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16 décembre 2021 4 16 /12 /décembre /2021 00:01

La France à l'assaut de Nice

(1515-1815)

Gérard Buttoud

Possession de la maison de Savoie depuis le XIVe siècle, le comté de Nice n'a été intégré à la France que sous le Second empire. Pourtant, Paris n'a jamais cessé de lancer ses armées vers le petit territoire et, dans ce volume, Gérard Buttoud nous raconte trois siècles d'invasions et d'occupations : "Prise sans être pour autant conquise, Nice aurait-elle ainsi pu survivre, savoyarde sans l'être tout en l'étant, fière d'une identité locale diffuse dont elle se serait prise à rêver ?".

Constatant que les Etats savoyards sont "condamnés à être l'espace d'affrontement entre ses deux voisins, français et impérial", l'auteur analyse la situation géographique (et donc stratégique) de Nice (et de la rade de Villefranche), sur la route de la riche Italie du Nord, et dresse la longue liste des passages des troupes, puis celle tout aussi longue des traités fixant le sort du comté et enfin celle des unions entre la maison de France et la maison ducale de Savoie. Il se consacre ensuite à la présentation des opérations françaises à partir de 1516, dans le cadre général de l'opposition aux Habsbourg et sur fond de présence ottomane ou barbaresque. Les conflits se multiplient, avec un Etat de Savoie tantôt allié, tantôt ennemi de la France, et la population locale, dans la ville comme dans l'arrière-pays doit supporter le poids des troupes de passage, et durent sous Louis XIV puis Louis XV, toujours dans le cadre général du conflit continental entre Bourbon et Habsbourg. C'est avec la Révolution, le Consulat et l'Empire, que la France s'installe durablement à Nice, le comté n'étant rendu au désormais roi de Piémont-Sardaigne que par le traité de Paris de novembre 1815.

Accompagné d'une réflexion sur les fluctuations des frontières, le livre offre aussi un angle d'approche sur l'histoire originale des Etats de Savoie dans le contexte européen. Il se termine par une belle chronologie, du saccage de Breil et Sospel par les mercenaires gascons en 1516 au retour des troupes austro-sardes en novembre 1815, une rapide présentation des protagonistes des batailles de Nice et une bibliographie de référence. Un ouvrage qui devrait séduire bien au-delà des seuls amateurs d'histoire locale.

L'Harmattan, Paris, 2021, 241 pages. 24,50 euros.

ISBN : 978-2-343-23232-4.

Pour commander directement le livre : ici.

Nissa la Bella
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16 novembre 2021 2 16 /11 /novembre /2021 00:01

L'itinérance de la cour en France et en Europe

Moyen-Âge - XIXe siècle

Boris Bove, Alain Salamagne et Caroline zum Kolk (Dir.)

Voici un ouvrage collectif original sur un phénomène auquel on ne pense pas spontanément, mais qui avait naturellement des conséquences importantes en termes politiques et économiques au moins : celui des déplacements réguliers du monarque, et donc du siège du pouvoir.

Les dix-huit contributions réunies dans ce volume s'intéressent bien sûr aux déplacements de la cour de France, mais aussi ponctuellement à ceux des souverains germaniques, autrichiens, hongrois, d'Aragon, etc. A la fois mode de vie et de fonctionnement du pouvoir temporel, ces déplacements de centaines, parfois milliers de personnes, entraînent aussi un mode particulier de manifestation de l'autorité royale et de fonctionnement du pouvoir. Par ailleurs, la période couverte dans ce volume s'étend de l'Antiquité avec les empereurs romains au XIXe siècle avec Napoléon III, étant bien entendu qu'il y a des différences essentielles. L'essentiel des études porte sur le Moyen-Âge et l'époque moderne, de Charles le Simple à la monarchie absolue. Enfin, elles traitent non seulement du monarque lui-même et de sa famille, mais aussi de l'ensemble de la Cour et des conséquences induites en terme financiers, économiques, de gestion, politiques, etc. Les coups de projecteur donnés sur des Cours moins connues (celles de Hongrie, d'Aragon, de Marguerite de Flandre, de Hainaut, etc.) sont d'autant plus passionnants qu'ils permettent de mieux connaître des organisations et des histoires moins connues que la grande histoire nationale. Ponctuellement, tableaux statistiques, graphiques, états récapitulatifs, cartes, complètent et développent le texte courant.

