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24 septembre 2020 4 24 /09 /septembre /2020 00:01

Le Moyen-Âge en sept batailles

Gilles Haberey & Hugues Perot

Déjà auteurs ensemble de plusieurs ouvrages consacrés aux batailles des siècles passés (ici et ici par exemple), les deux auteurs s'attachent à décrypter quelques uns des combats les plus emblématiques du Moyen-Âge.

Après une introduction qui rappelle l'évolution de l'art de la guerre à partir de la fin de l'empire romain d'Occident, Gilles Haberey et Hugues Perot analysent ainsi les batailles d'Hasting (1066), qui voit la conquête de l'Angleterre par Guillaume de Normandie ; de Hattin (1187), défaite des croisés face à Saladin ; de Las Navas de Tolosa (1212), pendant la Reconquista espagnole ; de la Kalka (1223), au cours de laquelle les princes russes tentent d'arrêter les Mongols ; de Bannockburn (1314), qui voit Robert Bruce écraser l'armée anglaise, de Constantinople (1453), avec la disparition de l'empire d'Orient face aux Ottomans de Mehmet II, et de Castillon (1453), dernière grande bataille de la guerre de Cent ans. Chaque bataille est présentée suivant un plan identique (cadre général, forces en présence et intentions, déroulement du combat, enseignements tactiques) et comporte une belle carte grand format. Particulièrement bien illustré, le texte courant est agrémenté d'encarts qui précisent quels furent les principaux protagonistes et quels étaient les armements majeurs.

Ce bel ouvrage de vulgarisation, à la fois esthétiquement réussi, pédagogiquement bien conçu et érudit sur le fond, peut tout aussi bien constituer une première approche des armées et des batailles de l'époque, qu'un cadeau apprécié.

Editions Pierre de Taillac, Paris, 2020, 93 pages. 24,90 euros.

ISBN : 978-23-6445-146-9.

Moyen-Âge

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7 septembre 2020 1 07 /09 /septembre /2020 00:01

A coups d'épée

Charles De Gaulle 

Texte composé par le général Nicolas Le Nen

Ouvrage tout à fait original, sous-titré "Et si le général De Gaulle réécrivait Vers l'armée de métier" et que le général Le Nen explique ainsi : "J'ai composé cette nouvelle version de Vers l'armée de métier à partir de deux études écrites par le capitaine De Gaulle en 1921 et 1929 et des discours et messages que le général prononça entre le 18 juin 1940 et son retrait définitif de la vie politique le 28 avril 1969". Le titre lui-même fait directement référence à la célèbre formule selon laquelle "la France fut faite à coups d'épée". Le projet, on le voit, est à la fois original et risqué. Faire en quelque sorte parler le général De Gaulle n'est pas une mince ambition.

Le livre est organisé en deux grandes parties : "Pourquoi ?" et "Comment ?", chacune comprenant trois chapitres : "Unité", "Souveraineté" et "Politique" pour la première partie, "Stratégie", "Dissuasion" et "Commandement" pour la seconde. On reste impressionné devant la réelle cohérence des textes "recomposés". Outre l'intelligence de réalisation du "co-auteur", on a réellement le sentiment d'une grande cohésion dans le temps long de la pensée du général De Gaulle. Finalement (mais est-ce surprenant ?), il en ressort l'importance de la nation, de sa grandeur et de son unité ; le caractère essentiel de sa défense dont les capacités doivent être au niveau des risques et des menaces du temps présent ; l'impérieuse nécessité de l'indépendance politique et de la souveraineté, seules garanties du maintien de nos libertés : "Nous pouvons et, par conséquent, nous devons avoir une politique qui soit la nôtre. Laquelle ? Il s'agit avant tout de nous tenir en dehors de toute inféodation".

Un texte qui devrait interpeller plus d'un décideur parmi les responsables actuels... Un exercice périlleux disions-nous, mais un exercice réussi.

Editions du Rocher, Monaco, 2020, 165 pages. 14,90 euros.

ISBN : 978-2-268-10421-8.

Voix d'outre-tombe

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23 juillet 2020 4 23 /07 /juillet /2020 00:01

Qui ruse gagne

Une anthologie de la tromperie guerrière

Patrick Manificat

"On raconte que durant la Seconde guerre mondiale, de faux avions allemands -des simulacres de bois- stationnés sur un aérodrome français et identifiés comme factices par des avions de reconnaissance britanniques ont été bombardés par de vrais avions anglais avec... de fausses bombes en bois !". Le livre s'ouvre sur cette anecdote et, à un rythme soutenu, nous entraine dans le temps et dans l'espace dans le vaste monde des leurres et des ruses de guerre.

