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5 avril 2013 5 05 /04 /avril /2013 07:00

La révolution militaire napoléonienne

Stéphane Béraud

Vol. 1 : Les manoeuvres

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L'auteur annonce dans son avant-propos que ces deux volumes constitueront, à terme, un ensemble plus large encore avec deux autres tomes à paraître (sur "Les combats" de la période 1805-1807 et sur "Les dysfonctionements ultérieurs") et il faut féliciter l'éditeur de s'être engagé, chose rare aujourd'hui, dans la publication d'une telle série. Stéphane Béraud précise par ailleurs qu'il souhaite présenter une synthèse de la 'révolution militaire napoléonienne', "à travers une analyse thématique des différentes disciplines de l'art militaire".

Dans ce premier livre, Stéphane Béraud s'intéresse tout particulièrement aux "Manoeuvres" et commence donc naturellement par décrire l'outil (le corps d'armée), plus les caractéristiques générales des guerres de l'empereur ("Une guerre continentale", la notion (un peu anachronique quand même) de "Projection de forces", ... à pied). On apprécie d'ailleurs dans cette partie, par exemple, le chapitre consacré à l'importance (prouvée par les documents) que Napoléon accorde tout simplement aux chaussures dont doivent être impérativement dotés les soldats avant le début d'une campagne. Il aborde ensuite dans la première grande partie la question des valeurs, de l'honneur, de l'idéal, sous le titre des "Motivations idéologiques" (chap. II), puis la fondamentale question de "La nouvelle donne logistique" (chap. III) avec en particulier les difficultés de l'artillerie, l'incapacité du secteur privé à fournir les moyens nécessaires à prix honnête et la militarisation progresive des soutiens, sans oublier le côté "obscur" : la maraude et le pillage (sévèrement réprimé) dans les villages traversés. Il revient dans une deuxième partie sur des notions importantes pour un chef militaire (planification, renseignement, préparation de la manoeuvre, couverture) et insiste sur le rôle et l'organisation de l'avant-garde avant de revenir longuement au corps d'armée, en illustrant son propos par l'exemple du corps de Lannes à Friedland. Le chapitre VI traite à la fois du commandement par l'empereur en personne (maison militaire, état-major), de la transmission des ordres et de leur compréhension par les échelons subordonnés  (la critique des maréchaux interviendra peut-être dans un prochain volume ?). Enfin, la troisième et dernière partie s'articule en deux chapitres principaux autour de l'analyse des manoeuvres de diversion (chap. VII) et de la dislocation du centre de gravité de l'ennemi (chap. VIII), sur les arrières ou en position centrale. Au total, on a la confirmation d'un Napoléon qui prend en compte, sans l'exprimer toujours nettement, non seulement les échelons tactique et stratégique, mais aussi une sorte de "pré-opératif" à l'échelle d'une campagne dans son ensemble, conçue comme un tout dans ses différentes facettes, ce qui est à l'époque novateur.

Complété par de nombreuses cartes, des encarts, des organigrames et des tableaux, ce livre sera précieux pour tous les amateurs de l'épopée impériale. Certains pourront lui reprocher son côté très descriptif, mais c'est aussi cela qui fait les documents de référence auxquels on peut se reporter sans hésitation.

 

Vol. 2 : Les batailles

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Le deuxième tome de cette Révolution militaire napoléonienne s'attache à "décrypter" la tactique générale, selon l'ancienne formulation, que Stéphane Béraud définit en introduction comme "l'emploi des différents moyens militaires lors de la préparation et de la conduite dela bataille".

Après avoir rappelé dans une première partie ce qu'étaient les batailles des siècles précédents et les évolutions tactiques apparues à la fin du XVIIIe s., l'auteur décrit par le menu "la bataille napoléonienne, résultante de la manoeuvre"; dans son tempo comme dans le rapport de force localement établi avec l'adversaire : Marengo, Austerlitz, Ulm, Iéna-Auerstaedt, Jonkowo et Eylau, Essling, Castiglione, Wagram sont ici successivement disséquées à travers plusieurs"filtres" : "La bataille imposée", "La bataille provoquée", "La bataille acceptée", "La défaite évitée", "la fixation des forces de l'adversaire", "L'attaque décisive", "L'exploitation et la poursuite" (à dire vrai, revenir à plusieurs reprises et à plusieurs pages d'écart sous différents angles sur les mêmes batailles exige du lecteur une grande faculté d'attention, au risque de se perdre). Enfin, la partie finale (qui est tout aussi intéressante que les précédentes, très "militaro-militaires" et "tactico-tactiques") traite de la "Représentation napoléonienne de la bataille", son utilisation à l'égard de l'opinion publique, son instrumentalisation par le texte et la peinture en particulier. Il s'agit bien là en effet d'une part importante de "La construction des légendes napoléoniennes".

Finalement, "la bataille séquentielle napoléonienne est une bataille qui peut être qualifiée de décisive dans la mesure où elle rompt avec les batailles linéaires d'attrition". Ce volume 2 bénéficie de la même mise en page soignée que le précédent (cartes nombreuses -77 !-, encarts, etc.) qui en facilite la lecture, et se termine par un utile "Glossaire de tactique générale napoléonienne" et une bibliographie critique.

Deux très intéressants volumes, pour lesquels ici ou là on peut émettre des analyses divergentes, mais solidement charpentés et argumentés, qui méritent de figurer en bonne place dans toute bonne bibliothèque.

Bernard Giovanangeli Editeur, Paris, vol. 1 = 2013 (rééd.), 351 pages, 35 euros ; vol. 2 = 2013, 383 pages, 28 euros.

ISBN : vol. 1 = 978-2-7587-0004-3, vol. 2 = 978-2-7587-0104-0.

L'auteur a bien voulu nous apporter quelques précisions :

Question : Pouvez-vous nous expliquer quel a été votre parcours et comment vous en êtes arrivé à rédiger ce monumental ensemble ?

