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8 avril 2013 1 08 /04 /avril /2013 06:55

Guerre et propagande au XXe s.

11 - 12 novembre 2013

UNIVERSITE LISBONNE

Partant de la Première Guerre mondiale, durant laquelle la propagande fut véritablement utilisée comme une "arme" au même titre que les autres, aussi bien en direction des ennemis que des neutres, des populations civiles des fronts intérieurs que des troupes en première ligne, ce colloque international (qui se tiendra à l'automne prochain à l'université nouvelle de Lisbonne) se propose d'analyser cette question en traitant des différents conflits du XXe siècle à travers la presse, la radio, la télévision, les affiches, le cinéma, etc. Il est inclus dans le programme international du centenaire de la Grande Guerre coordonné par l'Impérial War Museum.

Les langues de travail seront l'anglais et le portugais.

Les propositions de communication (CV académique d'une page, titre et résumé de la communication en 700 mots) sont à adresser avant le 1er juin 2013 à : guerraepropaganda@gmail.com

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7 avril 2013 7 07 /04 /avril /2013 07:05

Les drôles d'histoire de l'histoire de France

Didier Chirat

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Voilà un petit ouvrage bien sympathique ! Rédigé par un professeur d'histoire-géographie qui s'appuie pendant ses cours sur les innombrables anecdotes de l'histoire de France pour susciter l'intérêt de ses élèves, le livre nous entraine dans un véritable maëlstrom "d'historiettes" savoureuses.

Savez-vous pourquoi les rois de france, au lendemain du sacre de Reims, se rendaient au prieuré de Corbeny, près de Laon, pour y recevoir officiellement les reliques de saint Marcoul ? Savez-vous que Philippe Ier (1060-1108) fut excommunié et l'interdit pontifical jeté sur le royaume de france ? Vous y apprendrez (peut-être) que trois ans avant ses célèbres Centuries, Nostradamus a publié un livre sur ... les recettes de confitures, qui faisaient alors "partie de la pharmacopée traditionnelle". Ou pourquoi le premier bourreau de la famille Sanson fit le choix de ce métier de paria. Vous y découvrirez égalemnt "Les calembours du marquis de Bièvre" à la cour de Louis XVI, "La triste histoire de la Vénus hottentote" dans la France de 1814-1815, les difficultés en orthographe de Napoléon, la mort du prince impérial Louis sous uniforme anglais contre les Zoulous en 1879, etc., jusqu'à la naissance du maillot de bain "deux pièces" en 1932 ou à l'affaire des "avions renifleurs" sous la présidence Giscard d'Estaing.

Toutes les anecdotes évoquées ne sont pas d'absolues nouveautés et chacun à, plus ou moins, déjà lu quelques lignes sur l'une ou sur l'autre. Mais ces brefs chapitres constituent un ensemble bien agréable à feuilleter. Pour sourire malgré la morosité ambiante et la grisaille de la météo. Et puis, comme le précise l'auteur sur la base de son expérience en classe : "L'anecdote a cette incroyable vertu d'allumer l'étincelle de la curiosité autant que de fixer la connaissance dans la mémoire".

Vuibert, Paris, 2013, 172 pages. 14,90 euros.

ISBN : 978-2-311-01021-3.

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7 avril 2013 7 07 /04 /avril /2013 07:00

Brève histoire de l'Inquisition en Espagne

Joseph Pérez

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De Charles Quint à Philippe II ou Isabelle la Catholique, Joseph Pérez a déjà consacré de nombreux ouvrages à l'histoire de l'Espagne et, dans celui-ci (paru pour la première fois en 2002), il nous entraîne à partir du XVe siècle à travers l'histoire de l'Inquisition.

Dans une longue première partie (chap. I et II), l'auteur en décrit avec précision l'histoire. Créée dans le cadre de la crise économique, sociale et politique de connaissent les royaumes ibériques, et de la montée parallèle d'un antisémitisme populaire, religieux et d'Etat, la Sainte Inquisition s'intéresse d'abord, tout particulièrement, aux juifs pratiquants eu aux juifs convertis de fraiche date au catholicisme, ces "conversos" que l'on soupçonne de toujours pratiquer, en secret, la religion de leurs pères. Le nom de Torquemada, grand inquisiteur de Castille puis inquisiteur général, est alors entré dans l'histoire (et la légende) noire de l'Espagne : il "passe pour le prototype de l'inquisiteur fanatique et cruel. Il a incontestablement fait preuve d'une sévérité extrême, même si, comme nous le verrons, le nombre de ses victimes est moins élevé qu'on ne le dit". C'est bien, néanmoins la période de répression la plus sévère. Dans l'atmosphère de victoire qui suit la reconquête du royaume de Grenade, Torquemada inspire le décret de mars 1492 qui donne aux Juifs quatre mois pour quitter les terres espagnoles : entre 50 et 100.000 (la moitié des juifs d'Espagne) s'exilent au Portugal, dans les Flandres, en Afrique du Nord, à Constantinople ou à Salonique, "où il conservent jusqu'au XXe siècle certaines des traditions de leur pays d'origine et l'usage de leur langue, le judéo-espagnol, issu du castillan tel qu'on le parlait en 1492. C'est l'origine des communautés séfarades d'Orient".  Au XVIe siècle, avec Philippe II puis Philippe III, qui réunissent les couronnes de Castille et du Portugal, l'Inquisition continue son oeuvre, mais les "conversos" négocient des adoucissements en achetant, dans l'entourage des souverains, avec de fortes sommes en ducats et cruzados d'or, le retour à une certaines liberté, toujours fragiles. Parallèlement, depuis 1502, les musulmans ("morisques") ont également été contraint de se convertir, conversion devenue obligatoire en 1526. Si la répression est globalement moins sévère, elle s'accroît néanmoins au XVIIe siècle : le décret d'expulsion est publié en août 1609 (globalement de l'ordre de 300.000 départs). Dans le même temps, les protestants et réformés sont à leur tour poursuivis, et l'archevêque de Tolède, primat d'Espagne, lui-même est mis en accusation. Paradoxalement, alors que les bûchers se multiplient en Europe, "l'Inquisition s'est montrée plutôt indulgente envers les sorcières ... Il les tient pour des victimes plus que pour des criminelles" : il semble que "pour la majorité des inquisiteurs, la sorcellerie s'explique par l'ignorance". A la fois institution religieuse, mais aussi (et parfois surtout) politique, l'Inquisition n'est (une première fois) supprimée qu'en décembre 1808 par Napoléon Ier, avant de n'être définitivement abolie qu'en 1834.

