Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
25 octobre 2012 4 25 /10 /octobre /2012 07:15

Projection de puissance, projection de forces, opérations extérieures

Terre, Air, Mer

Paris IV

Ce séminaire commun du Master "Guerre, armée, sécurité" de Paris IV Sorbonne aborde toutes les périodes historiques, illustrées par des exemples précis de campagnes détaillées. Il se déroule en salle D 116, Maison de la Recherche, rue Serpente, le jeudi de 16h00 à 18h00. Au programme des premières séances :

18 octobre : Introduction à l'histoire militaire (par Olivier Chaline et Tristan Lecoq)

25 octobre : Les Dardanelles en 1915, un échec de la projection de forces ? (par Rémy Porte)

8 novembre : La Grande Armée en Russie, projection de force ou projection de puissance ? (Jacques Olivier Boudon)

15 novembre : Les Wallons en Bohème 1618-1621? Projection de forces et solidarité habsbourgeoise (par Olivier Chaline)

29 novembre : Les grandes expéditions romaines en Orient (Ier s. av. J.-C. - IIIe s.) : quelques réflexions (par Giusto Traina)

13 décembre : L'expédition d'Alger en 1830 (par Jacques Frémeaux)

Repost 0
Published by guerres-et-conflits - dans Séminaires universitaires
commenter cet article
25 octobre 2012 4 25 /10 /octobre /2012 07:10

Se battre à l'étranger pour des idées

Volontariat international avril 2012 copie

Le livre Grands reporters de guerre, entre observation et engagement que nous chroniquions le 18 octobre dernier, est constitué à partir de la table-ronde qui formait la sixième session de ce grand colloque international, organisé en avril 2012 par l'ENS et dont d'autres communications sont dès à présent disponibles sur support audio.

Pour écouter les communications de W. Bruyère-Ostells sur "Mercenaires et volontaires : combattants français de la Rhodésie à la Yougoslavie" et de D. Rodogno sur "Humanitaires et volontaires : les interventions humanitaires dans l'empire ottoman" :

http://savoirsenmultimedia.ens.fr/uploads/sons/2012_04_14_bruyere-ostells_rodogno.mp3

Pour écouter les communications de O. Compagnon et M. Rodriguez sur "Le volontariat latino-américain dans l'armée française (1914-1918)" et de H. Heyriès sur "Volontaires garibaldiens de la Première Guerre mondiale en France et en Italie" :

http://savoirsenmultimedia.ens.fr/uploads/sons/2012_04_13_compagnon_rodriguez_heyries.mp3

Les actes complets de ce colloque devraient être publiés chez Albin Michel dans quelques mois.

Repost 0
Published by guerres-et-conflits - dans Tables rondes et colloques
commenter cet article
25 octobre 2012 4 25 /10 /octobre /2012 07:05

Rothschild, une banque au pouvoir

Martine Orange

Rotschild588-copie-1.jpg

L'histoire de demain s'écrit aujourd'hui et les grandes enquêtes sur des thèmes politiques, économiques et financiers ont toujours constitué pour les historiens ultérieurs des éléments d'information intéressants. Depuis 30 ans, la banque Rothschild a connu des revers et des succès, mais reste très proche des cercles politiques les plus élevés.

Les deux protagonistes de cet ouvrage cohabitent ainsi dès le titre : la banque, métaphore du monde financier, tend la main au pouvoir politique. A moins que ça ne soit l’inverse. Il s’agit bien de ce rapport ambivalent, et tant controversé, que Martine Orange choisit de décrypter au fil des 400 pages de son livre. Après diverses participations à des journaux, elle décide de mettre ses connaissances en affaires économiques au service de Médiapart. Parallèlement, elle enrichit le champ des publications économiques en s’intéressant au patronat comme à la célèbre banque Lazard. Basé sur des témoignages, et centré sur l’univers de la banque, son dernier écrit s’emploie à retracer l’histoire de la banque Rothschild, « dernière grande banque familiale » selon David de Rothschild.

La nationalisation de 1982 semble annoncer la fin de l’ère Rothschild. C’est une première approche toute en noirceur que peint Martine Orange, où l’acharnement du gouvernement de gauche contre la famille Rothschild cache en réalité une chasse féroce aux ressources financières. Figurant parmi les condamnés du pouvoir, la banque se retrouve seule pour affronter une véritable épidémie de quasi-désertions, au moins de « retournement de vestes ». La reprise en main de l’établissement est menée tambour battant par David et Eric de Rothschild. Le gouvernement, sous l’égide d’Ambroise Roux, permet la réinstallation de la banque dans le système d’influence du monde patronal en l’intégrant à l’Afep. Les cercles d’influence protègent ainsi la maison Rothschild mais ne lui rendent pas son autonomie. Débute alors un vrai combat pour recréer une banque, qui s’achève sur un succès, grâce au soutien de Badinter.

Alors que le veto se lève, Rothschild est appelée à représenter l’Etat dans nombre d’affaires populaires : la banque tient ainsi son rang dans les privatisations. Au monde financier qui prône le « greed is good » (la cupidité a libre cours), Rothschild répond par l’adoption du modèle de la banque d’affaires façon Lazard et l’union avec les cousins anglais permet à la maison de prétendre au titre de banque d’affaires internationales. Sous la bienveillance de la deuxième cohabitation, Rothschild prouve son influence, entre autres, dans l’affaire Renault.

L’année 1995 ne dissout pas les liens entre domaine politique et financier mais a une acidité certaine pour la famille Rothschild. L’arrivée de Nicolas Sarkozy à la mairie de Neuilly en 1993, grâce au banquier Vernes, montre la perméabilité des deux mondes : Nicolas Sarkozy pratique sans détour le jeu des rapports entre mandats politiques et  secteur privé. Entre affaires, nouvelles recrues, et mandats de l’Etat, Rothschild est placée au cœur du monde de la haute finance et des évolutions industrielles, mais ne manque pas à ses principes. Le gouvernement Jospin s’en tient plutôt à distance, injectant ses directives par à-coups, comme pour l’affaire France Télécom.

Le véto ministériel refait son apparition en 2005 avec la nomination de Thierry Breton, mais le retour en grâce de Rothschild, à la fois pour la maison et les hauts fonctionnaires, s’avère primordial. Puissance qui s’exporte, la banque ne parvient pas à légitimer l’idée d’une alliance franco-allemande. « Il va changer les choses » assure t’on alors dans la sphère financière lorsque François Henrot est nommé à l’Elysée : ainsi débute l’ère Sarkozy. Jamais une banque n’a eu une telle proximité avec le pouvoir et Rothschild se révèle l’interlocuteur privilégié de l’Etat. L’argent s’installe au cœur de la politique, d’après l’auteur, avec plusieurs affaires comme celle de la BPCE. Alors que Rothschild se classe première des banques-conseils en fusions-acquisitions, la crise des « subprimes » la tétanise.

Malgré la défaite de la droite aux élections présidentielles, Rothschild reste au pouvoir et fournit le nouveau Secrétaire général de l’Elysée. Comme l’affirme la famille : « C’est la tradition de la maison de se mettre à la disposition de la République ». Martine Orange replace alors la figure de David de Rothschild dans un rôle de conseiller, voire même d’arbitre, dans la joute menée par le monde des affaires et le pouvoir.

C’est un ouvrage enrichissant à bien des égards que nous délivre Martine Orange, riche de très nombreuses informations de détail, même si l’on ne peut pas parler « d’objectivité totale ». Mais il s’agit d’un vrai travail de recherche et d’investigation journalistique. Plonger dans le monde fantasmé des affaires où l’argent est roi, et dans l’univers politique qui semble en être si proche et où la manipulation est coutumière, ne pourra que séduire le lecteur avide d’en savoir davantage sur les trames politico-financières de la République.

Barbara FELICE

Editions Albin Michel, Paris, 2012, 359 pages, 20 euros

ISBN 978-2-226-24383-6

Repost 0
Published by guerres-et-conflits - dans Histoire économique et technique
commenter cet article
25 octobre 2012 4 25 /10 /octobre /2012 07:00

Excellent initiative des éditions du Seuil, qui (re)lancent une collection complète d'histoire de France dont les trois premiers tomes viennent de paraître. Il nous semble préférable de vous les présenter ensemble.

