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14 avril 2021 3 14 /04 /avril /2021 00:01

Qui ose vaincra

De Gaugamèles à Ouadi Doum

Gilles Haberey et Hugues Perot

Les deux auteurs ont déjà publié chez le même éditeur plusieurs ouvrages remarqués (ici et ici par exemple), et ils s'intéressent aujourd'hui à un aspect particulier de l'art militaire : prendre des risques, créer la surprise, oser.

Gilles Haberey et Hugues Perot ont sélectionné une vingtaine de combats célèbres depuis l'Antiquité (Gaugamèles, en 331 av. J.-C., entre Alexandre le Grand et Darius) jusqu'à la prise de Ouadi Doum, en 1987, par les Franco-Tchadiens contre les Libyens et les rebelles tchadiens. Ces engagements sont classés par "type" de surprise imposée à l'adversaire, par "genre" de coup d'audace : la manoeuvre sur les arrières de l'ennemi, prendre l'ennemi à contre-pied en ne respectant pas (exceptionnellement) les règles généralement admises de l'art de la guerre, mystifier l'ennemi en usant de la déception, frapper à la tête en mettant hors jeu le chef ennemi, surgir à l'improviste de nulle part pour tétaniser l'adversaire, privilégier un procédé innovant comme des matériels nouveaux ou une avancée technologique, la capacité du commandement et des acteurs à surmonter les évènements imprévus et à s'adapter à une situation nouvelle, savoir enfin jusqu'où ne pas aller, c'est à dire évaluer et maîtriser le risque. Chaque bataille est présentée selon un plan identique : le rappel de la situation générale, les forces en présence et les intentions des commandements opposés, le déroulement du combat (avec cartographie) et les enseignements tactiques que l'on peut en tirer. Vous revivez ainsi, entre autres, le raid du général sudiste Morgan dans le Kentuky en 1863, la prise de Riga par le général von Hutier en 1917, la libération de Mussolini par les commandos de Skorzeny au Gran Sasso en 1943 ou le défaite espagnole d'Anoual en 1921 qui marque les premiers temps de la guerre du Rif.

On y trouve la confirmation à la fois de l'importance absolument essentielle d'une formation la plus aboutie possible, mais aussi de l'importance du facteur humain individuel : le coup d'oeil, la capacité d'analyse et de réaction rapide, le sens de l'initiative adaptée.  Mais ces qualités, indispensables, doivent s'appuyer sur une parfaire maîtrise de son métier. Un livre aussi passionnant que les précédents et particulièrement intéressant.

Editions Pierre de Taillac, Paris, 2021, 349 pages. 26,90 euros.

ISBN : 9782364451766.

Pour commander directement le livre : ici.

 

De l'audace !
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29 janvier 2021 5 29 /01 /janvier /2021 00:01

Petites mémoires d'outre-guerre

Général Nicolas Le Nen

Voici un ouvrage original dans lequel l'auteur rencontre et fait parler quelques grands noms de l'histoire de la guerre et de la stratégie, rencontrés au hasard de sa promenade au sein des Invalides.

Nous commençons par croiser le comte de Guibert, qui revient sur les principes politiques qui sous-tendent son Essai général de tactique ; puis voici Jean-Jaurès qui parle de la formation militaire du citoyen et de la formation de la nation aux questions de défense ; Rommel et Guderian à propos de la guerre de mouvement ; Hannibal et la bataille de Cannes ("J'ai eu de la chance, à Cannes et à Trasimène, de me battre contre des généraux courageux mais terriblement conformistes et dramatiquement pétris de certitude"). Retour à des périodes plus récentes avec Clausewitz au sujet de son célèbre De la guerre bien sûr ; avec le général Beaufre à propos de la crise doctrinale des années 1930 et de la défaite de 1940 ; avec Napoléon Ier et son principe de manoeuvre sur les arrières de l'ennemi pour le couper de ses lignes de retraite ; avec De Gaulle bien sûr, insistant sur l'indispensable caractère du chef en temps de guerre. On croise avec surprise Jan Patocka, professeur de philosophie tchèque mort des suites d'un interrogatoire de la police politique en 1977, qui revient sur la notion de guerre dans le temps long de l'histoire et sa persistance aujourd'hui. Nous terminons avec Joukov, Foch, et le maréchal Mortier (cf. la caserne éponyme) qui évoque bien sûr la guerre irrégulière.

Un livre qui se lit avec aisance et plaisir. Une "piqure" de rappel sur de nombreuses notions essentielles en histoire militaire, et pour mieux comprendre les campagnes, anciennes comme récentes. Sur un ton léger, indirectement, une lecture bien utile sans doute, entre autres, à de nombreux officiers et sous-officiers.