Joseph Pérez s'intéresse ensuite (chap. III à V) aux modes de fonctionnement de cette organisation si particulière, son intégration à l'appareil d'Etat, les responsabilités des différents niveaux hiérarchiques, son financement, les procédures d'arrestation, d'instruction des procès (avec la question de la torture) et aux jugements. "Seule institution d'Ancien régime à avoir compétence sur tous les ordres de la société ; elle ignore les privilèges du clergé et de la noblesse"; mais les Grands échappent pour la plupart aux peines "corporelles et infâmantes". L'historiographie récente a revu à la baisse le nombre total de ses victimes : une dizaine de milliers néanmoins... Institution politique, dont l'auteur peut dire qu'elle est "dans certains aspects, une anticipation du totalitarisme moderne", l'Inquisition influence très fortement pendant des siècles la société espagnole et elle sera accusée, par son fanatisme religieux radical, d'avoir largement contribué à la décadence intellectuelle et économique de l'Espagne.

L'ouvrage, qui se termine sur une bibliographie de référence, permet de mieux comprendre l'Espagne métropolitaine des XVIe-XVIIIe s., trop souvent méconnue dans la littérature en français. Précis, documenté, il se révèle particulièrement utile et intéressant sur l'histoire politique et culturelle du pays. A lire et à conserver.

Coll. 'Texto', Tallandier, 2013, 324 pages. 10,50 euros.

ISBN : 979-10-210-0090-2.

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7 avril 2013 7 07 /04 /avril /2013 06:55

Not all Quiet on the Ottoman Fronts

Colloque international  -  Istanbul 2014

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Le centenaire de la Première Guerre mondiale suscite naturellement un large intérêt bien au-delà des belligérants les plus connus sous nos cieux. Un appel à communications est lancé pour un grand colloque international qui se déroulera du 9 au 12 avril 2014 à Istanbul. Il s'agit d'explorer les dimensions turques de la Grande Guerre (expériences combattantes, organisation, campagnes, économie, dimensions sociales et culturelles, propagande, évolution de l'historiographie, etc.) dans toute leur diversité.

Les propositions de communication doivent parvenir aux organisateurs avant le 1er juin 2013 (CV académique, titre proposé et résumé en 500 mots) : http://www.ottomanfronts1914-1918.org/wp-content/uploads/2013/03/CfP.pdf

Pour informations complémentaireshttp://www.ottomanfronts1914-1918.org/

Contact direct : info@ottomanfronts1914-1918.org

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6 avril 2013 6 06 /04 /avril /2013 07:05

Sanglante randonnée

Les Français de la division Brandebourg et des formations de chasse SS

Olivier Pigoreau

  Sanglante-randonnee916.jpg

Dans l'abondante littérature qui existe sur la collaboration militaire avec l'occupant durant la Seconde guerre mondiale, reviennent souvent les mêmes grands sujets, parfois traités de manière pour le moins "approximative". L'ouvrage qui nous est proposé aujourd'hui tranche dans la production habituelle sur deux points principaux : il s'intéresse dans le détail à une unité élémentaire très particulière et fort peu connue d'une part, et l'étude est abordée sur la base d'une réelle recherche dans les archives d'autre part.

Suivant un fil chronologique, le livre est divisé en 28 brefs chapitres (généralement moins d'une dizaine de pages chacun) qui racontent le parcours, parfois presque surréaliste, de ces jeunes d'origines très diverses qui s'engagent sous uniforme allemand pour combattre la résistance sur le territoire national. Ils appartiennent au 3e régiment de la division Brandenbourg, chargée des "opérations spéciales" pour les armées du Reich, dont ils forment la 8e compagnie. Opérations spéciales ? Pour le moins ! Dans l'atmosphère de la défaite allemande, de l'été 1944 dans le sud de la France aux derniers jours de la guerre en Allemagne et en Italie, ces hommes transgressent toutes les règles de la guerre. Rapidement, on passe de la lutte contre les maquis aux représailles contre les civils, des opérations contre la résistance aux délits de droit commun et aux crimes. Olivier Pigoreau parle d'ailleurs, à la fin de son avant-propos de "road movie sanglant". : vols et violences, délits et assassinats marquent leur route vers la Provence, l'est de la France, l'Allemagne et jusqu'à l'Italie du nord en avril 1945. On reste pensif sur l'itinéraire personnel de ces hommes, comme le lieutenant Striefler, chef de la 2e section et pourtant docteur ès Lettres et pilosophie, tandis qu'un autre fait des études de médecine... Mais parmi eux, également, des truands marseillais notoires, fidèles de Sabiani. On trouve même un ancien résistant du maquis Bir Hakeim retourné ! L'ouvrage, pourtant très détaillé et qui fait dans certains chapitres une large place aux procès qui suivirent, ne donnent pas sur ce point toutes les clefs de compréhension. Mais peut-on d'ailleurs comprendre ?

On apprécie la richesse des annexes ainsi que la précision des sources. De Sainte-Foy-la-Grande à Valréas, d'Alès à Oraison, c'est aussi une part de l'istoire de la Libération dans le Midi qui est ici décrite. Et nous laissons à nos lecteurs le soin de cédouvrir ce que fut ultérieurement, après 1945, le parcours parfois étonnant de ces hommes deux fois traitres : pour avoir porté l'uniforme allemand et avoir combattu sur le sol de France.

Editions Histoire & Collections, Paris, 2013, 357 pages, 22 euros.

ISBN : 978-2-35250-266-1.

Olivier Pigoreau a bien voulu revenir sur son étude pour nos lecteurs :

Question : Pouvez-vous nous préciser votre parcours d'historien et comment vous en êtes venu à vous intéresser à cet aspect très particulier de la collaboration militaire pendant la Seconde guerre mondiale ?

