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9 janvier 2022 7 09 /01 /janvier /2022 00:02

Deux excellentes thèses en libre accès

De solides travaux universitaires réalisés par un officier de réserve et un officier d'active, avec de très solides références. 

- Pour accéder à l'intégralité de la thèse de Christophe Lafaye sur Le génie en Afghanistan (2001-2012). Adaptation d'une arme en situation de contre-insurrection. Hommes, matériels, emploi : ici.

- Pour accéder à la thèse de Michel Pesqueur sur L'emploi des blindés français sur le front occidental, d'août 1944 à mai 1945 : ici.

 

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2 janvier 2022 7 02 /01 /janvier /2022 00:01

Penser et écrire la guerre

Contre Clausewitz, 1780-1837

Hervé Drévillon

Le nom de Clausewitz est bien connu et chacun s'en va répétant la formule bien connue selon laquelle la guerre n'est que la poursuite de la politique par d'autres moyens, sans avoir d'ailleurs lu la moindre ligne de l'auteur prussien. Le livre d'Hervé Drévillon présente ainsi l'immense intérêt de replacer les écrits de Clausewitz dans leur temps, leurs évolutions, leurs débats.

Professeur à l'université de Paris I et ancien directeur scientifique du SHD, Hervé Drévillon souligne la difficulté à identifier les principes de l'art de la guerre en passant du particulier au général et se livre à un exercice difficile qui exige de longues années de recherches et de pratique de son sujet. Il revient ainsi sur l'émergence d'une importante littérature militaire entre la deuxième moitié du XVIIIe s. et la première moitié du XIXe. Clausewitz fait figure, dans ce paysage, de théoricien majeur, mais il est loin d'être le seul et ne fait pas toujours l'unanimité. On connaît plus ou moins son alter ego Jomini (le "théoricien" et le "pragmatique"), mais l'auteur nous entraîne entre trois grandes parties dans un véritable tourbillon de citations et de références, dont il parvient à faire la synthèse, les guerres de la période révolutionnaire et impériale constituant la toile de fond des travaux de la période comme de cet ouvrage. Après avoir présenté sous ses différentes facettes "La pensée milittéraire" imprimée durant la période, il s'intéresse à la pratique : "Que faire en guerre ?", avec un chapitre particulier consacré à la guerre de siège. Enfin, la troisième partie revient sur ce binôme indissociable mais parfois ambivalent, "Guerre et politique", avec notamment une réflexion sue "L'art combinatoire de la guerre et de la politique" et une étude détaillée des diverses formes de la guerre. En conclusion, il évoque rapidement les "successeurs" (ou supposés tels) de Clausewitz, théoriciens de la guerre absolue ou totale, comme Ludendorff. Au cours de son étude d'ensemble, il remet en particulier à l'honneur un désormais inconnu, sauf de quelques spécialistes, le général Pelet, qui commanda le Dépôt de la Guerre et conduisit une importante réflexion sur l'intérêt de l'histoire dans les études sur la guerre.

Un volume extrêmement riche, avec lequel on ne sera pas toujours d'accord, mais qui suscite d'intenses réflexions et pousse à revenir aux fondamentaux des principes de la guerre comme de l'histoire militaire. L'ouvrage n'est sans doute pas adapté à un débutant, car il nécessite quelques solides connaissances pour suivre le raisonnement de l'auteur, mais il est absolument indispensable aux étudiants en "war studies" et à tous ceux qui veulent aller au-delà des notions élémentaires.

Passés/Composés, Paris, 2021, 345 pages, 23,- euros.

ISBN : 978-2-3793-3076-6.

Pour commander directement le livre : ici.

Théorie et pratiques de la guerre
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13 octobre 2021 3 13 /10 /octobre /2021 00:01

Décider et perdre la guerre

François Cailleteau

Auteur de nombreux ouvrages sur les questions militaires et stratégiques (ici, ici ou ici par exemple), François Cailleteau nous propose ans ce volume une réflexion sur le processus de prise de décision conduisant à la déclaration de guerre, alors que l'on pouvait objectivement considérer que les chances de victoires étaient fort réduites.

