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14 juin 2016 2 14 /06 /juin /2016 09:30

Parachutistes en Indochine

Marie-Danielle Demélas

Si elles ne furent pas les plus nombreuses (11.000 hommes sur plus de 250.000), les unités parachutistes ont indiscutablement marqué la guerre d'Indochine. Et réciproquement. Cette étude vient donc à point nommé pour nous en présenter certaines réalités.

Il ne s'agit ici d'écrire ni une nouvelle histoire générale de la guerre d'Indochine, ni celle des bataillons parachutistes en tant que tels, mais de suivre tout au long du conflit la vie et les combats des paras eux-mêmes. Nous passons donc en permanence des considérations générales aux détails parfois les plus pragmatiques, le plus souvent soulignés par un témoignage. Les neuf grandes parties reprennent de façon chrono-thématique le "parcours" théorique d'un para, de son départ de métropole à son retour, de l'organisation des unités (sans oublier la "vietnamisation" au début des années 1950), à la vie quotidienne et matérielle avec sa rudesse et ses excès parfois. Se pose alors la question de l'emploi des unités, plutôt type "commandos" (esprit SAS) ou comme infanterie d'intervention d'urgence quand une situation locale se dégrade ? Ultime réserve d'élite du commandant en chef, ou complément des forces traditionnelles insuffisamment nombreuses ? La réponse ne sera jamais durablement apportée, (et le rapport Ely de fin de campagne l'évoque encore). Pour faire la guerre, chaque soldat dispose de son équipement et de ses matériels, dont il porte une grande partie sur son dos en opération : entre 20 et 30 kilos... pour crapahuter dans la boue des rizières ? Une partie consacrée aux "Fractures dans l'armée" met également en relief l'importance des gestionnaires et financiers parisiens aux préoccupations à 1000 lieues des besoins des combattants, tout autant que l'incohérence de l'organisation politico-militaire nationale, sujets contre lesquels les généraux en Indochine doivent "lutter" en permanence. Il y a là quelques belles pages sur les limites à l'exercice de son autorité théorique par le chef militaire, sans oublier toutefois les "étoilés" (ou ceux qui aspirent à le devenir) qui anticipent presque les souhaits des partis pour favoriser leurs carrières. Les lignes sur "le fossé entre les états-majors et les combattants" sont claires, mais auraient aussi mérité d'être mises en perspective car la critique est commune à toutes les guerres. Le livre se termine avec l'inévitable évocation de Dien Bien Phu, à la fois traumatisme et mythe glorieux, et par le retour des prisonniers des camps du Vietminh, préalable à la "rétractation" du dispositif et au départ... pour l'Afrique du Nord où les capitaines et les colonels d'Indochine seront bientôt en situation de commandement.

Un livre qui propose une lecture partielle de la guerre d'Indochine, qui fait le choix d'une approche particulière, mais qui donne aussi de nombreuses informations précises, fait référence à de multiples témoignages et finalement, en rendant le parachutiste d'Indochine (dont on sent bien l'empathie de l'auteure pour eux) plus "normalement humain", donne à ces hommes un surcroît d'exemplarité et de gloire réelle. Un complément indispensable pour quiconque s'intéresse à la guerre d'Indochine.

Vendémiaire, Paris, 2016, 381 pages, 24,- euros.

ISBN : 978-2-36358-204-1.

BCCP et BEP
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28 mai 2015 4 28 /05 /mai /2015 06:00

Les chemins de Diên Biên Phu

L'histoire vraie de six hommes que le destin va projeter

dans la guerre d'Indochine

Franck Mirmont

Deuxième opus en quelques semaines sur le thème de la guerre d'Indochine pour les éditions Nimrod. Deuxième volume original. Deuxième volume réussi.

