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25 mai 2022 3 25 /05 /mai /2022 00:01

L'expédition d'Alger revisitée

1827-1847

Gérard Buttoud

En cette année de commémoration des accords d'Evian qui voit la parution de multiples ouvrages sur la fin de l'Algérie française, voici un livre un peu à contre-courant avec cette étude sur les premiers temps de la conquête.

Tout en racontant dans le menu les débuts de la conquête de ce qui deviendra l'Algérie, Gérard Buttoud cherche à déterminer, au-delà de l'image d'Epinal, pourquoi Paris s'est effectivement lancé dans cette campagne, puis, sans trop savoir comment et pourquoi, a décidé de rester. Le livre est divisé en six grands chapitres. "La régence d'Alger en 1830" présente la situation (notamment vis-à-vis de Constantinople) à la veille de l'intervention. "Des raisons comme s'il en pleuvait" dresse le bilan des principales hypothèses envisagées. "Y aller ou pas ?" qui avance l'intéressante possibilité qu'il fallait y être "avant les Anglais". "Y aller" raconte l'opération elle-même, la bataille d'Alger et revient sur la question du fameux "trésor d'Alger". "Y rester ou pas ?" s'interroge sur les motivations politiques métropolitaines confrontées à une situation locale inattendue et sur la décision de temporiser en se limitant à une occupation côtière restreinte. "Y rester" prend en compte les pressions parlementaires des députés "colonistes", la révolte d'Abd el-Kader et la politique volontariste de Bugeaud.

Au bilan, la création de l'Algérie française serait advenue "sans le dire mais en le faisant, coloniser sans coloniser tout en colonisant". Un livre bienvenu pour rappeler un certain nombre de faits trop souvent oubliés.

L'Harmattan, Paris, 2022, 236 pages. 26,50 euros.

ISBN : 978-2-14-025821-3.

Pour commander directement le livre : ici.

Sidi Ferruch
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17 mai 2022 2 17 /05 /mai /2022 00:01

L'invention de

la Présidence de la République

Maxime Michelet

Louis-Napoléon Bonaparte fut le premier président de la République élu au suffrage universel, mais aussi comme le précise l'auteur "premier président et premier candidat à sa propre réélection, mais aussi dernier héritier et dernier souverain de la France".

Maxime Michelet, jeune historien, nous présente les cinq petites années d'existence de la IIe République à travers la personnalité, les réflexions, les actions de Louis-Napoléon Bonaparte, si longtemps décrié par les historiens républicains. "Vivant en exil depuis l'âge de 7 ans, il n'a retrouvé le sol de son pays que trois mois avant d'n devenir le premier magistrat, car celui qui inaugure la dynastie de nos présidents est aussi le continuateur d'une autre succession, et le citoyen qui s'apprête à prêter serment à la République est une altesse impériale, neveu et héritier de l'empereur Napoléon Ier" ... Le premier président de la République fut ainsi successivement prince, proscrit et prisonnier". Premier président élu, il lui faut tout inventer des procédures et du fonctionnement du régime, des attitudes et du comportement du chef de l'Etat, des rapports au gouvernement, aux grandes institutions et à la population, jusqu'à la constitution de 1852 : "Le gouvernement de la République française est confié pour dix ans au prince Louis-Napoléon Bonaparte, président actuel de la République". Le 2 décembre n'est pas loin.

Pour aborder tous les aspects, le livre est divisé en quatorze chapitres à la fois chronologiques et thématiques, de vingt à trente pages en moyenne. Par exemple "Le premier locataire de l'Elysée" (vie publique et privée), "Une présidence napoléonienne" (chef des armées, grand prêtre de la mémoire napoléonienne, etc.), ou "Le peuple et le président" (Les charités présidentielles, un socialiste empêché ?, le président en déplacement, etc.) ; ou alors "L'affrontement : les gouvernements de janvier (1851)" ou "L'issue ; le gouvernement du 10 avril" qui permettent de suivre le processus politique et constitutionnel tortueux qui agite alors la France. Au fur et à mesure que les différents thèmes sont traités, nous retrouvons des portraits des principales personnalités du temps concernées.

Au bilan, nous avons à la fois un portrait très fouillé du prince-président, mais aussi un récit très précis de l'histoire politique de la IIe République, celle-ci étant vue à travers le filtre de celui-là. L'auteur s'appuie pour cela sur une masse considérable d'archives et de témoignages, aussi bien que sur la presse de l'époque et sur des fonds privés. Un excellent livre sur une période charnière.

