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26 juin 2017 1 26 /06 /juin /2017 06:00

Police politique hitlérienne

Xavier de Hautecloque

Etonnant texte que celui-ci, réédition d'un livre paru en 1935 sous la signature d'un cousin, journaliste passionné d'occultisme, du futur maréchal Leclerc (sa biographie et son oeuvre de journaliste durant l'entre-deux-guerres : ici).

Rédigé à la suite d'un long séjour dans l'Allemagne nationale-socialiste, il se compose de brefs chapitres au ton vif, entrecoupés de dialogues reconstitués. Chacun de ses chapitres part d'une anecdote, d'une observation, d'un entretien de l'auteur avec tel ou tel citoyen allemand. Tous nous conduisent à constater le poids de l'emprise idéologique totalitaire sur le Reich et la présence de plus en plus marquée de la Gestapo et de la SS. Au fil des pages, les grandes étapes de la mise en place du système répressif en 1933-1934 sont racontées "de l'intérieur" : l'incendie du Reichstag et l'élimination des témoins gênants, surtout la nuit des longs couteaux et la répression contre la SA puis la mise au pas des opposants internes au sein du parti, l'exécution du général Schleicher, dernier et éphémère chancelier avant l'arrivée d'Hitler au pouvoir. Au hasard des rencontres, on trouve des ouvriers communistes et une association "secrète" d'anciens légionnaires. A la fin du livre, une visite dans la brasserie de Munich où Hitler, treize ans plus tôt, avait pris le contrôle du parti national-socialiste (le récit en paraît d'ailleurs bien fantaisiste à l'historien). Au total, un tableau pointilliste (comme la mise bout à bout d'articles quotidiens ou de notes journalières distinctes) d'une Allemagne qui se livre au totalitarisme, mais surtout à l'esprit de revanche, au néant politique et à la bassesse morale, même si certains personnages peuvent être plus sympathiques. Une Allemagne que Hitler, nous dit Xavier de Hautecloque dès 1935, rêve de pousser à l'agression contre ses voisins et en particulier les Français : "La vague va frapper, en coup de foudre, une digue qui est notre frontière ... A nous, soldats d'hier et de demain, il appartiendra de répondre, peut-être plutôt que nous ne croyons".

Ce livre doit être pris comme le témoignage sur une époque d'un journaliste engagé, sans doute avec de nombreuses "libres interprétations" mais aussi avec la description de situations réellement vécues. Un livre étonnant disions-nous, presque dérangeant. Mais une intéressante contribution à notre compréhension de l'atmosphère trouble de ce milieu des années 1930.

Editions Energeia, Saint-Nazaire-en-Royans, 2014, 210 pages, 21,- euros.

ISBN : 978-2-9542944-8-3.

Au coeur du quotidien allemand
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20 novembre 2016 7 20 /11 /novembre /2016 06:00

Les rapports de Berlin

André François-Poncet et le national-socialisme

Jean-Marc Dreyfus

Pendant sept ans (1931-1938), l'ambassadeur de France à Berlin André François-Poncet adresse à Paris de très nombreux rapports dans lesquels il tente d'alerter sur les dangers du nazisme.

Jean-Marc Dreyfus a retenu, par sondages dans un exceptionnel ensemble de rapports diplomatiques ("Les services du Quai d'Orsay ne relevaient pas sans consternation que plusieurs de ces dépêches avaient, au mépris des convenances, jusqu'à vingt ou trente pages"), plus de 80 documents dont il publie de larges extraits, voire la totalité. L'ensemble est organisé en sept chapitres chrono-thématiques, qui nous entraînent de la situation allemande avant l'arrivée d'Hitler au pouvoir à la question de l'antisémitisme à la veille de la Seconde guerre mondiale. De très nombreux aspects de la vie et de la société allemande des années 1930, ainsi que de leurs évolutions plus ou moins contraintes, sont ainsi évoqués, qu'il s'agisse des questions économiques et sociales, de la propagande officielle, de l'épuration parmi les fonctionnaires ou de la préparation des Jeux olympiques de 1936 : "Hier encore objet d'un boycottage presque universel, le Troisième Reich est devenu, aujourd'hui, grâce aux Jeux olympiques et aux divers congrès dont ils sont l'occasion, un véritable centre d'attraction pour le monde. Il le sent. Il le sait. Et il en éprouve une intime et intense satisfaction. A cet égard, la XIe Olympiade revêt, pour les dirigeants de l'Allemagne hitlérienne et aussi pour l'homme de la rue, une importance politique, qui éclipse celle des événements dont le monde est actuellement le théâtre". Dès le printemps 1933, les demandes d'asile politique et de visas pour la France se multiplient : "On peut considérer que sur toute l'étendue du territoire allemand le nombre de personnes qui, soit en raison de leur passé politique, soit en raison de leur origine israélite, ont sollicité l'autorisation de pénétrer sur le territoire français s'était élevé, pendant cette période d'un mois, à 4.000" (avril 1933). Le contrôle de la population s'accélère, en particulier en direction de la jeunesse : "Le camp (de vacances en été) est essentiellement une école de l'hitlérisme. Il représente un îlot sur lequel ne peut mordre aucune influence étrangère. Ni la famille ni la religion n'y ont droit d'accès. Le national-socialisme est maître du terrain et y règne en souverain" (juillet 1935). La guerre totale semble sérieusement envisagée dès juin 1936 : "La Revue Militaire et Scientifique, périodique bimensuel édité par les soins du ministère de la Guerre du Reich, a fait paraître dans son dernier numéro une étude du lieutenant-colonel Warlimont sur 'le rôle des pouvoirs civils dans la préparation et la conduite de la guerre'. Cette étude mérite à plusieurs égards de retenir l'attention. L'auteur, interprète de la pensée de l'état-major allemand, se trouve amené, en effet, à exposer sa conception d'une guerre future, ainsi que celle du régime politique idéal qui doit lui permettre d'affronter, avec le maximum de chances, les aléas d'un conflit ... L'éducation nationale doit être orientée en ce sens. La recherche scientifique doit aller dans le sens des intérêts militaires. Une propagande intérieure et extérieure sera organisée, en utilisant les techniques les plus avancées". Si l'armée se plie dans sa majorité facilement aux nouvelles mesures, on observe également que "c'est seulement du côté catholique que les chefs nationaux-socialistes se heurtent à une résistance qui les irrite d'autant plus qu'elle offre moins de prise à leurs coups et qu'elle les oblige ... à recourir à des expédients policiers" (août 1935).

