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12 octobre 2012 5 12 /10 /octobre /2012 07:00

Kennedy  -  Nixon

Les meilleurs ennemis

Georges Ayache

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John Fitzgerald Kennedy et Richard Milhouse Nixon sont généralement assimilés à des personnalités profondément antagonistes, emblématiques de "deux Amériques". Georges Ayache, qui connaît bien la politique pour avoir lui-même été diplomate, dénonce la réduction trop systématique des deux hommes à une série de clichés. D’un côté le charmeur au grand cœur, « JFK » – et, au-delà du seul John Kennedy, c’est l’ensemble des Kennedy qui « ont cessé d’être une famille ou un clan pour devenir une légende ». De l’autre le tricheur invétéré, « Tricky Dick ». Si le manichéisme de ces deux images plaît au cinéma hollywoodien et au grand public, avides de mythes et de formules simples, il ne sied guère à l’historien pour qui les fictions trahissent la réalité et la masquent. Spécialiste des relations internationales, Georges Ayache bat en brèche les idées reçues et s’attache à dévoiler qui ont vraiment été Kennedy et Nixon.

En suivant le fil du temps, l’auteur se propose de décrire l’histoire de ces deux personnalités, une histoire qui se joue en six actes et dont l’action principale est la conquête du pouvoir, à tout prix. Dans un va-et-vient incessant entre ces deux figures politiques, Georges Ayache peint deux portraits sans concession, ni pour l’un, ni pour l’autre. Il montre bien comment la légende de John Kennedy a progressivement été construite à des fins politiques. Poussé par le clan, la presse a fait de lui un héros de guerre et a passé sous silence ses frasques répétées. On découvre ainsi ce que cette légende arrangée cache : l’état de santé déplorable de Kennedy, ses aventures charnelles, ses relations avec la Mafia, les fraudes électorales dont il a pu bénéficier mais aussi le rôle de marionnettiste que jouait son père. L’auteur montre que Nixon n’est pas que le « sale type », que la presse et ses adversaires se sont acharnés à présenter. Si ses manœuvres sont exposées clairement (le livre s’achève sur le scandale du Watergate), l’historien lui reconnaît aussi des qualités de travailleur acharné et de debater.

Le livre ne fait pas que comparer ces deux hommes politiques, dont finalement les similitudes frappent parfois plus que les différences qui les séparent. L’objet de l’ouvrage n’est pas seulement de nous aider à comprendre Nixon et Kennedy, il s’agit aussi d’éclairer ce que chacun doit véritablement à l’autre. L’auteur peint avec brio les instants où leurs destins se croisent. On découvre par exemple, non sans amusement, que les Kennedy ont soutenu financièrement la campagne sénatoriale de Nixon en 1950. Georges Ayache entre dans le détail et dévoile les dessous de ces campagnes électorales sans pitié, faites de phrases assassines et de coups tordus, dont ni l’un ni l’autre n’étaient avares. On comprend aussi comment Nixon a pu se sentir « persécuté » par les Kennedy au point d’en arriver à « se battre contre des fantômes ».  Enfin, cette biographie croisée offre non seulement un regard nouveau sur Kennedy et Nixon mais elle permet aussi de (re)découvrir les États-Unis de la Guerre froide.

Pierre Garzon

Editions Perrin, Paris, 2012, 562 pages, 25 euros.

ISBN : 978-2-262-03622-5

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11 octobre 2012 4 11 /10 /octobre /2012 07:10

Chronologie de la mondialisation

de 1492 à nos jours

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Voilà un outil de travail qui, tout en étant parfaitement adapté aux étudiants, ouvre bien des perspectives à tous les lecteurs intéressés par ce sujet.

Contrairement à ce que le titre seul peut laisser prévoir, l'ouvrage de Bernard Phan offre à la fois, par grandes périodes et par grandes zones géographiques, une synthèse en quelques pages de l'évolution de la situation politique et géopolitique, puis une chronologie précise de événements survenus sur les territoires concernés et à l'époque considérée. C'est donc (presque) une chronologie mondiale qui est proposée ici. La mise en regard d'événéments de nature a priori totalement différente permet en effet de "connecter" les faits entre eux et de mieux appréhender les interactions entre les questions politiques, militaires, diplomatiques, économiques, financières, etc.