Passés/Composés, Paris, 2022, 393 pages, 24 euros.

ISBN : 978-2-3793-3548-8

Pour commander directement le livre : ici.

Prince-Président
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11 mai 2022 3 11 /05 /mai /2022 00:01

La peur du peuple

Histoire de la IIe République

Marie-Hélène Baylac

Beaucoup moins connue que ses "soeurs", et beaucoup moins longue également, la IIe République est pourtant à l'origine de bien des évolutions et décisions ultérieures, comme le suffrage universel (masculin) ou l'élection du président de la République.

Dans cette belle étude, facile à lire et très riche, Marie-Hélène Baylac nous fait revivre les ambitions de ses fondateurs, mais aussi les limites de leurs actions sur fond de vifs combats politiques. En six parties chrono-thématiques, elle nous entraîne de "L'instauration de la République" à "La restauration de l'empire", en passant par "La grande déception des socialistes", "Le triomphe du droit sur la rue", "La mainmise du parti de l'ordre sur la république", et "Qui tuera la république ?".

Dès les jours qui suivent l'abdication de Louis-Philippe, tous les grands corps d'Etat, au premier rang desquels l'armée, se rallient au nouveau régime et, en dépit de quelques mouvements essentiellement parisiens et des débuts délicats, les partisans de l'ordre s'imposent progressivement. L'expérience des Ateliers nationaux tourne court et au printemps 1848 l'insurrection ouvrière est rapidement réprimée par Cavaignac (surnommé "le prince de sang"). La répression est sévère et quelques 500 condamnés sont envoyés en Algérie. L'auteure ne se contente pas de présenter les évènements parisiens, mais elle étudie également les mouvements dans les provinces (généralement plus conservatrices). Le pouvoir étant stabilisé, elle s'attache à décrire les évolutions institutionnelles du régime qui se met en place, placées sous le signe de la liberté (religieuse, d'enseignement, etc.) et de la pleine reconnaissance des droits du citoyen. Dès septembre, Louis-Napoléon Bonaparte est élu dans plusieurs départements à l'occasion de législatives partielles, et sa popularité croissante se heurte à celle du général Cavaignac, "le boucher de juin" ou "le sauveur de la république", selon que l'on soit socialiste ou de droite ; tandis que les relations sont tendues entre les républicains et une majorité parlementaire conservatrice. L'élection présidentielle de décembre 1848 est un évènement important puisqu'elle voit l'arrivée au pouvoir, à la suite d'un vote au suffrage universel direct, du prince Louis-Napoléon Bonaparte avec près de 75% des suffrages. Aux élections législatives de 1849, le parti de l'Ordre obtient une large majorité, mais les "Rouges" confortent leurs positions dans quelques bastions. Dès lors, la fin de la république est actée et, si les monarchistes sont dans l'incapacité de reprendre le pouvoir, les bonapartistes s'y préparent activement. A l'automne 1852, "le passage à l'empire n'est qu'une formalité". La IIe République est morte.

Un ouvrage très complet sur un sujet rarement traité. Un volume indispensable dans toute bonne bibliothèque d'histoire de France et pour tout amateur du XIXe siècle.

Perrin, Paris, 2022, 429 pages, 24,- euros.

ISBN : 978-2-262-07066-3.

Pour commander directement le livre : ici.

La république oubliée
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25 juin 2021 5 25 /06 /juin /2021 00:01

Pennequin,

le sorcier de la pacification

Jean-François Klein

Voici un livre tout à fait essentiel, car il comble un vide important (et regrettable) longtemps présent dans notre historiographie. Le général Pennequin, homme de terrain à Madagascar et surtout en Indochine, est en effet l'un des grands oubliés de l'histoire de l'empire colonial français.

