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17 décembre 2012 1 17 /12 /décembre /2012 07:10

La guerre de Cent Ans

Guerres & Histoire  -  n° 10

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Chaque nouveau numéro de Guerres & Histoire est un plaisir, de découverte des thèmes abordés et de lecture des articles. Le dossier central de ce n° 10, dirigé par Laurent Henninger, aborde la fameuse guerre de Cent Ans, non pas seulement sous l'angle des batailles et du récit des opérations militaires, mais sous celui, plus complexe mais aussi bien plus riche, des évolutions sociales, techniques et politiques de l'époque. C'est la naissance de la guerre moderne (fin de la chevalerie, émergence de l'artillerie, etc.), entre la Guyenne et le Cambrésis. On apprécie également les articles de Yacha Maclasha, qui démonte la légende de la charge des lanciers polonais contre les panzers allemands en 1939 ; l'étude "A la loupe" de la bataille des Champs Catalauniques en 451, par Eric Tréguier ; et celui de Michel Goya sur "Ardant du Picq, l'officier à l'écoute du soldat". Ajoutez à cela les nombreuses chroniques ("Caméra au poing", "Actualités", "Foire aux questions", "Cinéma", etc.), et vous obtenez un numéro de très grande qualité pour une somme modique (5,95 euros).

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17 décembre 2012 1 17 /12 /décembre /2012 07:05

Affiche-Action

Quand la politique s'écrit dans la rue

Valérie Tesnière (Dir.)

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Bel album collectif, édité comme catalogue de l'exposition qui se tient à la Bibliothèque de documentation internationale contemporaine (BDIC) jusqu'au 24 février 2013. Il faut bien dire que, depuis quelques années, les catalogues des grandes manifestations sont de véritables livres de référence, dont la richesse iconographique est valorisée par d'excellents textes.

L'ouvrage reprend quelques 150 affiches, de la Révolution française (avec ses placards et journaux muraux) à la fin du XXe siècle, et permet ainsi de retrouver par l'image ce véritable support de communication qu'a été (et parfois est encore) l'affiche. La période de la Commune de Paris, durant laquelle l'affiche est un véritable "outil de gouvernement", est particulièrement bien représentée, ainsi que tout ce qui peut avoir trait aux campagnes électorales et au militantisme jusqu'au slogan "La loi du marché sur la tête" en 2010.

Un album-catalogue qui ravira tous les amateur d'histoire des idées politiques.

BDIC/Gallimard, Paris, 2012, 143 pages, 24 euros.

ISBN : 978-2-07-013890-6.

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17 décembre 2012 1 17 /12 /décembre /2012 07:00

Lawrence d'Arabie

Michel Renouard

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Un de plus ! Et un de plus dans le même style que les précédents !

Si vous voulez rêver, si vous voulez vous laisser emporter par la puissance évocatrice, inspiratrice, d'une aventure humaine exceptionnelle, ou si plus simplement à l'approche des vacances vous souhaitez disposer d'un petit livre sympa, cette Nième "biographie" de Lawrence est pour vous. Le livre est bien écrit et agréable. Il nous entraine d'Oxford en Orient, de Damas à Londres et aux Indes, nous permet d'approcher un personnage complexe, certes, mais finalement rendu sympathique par ce mélange de fragilité intérieure et d'extraordinaire volonté. En moins épais (et moins cher), nous sommes dans le registre de la célèbre série de Benoist-Méchin, "Le rêve le plus long de l'histoire" (Lawrence d'Arabie, ou le rêve fracassé). Un plaisir de lecture hivernale, l'esprit vagabondant d'une page à l'autre et d'un espace à l'autre.

