Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
30 mars 2013 6 30 /03 /mars /2013 07:01

La démilitarisation de l'Europe

Un suicide stratégique ?

Jean-Baptiste Vouilloux

  Demilitarisation-Europe887.jpg

Sur la base d'un mémoire de master, ce petit livre a pour ambition de présenter au grand public intéressé par les questions de défense les différents aspects et paramètres de ce grave sujet : les nations européennes ont-elles encore la possibilité (et même le souhaitent-elles) d'assurer leur propre défense. On observe une nouvelle fois que le volume est préfacé par le général chef d'état-major de l'armée de terre, ce qui témoigne de sa volonté de soutenir concrètement les "militaires-auteurs" : "A travers lui [Jean-Baptiste Vouilloux], je voudrais également saluer le travail de ces jeunes officiers qui prennent part à la vie de la cité en contribuant à des réflexions de fond".

L'auteur précise dans son introduction que "la démilitarisation de l'Europe n'est pas un épiphénomène ou une dynamique passagère", mais "correspond à une évolution animée par des forces profondes de nature politique, culturelle et sociale". C'est dire l'ampleur du dossier qu'il prend pourtant à bras le corps à travers un plan pédagogique, organisé en six chapitres eux-mêmes regroupés en trois grandes parties : "L'Europe militaire dans le monde" ("Un contexte défavorable en Europe" et "Une dynamique inverse dans le reste du monde") permet de faire un point de situation, qui n'est pas à l'avantage de nos nations ; "Les causes profondes de la démilitarisation européenne" ("L'éloignement de la guerre" et "La démilitarisation des sociétés européennes") permet d'étendre la réflexion aux composantes intellectuelles, morales et culturelles ; "Conséquences et limites de la démilitarisation de l'Europe" ("Les conséquences de la démilitarisation de l'Europe" et "La démilitarisation de l'Europe n'est pas irréversible"), qui paradoxalement tout en dressant un tableau sombre des réalités et perspectives actuelles ne s'en termine pas moins sur une note d'espoir : "Ce mouvement n'est pas irréversible, à condition que les Européens saisissent les ooportunités qui se présentent, fassent preuve de lucidité et s'accordent sur une vision commune de leur sécurité". Là réside peut-être notre divergence avec l'auteur, mais après tout il faut bien trouver une conclusion, et autant faire en sorte qu'elle soit relativement optimiste... Au fil du texte, on apprécie les encarts qui précisent tellle situation particulière, tel élément de doctrine ou telle évolution politico-diplomatique, ainsi que les notes de bas de page qui fournissent toutes les références souhaitables. Par ailleurs, les amateurs français apprécieront que la bibliographie comporte de nombreux titres anglo-saxons, qu'il s'agisse de documents officiels, d'ouvrages classiques, d'articles de revues scientifiques ou de presse grand public.

Si la pagination reste limitée, le fond du texte est solide, les chiffres sont donnés et les exemples appuient le discours. Un petit volume riche et dense qui pose clairement les données du problème et sera sans doute d'une très grande utilité pour tous les étudiants et amateurs.

Argos, Paris, 2013, 162 pages, 12 euros.

ISBN : 978-2-36614-010-1.

  DEMILITARISATION-1.jpg

Jean-Baptiste Vouilloux a bien voulu répondre à quelques questions complémentaires :

Question : Vous constatez que "les dépenses militaires augmentent spectaculairement sur tous les continents", sauf en Europe. Sans tomber dans le fantasme, peut-on (doit-on) y voir une menace directe ?

Réponse : De 2010 à 2012, 21 des 27 Etats membres de l’Union Européenne ont baissé, ou simplement maintenu, leur budget de dépense. Parmi eux, 7 ont consenti des baisses de plus de 10%. Or, selon certaines études, la totalité de ces budgets militaires européens devraient être largement dépassée par le budget de défense chinois d’ici 2015. Il n’y a pas que la Chine : l’Inde, la Russie, l’Arabie Saoudite, l’Algérie et le Brésil, pour citer quelques exemples, ne cessent d’augmenter leurs investissements militaires. De deux choses l’une : ou ces puissances émergentes se fourvoient et gaspillent leur argent ou c’est nous, Européens, qui nous nous leurrons. Je pencherais plutôt pour la deuxième solution. Aussi, sans tomber dans le catastrophisme ou la paranoïa, il est permis de s’interroger sur un tel décalage de perceptions, d’autant plus que l’environnement stratégique de l’Europe demeure assez anxiogène : en tous cas, cet essai tâche d’en comprendre les causes.

Question : Si le problème est bien sûr budgétaire et financier, il est aussi (surtout ?) pour vous culturel et vous êtes en particulier très critique sur la politique européenne de défense et de sécurité. Pourriez-vous développer ?

Réponse : Le contexte économique européen est évidemment déterminant car il motive les politiques de rigueur budgétaire. Mais si les budgets de défense sont prioritairement ciblés, c’est en raison d’un particularisme bien européen. A l’origine, il existe une volonté de sortir de l’Histoire en raison d’un passé collectif particulièrement belliqueux : ce rejet de la violence a inspiré l’établissement d’une longue paix européenne. Aussi, la guerre ayant disparue de l’horizon immédiat des Européens (si l’on excepte l’ex-Yougoslavie), les dépenses militaires  leur semblent de moins en moins prioritaires, d’autant plus que nombre de pays comptent sur la protection américaine en cas de menace réelle. Quant à la PSDC, je ne la stigmatise pas car, après tout, elle est à l’image des efforts que nous voulons bien consentir. Au contraire, je pense qu’il est primordial que les Européens entretiennent une ambition stratégique autonome au sein de la PSDC. Je dis seulement que les structures bruxelloises doivent se départir d’un certain tropisme pacifiste. De plus, il n’est pas acceptable que cette ambition de défense ne repose que sur quelques pays, les autres se contentant de sous-traiter leur sécurité auprès de l’OTAN et donc des Américains.

Question : A votre connaissance, quel est le pays qui a connu la plus forte déflation de ses effectifs militaires ces dernières années ? Comment l'expliquez-vous ?