Ce bel ouvrage d'histoire militaire est tiré d'une habilitation à diriger des recherches soutenue en 2014, mais je me souviens de nos premières conversations sur le sujet avec l'auteur dans les années précédentes. Saint-cyrien marqué comme toute sa génération par la défaite de 1870 (il est fait prisonnier après Bazeilles), Théophile Pennequin sert ensuite sans grand enthousiasme aux Antilles françaises, avant de partir pour un premier séjour en Indochine, en particulier au Tonkin, entre 1879 et 1882. Capitaine, il est affecté en octobre 1883 à Nosy-Be, et de là rejoint Madagascar où il lève et entraîne une unité de tirailleurs indigènes. En trois ans, il devient l'un des fondateurs les plus importants des tirailleurs malgaches : "En bon officier républicain, Pennequin espère toujours créer l'embryon d'une nation sakalava appuyée sur le peuple armé et la conscription ... Il demande la mise en place -comme Faidherbe l'avait fait au Sénégal- d'une école militaire des otages sur le modèle de celle de Saint-Louis-du-Sénégal pour former de nouveaux tirailleurs issus des grandes familles". Enrichi par cette grande expérience opérationnelle et d'organisation, il retrouve le Tonkin en 1887, d'abord en pleine lutte contre les Pavillons Noirs, menant avec Pavie une intense action politique auprès des bandes rebelles et des tribus, dans les régions non soumises de Laï Chau, Son La et Dien Bien Phu. Administrateur et chef militaire, il poursuit de façon très active et novatrice sa politique de pacification, quadrille le territoire, relance l'économie locale, développe l'enseignement du français. Alors qu'il commande le IVe Territoire militaire, il formalise sa conception de la colonisation dans gros rapport en 1893, qui inspirera directement Gallieni (avec lequel il va se brouiller) et Lyautey (qui le qualifiera de "sorcier de la pacification"). Il insiste sur l'indispensable unité de commandement, sur la primauté de l'autorité militaire tant que la pacification n'est pas acquise, sur la diversité des peuples et des cultures, sur la nécessité de gagner la confiance des autochtones, fait preuve de pragmatisme : "Il faut s'appuyer sur les populations et nous ne pacifierons jamais si nous n'avons pas le pays pour nous ; mais pour avoir le pays il faut inspirer confiance, être fort et faire métier de soldat en même temps qu'on satisfait aux aspirations des différentes races". Il retourner ensuite à Madagascar, puis retrouve à nouveau l'Indochine (Cochinchine et Cambodge d'abord, avant de commander l'ensemble des troupes de la péninsule). Dans les années qui précède la Grande Guerre, il tente de promouvoir le principe d'une "Armée jaune", défensive, qui "se veut et doit être aussi éducatrice et aider à former une nation vietnamienne, annamite dit-on alors". Son projet moderne choque dans les milieux coloniaux civils, politiques et économiques. Les campagnes de dénigrement ne vont plus cesser, il est ostracisé jusque dans les rangs de l'armée, limogé avant l'heure et après 46 années passées dans les troupes coloniales, "meurtri", doit quitter le service et sombre dans la dépression.

Un livre absolument excellent, indispensable pour quiconque s'intéresse à l'histoire de l'armée française, à la colonisation, à la doctrine reformulée par la suite de "conquête des coeurs et des esprits". Très vivement recommandé. 

Maisonneuve & Larose / Hémisphères, Paris, 2021, 525 pages, 28,- euros.

ISBN : 9782377010868

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De Madagascar en Indochine
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8 mai 2021 6 08 /05 /mai /2021 00:01

La guerre contre Paris

1871 : l'armée met fin à la Commune

Robert Tombs

L'édition originale en Angleterre commence à dater (1981), mais ce livre, paru pour la première fois en France en 1997, méritait d'être réédité tant il est important pour une bonne connaissance et compréhension de cet épisode à bien des égards dramatique de l'histoire de France.

En neuf chapitres, Roger Tombs nous raconte la défaite des armées impériales puis du gouvernement de défense nationale avant d'en arriver à l'insurrection populaire de la capitale encerclée. Il fait alors le point des forces armées face à face dans la guerre civile qui commence, puis s'intéresse au vaste domaine de la propagande (on relève la distribution gratuite de journaux à la troupe pour renforcer l'adhésion au gouvernement) et aux mythes qui entourent les deux camps. Il consacre une cinquantaine de pages au détail de la bataille de Paris, des deux côtés des barricades. Il termine bien sûr par les conséquences immédiates, les dégâts dans la ville, les exécutions, les jugements, l'exil et dresse un bilan humain de la Semaine sanglante.

Un livre complet, dont on doit souligner qu'il présente l'énorme avantage d'ignorer les polémiques politiciennes franco-françaises ultérieures, voire actuelles. Un classique indispensable sur le sujet.

'Champs histoire', Flammarion, Paris, 2021, 485 pages, 12,- euros.