Pourtant, ce n'est pas un livre d'histoire. Loin de là. Et il semble presque impossible (par rapport au nombre de volumes publiés) de rédiger une biographie autre que d'auto-célébration du "roi secret d'Arabie". Pour la partie que nous connaissons le mieux, celle qui va de 1914 à 1919, les approximations sont innombrables et les présentations sont faussées par les références quasi exclusives aux écrits de Lawrence et de ses thuriféraires. Quelques exemples : "Divers conseillers ou instructeurs européens, le Français Brémond par exemple..." : Brémond n'est pas "conseiller", mais chef de la Mission militaire du Hedjaz, qui comptera jusqu'à près de 300 personnels et dont les détachements participent systématiquement à toutes les actions des colonnes hachémites. D'ailleurs, le livre du colonel Brémond, Le Hedjaz dans la guerre mondiale (Payot, 1931), ne figure pas en bibliographie... Il faut dire qu'il est très critique pour Lawrence. La prise d'Aqaba : "Les alliés veulent s'en emparer. La seule solution envisagée -c'est celle que préconise le colonel Brémond- est d'arriver par la mer Rouge, mais le risque est réel puisque la bourgade, entourée de montagnes, est protégées par des batteries turques tournées vers la mer". Mais les Franco-Britanniques ont déjà débarqué brièvement à plusieurs reprises pour détruire les pièces lourdes d'une garnison presque totalement isolée (donc non ravitaillée ou très mal) et la "bourgade" n'est plus défendue que par un petit bataillon turc démotivé. Le capitaine Pisani, "officier algérien" : la formule est systématiquement employée par les historiens britanniques, pour parler des officiers français du 19e corps (Algérie-Tunisie) et cette distinction volontaire n'est pas neutre. Les difficiles combats au sud de Maan et en direction de la vallée du Jourdain : ce sont les artilleurs et les mitrailleurs français qui "sauvent la mise" de Lawrence, ce qui n'est que marginalement abordé. En bref, la quasi-totalité des faits présentés pour la période de la Grande Guerre le sont dans la droite ligne des ré-écritures ultérieures par Lawrence lui-même ou ses admirateurs. D'ailleurs, regardez la bibliographie finale et listez les titres qui manquent...

Finalement, comme le dit l'auteur au bas de la page 171, en évoquant la rencontre entre Lawrence et le journaliste américain Lowell Thomas qui créera de toute pièce la légende du "roi non couronné d'Arabie" : "Peu importe les erreurs, les imprécisions, les exagérations et les fables. Le bruit médiatique ne s'embarasse pas de rigueur scientifique". C'est bien cela : une aventure sur fond de désert, une biographie romancée ou un roman historique, à prendre et à apprécier comme tel. Mais pas un livre d'histoire qui, à ce jour, sur ce personnage, reste à écrire.

Rémy PORTE

Folio Biographie, Paris, 2012, 312 pages. 8,60 euros.

ISBN : 978-2-07-044414-4.

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17 décembre 2012 1 17 /12 /décembre /2012 06:50

Gallomanie et gallophobie

Le mythe français en Europe au XIXe siècle

Laura Fournier-Finocchiaro et Tanja-Isabel Habicht -Dir.)

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Une nouvelle fois, et contrairement à une idée largement répétée dans le monde de l'édition, nous ne pouvons que dire le plus grand bien d'un ouvrage collectif. Une nouvelle fois, cette diversité des approches sur la base d'une vingtaine de textes de 10 à 15 pages, tous diférents autour d'un sujet commun, nous semble infiniment plus agréable et intéressante qu'un long "monologue".

Il est communément admis que la France occupe une place particulière en Europe et exerce (ou a exercé) sur le continent une influence importante. Pour analyser la réalité de ce phénomène, les deux directrices de l'ouvrage ont pu réunir 18 contributeurs venus de huit pays différents et appartenant à différentes disciplines des sciences humaines. Chacun traite un aspect de la question, vu sous l'angle de son pays, ou du pays dont il est le spécialiste : "L'évolution des représentations britanniques de la France rurale" pour Robert Tombs, "L'image de la France au Grand-Duché de Luxembourg" pour Pit Péporté, "L'ennemi préféré : la france comme contre-image pour la Belgique" pour Tom Verschaffel, "La perception de l'image de la France en Bohême" pour Doubravka Olsakova, etc. L'ensemble est organisé en trois grandes parties : "Les nations européennes confrontées à la France", "Parcours d'écrivains et d'artistes entre gallophobie et gallomanie", et "Vecteurs rhétoriques et pédagogiques du mythe français". Si l'ensemble du volume est riche d'enseignements et d'informations, nous avons noté, armi les contributions les plus originales, par exemple celles de Tanja-Isabel Habicht sur "La Bavière de Louis Ier et Louis II entre Wagner et Versailles", d'Antoine Guémy, sur "Un exemple suédois de l'influence française au XIXe siècle : August Blanche", d'Irène Semenoff-Tian-Chansky-Baïdine sur "Nicolas de Séménow -écrivain russe, provençal d'adoption- et sa vision de la France", ou de Laurence Boudart sur "L'image de la France dans les manuels scolaires belges du XIXe siècle et sa contribution à la définition d'une identité nationale". 