Réponse : Je me suis intéressé à la collaboration militaire tout à fait par hasard à propos d'une affaire où des Français portant l'uniforme allemand avaient été fusillés par des soldats de la 2e DB. Au départ, je souhaitais utiliser ces faits dans le cadre d'une œuvre de fiction. C'est moins la qualité des fusillés qui m'importait que le côté drame shakespearien de cette affaire : des Français tombant au cri de "vive la France" sous les balles d'autres Français. C'est en allant au Service historique de la Défense pour me documenter que je me suis découvert une vocation de chercheur et un intérêt pour la collaboration qui m'a amené à fouiller du côté du PPF de Doriot, en particulier ses opérations avec et pour le compte des services secrets allemands. Et puis, je suis tombé sur la 8e compagnie "Brandebourg" dont les liens avec le PPF sont nombreux.

Question :Vous précisez en fin d'ouvrage une longue liste d'archives consultées, dans différents pays. Pensez-vous que d'autres documents importants puissent désormais apparaître sur le sujet, ou avez-vous fait "le tour de la question" ?

Réponse : C'est peut-être un peu présomptueux de dire qu'on a fait le tour de la question. On ne sait jamais ce que les archives et les autres chercheurs vous réservent ! Cela dit, j'ai quand même le sentiment d'avoir pris la mesure des exactions de la 8e compagnie, identifié ses méthodes, cerné la sociologie de ses membres, tracé les grandes lignes de son histoire et éclairci autant que possible son rôle dans les affaires qui me semblaient les plus importantes, soit en raison de leurs répercussions comme dans le cas de l'attaque de la gendarmerie de Sainte-Foy-la-Grande, soit en raison du nombre des victimes (massacres d'Izon-la-Bruisse ou de Valréas). Mais il est évident qu'on peut encore trouver des témoignages, des procès-verbaux d'interrogatoire ou des rapports de police qui permettraient de préciser certains points.

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Question : Au bilan, quelle est selon vous la proportion d'aventuriers, de "soldats politiques" égarés, de truands et repris de justice de droit commun, dans cette unité très spéciale ?

Réponse : Les volontaires français de la 8e compagnie ne sont pas comparables, par exemple, aux truands de la "Carlingue" ou aux assassins de Georges Mandel récemment évoqués par J.-M. Berlière et F. Le Goarant dans leur livre Liaisons dangereuses. Ceux-là n'étaient ni fascistes ni communistes mais, comme on disait, "pognonistes" et pouvaient se vendre à n'importe qui. Pour eux, le but c'était faire de l'argent. Ceux dont je racontre l'histoire sont des politiques. Ils se battent pour une cause et, comme le contexte s'y prête, profitent de la situation pour dépouiller leurs victimes. C'est donc une autre logique même si pour les victimes avoir affaire aux uns ou aux autres ne change pas grand-chose. Il y a bien des "droits communs" à la 8e compagnie mais ils sont très minoritaires. Il y a aussi quelques militants qui vont virer voyous et ne plus agir que pour leur compte, assassinant et torturant dans un but purement mercantile. En général, ils vont mal finir. Les Allemands n'apprécient pas trop ce genre de choses. Enfin, il y a le cas un peu particulier de François Carbone et des truands marseillais qui rejoignent l'unité à l'été 1944. Eux viennent de la pègre mais ils n'en ont pas moins une certaine forme de conscience politique, tout au moins un engagement connu et ancien derrière Simon Sabiani, le chef du PPF marseillais.

Question : Pouvez-vous nous en dire plus sur cette étonnante 4e section de la 8e compagnie dite "Espagnols" ?

Réponse : On ne sait que peu de choses à son sujet. Ses membres ont combattu sur le front de l'Est dans la division Azul, constituée de volontaires espagnols. Après que la division a été dissoute par le gouvernement de Franco, une partie de ses soldats a choisi de poursuivre le combat dans l'armée allemande. On sait que cette section des Espagnols est formée à Pont-Saint-Esprit au printemps 1944 et envoyée dans le Sud-Ouest sous le commandement d'un officier allemand, le sous-lieutenant Demetrio, en juillet 1944. Après, c'est assez flou. Ils ont sans doute combattu contre les maquis. Demetrio est tombé aux mains des Américains à Autun et certains de ses hommes ont probablement été capturés par la Résistance entre Pau et Tarbes lors de la retraite vers l'Allemagne.

Question : Quel bilan global, humain et de destructions, peut-on établir de ce 'road movie sanglant' entre le sud de la France et la Forêt Noire ?

Réponse : Donner des chiffres précis est impossible. Il faudrait pour cela recenser de façon exhaustive toutes les opérations dans lesquelles des éléments de la 8e compagnie ont été impliqués, ce qui est tout à fait illusoire. Cela dit, il m'a semblé important d'essayer de donner au moins une estimation et j'en suis arrivé à la fourchette suivante : entre 350 et 500 assassinats, bilan qui ne comprend pas les maquisards tués lors des combats, uniquement les personnes supprimées de sang-froid. Autant dire que la 8e compagnie fut une des unités allemandes les plus criminelles ayant opéré en France. Et même sans doute la plus criminelle en valeur relative, c'est-à-dire si l'on ramène le nombre de ses victimes à ses modestes effectifs.

BRANDENBOURG.jpg

Question : Que sont devenus les Français de la 8e compagnie ?

Réponse :  Quelques-uns ont totalement disparu. Ils ont été tués ou ils ont réussi à se fondre dans la nature. Tous les autres ont été jugés. Ceux qui ont été arrêtés dès la Libération, en août 1944, ont été fusillés, en général après un simulacre de procès devant une cour martiale FFI. Les autres ont comparu après la fin de la guerre devant des cours de justice puis des tribunaux militaires. Sur les 70 arrêts et jugements dont j'ai eu connaissance, on dénombre 31 condamnations à mort (6 par contumace, 12 mises à exécution, 9 commuées en travaux forcés et 4 dont les dossiers consultés n'indiquent pas quelles suites leur ont été réservées), 12 condamnations aux travaux forcés à perpétuité et 11 condamnations aux travaux forcés comprises entre 10 et 20 ans, pour ne mentionner que les plus lourdes. Mais il ne faut pas s'y fier, car les condamnés ont vite pu bénéficier de mesures de grâce puis des lois d'amnistie votées au début des années 1950, si bien que même ceux qui avaient écopé de la perpétuité ont recouvré la liberté en général après six ou sept ans de détention. Certains se sont engagés dans l'armée et sont partis se battre en Indochine. Un ancien de la 8e compagnie a eu un destin étonnant, je laisse aux lecteurs qui le souhaiteront le soin de le découvrir...