Un véritable voyage dans le temps et dans l'espace, qui ne peut que retenir l'attention des amateurs d'histoire européenne.

Presses universitaires du Septentrion, Villeneuve d'Ascq, 2021, 411 pages, 32,- euros.

ISBN : 978-2-7574-3362-1.

Pour commander directement le livre : ici.

Itinérance
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3 novembre 2021 3 03 /11 /novembre /2021 00:01

Des vaisseaux et des hommes

La Marine de Louis XV et de Louis XVI

Patrick Villiers

Nous commençons à avoir, avec les derniers ouvrages publiés, une solide connaissance de la marine de guerre française de l'Ancien régime. Grace à ce volume très complet, nous savons tout de sa grandeur et pourtant du relatif désintérêt dont elle fait l'objet au cours des règnes de Louis XV et de Louis XVI.

En quatre parties chronologiques, Patrick Villiers nous raconte par le menu l'histoire non seulement de la marine mais aussi des marins et de leurs équipements, du traité d'Utrecht en 1713 aux lendemains de la guerre d'indépendance américaine. La première, "La marine de la guerre à la paix", détaille la situation pendant la Régence, pour la flotte en elle-même mais aussi pour les officiers de marine et les marins, en métropole comme outre-mer (notamment aux Antilles). La seconde, "Maurepas et la guerre de succession d'Autriche : une marine pour quoi faire ?", nous montre une institution dans le doute, des emplois hasardeux (on apprécie l'original chapitre sur la première "bataille pour l'Atlantique" avec organisation de convois et routes patrouillées), et le retour à la guerre de course (avec en particulier une géographie des ports corsaires). La troisième, "La guerre de Sept Ans : la marine sacrifiée", commence par présenter les difficultés budgétaires, matérielles et techniques rencontrées vers 1750 et les défaites successives contre la flotte anglaise, mais aussi la crise vécue dans de nombreux ports du fait du blocus britannique, avec son corollaire de la guerre de course. La quatrième enfin, "Vers la victoire", commence par traiter des réformes de Choiseul dans les années 1760, dans un contexte marqué par l'attente d'une reprise de la guerre contre l'Angleterre. Outre l'alliance avec l'Espagne, la période est marque par la guerre des convois dans l'Atlantique et surtout la contribution essentielle de la France à la victoire des Insurgés nord-américains et à la naissance des Etats-Unis.

Le livre se termine sur de nombreuses annexes (dites "pièces justificatives") qui complètent et précisent le texte courant, un utile "glossaire marin" et un index très complet. Au bilan, un ouvrage indispensable pour quiconque s'intéresse à l'histoire de la marine de guerre française, mais aussi pour tous ceux qui se passionnent pour le XVIIIe siècle.

Fayard Histoire, Paris, 2021, 413 pages, 24,- euros.

ISBN : 978-2-213-68127-6.

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Marine de guerre
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5 octobre 2021 2 05 /10 /octobre /2021 00:01

Rossbach, 1757

La Prusse devient une puissance militaire

Jean-Pierre Bois

Défaite longtemps jugée honteuse du fait de la fuite du prince de Soubise et de son armée devant les Prussiens de Frédéric II, la bataille de Rossbach reste mal connue alors qu'elle constitue un pivot aussi bien pour la France que pour la Prusse.

Avec la profondeur et le brio qu'on lui connait (ici et ici par exemple), Jean-Pierre Bois non seulement nous raconte en détail cet épisode de la guerre de Sept Ans, mais encore le replace totalement dans son contexte puis en tire les leçons et enseignements. En trois grandes parties ("Avant la bataille : paix et guerre, 1748-1757", "La bataille de Rossbach dans la guerre de Sept Ans", et "Penser la défaite, 1743-1940"), il nous détaille cet évènement analysé dans le temps long. Il s'intéresse bien sûr particulièrement aux deux principaux protagonistes, Charles de Rohan-Soubise, nommé au commandement de l'armée française par la volonté de la marquise de Pompadour et malgré sa fuite élevé au maréchalat l'année suivante ; et Frédéric II, le roi-soldat pour lequel "la guerre est un métier". Mais il étend également sa réflexion aux suites et conséquences de la victoire prussienne : la naissance d'un patriotisme prussien qui va devenir allemand, l'émergence définitive d'une nouvelle puissance en Europe et le début d'une opposition franco-allemande dont il retrouve la marque au fil des XIXe et XXe siècles : Iéna, Sedan, la Marne, Sedan encore... Il rappelle enfin que Rossbach "marque exactement le moment d'une rupture majeure dans l'art de la guerre" (mouvement et manoeuvre).

