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19 mars 2021 5 19 /03 /mars /2021 00:01

De Staline à Hitler

Mémoires d'un ambassadeur

Robert Coulondre

Après l'heureuse publication en 2016 des "Souvenirs d'une ambassade" d'André François-Poncet (ici), les éditions Perrin récidivent avec ces mémoires de Robert Coulondre qui fut, dans la deuxième moitié des années 1930, successivement ambassadeur de France à Moscou puis à Berlin. Un témoignage majeur, indispensable.

D'URSS (d'octobre 1936 à octobre 1938), il tente de convaincre Paris de l'importance de resserrer les liens avec Moscou, sans ignorer ni les exactions de la police politique, ni les grandes purges staliniennes. Cette partie se termine sur les Accords de Munich, à l'issue desquels Coulondre est nommé à Berlin. Reçu à plusieurs reprises par Hitler, entretenant des relations régulières avec tous les personnages importants du régime, il poursuit l'oeuvre de son prédécesseur, sans illusion sur le régime et avec une vraie clairvoyance. Même s'il est un partisan sincère de la paix, il défend fermement les positions de la France. Au lendemain de l'occupation de Prague, il écrit : "Hitler est bien tel que je le redoutais. Les apparences, son apparence, ont pu donner le change. Mieux que quiconque, je comprends que beaucoup l'aient vu jusqu'ici tel qu'il paraissait être. Aujourd'hui, il a jeté le masque ; seuls, ceux qui n'osent pas regarder peuvent encore ne pas le voir tel qu'il est : un gangster chef du plus puissant Etat d'Europe". Il quitte le IIIe Reich le 4 septembre, et Robert Coulondre consacre le dernier chapitre de ses souvenirs à tenter de définir la personnalité d'Hitler.

Un témoignage de première main, certes rédigé cinq ans après la fin de la Seconde guerre mondiale, mais absolument indispensable en parallèle d'autres Mémoires pour quiconque s'intéresse aux années 1930. Très vivement conseillé.

Perrin, Paris, 2021, 378 pages, 23,- euros.

ISBN : 978-2-262-09487-4.

Pour commander directement le livre : ici.

De Moscou à Berlin
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29 novembre 2020 7 29 /11 /novembre /2020 00:01

Un ambassadeur russe à Paris

Alexandre Orlov

Issu d'un milieu privilégié au sein de la nomenklatura communiste, formé dans les meilleures écoles et instituts soviétiques, Alexandre Orlov raconte presque un demi-siècle de relations franco-soviétiques puis franco-russes : "Mon premier poste diplomatique fut, en 1971, Paris. Tous les postes suivants, qu'ils fussent en France ou en Russie, furent consacrés aux relations franco-russes".

Il nous présente ainsi un aspect des rapports entre Pompidou et Brejnev, Mitterrand et Gorbatchev, Chirac et Eltsine, Sarkozy - Hollande et Poutine. Au fil des années, il participe également à d'importantes conférences internationales et l'on a ainsi quelques lignes sur les négociations START de limitation des armements nucléaires. Il évoque les expulsions de diplomates soviétiques sous Mitterrand, la notion de maison commune européenne et les rapports OTAN / Défense européenne. Il nous parle aussi du Conseil de l'Europe où il a été en poste au tournant des années 2000 et donne son sentiment sur la désignation de Poutine par Eltsine pour lui succéder : "Plus j'y pense et plus j'en viens à la conclusion que ce choix a été providentiel : c'st le bon Dieu qui a voulu sauver la Russie du chaos, de l'effondrement économique, politique et moral qui a suivi la disparition de l'Union soviétique". Si cet avis est partagé dans le peuple russe, voilà qui explique peut-être en partie la longévité de Poutine au pouvoir. Il revient également sur l'affaire des navires Mistral commandés par la Russie à la France, contrat signé en 2011, et raconte comment Hollande ("le président décevant") a finalement refusé de les livrer après avoir promis qu'il le ferait : "Ce fut un exemple parmi d'autres de l'inconséquence du président François Hollande dans ses relations avec la Russie". Il raconte également le cadeau d'un immense sapin de Noël à la mairie de Paris, certaines des manifestations organisées pour l'année France/Russie et n'oublie pas les conversations plus sensibles de 2011 sur le dossier libyen. La dégradation des relations entre les deux pays sous la présidence Hollande n'empêche pas la tenue par la suite de "l'année Pierre le Grand" et quelques mots élogieux pour Macron. Le livre se termine, de façon plus anecdotique quand même, sur quelques pages relatives aux relations entre la minuscule principauté de Monaco et l'immense Russie et Alexandre Orlov conclue cette autobiographie en rappelant qu'il a exercé son métier de diplomate par passion, mais aussi en travaillant beaucoup : "J'appartiens à cette vieille école de la diplomatie russe qui formait de vrais experts en la matière, des spécialistes qui connaissaient à fond les problèmes ou les pays dont ils s'occupaient. A ces connaissances que je n'arrêtais pas d'approfondir toute ma vie, j'ajoutais un supplément d'âme qui m'ouvrait le coeur des Français".

