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14 août 2017 1 14 /08 /août /2017 06:00

Il est de retour

Timur Vermes

"Il", immédiatement reconnaissable par la couverture, c'est Hitler, mystérieusement revenu à la vie près de 70 ans après sa disparition. Se réveillant un beau jour dans un terrain vague de Berlin en 2011, il doit se réadapter au monde moderne tout en essayant de retrouver les traces de son ancien pouvoir.

L'histoire est bien sûr totalement "abracadabrantesque", mais elle permet à Timur Vermes de lancer quelques brûlots contre la société occidentale et en particulier allemande d'aujourd'hui, son personnage retrouvant une audience via une émission de télévision spécialisée dans les blagues douteuses sur les étrangers. Rapidement, on ne sait plus très bien si les Allemands croisés dans ce récit (patron d'un kiosque à journaux de banlieue, membres d'une société de production accros à l'audimat, secrétaire à mi-temps, etc.) ont oublié le passé de leur pays ou s'ils feignent d'ignorer qui fut le Führer, ce qui donne des dialogues assez ahurissants. L'ouverture d'une page Facebook "Quartier général du Führer", des démêlées avec le Bild, une montée en puissance progressive jusqu'à l'obtention on ne sait trop comment d'un passeport le faisant naître en 1954, tout donne lieu à quiproquo et à discours à double sens. Après avoir acquis une réelle notoriété, il se rend au siège du NPD dont il ressort déçu ("Un Allemand digne de ce nom n'a rien à faire ici"), puis est contacté plus ou moins directement par la plupart des représentants des principaux partis politiques d'aujourd'hui, y compris de longues conversations pour le moins étonnantes avec des représentants du parti des Verts.

Bref, un livre totalement décalé, à contresens, où l'absurde permet de pointer un certain nombre de faiblesses, d'oublis, de tares de la société commerciale et du monde de la "communication" à outrance.

Coll. 10-18, Paris, 2014, 405 pages. 8,10 euros.

ISBN : 978-2-264-06651-0.

 

Ebouriffant !
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19 juillet 2017 3 19 /07 /juillet /2017 06:00

Expression des militaires

Sans remonter à la IIIe République naissante, lorsque le droit de vote ne fut accordé ni aux condamnés de droit commun, ... ni aux femmes, ... ni aux militaires, la question de la liberté d'expression au sein du ministère de la Guerre, de la Défense, des Armées, est restée un sujet à la fois récurrent et quasi-tabou. Parce que le chef d'état-major des armées s'est exprimé franchement devant les parlementaires, donc devant la représentation nationale, un montage médiatique indigne voudrait qu'il ait outrepassé le sacro-saint "devoir de réserve", si pratique pour contraindre au silence ceux qui peuvent émettre des réserves. Rappelons simplement que le futur amiral Castex, dont chacun s'accorde à reconnaître la pertinence des réflexions, écrivait pour sa part à propos de ce débat :

"Ce qui est intéressant, ce sont les idées, les méthodes, les théories... Or tout citoyen, tout contribuable, a le droit imprescriptible de dire ce qu'il en pense, de défendre les unes et d'attaquer les autres. La libre discussion est permise.
Un militaire possède, comme tous ses concitoyens, le droit d'avoir des convictions de cet ordre. C'est même son devoir à cause des intérêts dont il a la charge"
.

Si notre époque est celle des profonds changements et des grandes ruptures, raison de plus pour que ceux qui consacrent leur vie à la défense de la nation expriment clairement les données de problèmes dont ils ont une connaissance intime.

M. à J.

En complément, rappel de cette formule du maréchal Lyautey (vous savez, l'auteur de ce "vieillot" Du rôle social de l'officier), selon lequel le chef est "celui qui, en donnant toujours l'exemple de la déférente discipline, saura ne pas se borner à obéir passivement et osera, quand sa conscience et la situation lui en font un devoir, soumettre librement son avis, avis qu'accueillent toujours, provoquent même les chefs dignes de ce nom”...

Enfin, cette définition de la discipline intellectuelle qui, si elle exige que le subordonné "mette ses rangers dans les traces de celles de son chef" une fois l'ordre donné, l'oblige également en amont, dans le cadre du processus de prise de décision, à exprimer toutes les objections utiles et réserves nécessaires afin que l'ordre soit préparé en toutes connaissances de cause. A défaut, se taire ou mentir serait tromper son chef.