Une petit livre très abordable, indispensable à tout étudiant et très vraisemblablement utile (comme outil de référence et de vérification immédiate) à tous ceux qui travaillent sur ces sujets.

Collection 'Quadrige manuels', P.U.F., Paris, 2012, 276 pages, 16 euros.

ISBN : 978-2-13-056815-5

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11 octobre 2012 4 11 /10 /octobre /2012 07:05

Armée française des deux guerres mondiales

GBM  -  n° 102

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Lancé au début de l’été, le n° 1 d’Images de l’Armée Française n’a pas rencontré les chiffres de vente espérés et François Vauvillier explique dans son éditorial qu’il « fusionne » en quelque sorte les deux magazines, non pas en réduisant le nombre d’articles consacrés au moteur et aux matériels dans chaque numéro, mais au contraire en ajoutant seize pages supplémentaires à GBM afin de traiter les sujets prévus pour le trimestriel défunt, pour « un magazine remanié … très musclé et à l’éventail élargi ».

Parmi les dix articles du riche sommaire, nous relevons en particulier celui sur « Réforme de la tenue. La contre-offensive des traditionalistes », au sujet de l’abandon demandé par l’état-major et refusé par les parlementaires de la tenue symbolisée par le « pantalon rouge » et qui cite longuement le rapport du député Clémentel. Très apprécié également, la suite de l’article du général (2S) François sur le 80 de montagne aux colonies, celui de Stéphane Bonnaud sur « Le 27e BCC sur les ponts de l’Oise en mai 1940 » et l’originale contribution de Jean-Claude Latour et François Vauvillier sur « La ‘roulante’ au service du poilu » (années 1914-1915 en particulier).

 

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11 octobre 2012 4 11 /10 /octobre /2012 07:00

Jean Deuve

Christophe Carichon

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Une belle biographie qui éclaire de nombreux aspects de l'histoire militaire (et politique) de la France à partir de l'étude de la vie et de la carrière d'un homme qui a toujours fait preuve de la plus grande modestie.

  Jean Deuve est un véritable « héros de l’ombre » dans tous les sens du terme : par son parcours professionnel, mais aussi par son extraordinaire modestie. Elevé dans un milieu d’officiers de marine, catholique et nourri de pratiques scoutes dans son enfance et son adolescence, il entre en service comme officier de réserve au début de la Drôle de guerre. En mai-juin 1940, à la tête de sa section de coloniaux, au gré des ordres et des contre-ordres, il multiplie les étapes, vers le nord, vers l’ouest, vers le sud, jusqu’au village de Manre où son unité est quasiment détruite.

Après un bref séjour en ‘Zone libre’, c’est l’Afrique occidentale et le commandement d’un poste isolé dans le lointain Niger. Il y fait œuvre de géographe, de topographe, de zoologue et de linguiste : « Bientôt, il peut même se passer d’interprète … Au Niger, il est maintenant connu comme ‘celui qui lit les pieds’ et ‘l’homme aux serpents’ ». Il se lance aussi dans des activités militaires qui préparent ses futures responsabilités en Extrême-Orient : « Commencer à bâtir un réseau secret de partisans, anciens militaires si possible, les organiser, leur donner des consignes d’alerte et de mobilisation ». Au début de l’année 1944, il passe à la Force 136, aux Indes, émanation du SOE britannique, où son passé de scout est apprécié : « Quand nous hésitons entre deux hommes aussi aptes l’un que l’autre à diriger un groupe de guérilla, … nous choisissons celui qui a été scout ». Après de longs mois d’une dure formation, il est parachuté en janvier 1945 avec quelques uns de ses camarades sur le Laos.

Jean Deuve ne va pas quitter le pays jusqu’en 1964, où il se mariera et dont il devient le meilleur connaisseur français. Successivement maquisard, agent de renseignement, directeur de la police nationale (qu’il contribue à fonder), conseiller du gouvernement, il consacre sa vie entière au Laos pays pauvre, soumis aux pressions des puissances et qui éprouve de plus en plus de mal à conserver sa neutralité. Avant d’y exercer des responsabilités nationales, il devient le « protecteur » de la province de Paksane contre les Chinois et les communistes. A partir de cette forte expérience, il écrira en particulier une histoire de la Guérilla au Laos.