Franck Mirmont suit le parcours de six hommes très différents jusqu'à Dien Bien Phu, pendant la bataille elle-même, puis après la chute de la place et la captivité. Comment sont-ils arrivés à Dien Bien Phu ? Comment ont-ils vécu la bataille ? Nous faisons ainsi connaissance avec Jean-Louis Rondy, qui s'engage à 18 ans en 1944 après avoir servi la résistance ; avec Jean Guêtre, patissier proche du PCF, entré au 2e Chasseurs d'Afrique au printemps 1939 ; avec Heinrich Bauer, qui rejoint la Légion étrangère à l'été 1948 après avoir connu le système éducatif nazi et avoir été prisonnier des Soviétiques; avec Pierre Latanne, dont l'adolescence fut aussi mouvementée du fait de la guerre et de la résistance, avec Jean Carpentier, fils d'un mineur du Nord, boxeur amateur entré à l'école des apprentis mécaniciens de la flotte de Saint-Mandrier en 1948 ; avec Bernard Ledogar enfin, plus ou moins abandonné par sa famille, confié au Secours national en 1941 et entré en 1953 dans les parachutistes coloniaux. Six parcours totalement différents donc, qui ont en commun l'expérience de la guerre d'Indochine (présentée dans son ensemble au chapitre 14). Nous retrouvons donc nos héros dans leurs affectations respectives, sur les différents territoires, remplissant des missions variées en fonction de leur grade, de leur arme ou de leur unité d'appartenance. Les récits détaillés (pour l'essentiel de 1953-1954) sont ici particulièrement vivants. A partir du chapitre 23, nous entrons dans le récit de la vie dans la cuvette puis des combats de Dien Bien Phu à proprement parler (dont la fête de Noël 1953 chap. 26). Nous suivons donc la bataille avec les yeux du légionnaire, du parachutiste, du médecin, mais aussi du pilote de Privateer. A partir du chapitre 36, qui raconte le largage de Pierre Latanne et du 5e BPVN, voici le récit d'un drame annoncé, tandis que d'autres soldats continuent à se battre, en particulier dans le delta, comme nous le montre le chapitre 39 consacré au ravitaillement et à la défense de postes isolés par la marine. Nous sommes dans la carlingue des avions qui larguent les derniers parachutistes (pour l'honneur), avec ce légionnaire qui rafale debout face à la mitrailleuse viet, avec ce sergent qui assomme à coups de poing ses assaillants pour tenter de se dégager, mais de tous les témoignages, de toutes les anecdotes, de tous les récits, ceux du lieutenant-médecin Rondy sont sans doute parmi les plus complets et les plus poignants. Faits prisonniers à tour de rôle, cinq des six héros du livre doivent supporter la longue marche vers les camps, les privations et les sévices, la mort des camarades, avant que ne vienne enfin la retour à la liberté puis un rapatriement et une "reconversion" délicate. Les témoignages réunis sont ici particulièrement éclairant sur le caractère monstrueux du comportement des gardiens VM.  

Le livre est entrecoupé d'extraits des rapports de la CIA sur la bataille (objet du précédent livre, voir ici) et se termine sur quelques graphiques donnant des précisions statistiques sur les effectifs et les pertes. On apprécie particulièrement le cahier-photo central mais il y a hélas un (petit) regret : je n'ai pas trouvé de sommaire. C'est un peu gênant quand on veut retrouver un point particulier dans un livre de plus de 500 pages, d'autant que parfois on en vient à confondre l'un avec l'autre : lequel était dans la résistance, lequel était patissier proche du PC, lequel... Ces détails de "confort du lecteur" ne nuisent cependant en rien, absolument rien, à l'intérêt de l'ouvrage, très vivement conseillé à tous les amateurs. Une belle présentation croisée de vies qui, à un moment, peuvent se rencontrer, des parcours individuels projetés au coeur de la bataille.

Nimrod Editions, Paris, 2015, 576 pages, 23 euros.

ISBN : 978-2915243628.

Témoignages
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16 mai 2015 6 16 /05 /mai /2015 06:45

La guerre d'Indochine vue par la CIA

Nous l'avions chroniqué avec empressement dès que nous avions eu connaissance (ici).

Le livre est désormais disponible dans toutes les librairies !

Rappel utile...
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2 mai 2015 6 02 /05 /mai /2015 06:00

La guerre d'Indochine

De l'Indochine française aux adieux à Saigon, 1940-1956

Ivan Cadeau

Avec une belle régularité, presque méthodiquement, Ivan Cadeau est en train de s'installer comme l'un des spécialistes des guerres d'extrême-Orient. Avec cette vaste synthèse, il confirme la qualité de ses premiers travaux publiés.