Editions du Rocher, Monaco, 2021, 165 pages. 15,90 euros.

ISBN : 978-2-268-10471-3.

Pour commander directement le livre : ici.

Faire parler les morts
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24 novembre 2020 2 24 /11 /novembre /2020 00:01

Des guérillas au reflux de l'Occident

Gérard Chaliand

On ne présente plus Gérard Chaliand, véritable spécialiste des conflits asymétriques et fin connaisseur des guerres irrégulières. Ayant personnellement vécu dans les années 1960-1970 le quotidien de la plupart des conflits irréguliers, il en a une approche réaliste, basée sur l'observation et l'expérience : "Quinze mois en Algérie indépendante, sous Ben Bella, m'avaient déniaisé, en matière d'imposture, de ce qu'on appelait le socialisme", écrit-il dans son avant propos, avant d'ajouter "J'ai perdu des illusions sans renoncer à des principes qui me paraissaient fondés ... L'expérience des luttes politiques et surtout armées m'amenait à privilégier  la pensée stratégique qui est l'intelligence des rapports de force ... Je ne cherche pas à être politiquement correct mais politiquement pertinent". Belle promesse.

Dans cette volumineuse somme, fruit d'une vie d'expériences et de réflexions, Gérard Chaliand part de l'effondrement des empires coloniaux et de son engagement personnel aux quatre coins du monde (Afrique, Asie, Moyen-Orient, Amérique latine) décrit dans les premiers chapitres, pour analyser ce que furent ces expériences révolutionnaires. Après avoir consacré une quarantaine de pages au conflit israélo-palestinien, il s'attache au phénomène terroriste dont il analyse les évolutions au cours des cinquante dernières années : "L'expérience démontre à la fois la modestie des résultats militaires des terrorismes et leur impact psychologique considérable". Il aborde ensuite quelques cas particuliers : l'Erythrée des années 1970, l'Angola des années 1980, l'interminable guerre civile des Philippines, le conflit du Haut Karabagh qui vient de refaire la Une de l'actualité, la situation sécuritaire difficile de l'Afrique du Sud, l'histoire des Tigres tamouls à Ceylan et celui des Kurdes entre la Turquie, l'Irak et l'Iran. Autant d'occasion de revenir sur des conflits qui ont marqué les dernières décennies et dont les détails comme les ressorts ou les conclusions (provisoires ?) ne sont pas toujours bien connus. Le dernier grand chapitre est consacré au théâtre moyen-oriental et à l'Afghanistan depuis les années 1980, avec les responsabilités russes d'abord mais aussi américaines, avec pour terminer les échecs des Etats-Unis aussi bien en Irak qu'en Afghanistan. Retenons ce constat, qui date de 2008 et n'a rien perdu de sa pertinence : "Tout n'est pas perdu, puisque les talibans ne peuvent l'emporter militairement. Mais tout reste à faire politiquement, administrativement et économiquement. Au début, il fallait nettoyer le sanctuaire d'Al-Qaïda. A présent nous y restons parce que nous y sommes". Une analyse qui rend toutes ses responsabilités au politique et que l'on pourrait aisément transposer sur d'autres théâtres. On ne sera pas toujours d'accord avec les affirmations et conclusions partielles parfois abruptes de Gérard Chaliand, mais les derniers mots résonnent de façon inquiétante : "Le monde qui nous attend, nous, Européens, va être plus âpre à mesure que notre déclassement va apparaître. Les rapports internationaux sont fondés sur la force et rien ne peut modifier leur intrinsèque tragédie"...

Un vaste panorama des guerres irrégulières des cinquante dernières années qui remet en perspective bien des situations actuelles, et aussi le triste constat d'un recul permanent, régulier, irrémédiable (?), des Etats occidentaux, bilan d'une vie d'engagements et d'analyses géopolitiques.

Passés/Composés, Paris, 2020, 652 pages, 27,- euros.

ISBN : 978-2-3793-3051-3.

Pour commander directement le livre : ici

Un demi-siècle de transformations de la guerre
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9 octobre 2020 5 09 /10 /octobre /2020 00:01

De la grande stratégie

John Lewis Gaddis

Voici un livre étonnant qui balaie très largement l'histoire occidentale, depuis la Grèce antique jusqu'au XXe siècle, pour nous convaincre (en réalité c'est assez rapide car nous sommes acquis à l'idée) que la capacité d'adaptation et le sens de l'opportunité à saisir sont les clefs du succès militaire, au détriment de l'idée préconçue, de l'obstination, de l'omnipotence intellectuelle.

