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15 mars 2017 3 15 /03 /mars /2017 06:00

La pensée et la guerre

Jean Guitton

Ce livre doit absolument être connu de tous ceux qui s'intéressent aux principes et à "l'art de la guerre" pour au moins deux raisons : d'une part il était devenu quasiment introuvable depuis une vingtaine d'années, d'autre part cette édition est présentée et commentée par des cadres de l'Ecole de guerre (Martin Motte, colonel Thierry Noulens, capitaine de frégate Audrey Hérisson, Georges-Henri Soutou). Cette association entre le texte profond d'un philosophe et des responsables de l'enseignement militaire supérieur aujourd'hui constitue une vraie plus-value.

Ce recueil de conférences prononcées essentiellement dans les années 1950 (la première en 1940) doit nous faire réfléchir à la pensée stratégique et à comprendre la guerre, non pas comme un théoricien extérieur ou un esthète, mais bien comme un praticien, au rugueux contact des réalités. Les cinq conférences rassemblées dans ce volume abordent tout aussi bien les principes de la guerre de Foch (dont Martin Motte souligne "le vibrant éloge" qui est fait par Jean Guitton) à l'application du principe de dissuasion à l'arme nucléaire, du rapport entre la pensée préalable et la conduite effective de la guerre à la philosophie avec la pensée hégélienne. A l'heure où l'on ne cesse de nous répéter que "tout change" et où presque chaque grande opération est hâtivement qualifiée de "nouvelle forme de la guerre", il est sain de se replonger dans un tel classique, qui nous conduit à élargir la réflexion et à aborder nos problématiques d'aujourd'hui avec un peu plus de hauteur.

"L'art de la guerre est une technique qui, malgré le mal de la mort qu'il manie, vise un bien : préserver une nation de cet échec radical que serait la perte de son indépendance". Au fait, ne nous a-t-on pas dit et répété depuis deux ans que nous sommes en guerre ?

Desclée de Brouwer, Paris, 2017, 286 pages, 19,- euros.

ISBN : 978-2-220-08508-1.

Un classique ENFIN réédité
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8 mars 2017 3 08 /03 /mars /2017 06:00

La pensée stratégique française contemporaine

François Géré

Dans cet ouvrage, qui reprend en grandes parties des articles successivement publiés  en d'autres lieux, François Géré, spécialiste des questions internationales et des  débats stratégiques, revient avec beaucoup de justesse sur les apports d'un certain nombre de théoriciens français à la réflexion stratégique.

Le livre s'intéresse à l'après-Deuxième guerre mondiale et s'ouvre sur de Lattre, "à l'interface du politique et du militaire", sa conception de la recherche de l'efficacité et son appréhension des notions de guerre psychologique, de propagande et de désinformation dans une stratégie globale. Il se poursuit par l'analyse des réflexions de quatre généraux un peu oubliés aujourd'hui, parfois surnommés les "quatre cavaliers de l'Apocalypse", fondateur de la stratégie nucléaire française : Charles Ailleret, André Beaufre, Pierre-Marie Gallois et Lucien Poirier. Ces personnages, aux fortes personnalités, dotés à la fois d'une très grande capacité de synthèse et d'un esprit véritablement créatif, ont su repenser la politique militaire de la France (devenue une puissance moyenne) à l'ère de l'atome, afin de préserver l'indépendance nationale et la liberté d'action du gouvernement. Penseurs souvent originaux, la diffusion de leurs analyses a été favorisée à l'époque des président De Gaulle et Pompidou mais, paradoxalement, peut-être trop marqués, leurs carrières militaires n'atteignent pas les sommets que leur réputation pourrait leur valoir. Leurs textes méritent d'être aujourd'hui redécouverts, qu'il s'agisse ou non de les "plaquer" sur les questions nucléaires. Les principes de la stratégie retrouvent ainsi leur plénitude, y compris dans un cadre plus conventionnel mais considérablement élargi.

Une solide synthèse, indispensable pour quiconque s'intéresse aux réflexions stratégiques conduites en France, en particulier pendant la guerre froide.

Economica, Paris, 2017, 151 pages, 16,- euros.

ISBN : 978-2-7178-6947-7.