Merci pour cette étude fouillée et plein succès à ce livre. A bientôt !

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6 avril 2013 6 06 /04 /avril /2013 07:00

Eric Meillan

Confessions d'un sale flic.

De la DST à l'IGS

Emmanuelle Tenailleau

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Livre étonnant que celui-ci, dans lequel Eric Meillan, "grand flic" à la retraite, raconte sa carrière à son épouse, qui en met en forme la version écrite en choisissant "de transcrire ce que me transmit oralement mon mari à la première personne au lieu du 'il' solennel qui tient le lecteur à distance". C'est donc (presque) toute la vérité en (presque) direct : la plupart des domaines de la sécurité publique et de la sécurité de l'Etat sont abordés. 

Cadre de la DST pendant une trentaine d'années, il nous fait d'abord part du quotidien d'un responsable "de terrain" pendant la dernière période de la guerre froide, à Nantes en particulier dont il devient chef de la brigade en 1981, une unité presque "oubliée", "dans un état pitoyable". Entre les activités de contre-espionnage et la reprise en main de la structure, il nous brosse une série de portraits de cadres "de la boîte", de personnages et personnalités, parfois exceptionnels et admirables, parfois lâches et veules ; il en présente aussi bien les missions que le fonctionnement interne ; il nous parle progressivement d'affaires d'espionnage économique en région ; revient sur les premières prises en compte à la fin des années 1980 des menaces informatiques. Les agents, cadres et traitants de l'ambassade d'URSS en France ne sont jamais bien loin, mais on y découvre aussi, au fur et à mesure que l'auteur accède à des responsabilités plus importantes, les petitesses de la vie intérieure du service : "le processus d'élaboration des décisions gouvernementales a lieu dans de petites salles obscures et veillottes. J'y observe, de temps à autre, les réactions claniques ou carriéristes, parfois déloyales, de certains hauts responsables. Parmi eux, j'ai croisé beaucoup d'énarques ... Ils semblent animés par le désir constant de s'implanter dans les hautes fonctions, quand bien même ils n'en possèdent pas les qualifications"... En 1993, il devient conseiller technique du directeur général de la police nationale : "Au ministère de l'Intérieur, place Beauvau, chacun vit les débuts de la cohabitation selon sa sensibilité, au gré de ses alliances et fidélités ... La droite réagit comme la gauche depuis 1981 : le haut fonctionnaire n'apparait plus comme objectif. Il devient aussi porteur de l'idéologie du pouvoir. Une méfiance entre les politiques et les fonctionnaires s'instaure au plus haut niveau".  Dieu qu'en termes galants ces choses là sont dites ! Et sur le rôle des cabinets et des "conseillers" ! En 2010, directeur de l'IGS, Eric Meillan "n'a jamais été convié à parler, sur le fond, au ministre en place" [N. Sarkozy] : "Une gangue s'est formée autour du ministre, composée de personnalité administratives. L'écran qu'ils constituent fait désormais obstacle aux responsables opérationnels"... On doute que cette évolution ne concerne que le ministère de l'Intérieur... On lira également (pp. 116 et suivantes) les pages consacrées aux interventions et écoutes, plus ou moins "sauvages". Et ce portrait de Claude Guéant : "Calculateur, [il] est aussi glacial qu'efficace. Il a survécu aux aléas politiques en ne contredisant jamais directement son autorité supérieure Toujours il essaie d'influencer ... On peut se demander si l'Etat comme il le conçoit ne resemblerait pas à un Etat tout puissant qui privilégierait la machine administrative à l'humain qu'elle est censée servir. Dans le fond, Claude Guéant est un homme de caste".

Bref, d'agent de la DST au cabinet du ministre de l'Intérieur puis à la direction des "Boeufs-carotte", l'auteur s'est élevé "au mérite" et semble visiblement regretter que cet "ascenseur social" de la République soit plus qu'en panne. C'est un peu une image de la fin (?), aujourd'hui, de l'ascension au mérite compromise dans la République qu'il nous offre, au terme d'une évolution qui n'a duré que quelques dizaines d'années simplement. Il nous propose un tableau (son tableau) des forces de l'ordre et de sécurité telles qu'il y a exercé pendant toute une carrière. C'est donc un témoignage éminemment personnel, qui ne reflète bien sûr que les idées et analyses de l'intéressé. Mais sa longue et belle carrière incite à penser que ses propos ne manquent pas de justesse et contiennent une très large part de vérité... 

Un ouvrage à lire, et à recommander.

Ed. La Boîte à Pandore, Paris, s.d. (2013 ?), 219 pages. 17,90 euros.

ISBN : 978-2-87557-005-5. 

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6 avril 2013 6 06 /04 /avril /2013 06:55

Guerre totale et concept de partisan pendant la guerre de 1870-1871

Armel Dirou

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Cette thèse, qui s'annonce très intéressante car elle étudie des notions (et des réalités) qui conservent jusqu'à nos jours une réelle importance, a été préparée sous la direction du professeur Olivier Forcade. Elle sera publiquement soutenue le vendredi 12 avril prochain à partir de 13h30 à la Maison de la recherche, 28 rue Serpente, 75006 Paris (salle D040, rez-de-chaussée).