Distinguant entre les "hérissons" obstinés et les "renards" capables d'adaptation quasi-immédiate, John L. Gaddis fait ainsi le choix d'une dizaine d'exemples choisis dans l'histoire, des guerres médiques à la guerre froide, en passant par les conflits entre cités grecques, l'opposition entre Octave et Antoine, Machiavel et les Médicis, Elisabeth d'Angleterre et Philippe II d'Espagne, la guerre d'indépendance des colonies américaines, la campagne de Russie de Napoléon Ier, l'esclavage et la guerre de Sécession aux Etats-Unis, etc. Les références sont très nombreuses, souvent littéraires, tirées du roman ou de pièces classiques, trop peut-être. Si l'auteur est visiblement à son aide pour manier les concepts et jongler avec les évènements du passé, il ressort de l'ensemble une impression de tourbillon qui peut impressionner le lecteur mais aussi le perdre au fil des innombrables digressions et des "sauts" chronologiques pas toujours expliqués.

Au bilan, un livre qui étonne, qui dérange, mais qui ne semble pas adapté à un public trop néophyte car les idées agitées demandent, pour être suivies, de solides connaissances préalables. Finalement, "les renards s'adaptent plus aisément à des changements rapides, mais les hérissons prospèrent durant les périodes de stabilité". Alors, plutôt "renard" ou "hérisson" ?

Les Belles Lettres, Paris, 2020, 357 pages. 25,50 euros.

ISBN : 978-2-251-45109-1.

Ambitieuse synthèse
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6 octobre 2020 2 06 /10 /octobre /2020 00:01

Les sentiers de la victoire

Peut-on encore gagner une guerre ?

Gaïdz Minassian

L'ambition de l'ouvrage et l'ampleur du volume impressionnent, mais l'on peut légitimement se demander au terme de la lecture si l'auteur ne multiplie pas inutilement les interrogations et les étapes successives du raisonnement.

Partant de trois "illustrations" différentes de la guerre (Achille, symbole de la force qui prend les armes par vengeance ; Ulysse, qui entre en guerre sous la contrainte et utilise la ruse ; Hector, qui s'y lance par devoir et pour les siens), l'auteur considère dès les premières pages, après une tentative de définition de ce que peut être la victoire, que "notre sujet est un puzzle inséré dans une poupée russe à l'intérieur d'une boite noire"... Voilà qui ne simplifie pas l'approche de la question. Gaïdz Minassian développe son argumentation en quatre grandes parties ("Ambivalences de la victoire dans le temps", "Pyramide de la victoire dans le temps", "Impossible et impuissante victoire", et "Pour un monde hectorien"). Il présente dans un premier temps une analyse chronologique très (trop ?) détaillée dans le temps long (de l'Antiquité à nos jours) de la notion de victoire avec ce constat aujourd'hui : "On ne sait plus pourquoi on se bat et quand les buts de guerre ne sont pas clairs, le brouillard de la victoire s'épaissit. Plus le volet politique d'une opération est clairement défini, plus la paix est sur de bons rails". La seconde partie s'interroge sur la structuration de la notion de victoire, ses fondamentaux et ses instruments, mais aussi ses illusions (mirage de la victoire) et ses paradoxes, avec toute la problématique récente des crises de basse intensité : "Comme la guerre a été mise à l'index du droit et que les normes internationales ont compacté les fondements de l'ordre mondial, la grande victoire stratégique qui débouche sur une paix durable a disparu". La troisième partie nous entraîne au-delà de la seule victoire militaire, notion incomplète et provisoire qu'il est nécessaire de "réinventer", et présente les différentes théories récemment émises sur le sujet, notamment parmi les chercheurs anglo-saxons. Distinguant entre les conceptions américaines et françaises, relativisant la notion de "victoire démocratique", il s'efforce de formaliser les différents stades de la défaite ou de la victoire (ce qui est parfois très formel), avec cette question étonnante mais bienvenue : "Pourquoi, en France, publie-t-on plus d'ouvrages stratégiques sur la défaite que sur la victoire ?"... Finalement, l'analyse des opérations récentes ou en cours (victoire militaire insuffisante, impasse politique). La quatrième partie enfin en appelle à éviter l'humiliation du vaincu pour assurer la paix... : "Déshumilions l'ordre mondial, c'est à dire libérons le système international de sa violence structurelle à travers la norme de l'humiliation et redonnons à Hector la place qui lui revient". Oserons-nous dire, après être monté si haut dans la réflexion, que la fin nous laisse... sur la faim. L'appel à de nouvelles normes juridiques et à l'apaisement des passions est-il suffisant ? Ou faut-il plutôt conclure à la guerre sans fin ?

