pouvoir détourner le cours de l'Arno pour Florence en guerre contre Pise), combinaisons et appareils de plongée, principe du sous-marin, miroirs paraboliques incendiaires (en souvenir du siège de Syracuse), etc. : aucun domaine des techniques militaires ne lui semble étranger et l'auteur nous précise au fur et à mesure ses différentes contributions (avérées ou supposées) aux différentes campagnes. On apprécie ici les nombreux extraits de documents d'époque et les diversité des références d'archives utilisées.

Au total, outre la (re)découverte précise d'un homme et de son oeuvre, Pascal Brioist nous offre aussi un vaste tableau des conflits qui opposent les flamboyantes seigneuries italiennes de la Renaissance, de la vitalité et de la puissance de ces cités, de la "révolution" militaire en marche, des théoriciens du temps et des grands capitaines, de la violence des affrontements aussi, qui tranche (sans jeu de mots) avec le raffinement d'une culture en plein essor (voir le récit de la campagne française contre Gênes et l'entrée triomphale et incroyablement fastueuse de Louis XII dans MIlan). Un livre qui passionnera tous les amateurs de cette extraordinaire période d'ébullition intellectuelle.

Alma éditeur, Paris, 2013, 359 pages, 24 euros.

ISBN : 978-2-36-279070-6

Plus important que la Joconde ?
Repost 0
Published by guerres-et-conflits - dans XVIe - XVIIIe siècles
commenter cet article
11 juin 2013 2 11 /06 /juin /2013 06:45

Napoléon III et les femmes

Magazine Napoléon III  -  n° 23

Un numéro essentiellement orienté sur des aspects sociaux et culturels de l'histoire du Second empire (la ville de Bordeaux, le peintre Courbet, la côte d'Albâtre, l'Académie française). Par ailleurs, Alain Pigeard présente l'immense et somptueux "Panorama de Sébastopol" (4000 personnages !), inauguré dans la ville en 1905 et restauré ; tandis que Louis Delpérier poursuit ses articles présentant armes et unités avec "Les Chasseurs à pied". On apprécie l'original article d'Isabelle Guillaume sur "L'édition pour la jeunesse", et la dense carrière de "Léon Briot, un marin sous le Second empire" (par Marc Nadaux).

Société et culture
Repost 0
Published by guerres-et-conflits - dans Presse "Histoire"
commenter cet article
11 juin 2013 2 11 /06 /juin /2013 06:42

Jeu-concours mensuel

de La Chouette

Notre gagnant de ce mois-ci, Alain Petitjean, est le seul a avoir trouvé le titre exact du livre dont la recension a fait l'objet du plus grand nombre de conections directes : Etre soldat de la Révolution à nos jours, par François Cochet (ici).

Bravo à lui, merci à tous les participants et au mois prochain !

 

Encore un gagnant !
Repost 0
Published by guerres-et-conflits - dans Débats et actualité
commenter cet article
11 juin 2013 2 11 /06 /juin /2013 06:40

Le prochain café géostratégique de l'AGS se tiendra

jeudi 13 juin à partir de 19h00  au café Le Concorde

sur un thème d'une grande actualité :

 

Après-demain : Sahara et Sahel
Repost 0
Published by guerres-et-conflits - dans Débats et actualité
commenter cet article
10 juin 2013 1 10 /06 /juin /2013 06:50

La guerre d'Algérie des Harkis

1954-1962

François-Xavier Hautreux

Belle et solide étude, au ton mesuré, que nous livre aujourd'hui François-Xavier Hautreux avec cette Guerre d'Algérie des Harkis.