En dix chapitres chronologiques, partant de l'Indochine pendant la Seconde guerre mondiale, il nous entraîne à travers toute la guerre jusqu'à ce printemps 1956 où "la France s'en va sans grandeur". Le propos est mesuré, les nombreuses citations sont équilibrées et l'on apprécie au final les quelques 80 pages de notes, références et bibliographie. Des grandes opérations en événements majeurs, passant de Leclerc à Hô Chi-Minh, de Lattre, Salan, Navarre ou Ely, sans oublier les cadres de contact et le commandement intermédiaire, pas plus que les simples soldats et les populations locales, passant du politique au tactique, ou du diplomatique au stratégique,de l'opération Léa aux "trois cents derniers jours du Tonkin", Ivan Cadeau nous offre une vaste fresque très complète. Pas de révélation, peu de nouveautés dans le livre, mais un tableau équilibré et convaincant, qui évite en particulier les écueils de l'hagiographie inutile.

A connaître et à conserver. Un solide livre de référence, que l'on garder à portée de la main pour pouvoir toujours s'y reporter pour une vérification ou une orientation bibliographique. 

Tallandier, Paris, 2015, 620 pages. 26,90 euros.
ISBN : 979-10-210-1019-2.

Vaste synthèse
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28 avril 2015 2 28 /04 /avril /2015 06:00

La guerre d'Indochine vue par la CIA

(traduit de l'anglais par Franck Mirmont)

Voici un livre aussi étonnant qu'important. Il nous donne en effet la traduction de centaines de pages de rapports et comptes rendus des services américains à leurs autorités politiques sur l'action et le rôle de la France et du CEFEO en Indochine.

Le premier document, daté du 30 mars 1945, revient sur le coup de force japonais de mars 1945, note que l'amiral Decoux désormais "exprimait ouvertement envers De Gaulle" son admiration et souligne qu'en dépit de la violence japonaise "les combats se poursuivaient encore au nord de l'Indochine deux semaines après le coup de force". Le dernier, du 5 août 1955, donne quelques indications sur le retrait des troupes françaises repliées au Sud Vietnam et les tensions avec le gouvernement Diem. Durant cette dizaine d'années, deux phases nettement distinctes. Jusqu'en 1950, on observe, avec les Pentagon Papers, l'ambiguïté des relations franco-américaines. Après une première phase (relativement brève) d'hostilité marquée, tout en confirmant son hostilité aux empires coloniaux "archaïques", l'ambassadeur des Etats-Unis à Paris affirme : "Nous ne sommes pas intéressés à ce que l'administration coloniale d'un empire soit remplacée par des organisations dont le mode de pensée philosophique ou politique émane ou soit contrôlé par le Kremlin". Les commentaires sont encore peu flatteurs en 1948 : "Hô Chi-Minh semble capable de conserver et même d'étendre son emprise sur l'Indochine sans autre aide extérieure que la seule succession à la tête du pays de marionnettes du gouvernement français"... Dès 1950, le ton change, plus personne ne doute du caractère idéologique de la guerre et l'engagement des Etats-Unis au bénéfice des nouveaux Etats associés du Vietnam, du Cambodge et du Laos, mais aussi des troupes françaises elles-mêmes, ne va pas cesser de croître. La position de la France reste toutefois considérée comme "précaire", la menace d'une intervention chinoise est ressentie comme plausible, etc., tous points de vue généralement connus mais dont on trouve ici la preuve écrite. Entre 1952 et 1954 (période qui recouvre les deux-tiers du livre environ), toutes les grandes opérations sont analysées par les Américains, en particulier grâce aux "confidences" qui leur sont faites par les politiques et militaires français qui discutent, semble-t-il , sans a priori ni réserve avec leurs homologues d'outre-Atlantique. Ceux-ci s'intéressent bien sûr aux évolutions du potentiel matériel et opérationnel du Viêt-Minh, autant qu'aux effets des livraisons du MAAG au CEFEO et aux armées nationales autochtones. Globalement, les Français, jusqu'aux plus hauts responsables militaires, ne semblent guère convaincus par l'efficacité de certaines décisions, la pertinence de la conduite des opérations et les effets de la pacification. Leur moral, d'ailleurs, paraît fluctuer fortement au gré des demi-succès ou des demi-échecs. Quelques "perles" aussi : "Le président du Conseil Laniel serait de plus en plus optimiste sur la situation globale en Indochine", le 27 mars 1954... La semaine suivante, le même intervient au milieu de la nuit auprès de l'ambassadeur américain pour expliquer que "l'intervention des appareils d'un porte-avions américain était désormais nécessaire pour sauver Dien Bien Phu". Et le 18 avril, alors que sur place la bataille se poursuit dans les condtions que l'on sait, le général Cogny n'hésite pas à indiquer au consul américain à Hanoi "que le général Navarre et son état-major n'ont exploité aucune opportunité stratégique pour défendre Dien Bien Phu"... Ambiance... Tandis qu'ils s'inquiètent de plus en plus pour le delta du Tonkin mais aussi pour le Cambodge, les responsables français multiplient les appels à l'aide auprès des Américains, tandis que Navarre est présenté comme plaidant en faveur d'un cessez-le-feu total et rapide bien avant la chute de la garnison encerclée. On appréciera enfin la manière dont les Américains rendent compte des appréciations (généralement peu favorables, et bien différentes des discours officiels) portées par de hauts responsables militaires français sur les jeunes armées nationales. Enfin, les relations entre "alliés" français, cambodgiens, vietnamiens et américains sont tout sauf franches en 1955, si l'on en croit la plupart des derniers documents.