Réponse : Certains pays d’Europe orientale ou centrale pratiquent la politique du moindre effort dans le domaine militaire (Bulgarie, Slovaquie, Lituanie, Slovénie etc.) mais ce ne sont pas les cas les plus intéressants à étudier. D’autres pays, comme la Grèce et l’Espagne sont littéralement asphyxiés par la crise et n’investissent plus dans de nouveaux programmes. L’Autriche et la Belgique sont des cas assez saisissants : voila deux Etats qui, malgré un passé militaire réel, cantonnent leurs maigres forces terrestres à des fonctions humanitaires ou à des tâches de subsidiarité au sein des grandes coalitions. Sans parler des Pays-Bas qui viennent d’envoyer à la casse la totalité de leurs chars de combat. Quant à l’Allemagne, qui aurait les moyens de devenir la première puissance militaire européenne (puissance nucléaire exclue), elle ne souhaite pas tenir ce rôle et se bride politiquement. Ce renoncement général ne s’explique pas uniquement par des raisons économiques, il s’appuie aussi sur une perception faussée des menaces et une déresponsabilisation assumée. Seules la France et la Grande-Bretagne manifestent encore une volonté de puissance militaire mais le fardeau est de plus en plus lourd à porter.

DEMILITARISATION-2.jpg

Question : Vous écrivez en conclusion que "l'Europe est à la croisée des chemins" : mais ne sommes-nous pas en train de dépasser le carrefour ... ?

Réponse : J’ai voulu éviter les écueils du déclinisme et du catastrophisme qui constituent des postures intellectuelles confortables : l’extraordinaire patrimoine militaire de l’Europe ne sera pas effacé d’un trait de plume. Non seulement il n’est pas trop tard mais il existe des signes positifs car de plus en plus de penseurs et de décideurs prennent conscience des enjeux de défense et de sécurité. Même les institutions européennes s’inquiètent ouvertement de cette démilitarisation. A ce titre, les œillères idéologiques de la fin du 20e siècle tendent à s’estomper et il n’est plus honteux d’évoquer la protection des intérêts ou le recours à la force. Mais il faudra un immense courage politique aux décideurs européens car il serait irénique de tabler sur une amélioration brutale du contexte économique. Ils devront donc prioriser leurs choix budgétaires en risquant l’impopularité afin que l’Europe ne devienne pas un nain militaire. De même, les populations européennes devront cesser de limiter leurs réflexions stratégiques aux frontières de leur pays car si l’environnement immédiat de l’Autriche demeure militairement très rassurant, il en est tout autrement de la périphérie de l’Europe.

Question : Vous évoquez aussi la place du militaire dans les sociétés européennes. Peut-on là aussi parler de démilitarisation ?

Réponse : Indéniablement et les exemples sont multiples. Plus ramassées numériquement, les armées professionnelles sont déjà moins visibles au sein des sociétés européennes. Elles cultivent des vertus de collectivité et d’abnégation en décalage avec les valeurs postmodernes contemporaines. Dans les pays (majoritaires) qui ont abandonné ou suspendu la conscription, les populations ont le plus grand mal à se figurer le quotidien d’un soldat ou d’une famille de militaire. Socialement, le statut d’officier est complètement dévalorisé par rapport à ce qu’il fut jadis au sein des élites européennes. En clair, un militaire a parfois l’impression d’être considéré comme un extra-terrestre par ses concitoyens. Et je ne parle pas des dynamiques de judiciarisation, de civilianisation ou d’externalisation qui tendent à supprimer la spécificité militaire. Cette démilitarisation sociétale sera aussi difficile à enrayer car elle ne se résout pas à coups de budgets mais repose principalement sur des enjeux de communication. D’où l’importance de ce que l’on appelle en France le lien Armée-Nation.

Merci très vivement pour ces réponses malgré tout optimistes, et plein succès pour votre livre.

Nota : Ces propos n'engagent que l'auteur et non son institution d'appartenance. Jean-Baptiste Vouilloux précise également que "l'intégralité des droits d'auteur perçus sur les ventes de ce livre sera reversée à l'association Terre Fraternité", qui oeuvre au bénéfice des blessés et de leurs familles.

Repost 0
Published by guerres-et-conflits - dans Stratégie et principes de la guerre
commenter cet article
30 mars 2013 6 30 /03 /mars /2013 06:55

La réforme perpétuelle

Inflexions  -  n° 21

Inflexions872.jpg

Très riche sommaire, une nouvelle fois, pour ce numéro de début d'année de la revue du dialogue entre civils et militaires sur les questions de défense. Parmi les articles à retenir dans une perspective d'historien, citons ceux de Xavier Boniface ("La réforme de l'armée française après 1871"), de Michel Goya ("Deux siècles de transformations militaires") et de Jean-René Bachelet ("1962-2012 : l'armée de terre en quête de cohérence"). On apprécie aussi l'ouverture de la thématique à d'autres domaines (santé, enseignement, etc.).

Il va de soi que certains articles "grattent où ça fait mal" et que les points de vue développés par tel ou tel contributeur ne suscitent pas toujours l'adhésion spontanée de tous les lecteurs. Mais tant mieux, et bravo ! C'est d'abord comme cela que se noue et se développe le dialogue dont la revue a fait son axe éditorial.

Repost 0
Published by guerres-et-conflits - dans Presse "Défense"
commenter cet article
30 mars 2013 6 30 /03 /mars /2013 06:50

L'Afrique et la Première Guerre mondiale

International Network for the Study of the Great War in Africa

UNIVERSITE LISBONNE

Le jeune groupe de recherche sur l'Afrique dans la Grande Guerre tiendra son premier colloque international (langues de travail : anglais et portugais) à l'université nouvelle de Lisbonne les 11 et 12 juillet prochain. Les propositions de communications sur ce thème général peuvent porter sur : les oppositions impériales, les mobilisations et les stratégies des puissances européennes en Afrique et vis-à-vis de l'Afrique, la protection et la défense de l'intégrité territoriale des empires coloniaux, les questions ethniques et impériales, les aspects militaires, sociaux, religieux et culturels relatifs aux soldats autochtones des armées coloniales, 

Les propositions (CV académique, titre proposé et résumé en 700 mots)  doivent parvenir au comité scientifique avant le 30 avril 2013. La liste des communications retenues sera annoncée le 15 mai.

Renseignements et contact : greatwarinafrica@gmail.com

Repost 0
Published by guerres-et-conflits - dans Appels à communications
commenter cet article
29 mars 2013 5 29 /03 /mars /2013 07:05

La Marine nationale

en images

Jean Moulin

ALBUM MARINE

Vous vous perdez entre les diverses appellations des différentes frégates en service ? Vous vous demandez quand la nouvelle génération de sous-marins entrera en service ? Vous vous interrogez sur les capacités "3e dimension" de la Marine ? Ce petit livre est pour vous.