La bibliographie, de Sun Tu à Jean-Yves Le Drian !, de près de vingt pages invite les amateurs à emprunter de nombreuses autres pistes. Un gros volume, parfois un peu redondant, qui fourmille littéralement d'idées, de propositions, d'analyses, d'exemples, et qui donc ouvre sur d'innombrables discussions et controverses. 

Passés/Composés, Paris, 2020, 713 pages, 27,- euros.

ISBN : 978-2-3793-3000-1.

Intellectualisme ?
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24 septembre 2020 4 24 /09 /septembre /2020 00:01

Le Moyen-Âge en sept batailles

Gilles Haberey & Hugues Perot

Déjà auteurs ensemble de plusieurs ouvrages consacrés aux batailles des siècles passés (ici et ici par exemple), les deux auteurs s'attachent à décrypter quelques uns des combats les plus emblématiques du Moyen-Âge.

Après une introduction qui rappelle l'évolution de l'art de la guerre à partir de la fin de l'empire romain d'Occident, Gilles Haberey et Hugues Perot analysent ainsi les batailles d'Hasting (1066), qui voit la conquête de l'Angleterre par Guillaume de Normandie ; de Hattin (1187), défaite des croisés face à Saladin ; de Las Navas de Tolosa (1212), pendant la Reconquista espagnole ; de la Kalka (1223), au cours de laquelle les princes russes tentent d'arrêter les Mongols ; de Bannockburn (1314), qui voit Robert Bruce écraser l'armée anglaise, de Constantinople (1453), avec la disparition de l'empire d'Orient face aux Ottomans de Mehmet II, et de Castillon (1453), dernière grande bataille de la guerre de Cent ans. Chaque bataille est présentée suivant un plan identique (cadre général, forces en présence et intentions, déroulement du combat, enseignements tactiques) et comporte une belle carte grand format. Particulièrement bien illustré, le texte courant est agrémenté d'encarts qui précisent quels furent les principaux protagonistes et quels étaient les armements majeurs.

Ce bel ouvrage de vulgarisation, à la fois esthétiquement réussi, pédagogiquement bien conçu et érudit sur le fond, peut tout aussi bien constituer une première approche des armées et des batailles de l'époque, qu'un cadeau apprécié.

Editions Pierre de Taillac, Paris, 2020, 93 pages. 24,90 euros.

ISBN : 978-23-6445-146-9.

Moyen-Âge
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7 septembre 2020 1 07 /09 /septembre /2020 00:01

A coups d'épée

Charles De Gaulle 

Texte composé par le général Nicolas Le Nen

Ouvrage tout à fait original, sous-titré "Et si le général De Gaulle réécrivait Vers l'armée de métier" et que le général Le Nen explique ainsi : "J'ai composé cette nouvelle version de Vers l'armée de métier à partir de deux études écrites par le capitaine De Gaulle en 1921 et 1929 et des discours et messages que le général prononça entre le 18 juin 1940 et son retrait définitif de la vie politique le 28 avril 1969". Le titre lui-même fait directement référence à la célèbre formule selon laquelle "la France fut faite à coups d'épée". Le projet, on le voit, est à la fois original et risqué. Faire en quelque sorte parler le général De Gaulle n'est pas une mince ambition.

Le livre est organisé en deux grandes parties : "Pourquoi ?" et "Comment ?", chacune comprenant trois chapitres : "Unité", "Souveraineté" et "Politique" pour la première partie, "Stratégie", "Dissuasion" et "Commandement" pour la seconde. On reste impressionné devant la réelle cohérence des textes "recomposés". Outre l'intelligence de réalisation du "co-auteur", on a réellement le sentiment d'une grande cohésion dans le temps long de la pensée du général De Gaulle. Finalement (mais est-ce surprenant ?), il en ressort l'importance de la nation, de sa grandeur et de son unité ; le caractère essentiel de sa défense dont les capacités doivent être au niveau des risques et des menaces du temps présent ; l'impérieuse nécessité de l'indépendance politique et de la souveraineté, seules garanties du maintien de nos libertés : "Nous pouvons et, par conséquent, nous devons avoir une politique qui soit la nôtre. Laquelle ? Il s'agit avant tout de nous tenir en dehors de toute inféodation".

Un texte qui devrait interpeller plus d'un décideur parmi les responsables actuels... Un exercice périlleux disions-nous, mais un exercice réussi.

Editions du Rocher, Monaco, 2020, 165 pages. 14,90 euros.

ISBN : 978-2-268-10421-8.