Réponse : J’ai une formation de « généraliste pluridisciplinaire » (diplôme de l’Institut d’Études Politiques de Paris comprenant une formation en histoire, droit et économie) avec une appétence depuis toujours pour l’histoire militaire et la stratégie. Mes fonctions de cadre supérieur dans une institution napoléonienne (la Banque de France) ont développé mon intérêt pour la sociologie des organisations et pour toutes les questions liées aux techniques de prise de décisions. Mes loisirs (reconstitution napoléonienne en uniforme -je suis membre de l’association du Xe Escadron qui reconstitue l’unité des chasseurs à cheval de la Garde- et jeux de simulation militaire sur plateau ) stimulent mes convictions en faveur d’une histoire militaire vue tant à travers le prisme du « vécu du combattant » que de la « conduite des opérations ».

J’ai décidé de me lancer à la fin des années 1990 dans l’écriture d’ouvrages sur la stratégie napoléonienne en raison de l’abandon de ce domaine d’études par les universitaires français. J’étais à l’époque frustré par la pauvreté des ouvrages français sur le sujet. J’étais notamment marqué par l’absence de carte dans ces ouvrages. Pour pouvoir lire des ouvrages avec des cartes lisibles et esthétiques, il faut encore trop souvent se référer à des ouvrages anglo-saxons. Mon objectif était donc de fournir aux lecteurs une analyse critique thématique de la guerre napoléonienne. L’approche thématique vise à éviter le piège de la description chronologique qui dispense bien souvent de toute réflexion sur les causes des réussites ou des échecs des évènements militaires étudiés. Enfin, l’approche de mes ouvrages est largement cartographique car il me semble inconcevable d’élaborer un ouvrage de stratégie militaire sans carte. C’est pourquoi, je dessine moi-même les cartes, ce qui présente en outre  l’avantage d’éviter toute contradiction avec le texte.

NAPOLEON ARCOLE

Question : Vous précisez en introduction que les années 1807-1808 constituent une sorte de rupture à partir desquelles apparaissent des « dysfonctionnements ». Pourquoi avoir retenu cette période et non pas une date plus proche par exemple de la campagne de Russie ?

Réponse : Dans l’introduction, je précise que les « années de gloire » étudiées dans ce volume 2 concernent la période 1805-1809. C’est la période durant laquelle, Napoléon parvient à conclure rapidement ses campagnes militaires par une « bataille décisive ». Cette bataille lui permet en effet d’atteindre ses buts de guerre en obligeant ses adversaires à accepter ses conditions de paix. Cependant, on peut observer des dysfonctionnements dans la machine de guerre napoléonienne à partir de 1808.

La première raison tient au déclenchement de la guerre d’Espagne qui draine une proportion de plus en plus importante des vétérans de la Grande Armée. Celle–ci est d’ailleurs dissoute à cette date et Napoléon ne retrouvera plus une armée avec des troupes d’une telle qualité. Il sera obligé de combattre sur deux fronts avec des troupes de plus en plus hétérogènes (cf. le recours à une part croissante de jeunes conscrits et d’étrangers pour les campagnes de 1809, 1812 et 1813). Une deuxième raison tient aux réformes, entamées au sein des armées coalisées, suite aux défaites subies lors des années 1805-1807. La campagne de 1809 voit l’entrée en scène d’une armée autrichienne modernisée sous l’impulsion de l’archiduc Charles, qui s’inspire notamment du modèle français pour expérimenter l’organisation en corps. Il ne parviendra pas à la débarrasser de ses travers traditionnels (comme la lenteur des mouvements), mais il réussira à infliger à Napoléon sa première défaite à Essling.

Question : Ne risque-t-il pas d’y avoir, en particulier en les volumes 2 (« Les batailles ») et 3 (« Les combats ») des répétitions ? Comment organisez-vous la distinction entre ces deux volumes (dont le dernier encore à paraître) ?

Réponse : Pour que le lecteur comprenne cette distinction, je dois préciser la logique générale de l’articulation des différents volumes. J’avais initialement l’intention d’écrire trois volumes pour analyser la révolution militaire : un premier volume sur l’opératique, un deuxième sur la tactique et un dernier sur la stratégie. J’ai commencé par l’opératique car c’est le compartiment de la guerre napoléonienne le plus révolutionnaire. C’est celui dans lequel la rupture est la plus importante avec la période précédente. Je devais ensuite traiter de la tactique qui découle de l’opératique avant de conclure par les facteurs stratégiques de l’échec du projet napoléonien.

Je vais conserver cette logique mais d’une trilogie, je passe à une tétralogie car j’ai décidé, pour des raisons pédagogiques et éditoriales, de diviser en deux volumes la partie tactique : le volume 2 qui vient de paraître traite de la « tactique générale » que je définis comme le déploiement des troupes et l’utilisation des armes dans la bataille. Ce volume est donc concentré sur la bataille, son articulation avec la manœuvre opératique, ses caractéristiques spécifiques par rapport aux batailles frédériciennes. Le prochain volume sera axé sur les combats définis comme des affrontements de moindre ampleur (ne pouvant pas aboutir à des résultats stratégiques) intervenant en dehors ou dans la bataille. Ce volume couvrira ce qu’on appelle généralement les tactiques d’armes avec des développements sur la coordination interarmes qui constitue un paramètre essentiel de la révolution napoléonienne. Alors que les deux premiers volumes sont marqués par une analyse reposant principalement sur « la conduite des opérations », le 3e volume adoptera une approche plus centrée sur « le vécu du combattant ».

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Question : De toutes les batailles étudiées dans le volume 2, laquelle vous semble la plus caractéristique de « l’art de la guerre napoléonien » et pourquoi ?

Réponse : Il est difficile de désigner une bataille napoléonienne archétypique comme c’est le cas de la bataille de Leuthen pour les batailles frédériciennes. On ne peut en effet isoler la bataille de la manœuvre opératique qui la précède. En fonction de ce contexte opératique, je distingue la bataille « dans la manœuvre » de la bataille « en dehors de la manœuvre ». La première est une bataille imposée à l’adversaire qui se produit généralement à l’intérieur de l’espace de manœuvre défini au début de la campagne par Napoléon. La bataille d’Iéna constitue un bon exemple de ce modèle d’autant qu’elle donne lieu à une phase de poursuite caractéristique du continuum des opérations qui permet la dislocation des forces adverses. La deuxième est une bataille qui n’a pas pu être imposée à l’adversaire. C’est au contraire une bataille acceptée par ce dernier, sur un terrain et à un moment qu’il est en mesure de choisir. Cette bataille prend généralement la forme de ce que je qualifie de « bataille avec combinaisons », laquelle consiste en une succession de phases visant à provoquer, sur le plan de la tactique générale, un déséquilibre dans le dispositif ennemi que la manœuvre n’a pas pu créer sur le plan opératique. L’affrontement de Wagram, avec l’attaque de débordante de Davout puis l’attaque de rupture de Macdonald, est une bonne illustration de ce type de bataille.