Un volume tout particulièrement intéressant, non pas en ce qu'il ferait découvrir des faits ou des avis totalement ignorés, mais parce qu'il replace l'ensemble sous un angle d'analyse exclusivement américain. Un regard différent sur la longue durée de la guerre d'Indochine, dont les chercheurs et amateurs francophones peuvent désormais disposer (en partie, tous les documents du fonds d'origine n'ont évidemment pas été traduits). Ces textes bruts doivent bien sûr être analysés et contextualisés (on peut regretter d'ailleurs l'absence de synthèses partielles ou de notes de bas de page ponctuelles pour replacer un commentaire dans son contexte ou relever des erreurs d'interprétation par exemple), mais ils constituent indiscutablement en eux-mêmes une vraie plus-value pour notre compréhension de  ces années 1945-1955 en Extrême-Orient. Très intéressant. Indiscutablement à connaître.

Nimrod, Paris, 2015, 286 pages, 21 euros

ISBN : 978-2915243635

Sous l'oeil des Américains
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13 avril 2015 1 13 /04 /avril /2015 06:00

La guerre d'Indochine dans le cinéma français

Images d'un trou de mémoire.

Delphine Robic-Diaz

En entendant "guerre d'Indochine", on pense immédiatement Pierre Schoendoerffer, bien sûr, mais il y a, en tout ou partie, quelques dizaines d'autres film. Chiffre certes non négligeable, mais qui, comme le souligne l'auteur dans son introduction, "est loin de concurrencer les centaines de films consacrés à la guerre du Vietnam par le cinéma américain". Guerre méconnue, floue, oubliée, "la guerre d'Indochine est une sorte de rendez-vous manqué entre le cinéma et l'histoire".

La première partie du livre s'ouvre bien sûr sur Pierre Schoendoerffer, "le héraut d'Indochine", son oeuvre et le sens qu'il a voulu lui donner. Puis viennent les réalisateurs d'autres films spécifiquement centrés sur sur la guerre d'Indochine, comme Claude Bernard-Aubert ; un film particulier, Ils étaient cinq, contemporain des combats et censuré ; des fims dont le sujet principal n'est pas l'Indochine, mais où apparaît plus ou moins longuement un "ancien d'Indo" (pas toujours présenté sous son meilleur jour). Delphine Robic-Diaz étudie en particulier les dossiers des commissions de contrôle et de la censure, et donne le détail des procédures, réunions, appels, contestations, etc. pour quelques uns. La seconde s'articule autour de "l'imaginaire colonial" quel'on retrouve au fil des images dans les différents films, la maîtresse autochtone, le métis, les indigènes fidèles ou révoltés, voire le traitre. La troisème partie replace ces productions dans leur contexte et celui du moment de leur réalisation, qu'il s'agisse des "séquelles de la Seconde guerre mondiale" (comme dans L'honneur d'un capitaine), la guerre d'Algérie, ou lorsquela guerre américaine du Vietnam est en toile de fond. La quatrième partie est profondément analytique : qui sont ceux que l'on retrouve dans ces films, quels sont les défauts qui leur sont généralement prêtés, qui furent et comment vécurent les prisonniers du Vietminh. Enfin, la cinquième partie, tout en analysant les différentes traces de l'Indochine (et si possible de la guerre) dans le cinéma, souligne les paradoxes de différentes (nombreuses ?) productions, entre prise de position et nostalgie.