Le livre se termine par la présentation très complète de l'ordre de bataille des deux armées qui se firent face. Un volume tout à fait intéressant, au plan de l'histoire militaire (au niveau tactique et stratégique) comme de l'histoire allemande.

 

Economica, Paris, 2021, 268 pages, 29,- euros.

ISBN : 978-2-7178-7216-3.

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Guerre de Sept ans
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21 août 2021 6 21 /08 /août /2021 00:01

Henri IV

Jean-Christian Petitfils

Bien connu pour ses nombreux ouvrages d'histoire, dont de belles biographies de souverains français (de Louis XIII à Louis XVI), Jean-Christian Petitfils nous livre ici un monumentale (on n'ose écrire définitive, car en histoire...) présentation d'Henri IV, le "bon roi".

Autant le souverain venu du Béarn est resté extrêmement populaire (de son "Paris vaut bien une messe" à la poule au pot et à l'assassinat par Ravaillac), autant le livre apporte sur toutes les périodes de sa vie de multiples précisions. L'auteur ne se prive pas de compléter notre connaissance de la vie et du règne d'Henri avec un luxe de détails. De son adolescence à son accession au troisième rang dans la succession au trône de France : "A Agen, puis à Nérac, adossé aux bastions protestants et à ses réseaux naturels de clientèles, il se plaçait dans une position d'attente qui lui permettait de voir venir les évènements et, en cas de nécessité, de peser sur eux". Devenu chef du parti protestant (tout en conservant de nombreux liens avec la religion catholique), au fil des guerres de religion, il reste "partisan de la coexistence pacifique des religions", étant particulièrement "attaché à l'unité du royaume". D'édits non respectés en paix rompues, la marche vers le trône devient difficile malgré les victoires militaires ("La guerre des trois Henri", "Henri III en sursis", "Le royaume à la pointe de l'épée") et Henri est difficilement accepté par une partie de la haute noblesse et des provinces catholiques : "Une sorte de régression ramenait ainsi le pouvoir à ce qu'il était aux temps médiévaux : une monarchie à cheval, avec pour trône la selle royale". Le siège puis la prise de Paris (ces longs mois sont extrêmement bien décrits), et enfin "Paris vaut bien une messe" ("fameuse boutade apocryphe") : c'est la messe de Saint-Denis le 25 juillet 1593 et le début d'un long processus d'apaisement et de réduction des fractures dans le royaume. Durant son règne, Henri IV se révèle grand politique, organisateur et bâtisseur (grands travaux, urbanisme), mais très sourcilleux sur ses prérogatives de monarque, annonçant sous certains aspects la monarchie absolue. Dans ce domaine de l'action politique et diplomatique, le chapitre 26, "Rêves de puissance et de gloire", est tout à fait intéressant, d'autant qu'il s'ouvre sur les projets peu connus de réorganisation européenne avant de se poursuivre par les rapports avec l'empire turc et avec la papauté. La personnalité de Sully, comme le choix des nouveaux grands dignitaires, fait ici l'objet de pages passionnantes. De même, au-delà de ce rôle public, Jean-Christian Petitfils n'oublie pas l'homme derrière le souverain : son goût pour le beau sexe et sa vie intime pour le moins décousue, toutefois "mari volage mais père attentionné". La biographie se termine bien sûr sur l'assassinat par Ravaillac et les questions posées par le crime (un complot ? Lequel ?), et enfin sur le "mythe Henri IV", tel qu'il s'est développé au fil de l'Ancien Régime puis sous la IIIe République. Au fil des pages, les amis, les alliés, les adversaires, les ennemis, hommes ou femmes, membres de la famille, grands seigneurs, hauts fonctionnaires, font l'objet de belles présentations.

Une biographie remarquable sur l'un des souverains les plus populaires. Un livre d'histoire comme on les aime.

Perrin, Paris, 2021, 700 pages, 

ISBN :

Pour commander directement le livre : ici.