En moins de cent pages, tout le potentiel de la Marine nationale, classé par types de matériels. A tout seigneur, tout honneur bien sûr : l'album s'ouvre sur le Charles de Gaulle. Mais vous trouverez également au fil des pages tous les autres bâtiments, avec leurs caractéristiques techniques et militaires, du SNLE le Terrible ("Eviter l'apocalypse") à l'Alouette III ("Une longévité record"), en passant par les navires de type Aquitaine ("Une saga commence") ou Guépratte ("La frégate invisible"), la génération des patrouilleurs L'Adroit ("Vers le futur"), le bâtiment de guerre électronique Dupuy de Lôme ("Les grandes oreilles"), l'Etoile ("Du vent dans les voiles") de la flotte des voiliers du groupe école du Poulmic, et bien d'autres. Les moyens de l'aéronavale ne sont pas oubliés, du Rafale ("La pointe de l'épée") au Super-étendard modernisé ("Le vieux guerriers") et au NH-90 Caïman ("High Tech") par exemple. Chaque double page présente sommairement l'histoire et les missions du type de navires considéré et offre une photo grand format du bâtiment à la mer (ou en vol). Un tableau de synthèse final récapitule en fin d'ouvrage les caractéristiques techniques de tous les matériels.

Une belle et utile publication de synthèse.

Marines Editions, Rennes, 2013, 96 pages, 19 euros.

ISBN : 978-2-35743-116-4.

Repost 0
Published by guerres-et-conflits - dans Marine
commenter cet article
29 mars 2013 5 29 /03 /mars /2013 07:00

La force de la Liberté

Nouvelle philosophie du décideur

Henri Hude

Force-de-la-liberte856.jpg

Henri Hude est un ancien élève de l’Ecole normale supérieure de la rue d’Ulm, agrégé et docteur HDR en philosophie (Paris IV Sorbonne), directeur et fondateur du Centre d’éthique et de déontologie aux Ecoles militaires de St-Cyr Coëtquidan.  Il précise son projet dès les premières lignes de l’introduction : « Ce livre a pour objet la société libre. A l’usage des citoyens, en particulier des responsables, qui ont besoin d’une vision d’ensemble, il présente la structure synthétiquement et analytiquement, avec les éléments essentiels qui la composent ». Loin des mouvements de l’opinion, l’auteur offre un travail de redéfinition des concepts nécessaires à la compréhension et à l’exercice de la liberté. Selon lui, seul un socle philosophique solide redonne un cap au décideur dans un contexte de crise, inhérent et produit par l’idéologie libérale.

La pensée fait l’objet d’une exposition claire et rigoureuse. On peut ainsi distinguer deux grandes parties.

La première (chapitres I à V) considère de l’extérieur la communauté politique libre. L’auteur distingue ainsi un concept statique de « société libre » d’un concept dynamique, « le peuple libre ». La société libre possède quatre organes politiques nécessaires : le Pouvoir, l’Etat, la République et la Démocratie. La culture d’une société libre apparaît comme une interprétation d’une loi naturelle basée sur la philia, définie p. 42 comme « l’amitié sociale ». Elle est fonctionnelle dans le sens où elle permet la liberté pratique. Le peuple libre est un concept dynamique. Seul un pacte social basé sur la confiance favorise les trois libertés fondamentales populaires : droits de l’homme, indépendance et démocratie. La représentation stricte des volontés citoyennes est le seul garant d’une démocratie effective. Elle se corrompt en une république sans démocratie où une oligarchie s’éloigne du bien commun. Cet état de fait est -pour l’auteur- caractéristique de notre époque.  

La seconde partie (chapitres VI à X) dépeint de l’intérieur la communauté libre et analyse ses fondamentaux. Pour Henri Hude, il est nécessaire de distinguer liberté « pratique » et liberté « pathologique » : une société libre est corrompue lorsque la majorité des citoyens prennent LA liberté pour la seule liberté pathologique. C’est la fin de la croyance en « LA » liberté mais aussi la prise de conscience de son existence en tant que concept antinomique : à chaque liberté correspond une antiliberté (et l’auteur prend alors pour exemple la « liberté » de fumer dans un espace public). La liberté pathologique continue à reconnaître une seule liberté et donne lieu à débats finalement stériles, car ne prenant pas en compte la moitié de la question. En ce sens la liberté pratique suppose la justice car elle est issue de débats sur ce que sont liberté et antiliberté. Le peuple est mu par une culture de liberté juste et la loi naturelle, qui explicite le principe de justice, est basée sur la confiance. Le christianisme apparaît pour l’auteur comme la vision la plus aboutie de l’amitié comme fondement social (on peut ici faire le parallèle avec René Girard, La violence et le sacré, 1973). La loi de paix se concrétise alors dans la structure de la justice et de ses trois dimensions : autorité, liberté et solidarité. Pour l’auteur, l’injustice est consubstantielle de l’idéologie libérale pour une raison simple, la neutralité de la justice exclu l’idée de bien et de « bien commun ». La crise des valeurs de l’homme moderne est pour l’auteur due à une disparition politique de cette dernière notion, au profit d’un seul bien individuel.

Cet ouvrage témoigne d’une grande rigueur dans le raisonnement et constitue un véritable effort de redéfinition de termes fondamentaux. Il montre surtout que la démocratie n’est jamais parachevée, jamais acquise, mais au contraire toujours en construction. Cette redéfinition se propose de redonner aux décideurs des «valeurs » et constitue un nouvel horizon, dans un contexte où les valeurs morales « refuges » semblent désormais absentes. Henri Hude donne de la consistance à l’idée de liberté, grâce à la définition en positif de ses pré-requis. La place de l’auteur par rapport à son sujet est néanmoins paradoxale. Il analyse la crise actuelle et lui donne un horizon, laissant à ceux qu’il critique le devoir de l’atteindre. Il donne donc pour mission aux « aveuglés de la liberté pathologique » de se diriger eux-mêmes  vers la liberté pratique. On peut supposer que ce retrait est inhérent à la position du philosophe. Par ailleurs, si le message du Christ est universel, construire une philosophie de la liberté en y faisant essentiellement référence la rend paradoxalement moins universaliste, du fait de son aspect culturel fortement marqué. Enfin, on ne peut oublier le grand clacissisme (voire traditionalisme) du propos. Avec ce livre, le lecteur bénéfice d’un retour sur des fondamentaux et d’une plus grande profondeur d’analyse, mais se voit aussi proposer une philosophie relativement exigeante. La critique des réalités immédiates fait de la poursuite de l’idéal démocratique un véritable objectif, pour lequel tout un chacun doit travailler, en particulier les décideurs, véritables cibles de ce livre, qui ont le devoir de montrer l’exemple et de prendre leurs décisions par « la force de la liberté ».