Il rentre ensuite en métropole et rejoint le SDECE, est pendant trois ans attaché militaire à Tokyo, retrouve Paris en 1968, poursuit sa carrière pendant une dizaine d’années et termine comme chef de toutes les structures de renseignement à l’étranger, adjoint direct d’Alexandre de Marenches. Il y suit toujours, en particulier, de très près l’action des maquis anti-communistes au Laos.

« Le 1er décembre 2008, dans sa 91e année, le colonel Jean Deuve meurt à l’hôpital de Granville ». Aucun représentant officiel parmi tous ceux qui l’accompagnent dans son dernier voyage : « Après tout, qu’importe que les représentants de la République ait oublié Deuve, les Lao de l’exil étaient là ».

Une belle biographie, accompagnée d’un solide appareil de notes, de plusieurs annexes et d’une belle bibliographie. A lire et à méditer.

Editions Artège, Perpignan, 2012, 304 pages. 18,90 euros.

ISBN : 978-2-36040-103-1

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11 octobre 2012 4 11 /10 /octobre /2012 06:55

Devenir combattant

Séminaire de l'Institut de recherche sur la guerre et la paix

PARIS I SORBONNE

Le programme du cycle 2012-2013 est désormais disponible (cliquer ici) et s'articulera, dans un esprit résolument pluridisciplinaire, autour de plusieurs thèmes : "Le cadre juridique", "Armée de conscription et armée de métier", "Volontariat et engagement", etc.

Les séances se dérouleront une fois par mois (17 octobre, 14 novembre, 12 décembre, 9 janvier 2013, etc., jusqu'au 6 juin 2013), le mercredi de 18h00 à 20h00 en salle Perroy, centre Sorbonne, 1 rue Victor Cousin, 75005 Paris.

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10 octobre 2012 3 10 /10 /octobre /2012 07:11

Ambition and Adversity

Army History  -  n° 85

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Au sommaire du dernier numéro d'Army History, périodique du Centre d'histoire militaire de l'armée américaine (disponible ici), un article tout-à-fait intéressant de Jean Bou sur la naissance et les (difficiles) conditions de développement d'une Force militaire australienne entre 1901 et 1914, alors que le grand Dominion du Pacifique accède peu à peu à l'autonomie. On constate qu'à partir d'un corps de volontaires et de réservistes, l'effort porte en particulier sur l'infanterie montée, une tradition conservée par l'Australie tout au long du XXe siècle.

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10 octobre 2012 3 10 /10 /octobre /2012 07:05

Mit Napoleon nach Russland

Journal de Joseph Deifel

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Ce livre, publié au printemps en Allemagne, nous permet d'accéder au "journal" d'un fantassin bavarois qui, comme quelques 30.000 de ses camarades, se trouve inséré dans la Grande Armée et participe à la campagne de Russie. Il est à cet égard particulièrement intéressant, pour le regard qu'un allié porte sur les Français eux-mêmes (dont une rencontre avec l'empereur en personne), sur sur sa propre armée bavaroise mais aussi sur l'armée russe qui leur est opposée et sur son environnement (paysages, villages, population locale, etc.).

Verlag Friedrich Pustet, Regensburg, 2012, 159 pages, 22 euros.

ISBN : 978-3-7917-2409-6

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10 octobre 2012 3 10 /10 /octobre /2012 07:00

Les 36 stratagèmes de la guerre électronique

Olivier Terrien

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Quand le passé le plus ancien croise les technologies les plus modernes. Dans son avant-propos, Olivier Terrien précise qu'il a voulu, "à l'instar d'un explorateur ouvrant la route des Amériques en cherchant celle des Indes", rédiger un ouvrage "le plus didactique possible"en associant un stratagème ancien à son application moderne "dans le siècle d'existence de l'électronique".