Dès la page 15, l'auteur nous rappelle que "la guerre est l'art de duper", mais la définition précise en est difficile tant les procédés sont variés et toujours évolutifs. Le camouflage est sans doute le procédé le plus ancien et le plus répandu, toujours massivement utilisé (cf. les piètres résultats de l'aviation de la coalition occidentale contre la Serbie en 1999), puis la simulation, des faux canons des Confédérés américains au faux Paris de 1917-1918 pour tromper l'aviation de nuit allemande et aux Panzer-Attrappen et autres faux chars utilisés sur tous les continents. Dans la catégorie "Tromperie", on relève les croiseurs-corsaires allemands et les Q-Ships britanniques mais aussi la simulation d'une retraite comme pendant la guerre civile chinoise. On le voit, nous sommes ici au coeur des opérations militaires, l'énorme opération  alliée Fortitude avant le débarquement de Normandie constituant en la matière une réalisation emblématique. Des boeufs aux cornes enflammées d'Hannibal aux dangers du téléphone portable et aux cyberattaques en passant par l'utilisation de "fausses" stations radio et la manipulation de la presse écrite, mais aussi par l'intoxication de l'ennemi (la "bleuite" en Algérie), ou par les intrusions et le brouillage en guerre électronique, les exemples sont multiples, dans tous les conflits, de tous les pays. Au passage, l'auteur démonte également la désinformation entourant l'accusation de complice du génocide portée contre la France au Rwanda. Le livre se termine sur un tour d'horizon mondial des doctrines en la matière. Dans ce domaine également, "rien de tel dans l'armée française ... A part la dissimulation, plus particulièrement le camouflage, et la guerre électronique, la déception est marquée du sceau du non emploi". L'auteur se permet donc de dispenser quelques conseils en appelant de ses voeux un véritable renouveau du leurre, alors que tout le monde aujourd'hui parle de l'importance de la surprise.

 Un livre aussi facile à lire que riche en réflexions et en enseignements, dont celui de l'importance de l'imagination basée sur une solide connaissance du réel, et qui s'appuie par ailleurs sur de très nombreuses citations. A inclure sans hésiter dans toute bonne bibliothèque aussi bien d'historien que d'amateur des questions de défense.

Histoire & Collections, Paris, 2020, 271 pages, 20,- euros.

ISBN : 978-2-35250-5116-7.

Désinformation, intoxication

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6 juillet 2020 1 06 /07 /juillet /2020 00:01

Jouer la guerre

Histoire du wargame

Antoine Bourguilleau

Depuis au moins une vingtaine d'années, les "jeux de guerre" bénéficient d'une popularité croissante dans le grand public, succès notamment confirmé grâce au développement des moyens informatiques individuels. Mais il s'agit pourtant initialement d'une activité proprement militaire de formation et non d'un "simple" loisir. Ce livre se propose de nous le démontrer, de nous l'expliquer et de nous en faire comprendre les ressorts.