Thibault Laurin

Economica, Paris, 2013, 161 pages, 18 euros.

ISBN : 978-2-7178-6554-7.

Repost 0
Published by guerres-et-conflits - dans Réflexions générales
commenter cet article
29 mars 2013 5 29 /03 /mars /2013 06:55

Yusuf, coupeur de têtes et général

et

Le corps impérial d'état-major

Napoléon III  -  n° 22

  Napoleon-III873.jpg

Avec ce numéro de mars-mai 2013, la revue Napoléon III publie un dossier intéressant d'Alain Pigeard sur les financiers, industriels et "nouveaux riches" du Second empire. Nous retiendrons également, peut-être plus originaux, ceux de Louis Delpérier sur "Le corps impérial d'état-major", si critiqué au lendemain des défaites de 1870, de Sylvain Métivier sur "Le secours aux vétérans de la Grande Armée" (d'abord en fonction de l'âge et des blessures), et d'Alexandre Gourdon sur "Yusuf, coupeur de têtes et général", fondateur des Spahis.

Repost 0
Published by guerres-et-conflits - dans Presse "Histoire"
commenter cet article
29 mars 2013 5 29 /03 /mars /2013 06:50

L'Ecosse post-2014, les SMP, ou l'armée italienne :

Les Cahiers du CESAT  -  n° 30

CESAT-Chahier-n30907.jpg

Véritable florilège de brefs articles sur les thèmes les plus divers dans la dernière livraison des Cahiers du CESAT. Bien sûr, la pagination limitée et le format réduit n'autorisent pas les longs développements, mais ils obligent par contre les contributeurs à un effort de synthèse qui n'est pas négligeable. Dans la grande diversité des thèmes traités, nous avons apprécié, pour leur originalité ou leur ton, l'article de Guillaume Lasconjarias sur "L'Ecosse post-2014 : conséquences militaires possibles", celui du chef d'escadron Cadoux sur "L'ouverture française aux sociétés militaires privées", celui du chef de bataillon Pellabeuf sur "Préparons la prochaine guerre, évitons l'armée d'anciens combattants" et celui du général Boulnois sur "Défense italienne : évolutions et perspectives". Chacun peut y trouver un article sur ses thèmes de prédilection et, globalement, de nombreuses pistes de débats, recherches et réflexions.

Disponible auprès du Collége de l'enseignement supérieur de l'armée de terre, à l'Ecole militaire.

Repost 0
Published by guerres-et-conflits - dans Presse "Défense"
commenter cet article
28 mars 2013 4 28 /03 /mars /2013 07:01

Les commandos SAS dans la Seconde guerre mondiale

Christophe Prime

SAS.jpg

Déjà auteur de plusieurs études (appréciées) sur la Seconde guerre mondiale et conservateur des collections du Mémorial de Caen, Christophe Prime nous propose aujourd'hui une synthèse d'ensemble sur les célébrissimes commandos SAS, de leur création à l'été 1941 pour lutter sur les arrières des Germano-Italiens dans le désert libyen aux derniers engagements à la toute fin de la Deuxième guerre mondiale.

Après un premier chapitre consacré aux temps héroïques de la L Force et aux débuts difficiles des commandos-parachutistes, l'auteur nous entraine dans l'histoire de leurs campagnes selon un plan chronologique par espaces géographiques :"Le L Detachment en Libye" (pp. 45-145), indiscutablement la plus fouillée ; "L'Italie" (pp. 147-173), que l'on découvre à bien des égards car ces engagements figurent sans doute parmi les moins connus ; "L'Europe" (pp. 175-229), qui constitue véritablement le coeur de la mémoire populaire de l'apogée des SAS, et probablement leurs mission les plus étudiées dans la bibliographie française, alors que leur effectif international atteint celui d'une brigade ; et "Les dernières campagnes" (pp. 231-253), en particulier aux côtés des Canadiens dans la région d'Oldenbourg. Tirant en conclusion le bilan de cette aventure humaine et militaire, Christophe Prime donne quelques chiffres impressionnants : pour 330 hommes perdus, les SAS ont "infligé 7.733 pertes à l'ennemi et capturé 23.000 hommes. Le bilan matériel est édifiant : 301 avions, 761 véhicules, 23 dépôts et 8 ponts ont été détruits". Il évoque également les dernières missions après la capitulation de l'Allemagne : la recherche des criminels de guerre et le désarmement des troupes allemandes de Norvège, avant la dissolution des unités, puis il s'efforce enfin de nous présenter quelques parcours individuels de ces vétérans à partir de 1946-1947.

Un organigramme, quelques cartes, une bibliographie et un index complètent ce volume, dans lequel on apprécie par exemple que la petite unité belge (5e Belgian SAS Squadron), engagée en particulier en 1944 pendant la marche des armées alliées en direction du Mans et de Paris et généralement peu citée, ne soit pas oubliée. Une solide synthèse de référence, agréable à lire, que l'on complétera ponctuellement par des études plus détaillées. 

Tallandier, Paris, 2013, 283 pages. 20,90 euros.

ISBN : 979-10-210-0096-4.

SAS-3.jpg

Christophe Prime a bien voulu répondre à quelques questions pour nos lecteurs.

Question : Il existe déjà plusieurs ouvrages récents sur les SAS. En quoi le vôtre se distingue-t-il ?

Réponse : Il existe une abondante bibliographie consacrée à cette unité. En Grande-Bretagne, le Special Air Service, après être restée longtemps dans l’ombre, jouit aujourd’hui d’une immense notoriété. Il ne faut pas oublier qu’entre 1941 et 1945, l’unité a compté dans ses rangs, des combattants britanniques, français, belges et même quelques Grecs.

Les nombreux faits d'armes et le secret entourant ces hommes sont à l'origine de la création du "mythe SAS". The SAS at War, d'Anthony Kemp, sorti en 1991, est aujourd'hui encore un ouvrage de référence en la matière, mais, depuis, d'autres historiens ont permis d'approfondir certains points qui restaient encore nébuleux, en particulier les opérations menées dans la péninsules italienne. Relater les missions lorsque les équipes SAS ont été entièrement détruites n'est pas chose aisée, mais pas impossible comme l'a démontré Brian Lett qui a réussit à retracer les itinéraires des équipes SAS disparues en Toscane. En Grande-Bretagne, le journaliste Gavin Mortimer a interviewé les derniers SAS britanniques. Les biographies des leaders Mayne, Lewes ou encore Farran permettent de comprendre le fonctionnement interne du SAS. Du côté français, il convient de saluer l'extraordinaire travail réalisé par David Portier sur les parachutistes SAS de la France Libre.