Le livre se termine en particulier sur une filmographie très complète, classée par année de diffusion entre 1952 et 2009, puis sur une présentation technique de ces films, enfin par un classement par genres (du film de guerre à la comédie), avant une copieuse bibliographie (y cmpris plus d'une page de références d'articles de l'auteur elle-même). Une analyse qui parfois en reste à "l'image" de la guerre dans l'opinion publique plus qu'à ce qu'elle fut en réalité, quelques développements à partir de points de détail minuscules, mais au total un livre très intéressant sur le sujet, qui intéressera autant les historiens du conflit que ceux du cinéma.  

Presses universitaires de Rennes, 2015, 358 pages, 21 euros.
ISBN : 978-2-7535-3476-6.

Images... floues
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8 décembre 2014 1 08 /12 /décembre /2014 06:00

Passés à l’ennemi

Des rangs de l’armée française aux maquis viêt-minh, 1945-1954

Adila Bennedjaï-Zou et Joseph Confavreux

Il existe déjà quelques (peu nombreux) ouvrages sur ce thème des soldats du CEFEO ayant choisi de passer dans les rangs viêt-minh pendant la guerre d’Indochine, mais cette étude offre l’intérêt d’ouvrir plus largement le panel en présentant des cas très différents.

Cette caractéristique trouve d’ailleurs bien vite elle-même ses propres limites, que les auteurs expliquent en précisant qu’il s’agit d’une histoire à hauteur d’hommes. Et, de fait, les différents chapitres sont structurés autour de cas individuels. Ce n’est qu’en toute fin d’ouvrage que nous trouvons quelques chiffres, pour les métropolitains, les légionnaires et les soldats issus d’Afrique du Nord ou d’Afrique noire, parcellaires ou forts différents, qui permettent difficilement de cerner l’ampleur du phénomène. Finalement, autour de 2.000 « ralliés » ? Ce chiffre, qui est à placer en face de l’effectif total ayant effectué au moins un séjour en Indochine pendant les dix années concernées, est-il vraiment significatif, si l’on considère avec les auteurs la très grande diversité des motivations individuelles, finalement peu ou rarement idéologiques ? Ils le reconnaissent d’ailleurs p. 229 : « L’importance des ralliés d’Indochine ne se mesure cependant pas à leur nombre, mais à l’itinéraire personnel et historique, qu’ils permettent de saisir ». Et c’est bien là que réside l’intérêt premier du livre : retracer avec parfois énormément de précisions (à la suite d’entretiens conduits avec les survivants par exemple) ces parcours individuels atypiques. De ce point de vue, le livre est tout-à-fait passionnant, dans ce qu’il dit, ce qu’il démontre et ce qu’il laisse comprendre (en particulier sur l’organisation des « retours » vers l’Ouest ou l’Afrique du Nord à partir des années 1960) et par les indications qu’il donne ponctuellement sur la ligne du PCF en métropole, très réservé sur ces cas personnels mais qui soutiendra discrètement les intéressés et facilitera leur réinsertion ultérieure. Ainsi, « les ralliés se situent à une position charnière entre l’intimité des individus et les grands mouvements de l’histoire ».

La question « ralliés ou traitres ? » ne se pose pas en réalité, puisqu’ils sont de fait déserteurs d’une armée régulière et ont participé, par les armes ou la propagande, à la lutte contre leurs anciens camarades. On peut tourner la question dans tous les sens : ils ont pris le risque de faire un choix personnel interdit et ils ont longtemps assumé cet engagement. Est-il donc étonnant qu’ils en aient connu l’inconfort et quelques conséquences, par ailleurs bien moins rudes ou définitives que celles subie par ceux, infiniment majoritaires, qui servirent avec abnégation ? A retenir pour les témoignages collectés et pour l’illustration qui est faite de la diversité des motivations et des parcours.

Tallandier, Paris, 2014, 286 pages. 20,90 euros.

ISBN : 979-10-210-0684-3.

Ralliés ou traîtres ?
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21 mai 2014 3 21 /05 /mai /2014 06:20

Le repos des guerriers

Les bordels militaires de campagne pendant la guerre d'Indochine

Jean-Marc Binot

Après une étude embrassant (sans jeu de mots) une large période historique publiée à l'automne dernier par Christian Benoit (ici), voici un livre consacré plus spécifiquement à la guerre d'Indochine, territoire nimbé de rêves exotiques pour de nombreux soldats désignés pour le CEFEO.