Les citations pourraient être multipliées. Il est difficile dans ces conditions de prétendre que les dirigeants ouest-européens n'ont pas été informés très tôt des évolutions majeures du régime et de ses objectifs. Un livre (par ailleurs bien écrit) qui propose le regard d'un observateur attentif sur l'Allemagne des années 1930.

Fayard Histoire, Paris, 2016, 231 pages, 22,- euros.

ISBN : 978-2-213-66598-6.

Le IIIe Reich sous la loupe
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15 mai 2016 7 15 /05 /mai /2016 06:00

Le questionnaire

Ernst von Salomon

Le célèbre auteur des Réprouvés, cadet prussien qui racontera sa perception presque romantique de l'histoire des corps-francs d'après-guerre et du terrorisme des groupuscules nationalistes, a également publié en 1951 un livre fameux, Le Questionnaire, que Gallimard a la bonne idée de rééditer.

L'architecture générale du livre s'appuie sur les quelques 130 questions auxquelles les Américains demandèrent aux Allemands de répondre en 1945 afin d'organiser la dénazification du pays, mais en les détournant souvent et prenant à de nombreuses reprises le contre-pied des attentes des vainqueurs. A bien des égards, le livre est ainsi non seulement à contre-courant de la doxa habituelle, mais camoufle également bien des aspects d'une réalité que l'Allemagne de la fin des années 1940 refusait de reconnaître : "Ma conscience devenue très sensible me fait craindre de participer à un acte capable, dans ces circonstances incontrôlables, de nuire sur l'ordre de puissances étrangères à un pays et à un peuple dont je suis irrévocablement". Certaines questions font l'objet de longs développements, mais presque systématiquement un humour grinçant y est présent, comme lorsqu'il s'agit simplement d'indiquer son lieu de naissance : "Je découvre avec étonnement que, grâce à mon lieu de naissance (Kiel), je peux me considérer comme un homme nordique, et l'idée qu'en comparaison avec ma situation les New-Yorkais doivent passer pour des Méridionaux pleins de tempérament m'amuse beaucoup". Et à la même question, à propos des manifestations des SA dans la ville avant la prise du pouvoir par les nazis : "Certes, la couleur de leurs uniformes était affreuse, mais on ne regarde pas l'habit d'un homme, on regarde son coeur. On ne savait pas au juste ce que ces gens-là voulaient. Du moins semblaient-ils le vouloir avec fermeté ... Ils avaient de l'élan, on était bien obligé de le reconnaître, et ils étaient merveilleusement organisés. Voilà ce qu'il nous fallait : élan et organisation". Au fil des pages, il revient à plusieurs reprises sur son attachement à la Prusse traditionnelle, retrace l'histoire de sa famille, développe ses relations compliquées avec les réligions et les Eglises, évoque des liens avec de nombreuses personnes juives (dont sa femme), donne de longues précisions sur ses motivations à l'époque de l'assassinat de Rathenau, sur son procès ultérieur et sur son séjour en prison. Suivant le fil des questions posées, il détaille son éducation, son cursus scolaire, son engagement dans les mouvements subversifs "secrets", retrace ses activités professionnelles successives avec un détachement qui parfois peu surprendre mais correspond à l'humour un peu grinçant qui irrigue le texte, comme lorsqu'il parle de son éditeur et ami Rowohlt. Il revient bien sûr longuement sur les corps francs entre 1919 et 1923, sur l'impossibilité à laquelle il se heurte au début de la Seconde guerre mondiale pour faire accepter son engagement volontaire, tout en racontant qu'il avait obtenu en 1919 la plus haute de ses neuf décorations en ayant rapporté à son commandant... "un pot de crème fraîche. Il avait tellement envie de manger un poulet à la crème !". Toujours ce côté décalé, ce deuxième degré que les Américains n'ont probablement pas compris. La première rencontre avec Hitler, le putsch de 1923, la place des élites bavaroises et leurs rapports avec l'armée de von Seeckt, la propagande électorale à la fin des années 1920, et après l'arrivée au pouvoir du NSDAP les actions (et les doutes) des associations d'anciens combattants et de la SA, sont autant de thèmes abordés au fil des pages, toujours en se présentant et en montrant la situation de l'époque avec détachement, presque éloignement, tout en étant semble-t-il hostile sur le fond et désabusé dans la forme. Les propos qu'il tient au sujet de la nuit des longs couteaux sont parfois étonnants, mais finalement "dans ces circonstances, chaque acte est un crime, la seule chose qui nous reste est l'inaction. C'est en tout cas la seule attitude décente". Ce n'est finalement qu'en 1944 qu'il lui est demandé de prêter serment au Führer dans le cadre de la montée en puissance du Volkssturm, mais "l'homme qui me demandait le serment exigeait de moi que je défende la patrie. Mais je savais que ce même homme jugeait le peuple allemand indigne de survivre à sa défaite". Conclusion : défendre la patrie "ne pouvait signifier autre chose que de la préserver de la destruction". Toujours les paradoxes. Dans la dernière partie, le comportement des Américains vainqueurs est souvent présenté de manière négative, évoque les difficultés quotidiennes dans son petit village de haute Bavière : une façon de presque renvoyer dos-à-dos imbécilité nazie et bêtise alliée... et donc de s'exonérer soi-même.

Au final, un livre qui doit être lu, car au-delà même de ce qu'il raconte de von Salomon et de l'entre-deux-guerres, il est également très éclairant sur la façon dont une partie non négligeable de la population allemande s'est en quelque sorte "auto-protégée" en 1945.

Gallimard, Paris, 2016, 920 pages. 18,50 euros.

ISBN : 978-2-07-077026-7.