Au-delà de la formation individuelle et collective du soldat, l'auteur précise la problématique dès son introduction : "Comment entraîner des généraux ... à manoeuvrer des troupes à grande échelle, sur un territoire ? A saisir quelles sont les routes à éviter, les points névralgiques de l'ennemi ? A mesurer leurs lignes de communication tout en menaçant celle de l'adversaire ?". La disponibilité d'une excellente cartographie est bien sûr essentielle, et Antoine Bourguilleau cite plusieurs définitions dont celle-ci : "Un wargame est une tentative de se projeter dans le futur par le biais d'une meilleure compréhension du passé. Le wargame est une combinaison de jeu, d'histoire et de science". Il précise également qu'il ne prend pas en compte dans son étude les jeux vidéos et les études tactiques sur le terrain (staff ride). Tout en reconnaissant que le sujet pourrait permettre de remonter à l'Antiquité, il organise son ouvrage en trois grandes parties. La première, "Le Kriegsspiel (1600-1900)", évoque la naissance du jeu de guerre moderne sous forme de jeux d'échecs, de carte ou "de l'oie" modifiés, la constitution de la collection des plans-reliefs, l'évolution majeure initiée par Johann Christian Hellwig en 1780 et ses adaptations successives avec notamment les Reisswitz père et fils et la prise en compte de l'imprévu, caractéristique des opérations militaires. A partir des années 1820 le Kriegsspiel est progressivement adopté par l'armée prussienne. Jusqu'à la fin du siècle, la France reste en retard : "Certains voient le Kriegsspiel d'un mauvais oeil, comme un invention allemande de peu d'intérêt". La deuxième partie, "Le Wargame (1900-1950)", montre bien le développement mondial des jeux de guerre, en particulier la guerre navale, notamment aux Etats-Unis, mais en souligne aussi les limites comme dans le cas du Japon en 1940/1941 : "Le wargame n'a de pertinence qu'utilisé dans de bonnes conditions, qu'il est cependant difficile de réunir : données fiables, comportements logique pour chaque camp, capacité d'abstraction, honnêteté à défaut d'objectivité. Sans cela, la boussole du wargame, qui n'indique jamais tout à fait le nord, se dérègle". Constatons qu'à nouveau la France ne fait pas partie des "bons élèves". La troisième partie enfin, "La simulation militaire au tournant du XXIe siècle", s'intéresse aux évolutions récentes depuis la fin des années 1970 avec le rôle de Guy Debord mais aussi l'intervention de la Rand Corporation, avec cette réserve : "Un ordinateur aurait probablement conseillé aux Britanniques de faire la paix avec Hitler en 1940"... Comment représenter la volonté et la détermination de Churchill dans le jeu ? Rendant un hommage mérité de promoteur en France à Laurent Henninger, l'auteur constate néanmoins que c'est bien dans le monde anglo-saxon (département des War Studies du King's College de Londres) que les jeux de guerre s'épanouissent aujourd'hui encore. Avec ce bilan : "Au cours de notre étude, nous avons été frappé de constater que le jeu de guerre, en France, et sa pratique au sein de l'armée et de la marine, sont largement passés sous le radar de l'étude historique". Des armées françaises qui seraient "dans un trou noir".

Un livre qui devrait passionner non seulement tous les historiens des questions militaires, mais aussi (surtout ?) les militaires eux-mêmes, car il ouvre des pistes de réflexion multiples sur la formation du commandement de demain et le développement de capacités d'initiative. Une excellente publication.

Passés/Composés, Paris, 2020, 265 pages, 21,- euros.

ISBN : 978-2-3793-3090-2.

Simuler la guerre pour apprendre

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17 juin 2020 3 17 /06 /juin /2020 00:01

Les plus grandes batailles en montagne

de l'Antiquité à nos jours

Colonel Cyrille Becker

Spécialiste du milieu montagneux et auteur de plusieurs ouvrages remarqués (ici et ici par exemple), Cyrille Becker poursuit ses publications avec ce très large panorama de la guerre en montagne depuis l'Antiquité grecque.

De cette Antiquité fondatrice avec la bataille des Thermopyles (480 av. J.-C.) (Qui ne se souvient du "Passant, va dire à Sparte que nous sommes morts ici pour obéir à ses lois !") et la conquête de la Sogdiane (328 av. J.-C.) par Alexandre le Grand, à la bataille de Tora Bora en Afghanistan (décembre 2001), Cyrille Becker nous présente trente batailles dans un environnement montagneux. Au fil des pages, vous lirez, parmi bien d'autres, le récit de la traversée des Alpes par Hannibal, de l'embuscade de Roncevaux qui voit la mort de Roland, de la manœuvre de Turenne à Turckheim, de la charge de Somosierra pendant la guerre d'Espagne, des combats de l'Hilsenfirst, du Mont Tomba et de la prise d'Usküb pendant la Grande Guerre, les batailles de Narvik, du front des Alpes et du Garigliano pendant la Seconde guerre mondiale, des guerres de Corée et des Malouines, comme du conflit du Cachemire. Pour chaque exemple choisi, l'auteur procède selon un plan identique qui pose le cadre général de l'action, décrit le terrain, raconte son déroulement et en tire les enseignements, le tout accompagné d'une illustration originale et d'une carte claire qui précise les mouvements des troupes. Du général San Martin traversant les Andes en plein hiver en 1817 (un véritable exploit) à la guerre du Kargil entre l'Inde et le Pakistan, de la victoire franque de Dorylée pendant les Croisades (en 1097) à la bataille de Rachaya pendant la révolte druze au Liban en 1925, vous allez être poussé par un souffle épique qui tient autant à l'altitude qu'à l'âpreté des combats, comme à Crèvecoeur à l'automne 1951.