Il semble, à la lecture de ce travail, que l'on puisse enfin parler sereinement des différentes formes d'organisations des "supplétifs" autochtones de l'armée française pendant la guerre d'Algérie, en dépit des blessures toujours ouvertes et des mémoires exacerbées. En effet, comme le précise l'auteur dans son introduction, "le mot 'Harki' ... a depuis longtemps cessé de désigner dans le langage courant une quelconque réalité historique pour devenir un symbole, une métaphore dont le contenu n'appartient finalement qu'à celui qui en use". Il rappelle également que "les Harkis et les autres auxiliaires de l'armée française forment un groupe cohérent et ont une histoire qui leur est propre", ce qui explique qu'il se place non pas au plan individuel mais au niveau collectif d'un "système mis en place et planifié dans un contexte particulier, organisé par un grand corps de l'Etat". Afin de permettre au lecteur de suivre sa démonstration aisément et en toute cohérence, François-Xavier Hautreux adopte un plan chronologique en trois grandes parties : "Premiers engagements, 1954-1956" (comprenant les chapitres "Héritages coloniaux", "Guerre de libération nationale ou guerres locales", "Guerre révolutionnaire et troupes auxiliaires"), puis "Gagner la guerre avec les Algériens, 1957-1961" (avec "Contre offensive, 1957-1958", "Challe et les supplétifs, l'apogée, 1959-1961" et "Hsitoires et mémoires de guerre"), et enfin "Finir la guerre, 1961- ..." (avec "Le désengagement", "L'Algérie ou la France, le chaos du printemps 1962" et "Après l'indépendance, les Harkis entre l'Algérie et la France". On comprend qu'il lui est ainsi possible de traiter son sujet de façon à la fois extrêmement large mais aussi nuancée, puisqu'en abordant des aspects très différents (recrutement, motivations, administration, emploi, situation-s- après 1961, etc.) pour les diverses catégories de supplétifs (Harkis stricto sensu, mais aussi Aassès, groupes divers d'autodéfense, Mokhaznis, etc.), il peut relativiser le poids de tel ou tel élément dans un riche tableau d'ensemble. N'attendez pas de ce livre (sauf à la marge) la description de situations individuelles ou un récit frappé au sceau de l'émotion. Le texte est toujours référencé, les données administratives et réglementaires sont précisées et les "à côtés" politiques ou financiers pris en compte. Quelques images, désormais bien connues, frappent néanmoins, comme celles, finales, de ces camps de Rivesaltes et de L'Ardoise en 1962, où "l'improvisation domine" et où "les douches ne fonctionnent pas", dans "un océan de boue privé d'électricité" tandis qu'une "seule infirmerie accueille les malades à la lumière des bougies"... Une dette supplémentaire contractée par une République bien oublieuse de ceux qui avaient choisi de se battre pour elle.

Quelques tableaux récapitulatifs et graphiques complètent les données chiffrées, et le livre se termine sur plusieurs dizaines de pages de notes et de bibliographie, permettant à ceux qui le souhaitent d'aller plus loin. Si le sujet divise encore (en particulier de l'autre côté de la Méditerranée), voilà une solide synthèse qui devrait s'imposer par sa précision et son recul vis-à-vis de réactions trop émotives, même si elles sont humainement compréhensibles.

Perrin, Paris, 2013, 468 pages, 24 euros.

ISBN : 978-2-262-03591-4.

L'auteur a bien voulu préciser certains points sur ce dossier resté pour beaucoup sensible

Question : Alors que nous venons de passer le cinquantième anniversaire de la fin de la guerre d'Algérie, pensez-vous que les esprits soient prêts, désormais, à aborder ces sujets avec sérénité ?

Réponse : Tout dépend de quels esprits nous parlons. A l’université, dans les revues, dans les musées, dans de nombreux autres endroits, on peut parler de l’histoire franco-algérienne avec sérénité la plupart du temps. Ailleurs, l’émotion que celle-ci suscite n’empêche pas toujours la sérénité. Ce qui provoque cette émotion, c’est le « contemporanéisme », pourrait-on dire. Le fait qu’il s’agisse d’une histoire à la fois passée et « présente ». Parfois, c’est la lecture contemporaine qui domine. Parfois, elle est utilisée à d’autres fins que celle de la compréhension. C’est cela qui empêche la sérénité. Avec plus ou moins d’intensité, la « guerre d’Algérie » est un de ces sujets qui concerne chacun d’entre nous. Pour les « harkis », le lien entre passé et présent est plus évident, il tourne même souvent à la confusion. Il est aussi plus vivant et en construction. Ce sujet est également particulièrement politisé depuis 1962, c’est sans doute là que réside le principal obstacle à la sérénité.

Question : Au-delà des motivations finalement très variées des Harkis à l'engagement, vous évoquez une "économie parallèle de la guerre" et des "crédits Harkis" ne servant pas qu'à financer ces troupes supplétives. Fallait-il tricher avec les budgets pour pouvoir faire la guerre ?