Rappel utile
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19 juin 2017 1 19 /06 /juin /2017 09:40

Histoire de l’armée française, 1914-1918

François Cochet et Rémy Porte

Depuis que j’ai commencé à écrire des livres d’histoire, il y a bientôt une quinzaine d’années, j’ai accumulé plusieurs centaines de présentations, chroniques et recensions sur toutes sortes de supports, radio, internet, magazines divers. Si elles sont généralement plutôt favorables, ce n’est bien sûr pas une règle absolue et chaque chroniqueur peut très légitimement regretter tel oubli ou contester telle conclusion. Il est bien facile de vérifier que jamais, pas une seule fois, je ne me suis laisser aller à polémiquer. Mais la présentation qui est faite de notre Histoire de l’armée française, 1914-1918 dans le dernier numéro de Guerres & Histoire, sous la signature J.-C. D., ne peut pas laisser indifférent. Pour « flinguer » un livre en une colonne, encore faut-il l’avoir lu avec soin.

Cinq arguments négatifs principaux sont donnés : absence des opérations militaires, sous-titre non pertinent, abus du témoignage, sujets à la mode, lacunes et erreurs factuelles. Reprenons-les rapidement. Pour ce qui concerne l’absence du récit des opérations militaires et des questions de stratégie, il suffisait de lire l’introduction. Ecrire une Nième histoire des opérations présentait à notre sens bien moins d’intérêt que de s’attacher à évaluer les transformations de fond, dans tous les domaines, de l’outil militaire français en quatre ans. Pour ce qui concerne le sous-titre, il est le choix de l’éditeur et non des auteurs (comme souvent dans l’édition), et par ailleurs le chroniqueur aura du mal à convaincre quiconque qu’à l’automne 1918 une autre armée (allemande, austro-hongroise, belge, britannique, américaine, russe ?) serait dans sa globalité mieux équipée et mieux à même de conduire de grandes offensives. Le reproche d’abus du témoignage « pour écrire une micro-histoire sociologique » est pour le moins surprenant de la part d’un journaliste, sachant l’importance de ces témoignages pour les historiens et que nous précisons bien l’impérieuse nécessité de les critiquer et croiser. L’auteur préfère-t-il se limiter à ceux qui confortent son idée préconçue ? La question des sujets « à la mode » serait à mourir de rire si ces sujets n’étaient pas depuis vingt ans au moins au cœur des débats historiographiques et si, justement, nous n’établissions pas un tableau « pointilliste » de la réalité, toujours changeante selon les individus, les lieux et les périodes. Il aurait d’ailleurs pu observer que nous utilisons des témoignages à tous les niveaux de grade, sur les différents secteurs du front et à des moments différents. Enfin, donner en exemple de l’accusation de lacunes et erreurs de « l’indécrottable myopie de l’historiographie française » le fait que nous aurions défendu l’idée de l’offensive à outrance est à la fois bien mal connaître nos travaux respectifs et le contenu exact du livre (p. 40 : « Grandmaison n’ignore pourtant pas les effets des armements de l’époque. Considérablement caricaturé par la suite, il tient simplement à exprimer combien la volonté peut permettre de l’emporter sur le terrain », un point de vue très largement partagé par tous les règlements dans les différentes armées européennes.

Quand, pour des raisons qui lui appartiennent, monsieur Delhez n’aime pas un livre, qu’il prenne la peine d’en rendre compte complètement et qu’il ne se limite pas à une exécution au titre de son bon plaisir. Avoir la possibilité d’exprimer des points de vue très personnels dans une revue à grand tirage oblige au moins, moralement, à la rectitude dans le compte rendu.

R. Porte

Recensions et chroniques
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16 décembre 2016 5 16 /12 /décembre /2016 06:00

La Chouette fait brièvement relâche

Repas de Noël, sortie de cohésion, anniversaire en famille : la journée et la soirée seront en grande partie consacrées à des activités plutôt de loisir. La Chouette fait donc relâche aujourd'hui, mais les mises en ligne reprennent dès demain matin ! Par contre, la page FB (https://www.facebook.com/Guerres-Conflits-XIXe-XXIe-s-2) reste active !

A demain !

 

 

 

(brève) Pause
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27 octobre 2016 4 27 /10 /octobre /2016 06:05

Et si Pétain était mort en 1938 ?

De notre reporter à Verdun, pour les obsèques nationales

Le texte intégral : ici.