Un livre aussi intéressant que passionnant, voyage dans le temps et dans l'espace avec pour point commun l'altitude, qui mérite de figurer dans toute bonne bibliothèque d'histoire militaire.

Editions Pierre de Taillac, Paris, 2020, 240 pages. 26,90 euros.

ISBN : 978-2-36445-158-2.

Combats en altitude...

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7 mai 2020 4 07 /05 /mai /2020 00:01

Pour le succès des armes de la France

Colonel Frédéric Jordan

Avec sobriété et pertinence, le CEMA explique en introduction pourquoi ce livre doit être lu : "Comprise depuis l'Antiquité comme une affaire humaine violente, la guerre exprime la volonté politique dans ce qu'elle a de plus extrême. Elle cadence l'évolution de l'humanité depuis la nuit des temps et doit inciter praticiens comme penseurs à raisonner sans cesse l'usage de la violence. Les militaires le savent bien, à la mieux connaitre, avec la mesure des Anciens, il s'agit d'éviter la guerre au maximum. Sinon, lorsqu'elle n'est plus évitable, il faut y entrer avec pour unique but de vaincre, et non d'exterminer".

Le titre reprend la fin de la belle formule d'investiture d'un commandement ("Pour le bien du service, l'exécution des règlements militaires et le succès des armes de la France"). Pour parvenir à ce succès, Frédéric Jordan (déjà auteur d'un ouvrage sur son engagement au Sahel, ici) nous rappelle quelques définitions essentielles relatives à la guerre et à la conduite de la guerre, avec leurs évolutions dans le temps long (depuis l'Antiquité) et insiste dans une première partie sur la nécessité de penser la guerre. Il organise ensuite son propos en douze chapitres thématiques qui abordent des thèmes particuliers : les principes de la guerre, la logistique, s'adapter à l'ennemi, la formation, la remontée en puissance, la manœuvre, etc. Il appui systématiquement tout son discours sur des exemples historiques choisis dans toutes les périodes. Pour l'emploi des réserves, il évoque la bataille de Fontenoy en 1745. Pour le facteur culturel, il fait référence aussi bien à Lénine qu'à Marc Bloch mais aussi à Abd el-Krim et à la guerre du Rif. Pour la défensive, Joukov lors de la bataille de Koursk ou les Allemands en Normandie. La multiplication des exemples fait que certains pourront paraitre plus ou moins pertinents aux yeux de certains, mais c'est la loi du genre et l'exercice est de haute tenue.

On le voit bien, l'histoire militaire est présente à toutes les pages, permettant de conclure que pour bien s'adapter aux futurs changements de paradigmes et à une instabilité permanente, "le besoin de connaître, de s'inspirer ou de relire les étapes ou les différents courants" de l'art de la guerre comme l'histoire des conflits est une nécessité. Un volume que l'on s'empressera de lire.

Economica, Paris, 2020, 228 pages, 23,- euros.

ISBN : 978-27178-7108-1.

Retour aux principes

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2 janvier 2020 4 02 /01 /janvier /2020 00:05

Triangle tactique

Décrypter la bataille terrestre

Pierre Santoni

En s'appuyant sur un très ample survol historique, de l'armée d'Alexandre le Grand à "l'âge des robots", Pierre Santoni illustre par l'exemple les fondamentaux de la tactique. Il se garde bien toutefois "d'imposer" des leçons, car "la tactique n'est pas une science exacte. Trop de facteurs humains entrent en ligne de compte pour la saisir facilement et définitivement".

Toutes les grandes organisations militaires du monde occidental sont tout à tour abordées, avec au fur et à mesure la mise en relief de nouveautés, ou la formalisation de procédés auparavant plus intuitifs ("Le niveau opératif, nouveauté de l'art napoléonien de la guerre", "La guerre des Malouines : infanterie à pied et missiles de haute technologie"). Les démonstrations sont synthétiques, dans un vocabulaire précis mais non spécialisé, ce qui rend l'ouvrage immédiatement accessible à tous. Un seul regret peut-être : l'absence de cartes représentant les mouvements des unités lors de certaines batailles. Il prône pour aujourd'hui en faveur d'un rééquilibrage du triangle au bénéfice de l'humain et met en avant l'efficacité d'une force conventionnelle souple comme celle déployée lors de l'opération Serval. En conclusion, Pierre Santoni rappelle, à l'attention des "spécialistes" et "experts" du "Yakafaukon" : "Ne peut s'improviser tacticien que celui qui connait dans le détail le mécanisme complexe de l'emploi des armes et des moyens disponibles. A la maîtrise tactique, il ne faut pas oublier son indispensable corollaire, souvent encore plus difficile à mettre en œuvre, la logistique opérationnelle", et insiste sur le caractère profondément humain de la tactique.