Pour ce faire, il s'efforce de "systématiser" et de classer les guerres perdues par ceux qui les ont déclarées, à travers seize exemples regroupés en six chapitres : "A côté de la plaque" ("On a soigneusement visé un objectif et on l'a manqué"), "Un léger décalage" ("Des responsables se lancent dans des actions en décalage avec les réalités qu'ils auront à affronter et les moyens dont ils disposent"), "D'un coeur léger" ("Des entrées en guerre sans guère de réflexion, sans véritable but de guerre ou avec un but chimérique, sans examen sérieux du rapport de forces et sans allié"), "Perseverare diabolicum" ("Deux cas emblématiques, ceux de deux des puissances alors majeures qui, dans la seconde moitié du XIXe siècle et le début du XXe, ont subi une succession de revers sans avoir été en mesure  d'arrêter cet enchainement qui a amené à leur disparition"), et "La folie des grandeurs" ("Les dirigeants de grandes nations se sont lancés dans d'immenses aventures sans véritable nécessité ni chances raisonnables de réussir et les ont poursuivies jusqu'à ce que la réalité les rattrape"). Chaque épisode (la campagne de Russie de 1812, l'expédition de Suez, l'aventure mexicaine de Napoléon III, Barbarossa, etc.) est rappelé en quelques pages et François Cailleteau insiste bien sûr sur les motivations, les justifications, le processus de prise de décision qui aboutissent à la déclaration de guerre (inconsidérée). On peut bien sûr (et c'est souhaitable pour faire avancer la réflexion !) ne pas adhérer à telle ou telle affirmation ou conclusion partielle, voire contester telle ou telle présentation trop rapide des faits. Mais l'ensemble de ce petit volume qui se lit avec aisance est cohérent et souvent convaincant. Il offre par ailleurs l'intérêt d'amener le lecteur à réfléchir sur des campagnes que l'on croit parfaitement connaître, en abordant leur présentation sous un angle nouveau.

Une lecture vivifiante et stimulante. A recommander !

Economica, Paris, 2021, 127 pages, 23,- euros.

ISBN : 978-2-7178-7152-4.

Pour commander directement le livre : ici.

Erreurs manifestes
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26 mai 2021 3 26 /05 /mai /2021 00:01

Napoléon

Comment faire la guerre

Maximes rassemblées par Gérard Guégan

On sait que Napoléon n'a pas laissé de traité sur l'art de la guerre, mais (dans ses correspondances à ses frères et à ses maréchaux notamment) il multiplie les conseils tactiques. En plus de 200 maximes, ce petit recueil nous en offre un beau panel.

On connaît quelques grands classiques ("La guerre est un art simple et tout d'exécution"), mais la grande diversité des propos retenus est particulièrement intéressante, d'autant qu'il n'a pas toujours lui-même suivi ses propres propositions : "Un homme sage et prudent n'accroît jamais le nombre de ses ennemis". Ses principes tactiques sur le placement des troupes "de manière que, quelque chose que fasse l'ennemi, vous vous trouviez toujours en peu de jours réuni", sur l'instruction des troupes, sur la manoeuvre, sur les lignes d'opération ou sur la surprise et la concentration des efforts ("La force d'une armée comme la quantité de mouvement en mécanique s'évalue par la masse multipliée par la vitesse"). On trouve parfois une affirmation et quelques pages plus loin son contraire : preuve que dans le domaine de la guerre, tout est aussi affaire de circonstances et d'environnement...

Un livre que l'on lira par petites séquences, pour prendre le temps de réfléchir à chaque affirmation, tranquillement, pour former son jugement. Ainsi compris, ce petit volume devrait être fourni avec le paquetage à tous les engagés sous-officiers et officiers.

Fayard, 1001 nuits, 2021, 91 pages. 3,50 euros.

ISBN : 978-2-7555-0780-5.

Pour commander directement le livre : ici.

Art de la guerre
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1 mai 2021 6 01 /05 /mai /2021 00:01

La bombe atomique

De Hiroshima à Trump

Jean-Marc Le Page

Bien connu pour ses travaux sur l'Indochine et les services de renseignement (ici par exemple), Jean-Marc Le Page nous présente aujourd'hui une forme d'histoire de la bombe atomique à travers son non-emploi lors d'une série de crises internationales.