Néanmoins, il n'existait pas d'ouvrage permettant d'appréhender l'unité dans sa globalité, à travers l'histoire de ses différentes composantes. Hors, le SAS forme un tout et cette approche globale modifie considérablement notre perception de l'unité. Si l'ouvrage relate la vie opérationnelle du SAS dans son intégralité, il revient sur sa genèse et les nombreuses difficultés rencontrées par ses chefs soucieux de lui laisser une certaine pérennité.

Question : De quelques commandos en 1941, on passe à une brigade complète en 1944. A quel rythme progressent les effectifs ? D'autres évolutions étaient-elles envisagées si la guerre ne s'était pas terminée ?

Réponse : A l’origine, le SAS ou plutôt le L Detachment ne comptait qu’une soixantaine d’hommes. David Stirling, qui a fondé l’unité avec Jock Lewes, a eu beaucoup de mal à recruter de nouvelles recrues. L’armée britannique en Afrique du Nord et aucune unité ne pouvait se payer le luxe de laisser partir ses meilleurs éléments. De plus, une partie du haut commandement s’est montré fort peu coopératif. Les officiers les plus conservateurs voyaient dans les Privates armies un luxe dispendieux et inutile. Il faut dire l’armée britannique au Moyen-Orient était  dans une situation délicate et chaque homme comptait. Néanmoins, Stirling est parvenu à recruter au coup par coup des hommes de grande valeur. Sa « plus belle  prise » : un groupe d’une centaine de parachutistes français aux ordres du capitaine Georges Bergé. La petite unité devient officiellement le 1st Special Air Service Regiment au mois de septembre 1942 et ce en dépit d’un cuisant échec subi à Benghazi (opération Bigamy). Un second régiment est mis sur pied à Philippeville en Tunisie par William Stirling. Il faut attendre les premiers mois de l’année 1944 pour que le  commandement britannique crée la SAS Brigade en regroupant les deux régiments SAS britanniques, les deux bataillons parachutistes français et une compagnie parachutiste indépendante belge, soit environ 2 000 hommes.

À la fin de chaque campagne, il a fallu repenser l’unité et faire la preuve de son utilité. Les appuis en haut lieu n’étaient pas de trop. Avant même la fin de la libération de la France, les chefs SAS ont envisagé un déploiement en Scandinavie, voire en Extrême-Orient. Après une ultime mission en Norvège pour désarmer les unités allemandes, sonne l’heure de la dissolution. Certains membres reprendront du service par la suite. 

SAS-2.jpg

Question : On connait peu en France les SAS belges. Pouvez-vous nous en dire plus ?

Réponse : Les Belges n’ont été intégrés qu’en 1944. Il s’agissait de parachutistes. L’unité qui ne dépassait pas la taille d’une compagnie, a vu le jour en 1941. Personne ne s’accorde sur leur rôle. Elle est rattachée à plusieurs unités avant de rejoindre les troupes aéroportées britanniques, puis le Special Air Service. Les officiers britanniques appréciaient ces hommes pour leur sens de la discipline. Ainsi est né le 5th SAS Squadron. L’unité était en cours de spécialisation quand le débarquement en Normandie a été déclenché. Les premiers combattants belges sont engagés en France à la fin du mois de juillet aux côtés des SAS français et britanniques dans L’Eure-et-Loir et en Picardie. Ils ont ensuite participé à la libération de leur pays et des Pays-Bas. Leur connaissance du terrain et de la langue, ou plutôt des langues, a été un précieux atout pour le Special Air Service. Ils ont effectué un remarquable travail de renseignement. Le stick du lieutenant Debefve est ainsi resté 173 jours derrière les lignes ennemies pour récolter et transmettre les informations sur les forces allemandes engagées en Hollande. Ce n’est qu’un exemple parmi d’autres.

Au lendemain de la guerre, le 5th SAS devient le 1er régiment de parachutistes (1 PARA). Il a servi au sein du corps de volontaire pour la Corée de 1950 à 1954. Il est utilisé comme une unité mobile parachutiste jusqu'en 1952, date à laquelle il est rattaché au régiment para-commando. Six bataillons ont été formés, mais le 1er bataillon est resté le seul dépositaire des traditions du régiment originel jusqu’à sa disparition en juillet 2011. L’emblème, le drapeau et l’insigne ont été transmis aux Forces spéciales belges.

Question : Des différents théâtres d'opérations sur lesquels ils furent engagés (Afrique du Nord, Sicile-Italie, France métropolitaine, Belgique-Hollande), sur lequel selon vous peut-on dire que leur action a été décisive et qu'ils ont joué un rôle déterminant ?

Réponse : En Afrique du nord, le L Detachment a obtenu des résultats très probants. Les hommes de Stirling ont détruit plus de 200 avions et de nombreux véhicules germano-italiens. Quand on connait l’importance du rôle de l’aviation sur ce théâtre d’opération et les problèmes logistiques que rencontraient les différentes armées acheminer le matériel, on peut dire que leur contribution est loin d’avoir été négligeable. En outre, leurs raids ont obligé l’ennemi à déployer des unités à l’arrière du front pour les stopper. C’est en Libye, que le concept SAS est arrivé à maturité.  La campagne italienne est loin d’être une réussite et ce pour deux raison. Le 1st SAS, qui était le plus expérimenté, a été transformé en unité commando, rôle dans lequel il n’a pas pourtant pas démérité. Les sticks du 2nd SAS, ont été le plus souvent mal engagés. Le renseignement militaire a été défaillant.

Pendant l’été 1944, le déploiement massif du SAS en France et leur action combiné avec les maquis a jeté un profond chez l’ennemi, l’obligeant à se retrancher dans des villes de garnison. En Bretagne, les SAS français retarder quelque peu l’envoi des renforts allemands sans pour autant l’empêcher, mais le pouvait-il réellement ? Les renseignements transmis ont été très utiles au commandement allié. Par la suite, ils vont mener des missions de renseignement et reconnaissances en profondeur de grand style.

Le Special Air Service, n’était pas une « simple » unité commando (au sens ou on l’entendait à l’époque) ni une simple unité aéroportée. L’unité n’a cessé de développer de nouvelles compétences pour s’adapter aux nouveaux théâtres d’opération. C’était une unité en avance sur son temps au grand dam du commandement britannique qui n’a jamais su vraiment comment l’utiliser.