D'autres rééditions des ouvrages de von Salomon : ici.

Bilan d'une vie ?
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28 avril 2016 4 28 /04 /avril /2016 06:00

Considérations sur Hitler

Sebastian Haffner

La liste des ouvrages sur Hitler (sa personnalité, sa vie, ses idées, ses actions, etc.) ne cesse de s'allonger avec des publications de qualité variable. La réédition de ce volume original (paru pour la première fois en français en 2014) est cependant une bonne chose car l'approche de Sebastian Haffner (de son vrai nom Raimund Pretzel), dont le parcours est présenté dans la préface de Jean Lopez, ne manque pas d'intérêt.

Ecrit dans un style dynamique, avec des phrases courtes, parfois des formules-chocs, le livre est divisé en sept parties thématiques : "Vie", "Réalisations", "Succès", "Erreurs", "Fautes", "Crimes" et "Trahison". Parmi les innombrables thèmes évoqués, on lira avec surprise et intérêt les lignes consacrées aux évolutions sociales entre 1933 et 1938 (pour les Allemands "qui n'étaient pas exclus ni persécutés pour des raisons raciales et politiques"), mais qu'il convient de mettre en rapport avec la préparation voulue de la guerre et leur caractère éphémère. De même, Sebastian Haffner s'interroge sur la longue liste de succès intérieurs et extérieurs entre le début des années 1930 et 1941, mais pour ajouter aussitôt que "toutes ces victoires furent remportées contre des adversaires dépourvus de la force ou de la volonté nécessaires à une véritable résistance" et en démonter le mécanisme. La montée en puissance des critiques ("Les erreurs", "Les fautes", "Les crimes") est également judicieusement observée, même si ici ou là on pourra contester tel classement ou telle présentation (la volonté d'exterminer la population juive n'aurait finlement été prise qu'après la prise de conscience "qu'il ne gagnerait plus la guerre"). Et puis cette conclusion, c'est finalement à l'Allemagne qu'Hitler a fait le plus de mal : "Les Allemands aussi ont subi sous Hitler un terrible sacrifice humain ; plus de 7 millions de morts, plus que les Juifs ou que les Polonais ; seuls les Russes ont versé plus de sang encre ... Et tandis que l'Union soviétique et la Pologne sont sorties renforcées de cet effrayant sacrifice du sang, le Reich allemand quant à lui a été rayé de la carte".

Un discours, on le voit, qui n'est pas dans le flot habituel des publications sur le sujet, mais qui est tenu par un opposant de la première heure au régime nazi. Un petit livre original qui mérite d'être connu.

Coll. 'Tempus', Perrin, Paris, 2016, 219 pages. 7,50 euros.

ISBN : 978-2-262-06525-6.

Hitler
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9 avril 2016 6 09 /04 /avril /2016 06:00

 

Une petite ville nazie

William S. Allen

Cette étude pionnière, parue pour la première fois en France en 1967, nous raconte comment le parti nazi s'impose dans une petite ville de Basse-Saxe (Thalburg, 10.000 habitants) entre 1930 et 1935, jusqu'à tenir l'ensemble de la population dans ses filets.

A partir d'un très important corpus d'entretiens avec des habitants (il faudrait ici pouvoir analyser comment les Allemands fin 1950-début 1960 s'auto-exonèrent de toute responsabilité), et de la presse locale et régionale de l'époque, il organise son livreen deux grandes parties logiquement simples : avant et après la prise du pouvoir par le NSDAP : "Mort de la démocratie (janvier 1930 à janvier 1933)" et "Introduction à la dictature (janvier 1933 à janvier 1935"). Après avoir décrit ce qu'est la ville (sociologie, économie, physionomie politique, etc) à la fin des années 1920, il raconte par le menu les dégâts causés par le chômage de masse, l'émergence du NSDAP, les réactions (mais aussi les failles en son sein) du SPD, et les résultats des élections locales. On assiste de près, dans un premier temps à l'ampleur des ralliements locaux au parti nazi, aux détails des luttes politiques, aux provocations et aux tentatives pour impressionner et faire taire l'adversaire ; puis après l'accession de Hitler à la chancellerie du Reich, aux efforts finalement rapidement couronnés de succès des nouvelles autorités locales pour museler toute opposition et enserrer tous les corps sociaux dans un étroit réseau d'associations et fédérations à la botte du parti (monde du travail, clubs sportifs, jeunesse, etc.). Lu en creux, cette seconde partie montre également comment les opposants démocrates ne surent pas s'opposer à cette main mise.

On peut, ponctuellement, émettre un certain nombre de réserves, mais l'ensemble constitue une étude absolument irremplaçable. A connaître pour comprendre, au-delà des discours idéologiques, comment une petite ville de province passe sous le joug d'un parti unique. 

"Texto", Tallandier, 2016, 414 pages. 10,50 euros

ISBN : 979-10-210-1910-2.

Prise de contrôle
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8 septembre 2015 2 08 /09 /septembre /2015 06:00

Le IIIe Reich et le monde

Charles Bloch

Le livre s'ouvre sur une préface de Maurice Vaïsse qui présente la vie et l'oeuvre de Charles Bloch, disparu en 1987, car il s'agit ici de la réédition de son ouvrage pionnier paru en 1986. Son premier intérêt réside dans son angle d'approche : rares sont les études de cette ampleur qui détaillent avec autant de précisions l'ensemble des relations internationales du IIIe Reich.