Après avoir rappelé les conditions de la mise en oeuvre (unique) de 1945 sur le Japon, il revient en onze chapitres sur une série de graves crises internationales au cours desquelles fut envisagé ou craint l'emploi de l'arme nucléaire. Nous retrouvons ainsi une véritable sélection des difficultés de la guerre froide mais aussi des dernières décennies à travers les exemples de la guerre de Corée (opposition entre MacArthur et le président américain), de Dien Bien Phu (opération Vautour), la crise de Suez puis celle du détroit de Formose, l'affaire des missiles de Cuba, la confrontation sino-soviétique en Sibérie à la fin des années 1960 et la guerre du Kippour, l'aggravation des tensions entre Moscou et Washington au début des années 1980. Pour la période la plus récente, l'Iran et la Corée du Nord sont bien sûr abordés, tandis qu'un ultime chapitre revient sur une longue série d'erreurs et de problèmes informatiques qui, de 1950 à nos jours, auraient pu dramatiquement dégénérer. Parmi ces difficultés techniques, "les erreurs de détection radar sont les plus nombreuses" !. La présentation de ces crises successives permet à la fois de les replacer dans leur contexte, de rappeler le rôle personnel des dirigeants politiques et de suivre aussi les évolutions doctrinales théoriques.

L'ensemble est complété par un utile glossaire, un solide appareil de notes et un index. Un livre qui se lit avec aisance et qui apporte de multiples informations. Très utile en complément d'ouvrages plus doctrinaux.

Passés/Composés, Paris, 2021, 319 pages, 22,- euros.

ISBN : 978-2-3793-3100-8.

Pour commander directement le livre : ici.

Nucléaire
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14 avril 2021 3 14 /04 /avril /2021 00:01

Qui ose vaincra

De Gaugamèles à Ouadi Doum

Gilles Haberey et Hugues Perot

Les deux auteurs ont déjà publié chez le même éditeur plusieurs ouvrages remarqués (ici et ici par exemple), et ils s'intéressent aujourd'hui à un aspect particulier de l'art militaire : prendre des risques, créer la surprise, oser.

Gilles Haberey et Hugues Perot ont sélectionné une vingtaine de combats célèbres depuis l'Antiquité (Gaugamèles, en 331 av. J.-C., entre Alexandre le Grand et Darius) jusqu'à la prise de Ouadi Doum, en 1987, par les Franco-Tchadiens contre les Libyens et les rebelles tchadiens. Ces engagements sont classés par "type" de surprise imposée à l'adversaire, par "genre" de coup d'audace : la manoeuvre sur les arrières de l'ennemi, prendre l'ennemi à contre-pied en ne respectant pas (exceptionnellement) les règles généralement admises de l'art de la guerre, mystifier l'ennemi en usant de la déception, frapper à la tête en mettant hors jeu le chef ennemi, surgir à l'improviste de nulle part pour tétaniser l'adversaire, privilégier un procédé innovant comme des matériels nouveaux ou une avancée technologique, la capacité du commandement et des acteurs à surmonter les évènements imprévus et à s'adapter à une situation nouvelle, savoir enfin jusqu'où ne pas aller, c'est à dire évaluer et maîtriser le risque. Chaque bataille est présentée selon un plan identique : le rappel de la situation générale, les forces en présence et les intentions des commandements opposés, le déroulement du combat (avec cartographie) et les enseignements tactiques que l'on peut en tirer. Vous revivez ainsi, entre autres, le raid du général sudiste Morgan dans le Kentuky en 1863, la prise de Riga par le général von Hutier en 1917, la libération de Mussolini par les commandos de Skorzeny au Gran Sasso en 1943 ou le défaite espagnole d'Anoual en 1921 qui marque les premiers temps de la guerre du Rif.

On y trouve la confirmation à la fois de l'importance absolument essentielle d'une formation la plus aboutie possible, mais aussi de l'importance du facteur humain individuel : le coup d'oeil, la capacité d'analyse et de réaction rapide, le sens de l'initiative adaptée.  Mais ces qualités, indispensables, doivent s'appuyer sur une parfaire maîtrise de son métier. Un livre aussi passionnant que les précédents et particulièrement intéressant.