Un livre qui séduira sans aucune hésitation les amateurs d'histoire militaire.

Editions Pierre de Taillac, Paris, 2019, 166 pages. 24,90 euros.

ISBN : 9782364451377.

Comprendre la tactique

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11 décembre 2019 3 11 /12 /décembre /2019 00:05

Les interventions militaires en zone urbaine

Enjeux et défis

Dorothée Lobry

Voici un petit volume qui constitue une excellente initiation pour tous ceux qui s'intéressent aux problématiques actuelles de l'emploi des forces.

Le milieu urbain, qui fut longtemps évité par les armées en campagne, est aujourd'hui devenu un lieu presque "normal" d'affrontement des armées et des groupes armés. Dans sa présentation, Dorothée Lobry consacre une importante première partie à la présentation d'un élément essentiel pour un soldat de l'armée de Terre : le terrain. Elle y ajoute les questions météorologiques et climatiques et la notion de renseignement géographique opérationnel. La deuxième partie est plus directement centrée sur la ville, "un nouveau terrain pour les armées", mais aussi "un milieu difficile à appréhender" dans toute sa complexité. La troisième enfin s'intéresse à la préparation opérationnelle adaptée mise en place par l'armée de Terre, et les non-spécialistes y découvriront ce qu'est le Cenzub (Centre d'entraînement aux actions en zone urbaine), "outil exceptionnel de préparation au combat de par sa grande infrastructure et son réalisme" et l'importance du Retex (Retour d'expérience), deux domaines dans lesquels l'armée française est en pointe. L'auteure termine son étude par la prise en compte d'un certain nombre de paramètres : l'interarmisation, les nouvelles technologies, la décentralisation du commandement et ses contraintes, la "nécessaire polyvalence" du personnel.

Un volume "petit format / petit prix" mais dense et extrêmement riche en informations pour le non spécialistes, d'autant que toutes les références (en particulier des documents militaires officiels) sont données. Indiscutablement à connaître.

Editions du Cygne, Paris, 2019, 130 pages, 14,- euros.

ISBN : 978-2-84924-577-4.

Zone urbaine

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16 septembre 2019 1 16 /09 /septembre /2019 06:00

S'adapter pour vaincre

Comment les armées évoluent

Michel Goya

Bien connu pour ses publications antérieures (ici et ici par exemple) et la tenue de son blog La voie de l'épée (ici), Michel Goya nous offre une large analyse, dans le temps et dans l'espace, du processus d'adaptation des armées aux conditions nouvelles (et toujours changeantes) de la guerre : "Vaincre ne signifie plus seulement faire évoluer des forces sur le terrain et gagner des batailles, c'est aussi désormais transformer ces mêmes armées, avant et pendant les guerres, selon des processus qui tendent à devenir de plus en plus amples et qui impliquent de plus en plus les ressources profondes des nations".

