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16 mars 2017 4 16 /03 /mars /2017 06:00

Une ligne dans le sable

Le conflit franco-britannique qui façonna le Moyen-Orient

James Barr

Enfin une traduction en français de ce livre, paru en 2011 à Londres et que nous chroniquions en 2014 (ici).

Ce livre est extrêmement important pour quiconque s'intéresse à l'évolution du Moyen-Orient entre 1915 et 1949, période dont on voit bien qu'elle est grande partie la matrice des situations actuelles (et l'une des raisons du passage de l'Entente cordiale" à la "Mésentente cordiale" !). Le point de vue développé par l'auteur sur l'évolution des rapports franco-britanniques dans la région est assez ostensiblement "anti-Français", le détail des manoeuvres (souvent réelles, parfois supposées) des services français étant abondamment développé. A contrario, on pourra être étonné par la "compréhension" des initiatives britanniques...

Grâce à une très large utilisation des sources britanniques, le livre regorge littéralement d'informations peu connues, en particulier des lecteurs francophones. Il faut donc le considérer comme une pierre de plus (indispensable) pour une bonne connaissance du Moyen-Orient au XXe siècle, tout en prenant soin (comme un bon historien) de croiser ses informations... Un ouvrage d'autant plus important que la région reste au coeur des crises les plus importantes et des menaces les plus proches.

Perrin, Paris, 2017, 512 pages, 25,- euros.

ISBN : 978-2-262-06499-0.

D'une guerre à l'autre
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14 janvier 2017 6 14 /01 /janvier /2017 10:02

Saladin

Anne-Marie Eddé

La très belle biographie parue en 2012 du célébrissime sultan du XIIe siècle, vainqueur des Croisés à Hattin, vient de bénéficier d'une réédition revue et augmentée.

Non seulement la vie de Saladin est présentée en détail (première partie), mais l'auteure consacre sa deuxième partie aux opérations militaires au nom du Jihad de façon très complète, et sa troisième partie à "l'homme" Saladin, à la fois dans son quotidien et dans sa conception personnelle de la religion et de l'Etat. Elle s'intéresse aussi à la façon dont Saladin a toujours pensé à entretenir sa propre gloire, et la quatrième et dernière partie nous entraîne sur les chemins de sa mémoire et de sa postérité, jusqu'au "mythe du héros arabe" dans l'Egypte ou l'Irak du XXe siècle. On reste impressionné par l'érudition d'Anne-Marie Eddé, dont l'ouvrage se termine par une centaine de pages de notes et références  et une quinzaine de pages d'une très large bibliographie.

Absolument indispensable pour quiconque s'intéresse à l'histoire du monde arabe et à ce "Levant" si lointain et si proche à la fois.

Flammarion, Paris, 2016, 761 pages, 25,- euros.

ISBN : 978-2-0813-9512-1

Réédition (1)
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5 décembre 2016 1 05 /12 /décembre /2016 06:00

Aux sources de la guerre d'Algérie

Actes de la journée d'études du 14 octobre 2015

Ce nouveau volume marque la suite de la progression dans le temps des journées d'études de la Fondation pour la mémoire de la guerre d'Algérie et des combats du Maroc et de Tunisie, après ceux consacrés à 1830-1914 : de l'armée en Afrique à l'armée d'Afrique (ici), Les Harkis, des mémoires à l'histoire (ici), et L'AFN dans la Première Guerre mondiale (ici).

Cette quatrième journée s'est efforcée d'évaluer l'évolution des rapports entre la métropole et les territoires français d'Afrique du Nord, ainsi que d'identifier un certain nombre de causes lointaines de la guerre d'Algérie, au-delà des polémiques. Après une introduction du président de la Fondation sur le thème des politiques impériales après la Grande Guerre, des sujets extrêmement différents ont été abordés : l'Institut Pasteur d'Algérie (Jean-Pierre Dedet), les infrastructures et du transport aérien (Marie-Catherine Villatoux), le nationalisme marocain à la lumière de la guerre du Rif (Hassan Aourid), l'évolution des modèles de l'armée d'Afrique et des troupes coloniales (Antoine Champeaux et Eric Deroo), les fêtes du centenaire de l'Algérie française en 1930 (Jeannine Verdès-Leroux), et les déceptions causées par la politique gouvernementale parisienne en Algérie (Jean Monneret). Pour ma part, je contribue par une communication sur l'opposition Lyautey/Pétain au moment de la guerre du Rif, vue à la fois sous l'angle de l'emploi des forces armées, mais aussi sous celui du rapport de la métropole avec le protectorat.