Un témoignage tout à fait intéressant et particulièrement agréable à lire.

Fayard, Paris, 2020, 268 pages, 20,- euros.

ISBN : 978-2-213-71308-3.

Pour commander directement le livre : ici.

Un ami russe
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18 novembre 2020 3 18 /11 /novembre /2020 00:01

Mémoires d'Orient

Le soleil ne se lève plus à l'Est

Bernard Bajolet

Voici les souvenirs de carrière d'un ambassadeur qui a consacré de nombreuses années à des postes dans le monde arabo-musulman et sept années à des fonctions de responsabilité nationale dans le renseignement.

Réédition en format poche d'un volume initialement paru en 2018, le livre s'ouvre sur une série d'entretiens entre Bernard Bajolet et le président Chirac sur l'islam et les rapports entre sunnites et chiites, puis sur quelques pages relatives aux communautés des Mandéens-Sabéens et des Yézidis en Irak, aux juifs en terre musulmane et aux Chrétiens d'Orient à partir de rencontres sur le terrain, ce qui donne le ton du volume basé sur une profonde et solide expérience.  Il nous aide ainsi à mieux comprendre des pays comme l'Irak, la Syrie, la Jordanie, Israël et les territoires palestiniens ; mais aussi la Bosnie entre 1999 et 2003 (il note : "L'absence de pilotage parisien m'amènerait à prendre des initiatives pour lesquelles je ne recevrais quasiment jamais l'appui des bureaux"), avec la question des criminels de guerre dans un pays profondément divisé. Il nous fit suivre une grande partie de la guerre civile en Irak ainsi que la naissance et le développement de l'Etat islamique à partir de son poste à Bagdad avec un réalisme marqué (un appel téléphonique de Dominique de Villepin : "Bon, on a les deux pieds dans la merde"), rappelle ce que sont les relations franco-algériennes ("Elles sont foiroteuses", selon Chirac) et cite une de ses dernières notes d'Alger : "L'Algérie est comme frappée d'une sorte de malédiction : elle a tous les atouts pour réussir ... mais elle n'arrive pas à en tirer parti, car cette même richesse est gaspillée ou accaparée, quasiment depuis l'indépendance, par une nomenclature indéboulonnable et qui se renouvelle par cooptation". Les officiels algériens peuvent toujours ensuite accuser l'ancienne puissance coloniale... L'avant-dernière partie est consacrée à son poste à Kaboul de 2011 à 2013, où il est nommé par le président Sarkozy après avoir été coordinateur national du renseignement. L'ultime chapitre traite des affaires d'otages auxquelles il a été confronté et aux enseignements qu'il tire de leur résolution.

En résumé, un livre "de poche" dense et riche, facile à lire, plein d'anecdotes, de portraits, de situations humaines décrites d'un style vif. Un volume qui passionnera tous ceux qui s'intéressent à la place et au rôle de la France dans ces régions.

'Tempus', Perrin, 2020, 467 pages, 9,- euros.

ISBN : 978-2-262-08058-7.

Pour commander directement le livre : ici.

Un ambassadeur en Orient
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27 octobre 2020 2 27 /10 /octobre /2020 00:01

Le plan Marshall

Benn Steil

Imposante étude d'histoire diplomatique et économique qui concerne au premier chef les Etats européens, dont la France, après 1945.