Réponse : Concernant les harkis (qui étaient une catégorie d’auxiliaires Algériens de l’armée française), le commandement français a toujours été plus attentif à leur gestion, à leur administration, qu’à leurs missions. Les harkis étaient des unités civiles à l’origine. A l’été 1957, ils passent sous commandement militaire, mais continuent d’être financés sur des crédits civils, dépendant du gouvernement général d’Alger. A partir de 1959, le contrôle civil se resserre sur ces dépenses. On découvre alors que les « crédits harkis » permettent de financer tout autre chose que des soldats auxiliaires. Du « frigidaire » (comme le disait Jean Servier) aux agents clandestins. Face à leur mission de « pacification », les militaires, sur le terrain, étaient confrontés à une  grande diversité de tâches. Ces tâches ne relevaient pas toutes de lignes budgétaires clairement définies. La paperasse ne pouvait pas régler toutes les situations. Les « crédits harkis » ont ainsi pu permettre de financer une partie de ces tâches ; d’améliorer l’ordinaire, peut-être aussi. Les harkis n’étaient pas une exception. Les soldes des mokhaznis étaient également l’objet de certains détournements (cette fois-ci par les SAS), avec de nombreux cas des « mokhaznis fictifs ». Dans le cas des harkis, le commandement a préféré tolérer et encadrer la plupart des pratiques « frauduleuses ».

Question : Pourquoi les 'Aassès' sont-ils créés en 1960, alors que leur statut est pratiquement identique à celui des Harkis ? Ont-ils reçu des missions différentes ?

Réponse : Les aassès furent la dernière catégorie d’auxiliaires « Français musulmans » créée par l’armée française en Algérie, à la fin de l’année 1960. Leur statut administratif était pratiquement identique à celui des harkis, à l’exception de l’autorité ministérielle qui les finançait (les aassès relevaient du budget militaire). Les missions remplies par les gardes se rapprochaient également de celles des harkis. Sur le terrain, pour simplifier, on peut dire que la distinction entre aassès et harkis est largement fictive. Les deux groupes finissent d’ailleurs par être simplement assimilés à la fin de l’année 1961.  Pour comprendre la création de ce groupe, il faut revenir un peu en arrière : les aassès sont en fait les héritiers des auxiliaires algériens membres des Unités territoriales (force auxiliaire essentiellement constituée d’européens), dissoutes en 1960.

Question : Peut-on établir un bilan, une synthèse, de leur poids, de leur rôle réel, dans les opérations militaires ?

Réponse : Pas aujourd’hui, et il sera très difficile d’établir un bilan du poids opérationnel des auxiliaires algériens considéré globalement. La première tâche doit donc être de distinguer entre les formes d’engagement. L’armée française a compté jusqu’à 5 catégories d’auxiliaires algériens distinctes. Pour les Groupes d’autodéfense, on dispose de quelques bilans tardifs et lacunaires : ils montrent une activité opérationnelle très limité, malgré les tentatives d’encouragement de l’armée. Pour les mokhaznis, il faudrait faire un bilan de l’activité opérationnelle des SAS… qui n’existe pas à ma connaissance. Pour les harkis, le groupe qui a été le plus étudié, on se confronte également à un problème de diversité que l’armée elle-même avait renoncé à régler. Les harkis, pour le dire simplement, faisaient un peu tout et n’importe quoi. On pourrait dresser plus facilement un bilan opérationnel des commandos de chasse, au sein desquels quelques milliers de harkis ont servi. Un tel bilan ne concernerait toutefois qu’une minorité d’auxiliaires algériens (5 %, tout au plus), la partie émergée de l’iceberg. L’action des auxiliaires s’inscrit par contre toujours dans le cadre de la pacification, dans la vie quotidienne des secteurs territoriaux décrits par Jean-Charles Jauffret, par exemple.

Question : On ne peut pas aborder ce sujet sans évoquer la mémoire qui en a été conservé. Comment évaluriez-vous aujourd'hui le souvenir des Harkis dans la mémoire collective de la guerre d'Algérie ?