Un volume qui complète utilement les travaux chronologiquement engagés depuis 2012 et qui vont se poursuivre dans les mois et les années qui viennent pour parvenir à la crise de 1954 et au conflit 1954-1962. Un ensemble indispensable pour tous ceux qui s'intéressent à cette période comme à ces territoires.

Riveneuve éditions, Paris, 2016, 105 pages, 24,- euros.

ISBN : 978-2-36013-418-2.

Pour commander les précédents volumes : ici

Le site de la Fondation : ici

Entre-deux-guerres en Afrique du Nord
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2 décembre 2016 5 02 /12 /décembre /2016 06:00

Histoire des Arabes

Eugène Rogan

Réédition en format poche d'un livre paru pour la première fois en France en 2013, ce livre important bien que non exempt de certaines réserves (voir notre première présentation, ici) doit être connu de tous ceux qui s'intéresse à un (très) très large Moyen-Orient.

Peu de choses à changer à notre première présentation, si ce n'est, peut-être, de rappeler l'angle d'observation très anglo-saxon de l'auteur. Le lecteur francophone pourra ainsi regretter que la part faite aux Français dans cet Orient compliqué semble minorée, mais il apprendra indiscutablement bien des choses et sera ensuite à même de replacer l'action de Paris dans le cadre régional et international qui doit être le sien.

'Tempus', Paris, 2016, 798 p., 16,- euros.

ISBN : 978-2-262-06658-1.

Cinq siècles d'histoire
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26 mars 2016 6 26 /03 /mars /2016 08:52

Une histoire du Liban

David Hirst

Dans un Moyen-Orient qui semble interminablement voué aux crises, le Liban fait figure d'exception, déchiré par les luttes qui se déroulent chez ses voisins, victime de sa propre incapacité à défendre ce qui semble n'être parfois qu'une fiction d'Etat, mais paradoxalement toujours présent. Même si le Liban d'aujourd'hui n'a plus, sous bien des aspects, qu'une très vague ressemblance avec celui d'hier, il conserve en France un potentiel de sympathie, et pour tout dire d'amitié, qui invite à en connaître plus et à lire ce livre.

Réédition d'un ouvrage publié en France pour la première fois en 2011, le récit s'arrête donc avant que la guerre "civile" en Syrie voisine n'ait atteint les développements que l'on sait, et l'on n'y cherchera donc pas un point de situation actuel. Mais les communautés évoluant assez lentement à l'échelle des temps historiques, en général comme au pays du Cèdre, on y trouvera bien des clefs de compréhension. Le livre commence par deux chapitres introductifs qui rappellent en près de 80 pages ce que fut le Liban de la fin du XIXe siècle à la première guerre israélo-arabe, la présence française, le Liban mandataire et l'accession à l'indépendance dans un enviroonement désormais marqué par l'émergence du voisin israélien. Les quelques 550 pages suivantes, par chapitres chrono-théématiques de 30 à 40 pages, traitent donc de l'histoire récente, depuis les années 1960. Première victime de l'exil des populations palestiniennes, le pays conserve une relative stabilité jusqu'à ce que le sud devienne le "Fathaland" et que la totalité de sa vie politique intérieure soit soumis à la question israélo-arabe et aux ingérences extérieures. L'interminable guerre civile sur près de trente ans fait directement l'objet des chapitres 5 à 9, avec les interventions israéliennes successives, la place croissante des Chiites après l'instauration de la république islamique en Iran, le quasi-protectorat syrien, etc. Les différentes interventions internationales, de la FINUL à Beyrouth et à l'évacuation des Palestiniens d'Arafat sont à peine abordées, ce qui est dommage mais rend aussi compte peut-être, d'une certaine manière, du peu de poids réel de ses opérations dans l'évolution de la région. Avec la reconstruction d'un Etat disposant au moins de l'apparence de la souveraineté au cours des années 1990-2000, s'ouvre une nouvelle période, faite d'influences croisées, d'escarmouches plus discrètes, de concessions réciproques, sans doute aussi parce que chacune des parties au(x) conflit(s) trouve intérêt à conserver la place originale de Beyrouth,... et ses bases arrières ou zones d'influence dans le pays. La partie finale de l'ouvrage, rédigée avant que la guerre en Syrie ne gagne réellement en intensité, semble un peu trop rapidement optimiste. Entre un Hamas qui est objectivement un mouvement fondamentaliste, et Israël où les partis religieux et radicaux gagnent en influence, alors que les Etats-Unis sont toujours aussi impuissants dans la région et que les Européens se distinguent par leur incapacité à agir (il me semble inutile d'insister sur les sempirernelles déclarations de bonnes intentions), le malheureux Liban est sans doute encore loin de (re)trouver une stabilité que sa localisation géographique comme sa composition sociologique et cultuelle dans l'environnement qui est le sien semblent lui interdire. Au final, il reste le sentiment d'une chance gâchée et d'un faible espoir. Mais espoir quand même. 