Le Vert-Galant
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3 février 2021 3 03 /02 /février /2021 00:01

La guerre du roi aux portes de l'Italie

1515 - 1559

Julien Guinand

Sous les règnes de François Ier et d'Henri II ("La guerre est la prérogative royale par nature. François Ier et Henri II se pensent et se vivent comme des rois de guerre"), le royaume de France mène campagne dans le nord de l'Italie. Sans se limiter au récit chronologique de ces campagnes, l'auteur décrit l'organisation, le soutien, le commandement, l'emploi de l'armée royale et nous donne à approcher le quotidien des hommes sous les armes.

L'ouvrage est divisé en neuf grands chapitres pour l'essentiel thématiques. Le premier permet de faire le point sur ce cycle de guerre pendant près de 45 ans, avec les hauts et les bas de la position française entre la Savoie et le Milanais bien sûr, mais en tenant compte de différentes principautés comme Montferrat et Asti et villes libres comme Gênes, voire un peu plus éloignés mais intervenants actifs les cantons suisses et Venise. Les chapitres 2 à 4 permettent à Julien Guinand de détailler la composition des armées du roi, du sommet de la hiérarchie à la base, et sa logistique (encore embryonnaire mais réelle). Les chapitres 5 à 7 permettent de faire successivement le point sur la fortification de la frontière avec la création d'un réseau de places fortes, sur le financement de ces guerres (avec un chiffrage de leur coût) par la fiscalité, les contributions exceptionnelles et le crédit, et sur l'art militaire du temps dans des secteurs très montagneux, des combats "mesurés" donnant la priorité à la défense. Les deux derniers chapitres nous donnent à voir "la guerre au quotidien" à travers les exemples de quelques capitaines dont nous suivons le parcours et à travers la description d'une "bataille-type", des premières escarmouches à sa conclusion. Etre vallée du Rhône et haute vallée du Po, quelques dizaines d'années de gloire et de souffrances.

On apprécie la présence de plusieurs très utiles annexes sous forme de tableaux synthétiques, d'une belle bibliographie et d'un index très complet. Un livre indiscutablement passionnant.

Presses universitaires de Rennes, 2020, 347 pages, 25,- euros.

ISBN : 978-2-7535-7987-3.

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Renaissance
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24 décembre 2020 4 24 /12 /décembre /2020 00:01

Les Suisses dans les guerres de Religion en France

Gérard Miège

Auteur de plusieurs ouvrages sur la contribution des Suisses à l'histoire militaire de la France (avec ou contre, ici par exemple), Gérard Miège s'intéresse aujourd'hui à la contribution des cantons helvétiques aux guerres de religion.

Il confirme ainsi en quelque sorte la formule du maréchal de Schomberg : "Un corps de Suisses est dans une armée française ce que sont les os dans un corps humain ; non seulement pour leur valeur, mais surtout pour leur discipline et patience". Depuis la signature de la "paix perpétuelle", le service armé en France, "le plus prestigieux et le plus important de tous les services militaires à l'étranger, le plus ancien et le plus solide de tous les liens qui aient jamais unis la Suisse à sa grande voisine", amène des milliers de Suisses, à servir les successeurs de François Ier. Après avoir rapidement présenté l'évolution de la Confédération entre Catholiques et Protestants, l'auteur détaille ici leur participation aux guerres de religion. La première grande étude est consacrée à la bataille de Dreux, en 1562, au cours de laquelle les Suisses forment le centre de l'armée royale ; puis l'auteur présente "la surprise de Meaux" en 1567 ("sans mes bons compères les Suisses, ma vie et ma liberté étoient à très grand bransle", dira le roi) et les combats qui se poursuivent jusqu'à la Saint-Barthélémy. Les deux dernières grandes parties sont consacrées aux évènements qui se déroulent sous le règne d'Henri III puis sous celui d'Henri IV, avec des Suisses dans les deux camps. De l'édit de Beaulieu en 1576 à celui de Nantes en 1598 en passant par les batailles de Coutras, d'Arques et d'Ivry ("les trois-quarts de l'infanterie sont suisses"), Gérard Miège décrit à la fois la place et le rôle des Suisses dans les opérations qui se déroulent en France, mais aussi les débats qui agitent les cantons helvétiques, eux-mêmes divisés entre Catholiques et Réformés.

Le livre se termine sur d'utiles notices biographiques, des rois de France mais aussi des Montmorency, des Châtillon, des Guise et des Bourbon, et bien évidement des principaux chefs militaires suisses, comme Pfyffer d'Altishofen ou Gallati. Un livre très complet qui permet à la fois de rendre hommage à ces combattants étrangers et de revenir sur l'histoire complexe de ces guerres de religion.