Réponse : Honnêtement, je ne saurai répondre à cette question. Il n’y a pas à mon sens de « mémoire collective » de la guerre d’Algérie mais des mémoires fragmentées. Qu’on soit Algérien, Français, conservateur ou progressiste, selon l’âge et le niveau d’étude aussi, la « mémoire collective » est différente concernant certains sujets. Je suis toujours frappé par les gens qui me disent par exemple « harkis, ça veut dire traître en arabe ». Parfois, il n’y a pas mémoire mais amnésie. Les choses bougent, bien sûr. En France, il existe un nombre impressionnant d’associations qui ont pour objet d’entretenir la mémoire harkie. Je pense que leur diversité est à la fois la conséquence et le témoignage de leur difficulté à se « faire entendre ». Malgré cela, elles parviennent à conserver actuelle cette page de l’histoire.

Merci beaucoup pour ces très utiles précisions et plein succès pour votre livre. 

Une histoire tragique
Repost 0
Published by guerres-et-conflits - dans Guerre d'Algérie
commenter cet article
10 juin 2013 1 10 /06 /juin /2013 06:45

Soldats

Combattre, tuer, mourir :

procès-verbaux de récits de soldats allemands

Sönke Neitzel et Harald Welzer

La belle collection classique de la NRF nous propose aujourd'hui un volume tout à fait atypique. A l'aide des retranscriptions effectuées pendant la guerre elle-même par les Britanniques et par les Américains à partir de dizaines de milliers d'écoutes clandestines de prisonniers allemands de tous grades, les deux auteurs (un historien et un sociologue) tentent de cerner la notion de violence dans le vécu des soldats, leur degré d'adhésion au national-socialisme : "La normalité du brutal ne démontre qu'une seule chose : la mise à mort et la violence extrême font partie du quotidien des narrateurs et de leurs auditeurs, elles n'ont justement rien d'extraordinaire. Ils en discutent pendant des heures, mais parlent aussi, par exemple, des avions, des bombes, des radars, des villes, des paysages et des femmes".

Dans un long premier chapitre, ils fixent les bornes de leur étude. A partir de leur constat initial, ils soulignent la complexité et à la diversité, paradoxalement, des situations individuelles : "La plupart ne s'intéressent guère à l'idéologie, à la politique, à l'ordonnancement du monde ni aux autres choses du même ordre : s'ils font la guerre, ce n'est pas par conviction, mais parce qu'ils sont soldats". Les auteurs prennent enfin soin de poser le cadre de leur étude, de rappeler l'importance de la chronologie, la différence entre les perceptions immédiates et les restitutions ultérieures, le rôle des "modèles", l'importance de la camaraderie dans le danger partagé, la place des stéréotypes, etc. C'est dire si leur travail tient autant de l'approche historienne que d'une quasi "anthropologie" du soldat.

L'ouvrage est ensuite construit autour de deux chapitres très dissemblables. Le bref chapitre 2, "Le monde des soldats", a pour vocation de présenter le cadre de référence des guerres conduites par le IIIe Reich (rappelons quand même qu'Hitler n'a pas créé la croix de fer ke 1er septembre 1939, p. 95). Assez descriptif, il n'apporte pas grand chose à l'ensemble. Le très long chapitre 3 (pp. 102-468), par contre, liste sous le titre générique "Combattre, tuer et mourir" toute une série de thèmes, de "Abattre en vol" à "Crimes", en passant par "Camps", "Sexe", "Führer", Valeurs", etc. Ceux-ci sont analysés à partir de synthèses des archives consultées par les deux auteurs, et illustrés par de larges extraits de conversations (ici un sous-marinier, là un capitaine de la SS, ailleurs un sous-officier d'infanterie, un pilote d'avion, un général en première ligne, etc.). Certains récits font froid dans le dos, d'autres étonnent par le détachement apparent de ceux qui s'expriment : toutes les facettes de sensibilités et des subtilités de l'âme humaine est ici représentée. La conclusion, sous le titre général "A quel point la guerre de la Wehrmacht était-elle nationale-socialiste ?", reprend point par point un certain nombre d'items ("la définition de l'adversaire", "vengeance", "prisonniers", "idéologie", "violence", etc.) et souligne une nouvelle fois la diversité des cas et des situations, mais se termine un peu en queue de poisson : "La confiance qu'ont les temps modernes dans la distance qu'ils auraient prise par rapport à la violence est illusoire. Les gens tuent pour les raisons les plus diverses. Les soldats tuent parce que c'est leur mission"... C'est un peu court. Par ailleurs, les références finales aux conflits récents (Vietnam, Irak, Afghanistan, etc.) sont parfois "capillo-tractées" et l'on peut douter de la pertinence de certaines comparaisons. Il y a fort à parier que depuis que notre ancêtre à tous s'est redressé sur ses pattes de derrière, les coups de gourdin sur celui qui occupe la caverne d'à côté n'ont pas tous été justifiés, mais ils ont bien été donnés ; et il n' y a sans doute pas plus de raisons d'en chercher la cause dans la Seconde guerre mondiale que dans la guerre de Sept Ans.