Editions Pierre de Taillac, Paris, 2021, 349 pages. 26,90 euros.

ISBN : 9782364451766.

Pour commander directement le livre : ici.

 

De l'audace !
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29 janvier 2021 5 29 /01 /janvier /2021 00:01

Petites mémoires d'outre-guerre

Général Nicolas Le Nen

Voici un ouvrage original dans lequel l'auteur rencontre et fait parler quelques grands noms de l'histoire de la guerre et de la stratégie, rencontrés au hasard de sa promenade au sein des Invalides.

Nous commençons par croiser le comte de Guibert, qui revient sur les principes politiques qui sous-tendent son Essai général de tactique ; puis voici Jean-Jaurès qui parle de la formation militaire du citoyen et de la formation de la nation aux questions de défense ; Rommel et Guderian à propos de la guerre de mouvement ; Hannibal et la bataille de Cannes ("J'ai eu de la chance, à Cannes et à Trasimène, de me battre contre des généraux courageux mais terriblement conformistes et dramatiquement pétris de certitude"). Retour à des périodes plus récentes avec Clausewitz au sujet de son célèbre De la guerre bien sûr ; avec le général Beaufre à propos de la crise doctrinale des années 1930 et de la défaite de 1940 ; avec Napoléon Ier et son principe de manoeuvre sur les arrières de l'ennemi pour le couper de ses lignes de retraite ; avec De Gaulle bien sûr, insistant sur l'indispensable caractère du chef en temps de guerre. On croise avec surprise Jan Patocka, professeur de philosophie tchèque mort des suites d'un interrogatoire de la police politique en 1977, qui revient sur la notion de guerre dans le temps long de l'histoire et sa persistance aujourd'hui. Nous terminons avec Joukov, Foch, et le maréchal Mortier (cf. la caserne éponyme) qui évoque bien sûr la guerre irrégulière.

Un livre qui se lit avec aisance et plaisir. Une "piqure" de rappel sur de nombreuses notions essentielles en histoire militaire, et pour mieux comprendre les campagnes, anciennes comme récentes. Sur un ton léger, indirectement, une lecture bien utile sans doute, entre autres, à de nombreux officiers et sous-officiers.

Editions du Rocher, Monaco, 2021, 165 pages. 15,90 euros.

ISBN : 978-2-268-10471-3.

Pour commander directement le livre : ici.

Faire parler les morts
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24 novembre 2020 2 24 /11 /novembre /2020 00:01

Des guérillas au reflux de l'Occident

Gérard Chaliand

On ne présente plus Gérard Chaliand, véritable spécialiste des conflits asymétriques et fin connaisseur des guerres irrégulières. Ayant personnellement vécu dans les années 1960-1970 le quotidien de la plupart des conflits irréguliers, il en a une approche réaliste, basée sur l'observation et l'expérience : "Quinze mois en Algérie indépendante, sous Ben Bella, m'avaient déniaisé, en matière d'imposture, de ce qu'on appelait le socialisme", écrit-il dans son avant propos, avant d'ajouter "J'ai perdu des illusions sans renoncer à des principes qui me paraissaient fondés ... L'expérience des luttes politiques et surtout armées m'amenait à privilégier  la pensée stratégique qui est l'intelligence des rapports de force ... Je ne cherche pas à être politiquement correct mais politiquement pertinent". Belle promesse.