ISBN : 978-2-0802-4351-5.

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Commune de Paris
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6 mars 2021 6 06 /03 /mars /2021 00:01

Les quatre sergents de La Rochelle

Le dernier crime de la monarchie

Jacques-Olivier Boudon

Jacques-Olivier Boudon revient ici sur l'un des procès les plus emblématiques de la Restauration, devenu pour un siècle au moins un symbole de la répression monarchique contre les "libéraux" (bonapartistes et républicains).

Après avoir présenté la France de la Restauration et la situation dans les régiments à une époque où les Ultras tentent d'imposer leurs vues, l'auteur nous rappelle la place des sociétés secrètes durant ces années 1820 puis fait le lien avec les troubles qui se développent dans l'Ouest de la France autour du général Berton, "le type même de l'officier bonapartiste désoeuvré".  L'amateurisme des conjurés est mis en relief et Jacques-Olivier Boudon insiste sur le déroulement de l'enquête et celui du procès. Après le récit des derniers jours et de l'exécution des condamnés, les sans-grades de l'affaire sont seuls punis, il termine son livre sur le sort réservé aux différents acteurs de l'affaire par la suite et à la mémoire vive qui en est conservée (et entretenue) jusqu'à la première moitié du XXe s.

Quatre sergents exécutés, mais un pays profondément troublé et une institution militaire en partie en proie au doute. Un retour bienvenu sur une période relativement moins traitée que d'autres.

Passés/Composés, Paris, 284 pages, 22,- euros.

ISBN : 978-2-3793-3256-2.

Pour commander directement le livre : ici.

COMPLOT
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28 novembre 2020 6 28 /11 /novembre /2020 00:01

Juillet 1893

Le mai 68 de la IIIe République

Bernard Hautecloque

L'auteur en dresse le constat dès l'introduction, "les émeutes étudiantes qui dévastèrent le Quartier latin en juillet 1893 ont aujourd'hui à peu près totalement disparu des mémoires". Et pourtant, ces évènements (presque dans la tradition frondeuse du quartier des universités) furent d'une réelle gravité et marquèrent profondément les contemporains.

Les trois premiers chapitres présentent l'histoire agitée du quartier des étudiants, entre chahut et contestation (souvent peu) politisée, puis le livre décrit les incidents à  l'origine des désordres, une vague histoire d'offense à la pudeur en début d'année. Le 1er juillet, lorsque le préfet de police veut faire disperser un rassemblement d'étudiants tapageurs, ceux-ci trouvent dans la Sorbonne en travaux suffisamment de "munitions" pour bombarder de pierres les forces de l'ordre, mais la mort d'un témoin, présent par hasard sur les lieux, enflamme les esprits le lendemain. Dès le 2 juillet au soir, aux cris de "A bas le préfet assassin !", les étudiants se rassemblent en nombre. Bernard Hautecloque, tout en poursuivant le récit des incidents, qui s'aggravent, explique ce qu'était le maintien de l'ordre en ville à la fin du XIXe siècle et cite abondamment les journaux de l'époque. Les manifestations dégénèrent : "Aux étudiants s'étaient mêlés des anarchistes et quelques voyous"... Déjà ? De même, alors qu'au même moment dans Paris 12.000 cochers sont en grève, certains tentent sans succès de faire "converger les luttes". Déjà ? Dans la nuit du 4 au 5, puis du 5 au 6, les émeutes reprennent et dégénèrent : "L'aube du 6 se leva sur un Quartier latin qui semblait sortir d'une guerre. Le boulevard Saint-Michel avait été interdit à la circulation, des gardes municipaux à cheval faisant manoeuvre pour éviter tout rassemblement". Ce 6 juillet, le gouvernement fait venir des troupes de Compiègne et de Melun et fait protéger les bâtiments publics. Le 7, la situation commence à s'apaiser, dans la nuit du 7 au 8 quelques tentatives pour reprendre le mouvement échouent et le 8 la situation est en apparence redevenue normale. Le 11 juillet, un nouveau préfet de police est nommé, un certain Lépine. Mais ceci est une autre histoire.

Cette histoire d'une révolte étudiante violente pendant quelques nuits mais finalement sans grandes conséquences est expliquée par l'auteur par l'incompréhension du pouvoir politique qui tolérait que "les étudiants, finalement peu nombreux, médiocrement politisés et tous issus de milieux privilégiés, n'étaient pas tenus pour une classe dangereuse". Un coup de projecteur sur une "belle époque" plus complexe que les images d'Epinal peuvent le laisser penser.