Voix d'outre-tombe
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23 juillet 2020 4 23 /07 /juillet /2020 00:01

Qui ruse gagne

Une anthologie de la tromperie guerrière

Patrick Manificat

"On raconte que durant la Seconde guerre mondiale, de faux avions allemands -des simulacres de bois- stationnés sur un aérodrome français et identifiés comme factices par des avions de reconnaissance britanniques ont été bombardés par de vrais avions anglais avec... de fausses bombes en bois !". Le livre s'ouvre sur cette anecdote et, à un rythme soutenu, nous entraine dans le temps et dans l'espace dans le vaste monde des leurres et des ruses de guerre.

Dès la page 15, l'auteur nous rappelle que "la guerre est l'art de duper", mais la définition précise en est difficile tant les procédés sont variés et toujours évolutifs. Le camouflage est sans doute le procédé le plus ancien et le plus répandu, toujours massivement utilisé (cf. les piètres résultats de l'aviation de la coalition occidentale contre la Serbie en 1999), puis la simulation, des faux canons des Confédérés américains au faux Paris de 1917-1918 pour tromper l'aviation de nuit allemande et aux Panzer-Attrappen et autres faux chars utilisés sur tous les continents. Dans la catégorie "Tromperie", on relève les croiseurs-corsaires allemands et les Q-Ships britanniques mais aussi la simulation d'une retraite comme pendant la guerre civile chinoise. On le voit, nous sommes ici au coeur des opérations militaires, l'énorme opération  alliée Fortitude avant le débarquement de Normandie constituant en la matière une réalisation emblématique. Des boeufs aux cornes enflammées d'Hannibal aux dangers du téléphone portable et aux cyberattaques en passant par l'utilisation de "fausses" stations radio et la manipulation de la presse écrite, mais aussi par l'intoxication de l'ennemi (la "bleuite" en Algérie), ou par les intrusions et le brouillage en guerre électronique, les exemples sont multiples, dans tous les conflits, de tous les pays. Au passage, l'auteur démonte également la désinformation entourant l'accusation de complice du génocide portée contre la France au Rwanda. Le livre se termine sur un tour d'horizon mondial des doctrines en la matière. Dans ce domaine également, "rien de tel dans l'armée française ... A part la dissimulation, plus particulièrement le camouflage, et la guerre électronique, la déception est marquée du sceau du non emploi". L'auteur se permet donc de dispenser quelques conseils en appelant de ses voeux un véritable renouveau du leurre, alors que tout le monde aujourd'hui parle de l'importance de la surprise.

 Un livre aussi facile à lire que riche en réflexions et en enseignements, dont celui de l'importance de l'imagination basée sur une solide connaissance du réel, et qui s'appuie par ailleurs sur de très nombreuses citations. A inclure sans hésiter dans toute bonne bibliothèque aussi bien d'historien que d'amateur des questions de défense.

Histoire & Collections, Paris, 2020, 271 pages, 20,- euros.

ISBN : 978-2-35250-5116-7.

Désinformation, intoxication
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6 juillet 2020 1 06 /07 /juillet /2020 00:01

Jouer la guerre

Histoire du wargame

Antoine Bourguilleau

Depuis au moins une vingtaine d'années, les "jeux de guerre" bénéficient d'une popularité croissante dans le grand public, succès notamment confirmé grâce au développement des moyens informatiques individuels. Mais il s'agit pourtant initialement d'une activité proprement militaire de formation et non d'un "simple" loisir. Ce livre se propose de nous le démontrer, de nous l'expliquer et de nous en faire comprendre les ressorts.