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6 avril 2013 6 06 /04 /avril /2013 06:50

Projections et débats autour de l'épopée impériale

Musée de l'Armée

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A l'occasion de l'exposition Napoléon et l'Europe, le musée de l'Armée organise le cycle "Travelling sur une épopée" et programme une série de films célèbres. Les séances seront présentées et les débats animés par David Chanteranne, en présence d'historiens et spécialistes. Les projections se déroulent à l'amphithéâtre Austerlitz (entrée libre et gratuite) :

- 8 avril à 19h00 : Austerlitz, d'Abel Gance (1960)

- 9 avril à 19h00 : Master and commander : de l'autre côté du monde, de Peter Weir (2003)

- 10 avril à 19h00 : Maria Walewska, de Clarence Brown (1937)

- 13 avril à 17h00 : Guerre et paix, de King Vidor (1956)

- 14 avril à 17h00 : Waterloo, de Serguej Bondartchouk (1970)

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5 avril 2013 5 05 /04 /avril /2013 07:00

La révolution militaire napoléonienne

Stéphane Béraud

Vol. 1 : Les manoeuvres

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L'auteur annonce dans son avant-propos que ces deux volumes constitueront, à terme, un ensemble plus large encore avec deux autres tomes à paraître (sur "Les combats" de la période 1805-1807 et sur "Les dysfonctionements ultérieurs") et il faut féliciter l'éditeur de s'être engagé, chose rare aujourd'hui, dans la publication d'une telle série. Stéphane Béraud précise par ailleurs qu'il souhaite présenter une synthèse de la 'révolution militaire napoléonienne', "à travers une analyse thématique des différentes disciplines de l'art militaire".

Dans ce premier livre, Stéphane Béraud s'intéresse tout particulièrement aux "Manoeuvres" et commence donc naturellement par décrire l'outil (le corps d'armée), plus les caractéristiques générales des guerres de l'empereur ("Une guerre continentale", la notion (un peu anachronique quand même) de "Projection de forces", ... à pied). On apprécie d'ailleurs dans cette partie, par exemple, le chapitre consacré à l'importance (prouvée par les documents) que Napoléon accorde tout simplement aux chaussures dont doivent être impérativement dotés les soldats avant le début d'une campagne. Il aborde ensuite dans la première grande partie la question des valeurs, de l'honneur, de l'idéal, sous le titre des "Motivations idéologiques" (chap. II), puis la fondamentale question de "La nouvelle donne logistique" (chap. III) avec en particulier les difficultés de l'artillerie, l'incapacité du secteur privé à fournir les moyens nécessaires à prix honnête et la militarisation progresive des soutiens, sans oublier le côté "obscur" : la maraude et le pillage (sévèrement réprimé) dans les villages traversés. Il revient dans une deuxième partie sur des notions importantes pour un chef militaire (planification, renseignement, préparation de la manoeuvre, couverture) et insiste sur le rôle et l'organisation de l'avant-garde avant de revenir longuement au corps d'armée, en illustrant son propos par l'exemple du corps de Lannes à Friedland. Le chapitre VI traite à la fois du commandement par l'empereur en personne (maison militaire, état-major), de la transmission des ordres et de leur compréhension par les échelons subordonnés  (la critique des maréchaux interviendra peut-être dans un prochain volume ?). Enfin, la troisième et dernière partie s'articule en deux chapitres principaux autour de l'analyse des manoeuvres de diversion (chap. VII) et de la dislocation du centre de gravité de l'ennemi (chap. VIII), sur les arrières ou en position centrale. Au total, on a la confirmation d'un Napoléon qui prend en compte, sans l'exprimer toujours nettement, non seulement les échelons tactique et stratégique, mais aussi une sorte de "pré-opératif" à l'échelle d'une campagne dans son ensemble, conçue comme un tout dans ses différentes facettes, ce qui est à l'époque novateur.

Complété par de nombreuses cartes, des encarts, des organigrames et des tableaux, ce livre sera précieux pour tous les amateurs de l'épopée impériale. Certains pourront lui reprocher son côté très descriptif, mais c'est aussi cela qui fait les documents de référence auxquels on peut se reporter sans hésitation.

 

Vol. 2 : Les batailles

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Le deuxième tome de cette Révolution militaire napoléonienne s'attache à "décrypter" la tactique générale, selon l'ancienne formulation, que Stéphane Béraud définit en introduction comme "l'emploi des différents moyens militaires lors de la préparation et de la conduite dela bataille".

Après avoir rappelé dans une première partie ce qu'étaient les batailles des siècles précédents et les évolutions tactiques apparues à la fin du XVIIIe s., l'auteur décrit par le menu "la bataille napoléonienne, résultante de la manoeuvre"; dans son tempo comme dans le rapport de force localement établi avec l'adversaire : Marengo, Austerlitz, Ulm, Iéna-Auerstaedt, Jonkowo et Eylau, Essling, Castiglione, Wagram sont ici successivement disséquées à travers plusieurs"filtres" : "La bataille imposée", "La bataille provoquée", "La bataille acceptée", "La défaite évitée", "la fixation des forces de l'adversaire", "L'attaque décisive", "L'exploitation et la poursuite" (à dire vrai, revenir à plusieurs reprises et à plusieurs pages d'écart sous différents angles sur les mêmes batailles exige du lecteur une grande faculté d'attention, au risque de se perdre). Enfin, la partie finale (qui est tout aussi intéressante que les précédentes, très "militaro-militaires" et "tactico-tactiques") traite de la "Représentation napoléonienne de la bataille", son utilisation à l'égard de l'opinion publique, son instrumentalisation par le texte et la peinture en particulier. Il s'agit bien là en effet d'une part importante de "La construction des légendes napoléoniennes".

Finalement, "la bataille séquentielle napoléonienne est une bataille qui peut être qualifiée de décisive dans la mesure où elle rompt avec les batailles linéaires d'attrition". Ce volume 2 bénéficie de la même mise en page soignée que le précédent (cartes nombreuses -77 !-, encarts, etc.) qui en facilite la lecture, et se termine par un utile "Glossaire de tactique générale napoléonienne" et une bibliographie critique.

Deux très intéressants volumes, pour lesquels ici ou là on peut émettre des analyses divergentes, mais solidement charpentés et argumentés, qui méritent de figurer en bonne place dans toute bonne bibliothèque.

Bernard Giovanangeli Editeur, Paris, vol. 1 = 2013 (rééd.), 351 pages, 35 euros ; vol. 2 = 2013, 383 pages, 28 euros.

ISBN : vol. 1 = 978-2-7587-0004-3, vol. 2 = 978-2-7587-0104-0.

L'auteur a bien voulu nous apporter quelques précisions :

Question : Pouvez-vous nous expliquer quel a été votre parcours et comment vous en êtes arrivé à rédiger ce monumental ensemble ?