Conte uchronique
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24 juillet 2015 5 24 /07 /juillet /2015 06:00

Pas de pause pour la Chouette

cet été !

Entre le site et la page FB, la Chouette a le plaisir de recevoir quotidiennement entre 3 et 4000 visites, parfois davantage, selon les jours et les thèmes développés. Nous y sommes très sensibles. Pour vous remercier pour votre fidélité, nous allons nous efforcer de ne pas cesser un seul jour de mettre en ligne de nouveaux billets en août. Ce choix, plus lourd en période estivale, nous vous le devons.

Pour concrétiser votre confiance, n'hésiter jamais à relayer largement nos billets, nos présentations, nos analyses, nos critiques. Plus de 300 présentations de livres et de revues ont été mises en ligne depuis le début de l'année, plus de 4000 infos relayées sur la page FB. La Chouette passe de longues heures le bec dans les pages des livres pour vous, pensez à faire connaître le site et la page dédiée : twittez, likez, partagez massivement et quotidiennement !

Merci !

Pari pris, pari tenu !
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17 juin 2015 3 17 /06 /juin /2015 05:50

Merci aux auteurs !

Bravo aux éditeurs !

Amis amateurs d'histoire,

ce bref mais passionné cri du coeur s'adresse à vous tous : LISEZ !

Chaque jour, nous mettons en ligne au moins une présentation d'un ouvrage récent, voire très récent. Chaque jour, nous nous efforçons de proposer à votre curiosité telle ou telle nouvelle étude ou publication digne de votre intérêt. Et nous n'avons jamais aucune difficulté à trouver de des articles intéressants dans les périodiques, et de beaux et bons livres dans les librairies. Au contraire, il nous faut parfois faire des choix et accepter des retards à la mise en ligne tant la production française est abondante et riche, importante, aussi bien au plan quantitatif que qualitatif.

Au cours de ces dernières semaines et de ces derniers mois, nous avons chroniqué des dizaines et des dizaines d'ouvrages, traitant de différentes périodes et de différents thèmes, qui méritent tous ou presque de figurer dans vos bibliothèques. Certains sont d'incontestables réussites. Quelques uns presque exceptionnels. La connaissance historique ne cesse de progresser, des auteurs reconnus ou débutants proposent des analyses nouvelles, des éditeurs acceptent le pari économique de publications très variées, chacun s'accorde à constater une vraie demande sociale en histoire : or, quand un livre dans notre discipline dépasse les 1000 exemplaires, il est presque considéré comme un succès de librairie. Curieux (et dangereux) paradoxe.

Regardez à nouveau nos présentations de ces derniers mois : il serait étonnant qu'il n'y figure pas un ou plusieurs ouvrages relevant de vos centres d'intérêt. Alors LISEZ ! Lisez encore, lisez davantage. C'est ainsi que se forme en continu, dans la durée, par une réflexion enrichie, non pas seulement le spécialiste mais "l'honnête homme" et le citoyen digne de ce nom. Fréquentez assidûment votre librairie de quartier, demandez les volumes qui vous intéressent et parlez-en autour de vous, rendez visite à vos bibliothèques, proposez l'achat des ouvrages qui n'y figurent pas encore, faites circuler l'information sur des nouveautés qui méritent d'être mieux connues.

L'histoire, et en particulier l'histoire militaire comprise au sens large, ne se rédige pas exclusivement en anglais : des dizaines de maisons d'édition, d'importance nationale ou d'ancrage local et régional, proposent des livres formidables, passionnants, érudits ou décalés, scientifiques ou grand public. Il y en a pour tous les goûts, toutes les campagnes, toutes les époques, tous les styles, toutes les bourses. La période estivale qui approche peut être une bonne opportunité pour prendre le temps et le plaisir de lire, de s'informer, de s'enrichir intellectuellement, de mieux comprendre le monde d'aujourd'hui en corrélation avec un passé plus ou moins récent. Un bon livre à l'ombre d'un arbre dans la chaleur de l'été... Pour ne pas être qu'un "récepteur de publicités et d'idées pré-mâchées", cette période estivale peut être propice à une bonne résolution : lisons chacun au moins un livre nouveau par mois. Résolution qui, à la différence de celles du Nouvel An, durera dans le temps, parce qu'elle est source de progrès et de plaisir. Vive la curiosité ! Vive le débat ! Vive la découverte ! Alors, pari pris ? Et pari tenu ?