Au-delà de la formation individuelle et collective du soldat, l'auteur précise la problématique dès son introduction : "Comment entraîner des généraux ... à manoeuvrer des troupes à grande échelle, sur un territoire ? A saisir quelles sont les routes à éviter, les points névralgiques de l'ennemi ? A mesurer leurs lignes de communication tout en menaçant celle de l'adversaire ?". La disponibilité d'une excellente cartographie est bien sûr essentielle, et Antoine Bourguilleau cite plusieurs définitions dont celle-ci : "Un wargame est une tentative de se projeter dans le futur par le biais d'une meilleure compréhension du passé. Le wargame est une combinaison de jeu, d'histoire et de science". Il précise également qu'il ne prend pas en compte dans son étude les jeux vidéos et les études tactiques sur le terrain (staff ride). Tout en reconnaissant que le sujet pourrait permettre de remonter à l'Antiquité, il organise son ouvrage en trois grandes parties. La première, "Le Kriegsspiel (1600-1900)", évoque la naissance du jeu de guerre moderne sous forme de jeux d'échecs, de carte ou "de l'oie" modifiés, la constitution de la collection des plans-reliefs, l'évolution majeure initiée par Johann Christian Hellwig en 1780 et ses adaptations successives avec notamment les Reisswitz père et fils et la prise en compte de l'imprévu, caractéristique des opérations militaires. A partir des années 1820 le Kriegsspiel est progressivement adopté par l'armée prussienne. Jusqu'à la fin du siècle, la France reste en retard : "Certains voient le Kriegsspiel d'un mauvais oeil, comme un invention allemande de peu d'intérêt". La deuxième partie, "Le Wargame (1900-1950)", montre bien le développement mondial des jeux de guerre, en particulier la guerre navale, notamment aux Etats-Unis, mais en souligne aussi les limites comme dans le cas du Japon en 1940/1941 : "Le wargame n'a de pertinence qu'utilisé dans de bonnes conditions, qu'il est cependant difficile de réunir : données fiables, comportements logique pour chaque camp, capacité d'abstraction, honnêteté à défaut d'objectivité. Sans cela, la boussole du wargame, qui n'indique jamais tout à fait le nord, se dérègle". Constatons qu'à nouveau la France ne fait pas partie des "bons élèves". La troisième partie enfin, "La simulation militaire au tournant du XXIe siècle", s'intéresse aux évolutions récentes depuis la fin des années 1970 avec le rôle de Guy Debord mais aussi l'intervention de la Rand Corporation, avec cette réserve : "Un ordinateur aurait probablement conseillé aux Britanniques de faire la paix avec Hitler en 1940"... Comment représenter la volonté et la détermination de Churchill dans le jeu ? Rendant un hommage mérité de promoteur en France à Laurent Henninger, l'auteur constate néanmoins que c'est bien dans le monde anglo-saxon (département des War Studies du King's College de Londres) que les jeux de guerre s'épanouissent aujourd'hui encore. Avec ce bilan : "Au cours de notre étude, nous avons été frappé de constater que le jeu de guerre, en France, et sa pratique au sein de l'armée et de la marine, sont largement passés sous le radar de l'étude historique". Des armées françaises qui seraient "dans un trou noir".

Un livre qui devrait passionner non seulement tous les historiens des questions militaires, mais aussi (surtout ?) les militaires eux-mêmes, car il ouvre des pistes de réflexion multiples sur la formation du commandement de demain et le développement de capacités d'initiative. Une excellente publication.

Passés/Composés, Paris, 2020, 265 pages, 21,- euros.

ISBN : 978-2-3793-3090-2.

Simuler la guerre pour apprendre
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17 juin 2020 3 17 /06 /juin /2020 00:01

Les plus grandes batailles en montagne

de l'Antiquité à nos jours

Colonel Cyrille Becker

Spécialiste du milieu montagneux et auteur de plusieurs ouvrages remarqués (ici et ici par exemple), Cyrille Becker poursuit ses publications avec ce très large panorama de la guerre en montagne depuis l'Antiquité grecque.

De cette Antiquité fondatrice avec la bataille des Thermopyles (480 av. J.-C.) (Qui ne se souvient du "Passant, va dire à Sparte que nous sommes morts ici pour obéir à ses lois !") et la conquête de la Sogdiane (328 av. J.-C.) par Alexandre le Grand, à la bataille de Tora Bora en Afghanistan (décembre 2001), Cyrille Becker nous présente trente batailles dans un environnement montagneux. Au fil des pages, vous lirez, parmi bien d'autres, le récit de la traversée des Alpes par Hannibal, de l'embuscade de Roncevaux qui voit la mort de Roland, de la manœuvre de Turenne à Turckheim, de la charge de Somosierra pendant la guerre d'Espagne, des combats de l'Hilsenfirst, du Mont Tomba et de la prise d'Usküb pendant la Grande Guerre, les batailles de Narvik, du front des Alpes et du Garigliano pendant la Seconde guerre mondiale, des guerres de Corée et des Malouines, comme du conflit du Cachemire. Pour chaque exemple choisi, l'auteur procède selon un plan identique qui pose le cadre général de l'action, décrit le terrain, raconte son déroulement et en tire les enseignements, le tout accompagné d'une illustration originale et d'une carte claire qui précise les mouvements des troupes. Du général San Martin traversant les Andes en plein hiver en 1817 (un véritable exploit) à la guerre du Kargil entre l'Inde et le Pakistan, de la victoire franque de Dorylée pendant les Croisades (en 1097) à la bataille de Rachaya pendant la révolte druze au Liban en 1925, vous allez être poussé par un souffle épique qui tient autant à l'altitude qu'à l'âpreté des combats, comme à Crèvecoeur à l'automne 1951.