Editions Cabédita, Divonne-les-Bains, 2020, 170 pages.

ISBN : 978-2-88295-893-8.

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Des soldats par milliers
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9 novembre 2020 1 09 /11 /novembre /2020 00:01

Dans la cour des lions

Hommes et femmes de pouvoir de la Renaissance

Cédric Michon

Spécialiste d'histoire moderne, Cédric Michon nous offre ici une étude tout à fait originale. Partant du constat qu'au "début du XVIe siècle, en une dizaine d'années, quatre jeunes princes hors du commun montent sur les principaux trônes d'Europe. Henri VIII en Angleterre, en 1509 ; François Ier en France, en 1515 ; Charles Quint en Espagne puis dans l'Empire, en 1516 et 1519 ; Soliman le Magnifique dans l'Empire ottoman, en 1520", il s'intéresse aux entourages princiers, entre ascensions fulgurantes et disgrâces retentissantes, sur fond de querelles internes et de guerres extérieures, et brosse une belle série de portraits replacés dans leur contexte.

La première grande partie s'attache aux chanceliers, dont il souligne les points communs (par rapport à la grande noblesse traditionnelle) mais aussi les différences (poids politique et institutionnel). Pour la France, il commence par évoquer la figure de la puissante mère du roi, Louise de Savoie, qui s'impose auprès de François Ier : "Tout au long de ces années, [elle] exerce sur la conduite des affaires une influence comparable à aucune autre" et soutien le chancelier Antoine Duprat. Pour l'Angleterre, Cédric Michon dresse un portrait complet de Thomas Wolsey et de sa carrière jusqu'à sa disgrâce en 1529. Il procède de la même façon pour Mercurino di Gattinara aux côtés de Charles Quint, avec cette question essentielle : "Comment gouverner un empire qui va de Hambourg à Palerme, de Séville à Prague, de Mexico à Lima ?". Aux côtés des souverains, il faut également compter avec les secrétaires particuliers, "en permanence auprès du roi pour les affaires du Conseil", et donc d'autant plus influents. La seconde partie traite de l'ascension et de la chute (inévitable semble-t-il) des favoris, qui jouent parfois un rôle essentiel comme Thomas Cromwell en Angleterre, ou Anne de Montmorency en France, "le guerrier bureaucrate" jusqu'à son exil de la cour en 1541. Pour l'Empire ottoman, Cédric Michon nous brosse le parcours d'Ibrahim Pacha, "l'esclave devenu vizir", fils d'un très modeste pêcheur grec, brutalement destitué et même étranglé une nuit de 1536 pour avoir perdu la confiance du souverain. La troisième partie enfin s'intéresse aux maîtresses royales, dont l'influence peut être extrêmement importante pendant une période mais dont la "durée" est dans la plupart des cas limitée ; et enfin l'auteur revient sur les monarques eux-mêmes, en mettant en particulier en relief leur puissance d'action, leur modernité, leurs décisions porteuses d'avenir dans cette Renaissance multiforme qui s'impose.

Un volume très intéressant, qui nous en apprend beaucoup sur la conduite des affaires de l'Etat en ce XVIe siècle si fascinant. Une volume qui séduira tous les amateurs de la période. 

Passés/Composés, Paris, 2020, 346 pages, 23,- euros.

ISBN : 978-2-3793-3370-5.

Pour commander directement le livre : ici.

Conseillers et favoris
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28 octobre 2020 3 28 /10 /octobre /2020 00:01

L'intrigant

Nouvelles révélations sur Louis XVI

Aurore Chéry

La 4e de couverture surprend en présentant Louis XVI comme "un souverain aux idées avant-gardistes et à la personnalité dérangeante, à la fois allumeur de révolutions et républicain bien décidé à transformer le monde" ... Voilà qui promet !