Théoriciens français du XXe siècle
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20 février 2017 1 20 /02 /février /2017 06:00

ACM

La transformation des armées

Enquête sur les relations civilo-militaires en France

Grégory Daho

Voici un ouvrage intéressant et original, qui aborde un thème rarement traité en tant que tel dans la littérature, celui de l'investissement des armées (et en particulier de l'armée de Terre) dans des opérations dites "civilo-militaires", toujours à la marge entre l'action humanitaire et les opérations d'influence.

On peut éventuellement regretter que l'ouvrage paraisse déjà "daté" : l'essentiel du discours et des cas concrets traités appartiennent à la période fin XXe-début XXIe s., dans un contexte international qui n'est plus tout à fait le nôtre et, si elles se poursuivent, les actions civilo-militaires n'occupent plus la place qui a pu être la leur en Bosnie ou au Kosovo. Par ailleurs, vouloir à tout prix faire des ACM une nouveauté semble un peu réducteur, les bureaux en charge des affaires civiles à l'époque de la colonisation ayant dans une large mesure anticipé les principes et les méthodes. Ceci étant dit, l'ouvrage vaut largement le détour. L'auteur consacre une premier chapitre au rôle des forces spéciales à l'origine et au cours des premières années, globalement jusqu'au milieu des années 1990. Puis il prend en compte l'intérêt manifesté par l'armée de Terre pour ce domaine, où finalement elle devient en grande partie hégémonique. La deuxième partie est consacrée à l'élaboration d'une doctrine en la matière, Grégory Daho insistant en particulier sur les débats et opposition au sein des armées, ainsi que sur le rôle et la place du ministère des Affaires étrangères. La troisième partie enfin aborde la période la plus récente, 2005-2012, pour l'essentiel au sujet de et en Afghanistan. L'auteur s'intéresse à la fois à la structuration des ACM au sein des armées, mais aussi à leurs dérives et à leurs limites.

Au bilan, un ouvrage important qui donne beaucoup d'informations sur la montée en puissance progressive de ces actions civilo-militaires au sein des armées et dans le cadre des OPEX depuis vingt-cinq ans environ, même s'il faut toujours garder à l'esprit que leur mise en oeuvre est largement conditionnée par les conditions sécuritaires sur le territoire en question et sur les moyens que l'on peut leur attribuer.

Editions Fondation de la maison des sciences de l'homme, Paris, 2016, 408 pages, 24,- euros.

ISBN : 978-2-7351-2264-6.

ACM
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25 octobre 2016 2 25 /10 /octobre /2016 06:00

La guerre de partisans

1812 : la campagne de Russie

Denis Davidov

Nous avions présenté en 2013 la première réédition depuis de très nombreuses années de ce petit traité d'art militaire, dans lequel un lieutenant-colonel de l'armée du tsar théorise les actions conduites en 1812 contre la Grande Armée napoléonienne (ici).

Utilement préfacé par Gérard Chaliand qui sait parfaitement synthétiser les idées forces de l'auteur et les replacer dans le cadre plus large des réflexions sur la guérilla dans le temps long, le volume ne comporte pas l'avant-propos du général de Brack dans l'édition originale en français. S'appuyant sur une solide expérience concrète, il met en relief les principes qui doivent s'imposer lorsqu'une troupe légère résiste à une lourde armée régulière, et en particulier la question essentielle des lignes de communication.

Un volume absolument indispensable pour tous ceux qui veulent travailler sur ces sujets.

'Biblis', Paris, 2016, 110 pages, 8,- euros.

ISBN : 978-2-271-09176-5.

Eloge de la guérilla
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28 juin 2016 2 28 /06 /juin /2016 06:00

Histoire du sabotage

De la CGT à la Résistance

Sébastien Albertelli

Une véritable somme ! Sur un long XXe siècle (mais surtout entre 1900 et 1945), Sébastien Albertelli retrace la généalogie du sabotage, à la fois théorisé comme outil de libération sociale par certains milieux révolutionnaires, et comme technique de combat par quelques militaires.