Reprenant le canevas ds 36 Stratagèmes de l'ancienne Chine, il illustre ces principes par des exemples allant d'avant la Première Guerre mondiale à la guerre du Golfe, tout en prévenant le lecteur qu'il ne trouvera dans ce volume "aucune solution toute faite. Chaque situation n'étant qu'un instant particulier dans une évolution permanente". Nous sommes invités à découvrir "derrière ces manifestations visibles, l'articulation logique de situations qui se reproduisent et se renouvellent sans cesse ... mais toujours dans un contexte différent". De "Eliminer un adversaire avec un couteau d'emprunt" à "Fuir devant un ennemi trop puissant", en passant par "Battre l'herbe pour réveiller le serpent", "Jeter une brique pour ramasser du jade", "Faire le simple non le fol" ou "Orner l'arbre avec une multitude de fleurs artificielles", l'ouvrage vaut déjà par la présentation de ces principes et leur première illustration par une anecdote de l'histoire chinoise. Puis, Olivier Terrien nous en présente "le pendant moderne", exemples où les événements plus ou moins connus des années 1930-1960 en particulier sont les plus nombreux.

Chaque chapitre est accompagné d'encarts, qui précisent tel ou tel point particulier, et l'on trouve en fin de volume une bibliographie intéressante, complétée de références aux sites web.

Bref, un livre qui se lit facilement, que l'on prendre, poser puis reprendre sans difficulté, chaque chapitre faisant autour de six pages. Mais aussi un livre dense, passionnant et qui fait réfléchir. Utilisé en complement d'ouvrages plus spécialisés sur l'art de la guerre et la stratégie, il passionnera sans nul doute de très nombreux lecteurs.

Oty-Productions, Le Chesnay, 2012, 239 pages, 18 euros.

ISBN : 978-2-9541996-0-3

L'auteur a ouvert un site dédié pour présenter et vendre son livre :

http://www.36stratagemes.com/fr/les-36-stratagemes

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Olivier Terrien a bien voulu répondre à quelques questions :

 

Question : Le rapport dans le même chapitre entre l'histoire ou l'anecdote tirée des récits de l'ancienne Chine et l'exemple récent de l'ère électronique peut sembler parfois un peu approximatif, comment avez-vous sélectionné « le pendant moderne » ?

Réponse : En écrivant ces 36 stratagèmes, mon premier objectif était de rester toujours compréhensible et autant que possible pédagogique pour tout lecteur néophyte en Electronique. Cet ouvrage de sensibilisation vise surtout à enrichir la réflexion des passionnés d’Histoire, à satisfaire la curiosité des non-spécialistes tout en suscitant l’intérêt des scientifiques soucieux de comprendre l’influence des évolutions technologiques. Découvrir ce domaine discret, complexe et néanmoins incontournable dans la compréhension des conflits récents n’entre donc pas dans une logique académique et, si approximation il y a, cette impression provient certainement de l'originalité de l'approche retenue pour acculturer le lecteur à cette Electronique omniprésente dans notre société ou notre quotidien.

En imaginant ces 36 chapitres, mon second objectif était d’illustrer l’essentiel du spectre aujourd’hui couvert par une Electronique prise au sens large : des radars aux radios, des ordinateurs aux téléphones, des télécoms au cyberespace, etc. Les rencontres et les échanges pour bâtir ces stratagèmes ont fait de ce projet une formidable aventure humaine. Grâce aux anecdotes de ces nombreux spécialistes, ce livre témoigne de la diversité des affrontements qui utilisent, se basent ou détournent l'Electronique et si approximation il y a, elle provient de mon désir de rester fidèle à tous ces auteurs tout en ouvrant leur travail au plus vaste public possible.

Question : Pensez-vous que ces 36 Stratagèmes conservent tous la même actualité ? Si vous ne deviez en retenir que 2 ou 3, lesquels choisiriez-vous et pourquoi ?

Réponse : Oui, tous les stratagèmes conservent une actualité. Pas la même bien sûr. Mais, pour tous, un intérêt certain. Si certaines des situations choisies peuvent sembler anciennes, elles illustrent des besoins qui existent toujours ou des risques qui perdurent encore. A l’instar des versions classiques des 36 Stratagèmes, ces anecdotes souhaitent provoquer la réflexion du lecteur sur les divers aspects de l'électronique. Elles ne constituent en aucun cas une fin en soi. Un exemple extrait du livre pour s’en rendre compte. En août 1914, W. Churchill fait couper les câbles sous-marins de l'Allemagne pour l'obliger à transmettre ses messages par ondes radio et ainsi les intercepter. Un siècle plus tard, les technologiques ont évolué mais l'essentiel du trafic téléphonique ou internet reste véhiculé par des câbles de communication. Que deviendrait l’économie d’un pays si son adversaire lui coupait une ou deux liaisons sous-marines ? Cet exemple montre bien que chaque situation est unique car les acteurs, les moyens, les conséquences sont différentes mais il démontre surtout que l'histoire est un éternel recommencement. Mon livre incite le lecteur à penser aux avantages, aux risques ou aux vulnérabilités du monde électronique qui l'entoure. Si la guerre électronique est la traduction moderne de principes connus depuis des siècles, il importe d'en proposer des approches adaptées au public d'aujourd'hui et cette nouvelle édition des 36 stratagèmes en est une possible.