Question : Finalement, l’empereur est à la fois le produit d’une époque antérieure, un grand capitaine de son temps et annonce une importante « descendance intellectuelle et militaire ». Quelle part de cet héritage vous semble particulièrement importante à retenir ?

Réponse : L’héritage militaire napoléonien est source d’ambiguïtés. Les lectures clausewitziennes, opérées par les écoles et états-majors militaires avant la première guerre mondiale, n’ont trop souvent retenu des campagnes napoléoniennes que le concept de bataille d’anéantissement. Dans le volume 2, je cherche à relativiser le rôle de la bataille. Celle-ci est un pilier essentiel permettant d’atteindre les buts de guerre mais elle est inséparable du pilier opératique. C’est la manœuvre opératique, détaillée dans le volume 1, qui détermine les conditions du succès et la portée des actions tactiques. Dans ce contexte, ce sont les actions morales fondées sur les opérations de surprise et de déception qui permettent de déséquilibrer le dispositif adverse plus que la destruction matérielle du gros des forces ennemies. Selon Napoléon, « à la guerre, les trois quarts des affaires sont des affaires morales ; la balance des forces réelles n’est que pour un autre quart ». On peut dès lors rattacher Napoléon à l’école de la stratégie indirecte plutôt que d’en faire le parfait représentant de l’affrontement tactique « du fort au fort » caractéristique du « modèle occidental de la guerre ». Il me semble donc que la principale leçon napoléonienne à retenir est la primauté donnée aux forces morales.

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Question : Vous précisez en conclusion que vous souhaitez suivre une approche en termes « d’histoire totale ». Pourriez-vous préciser ce que cela signifie ?

Réponse : L’objectif de « La révolution militaire napoléonienne » est de présenter les ressorts des succès et revers militaires de Napoléon en associant toutes les disciplines concernées des sciences humaines. Les deux premiers volumes ont donné une large part aux analyses proprement militaires de la conduite des opérations dans le champ de la stratégie opérationnelle et de la tactique générale. Le troisième volume complètera ces analyses par des approches sociologiques et anthropologiques en mettant l’accent sur la vie quotidienne et les motivations du combattant napoléonien.

La perspective sera élargie dans le quatrième volume : ce dernier volume traitera à la fois des dysfonctionnements opératiques et tactiques mais également de l’échec stratégique final. Pour expliciter ce dernier thème, j’ai l’intention d’étudier les buts de guerre impériaux et les initiatives diplomatiques mises en œuvre. Je présenterai la géopolitique napoléonienne avec une analyse notamment de la stratégie maritime. Les facteurs économiques et commerciaux seront bien sûr également pris en compte. Enfin, la question déterminante du financement des guerres permettra de comparer les politiques fiscales et les politiques d’endettement public suivies à cette époque en France et en Angleterre. Au terme de ces quatre volumes, le lecteur devrait disposer d’un panorama complet de tous les compartiments de la guerre napoléonienne.

Bravo pour cette belle entreprise, et surtout plein succès dans vos travaux.

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5 avril 2013 5 05 /04 /avril /2013 06:55

Les drones

Enjeux opérationnels, juridiques, sociaux et éthiques

Ateliers du CESA

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Dans le cadre des réguliers Ateliers du CESA, cet après-midi de réflexions et d'échanges sur un thème particulièrement important aujourd'hui. Il se tiendra en amphithéâtre Louis de l'Ecole militaire le mardi 9 avril prochain de 14h00 à 16h00.

Renseignements et inscription : air.cesa.manifestation.lst@intradef.gouv.fr

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5 avril 2013 5 05 /04 /avril /2013 06:50

Les images retrouvées des Khmers rouges

ARTE  -  6 avril

KHMERS ROUGES

Demain 6 avril, sur Arte, dans la série "Mystères d'archives", rediffusion à une heure raisonnable (17h30) du documentaire sur les Khmers rouges. Les téléspectateurs n'hésiteront pas à se reporter à l'excellent Pourquoi les Khmers rouges ?, de Henri Locard, récemment chroniqué (ici).

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5 avril 2013 5 05 /04 /avril /2013 06:49

L'archéologie de la Grande Guerre

Yves Desfossés

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Yves Desfossés, conservateur régional de l'archéologie en Champagne-Ardennes, tiendra une conférence sur ce thème au musée de la Grande Guerre de Meaux, le dimanche 7 avril à 14h30 (accès gratuit). On connait bien aujourd'hui la plus-value apportée aux travaux des historiens par cette "archéologie du monde contemporain", qui mérite d'être mieux connue du grand public.

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4 avril 2013 4 04 /04 /avril /2013 07:05

Afrikakorps

L'armée de Rommel

Benoît Rondeau

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Benoît Rondeau, collaborateur bien connu de revues grand public sur la Deuxième guerre mondiale et déjà (co)auteur en particulier d'un Dictionnaire du Débarquement (Ouest-France éditions, 2011), nous propose aujourd'hui une étude d'ensemble sur l'Afrikakorps, de la décision allemande de soutenir l'allié italien en difficulté en Afrique du Nord aux derniers combats de Tunisie. 

En quatre grandes parties, il nous présente d'abord le contexte et les problématiques particulières de la guerre du désert ("La Wehrmacht envoie l'Afrikakorps en Libye"), puis toute l'importance des opérations autour de (et pour) Tobrouk en 1942 ("La porte de l'Egypte pour l'Afrikakorps"), pour suivre par les grandes opérations qui culminent avec les deux batailles d'El-Alamein ("El-Alamein : l'apogée de la guerre du désert"), et enfin la phase finale et la capture en mai 1943 ("La Tunisie : l'Afrikakorps face à son destin"). Une ultime cinquième partie ("La postérité de l'Afrikakorps") s'efforce de déterminer la part de réalité ou de mythe dans "La guerre sans haine" et brosse un rapide tableau des traces ultérieures (littérature, cinéma, etc.) de ces campagnes. Globalement, les troupes italiennes ne sont pas dénigrées dans cet ouvrage, et l'on observe que le ("magnifique") combat de Bir-Hakeim est remis à sa juste place dans l'ensemble des opérations proprement militaires, au-delà de la geste "gaullo-churchilienne".