Dans cette volumineuse somme, fruit d'une vie d'expériences et de réflexions, Gérard Chaliand part de l'effondrement des empires coloniaux et de son engagement personnel aux quatre coins du monde (Afrique, Asie, Moyen-Orient, Amérique latine) décrit dans les premiers chapitres, pour analyser ce que furent ces expériences révolutionnaires. Après avoir consacré une quarantaine de pages au conflit israélo-palestinien, il s'attache au phénomène terroriste dont il analyse les évolutions au cours des cinquante dernières années : "L'expérience démontre à la fois la modestie des résultats militaires des terrorismes et leur impact psychologique considérable". Il aborde ensuite quelques cas particuliers : l'Erythrée des années 1970, l'Angola des années 1980, l'interminable guerre civile des Philippines, le conflit du Haut Karabagh qui vient de refaire la Une de l'actualité, la situation sécuritaire difficile de l'Afrique du Sud, l'histoire des Tigres tamouls à Ceylan et celui des Kurdes entre la Turquie, l'Irak et l'Iran. Autant d'occasion de revenir sur des conflits qui ont marqué les dernières décennies et dont les détails comme les ressorts ou les conclusions (provisoires ?) ne sont pas toujours bien connus. Le dernier grand chapitre est consacré au théâtre moyen-oriental et à l'Afghanistan depuis les années 1980, avec les responsabilités russes d'abord mais aussi américaines, avec pour terminer les échecs des Etats-Unis aussi bien en Irak qu'en Afghanistan. Retenons ce constat, qui date de 2008 et n'a rien perdu de sa pertinence : "Tout n'est pas perdu, puisque les talibans ne peuvent l'emporter militairement. Mais tout reste à faire politiquement, administrativement et économiquement. Au début, il fallait nettoyer le sanctuaire d'Al-Qaïda. A présent nous y restons parce que nous y sommes". Une analyse qui rend toutes ses responsabilités au politique et que l'on pourrait aisément transposer sur d'autres théâtres. On ne sera pas toujours d'accord avec les affirmations et conclusions partielles parfois abruptes de Gérard Chaliand, mais les derniers mots résonnent de façon inquiétante : "Le monde qui nous attend, nous, Européens, va être plus âpre à mesure que notre déclassement va apparaître. Les rapports internationaux sont fondés sur la force et rien ne peut modifier leur intrinsèque tragédie"...

Un vaste panorama des guerres irrégulières des cinquante dernières années qui remet en perspective bien des situations actuelles, et aussi le triste constat d'un recul permanent, régulier, irrémédiable (?), des Etats occidentaux, bilan d'une vie d'engagements et d'analyses géopolitiques.

Passés/Composés, Paris, 2020, 652 pages, 27,- euros.

ISBN : 978-2-3793-3051-3.

Pour commander directement le livre : ici

Un demi-siècle de transformations de la guerre
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9 octobre 2020 5 09 /10 /octobre /2020 00:01

De la grande stratégie

John Lewis Gaddis

Voici un livre étonnant qui balaie très largement l'histoire occidentale, depuis la Grèce antique jusqu'au XXe siècle, pour nous convaincre (en réalité c'est assez rapide car nous sommes acquis à l'idée) que la capacité d'adaptation et le sens de l'opportunité à saisir sont les clefs du succès militaire, au détriment de l'idée préconçue, de l'obstination, de l'omnipotence intellectuelle.

Distinguant entre les "hérissons" obstinés et les "renards" capables d'adaptation quasi-immédiate, John L. Gaddis fait ainsi le choix d'une dizaine d'exemples choisis dans l'histoire, des guerres médiques à la guerre froide, en passant par les conflits entre cités grecques, l'opposition entre Octave et Antoine, Machiavel et les Médicis, Elisabeth d'Angleterre et Philippe II d'Espagne, la guerre d'indépendance des colonies américaines, la campagne de Russie de Napoléon Ier, l'esclavage et la guerre de Sécession aux Etats-Unis, etc. Les références sont très nombreuses, souvent littéraires, tirées du roman ou de pièces classiques, trop peut-être. Si l'auteur est visiblement à son aide pour manier les concepts et jongler avec les évènements du passé, il ressort de l'ensemble une impression de tourbillon qui peut impressionner le lecteur mais aussi le perdre au fil des innombrables digressions et des "sauts" chronologiques pas toujours expliqués.

Au bilan, un livre qui étonne, qui dérange, mais qui ne semble pas adapté à un public trop néophyte car les idées agitées demandent, pour être suivies, de solides connaissances préalables. Finalement, "les renards s'adaptent plus aisément à des changements rapides, mais les hérissons prospèrent durant les périodes de stabilité". Alors, plutôt "renard" ou "hérisson" ?

Les Belles Lettres, Paris, 2020, 357 pages. 25,50 euros.

ISBN : 978-2-251-45109-1.