Editions du Félin, Paris, 2020, 119 pages, 16,- euros.

ISBN : 978-2-86645-924-6.

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Mai 68 avant l'heure
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17 novembre 2020 2 17 /11 /novembre /2020 00:01

1815 - 1870

La révolution inachevée

Sylvie Aprile

Seconde belle livraison dans cette collection consacrée à l'histoire de France, avec un volume qui nous entraîne de Louis XVIII à Napoléon III, à travers ce XIXe siècle finalement assez mal connu.

Une grande première partie s'intéresse aux évolutions chronologiques. Le premier chapitre, consacré aux derniers Bourbons, aurait sans doute mérité d'être plus développé, mais il offre en 35 pages environ un rapide survol de ces quinze années qui voient le retour de la monarchie. Le chapitre 2 traite du règne de Louis-Philippe en près de 70 pages et ouvre sur une série de présentations thématiques (sur la mise en place du parlementarisme, sur les salons et la politique des banquets, sur la presse et les complots, la violence en politique et la Garde nationale, etc.). Les chapitres qui suivent montrent les évolutions de la France du temps, aux plans économique ("modernisation douce ou industrialisation sauvage ?"), intellectuel (socialistes et progressistes, féminisme, romantisme) et international (la crise grecque, les tensions en Méditerranée, la reprise d'une politique coloniale). Les chapitres 6 et 7 nous parlent de la Seconde république, de sa mise en place, des réponses à la crise économique, de l'adoption d'une constitution et de l'élection d'un Bonaparte, suivie de quelques manifestations d'opposition et d'une répression sans faiblesse (mais aussi du recours au plébiscite). Le Second empire fait l'objet des chapitres 8 à 11, sous l'angle politique, diplomatique, social, etc. Comme pour le volume précédent, une seconde grande partie (un peu plus d'une centaine de pages) "revisite" l'historiographie et la mémoire du XIXe siècle français après une approche par les historiens classiques, puis par les grands noms de la littérature, enfin par la photographie naissante.

Sans soulever de question nouvelle (mais est-ce toujours indispensable ?), ce 1815-1870 donnera à tous une vision assez complète d'une soixantaine d'années au cours desquelles la France a profondément changé, dans un tourbillon de régimes et de constitutions. La chronologie, les notices biographiques la solide bibliographie et l'index qui complètent le volume contribuent à en faire un outil de travail et de référence digne de cette belle série de livre. Vivement recommandé en particulier aux étudiants.

Folio Histoire, Paris, 2020, 821 pages. 12,90 euros.

ISBN : 978-2-07-279938-9.

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Chronologie et fondamentaux (2)
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12 novembre 2020 4 12 /11 /novembre /2020 00:01

Elie Decazes

Le dernier favori

François de Coustin

La Restauration et le règne de Louis XVIII sortent difficilement du désintérêt général, voire d'une forme de mépris, qui les entoure depuis la deuxième moitié du XIXe siècle. Cette solide biographie, en remettant en lumière l'un des personnages les plus importants de la période, contribue à en réhabiliter l'étude.