De l'armée prussienne se transformant totalement à l'occasion des défaites subies contre Napoléon Ier à l'analyse par l'armée américaine de ses difficultés en Irak au début du XXIe siècle, nous traversons avec l'auteur deux siècles de conflits avec les forces armées de quelques unes des grandes nations belligérantes : la France, l'Allemagne, la Grande-Bretagne, les Etats-Unis. Nous retrouvons les profondes évolutions de l'armée française pendant la Première Guerre mondiale, la guerre navale et le rapide déclin de la Royal Navy entre les années 1890 et 1940, la guerre aérienne et les problématiques soulevées par les bombardements massifs de la Seconde guerre mondiale, leurs rapides évolutions, la doctrine et l'emploi du Bomber Command ainsi que son échec relatif, la naissance de l'arme atomique et ultérieurement celui du principe de dissuasion ainsi que l'apparition de nouveaux Etats nucléaires pendant comme après la mal nommée guerre "froide" ("La guerre froide est bien une troisième guerre mondiale dont les victimes se comptent par millions. De 1945 à 1990, les armées des cinq grandes puissances nucléaires ont perdu plus de 350.000 hommes en opération. A l'ombre de la peur de la guerre nucléaire et soumis à des forces nouvelles, les affrontements y ont pris des tours souvent inattendus"). Nous retrouvons enfin l'armée française pour une analyse de ses évolutions pendant la guerre d'Algérie (guerre révolutionnaire, insurrectionnelle, terrorisme, etc.), de la bataille d'Alger aux barrages frontaliers et au plan Challe. Dans sa conclusion, Michel Goya synthétise quelques réflexions (pertinentes) dans le domaine de l'organisation, de la prise en compte de l'ennemi, des relations entre le haut commandement et la direction politique, de la prise en compte de l'expérience acquise mais aussi des évolutions de la société, bref un phénomène extrêmement complexe qui tient du "chaos organisé" et constitue un défi permanent.

On apprécie l'aptitude à passer du cas concret aux réflexions générales dans un style parfaitement abordable et les amateurs trouveront de nouvelles pistes dans l'importante bibliographie finale, judicieusement classée par thèmes. Un livre passionnant, indispensable aux étudiants, aux chercheurs, aux amateurs de la chose militaire, et plus largement à tous les citoyens qui souhaitent mieux comprendre des questions de Défense et budgétaires très actuelles.

Perrin, Paris, 2019, 429 pages, 24,- euros.

ISBN : 978-2-262-08111-9

INDISPENSABLE

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8 juin 2019 6 08 /06 /juin /2019 06:00

Commerce & Guerre

Les deux faces de Janus

André Yché

Le développement du commerce et la maîtrise des espaces maritimes, constituent un ensemble essentiel à  la naissance des guerres. Dans ce nouveau volume, André Yché, auteur de plusieurs ouvrages sur la notion de puissance et la stratégie (ici et ici par exemple), pointe du doigt et de la plume l'importance de la puissance maritime (commerciale) et navale (guerrière).

Le livre est organisé en quatre grandes parties qui présentent, développent mais aussi tempèrent la thèse de l'auteur. La première, "De la conquête à l'échange", s'intéresse plutôt aux temps anciens, aux guerres entre les Etats grecs et Rome, puis de Rome contre les Perses et contre Carthage, à la rapide expansion musulmane et à la résistance de l'empire d'Orient, enfin à deux cas particuliers de puissance commerciale pure : les cités italiennes et la Ligue hanséatique. La seconde partie, "La puissance maritime", accorde une place essentielle à la Grande-Bretagne, des guerres navales contre la Hollande au XVIIe s. à celles contre la France à la fin de l'Ancien Régime et sous la Révolution et l'Empire. Au bilan, "Britannia rule the waves"... jusqu'à l'émergence des Etats-Unis (comme champion du libre-échange et donc de la liberté des mers). La troisième partie s'attache à étudier les politiques coloniale, portugaise et espagnole d'abord, puis britannique et française, les Anglais privilégiant d'abord les productions matérielles, puis à partir du début du XXe s. les plus-values financières. Le dernier chapitre, consacré à la politique anglaise en direction de l'Asie est tout particulièrement intéressant et s'ouvre sur un rappel de cette phrase de Napoléon Ier : "le commerce unit les hommes ; tout ce qui les unit les coalise ; le commerce est donc nuisible à l'autorité"... La dernière partie enfin, élargit la réflexion au temps les plus modernes et relativise en partie la thèse de l'auteur. Il insiste en particulier sur l'importance de la puissance financière pour garantir la souveraineté. Le cas de la Chine, dont l'influence internationale ne cesse de croître pourrait-il remettre en question ce constat : "hégémonie commerciale + financière + maritime = puissance ?"... Rien n'est moins sûr, au regard des faiblesses intrinsèques de l'empire du milieu.

Un livre presque "pétillant", tant il soulève de questions à partir d'un très grand nombre d'exemples puisés à toutes les époques. Un vrai ouvrage de réflexion, par celles qu'il présente comme par celles qu'il inspire.  

Economica, Paris, 2019, 167 pages, 19,- euros.

ISBN :  978-2-7178-7063-3.

Sources de la puissance

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Qui Suis-Je ?