L'empire des Français, 1799-1815

Aurélien Lignereux

Empire.jpg

18 Brumaire - Waterloo ! Quelle période. A bien des égards fondatrice. C'est par ailleurs une histoire de France résolument tournée vers l'extérieur qu'Aurélien Lignereux nous invite à redécouvrir, naturellement tournée vers l'Europe (cette période n'est-elle pas tout aussi importante pour la plupart des Etats du continent ?) mais aussi ouverte sur le reste du monde, à l'image de ce que les Britanniques ont initié avec la New Imperial History : "S'il est bien possible que la masse des Français n'ait guère eu conscience de cet empire et que la majorité des élites n'y ait pas cru, la mutation impériale de la nationalité française justifie à elle-seule d'esquisser cette histoire".

Le très riche sommaire nous entraine ainsi des "Moments napoléoniens" ("Finir la révolution, 1799-1802", "Sortir de la république, 1802-1807" et "Construire l'empire, 1808-1812") à une étude de "Etat napoléonien et état de la société" (questions administratives, politiques et sociales). Il se poursuit par "Une génération impérialiste" (avec en particulier la double question de l'expension territoriale par la guerre et de la réunion de "14 millions de nouveaux Français") et se termine par "Fins d'empire 1812-1814", qui amène l'auteur à s'interroger sur les disfonctionnements internes et les contradictions du système, mais aussi (et cette dernière partie est également passionnante) à réfléchir sur les "Cent jours pour réinventer l'empire".

Beaucoup d'idées neuves, de très nombreux thèmes abordés, une grande richesse des sources et références. Une très belle réussite.

Seuil, Paris, 2012, 417 pages, 25 euros

ISBN : 978-2-02-100083-2

 

Monarchies postrévolutionnaires, 1814-1848

Bertrand Goujon

Monarchies.jpg

L'Europe et la France ne peuvent plus être les mêmes, et pourtant ! Cette période, comprise entre le Premier empire et la Seconde république, trop souvent négligée par l'historiographie générale, pourrait être définie comme celle de toutes les innovations (au moins au plan intellectuel) et de tous les possibles.

Bertrand Goujon suit un plan chronologique ("Le retour des lys, 1814-1815", "Le défi de l'apaisement et de la réconciliation nationale 1815-1820", "Une réaction ultraroyaliste à contre-courant des mutations nationales 1820-1828", "D'une monarchie l'autre 1828-1832", "L'enracinement du régime de Juillet 1832-1840" et "Le glissement vers l'immobilisme du libéralisme conservateur 1840-1848"), mais choisit de définir d'autres séquences que celles généralement admises (la chute de Charles X et l'avènement de Louis-Philippe sont traités dans la même partie) afin de mieux faire percevoir les grandes phases d'évolution des idées et la réalité des changements politiques. On apprécie également que les thématiques, souvent contradictoires mais aussi parfois complémentaires, politiques et sociales qui vont dominer tout le XIXe siècle (et au-delà) soient prises en compte, dans leurs origines et leurs manifestations.

Une France complexe, des permanences (qui s'épuisent) et des ruptures (annoncées), Un bouillonnement intellectuel, politique, culturel : un livre dès à présent important.

Seuil, Paris, 2012, 447 pages, 25 euros.

ISBN : 978-2-02-103347-2

 

Le crépuscule des révolutions, 1848-1871

Quentin Deluermoz

Crepuscule.jpg

Que de changements, en à peine plus de vingt ans !  Entre une révolution (celle de 1848) et une autre (la Commune), la France connaît successivement un régime républicain à bien des égards très progressiste, puis une "forme impériale de gouvernement", "régime complexe, parfois fascinant", ... dont la IIIe République dira le plus grand mal. Comme le précise l'auteur, "entre processus de longue durée et efficacité de l'événement, c'est donc l'histoire d'une phase de structuration politique du territoire français qui est proposée ici".

Quentin Deluermoz détaille de façon extrêmement précise les conditions d'installation de la Seconde république, puis s'efforce d'analyser son expérience (juin 1848-décembre 1851), en étudiant les conditions et les conséquences de la "politisation" croissante des Français, en s'interrogeant sur "La République contre les républicains" et en s'attardant sur les causes et les modalités du coup d'Etat. N'hésitant pas à manier le paradoxe, il parle ensuite à propos du Second empire de "démocratie illibérale", s'intéresse aux très nombreuses évolutions politiques, économiques, financières, sociales et industrielles qui marquent la période, et nous rappelle que "Le Second empire est un empire" (colonial) extrêmement actif dans le domaine des interventions extérieures. Il termine bien sûr son étude sur l'Année terrible, la guerre e 1870-1871 et la Commune de Paris, et la mise enplace progressive d'un système républicain dont les partisans étaient au départ minoritaires.

Entre le souvenir de la "Grande révolution" (celle de 89 et de 93) et le monde nouveau en train d'émerger : une solide étude de vingt années essentielles dans notre histoire.

Seuil, Paris, 2012, 413 pages, 25 euros.

ISBN : 978-2-02-100596-7

 

Tous les volumes sont accompagnés d'une bonne chronologie, d'une bibliographie très complète et d'un index. Confier la rédaction de ces volumes à de "jeunes" historiens (tout au moins des historiens moins médiatisés) est par ailleurs une belle marque de confiance à la "génération montante" (cf. notre billet d'humeur du 6 septembre). Peut-être dira-t-on un jour "Le" Lignereux, "Le" Goujon ou "Le" Deluermoz, comme on a pu dire dans le passé "Le" Lavisse" ou "Le" Malet et Isaac ? Espérons-le pour les auteurs ! On attend avec impatience les prochains ouvrages de la collection !

 

Nous avons demandé aux trois auteurs de répondre, ensemble ou parallèlement, à quelques questions.

HISTOIRE-FRANCE-4.jpg

Question : Dans quel esprit et comment avez-vous abordé la rédaction de cette étude de référence ?

Réponse : Sur le fond, nous avions le souci d’écrire une histoire qui soit pleinement nationale, aux deux sens du terme : d’une part, une histoire qui mobilise plusieurs échelles d’analyse, qui ne soit pas parisiano-centrée mais sache aussi voir ce qui se joue, de manière imperceptible, mais essentielle compte-tenu de leur importance numérique, dans les grandes villes comme dans les villages, qu’ils soient bretons ou landais ;  d’autre part, d’une histoire où le national est réinscrit dans des dynamiques et des circulations plus larges. Ce faisant, nous souhaitions illustrer la pertinence d’une histoire de France, qui loin d’être condamnée par l’essor de nouveaux formats (en particulier par les approches transnationales), acquiert une intelligibilité nouvelle par le biais des comparaisons et connexions dans un tempo plus mondialisé. A ce propos, nous avions aussi le souci d’écrire une histoire actuelle, qui n’oublie pas que la France fut aussi, et jusqu’en 1962 au moins un Empire, et qui intègre donc le fait colonial non seulement par la prise en compte des outre-mers, mais encore de ses répercussions en métropole. Bref, l’idée était ainsi de proposer une histoire contemporaine de la France, dans laquelle chacun puisse se retrouver, sans acrimonie, sans sentiment d’être exclu ou oublié.

Sur la forme, nous avions là une belle opportunité de donner de la visibilité aux champs émergents et aux domaines nouveaux depuis une vingtaine d’années (histoire du genre, de la violence, du travail, de la politisation…). Nous avons également pu proposer un autre regard attentif à l’histoire culturelle, des représentations, des sensibilités, afin de renouveler de l’intérieur le tempo de l’histoire politique. Ce faisant, cela permettait, sans négliger les apports fondamentaux des synthèses précédentes, de témoigner des dynamiques nouvelles du travail des historiens : les modalités de recherche et les réflexions sont portées par l’intensification et l’internationalisation des recherches, la multiplication des instruments de travail ou la numérisation de nombreuses sources, mais aussi par les injonctions/interrogations mémorielles.

Question : Que pensez-vous avoir apporté de neuf à l'étude de votre période ? Selon vous, en quoi votre ouvrage se distingue-t-il des synthèses antérieures ?

Aurélien Lignereux : Il serait présomptueux de prétendre avoir renouvelé en profondeur l’histoire napoléonienne au vu de l’immensité de ce patrimoine historiographique et de l’existence de synthèses solides et complètes ! Ceci dit, il est certain que la dernière étude en date a pour elle l’avantage de s’appuyer sur les apports historiographiques les plus récents et ainsi d’actualiser l’approche de la période en prenant en compte les nouveaux acquis sur la transition brumairienne, sur la dépolitisation prétendue, sur la propagande, la façon de mesurer l’état des esprits ou de protester, sur la relecture culturelle et anthropologique de l’expérience combattante et la pertinence ou non du transfert d’une notion comme celle de la guerre totale au sujet.