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Question : Quelle est la part, dans votre livre, de la guerre électronique « classique » (interceptions et écoutes, brouillage, intrusion) et quel rôle peut-elle conserver face à l'explosion des supports électroniques ?

Réponse : La guerre électronique « classique » des radars, leurres, brouilleurs… représente effectivement une large part de mon livre et cela pour plusieurs raisons. Tout d'abord parce qu'elle reste d'actualité. En Libye, les matériels anti-aériens utilisés étaient d'origine ou de filiation soviétique. Les moyens « classiques » étaient donc pertinents. Ils devraient le rester tant les menaces « classiques » restent aujourd’hui présentes. Ensuite parce qu'elle met en œuvre des principes indémodables. A son époque, JF Fuller évoquait qu'à toute mesure offensive s'opposerait une contre-mesure défensive, elle-même bientôt dépassée par une contre-contre-mesure etc. La guerre électronique revit cet éternel combat entre le glaive et le bouclier. Aux brouilleurs contre les radars de combat succèdent ceux contre les radars d'imagerie. Aux intrusions dans les messages radios transmis aux pilotes de chasse se substituent les attaques contre les ordinateurs des postes de commandement. Les matériels évoluent mais ne rendent pas pour autant obsolètes les principes que mon livre illustrent par des anecdotes célèbres. Il me semble donc indispensable de les étudier.

Cependant, les références doivent s’adapter au public et c'est pourquoi j'ai tenu à élargir le propos classique en introduisant des exemples sur les attaques informatiques par clés USB, sur les dégâts du virus Stuxnet ou encore sur les écoutes de téléphones portables. Le principe que j’ai utilisé pour les 36 stratagèmes est simple : « comprendre aujourd'hui et envisager demain en (re)découvrant hier ». 

Question : Au bilan, comment évaluez-vous les capacités de la France dans ces domaines ? Quels sont, et pourquoi, les pays les plus en avance ?

Réponse : Chaque pays possède sa culture électronique. Si les Etats-Unis démontrent un goût indéniable pour les questions techniques, l’Europe décline des doctrines et des moyens différents. Il en va de même pour la Chine, la Russie encore Israël qui abordent ce sujet avec un angle qui leur est propre. C’est pourquoi j’ai repris tous ces acteurs dans mon ouvrage. Dans l’environnement électronique d’aujourd’hui, la France possède de nombreux atouts. Des forces militaires aguerries comme l'ont démontré les dernières opérations en Libye. Des champions industriels qui proposent de nombreuses innovations à chaque nouveau salon ou encore des filières universitaires qui sont enviées par d'autres pays. Ceci étant dit, la guerre terminée hier ne sera jamais celle de demain. Dans cette chaîne constituée d’une multitude de contributeurs, il faut sans cesse renforcer chacun des maillons car l’histoire enseigne que le plus faible cèdera en premier et risque d’emmener avec lui tout l’ensemble. Dans cette chaîne complexe, nombreux sont les non-spécialistes qui interviennent indirectement ou inconsciemment : les décideurs pour un budget, les étudiants pour un recrutement, les chercheurs pour une innovation… Ma modeste contribution est de rendre abordable ce monde passionnant mais souvent très/trop technique pour que chacun y comprenne sa contribution. Ces 36 Stratagèmes constituent un premier pas dans ce périple qu’est la découverte d’un nouveau monde, ici un monde électronique.

Merci Olivier Terrien pour toutes ces précisions et bonne lecture à tous.