La conclusion est nuancée, car finalement rien n'est définitif. Attrait ou réticence, amour ou rejet, un homme, une communauté, un pays peut ressentir l'un puis l'autre de ces sentiments alternativement, ou parfois mêlés, à tour de rôle dominants. Bref, une étude toute en finesse, loin des poncifs et qui nous aidera à rester modeste lorsque nous nous adresserons désormais à nos voisins...

Presses Universitaires de Rennes, 2012, 315 pages, 18 euros.

ISBN : 978-2-7535-2039-4.

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16 décembre 2012 7 16 /12 /décembre /2012 07:00

Les dates et thèmes des prochains

cafés historiques de La Chouette

sont fixés :

PROGRAMME 2013 1

A retenir, à noter et à diffuser !

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15 décembre 2012 6 15 /12 /décembre /2012 07:05

Entre terreur rouge et peste brune,

la Belgique livide (1918-1940)

Bertrand Herremans

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Dans le cadre général des travaux sur l’entre-deux-guerres, très peu nombreuses sont les études centrées sur un corps aussi particulier que celui de la "Carrière". L’ouvrage de Bertrand Herremans est donc d’autant plus intéressant qu’il s’attache à un groupe relativement limité et cohérent : celui des diplomates du royaume de Belgique ayant eu à traiter de la montée, puis des conséquences, de l’antisémitisme et du traitement des réfugiés chassée de Pologne, de Roumanie ou d’Allemagne. Dans « Un contexte puissamment antisémite », dans un environnement très marqué par l’héritage conservateur (voire réactionnaire) et la religion catholique, alors que la révolution bolchevique triomphe en Russie, la question juive occupe une place importante dans les préoccupations des diplomates. Dans le cas particulier de la Belgique, les soubresauts et les évolutions de politique intérieure aussi bien que les pressions et les menaces internationales accentuent le phénomène.

Dans une première partie, l’auteur étudie les réactions du personnel diplomatique belge (en particulier ceux en poste en Europe orientale) face à la menace du « péril rouge », puis face à la montée des thèses nazies. Dans ce contexte, les représentants de Bruxelles manifestent très tôt un rejet, voire un dégoût, de l’antisémitisme allemand et de sa violence, mais l’intensité plus ou moins marquée de leur adhésion aux thèses catholiques traditionnelles d’une part et leur implication plus ou moins forte dans la vie des pays où ils sont affectés d’autre part conduisent à des comportements et des jugements différents. Or, les perspectives pour la petite Belgique sont d’autant plus menaçantes que le développement des thèses racistes s’accompagne en fait d’un accroissement parallèle du danger et des menaces de guerre, ce que tous ne perçoivent pas. La seconde partie de l’ouvrage s’intéresse plus particulièrement à la question des réfugiés durant la période 1933-1940. Les diplomates belges semblent partagés entre une attitude défensive et de repli, et le souhait d’apporter une aide aux plus malheureux. Bertrand Herremans accorde un intérêt particulier aux relations entre le gouvernement et les associations, à la conférence intergouvernementale de 1936 et à « La conférence internationale pour l’adoption d’une convention concernant le statut des réfugiés provenant d’Allemagne ». Durant cette phase, les interventions maladroites de la France sont peu appréciées et les conversations se terminent par « le refus de la majorité des Etats de libéraliser leur politique ».