Le chapitre 5, "La culture de la dissimulation", est sans doute celui qui donne la clef du raisonnement de l'auteure. Le jeune Louis XVI considère que, pouvant être excommunié par le pape, il ne dispose pas d'un pouvoir absolu, et pour restaurer l'absolutisme "il comptait sur les opposants à la Cour et au pape : le Tiers Etat et plus particulièrement les Protestants et les Parlements". En 48 courts chapitres chrono-thématiques, Aurore Chéry semble prendre systématiquement le contre-pied de l'historiographie généralement admise au sujet de Louis XVI, en matière de politique intérieure ("c'est une véritable politique parallèle qu'il a peu à peu mis en place"), dans les relations avec l'Autriche, dans l'aide aux Insurgents américains, etc. Elle procède souvent simplement par association d'idées, ce qui ne contribue pas à consolider son discours : "Ces évènements a priori sans rapport sont en fait certainement très étroitement liés"... Elle mêle par ailleurs étroitement vie privée et sentimentale d'une part et décisions politiques d'autre part, au point que l'on a le sentiment que le couple royal vit au rythme des relations franco-autrichiennes, ce qui paraît pour le moins excessif : "Les deux fois où Louis XVI s'est résolu à faire des enfants à Marie-Antoinette, c'était soit sous la contrainte d'une invasion imminente par l'Autriche, soit sous la menace d'une défaite dans la guerre d'Amérique impliquant l'écrasement des patriotes" ? Au chapitre 28, sa démonstration de la préférence par Louis XVI pour le régime républicain souffre des mêmes faiblesses. Une révolution que le roi soutient outre-Atlantique et qu'il aurait espéré contrôler en France... Elle accorde une importance extrême à Françoise Boze, "l'espionne protestante à son service" et sa confidente, qui serait devenue après janvier 1793 celle qui "savait ce que Louis XVI avait vraiment pensé" et "savait aussi où se trouvaient les fonds destinés à financer la révolution" ! Dans ce domaine, comme pour les autres sujets, tout n'est pas à rejeter sans réflexion, des idées seraient à développer, des pistes à creuser, mais le caractère à la fois entier et exclusif de la démonstration lui enlève beaucoup de force.

On reste très dubitatif à la fin de la lecture. Une telle ré-interprétation à contre-courant de tous les travaux antérieurs laisse rêveur. Le livre n'est pas inintéressant pour autant car il aborde des aspects peu connus de la personnalité et de l'exercice du pouvoir du monarque. Louis XVI n'est sans doute pas cet être mou et irrésolu, uniquement balloté par les évènements dont le XIXe siècle nous a laissé l'image, mais cette impression de remise en cause permanente semble néanmoins bien excessive.  

Flammarion, Paris, 2020, 602 pages, 25,- euros.

ISBN : 978-2-0814-0791-6.

Surprenant !
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26 septembre 2020 6 26 /09 /septembre /2020 00:01

Vauban

La mauvaise conscience du roi

Alain Monod

Heureuse réédition d'un livre initialement paru en 2008, qui offre une vision très favorable du grand serviteur de la France, qui ne fut pas que le génial concepteur du réseau défensif désormais inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO.

Imprimé de façon esthétique et extrêmement lisible, l'ouvrage nous présente un Vauban bien sûr "fidèle, loyal et dévoué à son roi", mais aussi qui "disait son fait aux puissants de ce monde et affichait clairement ses convictions". Ingénieur militaire qui propose la création d'un corps spécialisé de sapeurs, il est aussi l'auteur de nombreux "mémoires" adressés à Louis XIV, non seulement dans le domaine militaire, mais aussi en matière diplomatique, économique, financière voire sociale. Comme le souligne l'auteur, "les relations étonnantes entre le roi Louis XIV et son grand commis en charge des fortifications se sont perpétuées pendant près de 50 ans sans que le maître, au pouvoir absolu, ne fasse grief à son serviteur de sa liberté d'expression". En creux et par contraste, le portrait qui émerge du roi-soleil n'est d'ailleurs pas toujours à l'image de sa gloire publique. De la révocation de l'Edit de Nantes et la persécution des protestants à la remise en cause de la dîme royale et au projet d'une fiscalité déjà moderne, c'est en effet un Vauban annonciateur de profonds changements dans le gouvernement du pays que nous présente Alain Monod.

Les quelques 100 dernières pages sont consacrées à une chronologie, un glossaire, une bibliographie et surtout la reproduction en annexe de neuf textes importants, dont quatre sur la "religion prétendue réformée" et deux sur la fiscalité, ce qui permet de revenir directement aux documents d'origine. Un volume très réussi et tout à fait intéressant.

Riveneuve éditions, Paris, 2020, 290 pages, 18,- euros.

ISBN : 978-2-36013-595-0.

Un maréchal moderne
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Qui Suis-Je ?