Organisé en quatre grandes parties chronologiques, le livre s'intéresse successivement à "L'héritage du passé allemands et les lignes générales de la politique hitlérienne", "Les années de la consolidation, 1933-1936", "Vers la conflagration, 1936-1939", et "La guerre et la défaite, 1939-1945". La première partie est sans doute celle pour laquelle l'historiographie a le plus évolué depuis trente ans et la présentation qui est faite des structures dirigeantes du Reich est à certains égards un peu datée. Les parties suivantes par contre sont tout à fait passionnantes et présentent de façon complète et méthodique les évolutions, les projets, les objectifs, les moyens de la diplomatie allemande. Tous les grands dossiers sont bien sûr traités, des projets pour revenir sur les amputations territoriales du traité de Versailles, au retrait de la SDN et à l'apparente normalisation initiale avec la Pologne au Pacte germano-soviétique et aux dernières conversations avec la Grande-Bretagne avant le début de la guerre, après la longue phase de conversations navales en particulier. La constitution de l'axe Rome-Berlin, puis du pacte tripartite avec le Japon et du pacte anti-komintern fait l'objet de longs et précis développements, ainsi que la prise en compte des questions économiques (approvisionnements en matières premières) et, bien sûr, toutes les questions de propagande notamment en direction des populations et minorités germaniques. L'union avec l'Autriche, les accords de Munich, l'émergence de l'URSS dans le dispositif diplomatique (sans doute sous évaluée en amont), avec les positions de la France et celles (parfois ambigues) de la Pologne font chacune l'objet de longues pages, où l'auteur souligne la façon dont Hitler tient à l'écart les militaires dont il se méfie. La confiance dont Hitler fait preuve à l'égard de l'Italie est alors des plus limitée et en août 1939 le Fûhrer hésite : "Il est vraisemblable que, pendant les derniers jours d'août, Hitler ait souvent changé d'avis et n'ai pas obéi à un strict raisonnement logique". L'auteur, on le voit, sait prudemment manier la litote... La dernière partie est naturellement étroitement liée aux opérations militaires du temps de guerre, dans l'étude des relations avec l'Espagne, avec Vichy, avec les Etats-Unis, etc. L'affaire du vol de Hess en Angleterre est rapidement évoquée et la lutte sur le front oriental contre l'URSS devient en juin 1941 le critère déterminant de orientations diplomatiques. Une trentaine de pages sont consacrées aux relations avec le monde moyen-oriental et asiatique, éléments certes importants mais qui restent très nettement secondaires. Les questions des conversations officieuses de paix sur initiatives individuelles et de la légitimité (donc l'éventuelle reconnaissance internationale) du gouvernement Dönitz terminent cette étude.

En dépit de la taille du volume, l'ampleur du sujet conduit parfois à traiter rapidement telle ou telle partie (la préparation du pacte germano-soviétique par exemple a fait l'objet d'études plus avancées), mais par sa globalité même ce IIIe Reich et le monde offre aux amateurs et curieux une vraie et dense référence qui s'appuie sur de très nombreuses sources diplomatiques. Un ouvrage à retenir.

Perrin, Paris, 2015, 591 pages, 26,- euros.
ISBN : 978-2-262-05123-5.

Relations internationales du Reich
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2 septembre 2015 3 02 /09 /septembre /2015 06:00

Les hommes d'Hitler

Jean-Paul Bled

Bien connu pour ses nombreux ouvrages sur le monde germanique dans son ensemble, Jean-Paul Bled s'attaque ici à un sujet qui a déjà fait l'objet de plusieurs publications, dans un domaine où les reconstructions voire les fantasmes sont légion. Fort heureusement, il aborde la question de l'entourage proche d'Hitler avec le sérieux et la mesure d'un professeur émérite. Les amateurs de "révélations" plus ou moins croustillantes en seront pour leurs frais, les amateurs d'histoire apprécieront.

Après avoir rappelé en introduction comme le IIIe Reich est organisé et fonctionne autour du Führer, quelles sont les différences entre les "barons" du régime et comment Hitler se comporte avec eux, Jean-Paul Bled nous propose vingt-trois portraits organisés en six parties : "Les idiots utiles" (ces conservateurs comme von Papen et von Blomberg qui facilitèrent l'arrivée d'Hitler au pouvoir en croyant pouvoir le manipuler), "Le premier cercle" (pour la plupart des anciens membres du NSDAP, de la "vieille garde bavaroise", à l'exception de Bormann et surtout de Speer), "Les civils" (groupe hétérogène qui rassemble des hauts responsables du régime, de la propagande à la justice et à la jeunesse), "Les militaires" (pour ceux qui furent le plus longtemps particulièrement choyés par le régime, comme Guderian et Rommel), "Les artistes" (le photgraphe d'Hitler et la cinéaste Leni Riefenstahl), et enfin "Les éliminés" (avec Röhm et surtout Strasser, bien moins célèbre). Des personnalités peu connues comme Frick, le juriste "qui a pour mission de reconstruire l'Etat", ou au parcours plus controversé comme Dönitz, l'amiral créateur de la flotte sous-marine et dernier dirigeant du Reich, qui réécrira largement l'histoire dans ses Mémoires de 1956.

Le livre se temine sur un index et une solide bibliographie. Il n'apporte pas à proprement parler de révélation, mais dresse un tableau assez complet des principales élites dirigeantes de l'Allemagne nazie. 

Perrin, Paris, 2015, 506 pages. 24,90 euros.

ISBN : 978-2-262-03967-7.

Hommes d'appareil
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15 juillet 2015 3 15 /07 /juillet /2015 06:00

Goebbels

Peter Longerich

Voici une biographie que toute personne intéressée par l’histoire allemande et européenne au XXe siècle se doit de lire. Une biographie de référence puisant aux plus larges sources, et d'abord au journal personnel de Goebbels lui-même.