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10 octobre 2012 3 10 /10 /octobre /2012 06:50

Verdun, l'effet de surprise

Tranchées  -  n° 11

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L’arrivée du nouveau Tranchées dans les kiosques est toujours un plaisir, mais le premier article de ce numéro d’octobre-décembre 2012 (pp. 8-17) laisse un goût un peu amer. Sous le titre « Lawrence d’Arabie, victorieux et trompé », l'auteur reprend tous les poncifs sur l’officier britannique, avec pour seule référence Les sept piliers de la sagesse, à bien des égards ouvrage qui reconstruit tous les événements pour assurer l’autopromotion du "héros". On s’attend presque à voir apparaître Peter O’Toole, mais le rapport avec la réalité des faits est parfois plus que lointain. De ce fait, on compte allègrement 3 à 5 « erreurs » par pages… Une nouvelle fois, on ne s’improvise pas spécialiste d’un sujet, surtout sans faire référence aux archives.

Les autres articles, dont la suite de celui de Franck Beauclerc sur les diversions allemandes au moment de Verdun, « L’effet de surprise, entre rumeurs et certitude » ; celui de Mathieu Geeagea sur « Le rôle du train dans la préparation de la bataille du Chemin des Dames » et la première partie de celui de Ph. Nicodème sur « Les dirigeables français au combat » nous séduisent bien davantage. Ces trois derniers sont en effet d’excellente facture et, comme toujours, accompagnés d’une iconographie très adaptée.

Une suggestion : à quand un nouvel article, plus étoffé et mieux référencé, présentant à la fois la réalité du rôle de Lawrence en Arabie, celui de la Mission militaire française du Hedjaz, beaucoup plus significatif, et la réalité des opérations militaires sur le terrain durant cette période ?

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9 octobre 2012 2 09 /10 /octobre /2012 07:15

La conquête de l'empire colonial français

Champs de bataille thématique  -  n° 28

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Le sentiment inspiré par le dernier numéro (voir ici) se confirme.

En reconnaissant dans son éditorial que « la place manque dans un seul thématique, même porté à 116 pages, pour traiter dans le détail un sujet d’une telle ampleur », Jean-Philippe Liardet voit juste. Mais, dans le même éditorial, l’affirmation suivante l’est nettement moins : « la France, obnubilée par la menace allemande » se serait taillé « un empire presque sans le vouloir à l’initiative d’explorateurs et de conquérants ». Même si l’image idéalisée d’officiers se lançant de leur propre initiative à la conquête du continent noir peut faire rêver, cette idée reçue si souvent répétée est clairement contredite par les publications de référence récentes : à Paris, le pouvoir politique et les parlementaires influents suscitent et contrôlent les opérations de conquête.

Organisé en six articles principaux, entrecoupé de planches d’uniformes bienvenues, ce numéro propose une maquette aérée et de larges illustrations. Il en résulte un vrai confort et plaisir de lecture, mais cela a pour conséquence de la place consacrée au texte ( entre un tiers et la moitié de la pagination totale) est d’autant plus réduite, et donc que les raccourcis beaucoup trop rapides se multiplient (par exemple, dès l’introduction, ce n’est pas « avec la perte de l’Alsace-Lorraine [que] l’équilibre démographique est rompu » entre la France et l’Allemagne : y aurait-il une quinzaine de millions d’habitants en Alsace-Lorraine ?). Par ailleurs, la part effective réellement prise par certaines unités dans ces différentes campagnes n’a pas toujours été ce que le grand public a conservé en mémoire et l’on ne saurait ignorer le rôle des métropolitains constitués en régiments « de marche » ou « de circonstance », sans compter les officiers « longues capotes » envoyés outre-mer à titre individuel. Or la Légion est absolument sur-représentée dans le récit qui est fait de nombreux épisodes de la conquête, évocation souvent reconstruite d’une réalité moins tranchée.

Bref, comme le comprend le rédacteur en chef, et comme nous l’évoquions déjà lors de la recension du dernier numéro thématique, « qui trop embrasse mal étreint ». S’il vous plaît, moins d’ampleur dans le cadre spatial et temporel des prochains numéros thématiques, pour permettre de traiter plus à fond les sujets. Ce bon magazine, apprécié, y gagnera.

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Qui Suis-Je ?