Un livre aussi intéressant que passionnant, voyage dans le temps et dans l'espace avec pour point commun l'altitude, qui mérite de figurer dans toute bonne bibliothèque d'histoire militaire.

Editions Pierre de Taillac, Paris, 2020, 240 pages. 26,90 euros.

ISBN : 978-2-36445-158-2.

Combats en altitude...
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Qui Suis-Je ?

  • : Guerres-et-conflits
  • : Guerres et conflits XIXe-XXIe s. se fixe pour objectif d’être à la fois (sans prétendre à une exhaustivité matériellement impossible) un carrefour, un miroir, un espace de discussions. Sans être jamais esclave de la « dictature des commémorations », nous nous efforcerons de traiter le plus largement possible de toutes les campagnes, de tous les théâtres, souvent dans une perspective comparatiste. C’est donc à une approche globale de l’histoire militaire que nous vous invitons.
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Cafés historiques de La Chouette

Prochaine séance : pour la rentrée de septembre. Le programme complet sera très prochainement mis en ligne.

Publications personnelles

Livres

 

doumenc-copie-1.jpgLa Direction des Services automobiles des armées et la motorisation des armées françaises (1914-1918), vues à travers l’action du commandant Doumenc

Lavauzelle, Panazol, 2004.

A partir de ma thèse de doctorat, la première étude d’ensemble sur la motorisation des armées pendant la Première Guerre mondiale, sous l’angle du service automobile du GQG, dans les domaines de l’organisation, de la gestion et de l’emploi, des ‘Taxis de la Marne’ aux offensives de l’automne 1918, en passant par la ‘Voie sacrée’ et la Somme.

 

La mobilisation industrielle, ‘premier front’ de la Grande Guerre ? mobil indus

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2005 (préface du professeur Jean-Jacques Becker).

En 302 pages (+ 42 pages d’annexes et de bibliographie), toute l’évolution industrielle de l’intérieur pendant la Première Guerre mondiale. Afin de produire toujours davantage pour les armées en campagne, l’organisation complète de la nation, dans tous les secteurs économiques et industriels. Accompagné de nombreux tableaux de synthèse.

 

colonies-allemandes.jpgLa conquête des colonies allemandes. Naissance et mort d’un rêve impérial

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2006 (préface du professeur Jacques Frémeaux).

Au début de la Grande Guerre, l’empire colonial allemand est de création récente. Sans continuité territoriale, les différents territoires ultramarins du Reich sont difficilement défendables. De sa constitution à la fin du XIXe siècle à sa dévolution après le traité de Versailles, toutes les étapes de sa conquête entre 1914 et 1918 (388 pages, + 11 pages d’annexes, 15 pages de bibliographie, index et cartes).

 

 caire damasDu Caire à Damas. Français et Anglais au Proche-Orient (1914-1919)

 14/18 Editions, Saint-Cloud, 2008 (préface du professeur Jean-Charles Jauffret).

Du premier au dernier jour de la Grande Guerre, bien que la priorité soit accordée au front de France, Paris entretient en Orient plusieurs missions qui participent, avec les nombreux contingents britanniques, aux opérations du Sinaï, d’Arabie, de Palestine et de Syrie. Mais, dans ce cadre géographique, les oppositions diplomatiques entre ‘alliés’ sont au moins aussi importantes que les campagnes militaires elles-mêmes.

 

hte silesieHaute-Silésie (1920-1922). Laboratoire des ‘leçons oubliées’ de l’armée française et perceptions nationales

‘Etudes académiques », Riveneuve Editions, Paris, 2009.

Première étude d’ensemble en français sur la question, à partir du volume de mon habilitation à diriger des recherches. Le récit détaillé de la première opération civilo-militaire moderne d’interposition entre des factions en lutte (Allemands et Polonais) conduite par une coalition internationale (France, Grande-Bretagne, Italie), à partir des archives françaises et étrangères et de la presse de l’époque (381 pages + 53 pages d’annexes, index et bibliographie).

 

cdt armee allde Le commandement suprême de l’armée allemande 1914-1916, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général von Falkenhayn 

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Le texte original de l’édition française de 1921 des mémoires de l’ancien chef d’état-major général allemand, accompagné d’un dispositif complet de notes infrapaginales permettant de situer les lieux, de rappeler la carrière des personnages cités et surtout de comparer ses affirmations avec les documents d’archives et les témoignages des autres acteurs (339 pages + 34 pages d’annexes, cartes et index).

 

chrono commChronologie commentée de la Première Guerre mondiale

Perrin, Paris, 2011.