Vol. 1

Une enfance difficile, au plan physique comme psychologique, mais aussi le sentiment très précoce qu'il est "appelé à de hautes destinées", sont des données qui influencent profondément le jeune Goebbels et expliquent sans doute son esprit torturé. Lors de son rapprochement avec le parti national-socialiste dès le début des années 1920, il est encore marqué par son éducation catholique : "Le socialisme et le Christ. Fondement éthique. Débarrassé du matérialisme sclérosé. Retour au dévouement et à Dieu !", note-t-il dans son journal le 13 mars 1924. De plus en plus nationaliste, de plus en plus antisémite, il considère Hitler comme un "guide" et en devient l'un des adeptes les plus fidèles, tout en appartenant dans un premier temps à l'aile gauche du parti. Il se lance résolument à l'été de la même année en politique, devient journaliste pour le parti, noue des relations personnelles dans les milieux de la droite traditionnelle, et Peter Longerich parle de "fusion symbiotique" avec Hitler et de "trouble narcissique de Goebbels". Sa fidélité au Führer le fait ainsi évoluer vers des conceptions (en apparence) plus conservatrices, au fur et à mesure de l'ascension sociale et électorale. L'auteur consacre bien sûr de nombreuses pages à l'action de Goebbels à Berlin, et relativise d'ailleurs, ou corrige, de nombreux passages du fameux Combat pour Berlin ("version extrêmement retravaillée de ses carnets"). Il nous brosse à partir du début des années 1930 le parcours socialement très avantageux d'un Goebbels bientôt au coeur du pouvoir. Au fil des paragraphes, toute la complexité des relations (souvent conflictuelles) entre tendances opposées du NSDAP d'une part, et entre le NSDAP et les partis de la droite radicale traditionnelle d'autre part, apparaît très clairement. Goebbels se trouve ainsi au premier rang lors de la "mise au pas" de la SA. Sa contribution aux campagnes électorales et son rôle dans la propagande sont naturellement beaucoup étudiés, mais les luttes sourdes entre factions restent sa crainte, presque obsessionnelle : "Le Führer n'est pas venu dîner. Nous avons l'impression que quelqu'un l'a monté contre nous. Nous en souffrons tous les deux énormément", écri-il en octobre 1934 en parlant de lui-même et de son épouse, ce qui est significatif du type de relation entretenue avec Hitler. Entre violence extérieure, orgueil et dépression, sentimentalisme "de midinette", il ancre progressivement sa place dans le dispositif institutionnel et culturel nazi. Plus de 140 pages de notes et références pour ce seul volume ! On reste rêveur devant l'ampleur du travail.

Vol. 2

Le tome 2 nous montre Goebbels dans son rôle de responsable de la mobilisation morale, intellectuelle, politique de l'ensemble du peuple allemand autour du Führer avant le début de la guerre (il se vante "d'avoir submergé le monde d'un flot de rumeurs où plus personne n s'y retrouve"), puis, une fois le conflit commencé, au fil des victoires allemandes puis des revers. L'offensive à l'Est contre l'Union soviétique en 1941 est par exemple suivie par la mise en oeuvre de trois radio clandestines, "d'abord trotkystes, puis séparatistes, et enfin nationalistes russes, toutes violemment opposées au régime de Staline". Tandis que se poursuivent les opérations militaires, il développe le contrôle total de la population, se heurtant aux Eglises ou même au ministère des Affaires étrangères. Bientôt toutefois, il faut envisager une guerre plus longue que prévu, puis cacher les revers, tout en multipliant la propagande antisémite. Dans tous ces secteurs, Goebbels fait le maximum pour satisfaire le Führer, et il s'intéresse de plus en plus au "front intérieur" allemand, devenant l'un des grands acteurs de la guerre totale. Stalingrad et la capitulation en Afrique du Nord annoncent des lendemains moins glorieux : la propagande évolue d'autant plus rapidement que les difficultés de la vie quotidienne touchent désormais la population civile au coeur de l'Allemagne. Les bombardements alliés massifs de Hambourg, Berlin et Dresde sont également évoqués, suscitant l'incompréhension et lui faisant retrouver à certains égards les accents "révolutionnaires" du nazisme des années 20. les Occidentaux débarquent en France, les Russes progressent à l'Est : vient l'heure des "armes miracles" et de la répression accrue contre les opposants intérieurs, les modérés et les tièdes. S'appuyant sur l'organisaton du parti, qui reste solide, il multiplie les opérations caritatives au bénéfice de la population tout en organisant des manifestations de soutien au régime. Plus radical encore qu'Hitler lui-même : "Hitler  était d'avis que le moment n'était pas encore venu d'un grand appel à la guerre totale au sens réel du terme. Goebbels, qui défendait une opinion contraire, ne parvint pas à s'imposer. Il en conclut que Hitler préférait emprunter la voie de l'évolution plutôt que de la révolution". On connaît les dernières semaines, les derniers jours dans Berlin assiégé puis progressivement conquis par l'Armée rouge, mais le livre nous donne ici les pensées personnelles profondes de Goebbels. La fin, le suicide, en famille, dans le bunker, après avoir conservé sa fidélité jusqu'au bout au chef qu'il s'était choisi quelques vingt ans plus tôt, même si quelques critiques émergent au cours des derniers mois.

Un ensemble de deux volumes extrêmement riche et qui doit impérativement être connu de tous les amateurs. Petit bourgeois narcissique, idôlatre de Hitler, le personnage est à la fois trouble et par certains aspects fascinant : "Goebbels "se voyait en maître génial d'un appareil de propagande gigantesque et d'une grande compexité, chargé de produire une fusion presque sans faille entre le peuple et la direction politique, un appareil fonctionnant à l'unisson de son idole politique Hitler et puisant dans une connaissance intime de la psychologie de masse". Un image que l'auteur confirme sur certains point mais sait aussi parfois relativiser.

Coll. ‘Tempus’, Perrin, Paris, 2015.

Vol 1, 1897-1937 : 689 pages, 12,- euros, ISBN : 978-2-262-05031-3.

Vol 2, 1937-1945 : 621 pages, 12,- euros, ISBN : 978-2-262-05039-9.

Ministre de l'Information et de la PropagandeMinistre de l'Information et de la Propagande
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25 juin 2015 4 25 /06 /juin /2015 06:00

Malheureux le pays qui a besoin d'un héros

La fabrication d'Adolf Hitler

Lionel Richard

Retrouver la personnalité et la vie "réelle" du Führer derrière la construction d'un mythe par vingt ans de propagande nationale-socialiste, tel est le but que l'auteur se fixe. Mais il ne limite pas son travail à la marche vers le pouvoir d'Hitler et s'intéresse à tout ce qui a pu contribuer à "déformer" notre perception de sa personnalité réelle.