Réponse : J’ai une formation de « généraliste pluridisciplinaire » (diplôme de l’Institut d’Études Politiques de Paris comprenant une formation en histoire, droit et économie) avec une appétence depuis toujours pour l’histoire militaire et la stratégie. Mes fonctions de cadre supérieur dans une institution napoléonienne (la Banque de France) ont développé mon intérêt pour la sociologie des organisations et pour toutes les questions liées aux techniques de prise de décisions. Mes loisirs (reconstitution napoléonienne en uniforme -je suis membre de l’association du Xe Escadron qui reconstitue l’unité des chasseurs à cheval de la Garde- et jeux de simulation militaire sur plateau ) stimulent mes convictions en faveur d’une histoire militaire vue tant à travers le prisme du « vécu du combattant » que de la « conduite des opérations ».

J’ai décidé de me lancer à la fin des années 1990 dans l’écriture d’ouvrages sur la stratégie napoléonienne en raison de l’abandon de ce domaine d’études par les universitaires français. J’étais à l’époque frustré par la pauvreté des ouvrages français sur le sujet. J’étais notamment marqué par l’absence de carte dans ces ouvrages. Pour pouvoir lire des ouvrages avec des cartes lisibles et esthétiques, il faut encore trop souvent se référer à des ouvrages anglo-saxons. Mon objectif était donc de fournir aux lecteurs une analyse critique thématique de la guerre napoléonienne. L’approche thématique vise à éviter le piège de la description chronologique qui dispense bien souvent de toute réflexion sur les causes des réussites ou des échecs des évènements militaires étudiés. Enfin, l’approche de mes ouvrages est largement cartographique car il me semble inconcevable d’élaborer un ouvrage de stratégie militaire sans carte. C’est pourquoi, je dessine moi-même les cartes, ce qui présente en outre  l’avantage d’éviter toute contradiction avec le texte.

NAPOLEON ARCOLE

Question : Vous précisez en introduction que les années 1807-1808 constituent une sorte de rupture à partir desquelles apparaissent des « dysfonctionnements ». Pourquoi avoir retenu cette période et non pas une date plus proche par exemple de la campagne de Russie ?

Réponse : Dans l’introduction, je précise que les « années de gloire » étudiées dans ce volume 2 concernent la période 1805-1809. C’est la période durant laquelle, Napoléon parvient à conclure rapidement ses campagnes militaires par une « bataille décisive ». Cette bataille lui permet en effet d’atteindre ses buts de guerre en obligeant ses adversaires à accepter ses conditions de paix. Cependant, on peut observer des dysfonctionnements dans la machine de guerre napoléonienne à partir de 1808.

La première raison tient au déclenchement de la guerre d’Espagne qui draine une proportion de plus en plus importante des vétérans de la Grande Armée. Celle–ci est d’ailleurs dissoute à cette date et Napoléon ne retrouvera plus une armée avec des troupes d’une telle qualité. Il sera obligé de combattre sur deux fronts avec des troupes de plus en plus hétérogènes (cf. le recours à une part croissante de jeunes conscrits et d’étrangers pour les campagnes de 1809, 1812 et 1813). Une deuxième raison tient aux réformes, entamées au sein des armées coalisées, suite aux défaites subies lors des années 1805-1807. La campagne de 1809 voit l’entrée en scène d’une armée autrichienne modernisée sous l’impulsion de l’archiduc Charles, qui s’inspire notamment du modèle français pour expérimenter l’organisation en corps. Il ne parviendra pas à la débarrasser de ses travers traditionnels (comme la lenteur des mouvements), mais il réussira à infliger à Napoléon sa première défaite à Essling.

Question : Ne risque-t-il pas d’y avoir, en particulier en les volumes 2 (« Les batailles ») et 3 (« Les combats ») des répétitions ? Comment organisez-vous la distinction entre ces deux volumes (dont le dernier encore à paraître) ?

Réponse : Pour que le lecteur comprenne cette distinction, je dois préciser la logique générale de l’articulation des différents volumes. J’avais initialement l’intention d’écrire trois volumes pour analyser la révolution militaire : un premier volume sur l’opératique, un deuxième sur la tactique et un dernier sur la stratégie. J’ai commencé par l’opératique car c’est le compartiment de la guerre napoléonienne le plus révolutionnaire. C’est celui dans lequel la rupture est la plus importante avec la période précédente. Je devais ensuite traiter de la tactique qui découle de l’opératique avant de conclure par les facteurs stratégiques de l’échec du projet napoléonien.

Je vais conserver cette logique mais d’une trilogie, je passe à une tétralogie car j’ai décidé, pour des raisons pédagogiques et éditoriales, de diviser en deux volumes la partie tactique : le volume 2 qui vient de paraître traite de la « tactique générale » que je définis comme le déploiement des troupes et l’utilisation des armes dans la bataille. Ce volume est donc concentré sur la bataille, son articulation avec la manœuvre opératique, ses caractéristiques spécifiques par rapport aux batailles frédériciennes. Le prochain volume sera axé sur les combats définis comme des affrontements de moindre ampleur (ne pouvant pas aboutir à des résultats stratégiques) intervenant en dehors ou dans la bataille. Ce volume couvrira ce qu’on appelle généralement les tactiques d’armes avec des développements sur la coordination interarmes qui constitue un paramètre essentiel de la révolution napoléonienne. Alors que les deux premiers volumes sont marqués par une analyse reposant principalement sur « la conduite des opérations », le 3e volume adoptera une approche plus centrée sur « le vécu du combattant ».

NAPOLEON-AUSTERLITZ.jpg

Question : De toutes les batailles étudiées dans le volume 2, laquelle vous semble la plus caractéristique de « l’art de la guerre napoléonien » et pourquoi ?

Réponse : Il est difficile de désigner une bataille napoléonienne archétypique comme c’est le cas de la bataille de Leuthen pour les batailles frédériciennes. On ne peut en effet isoler la bataille de la manœuvre opératique qui la précède. En fonction de ce contexte opératique, je distingue la bataille « dans la manœuvre » de la bataille « en dehors de la manœuvre ». La première est une bataille imposée à l’adversaire qui se produit généralement à l’intérieur de l’espace de manœuvre défini au début de la campagne par Napoléon. La bataille d’Iéna constitue un bon exemple de ce modèle d’autant qu’elle donne lieu à une phase de poursuite caractéristique du continuum des opérations qui permet la dislocation des forces adverses. La deuxième est une bataille qui n’a pas pu être imposée à l’adversaire. C’est au contraire une bataille acceptée par ce dernier, sur un terrain et à un moment qu’il est en mesure de choisir. Cette bataille prend généralement la forme de ce que je qualifie de « bataille avec combinaisons », laquelle consiste en une succession de phases visant à provoquer, sur le plan de la tactique générale, un déséquilibre dans le dispositif ennemi que la manœuvre n’a pas pu créer sur le plan opératique. L’affrontement de Wagram, avec l’attaque de débordante de Davout puis l’attaque de rupture de Macdonald, est une bonne illustration de ce type de bataille.