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  • : Guerres et conflits XIXe-XXIe s. se fixe pour objectif d’être à la fois (sans prétendre à une exhaustivité matériellement impossible) un carrefour, un miroir, un espace de discussions. Sans être jamais esclave de la « dictature des commémorations », nous nous efforcerons de traiter le plus largement possible de toutes les campagnes, de tous les théâtres, souvent dans une perspective comparatiste. C’est donc à une approche globale de l’histoire militaire que nous vous invitons.
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Cafés historiques de La Chouette

Prochaine séance : pour la rentrée de septembre. Le programme complet sera très prochainement mis en ligne.

Publications personnelles

Livres

 

doumenc-copie-1.jpgLa Direction des Services automobiles des armées et la motorisation des armées françaises (1914-1918), vues à travers l’action du commandant Doumenc

Lavauzelle, Panazol, 2004.

A partir de ma thèse de doctorat, la première étude d’ensemble sur la motorisation des armées pendant la Première Guerre mondiale, sous l’angle du service automobile du GQG, dans les domaines de l’organisation, de la gestion et de l’emploi, des ‘Taxis de la Marne’ aux offensives de l’automne 1918, en passant par la ‘Voie sacrée’ et la Somme.

 

La mobilisation industrielle, ‘premier front’ de la Grande Guerre ? mobil indus

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2005 (préface du professeur Jean-Jacques Becker).

En 302 pages (+ 42 pages d’annexes et de bibliographie), toute l’évolution industrielle de l’intérieur pendant la Première Guerre mondiale. Afin de produire toujours davantage pour les armées en campagne, l’organisation complète de la nation, dans tous les secteurs économiques et industriels. Accompagné de nombreux tableaux de synthèse.

 

colonies-allemandes.jpgLa conquête des colonies allemandes. Naissance et mort d’un rêve impérial

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2006 (préface du professeur Jacques Frémeaux).

Au début de la Grande Guerre, l’empire colonial allemand est de création récente. Sans continuité territoriale, les différents territoires ultramarins du Reich sont difficilement défendables. De sa constitution à la fin du XIXe siècle à sa dévolution après le traité de Versailles, toutes les étapes de sa conquête entre 1914 et 1918 (388 pages, + 11 pages d’annexes, 15 pages de bibliographie, index et cartes).

 

 caire damasDu Caire à Damas. Français et Anglais au Proche-Orient (1914-1919)

 14/18 Editions, Saint-Cloud, 2008 (préface du professeur Jean-Charles Jauffret).

Du premier au dernier jour de la Grande Guerre, bien que la priorité soit accordée au front de France, Paris entretient en Orient plusieurs missions qui participent, avec les nombreux contingents britanniques, aux opérations du Sinaï, d’Arabie, de Palestine et de Syrie. Mais, dans ce cadre géographique, les oppositions diplomatiques entre ‘alliés’ sont au moins aussi importantes que les campagnes militaires elles-mêmes.

 

hte silesieHaute-Silésie (1920-1922). Laboratoire des ‘leçons oubliées’ de l’armée française et perceptions nationales

‘Etudes académiques », Riveneuve Editions, Paris, 2009.

Première étude d’ensemble en français sur la question, à partir du volume de mon habilitation à diriger des recherches. Le récit détaillé de la première opération civilo-militaire moderne d’interposition entre des factions en lutte (Allemands et Polonais) conduite par une coalition internationale (France, Grande-Bretagne, Italie), à partir des archives françaises et étrangères et de la presse de l’époque (381 pages + 53 pages d’annexes, index et bibliographie).

 

cdt armee allde Le commandement suprême de l’armée allemande 1914-1916, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général von Falkenhayn 

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Le texte original de l’édition française de 1921 des mémoires de l’ancien chef d’état-major général allemand, accompagné d’un dispositif complet de notes infrapaginales permettant de situer les lieux, de rappeler la carrière des personnages cités et surtout de comparer ses affirmations avec les documents d’archives et les témoignages des autres acteurs (339 pages + 34 pages d’annexes, cartes et index).

 

chrono commChronologie commentée de la Première Guerre mondiale

Perrin, Paris, 2011.

La Grande Guerre au jour le jour entre juin 1914 et juin 1919, dans tous les domaines (militaire, mais aussi politique, diplomatique, économique, financier, social, culturel) et sur tous les fronts. Environ 15.000 événements sur 607 pages (+ 36 pages de bibliographie et d’index).