À elles seules, ces avancées justifiaient sans doute une synthèse. Ce n’est cependant pas tout : ce volume entend également poser les bases d’une nouvelle histoire impériale, au-delà d’une « nouvelle » histoire du Premier Empire. Il s’agit de réconcilier définitivement une histoire souvent éclatée entre aspects intérieurs et extérieurs et d’écrire une histoire de l’Empire à l’échelle de l’empire. Mettre en œuvre ce programme suppose d’une part, de refuser le cadre hexagonal afin de considérer la France telle qu’elle a été, c’est-à-dire un ensemble de 100-130 départements ; d’autre part de reconnaître que la France a connu simultanément, et non sans contradiction, un double processus de constitution en Etat-Nation et en Etat-Empire ; enfin, de repérer les effets de retour de l’expansion au sein même des vieux départements à travers la quête pionnière des références impériales dans l’identité et dans le quotidien des Français.

Bertrand Goujon : La reconsidération des périodisations et la prise en compte des articulations dynamiques entre processus et événements simultanés dans l’ensemble des champs ont été au cœur de ma démarche. De ce fait, loin de se réduire à une histoire-récit ou une histoire-chronique, la structuration chronologique à l’échelle générale des chapitres que j’ai choisie offre l’occasion de saisir les équilibres instables et en recompositions permanentes qui font du premier XIXe siècle un moment foisonnant d’expérimentations originales, parfois audacieuses, à défaut d’avoir été couronnées de succès. Par ailleurs, cette approche permet de reconsidérer certaines césures communément admises et dictées par les seules ruptures politiques en adoptant non pas une posture téléologique privilégiant ce qui est advenu, mais donnant pleinement à voir les hésitations, les doutes et les ambiguïtés qu’occasionnent les changements de régime : c’est notamment le cas des Cent-Jours dont l’analyse du point de vue royaliste n’a été que tardivement et marginalement engagée par les historiens, mais aussi de la révolution de 1830 qui constitue moins la résolution aboutie d’une crise qu’un des épisodes – paroxysmique à défaut d’être unique et définitif – de la période d’intenses incertitudes enchevêtrées que constituent sur la scène nationale les années 1828-1832, entre l’échec du projet ultraciste villéliste et la consolidation du régime de Juillet.

Quentin Deluermoz : Ma périodisation imposait quant à elle d’accorder une attention toute particulière aux derniers évènements révolutionnaires du 19e siècle, ceux majeurs de 1848, mais aussi de 1871, souvent abordés comme par détour. Il s’agissait notamment de les interroger non depuis leurs conséquences, mais aussi en tant qu’expériences spécifiques d’ouvertures des possibles, des craintes et des espoirs. C’est là le premier point : proposer une histoire au plus près des acteurs qui insiste aussi sur les discontinuités du devenir historique. Par ailleurs, entre ces deux moments se déploie une transformation de fond, d’ordre anthropologique, qui touche le territoire français et que l’on peut situer autour des années 1860. C’est un point souligné à l’échelle européenne, voire globale, mais aussi identifié par de nombreux travaux à propos de domaines précis (expérience du suffrage universel, mise en place d’un marché national, nouvelle définitions de soi ou déplacement du rapport à la violence). La mauvaise réputation du Second Empire les a longtemps fait négliger. Il s’agissait ici, sans en forcer l’importance, de le pointer. C’est là un moment passionnant d’affirmation d’un Etat-nation, original au demeurant, et que les ambiguïtés du Second Empire illustrent bien. Enfin, cette construction correspond à un moment d’expansion de l’entreprise coloniale qui prend des formes très singulières (la politique « indigénophile » du régime en témoigne). C’est le 3e point : arrimer pleinement cette histoire à son pendant impérial, en explorant les logiques et les modalités de cette expansion, mais aussi les formes d’organisation et les manières de vivre sur des territoires qui sont aussi français (ainsi apprendra-t-on qui sont le chef kanak Goodu ou le bonze Poukombo), ou encore en s’interrogeant sur les effets retours de cette réalité impériale sur le sol métropolitain.

HISTOIRE FRANCE 2

Question : Comment comprenez-vous la place de votre livre dans la collection dans son ensemble, comprise comme un "tout" ?

Aurélien Lignereux : En faisant débuter cette Histoire de la France contemporaine au 18 Brumaire, cette collection prend acte de la translation à la fois académique et problématique de la Révolution française dans le champ des modernistes. C’est dès lors conférer aux années napoléoniennes une valeur inaugurale que peu lui contestent eu égard à l’essai de compromis dynamique entre l’ancienne et la nouvelle France ou à la pérennité des institutions alors créées (préfets, légion d’honneur, lycées, Code civil, chambres de commerce, etc.). Joue aussi l’ombre de Napoléon sur tout le XIXe siècle, voire au-delà.

La contemporanéité des opérations diplomatico-guerrières poserait davantage problème mais force est de reconnaître que la tendance générale de l’historiographie met en évidence les résonances ultérieures et même actuelles des entreprises napoléoniennes : la question de l’esclavage et le rapport aux vieilles colonies, la préfiguration biaisée d’une Europe unifiée sous le contrôle de la France, l’annonce dans le traitement réservé aux territoires annexés ou occupés (en particulier italiens) de l’impérialisme culturel qui préludera l’expansion coloniale du second XIXe siècle.

Bertrand Goujon : Dans la mémoire collective comme dans une partie de l’historiographie, les monarchies censitaires sont considérées au mieux comme des transitions, parfois comme des parenthèses, au pire comme des rétrogradations dans les divers processus de modernisation que connaît la France au cours du long XIXe siècle. Reconnaître leur spécificité en tant qu’expériences institutionnelles et politiques qui ne se confondent pas avec les Restaurations dont le reste de l’Europe est le théâtre après le Congrès de Vienne revient à admettre leur contribution à la formalisation d’une voie française singulière. Par ailleurs, les années 1814-1848 voient s’opérer de profondes recompositions économiques, sociales, culturelles et religieuses dont certains héritages se lisent sur la scène nationale jusqu’au XXe siècle, qu’il s’agisse du poids de la petite propriété paysanne et de l’industrialisation légère et/ou dispersée qui caractérisent durablement l’économie française, des critères et des mécanismes de la domination socio-politique qui définissent la notabilité, du double défi de la demande des masses et de la logique du marché pour un champ littéraire et artistique qui affirme alors son ambition d’autonomie ou des clivages internes au sein du catholicisme français.

Quentin Deluermoz : La période 1848-1871 n’a rien d’évident a priori. Pourtant, elle apparaît bien ici comme une période en soi. Elle est celle de l’apprentissage du suffrage universel, du développement de l’industrialisation et des mondes ouvriers, de l'âge d'or du monde paysan, de la mise en place d’un empire colonial, d’expérimentations libérales et républicaines oubliées aujourd’hui, d’un esprit de science, enfin, qui vient se surimposer à ce qui apparait de plus en plus comme les « illusions d’un premier XIXe siècle ». C’est cette reconfiguration que raconte le volume.

Aussi la connexion entre ces trois premiers tomes est-elle assez évidente. Tous se caractérisent par un certain refus de voir l’histoire par la fin, et de restituer la complexité des possibles et des contraintes de chacune de ces époques. Ainsi se dégage-t-il une histoire non-linéaire d’une France dont la condensation en un Etat-nation devient l’objet même de l’analyse, et non le cadre commode : après la mise en place dans la France européenne des 130 départements du socle napoléonien se déploie un temps d’expérimentation politique, social et culturel très original, qui à la fois se prolonge et se sédimente sous une nouvelle forme au cours des années 1860. Aussi est-ce bien sur un territoire profondément remanié et à l’issue de débats passionnés que la 3e République va s’imposer, et construire son récit historique, ouvrant une autre phase de cette « histoire de la France contemporaine » que traitera Arnaud-Dominique Houte.

Question : Finalement, la notion d'évolutions dans le "temps long" à travers presque tout le XIXe s., que vos travaux couvrent, ne s'impose-t-elle pas ?