Question : Finalement, l’empereur est à la fois le produit d’une époque antérieure, un grand capitaine de son temps et annonce une importante « descendance intellectuelle et militaire ». Quelle part de cet héritage vous semble particulièrement importante à retenir ?

Réponse : L’héritage militaire napoléonien est source d’ambiguïtés. Les lectures clausewitziennes, opérées par les écoles et états-majors militaires avant la première guerre mondiale, n’ont trop souvent retenu des campagnes napoléoniennes que le concept de bataille d’anéantissement. Dans le volume 2, je cherche à relativiser le rôle de la bataille. Celle-ci est un pilier essentiel permettant d’atteindre les buts de guerre mais elle est inséparable du pilier opératique. C’est la manœuvre opératique, détaillée dans le volume 1, qui détermine les conditions du succès et la portée des actions tactiques. Dans ce contexte, ce sont les actions morales fondées sur les opérations de surprise et de déception qui permettent de déséquilibrer le dispositif adverse plus que la destruction matérielle du gros des forces ennemies. Selon Napoléon, « à la guerre, les trois quarts des affaires sont des affaires morales ; la balance des forces réelles n’est que pour un autre quart ». On peut dès lors rattacher Napoléon à l’école de la stratégie indirecte plutôt que d’en faire le parfait représentant de l’affrontement tactique « du fort au fort » caractéristique du « modèle occidental de la guerre ». Il me semble donc que la principale leçon napoléonienne à retenir est la primauté donnée aux forces morales.

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Question : Vous précisez en conclusion que vous souhaitez suivre une approche en termes « d’histoire totale ». Pourriez-vous préciser ce que cela signifie ?

Réponse : L’objectif de « La révolution militaire napoléonienne » est de présenter les ressorts des succès et revers militaires de Napoléon en associant toutes les disciplines concernées des sciences humaines. Les deux premiers volumes ont donné une large part aux analyses proprement militaires de la conduite des opérations dans le champ de la stratégie opérationnelle et de la tactique générale. Le troisième volume complètera ces analyses par des approches sociologiques et anthropologiques en mettant l’accent sur la vie quotidienne et les motivations du combattant napoléonien.

La perspective sera élargie dans le quatrième volume : ce dernier volume traitera à la fois des dysfonctionnements opératiques et tactiques mais également de l’échec stratégique final. Pour expliciter ce dernier thème, j’ai l’intention d’étudier les buts de guerre impériaux et les initiatives diplomatiques mises en œuvre. Je présenterai la géopolitique napoléonienne avec une analyse notamment de la stratégie maritime. Les facteurs économiques et commerciaux seront bien sûr également pris en compte. Enfin, la question déterminante du financement des guerres permettra de comparer les politiques fiscales et les politiques d’endettement public suivies à cette époque en France et en Angleterre. Au terme de ces quatre volumes, le lecteur devrait disposer d’un panorama complet de tous les compartiments de la guerre napoléonienne.

Bravo pour cette belle entreprise, et surtout plein succès dans vos travaux.

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5 avril 2013 5 05 /04 /avril /2013 06:55

Les drones

Enjeux opérationnels, juridiques, sociaux et éthiques

Ateliers du CESA

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Dans le cadre des réguliers Ateliers du CESA, cet après-midi de réflexions et d'échanges sur un thème particulièrement important aujourd'hui. Il se tiendra en amphithéâtre Louis de l'Ecole militaire le mardi 9 avril prochain de 14h00 à 16h00.

Renseignements et inscription : air.cesa.manifestation.lst@intradef.gouv.fr

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Cafés historiques de La Chouette

Prochaine séance : pour la rentrée de septembre. Le programme complet sera très prochainement mis en ligne.

Publications personnelles

Livres

 

doumenc-copie-1.jpgLa Direction des Services automobiles des armées et la motorisation des armées françaises (1914-1918), vues à travers l’action du commandant Doumenc

Lavauzelle, Panazol, 2004.

A partir de ma thèse de doctorat, la première étude d’ensemble sur la motorisation des armées pendant la Première Guerre mondiale, sous l’angle du service automobile du GQG, dans les domaines de l’organisation, de la gestion et de l’emploi, des ‘Taxis de la Marne’ aux offensives de l’automne 1918, en passant par la ‘Voie sacrée’ et la Somme.

 

La mobilisation industrielle, ‘premier front’ de la Grande Guerre ? mobil indus

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2005 (préface du professeur Jean-Jacques Becker).

En 302 pages (+ 42 pages d’annexes et de bibliographie), toute l’évolution industrielle de l’intérieur pendant la Première Guerre mondiale. Afin de produire toujours davantage pour les armées en campagne, l’organisation complète de la nation, dans tous les secteurs économiques et industriels. Accompagné de nombreux tableaux de synthèse.

 

colonies-allemandes.jpgLa conquête des colonies allemandes. Naissance et mort d’un rêve impérial

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2006 (préface du professeur Jacques Frémeaux).

Au début de la Grande Guerre, l’empire colonial allemand est de création récente. Sans continuité territoriale, les différents territoires ultramarins du Reich sont difficilement défendables. De sa constitution à la fin du XIXe siècle à sa dévolution après le traité de Versailles, toutes les étapes de sa conquête entre 1914 et 1918 (388 pages, + 11 pages d’annexes, 15 pages de bibliographie, index et cartes).

 

 caire damasDu Caire à Damas. Français et Anglais au Proche-Orient (1914-1919)

 14/18 Editions, Saint-Cloud, 2008 (préface du professeur Jean-Charles Jauffret).