Organisé en neuf chapitres faciles à lire et ponctués de très nombreuses citations, le livre aborde toutes les facettes du dossier, de la sollitude de jeunes hommes qui séjournent longtemps sur une terre lointaine, à la nécessité sanitaire de lutter contre la prolifération des maladies vénériennes, des impératifs de sécurité du corps expéditionnaire à la recherche du renseignement par le Vietminh. Il s'intéresse aux conséquences de la loi Marthe Richard en métropole (en particulier, mais pas uniquement, pour les unités d'Afrique du Nord qui y sont stationnées), au fonctionnement interne et réglementé de ces BMC sur le territoire indochinois (et même aux arriérés de paiement de quelques "consommateurs" indélicats), aux modalités de recrutement des filles et à leurs contrats, mais aussi aux relations ambigües entretenues avec les unités au sein desquelles elles sont parfois quasiment intégrées. Le chapitre 8 est entièrement consacré aux "Anges de Dien Bien Phu",devenues "aides-soignates de fortune" sur Huguette. Soucieux de rigueur, l'auteur confronte les témoignages, note les contradictions et tente de les expliquer ou de les comprendre, n'hésite pas à signaler les souvenirs reconstruits (ou simplement "fabriqués"). Il s'efforce d'établir à la fin de son étude un bilan aussi objectif que possible de cet encadrement de la prostitution au sein du CEFEO : les objectifs affichés ont-ils été atteints ? La réponse est pour le moins mesurée et c'est peu dire que les rapports du Service de santé laissent dubitatifs.

Ce livre est également particulièrement bien documenté, à partir de nombreuses sources d'archives, d'une bibliographie que l'on ne pensait pas si importante et d'un nombre impressionnant de témoignages. Au final, une étude utile sur la vie du corps expéditionnaire et celle des soldats. 

Fayard, Paris, 2014, 309 pages, 22 euros.
ISBN : 978-2-213-64422-6.

Les BMC
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20 mai 2014 2 20 /05 /mai /2014 06:20

Les services secrets français

en Indochine

Jean-Marc Le Page

Réédition en format poche de l'ouvrage paru il y a deux ans chez le même éditeur et que nous chroniquions en juin 2012, accompagné d'un entretien avec l'auteur (ici).

Il n'y a pas un mot à retirer : non seulement très utile, mais même indispensable pour quiconque espère comprendre l'organisation et le fonctionnement des services français durant cette période. Doit absolument figurer comme outil de travail et de référence dans toute bonne bibliothèque.

Nouveau Monde Poche, Paris, 2014, 523 pages, 9 euros.

ISBN : 978-2-36942-003-3.

Services secrets
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19 mars 2014 3 19 /03 /mars /2014 06:25

L'espoir meurt en dernier

Bernard Grué

Exceptionnelle carrière militaire que celle du colonel Grué, dont il ne nous raconte dans ce volume que la partie indochinoise, avec le 3e REI.

Les trois premiers chapitres sont consacrés au début de carrière de Bernard Grué, de son entrée à Saint-Cyr à la fin de la Seconde guerre mondiale, à ses premiers mois en Indochine avec le 3e Etranger et aux combats de Dong Khé en septembre 1950. Nous le suivons ainsi dans ses responsabilités de lieutenant, chef de poste, responsable de la vie quotidienne comme des opérations, et nous assitons aux terribles combats, de jour et du nuits, aux pertes qui se multiplient, jusqu'à "faire Camerone" dans un blockhaus en feu et à être fait prisonnier. Il connait ensuite quatre années en "rééducation" au camp n° 1 d'abord, puis en d'autres sites aussi sinistres. En phrases brèves, il raconte la mort des camarades, les interrogatoires, les commissaires politiques, la faim, les punitions, le travail forcé, des rencontres atypiques. A l'été 1954, il sera enfin libérés, avec les autres survivants. En conclusion, il explique de façon très pragmatique comment il a pu survivre, avec de nombreux autres officiers, grâce à une discipline de vie et à des mesures préventives "d'hygiène" (autant que possible), puis pourquoi il a fait le choix de rester dans l'armée à l'issue de ce calvaire : "J'avais conscience d'avoir fait mon devoir jusqu'au bout. Et cela m'a sûrement aidé à conserver mon équilibre et à ne pas me renier sous prétexte que j'avais perdu une bataille sans l'avoir mérité".

Un témoignage simple et qui complète utilement les ouvrages déjà publiés.

Editions du Rocher, Monaco, 2014, 189 pages, 18 euros.
ISBN : 978-2-26807-578-5.

Un officier en guerre d'Indochine
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Qui Suis-Je ?