Confrontés à l'expansion du communisme international d'une part et à la faiblesse de leurs alliés occidentaux épuisés par la guerre, les Américains mettent sur pied un plan massif d'aide à la reconstruction, dont le but est d'arrêter la progression de Staline vers l'ouest européen. Autour de la question cruciale de l'avenir des zones d'occupation des vainqueurs en Allemagne, l'auteur, en s'appuyant sur les archives diplomatiques des pays concernés et en laissant une large place aux témoignages des acteurs, revient d'abord sur les conférences et rencontres internationales antérieures à la rupture effective entre Ouest et Est, puis Benn Steil raconte la genèse du plan Marshall ("Notre politique n'est dirigée contre aucun pays ou contre aucune doctrine, mais contre la faim, la pauvreté, le désespoir et le chaos ... Son objectif doit être la renaissance d'une économie du travail dans le monde de manière à permettre l'émergence de conditions sociales et politiques dans lesquelles des institutions libres peuvent exister"). Il s'attache ensuite avec une très grande précision à décrire sa constitution aux Etats-Unis (avec les débats politiques intérieurs correspondants), son déploiement en Europe de l'Ouest et les efforts de Moscou pour que les nations de l'Est européen en refusent finalement le bénéfice. Du côté soviétique, le rôle de Molotov est particulièrement mis en valeur. Berlin et le pont aérien figurent bien sûr parmi les préoccupations de l'auteur, qui s'efforce cependant surtout d'établir un bilan de l'efficacité du plan (dans son ensemble et par pays, les données chiffrées sont regroupées dans des tableaux récapitulatifs en annexe). Ce plan ambitieux, visionnaire et réussi sanctionne aussi la division de l'Europe en deux, ouvre la voie aux créations ultérieures de l'OTAN puis de l'Union européenne, et marque aussi durablement les esprits.

Une étude dense, aux très nombreuses références dont témoignent les multiples notes reportées en fin de volume. Un ouvrage sans équivalent à ce jour nous semble-t-il et qui doit figurer dans toute bibliothèque bien tenue sur l'histoire du XXe siècle.    

Les Belles Lettres, Paris, 2020, 672 pages. 26,90 euros.

ISBN : 978-2-251-45134-3.

RECONSTRUIRE
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31 mars 2020 2 31 /03 /mars /2020 00:05

Apaiser Hitler

Tim Bouverie

La politique (trop) longtemps suivie par les dirigeants français et britanniques de concessions à Hitler entre 1933 et 1939 est au cœur de ce livre. A partir des archives de Londres, Paris et Berlin comme à partir des journaux et témoignages des acteurs, Tim Bouverie replace systématiquement les évènements dans le contexte de l'époque.

Face à Hitler qui ne cesse de protester de sa volonté pacifique tout en multipliant les "dernières" revendications, les dirigeants français et anglais, représentants de peuples profondément marqués par le coût humain de la Grande Guerre (le "Plus jamais ça !" et la "Der des Ders")), tentent de faire entendre raison au Führer, en se contentant souvent d'affirmations rassurantes. L'auteur nous entraîne au cœur des opérations de séduction menées par l'Allemagne (à l'occasion des jeux olympiques de 1936 par exemple), dans le dédale des conversations plus ou moins informelles entre diplomates et représentants des trois pays (en ajoutant ponctuellement l'Italie, dont l'alliance est recherchée par les Occidentaux comme par le Reich). Il nous détaille les cas de conscience de quelques uns et la naïveté de beaucoup comme lors des accords de Munich ("De manière cruciale pour la suite, les accords de Munich persuadèrent Hitler que les puissances occidentales ne se battraient jamais contre lui et continueraient à accepter ses demandes"). La crise du corridor de Dantzig, qui fait suite à celle des Sudètes, voit en quelque sorte le "baroud d'honneur" des partisans de "l'apaisement", les tractations des uns et des autres avec l'URSS, le coup de poker raté des garanties accordes à la Pologne et bientôt le remplacement de Chamberlain par Churchill.

Un volume tout particulièrement intéressant, agréable à lire et riche sur le fond, qui se termine par plus de vingt pages de bibliographie, souvent en anglais. Au-delà, un enseignement sur l'inutilité de ce type de politique face à de tels ennemis...

Flammarion, Paris, 2019, 665 pages, 29,- euros.