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  • : Guerres et conflits XIXe-XXIe s. se fixe pour objectif d’être à la fois (sans prétendre à une exhaustivité matériellement impossible) un carrefour, un miroir, un espace de discussions. Sans être jamais esclave de la « dictature des commémorations », nous nous efforcerons de traiter le plus largement possible de toutes les campagnes, de tous les théâtres, souvent dans une perspective comparatiste. C’est donc à une approche globale de l’histoire militaire que nous vous invitons.
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Cafés historiques de La Chouette

Prochaine séance : pour la rentrée de septembre. Le programme complet sera très prochainement mis en ligne.

Publications personnelles

Livres

 

doumenc-copie-1.jpgLa Direction des Services automobiles des armées et la motorisation des armées françaises (1914-1918), vues à travers l’action du commandant Doumenc

Lavauzelle, Panazol, 2004.

A partir de ma thèse de doctorat, la première étude d’ensemble sur la motorisation des armées pendant la Première Guerre mondiale, sous l’angle du service automobile du GQG, dans les domaines de l’organisation, de la gestion et de l’emploi, des ‘Taxis de la Marne’ aux offensives de l’automne 1918, en passant par la ‘Voie sacrée’ et la Somme.

 

La mobilisation industrielle, ‘premier front’ de la Grande Guerre ? mobil indus

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2005 (préface du professeur Jean-Jacques Becker).

En 302 pages (+ 42 pages d’annexes et de bibliographie), toute l’évolution industrielle de l’intérieur pendant la Première Guerre mondiale. Afin de produire toujours davantage pour les armées en campagne, l’organisation complète de la nation, dans tous les secteurs économiques et industriels. Accompagné de nombreux tableaux de synthèse.

 

colonies-allemandes.jpgLa conquête des colonies allemandes. Naissance et mort d’un rêve impérial

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2006 (préface du professeur Jacques Frémeaux).

Au début de la Grande Guerre, l’empire colonial allemand est de création récente. Sans continuité territoriale, les différents territoires ultramarins du Reich sont difficilement défendables. De sa constitution à la fin du XIXe siècle à sa dévolution après le traité de Versailles, toutes les étapes de sa conquête entre 1914 et 1918 (388 pages, + 11 pages d’annexes, 15 pages de bibliographie, index et cartes).

 

 caire damasDu Caire à Damas. Français et Anglais au Proche-Orient (1914-1919)

 14/18 Editions, Saint-Cloud, 2008 (préface du professeur Jean-Charles Jauffret).

Du premier au dernier jour de la Grande Guerre, bien que la priorité soit accordée au front de France, Paris entretient en Orient plusieurs missions qui participent, avec les nombreux contingents britanniques, aux opérations du Sinaï, d’Arabie, de Palestine et de Syrie. Mais, dans ce cadre géographique, les oppositions diplomatiques entre ‘alliés’ sont au moins aussi importantes que les campagnes militaires elles-mêmes.

 

hte silesieHaute-Silésie (1920-1922). Laboratoire des ‘leçons oubliées’ de l’armée française et perceptions nationales

‘Etudes académiques », Riveneuve Editions, Paris, 2009.

Première étude d’ensemble en français sur la question, à partir du volume de mon habilitation à diriger des recherches. Le récit détaillé de la première opération civilo-militaire moderne d’interposition entre des factions en lutte (Allemands et Polonais) conduite par une coalition internationale (France, Grande-Bretagne, Italie), à partir des archives françaises et étrangères et de la presse de l’époque (381 pages + 53 pages d’annexes, index et bibliographie).

 

cdt armee allde Le commandement suprême de l’armée allemande 1914-1916, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général von Falkenhayn 

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Le texte original de l’édition française de 1921 des mémoires de l’ancien chef d’état-major général allemand, accompagné d’un dispositif complet de notes infrapaginales permettant de situer les lieux, de rappeler la carrière des personnages cités et surtout de comparer ses affirmations avec les documents d’archives et les témoignages des autres acteurs (339 pages + 34 pages d’annexes, cartes et index).

 

chrono commChronologie commentée de la Première Guerre mondiale

Perrin, Paris, 2011.

La Grande Guerre au jour le jour entre juin 1914 et juin 1919, dans tous les domaines (militaire, mais aussi politique, diplomatique, économique, financier, social, culturel) et sur tous les fronts. Environ 15.000 événements sur 607 pages (+ 36 pages de bibliographie et d’index).

 

 Les secrets de la Grande Guerrecouverture secrets

Librairie Vuibert, Paris, 2012.