SAS-1.jpg

Question : Pouvez-vous nous parler du Kommandobefehl promulgué par Adolf Hitler ?

Réponse : Avant la campagne d’Italie, les membres du Special Air Service capturé n’ont jamais eu à subir de mauvais traitements de la part de leurs adversaires en dépit de leurs méthodes peu conventionnelles. Mais en septembre 1943, plusieurs équipes sont sommairement exécutées en Italie. Pour comprendre ce changement radical d’attitude à l’encontre des SAS, il faut remonter un an plus tôt. Après le débarquement de Dieppe, les Allemands ont découvert un document stipulant que les prisonniers devaient être entravés. Après un raid mené par le sur l’île de Serq dans la nuit du 3 au 4 octobre, les dépouilles de deux soldats allemands les mains attachées dans le dos sont découvertes. La propagande allemande s’est emparé de la nouvelle pour dénoncer les méthodes employées par leurs adversaires. Le 18 octobre 1942, Hitler ordonnait à la Wehrmacht d’exécuter les commandos, parachutistes et les saboteurs britanniques. Les commandos capturés devaient être remis au Sicherheitsdienst (service de sécurité du Reich). Tout manquement à cet ordre était considéré comme un acte de négligence et puni par la justice militaire. L’ordre a été suivi d’effet, même si quelques officiers supérieurs ont refusé de l’appliquer le jugeant trop déshonorant. Les Alliés n’auront pas connaissance de l’existence du Kommandobefehl avant 1943. En France, cinquante trois SAS ont été exécutés.  Avant même que la guerre ne soit finie, une commission d’enquête est mise sur pied par l’unité pour savoir ce qu’il est advenu des hommes disparus. L’équipe d’investigation a poursuivi son travail jusqu’en 1949.

Merci beaucoup pour toutes ces précisions et bravo pour votre livre.

Repost 0
Published by guerres-et-conflits - dans Seconde guerre mondiale
commenter cet article
28 mars 2013 4 28 /03 /mars /2013 07:00

Histoire de l'armement

colonel Charles Ailleret

 

Histoire-armement.jpeg

Charles Ailleret, personnalité à la vie mouvementée qui prit des options courageuses, signe en 1948 un "Que-sais-je ?" consacré à l'armement, à la fois rétrospectif et dans une moindre mesure prospectif, très complet. Bref par définition selon la formule de la collection, fortement structuré, il se lit facilement, et malgré ses soixante-cinq ans, il s'agit peut-être de l'un des meilleurs tomes d'une collection universitaire de qualité variable.

Durant l'entre-deux-guerres, Ailleret, officier de carrière, soutient à Paris en 1935 une thèse de droit sur L'organisation économique de la nation en temps de guerre. Il écrit également sur la mobilisation industrielle dans la très officielle Revue militaire française en février 1936. Outre sa compétence de praticien, ce polytechnicien, artilleur de formation, est donc rompu aux exercices académiques. Résistant et déporté durant le second conflit mondial, il est connu pour son rôle d'initiateur au sein du groupe des « quatre généraux de l'Apocalypse » -selon l'expression consacrée par François Géré-, penseurs de la stratégie spécifiquement française de dissuasion nucléaire. Cependant, dans ce petit livre de 1948, il traite presque exclusivement de l'armement conventionnel et terrestre (les pages consacrées à la composante aérienne sont très succinctes, même si la bombe atomique évoquée dans l'ultime chapitre est à l'époque larguée depuis un avion). Ce "Que-sais-je ?" peut se lire comme une mini-encyclopédie des armes offrant des définitions très précises tant des objets dans leur matérialité que de leur emploi sur le champ de bataille. Ces artefacts de plus en plus élaborés ont pour fonction de démultiplier et de projeter la force du combattant, qui n'est plus uniquement musculaire. L'ère féconde couvrant approximativement les décennies de 1875 à 1948, durant laquelle les conflagrations et le progrès technique se nourrissent réciproquement, connaissant un phénomène d'accélération assez exceptionnel, est privilégiée. Après les armes blanches, dans une première phase, est évoquée l'évolution des armes à feu et les modalités du perfectionnement technique facilitant progressivement leur maniement, ainsi que l'accroissement de leur portée et leur efficacité. Les inventeurs, de la poudre à la mitrailleuse, sont souvent tenus en suspicion par les armées, enclines au conservatisme, les munitions  les plus performantes qui existent sur le marché n'étant pas automatiquement adoptées par les troupes régulières. Le chapitre IV est dédié à l'artillerie terrestre, des bouches à feu rudimentaires à la motorisation : « En 1880... l'Artillerie est devenue pour un certain nombre d'années l'arme des « feux puissants, larges et profonds » (p.47) (définition empruntée à la controversée Instruction sur l'emploi tactique des grandes unités, texte doctrinal paru en 1936). Le développement suivant évoque de manière très vivante la genèse du char et des premiers blindés, versant français. Ils constituent une réponse trouvée dans un contexte d'urgence tactique car « les premiers combats de la guerre 1914-1918 démontrent la puissance d'arrêt presque absolu des mitrailleuses » (p.34). La séculaire dialectique du sabre et du bouclier est relancée : « Lutte aussi complexe que passionnante, car il ne s'agit pas seulement d'une opposition statique entre la cuirasse et l'obus comme entre celui-ci  et la fortification permanente. La raison d'être du char n'est pas seulement son blindage mais aussi sa mobilité et l'armement qu'il porte » (p.66). Les engins se diversifient, se modernisent, s'autonomisent progressivement, leur tactique s'ajustant aux transformations de la guerre durant le second conflit mondial. Une place particulière est réservée à la défense contre avion, qui nécessite un matériel de plus en plus spécialisé à mesure que l'on s'avance vers la moitié du XXe siècle. Le chapitre VII aborde les fusées, et le souvenir de la menace des autopropulsés soviétiques puis allemands (V1 et V2) utilisés dans l'espace européen demeurant vivace. Il n'est pas encore question de missiles à tête nucléaire. Les moyens de transmission dépeints ensuite connaissent un essor remarquable, après plusieurs siècles de stagnation dans le domaine des communications : « Le prodigieux développement des techniques et de l'électronique entre les deux guerres a complètement changé la situation au moment de la deuxième guerre mondiale. À la fin de celle-ci, les radio-communications avaient pris une place énorme jusque dans les plus petites unités sur le champ de bataille » (p.102). Les techniques relatives au transport et aux voies de communication, exposées au chapitre X, sont mises en œuvre par le génie pour l'essentiel, éventuellement par le Train. Initialement, l'usage militaire du moteur est d’ailleurs presque exclusivement réservé aux transports logistiques. Il s'agit de dégager des axes ou inversement de les interdire, le même jeu de bascule entre char et antichar se reproduisant dans cette partie moins glorieuse, moins médiatisée mais indispensable de l'art du combat. Ailleret affirme que « la mine a ainsi pris dans la guerre moderne une importance considérable, comme étant l'un des obstacles passifs qui demande de la part de l'ennemi le plus de temps et d'effort pour être franchi » (p.111). Le pénultième chapitre est consacré à l'évolution de la guerre chimique puisque « [l’] on constate qu'il y a d'autres moyens que le choc pour tuer l'homme ou le mettre hors de combat. On peut l'asphyxier, le rendre aveugle, lui brûler l'épiderme ou les poumons. L'idée n'est certes pas nouvelle, mais les progrès de la chimie organique permettent de la réaliser » (p.8). Le dernier chapitre enfin explique la réalisation de la bombe atomique, arme d'une puissance exorbitante. Les équilibres classiques se trouvent sans cesse remis en cause tandis que s'élargit la possibilité de manœuvre. En somme, « le choix des armes à étudier et à construire, c'est-à-dire la définition des programmes d'armement est ainsi devenu désormais l'un des éléments essentiel de la Stratégie » (p.127).