ISBN : 978-2-0814-9612-5.

Jeu de dupes
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9 mars 2020 1 09 /03 /mars /2020 00:05

La guerre inéluctable

Les chefs militaires français et la politique étrangère, 1935-1939

Simon Catros

Le sujet est essentiel car, à l'automne 1939, dans une sorte d'inventaire à la Prévert, les dirigeants français derrière Gamelin ajoutent les divisions turques aux grecques, aux roumaines, aux yougoslaves pour se persuader que les "Alliés" disposent de davantage de soldats et de matériels que les Allemands… Par ailleurs, on sait que la distorsion entre les choix diplomatiques et les capacités militaires expliquent en grande partie l'abandon à deux reprises de la Tchécoslovaquie. La question est donc d'importance.

Simon Catros a divisé son étude en neuf grands chapitres. Il s'intéresse d'abord aux états-majors généraux des trois armées (cette approche comparative interarmées est indiscutablement l'une des forces de l'ouvrage, même si l'Armée -de Terre- est indiscutablement la plus importante), à leurs structures et à leur fonctionnement, puis au rôle des militaires dans l'élaboration de la politique étrangère. Si l'auteur scande bien les différentes périodes et souligne les innovations utiles, il se montre à notre sens un peu trop optimiste sur la réalité de cette influence. Les chapitres qui suivent (3 à 5) sont consacrés à la perception, via les services de renseignement, des principaux acteurs sur la scène internationale : l'Allemagne, bien sûr, mais aussi l'Italie, le Royaume-Uni, la Belgique, la Tchécoslovaquie, la Pologne, les Etats balkaniques et l'URSS. La surévaluation constante de la puissance allemande est une réalité, et l'on aurait pu insister sur la place des décisions britanniques dans les choix français. La dernière partie (chap. 6 à 9) traite de la période 1936-1939, de la remilitarisation de la Rhénanie aux déclarations de guerre, avec des points forts (la crise avec l'Italie, la guerre d'Espagne, l'affaire des Sudètes) et d'autres moins convaincants (la Rhénanie, l'alliance avec la Turquie, les projets de front de revers avec l'URSS). Tout en redonnant une vraie place aux états-majors généraux et à leurs chefs et en pointant un certain nombre de disfonctionnements, le livre nous laisse donc sur notre faim sur certains points. On doit cependant reconnaître son imposant appareil de notes de référence et la longue liste finale des archives consultées, autant de pistes ouvertes pour ceux qui veulent creuser davantage tel ou tel aspect.

Un volume d'autant plus important que le sujet n'avait pas encore été traité sous cet angle pour le grand public. Une étude indispensable dans toute bibliothèque sur les années d'avant-Seconde guerre mondiale.

Presses universitaires de Rennes, 2020, 291 pages, 25,- euros.

ISBN : 978-2-7535-7876-0.

MILITARO-DIPLOMATIQUE
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6 juillet 2018 5 06 /07 /juillet /2018 06:00

1940 - 1969
De Gaulle face aux Américains

Daniel Pierrejean

On sait que le général De Gaulle, très sourcilleux en matière d'indépendance nationale et de souveraineté, a toujours entretenu des relations compliquées avec les Etats-Unis. Ce livre en raconte l'essentiel, de la Seconde guerre mondiale à son départ du pouvoir au soir de sa vie.

Les moments les plus conflictuels se situent sans doute parmi les évènements des années 1940-1942, tant que la fiction d'une zone libre donne une apparence de légitimité au régime de Vichy, mais les difficultés se poursuivent et l'on sait que Roosevelt contestait encore en 1944 sa représentativité à De Gaulle, et prévoyait l'occupation militaire de la France après le débarquement. Au début de la guerre d'Indochine également, lorsque la France s'efforce de reprendre pied en Extrême-Orient, le président américain veut en chasser les Français et met l'OSS en soutien d'Hô Chi Minh. La situation semble se normaliser avec la fin des guerres de décolonisation et la polarisation du monde autour de la guerre froide, mais la volonté gaulliste d'exprimer une voie originale dans le concert des nations n'est pas sans poser de problèmes. La question de la maîtrise de l'arme nucléaire et de l'intégration dans l'OTAN ouvre la dernière crise majeure, sanctionnée en 1966 par le retrait de la France du commandement militaire intégré.