Réponse : Par delà les épisodes révolutionnaires dont la scansion rythme l’histoire du XIXe siècle français, l’histoire nationale est celle de mutations à la fois progressives, inégales et complexes, tant sur le plan politique (progressive acclimatation du régime parlementaire et du droit de suffrage, nationalisation des campagnes, intégration citoyenne) qu’économique (avec un modèle d’industrialisation et d’urbanisation aux antipodes du take-off), social (émergence de nouvelles élites, affirmation des « classes moyennes », recomposition des catégories socioprofessionnelles), religieux (féminisation et glissement ultramontain du catholicisme français, sécularisation) et culturel (alphabétisation, montée en puissance d’une culture de masse, apparition d’une civilisation de loisirs). Pour autant, il ne faut négliger ni les phénomènes de générations, ni les recompositions qui s’opèrent sur le court et moyen terme et qui supposent une périodisation fine, seule susceptible de rendre compte de décalages producteurs de tensions et de synchronies propices à l’embrasement.

Enfin, l’un des risques en privilégiant une étude des évolutions à long terme est de sous-estimer à la fois la force d’abrasion des évènements et en même temps le poids des permanences et des persistances, privilégiant en outre excessivement les voies qui ont abouti et/ou sont devenues dominantes. Or l’histoire du XIXe siècle français est précisément celle de l’ouverture optimale du champ des possibles, où les options les plus diverses ont été envisagées et envisageables : ce n’est pas un hasard si ce siècle constitue un âge d’or des utopies, catégorie en partie construite a posteriori pour enfermer des idées et des projets parfois audacieux dans un inaboutissement qui n’allait pas de soi au moment de leur conception.

Merci à tous les trois, et encore bravo.

Repost 0
Published by guerres-et-conflits - dans Révolution et Empire
commenter cet article
24 octobre 2012 3 24 /10 /octobre /2012 07:10

Du Niémen à la Bérézina

Lettres et témoignages de soldats français sur la campagne de Russie

Michel Roucaud et François Houdecek (Dir.)

img308.jpg

Voilà un exemple de réédition, d'exploitation intelligente et de mise en valeur des témoignages sur les guerres passées. Ce volume, réalisé à partir de quelques uns des documents conservés au Service Historique de la Défense, présente en effet toutes les caractéristiques d'une étude scientifique rigoureuse, mais facile et agréable à lire, à partir d'archives originales peu ou mal connues.

L'ouvrage s'ouvre sur une solide introduction, qui fait le point des fonds privés du SHD et en particulier des témoignages sur la campagne de 1812 puis présente les opérations militaires dans leur ensemble. Sont ensuite reproduits, accompagnés d'un rigoureux appareil critique, les lettres écrites à son père entre novembre 1811 et décembre 1812 par le capitaine Auguste Mosneron Dupin, du 10e régiment de cuirassiers ; les souvenirs du grognard Nicolas Nottat sur la retraite de Russie et son errance, à pied, à travers l'Allemagne jusqu'en juin 1813 ; les souvenirs du capitaine Jean Eymard, officier topographe affecté à la division de cavalerie légère du 4e corps de cavalerie ; des extraits des mémoires du général Jospeh Puniet de Montfort, à l'époque des événements colonel et chef de l'état-major général du génie de la Grande Armée ; et le récit de la captivité en Russie du capitaine Auguste-Henry Devina, adjudant sous-officier en 1812 et fait prisonnier par les Cosaques le 27 septembre. Chaque auteur est présenté, les textes original est accompagné de nombreuses notes en bas de page qui précisent les détails, les circonstances, l'orthographe des noms propres, les notes manuscrites en marge des originaux, et surtout les cotes et références dans les archives de tous les documents cités.

Il n'est pas possible d'évoquer en quelques lignes toute la richesse de ces archives, mises à la disposition du public le plus large, et nous retiendrons à titre d'exemple le dénuement du capitaine Dupin en décembre 1812 ("Il est impossible de vous figurer le triste état où je suis. Les Cosaques m'ont d'abord pris et dépouillé de tous mes effets, et heureux d'avoir pu sortir de leurs mains, je me suis enfin sauvé sans souliers par un froid difficile à supporter") ; la ténacité du grognard Nottat dans son extraordinaire parcours en terres germaniques ("Je marchai du 15 décembre 1812 au 10 avril 1813, ce qui fait à peu près quatre mois et demi, toujours me guidant aux étoiles de nuit et au soleil de jour") ; la précision quasi mathématique des souvenirs du capitaine Eymard dans son malheur ("Les camarades ont confectionné un potage avec les os de je ne sais quel animal ... Comme nous allons prendre notre part, le pot se renverse. Il a fallu que nous nous contentions de sucer les os") ; le récit de l'incendie de Moscou ou du passage de la Bérézina par le général Puniet de Montfort ; les conditions de captivité et les relations avec les populations locales du capitaine Devina pendant son périple en Sibérie occidentale et au Sud-est de l'empire des tsars.

L'ensemble est complété par une belle bibliographie (pp. 227-249), de nombreuses notices biographiques des personnages cités (pp. 253-276), plusieurs cartes et un solide index. Une réalisation absolument exemplaire, que nous vous invitons à faire très largement connaître autour de vous pour que ce livre (aussi intéressant qu'utile) obtienne le succès qu'il mérite. A relayer sans hésitation sur tous les réseaux sociaux.

SHD, Vincennes, 2012, 290 pages, 22 euros.

ISBN : 978-2-1112-9053-2.

Repost 0
Published by guerres-et-conflits - dans Révolution et Empire
commenter cet article
24 octobre 2012 3 24 /10 /octobre /2012 07:00

Obéir et commander au feu

François Cochet (Dir.)

Experience-combattante.jpg

Voici le deuxième volume d'actes du cycle de séminaires lancé par le professeur François Cochet sur le thème de l'expérience combattante des 19e au 21e siècles. Le volume publié l'an dernier était centré sur la question de la formation des combattants, celui de cette année, Obéïr et commander au feu, est donc parfaitement complémentaire.

Selon le principe adopté depuis le lancement de ce programme de recherche (voir l'entretien ci-dessous), cet ouvrage se distingue par son caractère pluridisciplinaire, tout en restant centré sur les questions militaires, ce qui lui done une grande cohérence. Il est divisé en trois parties principales : "Les éléments de transversalité : lectures des actes d'obéissance et de désobéissance au feu", "Commander et obéïr au combat" et "Adaptations aux ordres reçus et refus d'obéissance". Parmi les thèmes abordés et les intervenants, on remarque le sociologue Claude Weber ("Réflexions sur les formes d'autorité et l'obéissance à un ordre illégal"), le lieutenant-colonel juriste Philippe Frin ("L'environnement juridique du champ de bataille aujourd'hui"), le médecin-chef Yann Andruetan ("L'obéissance en milieu militaire et la psychiatrisation de la désobéissance"), etc. Les exemples historiques traités s'étendent de la conquête coloniale à la fin du XIXe siècle (Rémy Porte, "Les leçons de commandement du capitaine Prokos") à l'Italie des années de plomb (Nicola Labanca, "Le refus de combattre et d'obéïr des objecteurs de conscience italiens dans les années 1970", en passant bien sûr par la Grande Guerre (Michael Bourlet, "Les ordres d'attaque des corps d'armée français en 1915 : permanences et innovations" ; ou Julie d'Andurain, "Les généraux de la Grande Guerre, entre obéissance et désobéissance"), à la Seconde guerre mondiale (Julie Le Gac, "Surveiller et punir : le poids de la discipline dans l'exercice du commandement au feu. L'exemple du Corps expéditionnaire français en Italie (1943-1944)" ; ou Francis Balace, "Commander à quoi, obéir à qui ? Les problèmes franco-belges de subordination et de liaison en mai 1940"), mais aussi à la guerre d'Algérie (Frédéric Médard, "Soldats de métier et conscription : les chefs de section et le rétablissement de l'ordre en Algérie, 1954-1962") ; ou Jean-Charles Jauffret, "Guerre d'Algérie : typologie de la désobéissance"), pour ne prendre que quelques exemples.