On retiendra donc d'abord ce qui fait la vraie richesse de l'ouvrage, tout le coeur du livre qui multiplie les citations directes et apporte ainsi une multitude d'informations précises sur tel ou tel front, tel ou tel combat, telle ou telle spécialité ou arme d'appartenance. Ce véritable caléidoscope de la perception par des soldats de leur propre guerre donne au volume, qui se termine par plus d'une centaine de pages d'annexes, notes, index et références qui en garantissent le sérieux, un caractère étonnant. Un ouvrage particulièrement utile, à partir duquel les chercheurs procéderont eux-mêmes à leur propre analyse des témoignages fournis.

NRF Essais, Gallimard, Paris, 2013 619 pages. 28,90 euros.
ISBN : 978-2-07-013590-5.

 

La guerre du soldat allemand
Repost 0
Published by guerres-et-conflits - dans Seconde guerre mondiale
commenter cet article
10 juin 2013 1 10 /06 /juin /2013 06:40

Livre blanc

Les armées sous pression

DSI  -  juin 2013

L'éditorial donne le ton : "Il ne faut pas s'y tromper, les réductions ont elles-mêmes un coût. Restreindre les effectifs de 24.000 personnes, étaler les commandes et les réduire, c'est gagner un peu d'agent pour perdre beaucoup d'efficacité". On lira en particulier "Le vide stratégique français à la lumière du Livre blanc 2013", par Benoist Bihan, qui pointe "les maladresses et les incohérences" du document. Outre les chroniques habituelles, on sera également attentif aux quatre articles de la rubrique Stratégie" : "De la tension naturelle entre le politique et le militaire" (Vincent Desportes), "Israël : guerre et communication 2.0" (Romain Mielcarek), "Capturer le Kairos" (Yann Lamotte), et "La défaite prussienne de 1806 : la débâcle d'un ordre révolu ?" (Boris Bovekamp).

Déclassement militaire
Repost 0
Published by guerres-et-conflits - dans Presse "Défense"
commenter cet article
10 juin 2013 1 10 /06 /juin /2013 06:35

Commémorations nationales

2013

Le guide des commémorations nationales 2013 est disponible, téléchargeable et imprimable sur le site des Archives de France. Pour y accéder, cliquer : ici.

Laissons à chacun le soin d'essayer d'en établir la synthèse et d'en déterminer l'éventuelle cohérence d'ensemble...

Cohérence des commémorations ?
Repost 0
Published by guerres-et-conflits - dans Débats et actualité
commenter cet article
9 juin 2013 7 09 /06 /juin /2013 07:20

Les Troupes coloniales

(en partenariat avec la Revue historique des Armées)

au sommaire de notre réunion de mercredi

Venez nombreux dialoguer avec quelques uns des meilleurs spécialistes

12 juin à 19h00

Café Le Concorde, boulevard Saint-Germain (métro Assemblée nationale)

 

Dans 3 jours ...
Dans 3 jours ...
Repost 0
Published by guerres-et-conflits - dans Débats et actualité
commenter cet article

Qui Suis-Je ?

  • : Guerres-et-conflits
  • : Guerres et conflits XIXe-XXIe s. se fixe pour objectif d’être à la fois (sans prétendre à une exhaustivité matériellement impossible) un carrefour, un miroir, un espace de discussions. Sans être jamais esclave de la « dictature des commémorations », nous nous efforcerons de traiter le plus largement possible de toutes les campagnes, de tous les théâtres, souvent dans une perspective comparatiste. C’est donc à une approche globale de l’histoire militaire que nous vous invitons.
  • Contact

  • guerres-et-conflits
  • L'actualité de la presse, de l'édition et de la recherche en histoire

Partenariat

CHOUETTE

Communauté TB (1)

Recherche

Pour nous joindre

guerres-et-conflits@orange.fr

Cafés historiques de La Chouette

Prochaine séance : pour la rentrée de septembre. Le programme complet sera très prochainement mis en ligne.