De fait, l'image du Führer auprès des masses allemandes ne concerne qu'une partie du livre, qui se centre plus généralement sur le personnage Hitler, même bien longtemps après sa prise du pouvoir, après le début de la guerre et jusqu'à son suicide final et même au-delà puisque l'ultime chapitre est consacré aux ouvrages et films réalisés postérieurement à la fin de la Seconde guerre  mondiale. Dans cet ensemble, on apprécie particulièrement les parties qui correspondent effectivement au sous-titre, "La fabrication d'Adolf Hitler" et comprises comme pouvant expliquer son arrivée à la Chancellerie du Reich. Lionel Richard revient ainsi sur la jeunesse du futur Führer, sa période viennoise, son installation à Munich en 1913 et sa participation à la Grande Guerre, éléments sur lesquels la propagande recontruira ultérieurement une vie totalement "romancée". Les pages consacrées au début des années 1920 ne manquent également pas d'intérêt, dans l'atmosphère enfiévrée d'une ville et d'un Etat de Bavière où les groupes (souvent armés) nationalistes prennent rapidement le dessus. L'analyse est peut être un peu courte pour expliquer les succès électoraux du NSDAP dans les années 1925-1933, et l'on aurait sans doute aimé davantage de précisions sur son séjour à la prison de Landsberg après le putsch manqué de 1923, prison où il semble avoir finalement effectué un séjour bien peu contraignant.

Au final, un livre intéressant, qui présente de très nombreuses informations, mais qui, au-delà des constats, manque peut-être de recul et d'analyse d'ensemble et dans le temps long. Un ouvrage à utiliser également pour ses nombreuses références aux témoignages et à la presse de l'époque (dont les premières évocations d'Hitler dans les journaux français, ou les premières caricatures le concernant dans la presse allemande). On apprécie enfin l'index et la bibliographie finale. 

Autrement, Paris, 2015, 307 pages, 21,- euros.

ISBN : 978-2-7467-3448-7.

Construction d'un personnage
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28 mai 2015 4 28 /05 /mai /2015 05:50

Pensées d’un soldat

Général Hans von Seeckt

Il s'agit de la version française de Gedanken eines Soldaten, paru initialement à Berlin en 1929, synthèse de la réflexion du général von Seeck, qui a dirigé de 1920 à 1926 la Reichswehr, c'est-à-dire l'armée professionnelle réduite concédée à l'Allemagne vaincue. Traduit en anglais dès 1930, ce n'est qu'en 1932 que le livre, subdivisé en quatre chapitres d'inégale longueur (« Les formules toutes faites » ; « Symboles » ; « Problèmes » ; « La chose essentielle ») est publié dans une collection se proposant d'exposer au public « les mœurs et l'esprit des nations ». Il importe alors de connaître les réflexions de l'adversaire de demain, qui en l'espèce brille par ses talents oratoires. Les prises de positions publiques du général von Seeckt avaient provoqué un certain émoi en France à la fin de la décennie 1920. Comparée avec le texte allemand, la traduction française semble moins altérer la prose originale de l'auteur que les célèbres Souvenirs de guerre de Ludendorff, par exemple. Seeckt a un style classique, aéré, avec des phrases relativement courtes. Au-delà du recueil d'aphorismes, il tente de saisir l'essence de l'art de la conduite de la guerre. Non-signée, l'introduction, en forme d'hommage, est assez emblématique de ce qui a fait de Seeckt une sorte de caricature (admirée) de l'officier prussien. Ennemi de l'approximation, celui-ci affirme qu’"il existe trois choses contre lesquelles l'esprit humain lutte en vain : la bêtise, la bureaucratie, et les formules toutes faites" (p.11). Il insiste sur les spécificités du métier militaire, charpente de sa carrière comme de ses écrits. "Celui qui sait ce que c'est que la guerre, ses nécessités, ses exigences et ses conséquences, en un mot, un soldat, réfléchira beaucoup plus sérieusement sur les possibilités de guerre que l'homme politique ou l'homme d'affaires qui pèse froidement ses avantages et ses désavantages" (p.14). Il s'en prend successivement à la galerie des fétiches, attirants ou repoussants, qui façonnent l'opinion publique. "Le type du général qui fait sonner son sabre et crie aux armes une invention perfide de la politique sans scrupule, un type cher aux stupides journaux amusants, une formule personnifiée" (p.15). Il se méfie des ambivalences dont s'accompagnent les aspirations à la paix après la Grande Guerre. "Le concept de pacifisme va de l'amour naturel pour la paix de l'homme expérimenté, conscient de ses responsabilités, à la servile volonté de paix à tout prix ; c'est donc une formule toute faite, dont le sens n'est pas clair" (p.16). Il s'amuse à propos du concept d'impérialisme, lequel serait condamnable, mais à géométrie variable : "ce n'est que chez les Anglais que la notion d'empire est admise à refléter l'orgueil d'une puissance qui s'étend sur toute la terre ; chez tous les autres peuples, l'impérialisme n'est que trahison à l'égard de la paix mondiale" (p.17). En même temps, le militarisme, terme péjoratif, est systématiquement imputé aux Allemands, chez qui le Traité de Versailles entend déraciner cette tendance jugée mortifère. Cependant, par le biais de la conscription, "la France fait fièrement de son peuple une nation armée. N'est-ce pas là du militarisme ?" (p.19). Persuadé que l'obscurité du langage est une entrave, non seulement à la compréhension immédiate, mais au développement d'une saine pensée politico-militaire, il dénonce l'emploi de raccourcis qui dénaturent la pensée de Clausewitz, par exemple la célèbre formule "la guerre est la continuation de la politique par d'autres moyens". En réalité, le théoricien "a besoin de plusieurs pages pour exposer clairement ce qu'il entend par ces mots" (p.20). Seeckt ré-explore également le paradigme de la bataille de Cannes, supposant l'enveloppement des deux ailes de l'ennemi, qui a inspiré le plan Schlieffen de conquête de la France avant la Grande Guerre. Celle-ci occupe naturellement une place centrale dans sa réflexion. Même s'il refuse pour sa patrie le rôle de l'agresseur qui lui a été assigné après l'Armistice ("quiconque est d'avis que, pour prouver notre politique pacifique nous aurions dû attendre d'être attaqués, admet qu'il aurait préféré voir la guerre se dérouler sur son propre sol plutôt que sur celui de la France", écrit-il p.27), il raille la propension de la "jeune littérature militaire allemande" à refaire la guerre mondiale, à laquelle elle n'a, selon lui, rien compris. Il affirme d'autre part que "le but de guerre de la France n'était pas l'Alsace-Lorraine" uniquement, mais plutôt "la défaite et l'affaiblissement aussi durable que possible d'un voisin dangereux" (p.30). Il présente ensuite une galerie de grandes figures : Frédéric II (le parangon de la vertu militaire prussienne, évoqué comme s'il était encore vivant), Schlieffen, Hindeburg. La partie la plus importante, « Problèmes » aborde la question de la stabilité dans l'Europe d'après-guerre et la répartition des responsabilités entre l'homme d'État et le général en chef. Le sous-chapitre « La cavalerie moderne » montre que dans l'esprit du général von Seeckt, perçu par ses contemporains comme moderniste, chevaux et cavaliers restent au cœur du dispositif de défense nationale. « La motorisation de l'armée est une des questions les plus importantes de l'évolution militaire (...) Beaucoup de prophètes voient déjà (...) le remplacement des cavaliers par des soldats montés sur des tanks accompli. (…) Nous ne devons certainement pas fermer les yeux au développement du véhicule à moteur, et à son utilisation militaire ; nous nous créerons théoriquement, et, dans la mesure où cela nous sera possible, pratiquement, les bases nécessaires pour son emploi ; mais nous nous garderons de négliger ce qui est utilisable, éprouvé, existant, pour une possibilité à venir ». Dans « Le chef d'état-major » Seeckt transcrit son expérience personnelle, mais évoque surtout des personnalités qui ont marqué l'histoire ancienne ou récente, rapportant par exemple que Lord Kitchener lui aurait confié en 1908 : « nous n'avons pas en Angleterre un état-major dans le sens où vous l'entendez ; je suis en train d'en créer un pour l'armée des Indes, sur le modèle du vôtre » (p.154). Cette nostalgie de l'époque d'avant 1914 durant laquelle l'Allemagne était admirée imprègne les Pensées d'un soldat, ouvrage par ailleurs plutôt tendu vers l'avenir. "La chose essentielle", énonce en coda le général, "c'est l'action. Elle a trois moments : la décision née de la pensée, la préparation née de l'exécution ou le commandement, l'exécution elle-même. Dans les trois stades de l'action, c'est la volonté qui dirige" (p.169). La vision du passé proposée n'est en rien mythique, Seeckt reconnaît que la guerre est dévastation, même s'il dénonce la naïveté (éventuellement intéressée) des pacifistes. Il ne manifeste aucune volonté d'esthétisation du phénomène, pas plus que de fascination pour la technique en tant que telle. « Il est faux de fonder le mouvement pacifiste sur la peur des nouveaux procédés de guerre et sur l'extension qu'elle prend aujourd'hui. L'épée n'est pas plus humanitaire que l'obus explosif de 210 (…) Contre de nouveaux moyens techniques d'attaque, la technique a toujours trouvé de nouveaux moyens de défense » (p.70). Élégantes bien que parcourues d'un certain pessimisme anthropologique, ces Pensées présentent un intérêt qui dépasse leur statut de document historique, Seekt se plaçant en quelque sorte dans la tradition du soldat-moraliste à la Vauvenargues. Ce livre, reprenant des thèmes traités sous forme de conférence, rappelle lointainement le ton des écrits du premier De Gaulle. Personnage au même titre que Hindenburg ou Ludendorff, Seeckt suscite moins de réserve, il alors est considéré comme un honnête homme même s'il n'attire pas forcément la sympathie. La quintessence de ses réflexions ayant nourri la résurgence militaire de l'Allemagne offre cependant, en 1932, aux Français un miroir déjà quelque peu inexact de la réalité d'outre-Rhin.