En conclusion (titrée « Une quête obsessionnelle, désespérée et maladive d’un ordre perdu »), Bertrand Herremans relativise en partie son propos quant à l’antisémitisme des diplomates belges mais, pour l’essentiel nobles et catholiques, ils craignent « un possible renversement du système socio-politique ». Les diplomates belges « cherchent à se revendiquer de l’humanité par opposition à la barbarie qu’ils dénoncent et associent au nouveau régime allemand », mais le souci de préservation de l’intégrité territoriale et de l’unité nationale du pays prend le pas sur toutes les valeurs : « si certains sont effectivement préoccupés par la détresse des réfugiés, les agents comme beaucoup d’autres observateurs et dirigeants belges ne basent pas, même partiellement, leur politique sur l’humanité, mais sur les peurs évoqués et l’égoïsme national ». Une conclusion nuancée, mais qui souligne les ambiguïtés de l'époque, et qui pointe le conservatisme et la faiblesse : « On ne peut reprocher à la diplomatie belge que sa relative répugnance à leur porter davantage secours ».

Une étude aussi originale qu’intéressante.

André Versaille éditeur, Bruxelles, 2012, 238 pages. 44,90 euros.

ISBN : 978-2-87495-196-1.

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15 décembre 2012 6 15 /12 /décembre /2012 07:00

Chants et musiques des combattants

de la guerre d’Indépendance américaine

Thierry Bouzard

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Un petit livre à la fois léger et solidement documenté. Spécialiste des répertoires musicaux militaires (il anime le site Canticum militare), Thierry Bouzard revient à travers le prisme particulier des musiques et hymnes militaires sur un épisode particulier : la naissance des Etats-Unis d’Amérique. En effet, « la guerre d’Indépendance est une occasion d’aborder l’histoire militaire sous l’angle musical en confrontant quatre répertoires contemporains aux opérations (anglais, allemand, français, espagnol), tout en assistant à la naissance d’un cinquième (américain) et aux débuts de la disparition d’un sixième (indien) ».

Après avoir brossé (pp. 13-18) le tableau de la situation politique et militaire entre le milieu du XVIIIe s. et 1783, l’auteur nous explique ce qu’est, et ce que représente, la musique militaire à l’époque (pp. 19-24), avant d’en arriver à la constitution d’un répertoire américain spécifique (pp. 24-40). Il détaille ensuite ce que seront les emprunts aux Etats allemands, à la France et à l’Espagne (pp. 41-59), aussi bien pour les marches que pour les batteries et sonneries réglementaires. Thierry Bouzard en vient ensuite aux chansons de soldat, là aussi des différentes nationalités, et il n’oublie ni les Québécois, ni les Indiens (dont 13.000 environ combattirent aux côtés des Britanniques). Enfin, les chants des marins anglais et français terminent ce volume. Une façon de ne pas oublier que les instruments de musiques ont toujours accompagné les armées, dans la paix comme dans la guerre. Au total, on retrouve, pour chacun des pays concernés, de « grands classiques » de la chanson et de la musique, non seulement militaires, mais populaires.

L’auteur a fait le choix judicieux d’inclure, au fil du texte, toutes les partitions des musiques et chants cités : si vous avez quelques notions de solfège et un instrument, vous allez pouvoir vous lancer, et agrémentez vos prochaines soirées familiales ! Plus sérieusement (ou si vous n’êtes pas vous-même musicien), vous trouverez dans ce petit volume des exemples parfois étonnants de transferts culturels (ou de rejets) en temps de guerre.

Une petite histoire des nations en guerre présentée en fa dièse !

Muller éditions, Paris, 2012, 177 pages, 24 euros.

ISBN : 979-10-90947-07-8

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15 décembre 2012 6 15 /12 /décembre /2012 06:55

Du Renseignement

Revue Défense Nationale  -  n° 755

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Pour ce numéro de décembre 2012, la RDN nous offre un copieux dossier (pas moins de quatorze articles différents) sur la problématique du renseignement. Les aspects militaires et non militaires, l'organisation au plus haut sommet de l'Etat, la multiplicité des acteurs, la place de la technologie, la notion de "secret défense", les nouvelles menaces, la fonction d'anticipation, son aspect stratégique ou ses échos dans la presse sont quelques uns des thèmes traités. Des signatures aussi "habilitées" (sans jeu de mots) à écrire sur de tels sujets que Pierre Lacoste, Antoine Pinoteau, François Heisbourg, Olivier Forcade, Sébastien Laurent ou Franck Bulinge (parmi d'autres) apparaissent ainsi au sommaire. Parmi les cinq articles qui figurent en fin de numéro dans la rubrique "Opinions", on relève en particulier celui de Romain Petit, sur "Esprit de corps et conduite du changement", et celui de Guy Pervillé, sur "Cinquante ans après 1962 : un rapprochement franco-algérien souhaitable mais difficile".