On apprécie que le texte soit soutenu par de nombreuses notes (reportées en fin d'ouvrage). On note également la présence de quelques cartes, claires et lisibles, pour les principales phases d'engagement, d'une dizaine de pages de bibliographie et de nombreuses annexes qui précisent des organigrammes et ordres de bataille. Un bon livre de synthèse pour une campagne qui n'est généralement traitée qu'en quelques rapides paragraphes dans les études sur la Seconde guerre mondiale.

Tallandier, Paris, 2013, 510 pages. 26,90 euros.

ISBN : 979-10-210-0094-0.

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4 avril 2013 4 04 /04 /avril /2013 07:00

Une contre-histoire de la IIIe République

Marion Fontaine, Frédéric Monier, Christophe Prochasson (Dir.)

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L’importance des thèmes républicains dans le discours public révèle aujourd’hui la remarquable prégnance de références nées d’une expérience politique pourtant vieille de près d’un siècle : celle de la « plus longue des Républiques ». Mais l’actualité de ce qui est perçu comme un moment fondateur de la démocratie française peut paradoxalement être accusé d’en limiter la connaissance, en repoussant le temps d’une analyse historique dépassionnée. C’est tout le sens de l’ouvrage proposé par Marion Fontaine, Frédéric Monier et Christophe Prochasson. Sous la direction de ces trois spécialistes d’histoire politique et socioculturelle, pas moins de 27 contributeurs tentent d’initier ce « nouveau moment historiographique » capable de dépasser à la fois les mythes dorés figés à travers les images d’Epinal et la légende noire de la République coloniale.

La réflexion s’articule autour de deux démarches complémentaires. Dans une première partie (chapitres 1 à 14), elle part d’une série d’affirmations reprenant les principales idées reçues concernant les pratiques du pouvoir, les institutions et les formes de régulation sociale du régime. Dans une seconde (chapitres 15 à 27), elle adopte une perspective plus large pour décrire les divers processus d’élaboration des normes et mentalités républicaines.

La variété des thèmes retenus permet, au croisement de ces deux approches, de dresser par petites touches le tableau impressionniste d’une République dont l’unité est la première caractéristique contestée. A l’image trompeuse d’un régime né d’un bloc comme une matérialisation des idéaux républicains se substitue ainsi celle d’une lente accumulation de compromis parlementaires et de règlements empiriques, reflet chacun des équilibres sociaux du temps. Traversant cette vaste période qui relie Sedan à la percée des Ardennes, les grandes institutions (l’école, l’armée) sur lesquelles semblent se réaliser le consensus national sont abordées à la fois dans leurs dynamiques internes et dans leur rapport au reste de la société. Enfin, l’élaboration et l’affirmation des « principes républicains » sont confrontées aux transformations d’une société qui poursuit sa révolution industrielle et la conquête d’un empire colonial. De la chambre monarchique de MacMahon au Front populaire, c’est ainsi le recours à un terme unique pour désigner une période d’une grande hétérogénéité qui est « dénoncée » comme la matrice intellectuelle de la plupart des « mythes » républicains.

Constituées par simplification extrême, ces images d’Epinal (« L’école républicaine est méritocratique », etc.) prêtent facilement le flanc à la critique. Elles n’en partent pas moins, pour autant, d’une réalité, selon des logiques souvent difficilement intelligibles à notre époque. En relevant cette complexité et en appelant à son approfondissement futur, l’ouvrage atteint le but qu’il s’était fixé, et propose un premier socle à la compréhension des forces internes, souvent contradictoires, qui constituent l’essence du régime parlementaire. Enfin, il donne l’exemple méthodologiquement intéressant d’une approche basée sur la « déconstruction », non pas dans le sens d’un "déboulonnage" forcené, comme par principe, mais plutôt d’un démontage des mécanismes internes à l’œuvre sous l’apparente unité que présentent la plupart des courants historiographiques, pour mieux les comprendre.

Paul-Ascylte Aguila

Edition La Découverte, Paris, 2013, 401 pages. 26,50 euros.

ISBN : 978-2-7071-7423-9.

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4 avril 2013 4 04 /04 /avril /2013 06:55

Le 16 avril 2013 sur le Chemin des Dames

16 AVRIL 2013

Zone du 414e RI le 8 mai 1917. SHD, 26N770/9

Comme chaque année depuis sept ans, journée "mémoire" sur le Chemin des Dames le 16 avril prochain, avec un programme particulièrement chargé : début à 05h15 par un rassemblement à Craonne avant une marche commentée, et fin à 22h00 avec une veillée au cimitière militaire de Craonnelle. Entre-temps, les participants seront passés par la caverne du Dragon en matinée (inauguration de la nouvelle exposition temporaire), le plateau de Californie (inauguration de la tour-observatoire) et le fort de Condé (représentation théâtrale) dans l'après-midi, avant une seconde marche à partir de 20h45 de Craonne à Craonnelle par le chemin de crête.

Programme détaillé :

http://www.memorial-chemindesdames.fr/photos_ftp/documents_actualites/Programme%2016%20avril%20web.pdf

Renseignements et contact : http://www.chemindesdames.fr/pages/actualites_details.asp?actu_id=223

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3 avril 2013 3 03 /04 /avril /2013 07:00

1914

Le destin du monde

Max Gallo

1914-GALLO.jpg

Auteur plus que prolifique, académicien, romancier et historien (la distinction entre les deux est parfois à peine perceptible), Max Gallo ne laisse pas indifférent. Auteur de 110 ouvrages environ (!), passant allègrement de Spartacus et de Néron à Mussolini via Robespierre, Napoléon, Louis XIV, Garibaldi ou de Gaulle, il a remis au goût du jour la vaste fresque historique du "roman national". Mais peut-on ne pas être convaincu par un ouvrage signé d'une si haute personnalité ? A priori, oui. Le style est aujourd'hui inimitable. Evoquant au début de son livre la proclamation de l'empire allemand en 1871 à Versailles, il écrit : "Les éperons germaniques ont rayé le parquet de la galerie du Roi-soleil" ! Mais au-delà des effets de style, les raccourcis sont nombreux : "Joffre veur renouveler le 'coup d'Austerlitz' en passant à l'offensive en Lorraine et au nord de Verdun" peut-on lire à la date du 14 août... C'est un peu court.