Candice Menat

Paris, Cavalier, 1932, 179 p. (15 €)

Souvenirs et enseignements
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Prochaine séance : pour la rentrée de septembre. Le programme complet sera très prochainement mis en ligne.

Publications personnelles

Livres

 

doumenc-copie-1.jpgLa Direction des Services automobiles des armées et la motorisation des armées françaises (1914-1918), vues à travers l’action du commandant Doumenc

Lavauzelle, Panazol, 2004.

A partir de ma thèse de doctorat, la première étude d’ensemble sur la motorisation des armées pendant la Première Guerre mondiale, sous l’angle du service automobile du GQG, dans les domaines de l’organisation, de la gestion et de l’emploi, des ‘Taxis de la Marne’ aux offensives de l’automne 1918, en passant par la ‘Voie sacrée’ et la Somme.

 

La mobilisation industrielle, ‘premier front’ de la Grande Guerre ? mobil indus

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2005 (préface du professeur Jean-Jacques Becker).

En 302 pages (+ 42 pages d’annexes et de bibliographie), toute l’évolution industrielle de l’intérieur pendant la Première Guerre mondiale. Afin de produire toujours davantage pour les armées en campagne, l’organisation complète de la nation, dans tous les secteurs économiques et industriels. Accompagné de nombreux tableaux de synthèse.

 

colonies-allemandes.jpgLa conquête des colonies allemandes. Naissance et mort d’un rêve impérial

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2006 (préface du professeur Jacques Frémeaux).

Au début de la Grande Guerre, l’empire colonial allemand est de création récente. Sans continuité territoriale, les différents territoires ultramarins du Reich sont difficilement défendables. De sa constitution à la fin du XIXe siècle à sa dévolution après le traité de Versailles, toutes les étapes de sa conquête entre 1914 et 1918 (388 pages, + 11 pages d’annexes, 15 pages de bibliographie, index et cartes).

 

 caire damasDu Caire à Damas. Français et Anglais au Proche-Orient (1914-1919)

 14/18 Editions, Saint-Cloud, 2008 (préface du professeur Jean-Charles Jauffret).