La Grande Guerre au jour le jour entre juin 1914 et juin 1919, dans tous les domaines (militaire, mais aussi politique, diplomatique, économique, financier, social, culturel) et sur tous les fronts. Environ 15.000 événements sur 607 pages (+ 36 pages de bibliographie et d’index).

 

 Les secrets de la Grande Guerrecouverture secrets

Librairie Vuibert, Paris, 2012.

Un volume grand public permettant, à partir d’une vingtaine de situations personnelles ou d’exemples concrets, de remettre en lumière quelques épisodes peu connus de la Première Guerre mondiale, de la question du « pantalon rouge » en août 1914 à l’acceptation de l’armistice par von Lettow-Vorbeck en Afrique orientale, après la fin des hostilités sur le théâtre ouest-européen.

 

Couverture de l'ouvrage 'Mon commandement en Orient'Mon commandement en Orient, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général Sarrail

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2012

Le texte intégral de l'édition originale, passé au crible des archives publiques, des fonds privés et des témoignages des acteurs. Le récit fait par Sarrail de son temps de commandement à Salonique (1915-1917) apparaît véritablement comme un exemple presque caricatural de mémoires d'autojustification a posteriori

 

 

Coordination et direction d’ouvrages

 

Destins d’exception. Les parrains de promotion de l’Ecole Spéciale Militaire de Saint-Cyr

SHAT, Vincennes, 2002.

Présentation (très largement illustrée, 139 pages) des 58 parrains qui ont donné leur nom à des promotions de Saint-Cyr, entre la promotion « du Prince Impérial » (1857-1858) et la promotion « chef d’escadrons Raffalli » (1998-2001).

 

fflLa France Libre. L’épopée des Français Libres au combat, 1940-1945

SHAT, Vincennes et LBM, Paris, 2004.

Album illustré présentant en 191 pages l’histoire et les parcours (individuels et collectifs) des volontaires de la France Libre pendant la Seconde guerre mondiale.

 

marque courageLa marque du courage

SHD, Vincennes et LBM, Paris, 2005.

Album illustré présentant en 189 pages l’histoire des Croix de Guerre et de la Valeur Militaire, à travers une succession de portraits, de la Première Guerre mondiale à la Bosnie en 1995. L’album comporte en annexe une étude sur la symbolique, les fourragères et la liste des unités d’active décorées.

 

  90e anniversaire de la Croix de guerre90-ANS-CROIX-DE-GUERRE.jpg

SHD, Vincennes, 2006.

Actes de la journée d’études tenue au Musée de l’Armée le 16 novembre 2005. Douze contributions d’officiers historiens et d’universitaires, français et étrangers, de la naissance de la Croix de guerre à sa perception dans la société française, en passant les décorations alliées similaires et ses évolutions ultérieures.

 

france grèceLes relations militaires franco-grecques. De la Restauration à la Seconde guerre mondiale 

SHD,Vincennes, 2007.

Durant cette période, les relations militaires franco-grecques ont été particulièrement intenses, portées à la fois par les sentiments philhellènes qui se développent dans l’hexagone (la France est l’une des ‘Puissances protectrices’ dès la renaissance du pays) et par la volonté de ne pas céder d’influence aux Anglais, aux Allemands ou aux Italiens. La campagne de Morée en 1828, l’intervention en Crète en 1897, les opérations en Russie du Sud  en 1919 constituent quelques uns des onze chapitres de ce volume, complété par un inventaire exhaustif des fonds conservés à Vincennes.

 

verdunLes 300 jours de Verdun

Editions Italiques, Triel-sur-Seine, 2006 (Jean-Pierre Turbergue, Dir.).

Exceptionnel album de 550 pages, très richement illustré, réalisé en partenariat entre les éditions Italiques et le Service historique de la Défense. Toutes les opérations sur le front de Verdun en 1916 au jour le jour.

 

DICO-14-18.jpgDictionnaire de la Grande Guerre

(avec François Cochet), 'Bouquins', R. Laffont, 2008.

Une cinquantaine de contributeurs parmi les meilleurs spécialistes de la Grande Guerre, 1.100 pages, 2.500 entrées : toute la Première Guerre mondiale de A à Z, les hommes, les lieux, les matériels, les opérations, les règlements, les doctrines, etc.

 

fochFerdinand Foch (1851-1929). Apprenez à penser

(avec François Cochet), 14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Actes du colloque international tenu à l’Ecole militaire les 6 et 7 novembre 2008. Vingt-quatre communications balayant tous les aspects de la carrière du maréchal Foch, de sa formation à son héritage dans les armées alliées par des historiens, civils et militaires, de neuf nations (461 pages + 16 pages de bibliographie).

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