Un volume grand public permettant, à partir d’une vingtaine de situations personnelles ou d’exemples concrets, de remettre en lumière quelques épisodes peu connus de la Première Guerre mondiale, de la question du « pantalon rouge » en août 1914 à l’acceptation de l’armistice par von Lettow-Vorbeck en Afrique orientale, après la fin des hostilités sur le théâtre ouest-européen.

 

Couverture de l'ouvrage 'Mon commandement en Orient'Mon commandement en Orient, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général Sarrail

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2012

Le texte intégral de l'édition originale, passé au crible des archives publiques, des fonds privés et des témoignages des acteurs. Le récit fait par Sarrail de son temps de commandement à Salonique (1915-1917) apparaît véritablement comme un exemple presque caricatural de mémoires d'autojustification a posteriori

 

 

Coordination et direction d’ouvrages

 

Destins d’exception. Les parrains de promotion de l’Ecole Spéciale Militaire de Saint-Cyr

SHAT, Vincennes, 2002.

Présentation (très largement illustrée, 139 pages) des 58 parrains qui ont donné leur nom à des promotions de Saint-Cyr, entre la promotion « du Prince Impérial » (1857-1858) et la promotion « chef d’escadrons Raffalli » (1998-2001).

 

fflLa France Libre. L’épopée des Français Libres au combat, 1940-1945

SHAT, Vincennes et LBM, Paris, 2004.

Album illustré présentant en 191 pages l’histoire et les parcours (individuels et collectifs) des volontaires de la France Libre pendant la Seconde guerre mondiale.

 

marque courageLa marque du courage

SHD, Vincennes et LBM, Paris, 2005.

Album illustré présentant en 189 pages l’histoire des Croix de Guerre et de la Valeur Militaire, à travers une succession de portraits, de la Première Guerre mondiale à la Bosnie en 1995. L’album comporte en annexe une étude sur la symbolique, les fourragères et la liste des unités d’active décorées.

 

  90e anniversaire de la Croix de guerre90-ANS-CROIX-DE-GUERRE.jpg

SHD, Vincennes, 2006.

Actes de la journée d’études tenue au Musée de l’Armée le 16 novembre 2005. Douze contributions d’officiers historiens et d’universitaires, français et étrangers, de la naissance de la Croix de guerre à sa perception dans la société française, en passant les décorations alliées similaires et ses évolutions ultérieures.

 

france grèceLes relations militaires franco-grecques. De la Restauration à la Seconde guerre mondiale 

SHD,Vincennes, 2007.

Durant cette période, les relations militaires franco-grecques ont été particulièrement intenses, portées à la fois par les sentiments philhellènes qui se développent dans l’hexagone (la France est l’une des ‘Puissances protectrices’ dès la renaissance du pays) et par la volonté de ne pas céder d’influence aux Anglais, aux Allemands ou aux Italiens. La campagne de Morée en 1828, l’intervention en Crète en 1897, les opérations en Russie du Sud  en 1919 constituent quelques uns des onze chapitres de ce volume, complété par un inventaire exhaustif des fonds conservés à Vincennes.

 

verdunLes 300 jours de Verdun

Editions Italiques, Triel-sur-Seine, 2006 (Jean-Pierre Turbergue, Dir.).

Exceptionnel album de 550 pages, très richement illustré, réalisé en partenariat entre les éditions Italiques et le Service historique de la Défense. Toutes les opérations sur le front de Verdun en 1916 au jour le jour.

 

DICO-14-18.jpgDictionnaire de la Grande Guerre

(avec François Cochet), 'Bouquins', R. Laffont, 2008.

Une cinquantaine de contributeurs parmi les meilleurs spécialistes de la Grande Guerre, 1.100 pages, 2.500 entrées : toute la Première Guerre mondiale de A à Z, les hommes, les lieux, les matériels, les opérations, les règlements, les doctrines, etc.

 

fochFerdinand Foch (1851-1929). Apprenez à penser

(avec François Cochet), 14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Actes du colloque international tenu à l’Ecole militaire les 6 et 7 novembre 2008. Vingt-quatre communications balayant tous les aspects de la carrière du maréchal Foch, de sa formation à son héritage dans les armées alliées par des historiens, civils et militaires, de neuf nations (461 pages + 16 pages de bibliographie).

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