L'ouvrage s'ouvre sur une citation de Lamartine qui résume bien l'homme et son parcours : "Son nom restera dans l'histoire au-dessus des noms des favoris vulgaires qui ne représentent que le caprice des rois. M. Decazes représente une idée juste : la réconciliation d'une révolution et d'une royauté. Il fut l'homme d'Etat de la concorde, de l'impartialité et de la charte". Lamartine se trompe toutefois sur un point : le nom de ce juriste, fonctionnaire, devenu préfet de police puis ministre de l'Intérieur est bien tombé dans l'oubli le plus complet, et rares seront ceux qui feront immédiatement le lien avec la commune de Decazeville. Le livre est organisé en trois parties d'ampleur différente. La première, sur 35 pages environ, Né dans une ancienne famille de la bourgeoisie de la région bordelaise, avocat, Elie Decazes épouse la fille d'un dignitaire civil de l'empire, par ailleurs Franc-Maçon de haut niveau. Attaché au frère de Napoléon devenu roi de Hollande, conseiller de la princesse Pauline Borghèse, puis au service de Madame Mère, il ne rejoint pas l'empereur lors des Cent Jours et quitte Paris qu'il ne retrouve qu'après Waterloo. La seconde partie, sur 210 pages, nous présente son (ir)résistible ascension, par la faveur de Louis XVIII, au point que les mauvais esprits évoqueront des relations intimes entre les deux hommes. Par l'intermédiaire des "réseaux" de Talleyrand il peut rentrer en grâce et obtient de roi (qu'il va subjuguer) d'être nommé préfet de police. A ce poste, il tient une place essentielle dans le processus de condamnation ou de proscription de bonapartistes, dont l'interrogatoire du maréchal Ney. Ministre de l'Intérieur hégémonique, il multiplie les initiatives dans de nombreux domaines, adopte des solutions de compromis, recherche des "majorités de gouvernement", ce qui lui vaudra de multiples ennemis, en particulier parmi les Ultras. Ephémère chef de gouvernement, il doit quitter ses fonctions au terme de la crise consécutive à l'assassinat du duc de Berry, dont le détail en février 1820 est raconté jour par jour, presque heure par heure. Nommé ambassadeur à Londres, fait duc, son parcours de diplomate est peu glorieux et il rentre en France l'année suivante. La troisième partie, sur 65 pages, nous décrit Decazes replié dans son Sud-ouest natal, conservant un vif intérêt (et par moment une forte influence) pour la vie politique et surtout investissant aussi bien dans l'agriculture que dans l'industrie, à partir de la Compagnie des houillères et fonderies de l'Aveyron, et enfin au sein de la Franc-Maçonnerie (il a même été Souverain grand commandeur du Suprême conseil d'Amérique). Totalement retiré de la vie politique après 1848, il termine cette foisonnante carrière sous le Second empire, comme président de la Société impériale et centrale d'agriculture (n'oublions pas qu'il a servi le père de Napoléon III) et décède en octobre 1860.

Une passionnante biographie qui nous fait traverser toute la première moitié du XIXe siècle français, une période qui, d'un empire à l'autre, voit émerger la France moderne, politiquement et économiquement. A connaître.

Perrin, Paris, 2020, 470 pages, 25,- euros. 

ISBN : 978-2-262-07720-4.

Pour commander directement le livre : ici.

Une vie comme un roman
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12 septembre 2020 6 12 /09 /septembre /2020 00:01

La guerre franco-allemande de 1870

Une histoire globale

Nicolas Bourguinat et Gilles Vogt

Une approche très large d'un conflit que, finalement, la plupart des Français connaissent très mal, allant des rapports franco-"allemands" au milieu du XIXe siècle à la mémoire entretenue du conflit par la IIIe République.

Les deux auteurs adoptent bien sûr une démarche chronologique, ou plutôt chrono-thématique, et privilégient à la fois les aspects internationaux (et plus largement européens). Pour appuyer leur discours, il font un ample usage des fonds privés, des journaux personnels et des correspondances familiales. Le livre est divisé en sept grandes parties, dont les deux premières sont indispensables pour ouvrir ce genre de volume et camper le décor : "Aux origines de la guerre", "De la guerre du Second empire à la guerre de la République" avec notamment un chapitre sur les leçons de la guerre. La troisième partie s'intéresse à la vie du pays en guerre, en particulier dans les régions occupées (quelques pages sur les francs-tireurs) ; et la quatrième au rôle de la presse et aux efforts gouvernementaux pour mener une "guerre d'opinions". La cinquième revient sur les négociations de paix jusqu'à la signature du traité de Francfort (on apprécie les pages consacrées au rôle et aux attentes des Etats neutres). La sixième évoque le retentissement international de la guerre et de la défaite française, avec les volontaires étrangers pendant le conflit mais aussi la nouvelle puissance allemande en Europe. La septième enfin est surtout centrée sur la France de la IIIe République naissante, soulignant en particulier qu'au-delà du discours sur la Revanche, les responsables politiques français souhaitent surtout maintenir la paix.

Si la place accordée aux opérations militaires est finalement limitée, l'ensemble est non seulement tout-à-fait cohérent, référencé, précis, et donnera à tous les amateurs, pour une somme modique, de la période une compréhension non seulement du conflit lui-même mais aussi des relations franco-allemandes et des évolutions européennes.

Coll. Champs histoire, Flammarion, Paris, 2020, 521 pages, 15,- euros.

ISBN : 978-2-0815-1055-5.

1870
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Qui Suis-Je ?