Ambitieuse synthèse
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6 octobre 2020 2 06 /10 /octobre /2020 00:01

Les sentiers de la victoire

Peut-on encore gagner une guerre ?

Gaïdz Minassian

L'ambition de l'ouvrage et l'ampleur du volume impressionnent, mais l'on peut légitimement se demander au terme de la lecture si l'auteur ne multiplie pas inutilement les interrogations et les étapes successives du raisonnement.

Partant de trois "illustrations" différentes de la guerre (Achille, symbole de la force qui prend les armes par vengeance ; Ulysse, qui entre en guerre sous la contrainte et utilise la ruse ; Hector, qui s'y lance par devoir et pour les siens), l'auteur considère dès les premières pages, après une tentative de définition de ce que peut être la victoire, que "notre sujet est un puzzle inséré dans une poupée russe à l'intérieur d'une boite noire"... Voilà qui ne simplifie pas l'approche de la question. Gaïdz Minassian développe son argumentation en quatre grandes parties ("Ambivalences de la victoire dans le temps", "Pyramide de la victoire dans le temps", "Impossible et impuissante victoire", et "Pour un monde hectorien"). Il présente dans un premier temps une analyse chronologique très (trop ?) détaillée dans le temps long (de l'Antiquité à nos jours) de la notion de victoire avec ce constat aujourd'hui : "On ne sait plus pourquoi on se bat et quand les buts de guerre ne sont pas clairs, le brouillard de la victoire s'épaissit. Plus le volet politique d'une opération est clairement défini, plus la paix est sur de bons rails". La seconde partie s'interroge sur la structuration de la notion de victoire, ses fondamentaux et ses instruments, mais aussi ses illusions (mirage de la victoire) et ses paradoxes, avec toute la problématique récente des crises de basse intensité : "Comme la guerre a été mise à l'index du droit et que les normes internationales ont compacté les fondements de l'ordre mondial, la grande victoire stratégique qui débouche sur une paix durable a disparu". La troisième partie nous entraîne au-delà de la seule victoire militaire, notion incomplète et provisoire qu'il est nécessaire de "réinventer", et présente les différentes théories récemment émises sur le sujet, notamment parmi les chercheurs anglo-saxons. Distinguant entre les conceptions américaines et françaises, relativisant la notion de "victoire démocratique", il s'efforce de formaliser les différents stades de la défaite ou de la victoire (ce qui est parfois très formel), avec cette question étonnante mais bienvenue : "Pourquoi, en France, publie-t-on plus d'ouvrages stratégiques sur la défaite que sur la victoire ?"... Finalement, l'analyse des opérations récentes ou en cours (victoire militaire insuffisante, impasse politique). La quatrième partie enfin en appelle à éviter l'humiliation du vaincu pour assurer la paix... : "Déshumilions l'ordre mondial, c'est à dire libérons le système international de sa violence structurelle à travers la norme de l'humiliation et redonnons à Hector la place qui lui revient". Oserons-nous dire, après être monté si haut dans la réflexion, que la fin nous laisse... sur la faim. L'appel à de nouvelles normes juridiques et à l'apaisement des passions est-il suffisant ? Ou faut-il plutôt conclure à la guerre sans fin ?

La bibliographie, de Sun Tu à Jean-Yves Le Drian !, de près de vingt pages invite les amateurs à emprunter de nombreuses autres pistes. Un gros volume, parfois un peu redondant, qui fourmille littéralement d'idées, de propositions, d'analyses, d'exemples, et qui donc ouvre sur d'innombrables discussions et controverses. 

Passés/Composés, Paris, 2020, 713 pages, 27,- euros.

ISBN : 978-2-3793-3000-1.

Intellectualisme ?
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Qui Suis-Je ?

  • : Guerres-et-conflits
  • : Guerres et conflits XIXe-XXIe s. se fixe pour objectif d’être à la fois (sans prétendre à une exhaustivité matériellement impossible) un carrefour, un miroir, un espace de discussions. Sans être jamais esclave de la « dictature des commémorations », nous nous efforcerons de traiter le plus largement possible de toutes les campagnes, de tous les théâtres, souvent dans une perspective comparatiste. C’est donc à une approche globale de l’histoire militaire que nous vous invitons.
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Cafés historiques de La Chouette

Prochaine séance : pour la rentrée de septembre. Le programme complet sera très prochainement mis en ligne.