Notons que, pour un lecteur français, on trouve régulièrement sous la plume de David Hirst une approche assez anglo-saxonne des problèmes et qu'à plusieurs reprises les analyses de l'auteur peuvent prêter à discussion. Il n'en demeure pas moins que ce livre est extrêmement riche, fourmille littéralement d'informations, et en ce sens sera extrêmement utile à tous ceux qui s'intéressent au Liban comme à la grande région moyen-orientale.

'Tempus', Perrin, Paris, 692 pages, 12,- euros.

ISBN : 978-2-262-06516-4.

Au pays du Cèdre
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25 février 2016 4 25 /02 /février /2016 06:05

Le cauchemar syrien

Ignace Dalle et Wladimir Glasman

Une véritable étude d'ensemble de la crise syrienne qui, pour une fois, va bien au-delà des constats journalistiques et de l'événementiel. Un livre certes engagé, mais qui aborde de front les différentes problématiques.

Alors que la guerre se poursuit depuis désormais cinq ans sans que l'on sente réellement émerger une solution, les deux auteurs nous proposent une analyse d'ensemble du conflit. Hostiles au régime Assad, dont ils condamnent les excès contre son propre peuple dès les premières pages, ils organisent leur propos en trois grandes parties. Dans la première, ils s'attachent à décrire l'évolution intérieure du pays, en remontant aux années antérieures à la guerre, en étudiant en particulier les questions relatives à la minorité alaouite, à l'armée syrienne, au parti Ba'ath et aux premiers temps de Bachar au pouvoir puis au début de la révolte contre le régime. Dans une seconde partie, ils s'intéressent aux acteurs internationaux, au premier rang desquels la Russie, allié historique, mais aussi les Etats-Unis et leur incompréhension du fond du problème, et bien sûr l'Europe et la France, à la fois hésitantes et aux positionnements (inutilement) tranchés. Ils soulignent l'insuffisance des moyens, l'impossibilité de fait d'être crédible, et les aléas d'une politique "à la traîne des Etats-Unis". La troisième enfin aborde l'ensemble des acteurs régionaux et les évolutions de leurs positions au fil du temps, qu'il s'agisse de l'Iran, de la Turquie, des monarchies pétrolières, mais aussi de ceux dont on parle beaucoup moins comme le Liban, la Jordanie et Israël. Dans ce jeu d'intérêts croisés, successivement et alternativement convergents puis divergents, chacun résonne d'abord (légitimement) en fonction de ses propres priorités nationales, mais contribuant ainsi à créer les conditions de nouvelles crises (Turquie / Russie ; Iran / Golfe). La conclusion laisse peu d'espoirs à court terme, même si elle envisage rapidement plusieurs hypothèses plus ou moins optimistes de règlement du conflit.

Un ouvrage indiscutablement important pour quiconque veut s'interroger aux problèmatiques de fond. A intégrer sans hésitation dans toute bibliographie de référence.

Fayard, Paris, 2016, 395 pages, 23 euros.

ISBN : 978-2-213-69901-1.

Guerre en Syrie
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22 novembre 2015 7 22 /11 /novembre /2015 07:00

 

Le Hamas et le monde

Leila Seurat

Curieusement, alors qu'il fait régulièrement la Une de l'actualité, le mouvement palestinien Hamas n'a pourtant fait l'objet que d'un nombre limité d'ouvrages en français, et plus encore ses relations internationales et sa diplomatie n'avaient jamais fait l'objet d'une étude d'ensemble. Ce déficit est désormais comblé.