C'est dire toute la richesse de ce volume, qui nous parle aussi bien du 1er Corps canadien en 1944 (Yves Tremblay) que de la Légion garibaldienne en 1914 (Hubert Heyriès). Dans la conclusion qu'il m'a été demandé de rédiger, je souligne en particulier "qu'il s'agit ici de verbes d'action, à la fois co-substantiels du métier militaire, et indissolublement liés entre eux puisque, tout au long de sa carrière, un officier, fut-il officier général, ne cesse de commander ET d'obéir, c'est à dire de traduire en ordres pour ses subordonés ceux que lui-même reçoit de son autorité supérieure ... Chacun, à son niveau de responsabilité, est donc quotidiennement en situation de commander et d'obéir".

Notons que les prochaines livraisons aborderons Les environnements du combattant (parution en 2013) et Les blessures des combattants (parution en 2014).

Collection 'Actes académiques', Riveneuve éditions, Paris, 2012, 413 pages, 26 euros.

ISBN : 978-2-36013-112-9

COMBATTANTS 2 

François Cochet nous présente un point de situation sur ce programme de recherche.

Question : Pouvez-vous nous présenter le programme de recherche EXPECOM dans son ensemble ? Quels sont les objectifs poursuivis ?

Réponse : Travaillant depuis une quinzaine d'années sur les comportements des soldats au combat (notamment ceux de la Grande Guerre), j'ai voulu opérer une démarche comparative. EXPECOM 19-21 s'appuie sur une interrogation que j'ai voulu finaliser dans un programme de recherche, labélisé pour les quatre années par la Maison des sciences de l'homme (MSH) - Lorraine. Le constat de départ était simple. Peut-on mesurer des évolutions transversales de l'expérience des soldats au feu depuis le milieu du XIXe siècle ? Certains historiens avancent les thématiques de la "brutalisation" du champ de bataille durant la Grande Guerre, et j'ai voulu suivre sur le long terme les comportements des soldats à l'aune de certaines évolutions techniques. Par-delà les différences technologiques, chronologiques, et les différentes cultures nationales des militaires, les grandes peurs, hantises, fiertés, héroïsmes du champ de bataille évoluent-ils fondamentalement ? En d'autres termes, c'est l'éternelle question des mutations -tant mentales que technologiques- et des permanences, leur équilibre et partage sur les champs de bataille successifs du XIXe siècle à aujourd'hui, qui représentent les enjeux essentiels de ce programme commencé en 2010 et qui s'achèvera en 2014. Il s'agit d'un programme pluridisciplinaire où les historiens -tant civils que militaires- travaillent conjointement avec des juristes, des linguistes, des sociologues ou des médecins.

Question : Que retirez-vous de ce volume 2, consacré à "Obéïr et commander au feu" ? Quelles sont les principales pistes explorées ?

Réponse : Le premier volume avait concerné la formation des soldats, tant d'une point de vue théorique que par "RETEX". Le second volume essaie de suivre les comportement d'obéissance et de commandement, vécus sur le terrain. En aval de la formation initiale des combattants, les réflexes d'obéissance sont intériorisés plus ou moins parfaitement, en fonction de la qualité de la troupe, des circonstances du conflits concerné, de la personnalité du chef. Comment commander au feu quand on est sous-lieutenant ou général ? Ni les modalités, ni les formes du commandement ne sont les mêmes dans cet exemple. De ce point de vue, la communication d'André Martel, consacrée au général Compagnon et à ses différents types de comandement au feu depuis le grade de lieutenant, s'avère tout-à-fait dans la ligne de la démarche.

COMBATTANT-1.jpg

Question : A ce jour, vous êtes à mi-parcours : pouvez-vous établir un bilan intermédiaire ?

Réponse : Malgré les difficultés matérielles (le sciences humaines sont le parent pauvre de la recherche en France) et intellectuelles (dès que l'on touche à la culture militaire, l'université française dans sa grande majorité à tendance à se cabrer), le programme se déroule conformément à mes attentes. Pour les raisons budgétaires évoquées, j'ai été obligé de réduire la voilure en n'invitant pas autant de collègues étrangers que je l'aurais souhaité. Il n'en demeure pas moins que les acquis scientifiques sont très réels et ont déjà permis de faire émerger des invariants comportementaux, mais aussi les différentes cultures nationales des milieux militaires. Les 38 communications des deux premiers volumes de la collection "Expérience combattante 19e-21e siècles" (Riveneuve éditions) commencent à constituer une base-ressource documentaire intéressante, qui va être complétée par la publication du volume du colloque tenu il y a quelques semaines à Metz (consacré aux "Environnements du combattant", tant matériels qu'intellectuels) qui paraitra en 2013, tandis que la dernière session du programme se tiendra fin 2013 et sera consacrée aux "Traumatismes des combattants", physiques, phychiques et mémoriels.

Question : En tant que professeur des universités, comment voyez-vous l'avenir de l'enseignement de l'histoire des conflits ?

Réponse : Nous ne sommes plus très nombreux à travailler sur les conflits en nous intéressant aux combattants et aux dimensions militaires. Les évolutions, en France, ont amené à faire du soldat une "victime", ou un "fusillé pour l'exemple", au mépris de la compréhension des comportements des époques passées. Ces amalgames anachroniques sont le reflet d'une dérive vers le mémoriel et ses fonctionnements propres d'empathie, au détriment de la démarche réellement historienne, construite sur la tentative de compréhension par imprégnation et d'explication du passé. Nous sommes là, vraiment, dans une régression conceptuelle induite aussi, en partie, par la victoire de "l'histoire culturelle", pour laquelle il n'existe plus des faits mais seulement des représentations mentales des faits. La demande de l'institution militaire est plutôt centrée sur la géostratégie, dont les historiens sont de plus en plus évacués par les politologues, ou sur un "RETEX" utilitaire, largement ignorant des expériences historiques. Or, il n'y a souvent de nouveauté qu'ignorance du passé.

Tout cela n'est guère encourageant pour voir se développer une histoire des conflits qui prenne en compte les innovations méthodologiques  d'une histoire des représentations, sans pour autant faire fi de la précision nécessaire à toute histoire du champ de bataille. Entre une "histoire militaire" dépassée consistant à compter le nombre de canons présents dans une bataille et à en rester à un simple procédé descriptif, et une pseudo-anthropologie historique ne maniant que des concepts, il y a de la place pour une histoire des conflits et des hommes sereine et moderne. Fort immodestement, c'est cette histoire que j'essaie de faire avec quelques autres.

Merci François Cochet pour cet état des lieux, à la fois un peu sombre, mais aussi riche de perspectives.

Repost 0
Published by guerres-et-conflits - dans Histoire sociale et culturelle
commenter cet article
24 octobre 2012 3 24 /10 /octobre /2012 06:50

De la rumeur à l'histoire

Alfred Sauvy

  img306.jpg

On ne présente plus Alfred Sauvy, économiste et démographe, longtemps professeur au Collège de France et décédé en 1990. Il se propose dans cet ouvrage, paru pour la première fois en 1985 et fort heureusement ajourd'hui réédité, d'observer "le mécanisme des perceptions, des reconstitutions, des transmissions et des déformations, de voir comment la rumeur, en apparence vouée à une vie éphémère, parvient, en dépit des instruments, à s'échapper pour devenir souvent maîtresse incontestée".

Après avoir, dans une première partie, posé les bases de ses démonstrations ultérieures en s'appuyant sur une utilisation rationnelle de données économioques, financières et démographiques précises et référencées, il aborde successivement quelques grandes périodes de notre histoire récente, pour mettre en relief des idées reçues scientifiquement non avérées : la révolution industrielle et la paupérisation du monde ouvrier ; la Grande Guerre et le conformisme des représentations nationales ; l'entre-deux-guerres et la réalité ambigüe de la crise des années 1930 (Roosevelt et le New Deal, Laval et la déflation, le Front populaire et le chomage, etc.) ; la "tragique" Drôle de guerre dans ses aspects politiques et économiques ; les paradoxes de l'Occupation et de la Libération. Ainsi, en dépit des restrictions (ou à cause d'elles), le "bas de laine" des Français n'a jamais été aussi rempli : "31 janvier 1943 : cette date vous dit-elle quelque chose ? Capitulation de Stalingrad, direz-vous. Sans doute, mais aussi record absolu du cours de l'or à la Bourse de Paris". Dans la dernière partie enfin ("Pour une histoire sans rumeur", pp. 283-290), il appelle à des relations plus étroites entre les "statisticiens", qui enregistrent et précisent les données chiffrées, et les "historiens", qui doivent faire l'effort de les utiliser : "Des deux côtés, doit donc être déployé un effort de rapprochement". Et de conclure : "Plus que jamais, nous sommes condamnés à apprendre à savoir".