Ecrit "sabottage" en 1901-1902, parfois vanté jusque dans les années 1907-1908 par une partie de la CGT, puis autour de la Guerre sociale de Gustave Hervé, à l'occasion des milliers de grèves qui secouent la France d'avant 1914, le sabotage intéresse également les milieux militaires depuis que l'action de francs-tireurs sur les arrières des Allemands en 1871 a montré son efficacité : "Les partisans du sabotage se sont nourris de cette réflexion sur la petite guerre, la guérilla et tout ce qui, dans les conflits entre nations, permet à un belligérants d'affronter un adversaire plus puissant". Passant du "sabotage social" au "sabotage patriotique", l'auteur remonte lentement le temps en multipliant les exemples et en soulignant les évolutions. Quelques dizaines de pages sont consacrées à son usage pendant la Première Guerre mondiale, puis l'auteur aborde les questions souvent plus politiques de l'entre-deux-guerres (y compris pendant l'occupation de la Ruhr), avant de s'intéresser bien sûr beaucoup plus longuement à la Seconde guerre mondiale, dans la Résistance, pour les services britanniques, pour la France Libre. Il s'efforce de quantifier sa place et d'évaluer son efficacité globale dans les combats de la Libération. Il termine par les manoeuvres de ce type tentées par les Allemands à la fin de l'année 1944 ("les saboteurs du Reich"), sans réel succès. Finalement, "pensé comme une grève du zèle dans le monde syndical, il dérive très vite vers une violence qui le rapproche d'une pratique militaire", entourée de secret. L'usage n'en a pas disparu en 1945, même si le silence se fait : "Après avoir eu beaucoup de mal à frayer son chemin en raison de réticences largement partagées par des gens et des milieux dissemblables, le sabotage trouve donc finalement sa place et son emploi avec une légitimité qui, sans se revendiquer au grand jour, ne fait désormais aucun doute ... Il est devenu une des armes du combat contemporain".

Un ouvrage tout-à-fait original, une étude solidement référencée (soixante pages de notes et références). Un livre sérieux (et agréable à lire) qui pointe des évolutions techniques et morales, pratiques et institutionnelles.

Perrin, Paris, 2016, 495 pages, 25,- euros

ISBN : 978-2-262-03559-4.

Sabotage !
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16 juin 2016 4 16 /06 /juin /2016 06:00

L'art de conduire une bataille

Les tactiques des plus grands stratèges,

de la bataille de Cannes à la guerre du Golfe

Gilles Haberey et Hugues Perot

Nous sommes fermement attaché à développer ce que l'on nomme "l'histoire militaire appliquée", c'est-à-dire la compréhension par les soldats d'aujourd'hui des leçons des guerres d'hier. Entendons-nous bien : il ne s'agit pas de rechercher je ne sais quelle "recette" immédiatement applicable, ou une liste pré-établie d'actions à conduire, ce qui ne peut que conduire au désastre, mais bien d'être suffisamment formé à l'histoire des campagnes passées pour en retirer la "substantifique moelle" et pouvoir, avec l'esprit plus libre, dénouer les situations actuelles les plus complexes. Ce volume, indiscutablement, apporte ici une véritable plus-value.

Les deux auteurs, officiers passionnés d'histoire militaire, nous proposent en effet une présentation thématique des grandes batailles de l'histoire, articulée à partir des principaux modes d'action ou intentions des chefs au combat. C'est ainsi que le livre s'ouvre sur "Epuiser l'attaque ennemie", thème illustré par les batailles de Rorke's Drift (Afrique australe, 1879), de Koursk (URSS, 1943) et de Cuito Cuanavale (Angola, 1987-1988). Le sujet suivant, "Frapper sur les arrières", est présenté à partir des batailles de Denain (guerre de Succession d'Espagne, 1712), d'Iéna-Auerstaedt (campagne de Prusse, 1806) et d'Inchon (guerre de Corée, 1950). De "Tendre une embuscade" à "Percer les défense", de "Contre-attaquer au bon moment" à "Disloquer par le choc", onze thèmes majeurs sont présentés à travers 26 grandes batailles, parmi lesquelles Muret en 1213, Kasserine en 1943, Goose Green (Malouines, 1982) ou Koweït en 1991. Chacune est présentée selon un plan identique (situation générale, forces en présence et intentions, déroulement des combats, enseignements tactiques), méthodique, qui permet d'aller du contexte au détail des engagements et d'en tirer les enseignements.

On peut ne pas être toujours d'accord avec les synthèses présentées par les auteurs (j'ai quelques réserves pour certaines approches des batailles de la Grande Guerre), et j'entends déjà les super-spécialistes de telle campagne ou de telle armée élever des remarques et objections outragées. Mais soyons clairs : le but est de faire comprendre des procédés tactiques à partir de cas concrets et, de ce point de vue, le livre est une totale réussite. Au-delà, comme pour les combats de Goose Green entre Britanniques et Argentins, ils donnent de beaux exemples de rôle, des responsabilités et de l'exemplarité du chef de contact ; et reviennent à plusieurs reprises sur des notions fondamentales comme la surprise ou la capacité à conserver l'initiative des opérations. Des cartes simples et claires ponctuent chaque chapitre et une bibliographie indicative figure en fin de volume. Un solide et bon volume, dès à présent indispensable à tout cadre militaire souhaitant renforcer ses compétences à partir d'une base historique.