Publications personnelles

Livres

 

doumenc-copie-1.jpgLa Direction des Services automobiles des armées et la motorisation des armées françaises (1914-1918), vues à travers l’action du commandant Doumenc

Lavauzelle, Panazol, 2004.

A partir de ma thèse de doctorat, la première étude d’ensemble sur la motorisation des armées pendant la Première Guerre mondiale, sous l’angle du service automobile du GQG, dans les domaines de l’organisation, de la gestion et de l’emploi, des ‘Taxis de la Marne’ aux offensives de l’automne 1918, en passant par la ‘Voie sacrée’ et la Somme.

 

La mobilisation industrielle, ‘premier front’ de la Grande Guerre ? mobil indus

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2005 (préface du professeur Jean-Jacques Becker).

En 302 pages (+ 42 pages d’annexes et de bibliographie), toute l’évolution industrielle de l’intérieur pendant la Première Guerre mondiale. Afin de produire toujours davantage pour les armées en campagne, l’organisation complète de la nation, dans tous les secteurs économiques et industriels. Accompagné de nombreux tableaux de synthèse.

 

colonies-allemandes.jpgLa conquête des colonies allemandes. Naissance et mort d’un rêve impérial

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2006 (préface du professeur Jacques Frémeaux).

Au début de la Grande Guerre, l’empire colonial allemand est de création récente. Sans continuité territoriale, les différents territoires ultramarins du Reich sont difficilement défendables. De sa constitution à la fin du XIXe siècle à sa dévolution après le traité de Versailles, toutes les étapes de sa conquête entre 1914 et 1918 (388 pages, + 11 pages d’annexes, 15 pages de bibliographie, index et cartes).

 

 caire damasDu Caire à Damas. Français et Anglais au Proche-Orient (1914-1919)

 14/18 Editions, Saint-Cloud, 2008 (préface du professeur Jean-Charles Jauffret).

Du premier au dernier jour de la Grande Guerre, bien que la priorité soit accordée au front de France, Paris entretient en Orient plusieurs missions qui participent, avec les nombreux contingents britanniques, aux opérations du Sinaï, d’Arabie, de Palestine et de Syrie. Mais, dans ce cadre géographique, les oppositions diplomatiques entre ‘alliés’ sont au moins aussi importantes que les campagnes militaires elles-mêmes.

 

hte silesieHaute-Silésie (1920-1922). Laboratoire des ‘leçons oubliées’ de l’armée française et perceptions nationales

‘Etudes académiques », Riveneuve Editions, Paris, 2009.

Première étude d’ensemble en français sur la question, à partir du volume de mon habilitation à diriger des recherches. Le récit détaillé de la première opération civilo-militaire moderne d’interposition entre des factions en lutte (Allemands et Polonais) conduite par une coalition internationale (France, Grande-Bretagne, Italie), à partir des archives françaises et étrangères et de la presse de l’époque (381 pages + 53 pages d’annexes, index et bibliographie).

 

cdt armee allde Le commandement suprême de l’armée allemande 1914-1916, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général von Falkenhayn 

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Le texte original de l’édition française de 1921 des mémoires de l’ancien chef d’état-major général allemand, accompagné d’un dispositif complet de notes infrapaginales permettant de situer les lieux, de rappeler la carrière des personnages cités et surtout de comparer ses affirmations avec les documents d’archives et les témoignages des autres acteurs (339 pages + 34 pages d’annexes, cartes et index).

 

chrono commChronologie commentée de la Première Guerre mondiale

Perrin, Paris, 2011.

La Grande Guerre au jour le jour entre juin 1914 et juin 1919, dans tous les domaines (militaire, mais aussi politique, diplomatique, économique, financier, social, culturel) et sur tous les fronts. Environ 15.000 événements sur 607 pages (+ 36 pages de bibliographie et d’index).

 

 Les secrets de la Grande Guerrecouverture secrets

Librairie Vuibert, Paris, 2012.