Du premier au dernier jour de la Grande Guerre, bien que la priorité soit accordée au front de France, Paris entretient en Orient plusieurs missions qui participent, avec les nombreux contingents britanniques, aux opérations du Sinaï, d’Arabie, de Palestine et de Syrie. Mais, dans ce cadre géographique, les oppositions diplomatiques entre ‘alliés’ sont au moins aussi importantes que les campagnes militaires elles-mêmes.

 

hte silesieHaute-Silésie (1920-1922). Laboratoire des ‘leçons oubliées’ de l’armée française et perceptions nationales

‘Etudes académiques », Riveneuve Editions, Paris, 2009.

Première étude d’ensemble en français sur la question, à partir du volume de mon habilitation à diriger des recherches. Le récit détaillé de la première opération civilo-militaire moderne d’interposition entre des factions en lutte (Allemands et Polonais) conduite par une coalition internationale (France, Grande-Bretagne, Italie), à partir des archives françaises et étrangères et de la presse de l’époque (381 pages + 53 pages d’annexes, index et bibliographie).

 

cdt armee allde Le commandement suprême de l’armée allemande 1914-1916, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général von Falkenhayn 

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Le texte original de l’édition française de 1921 des mémoires de l’ancien chef d’état-major général allemand, accompagné d’un dispositif complet de notes infrapaginales permettant de situer les lieux, de rappeler la carrière des personnages cités et surtout de comparer ses affirmations avec les documents d’archives et les témoignages des autres acteurs (339 pages + 34 pages d’annexes, cartes et index).

 

chrono commChronologie commentée de la Première Guerre mondiale

Perrin, Paris, 2011.

La Grande Guerre au jour le jour entre juin 1914 et juin 1919, dans tous les domaines (militaire, mais aussi politique, diplomatique, économique, financier, social, culturel) et sur tous les fronts. Environ 15.000 événements sur 607 pages (+ 36 pages de bibliographie et d’index).

 

 Les secrets de la Grande Guerrecouverture secrets

Librairie Vuibert, Paris, 2012.

Un volume grand public permettant, à partir d’une vingtaine de situations personnelles ou d’exemples concrets, de remettre en lumière quelques épisodes peu connus de la Première Guerre mondiale, de la question du « pantalon rouge » en août 1914 à l’acceptation de l’armistice par von Lettow-Vorbeck en Afrique orientale, après la fin des hostilités sur le théâtre ouest-européen.

 

Couverture de l'ouvrage 'Mon commandement en Orient'Mon commandement en Orient, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général Sarrail

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2012

Le texte intégral de l'édition originale, passé au crible des archives publiques, des fonds privés et des témoignages des acteurs. Le récit fait par Sarrail de son temps de commandement à Salonique (1915-1917) apparaît véritablement comme un exemple presque caricatural de mémoires d'autojustification a posteriori

 

 

Coordination et direction d’ouvrages

 

Destins d’exception. Les parrains de promotion de l’Ecole Spéciale Militaire de Saint-Cyr

SHAT, Vincennes, 2002.

Présentation (très largement illustrée, 139 pages) des 58 parrains qui ont donné leur nom à des promotions de Saint-Cyr, entre la promotion « du Prince Impérial » (1857-1858) et la promotion « chef d’escadrons Raffalli » (1998-2001).

 

fflLa France Libre. L’épopée des Français Libres au combat, 1940-1945

SHAT, Vincennes et LBM, Paris, 2004.

Album illustré présentant en 191 pages l’histoire et les parcours (individuels et collectifs) des volontaires de la France Libre pendant la Seconde guerre mondiale.

 

marque courageLa marque du courage

SHD, Vincennes et LBM, Paris, 2005.

Album illustré présentant en 189 pages l’histoire des Croix de Guerre et de la Valeur Militaire, à travers une succession de portraits, de la Première Guerre mondiale à la Bosnie en 1995. L’album comporte en annexe une étude sur la symbolique, les fourragères et la liste des unités d’active décorées.

 

  90e anniversaire de la Croix de guerre90-ANS-CROIX-DE-GUERRE.jpg

SHD, Vincennes, 2006.

Actes de la journée d’études tenue au Musée de l’Armée le 16 novembre 2005. Douze contributions d’officiers historiens et d’universitaires, français et étrangers, de la naissance de la Croix de guerre à sa perception dans la société française, en passant les décorations alliées similaires et ses évolutions ultérieures.

 

france grèceLes relations militaires franco-grecques. De la Restauration à la Seconde guerre mondiale 

SHD,Vincennes, 2007.

Durant cette période, les relations militaires franco-grecques ont été particulièrement intenses, portées à la fois par les sentiments philhellènes qui se développent dans l’hexagone (la France est l’une des ‘Puissances protectrices’ dès la renaissance du pays) et par la volonté de ne pas céder d’influence aux Anglais, aux Allemands ou aux Italiens. La campagne de Morée en 1828, l’intervention en Crète en 1897, les opérations en Russie du Sud  en 1919 constituent quelques uns des onze chapitres de ce volume, complété par un inventaire exhaustif des fonds conservés à Vincennes.

 

verdunLes 300 jours de Verdun

Editions Italiques, Triel-sur-Seine, 2006 (Jean-Pierre Turbergue, Dir.).

Exceptionnel album de 550 pages, très richement illustré, réalisé en partenariat entre les éditions Italiques et le Service historique de la Défense. Toutes les opérations sur le front de Verdun en 1916 au jour le jour.

 

DICO-14-18.jpgDictionnaire de la Grande Guerre

(avec François Cochet), 'Bouquins', R. Laffont, 2008.

Une cinquantaine de contributeurs parmi les meilleurs spécialistes de la Grande Guerre, 1.100 pages, 2.500 entrées : toute la Première Guerre mondiale de A à Z, les hommes, les lieux, les matériels, les opérations, les règlements, les doctrines, etc.

 

fochFerdinand Foch (1851-1929). Apprenez à penser

(avec François Cochet), 14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Actes du colloque international tenu à l’Ecole militaire les 6 et 7 novembre 2008. Vingt-quatre communications balayant tous les aspects de la carrière du maréchal Foch, de sa formation à son héritage dans les armées alliées par des historiens, civils et militaires, de neuf nations (461 pages + 16 pages de bibliographie).

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