Editions Pierre de Taillac, Paris, 2016, 327 pages. 26,90 euros.

ISBN : 9782364450738.

Histoire militaire appliquée
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28 mai 2016 6 28 /05 /mai /2016 06:00

L'incertitude climatique et la guerre

Pierre Pagney

Préface de JP Bois. 10 schémas climatiques. Bibliographie spécialisée.

Le quatrième âge n'empêche pas le plus ancien de nos historiens militaires (96 ans) de poursuivre ses recherches dans son domaine de prédilection, et de montrer que les prévisions météorologiques et climatiques sont un des facteurs de l'art de la guerre.

Dans une première partie, scientifique, il met en lumière la variabilité météorologique prévisible à court terme et la variabilité climatique (celle de la mosaïque climatique du globe) qui implique le long terme et est chargée de plus d'incertitude. La décision militaire est ainsi confrontée à l'incertitude du temps météorologique et à celle du climat. Ce qui rejoint le schéma stratégique retenu par le Général Desportes (Décider dans l'incertitude). Il est donc impossible de tout prévoir, compte tenu de la variabilité météorologique et climatique, ce qui inclut le nouvel ordre climatique annoncé par le réchauffement lié à l'action des gaz à effet de serre d'origine anthropique. La deuxième partie, historique, décrit les opérations militaires du 20ème siècle, les unes contrôlées en dépit des risques, comme le débarquement en Normandie et l'offensive en Franche-Comté et en Alsace de l'armée de Lattre, les autres, catastrophiques comme l'offensive du Chemin des Dames et l'offensive allemande menant à la capitulation de Stalingrad. Quant aux opérations océaniques (guerre du Pacifique , 1941-1945), elles sont dominées par la méconnaissance, à l'époque, des conditions climatiques hostiles et en particulier de l'intervention des cyclones. La troisième partie insiste sur les conséquences que le réchauffement climatique doit avoir sur deux espaces géographiques significatifs. Si le progrès technologique réduit l'incertitude de l'avenir lié au réchauffement climatique, influencé sans doute par l'action de l'homme. (décrue glaciaire avérée de l'Arctique, mais glaces antarctiques plus résistantes, niveau marin en exhaussement mais de façon non catastrophique du fait de la maniabilité de l'évènement) , des constats majeurs sont là. L'Arctique, malgré la fusion de la banquise, surtout estivale, reste pour la navigation, particulièrement hasardeuse. Les routes maritimes tropicales et équatoriales gardent et garderont la priorité. D'un autre côté, et c'est là où l'on retrouve certaines conclusions d'un rapport demandé en son temps par le Pentagone sur le changement climatique, on constate une tension hydrique pouvant induire une crise alimentaire, dans l'espace saharo-arabique. La diminution de la ressource en eau est particulièrement préoccupante dans cet espace géographique et peut contribuer à l'accentuation de l'instabilité politique et militaire qui y règne.

Excellente leçon de géographie physique et humaine, ce livre propose donc une réflexion globale sur l'incertitude liée au temps et au climat dans ses relations avec l'art militaire, tout en proposant une réflexion nuancée sur les données du réchauffement climatique et de son influence stratégique.

Maurice Faivre

L'Harmattan, Paris, 2016. 229 pages, 24,- euros.

ISBN : 978-2-343-07282.

Impondérables et météo
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22 mai 2016 7 22 /05 /mai /2016 06:00

Pourquoi perd-on la guerre ?

Un nouvel art occidental

Gérard Chaliand

Chaque livre de Gérard Chaliand est d'un grand intéret. Que l'on admette ou pas, en tout ou partie son raisonnement, il ouvre des pistes de réflexion importantes et sait pointer les failles ou les insuffisances des discours et pratiques officielles. Celui-ci n'échappe pas à la règle.