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  • : Guerres et conflits XIXe-XXIe s. se fixe pour objectif d’être à la fois (sans prétendre à une exhaustivité matériellement impossible) un carrefour, un miroir, un espace de discussions. Sans être jamais esclave de la « dictature des commémorations », nous nous efforcerons de traiter le plus largement possible de toutes les campagnes, de tous les théâtres, souvent dans une perspective comparatiste. C’est donc à une approche globale de l’histoire militaire que nous vous invitons.
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Cafés historiques de La Chouette

Prochaine séance : pour la rentrée de septembre. Le programme complet sera très prochainement mis en ligne.

Publications personnelles

Livres

 

doumenc-copie-1.jpgLa Direction des Services automobiles des armées et la motorisation des armées françaises (1914-1918), vues à travers l’action du commandant Doumenc

Lavauzelle, Panazol, 2004.

A partir de ma thèse de doctorat, la première étude d’ensemble sur la motorisation des armées pendant la Première Guerre mondiale, sous l’angle du service automobile du GQG, dans les domaines de l’organisation, de la gestion et de l’emploi, des ‘Taxis de la Marne’ aux offensives de l’automne 1918, en passant par la ‘Voie sacrée’ et la Somme.

 

La mobilisation industrielle, ‘premier front’ de la Grande Guerre ? mobil indus

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2005 (préface du professeur Jean-Jacques Becker).

En 302 pages (+ 42 pages d’annexes et de bibliographie), toute l’évolution industrielle de l’intérieur pendant la Première Guerre mondiale. Afin de produire toujours davantage pour les armées en campagne, l’organisation complète de la nation, dans tous les secteurs économiques et industriels. Accompagné de nombreux tableaux de synthèse.

 

colonies-allemandes.jpgLa conquête des colonies allemandes. Naissance et mort d’un rêve impérial

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2006 (préface du professeur Jacques Frémeaux).

Au début de la Grande Guerre, l’empire colonial allemand est de création récente. Sans continuité territoriale, les différents territoires ultramarins du Reich sont difficilement défendables. De sa constitution à la fin du XIXe siècle à sa dévolution après le traité de Versailles, toutes les étapes de sa conquête entre 1914 et 1918 (388 pages, + 11 pages d’annexes, 15 pages de bibliographie, index et cartes).

 

 caire damasDu Caire à Damas. Français et Anglais au Proche-Orient (1914-1919)

 14/18 Editions, Saint-Cloud, 2008 (préface du professeur Jean-Charles Jauffret).

Du premier au dernier jour de la Grande Guerre, bien que la priorité soit accordée au front de France, Paris entretient en Orient plusieurs missions qui participent, avec les nombreux contingents britanniques, aux opérations du Sinaï, d’Arabie, de Palestine et de Syrie. Mais, dans ce cadre géographique, les oppositions diplomatiques entre ‘alliés’ sont au moins aussi importantes que les campagnes militaires elles-mêmes.

 

hte silesieHaute-Silésie (1920-1922). Laboratoire des ‘leçons oubliées’ de l’armée française et perceptions nationales

‘Etudes académiques », Riveneuve Editions, Paris, 2009.

Première étude d’ensemble en français sur la question, à partir du volume de mon habilitation à diriger des recherches. Le récit détaillé de la première opération civilo-militaire moderne d’interposition entre des factions en lutte (Allemands et Polonais) conduite par une coalition internationale (France, Grande-Bretagne, Italie), à partir des archives françaises et étrangères et de la presse de l’époque (381 pages + 53 pages d’annexes, index et bibliographie).

 

cdt armee allde Le commandement suprême de l’armée allemande 1914-1916, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général von Falkenhayn 

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Le texte original de l’édition française de 1921 des mémoires de l’ancien chef d’état-major général allemand, accompagné d’un dispositif complet de notes infrapaginales permettant de situer les lieux, de rappeler la carrière des personnages cités et surtout de comparer ses affirmations avec les documents d’archives et les témoignages des autres acteurs (339 pages + 34 pages d’annexes, cartes et index).

 

chrono commChronologie commentée de la Première Guerre mondiale

Perrin, Paris, 2011.

La Grande Guerre au jour le jour entre juin 1914 et juin 1919, dans tous les domaines (militaire, mais aussi politique, diplomatique, économique, financier, social, culturel) et sur tous les fronts. Environ 15.000 événements sur 607 pages (+ 36 pages de bibliographie et d’index).