Si l'on peut regretter, de façon générale, que les études sur le renseignement ne soient pas davantage mises à l'honneur en France, il est faux d'affirmer avec les esprits chagrins que celles-ci sont inexistantes, au contraire. Ce numéro (comme nos nombreuses recensions sur ce thème) en témoigne.

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14 décembre 2012 5 14 /12 /décembre /2012 07:05

Les étudiants étrangers à Paris au XIXe siècle

Migrations et formation des élites

Pierre Moulinier

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Le rayonnement de notre langue et de la culture française au XIXe siècle, puis tout au long du XXe, tient aussi, et on l’oublie souvent, à la présence dans les universités de la capitale de très nombreux étudiants étrangers, dont le nombre total passe de quelques centaines au début du siècle, à plusieurs milliers à la veille de la Grande Guerre. Dans cette étude à la fois tout-à-fait originale et particulièrement détaillée, Pierre Moulinier, chartiste et ancien conservateur à la BNF, dresse un tableau complet d’une réalité sociale et culturelle qui méritait d’être (re)découverte.

Il présente d'abord « La seconde partie du monde instruit » et la place de l’université dans la diplomatie et la politique étrangère de la France, à une époque où les établissements confessionnels jouent un rôle non négligeable. La seconde partie s’intéresse aux étudiantes, alors interdites à La Sorbonne et qui ne peuvent devenir docteur. Ce sont donc les étrangères qui ouvrent la plupart des premières brèches, en dépit de « L’hostilité des étudiants et des professeurs ». La troisième partie détaille pourquoi les étudiant(e)s venu(e)s d’autres pays préfèrent étudier à Paris plutôt qu’en province et surtout présente « Le poids des étrangers dans chacune des facultés parisiennes », par discipline. Contrairement aux jeunes Français, qui privilégient le droit et la médecine, ils choisissent ainsi des scolarités dans les sciences dures (mathématiques, physique) ou strictement littéraires et culturelles. La quatrième, sous le titre « La planète au Quartier latin » brosse un panorama complet de l’enseignement universitaire dans le monde, et ainsi des « besoins » par pays dont on retrouve les nationaux à Paris. Chiffres à l’appui, par discipline, par pays d’origine, d’Europe de l’Est aux Antilles et des Balkans en Extrême-Orient, le monde s’installe sur les rives de la Seine. Logiquement, les trois parties suivantes (« La vie avant Paris : origines sociales et croyances », « Passeport pour le Quartier latin » et « Le coût, le temps et les temples des études parisiennes ») font le point de la grande diversité des étudiants étrangers qui ne sont pas toujours, loin de là, nantis et représentants de la haute société de leur pays. Enfin, les trois dernières parties (« Les études et les performances scolaires des étrangers », « Exilés à Paris » et « Retourner au pays ou s’installer en France ? ») tentent de dresser un bilan. Pour les études de médecine, de pharmacie, de lettres et de sciences, Pierre Moulinier entre dans le détail des spécialités par niveau de diplôme. Au bilan, les transferts culturels et scientifiques sont extrêmement nombreux, et l’accueil de ces dizaines de milliers de jeunes (qui appartiennent alors à l’élite intellectuelle de leurs pays) constitue d’évidence un formidable « bras de levier » en termes de rayonnement et d’influence, alors même que, souvent, la vie au quotidien ne fut pas "rose" et « [qu'] ils ne font pas l’objet d’un accueil chaleureux de leurs pairs lorsqu’ils fréquentent les facultés ».

Solidement basée sur d’importantes et originales sources d’archives, complétée par d’utiles tableaux statistiques de synthèse, voilà une excellente étude d’histoire culturelle et sociale, qui fait honneur à son auteur et ouvre sur de nombreuses autres pistes, dont d’histoire politique. Un très bon livre.

Presses universitaires de Rennes, 2012, 425 pages, 21 euros.

ISBN : 978-2-7555-2077-6.