Suivant un plan globalement chronologique, les neuf chapitres sont organisés en trois grandes parties. La première, "La victoire, un art occidental", nous entraîne de la conquête espagnole aux Amériques et de l'expansion coloniale européenne jusqu'aux combats de "pacification" au début du XXe siècle. La seconde, "Le retournement", s'intéresse à la période qui s'étend de la Grande Guerre à la guerre américaine du Vietnam, marquée quelques années auparavant par "la fin de l'Europe impériale". La troisième enfin, "L'enlisement de l'Occident", s'attache aux conflits les plus récents, du Moyen-Orient, d'Afghanistan, d'Irak et de Syrie. La pagination relativement réduite (environ 150 pages de texte courant) et l'ampleur du champ couvert dans le temps et dans l'espace contraignent l'auteur non seulement à adopter un style vif, ramassé, très souvent simplement affirmatif, mais aussi à limiter ses analyses pour asséner une série de conclusions partielles. C'est sans doute là l'une des faiblesses de l'ouvrage, car s'il regorge littéralement de dates, de chiffres, de précisions, traiter des accords Sykes-Picot en une page ou des guerres d'Indochine et d'Algérie en trois pages conduit nécessairement à des raccourcis un peu rapides. Il n'en demeure pas moins que Gérard Chaliand utilise avec aisance (avec brio) des données issues de la géographie, de la démographie, des sciences politiques et sociales, de l'histoire bien sûr, pour brosser une ample fresque des guerres "asymétriques" des Etats occidentaux sur plus de cinq siècles. En conclusion, il n'accorde pas à l'Etat islamique la puissance réelle que certains médias ou politiques veulent bien lui accorder, souligne l'importance du régime d'Assad pour éviter en Irak "un chaos semblable à celui de la Libye", mais met en relief le manque de volonté et de détermination dans la lutte contre lui, et sa dernière phrase est lourde de menaces : "Il va falloir, le dos au mur, y procéder au moment même où les tensions vont être de plus en plus vives".

Une bibliographie de référence assez récente, en français et en anglais, termine le volume. Un petit volume vivifiant qui ouvre des pistes et suscite des réactions.

Odile Jacob, Paris, 2016, 175 pages. 21,90 euros.

ISBN : 978-2-7381-3405-9.

Condamnés à la défaite ?
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11 avril 2016 1 11 /04 /avril /2016 06:00

La guerre par ceux qui la font

Stratégie et incertitude

Benoît Durieux (Dir.)

Voici un ouvrage original, puisqu'il a été rédigé par des officiers supérieurs stagiaires du Centre des hautes études militaires (CHEM) sur la base à la fois de leurs expériences opérationnelles et de leurs réflexions ultérieures.

Dans son introduction, le général Durieux présente un survol rapide de l'évolution de la notion même de guerre et s'attarde sur ses dernières manifestations, tout en soulignant à plusieurs reprises le poids du politique dans les choix stratégiques. Au fur et à mesure des contributions, les auteurs (essentiellement français mais aussi italien, allemand et anglais) traitent successivement des formes de la guerre asymétrique, irrégulière, hybride, et de la notion de "surprise stratégique" ("Le temps de l'incertitude") avec une réelle hauteur de vues ; puis du principe des Livres blancs, des formes de la dissuasion et de la technologie ("Le temps de la sagesse stratégique") ; enfin de l'approche globale et des guerres contre-insurrectionnelles ("Le temps des opérations militaires globales"). On observe que la carrière et la riche expérience opérationnelle des auteurs "terriens" est finalement peu représentative de leur armée d'appartenance (nette dominante des parachutistes de toutes subdivisions d'armes), ce qui confirme la grande compétence de l'encadrement de haut niveau (opérationnel et intellectuel), mais peut également pénaliser l'ensemble car il est vraisemblable que d'autres intervenants auraient pu prendre place dans cet aéropage. Toutes les contributions sont de haute tenue (même si la forme militaire de structuration d'une argumentation est parfois très nette) et l'on observe de fréquentes références à Clausewitz, dont le général Durieux est l'un des grands spécialistes, tout autant que d'analyses de la "conception occidentale de la guerre". Enfin, chaque texte se termine sur une bibliographie indicative très utile.

Par les multiples idées qui sont brassées au fil des pages, un volume qui doit figurer dans toute bonne bibliothèque de chercheur, de militaire, ou tout simplement d'amateur éclairé.

Editions du Rocher, Monaco, 2016, 365 pages, 22,- euros.

ISBN : 978-2-26808-405-3.