Les lecteurs "historiens" de formation classique ne seront peut-être pas toujours d'accord avec Alfred Sauvy, ou pourrons légitimement critiquer certains des exemples choisis, car le "brouillard de la guerre" et le facteur humain ne supportent pas facilement d'être mis en équations ou en statistiques, mais cet ouvrage revigorant, plein d'espoir et d'énergie, fera toujours plaisir à lire.

Dunod, Paris, 2012, 298 pages, 18 euros

ISBN : 978-2-10-058418-5

Repost 0
Published by guerres-et-conflits - dans Réflexions générales
commenter cet article
23 octobre 2012 2 23 /10 /octobre /2012 07:06

D'une guerre à l'autre

De la Côte d'Ivoire à l'Afghanistan avec le 2e RIMa

Sergent Yohann Douady

douady.jpg

Les témoignages sur les opérations les plus récentes sont encore peu nombreux, et celui-ci présente l'intérêt d'avoir été rédigé par un sous-officier bénéficant d'une riche expérience. Le livre est préfacé par le colonel Héluin, chef de corps du régiment et ancien commandant du bataillon Richelieu, et celui-ci met en relief, avec des mots très justes, les valeurs qui font que "de jeunes Français chosissent encore aujourd'hui le métier des armes". Parmi celles-ci, les mots "servir" et "mission". Il insiste également sur ce paradoxe qui veut que le soldat doive "se placer en permanence au plus près de la population et donc au plus près du danger", particularité "toujours surprenante pour nos alliés anglo-saxons". Du livre enfin, il dit que "le témoignage [est] parfois cru et direct" et "la fresque parfois terrible".

Le texte de Yohann Douady s'ouvre sur la mort, en mai 2011, d'un sapeur du 13e RG, tué par l'explosion d'un IED. Le ton est donné. Il est ensuite divisé en 37 chapitres et se ferme sur l'épilogue qui énumère tous les remerciements. Dans le corps du livre, il décrit son parcours et les événements auxquels il participe, en particulier en Côte d'Ivoire, du bombardement du camp de Bouaké par l'aviation ivoirienne (dont il dit par exemple : "Les murs et les sols étaient éclaboussés de flaques de sang au milieu desquelles les marsouins ramassaient ce qui restait de leurs camarades") aux missions de COP en COP dans les vallées afghanes, souvent avec l'ANA, à la "chasse aux insurgés" et autres poseurs d'IED. Le récit est précis, le vocabulaire clair et simple, les détails précisés. Des angoisses ressenties pendant le siège de l'hôtel Ivoire par les "Jeunes Patriotes" à Abidjan, à l'arrivée sur la base de Tora en décembre 2010, des rapports souvent difficiles avec la population afghane aux interventions des hélicoptères, des relations avec les Américains. A propos de la captivité du journaliste Hervé Ghesquière et de son camarades (qualifiés de "deux Rouletabille amateurs"), il écrit : "Cela blesserait-il tellement son ego de reconnaître son erreur ou son imprudence" et "J'ai énormément d'admiration pour les journalistes. J'en ai un peu moins pour ceux qui rejettent leur faute sur les autres et n'assument pas les conséquences de leurs actes". Au fil des pages, on comptabilise les pertes alliées, toujours croissantes, on touche de près la question très sensible des matériels plus ou moins adaptés, on participe à l'opération Storm Lightning visant à sécuriser les abords de l'axe Vermont. Mais l'on peut sourire également aux réflexions suscitées par l'attrait des films X par les Afghans : "Peut-être tenions-nous là, sans le savoir, une arme de destruction massive susceptible d'éradiquer l'extrémisme religieux sans autre effet collatéral que la transformation durable des moeurs afghanes". Ce sont aussi les opérations de contrôle de zone, les tirs isolés, l'attente et l'observation, la recherche des rebelles parfois sans succès ("Nous n'avions aperçu qu'un homme armé d'une pelle, sans savoir s'il était parti creuser des feuillés ou enterrer du matériel"), etc. Tout au long du livre, on note l'importance des appuis et le rôle des hélicoptères, l'angoisse causée par la menace IED, l'importance de la présence au plus près des infirmiers et médecins, etc.

Bref, un livre, riche, profondément humain, et qui restera sans doute longtemps un témoignage essentiel sur cette guerre dont la France n'osait pas prononcer le nom.

Editions Nimrod, Paris, 2012, 393 pages, 21 euros.

ISBN : 978-2915243505

ABIDJAN-1.jpg

Yohann Douady a bien voulu compléter lui-même cette présentation de son livre.

Question : En publiant ce livre de "souvenirs de campagne", vous rejoignez de très nombreux "anciens" de tous les conflits précédents. Qu'est-ce qui pousse aujourd'hui un sous-officier des troupes de marine à se lancer dans l'écriture ?

Réponse : En réalité, mes écrits n'étaient pas destinés à être publiés àl'origine. Dans leur forme originelle, il s'agissait d'un carnet de marche que j'ai écrit dès le premier jour de ma mission en Afghanistan, en y consignant mes impressions, mes doutes, mes certitudes, mes sentiments, et bien sûr les actions de notre groupe au fur et à mesure des missions. A mon retour, j'ai confié ce carmet à ma mère pour qu'elle sache ce que j'avais vécu. C'est elle qui m'a mis au défi d'en faire un livre, car elle trouvait que cette expérience méritait d'être partagée. C'est encore par hasard que je suis entré en contact avec les éditions Nimrod, qui m'ont poussé à remonter à la source de mon engagement et à mes premiers déploiements, là où commence réellement mon histoire.

Question : Tout au long de l'ouvrage transparait la notion de "culte de la mission" et se manifeste un "pesrit colo". Comment exprimeriez-vous ces valeur en 2012 ?

Réponse : Le culte de la mission est réellement une chose essentielle pour un militaire. Il se doit de tout faire pour la remplir -vraiment tout- , jusqu'à donner sa vie pour accomplir cette mission. Je me suis engagé au 2e RIMa, donc je ne peux pas avoir la prétention de répondre pour l'ensemble de l'armée de terre. Au régiment, le culte de la mission est une réalité qui concerne tout le monde, les chefs comme les subordonnés. Cette philosophie est la clef de tous nos engagements. Et les chefs que nous avons ont à coeur de cultiver ce sentiment. Ils y arrivent tellement bien que nous partons toujours en mission avec la certitude de réussir. Il en est de même pour l'esprit colo. Cet héritage de nos anciens nous montre la voie à suivre et nous imprègne de la mentalité qui nous permettra d'obtenir la victoire.

Question : Vous racontez de très nombreuses anecdotes et divers incidents. Quels sont, selon vous, le pire et le meilleur souvenir de Côte d'Ivoire ? Et d'Afghanistan ?

Réponse : Mes meilleurs souvenirs pourraient être liés à la camaraderie, à cette fraternité si particulière au sein de l'armée de terre. Et il en va de même pour mes pires souvenirs, notamment lorsqu'on est confronté à la perte de l'un de ces camarades. Mais je me rends compte que d'autres souvenirs sont encore plus particuliers. Pour le Côte d'Ivoire, le pire est inextricablement mélangé avec le meileur : d'un côté, nous pouvions voir les regards de détresse des hommes ou des femmes que nous venions secourir et qui avaient tout perdu, lire dans leurs yeux ou dans ceux de leurs enfants qu'ils avaient traversé des épreuves très rudes, mais lire aussi dans leurs yeux la reconnaissance qu'ils pouvaient avoir envers nous et qui valait bien plus que n'importe quelle médaille.

Pour l'Afghanistan, les choses sont différentes car nous étions dans une logique de combat. Mes meilleurs souvenirs sont donc ceux de l'unité et de l'efficacité de notre groupe de tireurs d'élite. Mais, au-delà de ce groupe, au-delà des sections ou de l'arme d'appartenance, j'ai pu encore une fois constater la cohésion entre les hommes. Nous étions ensemble, sous les ordres de chefs qui nous ont fédérés, qui nous ont commandés, mais qui étaient aussi à nos côtés jusque dans les derniers mètres.

A l'inverse, une fois rentrés en France, nous ressentons un manque d'intérêt de la part de nos concitoyens, pour leurs soldats engagés loin des frontières.

afgha-rima.jpg

Question : Comment vos camarades, vos chefs, votre famille et vos amis ont-ils compris et perçu ce livre ? Notez-vous des différences dans leurs réactions ? Avant et après la publication ?