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14 décembre 2012 5 14 /12 /décembre /2012 07:00

La faveur et la gloire

Le maréchal de Bassompierre mémorialiste (1579-1646)

Mathieu Lemoine

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Quelle vie ! Et quel prince !

En dépit des apparences, il ne s'agit pas ici, à proprement parler, d'une biographie, mais plutôt, en "prenant le prétexte" de la vie du maréchal de Bassompierre, d'une étude presque sociale sur la haute noblesse, sa formation, ses aptitudes, ses ambitions, ses combats et peut-être les causes de sa chute. Mathieu Lemoine nous propose, certes, un récit complet de la vie de François II de Bassompierre, maréchal de France, ami et fidèle d'Henri IV, de la reine mère pendant la Régence, puis du jeune Louis XIII, avant d'être disgrâcié et, au sens propre, embastillé par la volonté de Richelieu, mais il nous fait aussi approcher et comprendre tout son environnement d'une part, la profondeur et le sens des ses Mémoires d'autre part.

Présentons immédiatement une réserve. Pour notre part, aussi éminentes et réelles que soient les qualités d'historien du professeur Denis Crouzet, nous regrettons le caractère pour le moins "ampoulé" de la préface. Lorsqu'il devient nécessaire d'utiliser un dictionnaire à chaque ligne et de réfléchir au sens propre de chaque mot, le lecteur n'a qu'une envie : sauter la page ! Et, pour un auteur, ne pas se mettre "au niveau" du lecteur" est le meilleur moyen de ne pas faire passer ses idées et de rater une occasion pour diffuser une "Histoire" de qualité... Un exemple : "Cette histoire possible ... est remarquablement mise en valeur, dans une sorte de pari herméneutique qui relève d'une phénoménologie du discours envisagé comme mu et animé de l'intérieur par une structure paradoxique et devant en conséquence être analysée dans un dialogue constant entre les différentes potentialités sémantiques et interlocutives qui lui donneraient sa dynamique de sens" ! Ouf ! En clair, vous pouvez commencer votre lecture page 23, où débute le (beau et bon) texte de Mathieu Lemoine.

L'ouvrage est organisé en quatre grandes parties, qui ne suivent pas la chronologie. La première, "Vers les Mémoires", est centrée sur la fameuse "Journée des Dupes", qui se solde en particulier par la disgrâce de Bassompierre. La seconde, "Bassompierre et le roi", reprend plus largement la vie du héros du livre, de son arrivée à la cour de France en 1598 à sa disgrâce progressive au cours des années 1620. La troisième, "Bassompierre et l'identité nobiliaire", revient en détail sur ce qui fait la "grandeur" d'une lignée, sa famille et son héritage moral et intellectuel, ainsi que la traduction de ces valeurs dans les faits, pour la plus grande gloire du souverain et des siens. La dernière enfin, "Bassompierre au delà des Mémoires", nous présente une mise en perspective de ces Mémoires, décrit la bibliothèque du prince et son rôle social, l'importance de ce texte pour ériger un monument durable à une certaine forme d'idéal nobiliaire.

On apprécie que chaque partie fasse l'objet d'une introduction et d'une conclusion partielle, et que le livre se termine à la fois sur différentes annexes (chronologie, généalogie, etc.), un bel index et une abondante liste de sources et bibliographie. Parfaitement imprimé sur un beau papier, voici donc un ouvrage de grande qualité qui, bien au-delà d'une "simple" biographie (et cet exercice est déjà difficile), nous entraine dans un vaste voyage spatial, temporel et intellectuel. Un livre original, indispensable à tous les amateurs de l'histoire des XVIe et XVIIe siècles.

PUPS, Paris, 2012, 609 pages, 24 euros.

ISBN : 978-2-84050-771-0.

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Qui Suis-Je ?

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  • : Guerres et conflits XIXe-XXIe s. se fixe pour objectif d’être à la fois (sans prétendre à une exhaustivité matériellement impossible) un carrefour, un miroir, un espace de discussions. Sans être jamais esclave de la « dictature des commémorations », nous nous efforcerons de traiter le plus largement possible de toutes les campagnes, de tous les théâtres, souvent dans une perspective comparatiste. C’est donc à une approche globale de l’histoire militaire que nous vous invitons.
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Cafés historiques de La Chouette

Prochaine séance : pour la rentrée de septembre. Le programme complet sera très prochainement mis en ligne.