 

 Les secrets de la Grande Guerrecouverture secrets

Librairie Vuibert, Paris, 2012.

Un volume grand public permettant, à partir d’une vingtaine de situations personnelles ou d’exemples concrets, de remettre en lumière quelques épisodes peu connus de la Première Guerre mondiale, de la question du « pantalon rouge » en août 1914 à l’acceptation de l’armistice par von Lettow-Vorbeck en Afrique orientale, après la fin des hostilités sur le théâtre ouest-européen.

 

Couverture de l'ouvrage 'Mon commandement en Orient'Mon commandement en Orient, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général Sarrail

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2012

Le texte intégral de l'édition originale, passé au crible des archives publiques, des fonds privés et des témoignages des acteurs. Le récit fait par Sarrail de son temps de commandement à Salonique (1915-1917) apparaît véritablement comme un exemple presque caricatural de mémoires d'autojustification a posteriori

 

 

Coordination et direction d’ouvrages

 

Destins d’exception. Les parrains de promotion de l’Ecole Spéciale Militaire de Saint-Cyr

SHAT, Vincennes, 2002.

Présentation (très largement illustrée, 139 pages) des 58 parrains qui ont donné leur nom à des promotions de Saint-Cyr, entre la promotion « du Prince Impérial » (1857-1858) et la promotion « chef d’escadrons Raffalli » (1998-2001).

 

fflLa France Libre. L’épopée des Français Libres au combat, 1940-1945

SHAT, Vincennes et LBM, Paris, 2004.

Album illustré présentant en 191 pages l’histoire et les parcours (individuels et collectifs) des volontaires de la France Libre pendant la Seconde guerre mondiale.

 

marque courageLa marque du courage

SHD, Vincennes et LBM, Paris, 2005.

Album illustré présentant en 189 pages l’histoire des Croix de Guerre et de la Valeur Militaire, à travers une succession de portraits, de la Première Guerre mondiale à la Bosnie en 1995. L’album comporte en annexe une étude sur la symbolique, les fourragères et la liste des unités d’active décorées.

 

  90e anniversaire de la Croix de guerre90-ANS-CROIX-DE-GUERRE.jpg

SHD, Vincennes, 2006.

Actes de la journée d’études tenue au Musée de l’Armée le 16 novembre 2005. Douze contributions d’officiers historiens et d’universitaires, français et étrangers, de la naissance de la Croix de guerre à sa perception dans la société française, en passant les décorations alliées similaires et ses évolutions ultérieures.

 

france grèceLes relations militaires franco-grecques. De la Restauration à la Seconde guerre mondiale 

SHD,Vincennes, 2007.

Durant cette période, les relations militaires franco-grecques ont été particulièrement intenses, portées à la fois par les sentiments philhellènes qui se développent dans l’hexagone (la France est l’une des ‘Puissances protectrices’ dès la renaissance du pays) et par la volonté de ne pas céder d’influence aux Anglais, aux Allemands ou aux Italiens. La campagne de Morée en 1828, l’intervention en Crète en 1897, les opérations en Russie du Sud  en 1919 constituent quelques uns des onze chapitres de ce volume, complété par un inventaire exhaustif des fonds conservés à Vincennes.

 

verdunLes 300 jours de Verdun

Editions Italiques, Triel-sur-Seine, 2006 (Jean-Pierre Turbergue, Dir.).

Exceptionnel album de 550 pages, très richement illustré, réalisé en partenariat entre les éditions Italiques et le Service historique de la Défense. Toutes les opérations sur le front de Verdun en 1916 au jour le jour.

 

DICO-14-18.jpgDictionnaire de la Grande Guerre

(avec François Cochet), 'Bouquins', R. Laffont, 2008.

Une cinquantaine de contributeurs parmi les meilleurs spécialistes de la Grande Guerre, 1.100 pages, 2.500 entrées : toute la Première Guerre mondiale de A à Z, les hommes, les lieux, les matériels, les opérations, les règlements, les doctrines, etc.

 

fochFerdinand Foch (1851-1929). Apprenez à penser

(avec François Cochet), 14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Actes du colloque international tenu à l’Ecole militaire les 6 et 7 novembre 2008. Vingt-quatre communications balayant tous les aspects de la carrière du maréchal Foch, de sa formation à son héritage dans les armées alliées par des historiens, civils et militaires, de neuf nations (461 pages + 16 pages de bibliographie).

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