  • : Guerres-et-conflits
  • : Guerres et conflits XIXe-XXIe s. se fixe pour objectif d’être à la fois (sans prétendre à une exhaustivité matériellement impossible) un carrefour, un miroir, un espace de discussions. Sans être jamais esclave de la « dictature des commémorations », nous nous efforcerons de traiter le plus largement possible de toutes les campagnes, de tous les théâtres, souvent dans une perspective comparatiste. C’est donc à une approche globale de l’histoire militaire que nous vous invitons.
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Cafés historiques de La Chouette

Prochaine séance : pour la rentrée de septembre. Le programme complet sera très prochainement mis en ligne.

Publications personnelles

Livres

 

doumenc-copie-1.jpgLa Direction des Services automobiles des armées et la motorisation des armées françaises (1914-1918), vues à travers l’action du commandant Doumenc

Lavauzelle, Panazol, 2004.

A partir de ma thèse de doctorat, la première étude d’ensemble sur la motorisation des armées pendant la Première Guerre mondiale, sous l’angle du service automobile du GQG, dans les domaines de l’organisation, de la gestion et de l’emploi, des ‘Taxis de la Marne’ aux offensives de l’automne 1918, en passant par la ‘Voie sacrée’ et la Somme.

 

La mobilisation industrielle, ‘premier front’ de la Grande Guerre ? mobil indus

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2005 (préface du professeur Jean-Jacques Becker).

En 302 pages (+ 42 pages d’annexes et de bibliographie), toute l’évolution industrielle de l’intérieur pendant la Première Guerre mondiale. Afin de produire toujours davantage pour les armées en campagne, l’organisation complète de la nation, dans tous les secteurs économiques et industriels. Accompagné de nombreux tableaux de synthèse.

 

colonies-allemandes.jpgLa conquête des colonies allemandes. Naissance et mort d’un rêve impérial

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2006 (préface du professeur Jacques Frémeaux).

Au début de la Grande Guerre, l’empire colonial allemand est de création récente. Sans continuité territoriale, les différents territoires ultramarins du Reich sont difficilement défendables. De sa constitution à la fin du XIXe siècle à sa dévolution après le traité de Versailles, toutes les étapes de sa conquête entre 1914 et 1918 (388 pages, + 11 pages d’annexes, 15 pages de bibliographie, index et cartes).

 

 caire damasDu Caire à Damas. Français et Anglais au Proche-Orient (1914-1919)

 14/18 Editions, Saint-Cloud, 2008 (préface du professeur Jean-Charles Jauffret).

Du premier au dernier jour de la Grande Guerre, bien que la priorité soit accordée au front de France, Paris entretient en Orient plusieurs missions qui participent, avec les nombreux contingents britanniques, aux opérations du Sinaï, d’Arabie, de Palestine et de Syrie. Mais, dans ce cadre géographique, les oppositions diplomatiques entre ‘alliés’ sont au moins aussi importantes que les campagnes militaires elles-mêmes.

 

hte silesieHaute-Silésie (1920-1922). Laboratoire des ‘leçons oubliées’ de l’armée française et perceptions nationales

‘Etudes académiques », Riveneuve Editions, Paris, 2009.

Première étude d’ensemble en français sur la question, à partir du volume de mon habilitation à diriger des recherches. Le récit détaillé de la première opération civilo-militaire moderne d’interposition entre des factions en lutte (Allemands et Polonais) conduite par une coalition internationale (France, Grande-Bretagne, Italie), à partir des archives françaises et étrangères et de la presse de l’époque (381 pages + 53 pages d’annexes, index et bibliographie).

 

cdt armee allde Le commandement suprême de l’armée allemande 1914-1916, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général von Falkenhayn 

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Le texte original de l’édition française de 1921 des mémoires de l’ancien chef d’état-major général allemand, accompagné d’un dispositif complet de notes infrapaginales permettant de situer les lieux, de rappeler la carrière des personnages cités et surtout de comparer ses affirmations avec les documents d’archives et les témoignages des autres acteurs (339 pages + 34 pages d’annexes, cartes et index).

 

chrono commChronologie commentée de la Première Guerre mondiale

Perrin, Paris, 2011.

La Grande Guerre au jour le jour entre juin 1914 et juin 1919, dans tous les domaines (militaire, mais aussi politique, diplomatique, économique, financier, social, culturel) et sur tous les fronts. Environ 15.000 événements sur 607 pages (+ 36 pages de bibliographie et d’index).