Publications personnelles

Livres

 

doumenc-copie-1.jpgLa Direction des Services automobiles des armées et la motorisation des armées françaises (1914-1918), vues à travers l’action du commandant Doumenc

Lavauzelle, Panazol, 2004.

A partir de ma thèse de doctorat, la première étude d’ensemble sur la motorisation des armées pendant la Première Guerre mondiale, sous l’angle du service automobile du GQG, dans les domaines de l’organisation, de la gestion et de l’emploi, des ‘Taxis de la Marne’ aux offensives de l’automne 1918, en passant par la ‘Voie sacrée’ et la Somme.

 

La mobilisation industrielle, ‘premier front’ de la Grande Guerre ? mobil indus

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2005 (préface du professeur Jean-Jacques Becker).

En 302 pages (+ 42 pages d’annexes et de bibliographie), toute l’évolution industrielle de l’intérieur pendant la Première Guerre mondiale. Afin de produire toujours davantage pour les armées en campagne, l’organisation complète de la nation, dans tous les secteurs économiques et industriels. Accompagné de nombreux tableaux de synthèse.

 

colonies-allemandes.jpgLa conquête des colonies allemandes. Naissance et mort d’un rêve impérial

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2006 (préface du professeur Jacques Frémeaux).

Au début de la Grande Guerre, l’empire colonial allemand est de création récente. Sans continuité territoriale, les différents territoires ultramarins du Reich sont difficilement défendables. De sa constitution à la fin du XIXe siècle à sa dévolution après le traité de Versailles, toutes les étapes de sa conquête entre 1914 et 1918 (388 pages, + 11 pages d’annexes, 15 pages de bibliographie, index et cartes).

 

 caire damasDu Caire à Damas. Français et Anglais au Proche-Orient (1914-1919)

 14/18 Editions, Saint-Cloud, 2008 (préface du professeur Jean-Charles Jauffret).

Du premier au dernier jour de la Grande Guerre, bien que la priorité soit accordée au front de France, Paris entretient en Orient plusieurs missions qui participent, avec les nombreux contingents britanniques, aux opérations du Sinaï, d’Arabie, de Palestine et de Syrie. Mais, dans ce cadre géographique, les oppositions diplomatiques entre ‘alliés’ sont au moins aussi importantes que les campagnes militaires elles-mêmes.

 

hte silesieHaute-Silésie (1920-1922). Laboratoire des ‘leçons oubliées’ de l’armée française et perceptions nationales

‘Etudes académiques », Riveneuve Editions, Paris, 2009.

Première étude d’ensemble en français sur la question, à partir du volume de mon habilitation à diriger des recherches. Le récit détaillé de la première opération civilo-militaire moderne d’interposition entre des factions en lutte (Allemands et Polonais) conduite par une coalition internationale (France, Grande-Bretagne, Italie), à partir des archives françaises et étrangères et de la presse de l’époque (381 pages + 53 pages d’annexes, index et bibliographie).

 

cdt armee allde Le commandement suprême de l’armée allemande 1914-1916, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général von Falkenhayn 

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Le texte original de l’édition française de 1921 des mémoires de l’ancien chef d’état-major général allemand, accompagné d’un dispositif complet de notes infrapaginales permettant de situer les lieux, de rappeler la carrière des personnages cités et surtout de comparer ses affirmations avec les documents d’archives et les témoignages des autres acteurs (339 pages + 34 pages d’annexes, cartes et index).

 

chrono commChronologie commentée de la Première Guerre mondiale

Perrin, Paris, 2011.

La Grande Guerre au jour le jour entre juin 1914 et juin 1919, dans tous les domaines (militaire, mais aussi politique, diplomatique, économique, financier, social, culturel) et sur tous les fronts. Environ 15.000 événements sur 607 pages (+ 36 pages de bibliographie et d’index).

 

 Les secrets de la Grande Guerrecouverture secrets

Librairie Vuibert, Paris, 2012.