De grâce, pour vous d'abord, LISEZ ! Lisez davantage. Et soyez presque "militants de l'histoire", en invitant votre entourage et vos relations à lire davantage.

 

Vive la lecture !
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9 janvier 2014 4 09 /01 /janvier /2014 06:15

Le dico flingueur des Tontons et des Barbouzes

Stéphane Germain et Gega

Il ne s’agit pas d’un livre d’histoire, bien sûr, ou alors de micro-histoire culturelle et sociale (après tout, il y a bien pire !) ? Mais, pour une fois, un peu de truculence dans un monde de vrais-faux mauvais garçons !

Voici par l’auteur, en 2012, de L’encyclopédie Audiard, illustré de caricatures très bien réussies, un petit volume sympa qui provoquera chez vous, presque irrésistiblement, un sourire de plaisir. Le volume est divisé en deux parties principales, suivies de quelques notes et références et d’une bibliographie : « Le dico flingueur » et « le dico barbouzard », qui traitent donc des deux grands films éponymes. La première, de « Audiard » à « Volfoni », et la seconde, de « Ange de Reims » à « Yankee », nous entrainent à vive allure à travers les lieux de tournage, les biographies des acteurs, auteurs et réalisateurs, les caractéristiques des personnages, les techniques de tournage, la bande originale, les références à l’actualité récente de l’époque, le contexte des oeuvres, etc. Le tout est agrémenté de citations et d’extraits des dialogues, restés dans toutes les mémoires : « Sir, it’s time to break the crust » « Préparez-nous à manger au lieu de nous assommer avec votre patois » ; « Qu’est-ce que vous proposez par rapport aux affaires du Mexicain ? L’autogestion ? Ca marche ça dans les motoculteurs ? » « Ne dis pas de connerie. Pour l’auto, ils veulent toutes les options, mais pour la gestion, y’a plus personne » ; « Chez Mado, c’est l’endroit spacieux. L’atmosphère est propice à la réflexion de l’homme d’action » « Un type qui réfléchit en vous mettant une dégelée, moi je dis que c’est quand même une mauvaise personne » ; etc. Bref, un petit livre sans prétention, mais qui fait beaucoup de bien dans ces périodes moroses ! Retenons également cette phrase de l’introduction à la première partie : « Je n’aime plus les films cultes. Cette expression est devenue un slogan marketing de supermarché, destiné à promouvoir n’importe quel code-barres. A n’en pas douter, le prochain ‘Skip liquide’ est déjà culte. Cette inflation langagière ne laisse donc plus qu’une option aux Tontons flingueurs, celle d’être tout simplement un chef d’œuvre ». Et, en plus, tous les cinéphiles apprendront sans aucun doute beaucoup de choses !

Ed. Hugo et Compagnie, Paris, 2013, 159 pages, 16,90 euros.

ISBN : 978-2-7556-1312-4.

Y'a pas que d'la pomme !
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9 juillet 2013 2 09 /07 /juillet /2013 06:40

Parmi des dizaines d'autres reçus depuis une semaine, voici, simplement, le témoignage d'un jeune chercheur, officier de réserve et doctorant.

 

Témoignage d’un chercheur

J'ai largement diffusé votre réaction au billet du Point sur le SHD. Je partage entièrement votre avis. Depuis la restructuration, il devient de plus en plus difficile, même pour les régiments, de travailler sur leurs propres archives. Je m'explique. En décembre 2012, nous avons demandé à consulter une dizaine de cartons antérieurs et contemporains à la Seconde Guerre mondiale d’un régiment du génie. Les cartons étaient présents mais il fallait revenir en janvier 2013 (demande en novembre 2012) pour les consulter avec une restriction de 5 cartons par jour. Hallucinant, quand on sait finalement que le régiment demande à consulter ses propres archives. Résultat: nous avons renoncé à cette recherche importante pour un dossier de filiation car il nous aurait fallu trop de temps et de moyens pour cela (un officier en mission à Paris sur au minimum une semaine).

Autre exemple concernant un particulier. Un ADC a eu ses deux grands pères tués lors de la Seconde Guerre mondiale. Malgré de nombreuses demandes, mais non spécialiste des questions de recherche en archives, il a été littéralement baladé par plusieurs centres, dont le SHD/Vincennes. Il a fallu, au final, qu'il indique son emploi de fonctionnaire de police et de correspondant défense, pour qu'une réponse lui soit enfin faite. L'aidant dans ses démarches, je constate que le SHD ne répond parfois même plus aux demandes faites par écrit, ou alors ne le fait qu’après d’interminables délais, ce qui est pourtant le BABA du service public.