Du premier au dernier jour de la Grande Guerre, bien que la priorité soit accordée au front de France, Paris entretient en Orient plusieurs missions qui participent, avec les nombreux contingents britanniques, aux opérations du Sinaï, d’Arabie, de Palestine et de Syrie. Mais, dans ce cadre géographique, les oppositions diplomatiques entre ‘alliés’ sont au moins aussi importantes que les campagnes militaires elles-mêmes.

 

hte silesieHaute-Silésie (1920-1922). Laboratoire des ‘leçons oubliées’ de l’armée française et perceptions nationales

‘Etudes académiques », Riveneuve Editions, Paris, 2009.

Première étude d’ensemble en français sur la question, à partir du volume de mon habilitation à diriger des recherches. Le récit détaillé de la première opération civilo-militaire moderne d’interposition entre des factions en lutte (Allemands et Polonais) conduite par une coalition internationale (France, Grande-Bretagne, Italie), à partir des archives françaises et étrangères et de la presse de l’époque (381 pages + 53 pages d’annexes, index et bibliographie).

 

cdt armee allde Le commandement suprême de l’armée allemande 1914-1916, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général von Falkenhayn 

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Le texte original de l’édition française de 1921 des mémoires de l’ancien chef d’état-major général allemand, accompagné d’un dispositif complet de notes infrapaginales permettant de situer les lieux, de rappeler la carrière des personnages cités et surtout de comparer ses affirmations avec les documents d’archives et les témoignages des autres acteurs (339 pages + 34 pages d’annexes, cartes et index).

 

chrono commChronologie commentée de la Première Guerre mondiale

Perrin, Paris, 2011.

La Grande Guerre au jour le jour entre juin 1914 et juin 1919, dans tous les domaines (militaire, mais aussi politique, diplomatique, économique, financier, social, culturel) et sur tous les fronts. Environ 15.000 événements sur 607 pages (+ 36 pages de bibliographie et d’index).

 

 Les secrets de la Grande Guerrecouverture secrets

Librairie Vuibert, Paris, 2012.

Un volume grand public permettant, à partir d’une vingtaine de situations personnelles ou d’exemples concrets, de remettre en lumière quelques épisodes peu connus de la Première Guerre mondiale, de la question du « pantalon rouge » en août 1914 à l’acceptation de l’armistice par von Lettow-Vorbeck en Afrique orientale, après la fin des hostilités sur le théâtre ouest-européen.

 

Couverture de l'ouvrage 'Mon commandement en Orient'Mon commandement en Orient, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général Sarrail

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2012

Le texte intégral de l'édition originale, passé au crible des archives publiques, des fonds privés et des témoignages des acteurs. Le récit fait par Sarrail de son temps de commandement à Salonique (1915-1917) apparaît véritablement comme un exemple presque caricatural de mémoires d'autojustification a posteriori

 

 

Coordination et direction d’ouvrages

 

Destins d’exception. Les parrains de promotion de l’Ecole Spéciale Militaire de Saint-Cyr

SHAT, Vincennes, 2002.

Présentation (très largement illustrée, 139 pages) des 58 parrains qui ont donné leur nom à des promotions de Saint-Cyr, entre la promotion « du Prince Impérial » (1857-1858) et la promotion « chef d’escadrons Raffalli » (1998-2001).

 

fflLa France Libre. L’épopée des Français Libres au combat, 1940-1945

SHAT, Vincennes et LBM, Paris, 2004.

Album illustré présentant en 191 pages l’histoire et les parcours (individuels et collectifs) des volontaires de la France Libre pendant la Seconde guerre mondiale.

 

marque courageLa marque du courage

SHD, Vincennes et LBM, Paris, 2005.

Album illustré présentant en 189 pages l’histoire des Croix de Guerre et de la Valeur Militaire, à travers une succession de portraits, de la Première Guerre mondiale à la Bosnie en 1995. L’album comporte en annexe une étude sur la symbolique, les fourragères et la liste des unités d’active décorées.

 

  90e anniversaire de la Croix de guerre90-ANS-CROIX-DE-GUERRE.jpg

SHD, Vincennes, 2006.

Actes de la journée d’études tenue au Musée de l’Armée le 16 novembre 2005. Douze contributions d’officiers historiens et d’universitaires, français et étrangers, de la naissance de la Croix de guerre à sa perception dans la société française, en passant les décorations alliées similaires et ses évolutions ultérieures.

 

france grèceLes relations militaires franco-grecques. De la Restauration à la Seconde guerre mondiale 

SHD,Vincennes, 2007.

Durant cette période, les relations militaires franco-grecques ont été particulièrement intenses, portées à la fois par les sentiments philhellènes qui se développent dans l’hexagone (la France est l’une des ‘Puissances protectrices’ dès la renaissance du pays) et par la volonté de ne pas céder d’influence aux Anglais, aux Allemands ou aux Italiens. La campagne de Morée en 1828, l’intervention en Crète en 1897, les opérations en Russie du Sud  en 1919 constituent quelques uns des onze chapitres de ce volume, complété par un inventaire exhaustif des fonds conservés à Vincennes.

 

verdunLes 300 jours de Verdun

Editions Italiques, Triel-sur-Seine, 2006 (Jean-Pierre Turbergue, Dir.).

Exceptionnel album de 550 pages, très richement illustré, réalisé en partenariat entre les éditions Italiques et le Service historique de la Défense. Toutes les opérations sur le front de Verdun en 1916 au jour le jour.

 

DICO-14-18.jpgDictionnaire de la Grande Guerre

(avec François Cochet), 'Bouquins', R. Laffont, 2008.

Une cinquantaine de contributeurs parmi les meilleurs spécialistes de la Grande Guerre, 1.100 pages, 2.500 entrées : toute la Première Guerre mondiale de A à Z, les hommes, les lieux, les matériels, les opérations, les règlements, les doctrines, etc.

 

fochFerdinand Foch (1851-1929). Apprenez à penser

(avec François Cochet), 14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Actes du colloque international tenu à l’Ecole militaire les 6 et 7 novembre 2008. Vingt-quatre communications balayant tous les aspects de la carrière du maréchal Foch, de sa formation à son héritage dans les armées alliées par des historiens, civils et militaires, de neuf nations (461 pages + 16 pages de bibliographie).

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