Un volume grand public permettant, à partir d’une vingtaine de situations personnelles ou d’exemples concrets, de remettre en lumière quelques épisodes peu connus de la Première Guerre mondiale, de la question du « pantalon rouge » en août 1914 à l’acceptation de l’armistice par von Lettow-Vorbeck en Afrique orientale, après la fin des hostilités sur le théâtre ouest-européen.

 

Couverture de l'ouvrage 'Mon commandement en Orient'Mon commandement en Orient, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général Sarrail

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2012

Le texte intégral de l'édition originale, passé au crible des archives publiques, des fonds privés et des témoignages des acteurs. Le récit fait par Sarrail de son temps de commandement à Salonique (1915-1917) apparaît véritablement comme un exemple presque caricatural de mémoires d'autojustification a posteriori

 

 

Coordination et direction d’ouvrages

 

Destins d’exception. Les parrains de promotion de l’Ecole Spéciale Militaire de Saint-Cyr

SHAT, Vincennes, 2002.

Présentation (très largement illustrée, 139 pages) des 58 parrains qui ont donné leur nom à des promotions de Saint-Cyr, entre la promotion « du Prince Impérial » (1857-1858) et la promotion « chef d’escadrons Raffalli » (1998-2001).

 

fflLa France Libre. L’épopée des Français Libres au combat, 1940-1945

SHAT, Vincennes et LBM, Paris, 2004.

Album illustré présentant en 191 pages l’histoire et les parcours (individuels et collectifs) des volontaires de la France Libre pendant la Seconde guerre mondiale.

 

marque courageLa marque du courage

SHD, Vincennes et LBM, Paris, 2005.

Album illustré présentant en 189 pages l’histoire des Croix de Guerre et de la Valeur Militaire, à travers une succession de portraits, de la Première Guerre mondiale à la Bosnie en 1995. L’album comporte en annexe une étude sur la symbolique, les fourragères et la liste des unités d’active décorées.

 

  90e anniversaire de la Croix de guerre90-ANS-CROIX-DE-GUERRE.jpg

SHD, Vincennes, 2006.

Actes de la journée d’études tenue au Musée de l’Armée le 16 novembre 2005. Douze contributions d’officiers historiens et d’universitaires, français et étrangers, de la naissance de la Croix de guerre à sa perception dans la société française, en passant les décorations alliées similaires et ses évolutions ultérieures.

 

france grèceLes relations militaires franco-grecques. De la Restauration à la Seconde guerre mondiale 

SHD,Vincennes, 2007.

Durant cette période, les relations militaires franco-grecques ont été particulièrement intenses, portées à la fois par les sentiments philhellènes qui se développent dans l’hexagone (la France est l’une des ‘Puissances protectrices’ dès la renaissance du pays) et par la volonté de ne pas céder d’influence aux Anglais, aux Allemands ou aux Italiens. La campagne de Morée en 1828, l’intervention en Crète en 1897, les opérations en Russie du Sud  en 1919 constituent quelques uns des onze chapitres de ce volume, complété par un inventaire exhaustif des fonds conservés à Vincennes.

 

verdunLes 300 jours de Verdun

Editions Italiques, Triel-sur-Seine, 2006 (Jean-Pierre Turbergue, Dir.).

Exceptionnel album de 550 pages, très richement illustré, réalisé en partenariat entre les éditions Italiques et le Service historique de la Défense. Toutes les opérations sur le front de Verdun en 1916 au jour le jour.

 

DICO-14-18.jpgDictionnaire de la Grande Guerre

(avec François Cochet), 'Bouquins', R. Laffont, 2008.

Une cinquantaine de contributeurs parmi les meilleurs spécialistes de la Grande Guerre, 1.100 pages, 2.500 entrées : toute la Première Guerre mondiale de A à Z, les hommes, les lieux, les matériels, les opérations, les règlements, les doctrines, etc.

 

fochFerdinand Foch (1851-1929). Apprenez à penser

(avec François Cochet), 14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Actes du colloque international tenu à l’Ecole militaire les 6 et 7 novembre 2008. Vingt-quatre communications balayant tous les aspects de la carrière du maréchal Foch, de sa formation à son héritage dans les armées alliées par des historiens, civils et militaires, de neuf nations (461 pages + 16 pages de bibliographie).

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