Théorie et pratique
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17 mars 2016 4 17 /03 /mars /2016 06:00

La Troisième Voie

La pensée politique de J.F.C. Fuller

Olivier Entraygues

Sans doute seul spécialiste français du général Fuller, auquel il a consacré sa thèse et plusieurs ouvrages, Olivier Entraygues nous propose une étude dont le seul titre peut paraître risqué : la pensée politique de son sujet. Réponse instinctive : l'un des responsables de la British Union of Fascists (BUF) pendant plusieurs années... Mais réponse finalement un peu courte.

Avec ce dernier opus, Olivier Entraygues souhaite "présenter un aspect peu connu de ses écrits", puisque "pour Fuller, la pensée militaire se double toujours d'une pensée sous-jacente politique et ontologique". Il aborde donc avec méthode les écrits politiques de Fuller pour la période 1933-1940 qui, certes "marqués d'antisémitisme", pourraient "se définir comme la recherche ... d'un ordre modèle d'organisation politique, c'est-à-dire un fascisme éclairé par la raison". Le propos, on le voit, est profondément honnête (étudier l'homme dans toutes ses facettes sans exclusive ni oeillières) mais très risqué.

Après avoir amplement précisé le cadre intellectuel et culturel qui était celui de Fuller afin de prendre en compte le contexte, il détaille ses écrits historiques, sa définition du "Royaume-Uni", cette certitude dans son époque que "L'Angleterre (victorienne) doit gouverner le monde", l'importance de l'insularité, les qualités intrinsèques du soldat anglais selon lui, et revient assez longuement sur la jeunesse et l'éducation du jeune Fuller, ainsi que sur sa carrière militaire. Les lignes consacrées à la tendance à l'occultisme de Fuller semblent les moins convaincantes et la démonstration est minimaliste : "Ces deux ouvrages mettent une nouvelle fois en valeur sa qualité d'historien qui est cependant à nuancer par des tendances à une lecture fascisante de l'histoire". Une tendance ? Une formule que les Britanniques qualifieraient sans doute de litote étudiée, même s'il est bien certain qu'il y a autant de "tendances fascisantes" que de spécificités nationales. Plus intéressante est l'analyse faite à la fin de la deuxième partie sur "Une vision politique engagée", avec cette idée de créer un ministère de la Défense nationale "fédérateur" pour l'empire britannique et son interprétation de la faillite du traité de Versailles n'est pas sans intérêt, sans compter une certaine influence de Charles Maurras (y compris dans l'argumentation contre la finance apatride et le rôle attribué ici aux "banquiers juifs". On débouche sur la notion "d'intrigue occulte",  qui permet la création de la Société des Nations et la remise en cause de l'ordre européen traditionnel. De tout ce salamigondis plus ou moins fumeux, n'émerge finalement que la crainte de voir l'empire disparaître : "Son interprétation générale de l'histoire repose sur la croyance que seul un grand homme et non le peuple peut exercer une influence sur les destinées d'une nation". Une interprétation qui repose, pour de nombreux exemples, sur des informations erronées et des a priori douteux. Parmi ses motivations à rejoindre la BUF : "un ensemble de déceptions" et "le jusqu'au-boutisme de ses idées". L'argument-pivot pour ce théoricien de la tactique et de la stratégie : "Plus les instruments de la guerre deviennent puissants, plus leur direction et leur contrôle doivent être avisés". Sa critique d'un système financier despotique, "usurier", il prône le corporatisme et un "système économique de bon sens", sans oublier "la liberté de la vie culturelle de tout un chacun". Ajoutons pour faire bonne mesure l'antibolchevisme et une dose d'unité européenne (de l'Ouest) et nous ne sommes pas loin de différents textes des "technocrates" de Vichy, qui firent le choix de la collaboration par "simple" souci technique d'efficacité... Le livre se termine, avec une longue deuxième partie (plus de 150 pages), par la retranscription de plusieurs articles importants publiés par Fuller dans l'entre-deux-guerres. Heureuse initiative qui permet de revenir à l'original des textes de ce général finalement bien étrange.

Si le livre est réellement passionnant, il laisse un sentiment mitigé. Finalement, on peut être un grand penseur militaire et un piètre politique.  

Editions Le Polémarque, Nancy, 2015, 339 pages, 20,- euros.

ISBN : 979-10-92525-03-8.