Le dernier chapitre s'ouvre sur cette phrase du président Nixon : "De Gaulle n'a pas besoin de monument. Il est lui-même un monument et la France est son monument". L'histoire se termine sur une forme d'apaisement (de façade ?). Un livre qui revient sur une période d'histoire de France qui a directement contribué à façonner ce que nous sommes encore aujourd'hui.

Editions Sutton, Tours, 2017, 284 pages, 18,- euros.

ISBN : 978-2-8138-1023-6.

Un pays digne de ce nom ...
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18 avril 2016 1 18 /04 /avril /2016 06:00

 

Le Conseil de sécurité des Nations Unies

Entre impuissance et toute puissance

Alexandra Novosseloff (Dir.)

En associant dix-sept autres contributeurs, enseignants, doctorants ou diplomates pour la plupart, Alexandra Novosseloff a pu assurer une couverture extrêmement large du sujet, y compris par des praticiens.

 La première partie pose heureusement le cadre général en rappelant comment fonctionne le Conseil de sécurité, le processus d'adoption des résolutions et quelles ont été ses décisions depuis vingt-cinq ans. La seconde et la troisième parties intéresseront directement ceux qui travaillent sur les questions militaires avec la question du recours à la force armée (2e partie) et des opérations de maintien de la paix (3e partie). Pas de longues études de cas particuliers ici, mais des textes d'explication et de synthèse faisant ressortir le difficile passage des principes à l'action concrète et, par exemple, les critères pour la mise à disposition de troupes par les pays contributeurs. La quatrième partie, émergente en quelque sorte, nous parle en une seule longue contribution de presque quarante pages, de la question du droit international humanitaire et des droits de l'homme. La cinquième traite du sujet récurrent (véritable serpent de mer) de la réforme du Conseil de sécurité, avec un "état de la question" qui n'oublie pas la délicate question du maintien du droit de veto ... pour la France. La transition est ainsi assurée avec la sixième et dernière partie qui fait un point assez complet des relations et rapports entre Paris et le Conseil, à la fois dans la conception que la France se fait de son rôle et dans la contribution qu'elle lui apporte. Les annexes sont à la fois pragmatiquement utiles (liste des décisions adoptées depuis 25 ans, liste des membres non permanents), l'index des acronymes est parfois bien utile et le seul bémol tiendrait éventuellement à la relative brièveté de la bibliographie finale.

Un véritable outil de travail, très complet et d'une réelle densité, indispensable à tout étudiant en relations international et dont la lecture sera extêmement utile à tous ceux qui seront amenés à travailler avec l'ONU.

'Biblis', CNRS éditions, 2016, 421 pages, 10,- euros.

ISBN : 978-2-271-08684-6.

Omnipotent et impuissant ?
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17 février 2016 3 17 /02 /février /2016 06:00

Diplomates

Dans le secret de la négociation

Paul Dahan

Un petit volume intéressant, en format poche, visant à présenter la réalité des négociations internationales grâce au témoignage des acteurs.

Comme le précise l'auteur dans sa préface, "cette présentation n'a donc rien d'une approche scientifique et objective", mais il identifie quelques principes fondamentaux : "la supériorité du diplomate ne vient-elle pas de ce qu'il ne vise que des objectifs limités dans le champ du possible". Rappelant la formule de Talleyrand ("Ecouter, ne jamais être arrogant, être tout simplement poli"), Paul Dahan classe les témoignages recueillis en trois grandes catégories en élargissant au fur et à mesure la focale : "La négociation biltérale", "La négociation bilatérale multinationale" et "La négociation multilatérale universelle". Les dix témoignages portent ainsi sur les négociations franco-américaines de 2001 ou le nucléaire iranien, sur l'OSCE ou le Service européen pour l'action extérieure, sur le conseil de sécurité de l'ONU et son assemblée générale. L'ouvrage est plaisant, et l'on serait presque porté à croire leurs propos. Un bémol de taille néanmoins (mais qui prouve que je ne suis pas diplomate) : les bilans sont soit très mitigés (le bilan du Service européen...) soit très, très longs à obtenir sans réelle garantie définitive (les négociations sur le nucléaire iranien). Par contre, tout l'intérêt du livre tient aux témoignages eux-mêmes, aux réalités qu'ils évoquent, et en cela l'ouvrage est parfaitement complémentaire des études plus ou moins théorique de droit international ou de principe des négociations, avec cette évidence qui in fine s'impose : "Les relations internationales ne connaissent pas l'équité. Elles sont menées par des rapports de force, dont la brutalité est simplement parfois modérée par la Charte des Nations unies".