Leila Seurat procède méthodiquement. Une solide introduction présente l'émergence du Hamas sur la scène moyen-orientale, son approche de l'islam, ses rapports avec les Frères musulmans et le (complexe) processus de prise de décision qui lui est propre puis expose les sources utilisées, y compris des entretiens et enquêtes de terrain. Quatre grandes parties détaillent ensuite l'ensemble du thème : "Les grandes orientations de la politique étrangère du Hamasdepuis 2006", "Les multiples objectifs de la politique étrangère du Hamas", "Place et rôle de l'idéologie" et "L'impact des processus de décision sur la politique étrangère du Hamas". De l'accord de La Mecque à la prise du pouvoir par un coup de foce dans la bande de Gaza, de trêves rompues en accords renégociés, le mouvement conserve sur son territoire un total contrôle. Avec le blocus exercé par Israël, s'impose la ncessité d'une prise en charge des relations internationales par la direction "extérieure" du mouvement, relations (très) limitées avec la plupart des Etats occidentaux et parfois conflictuelles avec certains pays arabes. L'auteure nous explique ainsi la difficile position adoptée à l'égard de la guerre civile syrienne, et les liens étroits avec le régime iranien. Toujours à la recherche d'une reconnaissance formelle, mais placé sur la liste des organisations terroristes, le Hamas trouve dans la confrérie des Frères musulmans un appui régulier (que les évolutions de la situation en Egypte compliquent singulièrement) et, pour maintenir des structures étatiques et administratives doit trouver à l'extérieur les financements que la pauvreté du territoire lui refuse (avec, au passage, ponctuellement, au nom d'intérêts bien compris, une tolérance d'Israël afin d'amoindrir la réputation du gouvernement du Fatah à Ramallah). Sur ce point, revendiquant la légitimité de ses attaques en réponse aux agressions et à l'occupation israélienne, le Hamas exacerbe son discours sur la "résistance" et cet aspect "nationaliste" plus que "religieux" de son idéologie lui vaut un certain nombre de soutiens plus ou moins officialisés ou reconnus. Finalement, l'éclatement des centres de décision entre l'intérieur et l'extérieur de la bande de Gaza favorise un processus interne de dialogues et de débats (qui n'apparaissent pas toujours à l'extérieur), dont naissent des décisions finalement moins radicales que l'on pourrait le croire. Leila Seurat détaille les multiples accords qui se sont succédés depuis une dizaine d'année et fait le constat qu'un rapprochement s'est opéré avec le Hezbollah. Finalement, cette politique étrangère se comprend et s'articule en fonction de deux critères : les rapports avec Israël d'une part et la survie de son pouvoir à Gaza d'autre part. 

Une description précise, une analyse froide : un livre qui apportera beaucoup à tous ceux qui s'intéressent à la question du Moyen-Orient en général et à la Palestine en particulier.

CNRS Editions, Paris, 2015, 344 pages, 25,- euros.

ISBN : 978-2-271-08645-7.

Palestine
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25 juillet 2015 6 25 /07 /juillet /2015 06:00

Taybeh

Dernier village chrétien de Palestine

Falk van Gaver et Kassam Maaddi

Un an de la vie du dernier village chrétien de Palestine, petite communauté d’un peu plus d’un millier d’âmes regroupée autour de ses églises. Une vie au rythme du calendrier liturgique et des saisons, là où le Christ lui-même aurait brièvement trouvé refuge « avant l’ultime Pâques ».