Penseur iconoclaste
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  • : Guerres et conflits XIXe-XXIe s. se fixe pour objectif d’être à la fois (sans prétendre à une exhaustivité matériellement impossible) un carrefour, un miroir, un espace de discussions. Sans être jamais esclave de la « dictature des commémorations », nous nous efforcerons de traiter le plus largement possible de toutes les campagnes, de tous les théâtres, souvent dans une perspective comparatiste. C’est donc à une approche globale de l’histoire militaire que nous vous invitons.
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Cafés historiques de La Chouette

Prochaine séance : pour la rentrée de septembre. Le programme complet sera très prochainement mis en ligne.

Publications personnelles

Livres

 

doumenc-copie-1.jpgLa Direction des Services automobiles des armées et la motorisation des armées françaises (1914-1918), vues à travers l’action du commandant Doumenc

Lavauzelle, Panazol, 2004.

A partir de ma thèse de doctorat, la première étude d’ensemble sur la motorisation des armées pendant la Première Guerre mondiale, sous l’angle du service automobile du GQG, dans les domaines de l’organisation, de la gestion et de l’emploi, des ‘Taxis de la Marne’ aux offensives de l’automne 1918, en passant par la ‘Voie sacrée’ et la Somme.

 

La mobilisation industrielle, ‘premier front’ de la Grande Guerre ? mobil indus

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2005 (préface du professeur Jean-Jacques Becker).

En 302 pages (+ 42 pages d’annexes et de bibliographie), toute l’évolution industrielle de l’intérieur pendant la Première Guerre mondiale. Afin de produire toujours davantage pour les armées en campagne, l’organisation complète de la nation, dans tous les secteurs économiques et industriels. Accompagné de nombreux tableaux de synthèse.

 

colonies-allemandes.jpgLa conquête des colonies allemandes. Naissance et mort d’un rêve impérial

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2006 (préface du professeur Jacques Frémeaux).

Au début de la Grande Guerre, l’empire colonial allemand est de création récente. Sans continuité territoriale, les différents territoires ultramarins du Reich sont difficilement défendables. De sa constitution à la fin du XIXe siècle à sa dévolution après le traité de Versailles, toutes les étapes de sa conquête entre 1914 et 1918 (388 pages, + 11 pages d’annexes, 15 pages de bibliographie, index et cartes).

 

 caire damasDu Caire à Damas. Français et Anglais au Proche-Orient (1914-1919)

 14/18 Editions, Saint-Cloud, 2008 (préface du professeur Jean-Charles Jauffret).

Du premier au dernier jour de la Grande Guerre, bien que la priorité soit accordée au front de France, Paris entretient en Orient plusieurs missions qui participent, avec les nombreux contingents britanniques, aux opérations du Sinaï, d’Arabie, de Palestine et de Syrie. Mais, dans ce cadre géographique, les oppositions diplomatiques entre ‘alliés’ sont au moins aussi importantes que les campagnes militaires elles-mêmes.

 

hte silesieHaute-Silésie (1920-1922). Laboratoire des ‘leçons oubliées’ de l’armée française et perceptions nationales

‘Etudes académiques », Riveneuve Editions, Paris, 2009.

Première étude d’ensemble en français sur la question, à partir du volume de mon habilitation à diriger des recherches. Le récit détaillé de la première opération civilo-militaire moderne d’interposition entre des factions en lutte (Allemands et Polonais) conduite par une coalition internationale (France, Grande-Bretagne, Italie), à partir des archives françaises et étrangères et de la presse de l’époque (381 pages + 53 pages d’annexes, index et bibliographie).

 

cdt armee allde Le commandement suprême de l’armée allemande 1914-1916, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général von Falkenhayn 

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Le texte original de l’édition française de 1921 des mémoires de l’ancien chef d’état-major général allemand, accompagné d’un dispositif complet de notes infrapaginales permettant de situer les lieux, de rappeler la carrière des personnages cités et surtout de comparer ses affirmations avec les documents d’archives et les témoignages des autres acteurs (339 pages + 34 pages d’annexes, cartes et index).

 

chrono commChronologie commentée de la Première Guerre mondiale

Perrin, Paris, 2011.

La Grande Guerre au jour le jour entre juin 1914 et juin 1919, dans tous les domaines (militaire, mais aussi politique, diplomatique, économique, financier, social, culturel) et sur tous les fronts. Environ 15.000 événements sur 607 pages (+ 36 pages de bibliographie et d’index).