Publications personnelles

Livres

 

doumenc-copie-1.jpgLa Direction des Services automobiles des armées et la motorisation des armées françaises (1914-1918), vues à travers l’action du commandant Doumenc

Lavauzelle, Panazol, 2004.

A partir de ma thèse de doctorat, la première étude d’ensemble sur la motorisation des armées pendant la Première Guerre mondiale, sous l’angle du service automobile du GQG, dans les domaines de l’organisation, de la gestion et de l’emploi, des ‘Taxis de la Marne’ aux offensives de l’automne 1918, en passant par la ‘Voie sacrée’ et la Somme.

 

La mobilisation industrielle, ‘premier front’ de la Grande Guerre ? mobil indus

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2005 (préface du professeur Jean-Jacques Becker).

En 302 pages (+ 42 pages d’annexes et de bibliographie), toute l’évolution industrielle de l’intérieur pendant la Première Guerre mondiale. Afin de produire toujours davantage pour les armées en campagne, l’organisation complète de la nation, dans tous les secteurs économiques et industriels. Accompagné de nombreux tableaux de synthèse.

 

colonies-allemandes.jpgLa conquête des colonies allemandes. Naissance et mort d’un rêve impérial

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2006 (préface du professeur Jacques Frémeaux).

Au début de la Grande Guerre, l’empire colonial allemand est de création récente. Sans continuité territoriale, les différents territoires ultramarins du Reich sont difficilement défendables. De sa constitution à la fin du XIXe siècle à sa dévolution après le traité de Versailles, toutes les étapes de sa conquête entre 1914 et 1918 (388 pages, + 11 pages d’annexes, 15 pages de bibliographie, index et cartes).

 

 caire damasDu Caire à Damas. Français et Anglais au Proche-Orient (1914-1919)

 14/18 Editions, Saint-Cloud, 2008 (préface du professeur Jean-Charles Jauffret).

Du premier au dernier jour de la Grande Guerre, bien que la priorité soit accordée au front de France, Paris entretient en Orient plusieurs missions qui participent, avec les nombreux contingents britanniques, aux opérations du Sinaï, d’Arabie, de Palestine et de Syrie. Mais, dans ce cadre géographique, les oppositions diplomatiques entre ‘alliés’ sont au moins aussi importantes que les campagnes militaires elles-mêmes.

 

hte silesieHaute-Silésie (1920-1922). Laboratoire des ‘leçons oubliées’ de l’armée française et perceptions nationales

‘Etudes académiques », Riveneuve Editions, Paris, 2009.

Première étude d’ensemble en français sur la question, à partir du volume de mon habilitation à diriger des recherches. Le récit détaillé de la première opération civilo-militaire moderne d’interposition entre des factions en lutte (Allemands et Polonais) conduite par une coalition internationale (France, Grande-Bretagne, Italie), à partir des archives françaises et étrangères et de la presse de l’époque (381 pages + 53 pages d’annexes, index et bibliographie).

 

cdt armee allde Le commandement suprême de l’armée allemande 1914-1916, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général von Falkenhayn 

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Le texte original de l’édition française de 1921 des mémoires de l’ancien chef d’état-major général allemand, accompagné d’un dispositif complet de notes infrapaginales permettant de situer les lieux, de rappeler la carrière des personnages cités et surtout de comparer ses affirmations avec les documents d’archives et les témoignages des autres acteurs (339 pages + 34 pages d’annexes, cartes et index).

 

chrono commChronologie commentée de la Première Guerre mondiale

Perrin, Paris, 2011.

La Grande Guerre au jour le jour entre juin 1914 et juin 1919, dans tous les domaines (militaire, mais aussi politique, diplomatique, économique, financier, social, culturel) et sur tous les fronts. Environ 15.000 événements sur 607 pages (+ 36 pages de bibliographie et d’index).

 

 Les secrets de la Grande Guerrecouverture secrets

Librairie Vuibert, Paris, 2012.