Comme le trop méconnu  L’Art de la guerre et la technique paru en 1950, ce "Que sais-je ?", outre une attention portée aux aspects concrets du combat terrestre offre une vision d'ensemble –certes susceptible de critique et bien sûr d'actualisation du fait de son âge– de l'influence de l'armement sur la fabrication collective de l'histoire. Éminemment didactique, il est rédigé dans une langue claire et élégante où se rencontrent de nombreuses maximes et formules qui frappent par leur vérité et leur concision.

Candice Menat

Coll. ‘Que sais-je ?’, PUF, Paris, 1948, 127 pages. D’occasion à partir de 3 euros.

ISSN 0768-0066 ; 301

Repost 0
Published by guerres-et-conflits - dans Histoire économique et technique
commenter cet article
28 mars 2013 4 28 /03 /mars /2013 06:56

Dernière Guerre Mondiale

n° 7

Banniere_DGM.jpg

Cette publication bimestrielle électronique gratuite, née en janvier 2012, est animée selon ses propres termes par "un équipe d'amateurs enthousiastes, bénéficiant de l'aide amicale d'historiens professionnels". Les principaux animateurs, autour de Daniel Laurent (contributeur bien connu de plusieurs périodiques sur la Seconde guerre mondiale), viennent d'Histomag'44 et François Delpla figure parmi les contributeurs réguliers du magazine. Les derniers numéros ont été consacrés à : "Mai-Juin 1940" (n° 3), "La Kollaboration" (n° 4), "Opération Torch" (n° 5) et "Ceux qui ont dit Non !" (n° 6). On trouve également quelques rubriques (Matériels, Militaria, Marine, Livres) et un article évoquant d'autres campagnes, "Coup d'oeil sur un autre conflit" (Opération Daguet dans le numéro 5, Philippeville 1955 dans le numéro 6). La revue est directement accessible et le téléchargement est gratuit à l'adresse : http://derniereguerremondiale.net/indexDGM.php.

Le dernier numéro paru, sur le thème de "L'arme blindée française en 1940" compte une quinzaine d'articles, dont dix pour le dossier principal (parmi lesquels sont traités les généraux Estienne, Doumenc et de Gaulle pour les personnalités, le FCM 2C, le B 1 Bis, le Somua S 35 et le Renault R 35 pour les matériels). Directement accessible à l'adresse : http://derniereguerremondiale.net/DGM/DGM7.pdf

Repost 0
Published by guerres-et-conflits - dans Presse "Histoire"
commenter cet article

Qui Suis-Je ?

  • : Guerres-et-conflits
  • : Guerres et conflits XIXe-XXIe s. se fixe pour objectif d’être à la fois (sans prétendre à une exhaustivité matériellement impossible) un carrefour, un miroir, un espace de discussions. Sans être jamais esclave de la « dictature des commémorations », nous nous efforcerons de traiter le plus largement possible de toutes les campagnes, de tous les théâtres, souvent dans une perspective comparatiste. C’est donc à une approche globale de l’histoire militaire que nous vous invitons.
  • Contact

  • guerres-et-conflits
  • L'actualité de la presse, de l'édition et de la recherche en histoire

Partenariat

CHOUETTE

Communauté TB (1)

Recherche

Pour nous joindre

guerres-et-conflits@orange.fr

Cafés historiques de La Chouette

Prochaine séance : pour la rentrée de septembre. Le programme complet sera très prochainement mis en ligne.

Publications personnelles

Livres

 

doumenc-copie-1.jpgLa Direction des Services automobiles des armées et la motorisation des armées françaises (1914-1918), vues à travers l’action du commandant Doumenc

Lavauzelle, Panazol, 2004.

A partir de ma thèse de doctorat, la première étude d’ensemble sur la motorisation des armées pendant la Première Guerre mondiale, sous l’angle du service automobile du GQG, dans les domaines de l’organisation, de la gestion et de l’emploi, des ‘Taxis de la Marne’ aux offensives de l’automne 1918, en passant par la ‘Voie sacrée’ et la Somme.

 

La mobilisation industrielle, ‘premier front’ de la Grande Guerre ? mobil indus

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2005 (préface du professeur Jean-Jacques Becker).

En 302 pages (+ 42 pages d’annexes et de bibliographie), toute l’évolution industrielle de l’intérieur pendant la Première Guerre mondiale. Afin de produire toujours davantage pour les armées en campagne, l’organisation complète de la nation, dans tous les secteurs économiques et industriels. Accompagné de nombreux tableaux de synthèse.

 

colonies-allemandes.jpgLa conquête des colonies allemandes. Naissance et mort d’un rêve impérial

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2006 (préface du professeur Jacques Frémeaux).

Au début de la Grande Guerre, l’empire colonial allemand est de création récente. Sans continuité territoriale, les différents territoires ultramarins du Reich sont difficilement défendables. De sa constitution à la fin du XIXe siècle à sa dévolution après le traité de Versailles, toutes les étapes de sa conquête entre 1914 et 1918 (388 pages, + 11 pages d’annexes, 15 pages de bibliographie, index et cartes).