 

 Les secrets de la Grande Guerrecouverture secrets

Librairie Vuibert, Paris, 2012.

Un volume grand public permettant, à partir d’une vingtaine de situations personnelles ou d’exemples concrets, de remettre en lumière quelques épisodes peu connus de la Première Guerre mondiale, de la question du « pantalon rouge » en août 1914 à l’acceptation de l’armistice par von Lettow-Vorbeck en Afrique orientale, après la fin des hostilités sur le théâtre ouest-européen.

 

Couverture de l'ouvrage 'Mon commandement en Orient'Mon commandement en Orient, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général Sarrail

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2012

Le texte intégral de l'édition originale, passé au crible des archives publiques, des fonds privés et des témoignages des acteurs. Le récit fait par Sarrail de son temps de commandement à Salonique (1915-1917) apparaît véritablement comme un exemple presque caricatural de mémoires d'autojustification a posteriori

 

 

Coordination et direction d’ouvrages

 

Destins d’exception. Les parrains de promotion de l’Ecole Spéciale Militaire de Saint-Cyr

SHAT, Vincennes, 2002.

Présentation (très largement illustrée, 139 pages) des 58 parrains qui ont donné leur nom à des promotions de Saint-Cyr, entre la promotion « du Prince Impérial » (1857-1858) et la promotion « chef d’escadrons Raffalli » (1998-2001).

 

fflLa France Libre. L’épopée des Français Libres au combat, 1940-1945

SHAT, Vincennes et LBM, Paris, 2004.

Album illustré présentant en 191 pages l’histoire et les parcours (individuels et collectifs) des volontaires de la France Libre pendant la Seconde guerre mondiale.

 

marque courageLa marque du courage

SHD, Vincennes et LBM, Paris, 2005.

Album illustré présentant en 189 pages l’histoire des Croix de Guerre et de la Valeur Militaire, à travers une succession de portraits, de la Première Guerre mondiale à la Bosnie en 1995. L’album comporte en annexe une étude sur la symbolique, les fourragères et la liste des unités d’active décorées.

 

  90e anniversaire de la Croix de guerre90-ANS-CROIX-DE-GUERRE.jpg

SHD, Vincennes, 2006.

Actes de la journée d’études tenue au Musée de l’Armée le 16 novembre 2005. Douze contributions d’officiers historiens et d’universitaires, français et étrangers, de la naissance de la Croix de guerre à sa perception dans la société française, en passant les décorations alliées similaires et ses évolutions ultérieures.

 

france grèceLes relations militaires franco-grecques. De la Restauration à la Seconde guerre mondiale 

SHD,Vincennes, 2007.

Durant cette période, les relations militaires franco-grecques ont été particulièrement intenses, portées à la fois par les sentiments philhellènes qui se développent dans l’hexagone (la France est l’une des ‘Puissances protectrices’ dès la renaissance du pays) et par la volonté de ne pas céder d’influence aux Anglais, aux Allemands ou aux Italiens. La campagne de Morée en 1828, l’intervention en Crète en 1897, les opérations en Russie du Sud  en 1919 constituent quelques uns des onze chapitres de ce volume, complété par un inventaire exhaustif des fonds conservés à Vincennes.

 

verdunLes 300 jours de Verdun

Editions Italiques, Triel-sur-Seine, 2006 (Jean-Pierre Turbergue, Dir.).

Exceptionnel album de 550 pages, très richement illustré, réalisé en partenariat entre les éditions Italiques et le Service historique de la Défense. Toutes les opérations sur le front de Verdun en 1916 au jour le jour.

 

DICO-14-18.jpgDictionnaire de la Grande Guerre

(avec François Cochet), 'Bouquins', R. Laffont, 2008.

Une cinquantaine de contributeurs parmi les meilleurs spécialistes de la Grande Guerre, 1.100 pages, 2.500 entrées : toute la Première Guerre mondiale de A à Z, les hommes, les lieux, les matériels, les opérations, les règlements, les doctrines, etc.

 

fochFerdinand Foch (1851-1929). Apprenez à penser

(avec François Cochet), 14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Actes du colloque international tenu à l’Ecole militaire les 6 et 7 novembre 2008. Vingt-quatre communications balayant tous les aspects de la carrière du maréchal Foch, de sa formation à son héritage dans les armées alliées par des historiens, civils et militaires, de neuf nations (461 pages + 16 pages de bibliographie).

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