Enfin, je me souviens de ma maîtrise d'histoire réalisée en 1998, du temps du SHAT. Après une demande de dérogation acceptée sur des cartons de la série 7U (Indochine), j'avais pu travailler toute la journée sur l'ensemble de la série sans problème. Et je m'étais rendu plusieurs fois sur Paris, sans forcément prendre des semaines à l’avance des RDV de ministre. J'étais même conseillé sur place par un conservateur ... Autre temps, autres moeurs. J’en garde un excellent souvenir. Il est donc possible de faire de l’excellent boulot à Vincennes. A l’époque, j’étais étudiant et je n’ai pas souffert du tout d’une volonté de rétention des archives de la part de l’armée de terre. Au contraire même. Il ne faut pas faire ressortir les vieux stéréotypes (mal intentionnés ?) des « conservateurs-vertueux » et des « militaires-cachotiers ». Soyons un peu sérieux .... Ils ne camouflent (au mieux) qu’une réforme (encore une....) mal ficelée, qui fait perdre du sens au projet du Service Historique de la Défense.

Bref, il y a du boulot à faire au SHD pour que ce service redevienne performant, voire opérationnel, tout en étant ouvert sur l’extérieur. Je soutiens entièrement votre démarche ! Arrêtons les conflits de personnes et interrogeons nous plutôt sur la place de l’histoire dans les armées et au-delà !

Christophe Lafaye

SHD : Nombreux témoignages
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5 juillet 2013 5 05 /07 /juillet /2013 06:42

Un vigoureux plaidoyer reçu hier, un "cri du coeur" d'un grand historien qui a passé des semaines, des mois, des années à travailler sur les archives de Vincennes (on se souvient de sa Guerre d'Algérie par les documents), qui a lancé des milliers de mémoires et des centaines de thèses d'histoire militaire et défense, et sait donc parfaitement de quoi il retourne.

 

 PLAIDOYER POUR UN COMMANDEMENT UNIQUE AU SHD


La raison pour laquelle les universitaires fréquentent de moins en moins le SHD tient d'abord à une question tactique, puis à une question de fond.

La première concerne l'incroyable temps perdu et les démarches fastidieuses, avec demande d'un mois, pour consulter cinq malheureux cartons par jour, dont on ne peut au préalable deviner l’éventuelle richesse. Alors que les services américains, britanniques ou allemands facilitent l'accès aux archives, nous, professeurs d'université, constatons qu'en raison du manque chronique de personnel le SHD ressemble à un parcours du combattant pour un chercheur. Ce qui explique que moi-même et bien d'autres collègues nous donnons de moins et moins de sujets de mémoire de master ou de thèse dépendant du corpus de Vincennes. De principales, les archives de Vincennes deviennent simplement complémentaires. Je passe sur les critiques virulentes entendues de la part de collègues étrangers et de la perte d'image...

En fait, et j'ai pu le distinguer depuis mes premières recherches à Vincennes en 1972, la question de fond vient d'une méconnaissance des archives militaires par les conservateurs civils. Le jour où ils ont pris le pouvoir, le SHD a changé d'âme. Ainsi, les JMO que j'ai consultés sur 39-45 ou la guerre d'Algérie, auparavant en consultation libre, sont soumis à dérogation. Cela n'est pas admissible, surtout comparé aux archives de la justice militaire, aux archives judiciaires civiles, ou aux archives de la police ! En outre, vécu par quelques-uns de mes étudiants depuis dix ans environ, faire de l'histoire militaire a quelque chose d'étrange à Vincennes quand on passe par le canal des conservateurs…

Or, il s'agit bien du Service HISTORIQUE de la Défense. Tous les pouvoirs de décision et d'organisation devraient revenir à son seul chef militaire, « facilitateur » du travail de ses subordonnés et des chercheurs extérieurs. Ce service est interactif, il doit produire des études pour le ministère de la Défense, souligner les leçons des RETEX à chaque campagne, et elles deviennent nombreuses depuis l'engagement dans les Balkans. Il est tout à fait anormal que la longue lignée des officiers-historiens de qualité, dans l'esprit du général Jean Delmas, soit à ce point négligée, et pour leur avancement et pour le manque de considération dont ils pâtissent. Autre anomalie, pour le moins étrange, qui montre une nouvelle fois que le ministère de la Défense ne sait pas gérer ses richesses en hommes : on trouve dans différents postes en province, où ils perdent souvent leur temps, des conservateurs officiers ayant fait l’école du Patrimoine, dont la place de droit devrait être à Vincennes.