L'ouvrage est chronologiquement découpé en trois 'Livres', eux-mêmes divisés en parties et chapitres, qui nous conduisent de janvier à décembre 1914. Le premier dresse le tableau de la situation en Europe et en France du début de l'année au double assassinat de Sarajevo (pp. 47-108), le second est centré sur la 'crise de juillet', les mouvements des opinions publiques, les hésitations des gouvernements et les conversations diplomatiques qui se multiplient entre le 28 juin et le 3 août (pp. 111-196), le troisième enfin traite des premiers mois de la Grande Guerre, du 4 août au 31 décembre 1914 (pp. 199-327). Il n'y a pas, à proprement parler, d'analyse par l'auteur de l'enchaînement des événements ni d'étude précise de tel ou tel aspect de la marche vers la guerre et des premières opérations, mais plutôt description (voire simple présentation) des faits au jour le jour. Par ailleurs, entre quelques phrases de liaison, parfois fort brèves, qui séparent systématiquement les différents paragraphes, l'essentiel du texte courant est en fait constitué par des citations et des extraits de la presse de l'époque ou des témoignages et souvenirs des acteurs et témoins. Cette "histoire de la Première Guerre mondiale" est en fait une chronologie un peu développée de l'année 1914 qui ne dit pas son nom. Cela nous annonce-t-il pour les années prochaines un "1915", puis un "1916", etc., du même acabit ?

Cette (importante) réserve posée, le livre n'est pas dénué d'intérêt, ne serait-ce que parce qu'il porte à la connaissance du plus grand public de nombreux extraits de textes, parfois peu connus en dehors des spécialistes. Pratiquement aucune note de bas de page, ni bibliographie indicative, ni index : un récit factuel des événements qui laisse au final l'impression d'un kaléidoscope, une infinité de points plus ou moins de détail (et à ce titre souvent utiles), mais qui laisse sur sa faim par manque de hauteur de vue et d'analyse. Espérons que le nom et la notoriété de l'auteur seront suffisants pour assurer la diffusion du livre et que sa lecture donnera au plus grand nombre le goût et l'envie de rechercher dans d'autres ouvrages des études plus solides (sans être pour autant ennuyeuses !). Après tout, le rôle d'un académicien n'est-il pas de (re)donner le plaisir de la lecture ? Si cet objectif est atteint, Max Gallo aura une nouvelle fois bien mérité de notre histoire nationale.

Rémy Porte

XO Editions, Paris, 2013, 355 pages. 19,90 euros.

ISBN : 978-2-84563-574-6.

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3 avril 2013 3 03 /04 /avril /2013 06:55

La route de Sigmaringen

Histoire d'une trahison française

Bernard Cattanéo

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Voilà un livre dont la photo de couverture et le titre ne rendent pas compte du contenu. Il ne s'agit pas en effet de suivre l'itinéraire des ultras de la collaboration durant les derniers mois de la Seconde guerre mondiale, mais d'un propos beaucoup plus ambitieux. En quelques 200 pages, Bernard Cattanéo, journaliste et historien qui s'est intéressé aussi bien à Saint Dominique qu'à François Mauriac, souhaite nous présenter tout l'arrière-plan politico-historique de la collaboration au sens large : "Qu'est-ce qu'un 'collabo' ? A la suite de quels concours de circonstances, de quelles passions, de quelles dérives des hommes de tous âges et de toutes conditions le sont-ils devenus ? Que s'était-il donc passé pour que des Français se réjouissent de leur défaite, se congratulent après Montoire, se satisfassent de l'invasion de la zone libre, fassent tirer au canon sur d'autres Français et terminent leur infernal parcours par la sinistre mascarade de Sigmaringen ?" ... 

Pour tenter de répondre à ces questions, l'auteur revient longuement en arrière, jusqu'au XIXe s., et reprend toutes les grandes problématiques du début du XXe. Le propos n'est pas inintéressant, mais le discours est forcément réducteur, phénomène d'autant plus sensible que Bernard Cattanéo à la plus facile et le verbe coloré. Avant 1914, Guillaume II est "pressé de trouver à moindre frais un peu de gloire pour colorer son uniforme, doper les cours de la bourse et embellir les statistiques du commerce" ; en août "Gallieni et Joffre "surent réagir à temps et sauver l'essentiel grâce à leur intelligence et aux Taxis de la Marne" ; le président de la République élu en janvier 1920 est "un caractériel qui finira dément" ; l'Adolf Hitler de 1919-1920 est un "orateur de quartier noyé dans de fumeuses rêveries" ; etc. Si l'on apprécie parfois le sens de la formule et si l'on peut sourire à certaines expression, les explications sont quand même un peu courtes. A partir du chapitre 8 ("Brinon, ce héraut"), on rentre dans les années qui précèdent immédiatement la Seconde guerre mondiale : les développements sont toujours aussi brefs, de Doriot ("un 'déviationniste', un jouisseur qui ne résiste pas plus à une jolie fille qu'à une foule en délire") à Déat ("socialiste déçu et penseur confus, qui dissimule son ambition dévorante de jeune professeur frustré sous les habits séduisants du pacifisme") ou à Gamelin ("Il juge avec condescendance les théories hardies sur l'usage de l'aviation, inutile à ses yeux, et néglige les blindés, qu'il considère comme secondaires malgré les analyses convaincantes de certains officiers tels le colonel de Gaulle"). Ah ! le colonel de Gaulle ! Ce n'est plus smplement "bref" : c'est très court...