Un volume grand public permettant, à partir d’une vingtaine de situations personnelles ou d’exemples concrets, de remettre en lumière quelques épisodes peu connus de la Première Guerre mondiale, de la question du « pantalon rouge » en août 1914 à l’acceptation de l’armistice par von Lettow-Vorbeck en Afrique orientale, après la fin des hostilités sur le théâtre ouest-européen.

 

Couverture de l'ouvrage 'Mon commandement en Orient'Mon commandement en Orient, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général Sarrail

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2012

Le texte intégral de l'édition originale, passé au crible des archives publiques, des fonds privés et des témoignages des acteurs. Le récit fait par Sarrail de son temps de commandement à Salonique (1915-1917) apparaît véritablement comme un exemple presque caricatural de mémoires d'autojustification a posteriori

 

 

Coordination et direction d’ouvrages

 

Destins d’exception. Les parrains de promotion de l’Ecole Spéciale Militaire de Saint-Cyr

SHAT, Vincennes, 2002.

Présentation (très largement illustrée, 139 pages) des 58 parrains qui ont donné leur nom à des promotions de Saint-Cyr, entre la promotion « du Prince Impérial » (1857-1858) et la promotion « chef d’escadrons Raffalli » (1998-2001).

 

fflLa France Libre. L’épopée des Français Libres au combat, 1940-1945

SHAT, Vincennes et LBM, Paris, 2004.

Album illustré présentant en 191 pages l’histoire et les parcours (individuels et collectifs) des volontaires de la France Libre pendant la Seconde guerre mondiale.

 

marque courageLa marque du courage

SHD, Vincennes et LBM, Paris, 2005.

Album illustré présentant en 189 pages l’histoire des Croix de Guerre et de la Valeur Militaire, à travers une succession de portraits, de la Première Guerre mondiale à la Bosnie en 1995. L’album comporte en annexe une étude sur la symbolique, les fourragères et la liste des unités d’active décorées.

 

  90e anniversaire de la Croix de guerre90-ANS-CROIX-DE-GUERRE.jpg

SHD, Vincennes, 2006.

Actes de la journée d’études tenue au Musée de l’Armée le 16 novembre 2005. Douze contributions d’officiers historiens et d’universitaires, français et étrangers, de la naissance de la Croix de guerre à sa perception dans la société française, en passant les décorations alliées similaires et ses évolutions ultérieures.

 

france grèceLes relations militaires franco-grecques. De la Restauration à la Seconde guerre mondiale 

SHD,Vincennes, 2007.

Durant cette période, les relations militaires franco-grecques ont été particulièrement intenses, portées à la fois par les sentiments philhellènes qui se développent dans l’hexagone (la France est l’une des ‘Puissances protectrices’ dès la renaissance du pays) et par la volonté de ne pas céder d’influence aux Anglais, aux Allemands ou aux Italiens. La campagne de Morée en 1828, l’intervention en Crète en 1897, les opérations en Russie du Sud  en 1919 constituent quelques uns des onze chapitres de ce volume, complété par un inventaire exhaustif des fonds conservés à Vincennes.

 

verdunLes 300 jours de Verdun

Editions Italiques, Triel-sur-Seine, 2006 (Jean-Pierre Turbergue, Dir.).

Exceptionnel album de 550 pages, très richement illustré, réalisé en partenariat entre les éditions Italiques et le Service historique de la Défense. Toutes les opérations sur le front de Verdun en 1916 au jour le jour.

 

DICO-14-18.jpgDictionnaire de la Grande Guerre

(avec François Cochet), 'Bouquins', R. Laffont, 2008.

Une cinquantaine de contributeurs parmi les meilleurs spécialistes de la Grande Guerre, 1.100 pages, 2.500 entrées : toute la Première Guerre mondiale de A à Z, les hommes, les lieux, les matériels, les opérations, les règlements, les doctrines, etc.

 

fochFerdinand Foch (1851-1929). Apprenez à penser

(avec François Cochet), 14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Actes du colloque international tenu à l’Ecole militaire les 6 et 7 novembre 2008. Vingt-quatre communications balayant tous les aspects de la carrière du maréchal Foch, de sa formation à son héritage dans les armées alliées par des historiens, civils et militaires, de neuf nations (461 pages + 16 pages de bibliographie).

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