Dès lors que le politique a décidé le regroupement des services, il faut un seul chef, militaire, et une définition claire des missions. Les dyarchies, quelles qu'elles soient, conduisent à l'impasse. Foch, généralissime unique des alliés a donné la victoire à la coalition. Toute chose étant égale par ailleurs, il faut revenir à cette cohérence de l’organisation et à cet esprit volontariste, en affirmant la forte personnalité du SHD sous commandement militaire, puisque comme le nom l’indique, il s’agit bien de la Défense.


Professeur Jean-Charles Jauffret
Directeur du département d'histoire de Sciences Po Aix

PLAIDOYER POUR UN COMMANDEMENT UNIQUE AU SHD


La raison pour laquelle les universitaires fréquentent de moins en moins le SHD tient d'abord à une question tactique, puis à une question de fond.

 La première concerne l'incroyable temps perdu et les démarches fastidieuses, avec demande d'un mois, pour consulter cinq malheureux cartons par jour, dont on ne peut au préalable deviner l’éventuelle richesse. Alors que les services américains, britanniques ou allemands facilitent l'accès aux archives, nous, professeurs d'université, constatons qu'en raison du manque chronique de personnel le SHD ressemble à un parcours du combattant pour un chercheur. Ce qui explique que moi-même et bien d'autres collègues nous donnons de moins et moins de sujets de mémoire de master ou de thèse dépendant du corpus de Vincennes. De principales, les archives de Vincennes deviennent simplement complémentaires. Je passe sur les critiques virulentes entendues de la part de collègues étrangers et de la perte d'image...

En fait, et j'ai pu le distinguer depuis mes premières recherches à Vincennes en 1972, la question de fond vient d'une méconnaissance des archives militaires par les conservateurs civils. Le jour où ils ont pris le pouvoir, le SHD a changé d'âme. Ainsi, les JMO que j'ai consultés sur 39-45 ou la guerre d'Algérie, auparavant en consultation libre, sont soumis à dérogation. Cela n'est pas admissible, surtout comparé aux archives de la justice militaire, les archives judiciaires civiles, ou les archives de la police ! En outre, vécu par quelques-uns de mes étudiants depuis dix ans environ, faire de l'histoire militaire a quelque chose d'étrange à Vincennes quand on passe par le canal des conservateurs…

Or, il s'agit bien du Service HISTORIQUE de la Défense. Tous les pouvoirs de décision et d'organisation devraient revenir à son seul chef militaire, « facilitateur » du travail de ses subordonnés et des chercheurs extérieurs. Ce service est interactif, il doit produire des études pour le ministère de la Défense, souligner les leçons des RETEX à chaque campagne, et elles deviennent nombreuses depuis l'engagement dans les Balkans. Il est tout à fait anormal que la longue lignée des officiers-historiens de qualité, dans l'esprit du général Jean Delmas, soit à ce point négligée, et pour leur avancement et pour le manque de considération dont ils pâtissent. Autre anomalie, pour le moins étrange, qui montre une nouvelle fois que le ministère de la Défense ne sait pas gérer ses richesses en hommes : on trouve dans différents postes en province, où ils perdent souvent leur temps, des conservateurs officiers ayant fait l’école du Patrimoine, dont la place de droit devrait être à Vincennes.

Dès lors que le politique a décidé le regroupement des services, il faut un seul chef, militaire, et une définition claire des missions. Les dyarchies, quelles qu'elles soient, conduisent à l'impasse. Foch, généralissime unique des alliés a donné la victoire à la coalition. Toute chose étant égale par ailleurs, il faut revenir à cette cohérence de l’organisation et à cet esprit volontariste, en affirmant la forte personnalité du SHD sous commandement militaire, puisque comme le nom l’indique, il s’agit bien de la Défense.