On conserve le même style avec les derniers chapitres, qui traitent effectivement de la collaboration en temps de guerre, de Laval ("plus finaud que fin, plus madré que subtil ... l'archétype du parlementaire magouilleur"), à Vallat ("il pensait qu'on pouvait être humain dans l'inhumanité, modéré dans l'horreur, patriote dans l'abandon"), à Alphonse de Chateaubriand ("sorte d'Homère du pauvre, écrivain de la glèbe et de la tourbe"), ou Drieu La Rochelle ("dandy obsédé par la décadence"). Finalement, seul le dernier chapitre ("Sigmaringen, foire sinistre") aborde cette ultime phase de la collaboration dans la déroute des jusqu'au-boutistes : "la farce va durer quelques mois. Doriot est mort, mitraillé par un avion anglais, mais tous les autres s'agrippent à leurs fantasmes".

Au bilan, un ouvrage que son style enlevé rend très agréable et facile à lire, mais auquel sa pagination réduite et l'angle d'approche adopté par l'auteur interdisent de creuser les causes, les faits, les événements. Si certaines affirmations sont avérées (à propos de la France post-1918 : "Dans le fond, le pays était devenu une nation d'anciens combattants"), d'autres sont présentées (avec brio cependant) trop brièvement pour être totalement crédible. A considérer comme un résumé à l'aune des idées "dans l'air du temps", généralement admises, et à compléter impérativement si l'on veut aller plus loin sur l'une ou l'autre des questions traitées.

Editions Jourdan, Paris, 199 pages. 16,90 euros.

ISBN : 978-2-87466-252-2.

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3 avril 2013 3 03 /04 /avril /2013 06:50

Une halte à Paris dans notre tour de France des maisons d'édition, avec la présentation d'une petite société spécialisée en particulier sur les témoignages relatifs aux conflits les plus récents, chose toujours rare et apprécié par les historiens.

François de Saint-Exupéry

  Editions Nimrod

NIMROD_LOGO_03.jpg Question : Pouvez-vous nous présenter l'origine de votre maison d'édition et ses principaux axes éditoriaux ?

Réponse : À l’origine ? La crise de la quarantaine et l’envie de faire quelque chose qui m’intéressait plus que mon activité précédente… Mais sans doute aussi un environnement familial avec un grand-père colonel ayant effectué la campagne de Tunisie dans les Chasseurs d’Afrique avant de débarquer en Provence et de poursuivre sur l’Allemagne. Ou un oncle dans les Troupes de Marine, fait prisonnier en tant que jeune lieutenant à Cao-Bang avant d’être libéré 4 ans plus tard pour finir Chef de corps du 1erRPIMa. Sans oublier un autre oncle, pilote de chasse sur Jaguar, etc. A chaque fois, de très fortes personnalités, mais une frustration immense de ne pas arriver à savoir véritablement ce qu’ils avaient vécu. Nimrod est donc né de la volonté de s’intéresser à ces anonymes qui ont des parcours souvent exceptionnels et au travers desquels il est possible d’appréhender l’Histoire par le prisme humain. Le titre du livre de Pierre Darcourt que nous avons publié, « L’honneur et le sang », prix Erwan Bergot de l’armée de terre en 2012, résume parfaitement ce que nous souhaitons éditer.

Question : Votre catalogue compte de nombreux ouvrages traduits de l'anglais : comment sélectionnez-vous vos manuscrits ? Accordez-vous une place particulière aux jeunes auteurs ?

Réponse : Nous avons initié notre catalogue avec des traductions de récits autobiographiques anglais ou américains, car les anglo-saxons témoignent beaucoup plus facilement d’expériences vécues contemporaines. Parallèlement à ces traductions, nous nous sommes mis en quête de récits français. Il nous a fallu attendre plus de 3 ans pour publier un premier témoignage français, celui du colonel Jean Sassi (Opérations spéciales, 20 ans de guerres secrètes) qui a mené une vie extraordinaire, et encore 3 ans de plus pour publier un récit français sur des événements plus récents, celui du sergent Yohann Douady (D’une guerre à l’autre). Le colonel Sassi était-il un jeune auteur ? Il avait 91 ans lorsque nous avons mis son livre en chantier, mais il n’en était pas moins un jeune auteur puisqu’il s’agissait de son premier livre. À l’inverse, le sergent Yohann Douady n’a que 31 ans aujourd’hui. L’âge importe peu. C’est l’histoire vécue qui nous intéresse, plus que l’âge de l’auteur ou sa bibliographie. Il ne faut pas nécessairement que celui-ci sache très bien écrire puisqu’il y a parfois un travail d’accompagnement. Il faut surtout qu’il sache raconter et qu’il ait une bonne mémoire.

Quant aux auteurs, certains entrent en contact avec nous par un simple mail. Il y en a d’autres que nous identifions car nous savons qu’ils ont vécu une expérience intéressante et nous cherchons à les convaincre de l’écrire ou de la raconter, comme cela s’est produit avec l’adjudant-chef Saulnier qui a passé 34 ans à la Légion étrangère, depuis Kolwezi jusqu’à l’Afghanistan (Une vie de légionnaire). Cela peut prendre deux ou trois ans avant que le projet n’aboutisse et il faut savoir être patient. Mais quel plaisir d’avoir apporté un nouvel éclairage sur le coup de force japonais en Indochine avec Pierre Darcourt, d’avoir fait découvrir les Jedburghs, la Force 136 et les maquis du GCMA avec les témoignages du colonel Jean Sassi et du Prince Michel de Bourbon-Parme, ou encore les conflits en Côte d’Ivoire et en Afghanistan avec le sergent Douady. Ce sont à chaque fois des rencontres exceptionnelles, mais aussi la possibilité de témoigner des sacrifices et du courage des anonymes héroïques que sont les militaires.

Legion_Portraits_Small.jpg

(à paraître)

Question : Dans le contexte globalement morose de l'édition aujourd'hui, comment envisagez-vous l'avenir à court et moyen termes ? Quels sont vos principaux projets de développement ?

Réponse : Très honnêtement, nous ne savons jamais vraiment de quoi sera faite l’année à venir. Nous lisons plus d’une centaine de livres anglo-saxons chaque année pour en retenir deux ou trois et nous travaillons parallèlement sur des projets de récits autobiographiques français qui peuvent déboucher à échéance d’un an ou deux, ou jamais... Mais il y toujours la possibilité d’un mail ou d’une rencontre pouvant amener un projet concret qui viendrait s’intercaler dans notre planning. D’une manière générale, notre horizon de travail est plutôt de 9 mois.