'Biblis', CNRS Editions, 2016, 250 pages, 10,- euros.
ISBN : 978-2-271-08970-0.

Négocier
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27 janvier 2016 3 27 /01 /janvier /2016 06:00

Souvenirs d'une ambassade à Berlin

1931-1938

André François-Poncet

Cette réédition d'un livre qui (à notre connaissance) n'a pas été republié depuis 70 ans mérite d'être soulignée, car il nous place "aux premières loges" pour la fin de la république de Weimar, la mise en place du régime national-socialiste et la marche vers la Seconde guerre mondiale.

Présentés et annotés par Jean-Paul Bled, ces souvenirs de l'ambassadeur de France à Berlin durant cette période charnière de l'histoire allemande et européenne méritaient en effet d'être remis à la disposition du grand public, et rappelés aux plus jeunes chercheurs. Il s'agit bien de "souvenirs", rédigés dès la fin de la guerre, et non pas de la retranscription d'un journal tenu au jour le jour avant celle-ci. Le sommaire est donc constitué sur une base thématique (même si la chronologie n'en est pas absente). Nous pouvons suivre, presque de l'intérieur grâce aux nombreuses conversations de François-Poncet avec des dirigeants allemands, l'échec annoncé de von Papen, puis ses illusions lorsqu'il favorise Hitler et le NSDAP en pensant naïvement pouvoir ultérieurement en tirer parti. Après l'accession au pouvoir du Führer en janvier 1933, la mise au pas de l'Allemagne commence immédiatement, en particulier au sein des ministères de l'Intérieur (Etat fédéral et Etats fédérés) et l'on a ici la confirmation que les différents diplomates en poste à Berlin échangent finalement beaucoup entre eux (des informations sur l'incendie du Reichstag parviennent à François-Poncet via l'ambassadeur soviétique). L'encadrement de la population allemande dans un étroit réseau d'associations n'a pas qu'un intérêt idéologique : "Le système offre pourtant deux avantages : il fournit des emplois, des grades, des traitements à beaucoup de gens, que l'intérêt, renforçant la conviction, rend solidaire du régime. En second lieu, il pénètre partout ; il diffuse partout les mots d'ordre venus d'en haut ; il transmet à l'échelon supérieur les faits observés, les réflexions recueillies en bas". En un mot, il contribue à la mise en place du système policier. On apprécie les "comptes rendus" que l'ambassadeur fait de ses entretiens avec Hitler (le plus souvent en présence de tierces personnes) et l'on observe qu'il fait de l'année 1934 "l'année cruciale" (question des SA -la "nuit des longs couteaux" dure trois jours-, mais aussi de von Papen, mort d'Hindenburg, etc.), à laquelle il consacre plus de 80 pages. De la "Reconstitution d'une armée allemande" à l'évolution des relations entre "Hitler et Mussolini", François-Poncet se révèle être un observateur à la fois attentif et pertinent de l'évolution du régime (au point que l'on peut se demander comment il était encore possible de douter à Paris). On reste un peu sur sa faim pour le sujet de la conférence et des accords de Munich, et il fait pour terminer le récit de son dernier entretien avec Hitler à l'automne 1938, avant de prendre le poste d'ambassadeur à Rome (compte rendu publié dès 1940 dans le Livre jaune français).

Un texte important, essentiel, pour quiconque s'intéresse à l'histoire europénne des années 1930.

Perrin, Paris, 2016, 509 pages, 24,- euros.

ISBN : 978-2-262-06111-1.

Avant la tempête
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Qui Suis-Je ?

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  • : Guerres et conflits XIXe-XXIe s. se fixe pour objectif d’être à la fois (sans prétendre à une exhaustivité matériellement impossible) un carrefour, un miroir, un espace de discussions. Sans être jamais esclave de la « dictature des commémorations », nous nous efforcerons de traiter le plus largement possible de toutes les campagnes, de tous les théâtres, souvent dans une perspective comparatiste. C’est donc à une approche globale de l’histoire militaire que nous vous invitons.
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Cafés historiques de La Chouette

Prochaine séance : pour la rentrée de septembre. Le programme complet sera très prochainement mis en ligne.