Professeur Jean-Charles Jauffret
Directeur du département d'histoire de Sciences Po Aix

Crise au SHD : un point de vue universitaireCrise au SHD : un point de vue universitaireCrise au SHD : un point de vue universitaire
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  • : Guerres et conflits XIXe-XXIe s. se fixe pour objectif d’être à la fois (sans prétendre à une exhaustivité matériellement impossible) un carrefour, un miroir, un espace de discussions. Sans être jamais esclave de la « dictature des commémorations », nous nous efforcerons de traiter le plus largement possible de toutes les campagnes, de tous les théâtres, souvent dans une perspective comparatiste. C’est donc à une approche globale de l’histoire militaire que nous vous invitons.
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Cafés historiques de La Chouette

Prochaine séance : pour la rentrée de septembre. Le programme complet sera très prochainement mis en ligne.

Publications personnelles

Livres

 

doumenc-copie-1.jpgLa Direction des Services automobiles des armées et la motorisation des armées françaises (1914-1918), vues à travers l’action du commandant Doumenc

Lavauzelle, Panazol, 2004.

A partir de ma thèse de doctorat, la première étude d’ensemble sur la motorisation des armées pendant la Première Guerre mondiale, sous l’angle du service automobile du GQG, dans les domaines de l’organisation, de la gestion et de l’emploi, des ‘Taxis de la Marne’ aux offensives de l’automne 1918, en passant par la ‘Voie sacrée’ et la Somme.

 

La mobilisation industrielle, ‘premier front’ de la Grande Guerre ? mobil indus

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2005 (préface du professeur Jean-Jacques Becker).

En 302 pages (+ 42 pages d’annexes et de bibliographie), toute l’évolution industrielle de l’intérieur pendant la Première Guerre mondiale. Afin de produire toujours davantage pour les armées en campagne, l’organisation complète de la nation, dans tous les secteurs économiques et industriels. Accompagné de nombreux tableaux de synthèse.

 

colonies-allemandes.jpgLa conquête des colonies allemandes. Naissance et mort d’un rêve impérial

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2006 (préface du professeur Jacques Frémeaux).

Au début de la Grande Guerre, l’empire colonial allemand est de création récente. Sans continuité territoriale, les différents territoires ultramarins du Reich sont difficilement défendables. De sa constitution à la fin du XIXe siècle à sa dévolution après le traité de Versailles, toutes les étapes de sa conquête entre 1914 et 1918 (388 pages, + 11 pages d’annexes, 15 pages de bibliographie, index et cartes).

 

 caire damasDu Caire à Damas. Français et Anglais au Proche-Orient (1914-1919)

 14/18 Editions, Saint-Cloud, 2008 (préface du professeur Jean-Charles Jauffret).

Du premier au dernier jour de la Grande Guerre, bien que la priorité soit accordée au front de France, Paris entretient en Orient plusieurs missions qui participent, avec les nombreux contingents britanniques, aux opérations du Sinaï, d’Arabie, de Palestine et de Syrie. Mais, dans ce cadre géographique, les oppositions diplomatiques entre ‘alliés’ sont au moins aussi importantes que les campagnes militaires elles-mêmes.

 

hte silesieHaute-Silésie (1920-1922). Laboratoire des ‘leçons oubliées’ de l’armée française et perceptions nationales

‘Etudes académiques », Riveneuve Editions, Paris, 2009.

Première étude d’ensemble en français sur la question, à partir du volume de mon habilitation à diriger des recherches. Le récit détaillé de la première opération civilo-militaire moderne d’interposition entre des factions en lutte (Allemands et Polonais) conduite par une coalition internationale (France, Grande-Bretagne, Italie), à partir des archives françaises et étrangères et de la presse de l’époque (381 pages + 53 pages d’annexes, index et bibliographie).

 

cdt armee allde Le commandement suprême de l’armée allemande 1914-1916, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général von Falkenhayn 

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Le texte original de l’édition française de 1921 des mémoires de l’ancien chef d’état-major général allemand, accompagné d’un dispositif complet de notes infrapaginales permettant de situer les lieux, de rappeler la carrière des personnages cités et surtout de comparer ses affirmations avec les documents d’archives et les témoignages des autres acteurs (339 pages + 34 pages d’annexes, cartes et index).

 

chrono commChronologie commentée de la Première Guerre mondiale

Perrin, Paris, 2011.

La Grande Guerre au jour le jour entre juin 1914 et juin 1919, dans tous les domaines (militaire, mais aussi politique, diplomatique, économique, financier, social, culturel) et sur tous les fronts. Environ 15.000 événements sur 607 pages (+ 36 pages de bibliographie et d’index).