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  • : Guerres et conflits XIXe-XXIe s. se fixe pour objectif d’être à la fois (sans prétendre à une exhaustivité matériellement impossible) un carrefour, un miroir, un espace de discussions. Sans être jamais esclave de la « dictature des commémorations », nous nous efforcerons de traiter le plus largement possible de toutes les campagnes, de tous les théâtres, souvent dans une perspective comparatiste. C’est donc à une approche globale de l’histoire militaire que nous vous invitons.
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Cafés historiques de La Chouette

Prochaine séance : pour la rentrée de septembre. Le programme complet sera très prochainement mis en ligne.

Publications personnelles

Livres

 

doumenc-copie-1.jpgLa Direction des Services automobiles des armées et la motorisation des armées françaises (1914-1918), vues à travers l’action du commandant Doumenc

Lavauzelle, Panazol, 2004.

A partir de ma thèse de doctorat, la première étude d’ensemble sur la motorisation des armées pendant la Première Guerre mondiale, sous l’angle du service automobile du GQG, dans les domaines de l’organisation, de la gestion et de l’emploi, des ‘Taxis de la Marne’ aux offensives de l’automne 1918, en passant par la ‘Voie sacrée’ et la Somme.

 

La mobilisation industrielle, ‘premier front’ de la Grande Guerre ? mobil indus

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2005 (préface du professeur Jean-Jacques Becker).

En 302 pages (+ 42 pages d’annexes et de bibliographie), toute l’évolution industrielle de l’intérieur pendant la Première Guerre mondiale. Afin de produire toujours davantage pour les armées en campagne, l’organisation complète de la nation, dans tous les secteurs économiques et industriels. Accompagné de nombreux tableaux de synthèse.

 

colonies-allemandes.jpgLa conquête des colonies allemandes. Naissance et mort d’un rêve impérial

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2006 (préface du professeur Jacques Frémeaux).

Au début de la Grande Guerre, l’empire colonial allemand est de création récente. Sans continuité territoriale, les différents territoires ultramarins du Reich sont difficilement défendables. De sa constitution à la fin du XIXe siècle à sa dévolution après le traité de Versailles, toutes les étapes de sa conquête entre 1914 et 1918 (388 pages, + 11 pages d’annexes, 15 pages de bibliographie, index et cartes).

 

 caire damasDu Caire à Damas. Français et Anglais au Proche-Orient (1914-1919)

 14/18 Editions, Saint-Cloud, 2008 (préface du professeur Jean-Charles Jauffret).

Du premier au dernier jour de la Grande Guerre, bien que la priorité soit accordée au front de France, Paris entretient en Orient plusieurs missions qui participent, avec les nombreux contingents britanniques, aux opérations du Sinaï, d’Arabie, de Palestine et de Syrie. Mais, dans ce cadre géographique, les oppositions diplomatiques entre ‘alliés’ sont au moins aussi importantes que les campagnes militaires elles-mêmes.

 

hte silesieHaute-Silésie (1920-1922). Laboratoire des ‘leçons oubliées’ de l’armée française et perceptions nationales

‘Etudes académiques », Riveneuve Editions, Paris, 2009.

Première étude d’ensemble en français sur la question, à partir du volume de mon habilitation à diriger des recherches. Le récit détaillé de la première opération civilo-militaire moderne d’interposition entre des factions en lutte (Allemands et Polonais) conduite par une coalition internationale (France, Grande-Bretagne, Italie), à partir des archives françaises et étrangères et de la presse de l’époque (381 pages + 53 pages d’annexes, index et bibliographie).

 

cdt armee allde Le commandement suprême de l’armée allemande 1914-1916, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général von Falkenhayn 

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Le texte original de l’édition française de 1921 des mémoires de l’ancien chef d’état-major général allemand, accompagné d’un dispositif complet de notes infrapaginales permettant de situer les lieux, de rappeler la carrière des personnages cités et surtout de comparer ses affirmations avec les documents d’archives et les témoignages des autres acteurs (339 pages + 34 pages d’annexes, cartes et index).

 

chrono commChronologie commentée de la Première Guerre mondiale

Perrin, Paris, 2011.

La Grande Guerre au jour le jour entre juin 1914 et juin 1919, dans tous les domaines (militaire, mais aussi politique, diplomatique, économique, financier, social, culturel) et sur tous les fronts. Environ 15.000 événements sur 607 pages (+ 36 pages de bibliographie et d’index).