Publications personnelles

Livres

 

doumenc-copie-1.jpgLa Direction des Services automobiles des armées et la motorisation des armées françaises (1914-1918), vues à travers l’action du commandant Doumenc

Lavauzelle, Panazol, 2004.

A partir de ma thèse de doctorat, la première étude d’ensemble sur la motorisation des armées pendant la Première Guerre mondiale, sous l’angle du service automobile du GQG, dans les domaines de l’organisation, de la gestion et de l’emploi, des ‘Taxis de la Marne’ aux offensives de l’automne 1918, en passant par la ‘Voie sacrée’ et la Somme.

 

La mobilisation industrielle, ‘premier front’ de la Grande Guerre ? mobil indus

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2005 (préface du professeur Jean-Jacques Becker).

En 302 pages (+ 42 pages d’annexes et de bibliographie), toute l’évolution industrielle de l’intérieur pendant la Première Guerre mondiale. Afin de produire toujours davantage pour les armées en campagne, l’organisation complète de la nation, dans tous les secteurs économiques et industriels. Accompagné de nombreux tableaux de synthèse.

 

colonies-allemandes.jpgLa conquête des colonies allemandes. Naissance et mort d’un rêve impérial

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2006 (préface du professeur Jacques Frémeaux).

Au début de la Grande Guerre, l’empire colonial allemand est de création récente. Sans continuité territoriale, les différents territoires ultramarins du Reich sont difficilement défendables. De sa constitution à la fin du XIXe siècle à sa dévolution après le traité de Versailles, toutes les étapes de sa conquête entre 1914 et 1918 (388 pages, + 11 pages d’annexes, 15 pages de bibliographie, index et cartes).

 

 caire damasDu Caire à Damas. Français et Anglais au Proche-Orient (1914-1919)

 14/18 Editions, Saint-Cloud, 2008 (préface du professeur Jean-Charles Jauffret).

Du premier au dernier jour de la Grande Guerre, bien que la priorité soit accordée au front de France, Paris entretient en Orient plusieurs missions qui participent, avec les nombreux contingents britanniques, aux opérations du Sinaï, d’Arabie, de Palestine et de Syrie. Mais, dans ce cadre géographique, les oppositions diplomatiques entre ‘alliés’ sont au moins aussi importantes que les campagnes militaires elles-mêmes.

 

hte silesieHaute-Silésie (1920-1922). Laboratoire des ‘leçons oubliées’ de l’armée française et perceptions nationales

‘Etudes académiques », Riveneuve Editions, Paris, 2009.

Première étude d’ensemble en français sur la question, à partir du volume de mon habilitation à diriger des recherches. Le récit détaillé de la première opération civilo-militaire moderne d’interposition entre des factions en lutte (Allemands et Polonais) conduite par une coalition internationale (France, Grande-Bretagne, Italie), à partir des archives françaises et étrangères et de la presse de l’époque (381 pages + 53 pages d’annexes, index et bibliographie).

 

cdt armee allde Le commandement suprême de l’armée allemande 1914-1916, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général von Falkenhayn 

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Le texte original de l’édition française de 1921 des mémoires de l’ancien chef d’état-major général allemand, accompagné d’un dispositif complet de notes infrapaginales permettant de situer les lieux, de rappeler la carrière des personnages cités et surtout de comparer ses affirmations avec les documents d’archives et les témoignages des autres acteurs (339 pages + 34 pages d’annexes, cartes et index).

 

chrono commChronologie commentée de la Première Guerre mondiale

Perrin, Paris, 2011.

La Grande Guerre au jour le jour entre juin 1914 et juin 1919, dans tous les domaines (militaire, mais aussi politique, diplomatique, économique, financier, social, culturel) et sur tous les fronts. Environ 15.000 événements sur 607 pages (+ 36 pages de bibliographie et d’index).

 

 Les secrets de la Grande Guerrecouverture secrets

Librairie Vuibert, Paris, 2012.