 

 Les secrets de la Grande Guerrecouverture secrets

Librairie Vuibert, Paris, 2012.

Un volume grand public permettant, à partir d’une vingtaine de situations personnelles ou d’exemples concrets, de remettre en lumière quelques épisodes peu connus de la Première Guerre mondiale, de la question du « pantalon rouge » en août 1914 à l’acceptation de l’armistice par von Lettow-Vorbeck en Afrique orientale, après la fin des hostilités sur le théâtre ouest-européen.

 

Couverture de l'ouvrage 'Mon commandement en Orient'Mon commandement en Orient, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général Sarrail

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2012

Le texte intégral de l'édition originale, passé au crible des archives publiques, des fonds privés et des témoignages des acteurs. Le récit fait par Sarrail de son temps de commandement à Salonique (1915-1917) apparaît véritablement comme un exemple presque caricatural de mémoires d'autojustification a posteriori

 

 

Coordination et direction d’ouvrages

 

Destins d’exception. Les parrains de promotion de l’Ecole Spéciale Militaire de Saint-Cyr

SHAT, Vincennes, 2002.

Présentation (très largement illustrée, 139 pages) des 58 parrains qui ont donné leur nom à des promotions de Saint-Cyr, entre la promotion « du Prince Impérial » (1857-1858) et la promotion « chef d’escadrons Raffalli » (1998-2001).

 

fflLa France Libre. L’épopée des Français Libres au combat, 1940-1945

SHAT, Vincennes et LBM, Paris, 2004.

Album illustré présentant en 191 pages l’histoire et les parcours (individuels et collectifs) des volontaires de la France Libre pendant la Seconde guerre mondiale.

 

marque courageLa marque du courage

SHD, Vincennes et LBM, Paris, 2005.

Album illustré présentant en 189 pages l’histoire des Croix de Guerre et de la Valeur Militaire, à travers une succession de portraits, de la Première Guerre mondiale à la Bosnie en 1995. L’album comporte en annexe une étude sur la symbolique, les fourragères et la liste des unités d’active décorées.

 

  90e anniversaire de la Croix de guerre90-ANS-CROIX-DE-GUERRE.jpg

SHD, Vincennes, 2006.

Actes de la journée d’études tenue au Musée de l’Armée le 16 novembre 2005. Douze contributions d’officiers historiens et d’universitaires, français et étrangers, de la naissance de la Croix de guerre à sa perception dans la société française, en passant les décorations alliées similaires et ses évolutions ultérieures.

 

france grèceLes relations militaires franco-grecques. De la Restauration à la Seconde guerre mondiale 

SHD,Vincennes, 2007.

Durant cette période, les relations militaires franco-grecques ont été particulièrement intenses, portées à la fois par les sentiments philhellènes qui se développent dans l’hexagone (la France est l’une des ‘Puissances protectrices’ dès la renaissance du pays) et par la volonté de ne pas céder d’influence aux Anglais, aux Allemands ou aux Italiens. La campagne de Morée en 1828, l’intervention en Crète en 1897, les opérations en Russie du Sud  en 1919 constituent quelques uns des onze chapitres de ce volume, complété par un inventaire exhaustif des fonds conservés à Vincennes.

 

verdunLes 300 jours de Verdun

Editions Italiques, Triel-sur-Seine, 2006 (Jean-Pierre Turbergue, Dir.).

Exceptionnel album de 550 pages, très richement illustré, réalisé en partenariat entre les éditions Italiques et le Service historique de la Défense. Toutes les opérations sur le front de Verdun en 1916 au jour le jour.

 

DICO-14-18.jpgDictionnaire de la Grande Guerre

(avec François Cochet), 'Bouquins', R. Laffont, 2008.

Une cinquantaine de contributeurs parmi les meilleurs spécialistes de la Grande Guerre, 1.100 pages, 2.500 entrées : toute la Première Guerre mondiale de A à Z, les hommes, les lieux, les matériels, les opérations, les règlements, les doctrines, etc.

 

fochFerdinand Foch (1851-1929). Apprenez à penser

(avec François Cochet), 14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Actes du colloque international tenu à l’Ecole militaire les 6 et 7 novembre 2008. Vingt-quatre communications balayant tous les aspects de la carrière du maréchal Foch, de sa formation à son héritage dans les armées alliées par des historiens, civils et militaires, de neuf nations (461 pages + 16 pages de bibliographie).

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