À court terme, nous publierons un beau livre photos et textes comme cela nous arrive de temps à autre. Il s’agit en l’occurrence d’un ouvrage de 3 kg consacré à des portraits de légionnaires. Le photographe, Jean-Baptiste Degez, avait entamé son travail il y a 5 ans déjà ! Et en juin prochain, nous publierons ce que nous considérons comme le premier vrai témoignage d’un pilote de chasse français depuis le récit de Pierre Clostermann qui était paru en 1948 ! Nous aurons également quelques belles surprises à l’automne, dont un récit français et des témoignages anglo-saxons.

Question : Le récent salon du livre de la Porte de Versailles accordait une place importante à l'édition électronique et aux e-books, or il semble que ceux-ci ne connaissent qu'une croissance relativement marginale en France par rapport aux pays anglo-saxons. Quelle est votre politique en la matière ?

Réponse : Nous nous y intéressons, mais d’un œil distant. Un livre est peut-être lourd et parfois volumineux, mais il ne tombe jamais en panne et ne nécessite aucune mise à jour. Et quel plaisir que d’avoir une belle bibliothèque chez soi !

GUERRE_DU_CIEL_Small.jpg(à paraître)

 Question : Pensez-vous que la source de témoignages français puisse éventuellement se tarir ?

Réponse : 99,9% des écrits militaires français (j’exagère sans doute) sont des livres d’histoire, des livres doctrinaires sur la tactique, la stratégie ou des livres dédiés aux histoires des régiments, des uniformes... En France, les vrais témoignages militaires rédigés à la première personne sont encore rares bien que notre histoire soit très riche en expériences vécues. Que ce soit sur l’Indochine ou l’Algérie, je suis persuadé - en tout cas, j’espère ! - que l’on peut encore trouver des témoins de ces conflits qui accepteraient de partager leur vécu. Un de nos grands regrets reste de n’avoir pas réussi à convaincre le commandant Roger Faulques de partager ses souvenirs. Une page d’histoire s’est éteinte avec lui... Quant aux conflits plus contemporains, il y a quantité de sujets à aborder. Il manque toujours le récit des opérations du 11e Choc en Algérie, ou celui de la prise d’otage de Loyada en 1976. Que sait-on des combats français à Mogadiscio en 1993 ? Quelles ont été les histoires des soldats français déployés au Liban ? En ex-Yougoslavie ? En Côte d’Ivoire ? Au Rwanda ? En Libye ? Les trois ou quatre récits biographiques parus sur l’Afghanistan suffisent-ils réellement à rendre hommage aux actions des Français menées dans ce pays ? Qui étaient et que sont devenus les hommes d’Uzbeen ? Les accrochages très sérieux qui se produisent actuellement au Mali donneront-ils lieu plus tard à des témoignages ? Et demain, en Centrafique ?

Ecrire un témoignage n’est pas se vanter ou se mettre en avant, mais simplement chercher à faire comprendre ce que peut être la réalité du terrain sur un plan humain et opérationnel - souvent à des années lumière des clichés ou de ce que peut imaginer le citoyen. Le devoir de réserve est important, mais à l’heure d’Internet et de la fulgurance de l’information, le devoir de mémoire l’est parfois encore plus et il ne peut exister que sous la forme d’un livre. Ces témoignages qui reflètent la réalité du terrain sont d’autant plus importants que l’avenir de l’armée peut paraître bien sombre au regard des informations circulant sur le prochain livre blanc.

Merci beaucoup pour cette quasi-profession de foi d’éditeur, bon courage et plein sucès dans vos entreprises !

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  • : Guerres et conflits XIXe-XXIe s. se fixe pour objectif d’être à la fois (sans prétendre à une exhaustivité matériellement impossible) un carrefour, un miroir, un espace de discussions. Sans être jamais esclave de la « dictature des commémorations », nous nous efforcerons de traiter le plus largement possible de toutes les campagnes, de tous les théâtres, souvent dans une perspective comparatiste. C’est donc à une approche globale de l’histoire militaire que nous vous invitons.
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Prochaine séance : pour la rentrée de septembre. Le programme complet sera très prochainement mis en ligne.

Publications personnelles

Livres

 

doumenc-copie-1.jpgLa Direction des Services automobiles des armées et la motorisation des armées françaises (1914-1918), vues à travers l’action du commandant Doumenc

Lavauzelle, Panazol, 2004.

A partir de ma thèse de doctorat, la première étude d’ensemble sur la motorisation des armées pendant la Première Guerre mondiale, sous l’angle du service automobile du GQG, dans les domaines de l’organisation, de la gestion et de l’emploi, des ‘Taxis de la Marne’ aux offensives de l’automne 1918, en passant par la ‘Voie sacrée’ et la Somme.

 

La mobilisation industrielle, ‘premier front’ de la Grande Guerre ? mobil indus

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2005 (préface du professeur Jean-Jacques Becker).

En 302 pages (+ 42 pages d’annexes et de bibliographie), toute l’évolution industrielle de l’intérieur pendant la Première Guerre mondiale. Afin de produire toujours davantage pour les armées en campagne, l’organisation complète de la nation, dans tous les secteurs économiques et industriels. Accompagné de nombreux tableaux de synthèse.

 

colonies-allemandes.jpgLa conquête des colonies allemandes. Naissance et mort d’un rêve impérial

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2006 (préface du professeur Jacques Frémeaux).

Au début de la Grande Guerre, l’empire colonial allemand est de création récente. Sans continuité territoriale, les différents territoires ultramarins du Reich sont difficilement défendables. De sa constitution à la fin du XIXe siècle à sa dévolution après le traité de Versailles, toutes les étapes de sa conquête entre 1914 et 1918 (388 pages, + 11 pages d’annexes, 15 pages de bibliographie, index et cartes).

 

 caire damasDu Caire à Damas. Français et Anglais au Proche-Orient (1914-1919)

 14/18 Editions, Saint-Cloud, 2008 (préface du professeur Jean-Charles Jauffret).