 

 Les secrets de la Grande Guerrecouverture secrets

Librairie Vuibert, Paris, 2012.

Un volume grand public permettant, à partir d’une vingtaine de situations personnelles ou d’exemples concrets, de remettre en lumière quelques épisodes peu connus de la Première Guerre mondiale, de la question du « pantalon rouge » en août 1914 à l’acceptation de l’armistice par von Lettow-Vorbeck en Afrique orientale, après la fin des hostilités sur le théâtre ouest-européen.

 

Couverture de l'ouvrage 'Mon commandement en Orient'Mon commandement en Orient, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général Sarrail

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2012

Le texte intégral de l'édition originale, passé au crible des archives publiques, des fonds privés et des témoignages des acteurs. Le récit fait par Sarrail de son temps de commandement à Salonique (1915-1917) apparaît véritablement comme un exemple presque caricatural de mémoires d'autojustification a posteriori

 

 

Coordination et direction d’ouvrages

 

Destins d’exception. Les parrains de promotion de l’Ecole Spéciale Militaire de Saint-Cyr

SHAT, Vincennes, 2002.

Présentation (très largement illustrée, 139 pages) des 58 parrains qui ont donné leur nom à des promotions de Saint-Cyr, entre la promotion « du Prince Impérial » (1857-1858) et la promotion « chef d’escadrons Raffalli » (1998-2001).

 

fflLa France Libre. L’épopée des Français Libres au combat, 1940-1945

SHAT, Vincennes et LBM, Paris, 2004.

Album illustré présentant en 191 pages l’histoire et les parcours (individuels et collectifs) des volontaires de la France Libre pendant la Seconde guerre mondiale.

 

marque courageLa marque du courage

SHD, Vincennes et LBM, Paris, 2005.

Album illustré présentant en 189 pages l’histoire des Croix de Guerre et de la Valeur Militaire, à travers une succession de portraits, de la Première Guerre mondiale à la Bosnie en 1995. L’album comporte en annexe une étude sur la symbolique, les fourragères et la liste des unités d’active décorées.

 

  90e anniversaire de la Croix de guerre90-ANS-CROIX-DE-GUERRE.jpg

SHD, Vincennes, 2006.

Actes de la journée d’études tenue au Musée de l’Armée le 16 novembre 2005. Douze contributions d’officiers historiens et d’universitaires, français et étrangers, de la naissance de la Croix de guerre à sa perception dans la société française, en passant les décorations alliées similaires et ses évolutions ultérieures.

 

france grèceLes relations militaires franco-grecques. De la Restauration à la Seconde guerre mondiale 

SHD,Vincennes, 2007.

Durant cette période, les relations militaires franco-grecques ont été particulièrement intenses, portées à la fois par les sentiments philhellènes qui se développent dans l’hexagone (la France est l’une des ‘Puissances protectrices’ dès la renaissance du pays) et par la volonté de ne pas céder d’influence aux Anglais, aux Allemands ou aux Italiens. La campagne de Morée en 1828, l’intervention en Crète en 1897, les opérations en Russie du Sud  en 1919 constituent quelques uns des onze chapitres de ce volume, complété par un inventaire exhaustif des fonds conservés à Vincennes.

 

verdunLes 300 jours de Verdun

Editions Italiques, Triel-sur-Seine, 2006 (Jean-Pierre Turbergue, Dir.).

Exceptionnel album de 550 pages, très richement illustré, réalisé en partenariat entre les éditions Italiques et le Service historique de la Défense. Toutes les opérations sur le front de Verdun en 1916 au jour le jour.

 

DICO-14-18.jpgDictionnaire de la Grande Guerre

(avec François Cochet), 'Bouquins', R. Laffont, 2008.

Une cinquantaine de contributeurs parmi les meilleurs spécialistes de la Grande Guerre, 1.100 pages, 2.500 entrées : toute la Première Guerre mondiale de A à Z, les hommes, les lieux, les matériels, les opérations, les règlements, les doctrines, etc.

 

fochFerdinand Foch (1851-1929). Apprenez à penser

(avec François Cochet), 14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Actes du colloque international tenu à l’Ecole militaire les 6 et 7 novembre 2008. Vingt-quatre communications balayant tous les aspects de la carrière du maréchal Foch, de sa formation à son héritage dans les armées alliées par des historiens, civils et militaires, de neuf nations (461 pages + 16 pages de bibliographie).

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