Réponse : Au départ, mes camarades ont accueilli ce projet avec scepticisme, et mes chefs aussi, sans doute. Mais surtout parce qu'il existe très peu de récits de ce type, et encore moins qui soient écrits par des sergents. Ma famille m'a tout simplement fait confiance.

Concrètement, le projet a démarré en septembre 2011 avec les éditions Nimrod. Et au fur et à mesure que j'écrivais pour compléter mon texte sur la Côte d'Ivoire par exemple, ou que je menais des entretiens avec l'éditeur, mes camarades ou mes chefs ont vu que le projet était sérieux, et ils ont naturellement apporté leur soutien en me confiant leur témoignage afin que ce ne sois pas seulement mon histoire mais aussi la nôtre. Des Marsouins ou des Bigors ont même pris des jours de permissions pour confier ce qu'ils avaient vécu, pour que les opérations décrites le soient le plus fidèlement possible. Tous avaient envie de témoigner. Il s'agit donc d'un récit qui suit mon parcours pendant une dizaine d'années, mais il ne s'agit pas que de mon histoire. Le colonel Héluin, qui connait l'importance qu'il y a à témoigner, m'a fait confiance au point d'accepter d'écrire une préface avant même d'avoir lu le livre. Son successeur au 2e RIMa, le colonel Paczka, a pour sa part pris le temps de me rencontrer pour que nous discutions librement de ce projet entrepris sous un autre chef de corps, mais qui allait paraitre sous son commandement. Pour mes chefs, ce livre s'inscrit dans le devoir de mémoire. Le livre venant de paraitre cette semaine, il est encore un peu tôt pour juger des réactions de tout le monde.

Question : Qu'apporte votre témoignage par rapport à ceux déjà parus sur l'Afghanistan ?

Réponse : Je crois que ce livre se caractérise par sa franchise et son honnêteté. Il n'évite aucun sujet tabou et parle ave sincérité de thèmes rarement abordés : les combats, la mort -celle que l'on donne ou celle que l'on reçoit-, les blessures physiques ou traumatiques, la fatigue, les rapports entre officiers et subordonnés, mais aussi l'amitié, l'engagement, le sacrifice, etc. Les journalistes ou les personnes qui l'ont déjà lu m'ont indiqué avoir ri à certains moments, pleuré à d'autres. Ce livre est aussi à l'image des missions que nous avons mené en Côte d'Ivoire ou en Afghanistan : un parcours qui conjugue les sentiments nobles, des épisodes dramatiques et des moments de légèreté ou de fraternité.

Merci Yohann Douady pour la franchise de ces réponses, bon courage pour la suite et surtout plein succès dans vos entreprises.

Repost 0
23 octobre 2012 2 23 /10 /octobre /2012 07:00

De la politique, des commémorations,

et peut-être de l'histoire (mais ce n'est pas sûr)

mensonges.jpg

Sous le titre "Le gouvernement veut-il casser le centenaire de 1914 ?", Jean-Dominique Merchet a mis en ligne vendredi 19 octobre (cliquer ici) un billet décapant, ou affligeant si l'on s'en tient à ce que cela révèle des moeurs politico-administratives. On attend avec impatience la suite, d'autant que tous les éléments du dossier ne semblent pas évoqués dans ce premier article (qu'en est-il par exemple du rôle des "discrets" conseillers et des manoeuvres de couloirs des universitaires médiatisés ?). En tout état de cause , une chose semble (hélas) de plus en plus acquise : réussir l'exploit de parler de la Grande Guerre sans qu'un officier historien ne puisse participer au débat...

Nous attendons vos commentaires et nous espérons que Jean-Dominique Merchet pourra approfondir son sujet avec, pour parodier le titre d'une célèbre émission de télévision, un "complément d'enquête", quelque part entre "Je te tiens, tu me tiens par la barbichette" et "Les fromages de la République".

Repost 0
Published by guerres-et-conflits - dans Humeur
commenter cet article
23 octobre 2012 2 23 /10 /octobre /2012 06:55

Cicéron

Pierre Grimal

Ciceron587.jpg

Alors que l'on nous parle régulièrement de modèle culturel et de civilisation occidentale, replongeons-nous un instant aux origines de notre société.

Conscient du nombre d’ouvrages déjà publiés sur Cicéron, Pierre Grimal propose dans son nouveau livre une synthèse éclairante sur cet homme complexe qui fut à la fois homme politique, philosophe et poète. Ne cédant ni à la tentation hagiographique, ni à celle de la critique, le spécialiste du monde romain s’attache à expliquer les choix de Cicéron et le rôle qu’il a pu jouer pour Rome, mais aussi plus largement son influence sur la culture occidentale. Pour cela, l’auteur s’appuie moins sur les biographies de Cicéron (celle de Plutarque par exemple) que sur les textes écrits de la main de celui-ci. Pierre Grimal pratique ainsi  une réelle exégèse de ses discours, de ses ouvrages, de sa correspondance mais aussi de ses poèmes.

L’auteur peint donc la vie de Cicéron depuis sa naissance jusqu’à l’épisode tragique de sa mort. Il montre comment sa jeunesse à Arpinum a pu susciter son patriotisme mais aussi son goût précoce pour la poésie. Il raconte ses procès, parmi lesquels figure l’affaire Verrès, et décortique la rhétorique cicéronienne qui passe « non seulement par la raison mais par toutes les formes de sensibilité ». Alors que Rome est à une période charnière de son histoire, on suit avec intérêt la carrière politique de Cicéron, faite d’ambition et de « grandeur d’âme », et qui coïncide avec l’histoire de César, Pompée et Antoine – c’est ce dernier qui le fait assassiner et qui récupère les mains de l’auteur des Philippiques.

Au long de son récit, Pierre Grimal n’a de cesse d’éclairer les choix du consul en s’appuyant sur l’ensemble de ses textes. C’est que, pour un Romain, l’action politique est indissociable de sa réflexion philosophique. Cicéron, dans son De Republica, expose clairement sa conception du fonctionnement de la cité. Il fait la synthèse des cultures grecque et romaine et fonde l’action politique sur quatre vertus : la clairvoyance, la justice, la modération et le courage, vertus que doit incarner le princeps. Pour le biographe, en pensant la romanité comme un ensemble de qualités, Cicéron a surtout permis de légitimer l’Empire romain autrement que par sa seule suprématie militaire. Par ailleurs, la figure du princeps a pu préparer, involontairement, le basculement vers le principat. Mais ce n’est pas le seul legs de l’auteur romain : Pierre Grimal montre bien comment la poésie de Cicéron préfigure celle de Virgile, comment ses essais historiques annoncent le travail de Tite-Live et comment sa philosophie, empreinte de stoïcisme, prépare celle de Sénèque.

En plus de nous replonger dans l’histoire passionnante de la naissance de l’Empire romain à travers l’un des grands acteurs de cette époque, l’ouvrage de Pierre Grimal nous fait comprendre comment Cicéron  a contribué à l’établissement d’un ensemble intellectuel, a participé à l’édification de principes qui fondent encore aujourd’hui notre culture. A l’heure où la communication politique immédiate est devenue reine et où l’éloquence semble être vouée à l’oubli, l’auteur nous remémore des discours dont « les échos […] résonnent encore jusqu’à nous ».

Usque tandem ? (« Jusqu’à quand ? »).

Pierre GARZON

Editions Tallandier, Paris, 2012, 478 pages, 11 euros.

ISBN : 978-2-84734-989-4.

Repost 0
Published by guerres-et-conflits - dans Antiquité
commenter cet article

Qui Suis-Je ?

  • : Guerres-et-conflits
  • : Guerres et conflits XIXe-XXIe s. se fixe pour objectif d’être à la fois (sans prétendre à une exhaustivité matériellement impossible) un carrefour, un miroir, un espace de discussions. Sans être jamais esclave de la « dictature des commémorations », nous nous efforcerons de traiter le plus largement possible de toutes les campagnes, de tous les théâtres, souvent dans une perspective comparatiste. C’est donc à une approche globale de l’histoire militaire que nous vous invitons.
  • Contact

  • guerres-et-conflits
  • L'actualité de la presse, de l'édition et de la recherche en histoire

Partenariat

CHOUETTE

Communauté TB (1)

Recherche

Pour nous joindre

guerres-et-conflits@orange.fr

Cafés historiques de La Chouette

Prochaine séance : pour la rentrée de septembre. Le programme complet sera très prochainement mis en ligne.