Du premier au dernier jour de la Grande Guerre, bien que la priorité soit accordée au front de France, Paris entretient en Orient plusieurs missions qui participent, avec les nombreux contingents britanniques, aux opérations du Sinaï, d’Arabie, de Palestine et de Syrie. Mais, dans ce cadre géographique, les oppositions diplomatiques entre ‘alliés’ sont au moins aussi importantes que les campagnes militaires elles-mêmes.

 

hte silesieHaute-Silésie (1920-1922). Laboratoire des ‘leçons oubliées’ de l’armée française et perceptions nationales

‘Etudes académiques », Riveneuve Editions, Paris, 2009.

Première étude d’ensemble en français sur la question, à partir du volume de mon habilitation à diriger des recherches. Le récit détaillé de la première opération civilo-militaire moderne d’interposition entre des factions en lutte (Allemands et Polonais) conduite par une coalition internationale (France, Grande-Bretagne, Italie), à partir des archives françaises et étrangères et de la presse de l’époque (381 pages + 53 pages d’annexes, index et bibliographie).

 

cdt armee allde Le commandement suprême de l’armée allemande 1914-1916, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général von Falkenhayn 

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Le texte original de l’édition française de 1921 des mémoires de l’ancien chef d’état-major général allemand, accompagné d’un dispositif complet de notes infrapaginales permettant de situer les lieux, de rappeler la carrière des personnages cités et surtout de comparer ses affirmations avec les documents d’archives et les témoignages des autres acteurs (339 pages + 34 pages d’annexes, cartes et index).

 

chrono commChronologie commentée de la Première Guerre mondiale

Perrin, Paris, 2011.

La Grande Guerre au jour le jour entre juin 1914 et juin 1919, dans tous les domaines (militaire, mais aussi politique, diplomatique, économique, financier, social, culturel) et sur tous les fronts. Environ 15.000 événements sur 607 pages (+ 36 pages de bibliographie et d’index).

 

 Les secrets de la Grande Guerrecouverture secrets

Librairie Vuibert, Paris, 2012.

Un volume grand public permettant, à partir d’une vingtaine de situations personnelles ou d’exemples concrets, de remettre en lumière quelques épisodes peu connus de la Première Guerre mondiale, de la question du « pantalon rouge » en août 1914 à l’acceptation de l’armistice par von Lettow-Vorbeck en Afrique orientale, après la fin des hostilités sur le théâtre ouest-européen.

 

Couverture de l'ouvrage 'Mon commandement en Orient'Mon commandement en Orient, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général Sarrail

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2012

Le texte intégral de l'édition originale, passé au crible des archives publiques, des fonds privés et des témoignages des acteurs. Le récit fait par Sarrail de son temps de commandement à Salonique (1915-1917) apparaît véritablement comme un exemple presque caricatural de mémoires d'autojustification a posteriori

 

 

Coordination et direction d’ouvrages

 

Destins d’exception. Les parrains de promotion de l’Ecole Spéciale Militaire de Saint-Cyr

SHAT, Vincennes, 2002.

Présentation (très largement illustrée, 139 pages) des 58 parrains qui ont donné leur nom à des promotions de Saint-Cyr, entre la promotion « du Prince Impérial » (1857-1858) et la promotion « chef d’escadrons Raffalli » (1998-2001).

 

fflLa France Libre. L’épopée des Français Libres au combat, 1940-1945

SHAT, Vincennes et LBM, Paris, 2004.

Album illustré présentant en 191 pages l’histoire et les parcours (individuels et collectifs) des volontaires de la France Libre pendant la Seconde guerre mondiale.

 

marque courageLa marque du courage

SHD, Vincennes et LBM, Paris, 2005.

Album illustré présentant en 189 pages l’histoire des Croix de Guerre et de la Valeur Militaire, à travers une succession de portraits, de la Première Guerre mondiale à la Bosnie en 1995. L’album comporte en annexe une étude sur la symbolique, les fourragères et la liste des unités d’active décorées.

 

  90e anniversaire de la Croix de guerre90-ANS-CROIX-DE-GUERRE.jpg

SHD, Vincennes, 2006.

Actes de la journée d’études tenue au Musée de l’Armée le 16 novembre 2005. Douze contributions d’officiers historiens et d’universitaires, français et étrangers, de la naissance de la Croix de guerre à sa perception dans la société française, en passant les décorations alliées similaires et ses évolutions ultérieures.

 

france grèceLes relations militaires franco-grecques. De la Restauration à la Seconde guerre mondiale 

SHD,Vincennes, 2007.

Durant cette période, les relations militaires franco-grecques ont été particulièrement intenses, portées à la fois par les sentiments philhellènes qui se développent dans l’hexagone (la France est l’une des ‘Puissances protectrices’ dès la renaissance du pays) et par la volonté de ne pas céder d’influence aux Anglais, aux Allemands ou aux Italiens. La campagne de Morée en 1828, l’intervention en Crète en 1897, les opérations en Russie du Sud  en 1919 constituent quelques uns des onze chapitres de ce volume, complété par un inventaire exhaustif des fonds conservés à Vincennes.

 

verdunLes 300 jours de Verdun

Editions Italiques, Triel-sur-Seine, 2006 (Jean-Pierre Turbergue, Dir.).

Exceptionnel album de 550 pages, très richement illustré, réalisé en partenariat entre les éditions Italiques et le Service historique de la Défense. Toutes les opérations sur le front de Verdun en 1916 au jour le jour.

 

DICO-14-18.jpgDictionnaire de la Grande Guerre

(avec François Cochet), 'Bouquins', R. Laffont, 2008.

Une cinquantaine de contributeurs parmi les meilleurs spécialistes de la Grande Guerre, 1.100 pages, 2.500 entrées : toute la Première Guerre mondiale de A à Z, les hommes, les lieux, les matériels, les opérations, les règlements, les doctrines, etc.

 

fochFerdinand Foch (1851-1929). Apprenez à penser

(avec François Cochet), 14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Actes du colloque international tenu à l’Ecole militaire les 6 et 7 novembre 2008. Vingt-quatre communications balayant tous les aspects de la carrière du maréchal Foch, de sa formation à son héritage dans les armées alliées par des historiens, civils et militaires, de neuf nations (461 pages + 16 pages de bibliographie).

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