 

 Les secrets de la Grande Guerrecouverture secrets

Librairie Vuibert, Paris, 2012.

Un volume grand public permettant, à partir d’une vingtaine de situations personnelles ou d’exemples concrets, de remettre en lumière quelques épisodes peu connus de la Première Guerre mondiale, de la question du « pantalon rouge » en août 1914 à l’acceptation de l’armistice par von Lettow-Vorbeck en Afrique orientale, après la fin des hostilités sur le théâtre ouest-européen.

 

Couverture de l'ouvrage 'Mon commandement en Orient'Mon commandement en Orient, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général Sarrail

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2012

Le texte intégral de l'édition originale, passé au crible des archives publiques, des fonds privés et des témoignages des acteurs. Le récit fait par Sarrail de son temps de commandement à Salonique (1915-1917) apparaît véritablement comme un exemple presque caricatural de mémoires d'autojustification a posteriori

 

 

Coordination et direction d’ouvrages

 

Destins d’exception. Les parrains de promotion de l’Ecole Spéciale Militaire de Saint-Cyr

SHAT, Vincennes, 2002.

Présentation (très largement illustrée, 139 pages) des 58 parrains qui ont donné leur nom à des promotions de Saint-Cyr, entre la promotion « du Prince Impérial » (1857-1858) et la promotion « chef d’escadrons Raffalli » (1998-2001).

 

fflLa France Libre. L’épopée des Français Libres au combat, 1940-1945

SHAT, Vincennes et LBM, Paris, 2004.

Album illustré présentant en 191 pages l’histoire et les parcours (individuels et collectifs) des volontaires de la France Libre pendant la Seconde guerre mondiale.

 

marque courageLa marque du courage

SHD, Vincennes et LBM, Paris, 2005.

Album illustré présentant en 189 pages l’histoire des Croix de Guerre et de la Valeur Militaire, à travers une succession de portraits, de la Première Guerre mondiale à la Bosnie en 1995. L’album comporte en annexe une étude sur la symbolique, les fourragères et la liste des unités d’active décorées.

 

  90e anniversaire de la Croix de guerre90-ANS-CROIX-DE-GUERRE.jpg

SHD, Vincennes, 2006.

Actes de la journée d’études tenue au Musée de l’Armée le 16 novembre 2005. Douze contributions d’officiers historiens et d’universitaires, français et étrangers, de la naissance de la Croix de guerre à sa perception dans la société française, en passant les décorations alliées similaires et ses évolutions ultérieures.

 

france grèceLes relations militaires franco-grecques. De la Restauration à la Seconde guerre mondiale 

SHD,Vincennes, 2007.

Durant cette période, les relations militaires franco-grecques ont été particulièrement intenses, portées à la fois par les sentiments philhellènes qui se développent dans l’hexagone (la France est l’une des ‘Puissances protectrices’ dès la renaissance du pays) et par la volonté de ne pas céder d’influence aux Anglais, aux Allemands ou aux Italiens. La campagne de Morée en 1828, l’intervention en Crète en 1897, les opérations en Russie du Sud  en 1919 constituent quelques uns des onze chapitres de ce volume, complété par un inventaire exhaustif des fonds conservés à Vincennes.

 

verdunLes 300 jours de Verdun

Editions Italiques, Triel-sur-Seine, 2006 (Jean-Pierre Turbergue, Dir.).

Exceptionnel album de 550 pages, très richement illustré, réalisé en partenariat entre les éditions Italiques et le Service historique de la Défense. Toutes les opérations sur le front de Verdun en 1916 au jour le jour.

 

DICO-14-18.jpgDictionnaire de la Grande Guerre

(avec François Cochet), 'Bouquins', R. Laffont, 2008.

Une cinquantaine de contributeurs parmi les meilleurs spécialistes de la Grande Guerre, 1.100 pages, 2.500 entrées : toute la Première Guerre mondiale de A à Z, les hommes, les lieux, les matériels, les opérations, les règlements, les doctrines, etc.

 

fochFerdinand Foch (1851-1929). Apprenez à penser

(avec François Cochet), 14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Actes du colloque international tenu à l’Ecole militaire les 6 et 7 novembre 2008. Vingt-quatre communications balayant tous les aspects de la carrière du maréchal Foch, de sa formation à son héritage dans les armées alliées par des historiens, civils et militaires, de neuf nations (461 pages + 16 pages de bibliographie).

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