 

 Les secrets de la Grande Guerrecouverture secrets

Librairie Vuibert, Paris, 2012.

Un volume grand public permettant, à partir d’une vingtaine de situations personnelles ou d’exemples concrets, de remettre en lumière quelques épisodes peu connus de la Première Guerre mondiale, de la question du « pantalon rouge » en août 1914 à l’acceptation de l’armistice par von Lettow-Vorbeck en Afrique orientale, après la fin des hostilités sur le théâtre ouest-européen.

 

Couverture de l'ouvrage 'Mon commandement en Orient'Mon commandement en Orient, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général Sarrail

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2012

Le texte intégral de l'édition originale, passé au crible des archives publiques, des fonds privés et des témoignages des acteurs. Le récit fait par Sarrail de son temps de commandement à Salonique (1915-1917) apparaît véritablement comme un exemple presque caricatural de mémoires d'autojustification a posteriori

 

 

Coordination et direction d’ouvrages

 

Destins d’exception. Les parrains de promotion de l’Ecole Spéciale Militaire de Saint-Cyr

SHAT, Vincennes, 2002.

Présentation (très largement illustrée, 139 pages) des 58 parrains qui ont donné leur nom à des promotions de Saint-Cyr, entre la promotion « du Prince Impérial » (1857-1858) et la promotion « chef d’escadrons Raffalli » (1998-2001).

 

fflLa France Libre. L’épopée des Français Libres au combat, 1940-1945

SHAT, Vincennes et LBM, Paris, 2004.

Album illustré présentant en 191 pages l’histoire et les parcours (individuels et collectifs) des volontaires de la France Libre pendant la Seconde guerre mondiale.

 

marque courageLa marque du courage

SHD, Vincennes et LBM, Paris, 2005.

Album illustré présentant en 189 pages l’histoire des Croix de Guerre et de la Valeur Militaire, à travers une succession de portraits, de la Première Guerre mondiale à la Bosnie en 1995. L’album comporte en annexe une étude sur la symbolique, les fourragères et la liste des unités d’active décorées.

 

  90e anniversaire de la Croix de guerre90-ANS-CROIX-DE-GUERRE.jpg

SHD, Vincennes, 2006.

Actes de la journée d’études tenue au Musée de l’Armée le 16 novembre 2005. Douze contributions d’officiers historiens et d’universitaires, français et étrangers, de la naissance de la Croix de guerre à sa perception dans la société française, en passant les décorations alliées similaires et ses évolutions ultérieures.

 

france grèceLes relations militaires franco-grecques. De la Restauration à la Seconde guerre mondiale 

SHD,Vincennes, 2007.

Durant cette période, les relations militaires franco-grecques ont été particulièrement intenses, portées à la fois par les sentiments philhellènes qui se développent dans l’hexagone (la France est l’une des ‘Puissances protectrices’ dès la renaissance du pays) et par la volonté de ne pas céder d’influence aux Anglais, aux Allemands ou aux Italiens. La campagne de Morée en 1828, l’intervention en Crète en 1897, les opérations en Russie du Sud  en 1919 constituent quelques uns des onze chapitres de ce volume, complété par un inventaire exhaustif des fonds conservés à Vincennes.

 

verdunLes 300 jours de Verdun

Editions Italiques, Triel-sur-Seine, 2006 (Jean-Pierre Turbergue, Dir.).

Exceptionnel album de 550 pages, très richement illustré, réalisé en partenariat entre les éditions Italiques et le Service historique de la Défense. Toutes les opérations sur le front de Verdun en 1916 au jour le jour.

 

DICO-14-18.jpgDictionnaire de la Grande Guerre

(avec François Cochet), 'Bouquins', R. Laffont, 2008.

Une cinquantaine de contributeurs parmi les meilleurs spécialistes de la Grande Guerre, 1.100 pages, 2.500 entrées : toute la Première Guerre mondiale de A à Z, les hommes, les lieux, les matériels, les opérations, les règlements, les doctrines, etc.

 

fochFerdinand Foch (1851-1929). Apprenez à penser

(avec François Cochet), 14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Actes du colloque international tenu à l’Ecole militaire les 6 et 7 novembre 2008. Vingt-quatre communications balayant tous les aspects de la carrière du maréchal Foch, de sa formation à son héritage dans les armées alliées par des historiens, civils et militaires, de neuf nations (461 pages + 16 pages de bibliographie).

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