 

 caire damasDu Caire à Damas. Français et Anglais au Proche-Orient (1914-1919)

 14/18 Editions, Saint-Cloud, 2008 (préface du professeur Jean-Charles Jauffret).

Du premier au dernier jour de la Grande Guerre, bien que la priorité soit accordée au front de France, Paris entretient en Orient plusieurs missions qui participent, avec les nombreux contingents britanniques, aux opérations du Sinaï, d’Arabie, de Palestine et de Syrie. Mais, dans ce cadre géographique, les oppositions diplomatiques entre ‘alliés’ sont au moins aussi importantes que les campagnes militaires elles-mêmes.

 

hte silesieHaute-Silésie (1920-1922). Laboratoire des ‘leçons oubliées’ de l’armée française et perceptions nationales

‘Etudes académiques », Riveneuve Editions, Paris, 2009.

Première étude d’ensemble en français sur la question, à partir du volume de mon habilitation à diriger des recherches. Le récit détaillé de la première opération civilo-militaire moderne d’interposition entre des factions en lutte (Allemands et Polonais) conduite par une coalition internationale (France, Grande-Bretagne, Italie), à partir des archives françaises et étrangères et de la presse de l’époque (381 pages + 53 pages d’annexes, index et bibliographie).

 

cdt armee allde Le commandement suprême de l’armée allemande 1914-1916, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général von Falkenhayn 

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Le texte original de l’édition française de 1921 des mémoires de l’ancien chef d’état-major général allemand, accompagné d’un dispositif complet de notes infrapaginales permettant de situer les lieux, de rappeler la carrière des personnages cités et surtout de comparer ses affirmations avec les documents d’archives et les témoignages des autres acteurs (339 pages + 34 pages d’annexes, cartes et index).

 

chrono commChronologie commentée de la Première Guerre mondiale

Perrin, Paris, 2011.

La Grande Guerre au jour le jour entre juin 1914 et juin 1919, dans tous les domaines (militaire, mais aussi politique, diplomatique, économique, financier, social, culturel) et sur tous les fronts. Environ 15.000 événements sur 607 pages (+ 36 pages de bibliographie et d’index).

 

 Les secrets de la Grande Guerrecouverture secrets

Librairie Vuibert, Paris, 2012.

Un volume grand public permettant, à partir d’une vingtaine de situations personnelles ou d’exemples concrets, de remettre en lumière quelques épisodes peu connus de la Première Guerre mondiale, de la question du « pantalon rouge » en août 1914 à l’acceptation de l’armistice par von Lettow-Vorbeck en Afrique orientale, après la fin des hostilités sur le théâtre ouest-européen.

 

Couverture de l'ouvrage 'Mon commandement en Orient'Mon commandement en Orient, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général Sarrail

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2012

Le texte intégral de l'édition originale, passé au crible des archives publiques, des fonds privés et des témoignages des acteurs. Le récit fait par Sarrail de son temps de commandement à Salonique (1915-1917) apparaît véritablement comme un exemple presque caricatural de mémoires d'autojustification a posteriori

 

 

Coordination et direction d’ouvrages

 

Destins d’exception. Les parrains de promotion de l’Ecole Spéciale Militaire de Saint-Cyr

SHAT, Vincennes, 2002.

Présentation (très largement illustrée, 139 pages) des 58 parrains qui ont donné leur nom à des promotions de Saint-Cyr, entre la promotion « du Prince Impérial » (1857-1858) et la promotion « chef d’escadrons Raffalli » (1998-2001).

 

fflLa France Libre. L’épopée des Français Libres au combat, 1940-1945

SHAT, Vincennes et LBM, Paris, 2004.

Album illustré présentant en 191 pages l’histoire et les parcours (individuels et collectifs) des volontaires de la France Libre pendant la Seconde guerre mondiale.

 

marque courageLa marque du courage

SHD, Vincennes et LBM, Paris, 2005.

Album illustré présentant en 189 pages l’histoire des Croix de Guerre et de la Valeur Militaire, à travers une succession de portraits, de la Première Guerre mondiale à la Bosnie en 1995. L’album comporte en annexe une étude sur la symbolique, les fourragères et la liste des unités d’active décorées.

 

  90e anniversaire de la Croix de guerre90-ANS-CROIX-DE-GUERRE.jpg

SHD, Vincennes, 2006.

Actes de la journée d’études tenue au Musée de l’Armée le 16 novembre 2005. Douze contributions d’officiers historiens et d’universitaires, français et étrangers, de la naissance de la Croix de guerre à sa perception dans la société française, en passant les décorations alliées similaires et ses évolutions ultérieures.

 

france grèceLes relations militaires franco-grecques. De la Restauration à la Seconde guerre mondiale 

SHD,Vincennes, 2007.

Durant cette période, les relations militaires franco-grecques ont été particulièrement intenses, portées à la fois par les sentiments philhellènes qui se développent dans l’hexagone (la France est l’une des ‘Puissances protectrices’ dès la renaissance du pays) et par la volonté de ne pas céder d’influence aux Anglais, aux Allemands ou aux Italiens. La campagne de Morée en 1828, l’intervention en Crète en 1897, les opérations en Russie du Sud  en 1919 constituent quelques uns des onze chapitres de ce volume, complété par un inventaire exhaustif des fonds conservés à Vincennes.

 

verdunLes 300 jours de Verdun

Editions Italiques, Triel-sur-Seine, 2006 (Jean-Pierre Turbergue, Dir.).

Exceptionnel album de 550 pages, très richement illustré, réalisé en partenariat entre les éditions Italiques et le Service historique de la Défense. Toutes les opérations sur le front de Verdun en 1916 au jour le jour.

 

DICO-14-18.jpgDictionnaire de la Grande Guerre

(avec François Cochet), 'Bouquins', R. Laffont, 2008.

Une cinquantaine de contributeurs parmi les meilleurs spécialistes de la Grande Guerre, 1.100 pages, 2.500 entrées : toute la Première Guerre mondiale de A à Z, les hommes, les lieux, les matériels, les opérations, les règlements, les doctrines, etc.

 

fochFerdinand Foch (1851-1929). Apprenez à penser

(avec François Cochet), 14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Actes du colloque international tenu à l’Ecole militaire les 6 et 7 novembre 2008. Vingt-quatre communications balayant tous les aspects de la carrière du maréchal Foch, de sa formation à son héritage dans les armées alliées par des historiens, civils et militaires, de neuf nations (461 pages + 16 pages de bibliographie).

Sur la toile