Un volume grand public permettant, à partir d’une vingtaine de situations personnelles ou d’exemples concrets, de remettre en lumière quelques épisodes peu connus de la Première Guerre mondiale, de la question du « pantalon rouge » en août 1914 à l’acceptation de l’armistice par von Lettow-Vorbeck en Afrique orientale, après la fin des hostilités sur le théâtre ouest-européen.

 

Couverture de l'ouvrage 'Mon commandement en Orient'Mon commandement en Orient, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général Sarrail

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2012

Le texte intégral de l'édition originale, passé au crible des archives publiques, des fonds privés et des témoignages des acteurs. Le récit fait par Sarrail de son temps de commandement à Salonique (1915-1917) apparaît véritablement comme un exemple presque caricatural de mémoires d'autojustification a posteriori

 

 

Coordination et direction d’ouvrages

 

Destins d’exception. Les parrains de promotion de l’Ecole Spéciale Militaire de Saint-Cyr

SHAT, Vincennes, 2002.

Présentation (très largement illustrée, 139 pages) des 58 parrains qui ont donné leur nom à des promotions de Saint-Cyr, entre la promotion « du Prince Impérial » (1857-1858) et la promotion « chef d’escadrons Raffalli » (1998-2001).

 

fflLa France Libre. L’épopée des Français Libres au combat, 1940-1945

SHAT, Vincennes et LBM, Paris, 2004.

Album illustré présentant en 191 pages l’histoire et les parcours (individuels et collectifs) des volontaires de la France Libre pendant la Seconde guerre mondiale.

 

marque courageLa marque du courage

SHD, Vincennes et LBM, Paris, 2005.

Album illustré présentant en 189 pages l’histoire des Croix de Guerre et de la Valeur Militaire, à travers une succession de portraits, de la Première Guerre mondiale à la Bosnie en 1995. L’album comporte en annexe une étude sur la symbolique, les fourragères et la liste des unités d’active décorées.

 

  90e anniversaire de la Croix de guerre90-ANS-CROIX-DE-GUERRE.jpg

SHD, Vincennes, 2006.

Actes de la journée d’études tenue au Musée de l’Armée le 16 novembre 2005. Douze contributions d’officiers historiens et d’universitaires, français et étrangers, de la naissance de la Croix de guerre à sa perception dans la société française, en passant les décorations alliées similaires et ses évolutions ultérieures.

 

france grèceLes relations militaires franco-grecques. De la Restauration à la Seconde guerre mondiale 

SHD,Vincennes, 2007.

Durant cette période, les relations militaires franco-grecques ont été particulièrement intenses, portées à la fois par les sentiments philhellènes qui se développent dans l’hexagone (la France est l’une des ‘Puissances protectrices’ dès la renaissance du pays) et par la volonté de ne pas céder d’influence aux Anglais, aux Allemands ou aux Italiens. La campagne de Morée en 1828, l’intervention en Crète en 1897, les opérations en Russie du Sud  en 1919 constituent quelques uns des onze chapitres de ce volume, complété par un inventaire exhaustif des fonds conservés à Vincennes.

 

verdunLes 300 jours de Verdun

Editions Italiques, Triel-sur-Seine, 2006 (Jean-Pierre Turbergue, Dir.).

Exceptionnel album de 550 pages, très richement illustré, réalisé en partenariat entre les éditions Italiques et le Service historique de la Défense. Toutes les opérations sur le front de Verdun en 1916 au jour le jour.

 

DICO-14-18.jpgDictionnaire de la Grande Guerre

(avec François Cochet), 'Bouquins', R. Laffont, 2008.

Une cinquantaine de contributeurs parmi les meilleurs spécialistes de la Grande Guerre, 1.100 pages, 2.500 entrées : toute la Première Guerre mondiale de A à Z, les hommes, les lieux, les matériels, les opérations, les règlements, les doctrines, etc.

 

fochFerdinand Foch (1851-1929). Apprenez à penser

(avec François Cochet), 14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Actes du colloque international tenu à l’Ecole militaire les 6 et 7 novembre 2008. Vingt-quatre communications balayant tous les aspects de la carrière du maréchal Foch, de sa formation à son héritage dans les armées alliées par des historiens, civils et militaires, de neuf nations (461 pages + 16 pages de bibliographie).

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