Un volume grand public permettant, à partir d’une vingtaine de situations personnelles ou d’exemples concrets, de remettre en lumière quelques épisodes peu connus de la Première Guerre mondiale, de la question du « pantalon rouge » en août 1914 à l’acceptation de l’armistice par von Lettow-Vorbeck en Afrique orientale, après la fin des hostilités sur le théâtre ouest-européen.

 

Couverture de l'ouvrage 'Mon commandement en Orient'Mon commandement en Orient, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général Sarrail

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2012

Le texte intégral de l'édition originale, passé au crible des archives publiques, des fonds privés et des témoignages des acteurs. Le récit fait par Sarrail de son temps de commandement à Salonique (1915-1917) apparaît véritablement comme un exemple presque caricatural de mémoires d'autojustification a posteriori

 

 

Coordination et direction d’ouvrages

 

Destins d’exception. Les parrains de promotion de l’Ecole Spéciale Militaire de Saint-Cyr

SHAT, Vincennes, 2002.

Présentation (très largement illustrée, 139 pages) des 58 parrains qui ont donné leur nom à des promotions de Saint-Cyr, entre la promotion « du Prince Impérial » (1857-1858) et la promotion « chef d’escadrons Raffalli » (1998-2001).

 

fflLa France Libre. L’épopée des Français Libres au combat, 1940-1945

SHAT, Vincennes et LBM, Paris, 2004.

Album illustré présentant en 191 pages l’histoire et les parcours (individuels et collectifs) des volontaires de la France Libre pendant la Seconde guerre mondiale.

 

marque courageLa marque du courage

SHD, Vincennes et LBM, Paris, 2005.

Album illustré présentant en 189 pages l’histoire des Croix de Guerre et de la Valeur Militaire, à travers une succession de portraits, de la Première Guerre mondiale à la Bosnie en 1995. L’album comporte en annexe une étude sur la symbolique, les fourragères et la liste des unités d’active décorées.

 

  90e anniversaire de la Croix de guerre90-ANS-CROIX-DE-GUERRE.jpg

SHD, Vincennes, 2006.

Actes de la journée d’études tenue au Musée de l’Armée le 16 novembre 2005. Douze contributions d’officiers historiens et d’universitaires, français et étrangers, de la naissance de la Croix de guerre à sa perception dans la société française, en passant les décorations alliées similaires et ses évolutions ultérieures.

 

france grèceLes relations militaires franco-grecques. De la Restauration à la Seconde guerre mondiale 

SHD,Vincennes, 2007.

Durant cette période, les relations militaires franco-grecques ont été particulièrement intenses, portées à la fois par les sentiments philhellènes qui se développent dans l’hexagone (la France est l’une des ‘Puissances protectrices’ dès la renaissance du pays) et par la volonté de ne pas céder d’influence aux Anglais, aux Allemands ou aux Italiens. La campagne de Morée en 1828, l’intervention en Crète en 1897, les opérations en Russie du Sud  en 1919 constituent quelques uns des onze chapitres de ce volume, complété par un inventaire exhaustif des fonds conservés à Vincennes.

 

verdunLes 300 jours de Verdun

Editions Italiques, Triel-sur-Seine, 2006 (Jean-Pierre Turbergue, Dir.).

Exceptionnel album de 550 pages, très richement illustré, réalisé en partenariat entre les éditions Italiques et le Service historique de la Défense. Toutes les opérations sur le front de Verdun en 1916 au jour le jour.

 

DICO-14-18.jpgDictionnaire de la Grande Guerre

(avec François Cochet), 'Bouquins', R. Laffont, 2008.

Une cinquantaine de contributeurs parmi les meilleurs spécialistes de la Grande Guerre, 1.100 pages, 2.500 entrées : toute la Première Guerre mondiale de A à Z, les hommes, les lieux, les matériels, les opérations, les règlements, les doctrines, etc.

 

fochFerdinand Foch (1851-1929). Apprenez à penser

(avec François Cochet), 14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Actes du colloque international tenu à l’Ecole militaire les 6 et 7 novembre 2008. Vingt-quatre communications balayant tous les aspects de la carrière du maréchal Foch, de sa formation à son héritage dans les armées alliées par des historiens, civils et militaires, de neuf nations (461 pages + 16 pages de bibliographie).

Sur la toile