Publications personnelles

Livres

 

doumenc-copie-1.jpgLa Direction des Services automobiles des armées et la motorisation des armées françaises (1914-1918), vues à travers l’action du commandant Doumenc

Lavauzelle, Panazol, 2004.

A partir de ma thèse de doctorat, la première étude d’ensemble sur la motorisation des armées pendant la Première Guerre mondiale, sous l’angle du service automobile du GQG, dans les domaines de l’organisation, de la gestion et de l’emploi, des ‘Taxis de la Marne’ aux offensives de l’automne 1918, en passant par la ‘Voie sacrée’ et la Somme.

 

La mobilisation industrielle, ‘premier front’ de la Grande Guerre ? mobil indus

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2005 (préface du professeur Jean-Jacques Becker).

En 302 pages (+ 42 pages d’annexes et de bibliographie), toute l’évolution industrielle de l’intérieur pendant la Première Guerre mondiale. Afin de produire toujours davantage pour les armées en campagne, l’organisation complète de la nation, dans tous les secteurs économiques et industriels. Accompagné de nombreux tableaux de synthèse.

 

colonies-allemandes.jpgLa conquête des colonies allemandes. Naissance et mort d’un rêve impérial

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2006 (préface du professeur Jacques Frémeaux).

Au début de la Grande Guerre, l’empire colonial allemand est de création récente. Sans continuité territoriale, les différents territoires ultramarins du Reich sont difficilement défendables. De sa constitution à la fin du XIXe siècle à sa dévolution après le traité de Versailles, toutes les étapes de sa conquête entre 1914 et 1918 (388 pages, + 11 pages d’annexes, 15 pages de bibliographie, index et cartes).

 

 caire damasDu Caire à Damas. Français et Anglais au Proche-Orient (1914-1919)

 14/18 Editions, Saint-Cloud, 2008 (préface du professeur Jean-Charles Jauffret).

Du premier au dernier jour de la Grande Guerre, bien que la priorité soit accordée au front de France, Paris entretient en Orient plusieurs missions qui participent, avec les nombreux contingents britanniques, aux opérations du Sinaï, d’Arabie, de Palestine et de Syrie. Mais, dans ce cadre géographique, les oppositions diplomatiques entre ‘alliés’ sont au moins aussi importantes que les campagnes militaires elles-mêmes.

 

hte silesieHaute-Silésie (1920-1922). Laboratoire des ‘leçons oubliées’ de l’armée française et perceptions nationales

‘Etudes académiques », Riveneuve Editions, Paris, 2009.

Première étude d’ensemble en français sur la question, à partir du volume de mon habilitation à diriger des recherches. Le récit détaillé de la première opération civilo-militaire moderne d’interposition entre des factions en lutte (Allemands et Polonais) conduite par une coalition internationale (France, Grande-Bretagne, Italie), à partir des archives françaises et étrangères et de la presse de l’époque (381 pages + 53 pages d’annexes, index et bibliographie).

 

cdt armee allde Le commandement suprême de l’armée allemande 1914-1916, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général von Falkenhayn 

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Le texte original de l’édition française de 1921 des mémoires de l’ancien chef d’état-major général allemand, accompagné d’un dispositif complet de notes infrapaginales permettant de situer les lieux, de rappeler la carrière des personnages cités et surtout de comparer ses affirmations avec les documents d’archives et les témoignages des autres acteurs (339 pages + 34 pages d’annexes, cartes et index).

 

chrono commChronologie commentée de la Première Guerre mondiale

Perrin, Paris, 2011.

La Grande Guerre au jour le jour entre juin 1914 et juin 1919, dans tous les domaines (militaire, mais aussi politique, diplomatique, économique, financier, social, culturel) et sur tous les fronts. Environ 15.000 événements sur 607 pages (+ 36 pages de bibliographie et d’index).

 

 Les secrets de la Grande Guerrecouverture secrets

Librairie Vuibert, Paris, 2012.

Un volume grand public permettant, à partir d’une vingtaine de situations personnelles ou d’exemples concrets, de remettre en lumière quelques épisodes peu connus de la Première Guerre mondiale, de la question du « pantalon rouge » en août 1914 à l’acceptation de l’armistice par von Lettow-Vorbeck en Afrique orientale, après la fin des hostilités sur le théâtre ouest-européen.

 

Couverture de l'ouvrage 'Mon commandement en Orient'Mon commandement en Orient, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général Sarrail

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2012

Le texte intégral de l'édition originale, passé au crible des archives publiques, des fonds privés et des témoignages des acteurs. Le récit fait par Sarrail de son temps de commandement à Salonique (1915-1917) apparaît véritablement comme un exemple presque caricatural de mémoires d'autojustification a posteriori

 

 

Coordination et direction d’ouvrages

 

Destins d’exception. Les parrains de promotion de l’Ecole Spéciale Militaire de Saint-Cyr

SHAT, Vincennes, 2002.

Présentation (très largement illustrée, 139 pages) des 58 parrains qui ont donné leur nom à des promotions de Saint-Cyr, entre la promotion « du Prince Impérial » (1857-1858) et la promotion « chef d’escadrons Raffalli » (1998-2001).

 

fflLa France Libre. L’épopée des Français Libres au combat, 1940-1945

SHAT, Vincennes et LBM, Paris, 2004.

Album illustré présentant en 191 pages l’histoire et les parcours (individuels et collectifs) des volontaires de la France Libre pendant la Seconde guerre mondiale.

 

marque courageLa marque du courage

SHD, Vincennes et LBM, Paris, 2005.

Album illustré présentant en 189 pages l’histoire des Croix de Guerre et de la Valeur Militaire, à travers une succession de portraits, de la Première Guerre mondiale à la Bosnie en 1995. L’album comporte en annexe une étude sur la symbolique, les fourragères et la liste des unités d’active décorées.

 

  90e anniversaire de la Croix de guerre90-ANS-CROIX-DE-GUERRE.jpg

SHD, Vincennes, 2006.

Actes de la journée d’études tenue au Musée de l’Armée le 16 novembre 2005. Douze contributions d’officiers historiens et d’universitaires, français et étrangers, de la naissance de la Croix de guerre à sa perception dans la société française, en passant les décorations alliées similaires et ses évolutions ultérieures.

 

france grèceLes relations militaires franco-grecques. De la Restauration à la Seconde guerre mondiale 

SHD,Vincennes, 2007.

Durant cette période, les relations militaires franco-grecques ont été particulièrement intenses, portées à la fois par les sentiments philhellènes qui se développent dans l’hexagone (la France est l’une des ‘Puissances protectrices’ dès la renaissance du pays) et par la volonté de ne pas céder d’influence aux Anglais, aux Allemands ou aux Italiens. La campagne de Morée en 1828, l’intervention en Crète en 1897, les opérations en Russie du Sud  en 1919 constituent quelques uns des onze chapitres de ce volume, complété par un inventaire exhaustif des fonds conservés à Vincennes.

 

verdunLes 300 jours de Verdun

Editions Italiques, Triel-sur-Seine, 2006 (Jean-Pierre Turbergue, Dir.).

Exceptionnel album de 550 pages, très richement illustré, réalisé en partenariat entre les éditions Italiques et le Service historique de la Défense. Toutes les opérations sur le front de Verdun en 1916 au jour le jour.

 

DICO-14-18.jpgDictionnaire de la Grande Guerre

(avec François Cochet), 'Bouquins', R. Laffont, 2008.

Une cinquantaine de contributeurs parmi les meilleurs spécialistes de la Grande Guerre, 1.100 pages, 2.500 entrées : toute la Première Guerre mondiale de A à Z, les hommes, les lieux, les matériels, les opérations, les règlements, les doctrines, etc.

 

fochFerdinand Foch (1851-1929). Apprenez à penser

(avec François Cochet), 14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Actes du colloque international tenu à l’Ecole militaire les 6 et 7 novembre 2008. Vingt-quatre communications balayant tous les aspects de la carrière du maréchal Foch, de sa formation à son héritage dans les armées alliées par des historiens, civils et militaires, de neuf nations (461 pages + 16 pages de bibliographie).

Sur la toile