Lorsque les souffrances endurées par les Chrétiens d’Orient font ponctuellement la Une des grands médias, on nous parle de massacres et d’exil forcé. Ce petit livre, en se plaçant au raz du quotidien des villageois, nous présente certes les difficultés et les rigueurs de la vie, dans un environnement de plus en plus hostile, mais aussi les joies, les plaisirs, les souvenirs des habitants sur un cycle d’un an entre septembre et août. Les difficultés, mais aussi la foi profonde des ces authentiques palestiniens. Entre saint Elie et saint Georges, saints patrons du village, l’existence semble immuable : « Il y a trois Taybeh : le Taybeh là-bas au village, le Taybeh ici au cimetière, et le Taybeh là-haut au ciel. Tous viennent du village, tous finissent au cimetière, prions pour que tous aillent au ciel ! ». On produit de la bière (il y a même une Oktoberfest locale !) mais surtout de l’huile d’olives à Taybeh, et ces travaux servent de supports pour nous présenter la vie quotidienne aux premiers chapitres, avant que n’arrive la période de Noël, au cours de laquelle les scouts animent la grande procession avec leurs cornemuses, étonnantes dans cette région (quoi que l'on en retrouve également dans la Garde jordanienne, héritière de l'Arab Legion). Le long mois de janvier est propice aux histoires anciennes, tradition orale entretenue par les plus âgés, qui ancrent le village dans une histoire millénaire et mouvementée, jusqu’aux épisodes les plus récents : « En ce qui ne s’oppose pas avec notre saint évangile, qui est notre constitution…En 1988, alors que la première Intifada bat son plein, les habitants de Taybeh sont en situation d’autonomie de fait sous l’occupation militaire israélienne. Afin de gérer la vie publique du village, la communauté taybaouie édicte un code qui est en quelque sorte la constitution autonome de la commune : le code d’honneur de Taybeh ». Février, mars, avril… Les mois s’écoulent toujours rythmés par les travaux agricoles et la tradition religieuse, avec un Christ reconnu (de façon bien sûr différente de celle de la religion chrétienne) par l’Islam traditionnel : « C’est un enfant du pays, il est de Nazareth, en Galilée. Et puis, sa mission est très simple, c’est une mission de paix et de justice. Avec ses paraboles, il parle comme un poète. Le Christ est un état poétique à lui tout seul ». Et l’agression peut venir aussi bien d’un intégriste musulman que d’un traditionnaliste juif. Parler de « village chrétien » ne doit pas faire oublier la diversité des Eglises : pas moins de trois rites sont officiellement représentés, catholique, grec orthodoxe et melkite, contribuant à la complexité de cet Orient qui nous étonne toujours et auquel les auteurs consacrent de longues pages : « Il faut savoir qu’ici les grecs orthodoxes sont appelés ‘Roum Orthodox’, c'est-à-dire littéralement ‘orthodoxes romains’, ou simplement ‘Roum’, « Romains’ ; les grecs catholiques melkites sont appelés ‘Roum Katholik’, ‘catholiques romains’ ou simplement ‘Katholik’, ‘catholiques’ ; et enfin les catholiques romains sont appelés ‘Latin’, ‘latins’… Bref, ici, tout le monde est romain ! ». Avec le retour des beaux jours, « fleurissent les grenadiers et les roses trémières » sur cette terre aride mais paradoxalement riche d’une grande diversité de fleurs, d’herbes aromatiques, d’arbres nourriciers, avec de nouveaux témoignages d’habitants sur le quotidien de chacun pendant les mois de juin et de juillet, cette recommandation pressante aux plus jeunes : « Ceux qui reviennent d’Amérique ne sont pas intéressés par le village et ils vendent leurs terres, mais il ne faut pas que les gens de Taybeh le fassent : Aimez votre village ! Protégez-le ! Ne le vendez pas ! ». Et cet modeste espoir : « Ce que je souhaite aujourd’hui, c’est que la tranquillité et la joie d’avant reviennent. Même si c’est avec la pauvreté, ce n’est pas grave ! ».

Pas de discours militant ici, mais le sobre récit de tranches de vie, d’expériences passées et actuelles, de moments de joie et de peine. Qui n’en font que faire ressentir avec plus de peine encore les grandes évolutions de la « haute politique ».

Editions du Rocher, Monaco, 2015. 17,90 euros.

ISBN : 978-2-26807-642-3.

Chrétiens d'Orient
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12 mai 2015 2 12 /05 /mai /2015 06:00

Comprendre le génocide des Arméniens

1915 à nos jours

Hamit Bozarslan, Vincent Duclert, Raymond H. Kévorkian

En cette année du centenaire du génocide des Arméniens, les livres se succèdent sur ce triste épisode, désormais bien connu dans sa chronologie. Affirmer, comme la 4e de couverture, qu'il "souffre d'une méconnaissance publique qui découle d'un long oubli de l'événement" est relativement abusif, en particulier en France où une importante communauté arménienne a trouvé refuge à l'époque et régulièrement évoqué le drame, et où depuis une quarantaine d'années le sujet a été abondamment traité dans la littérature.

L'ouvrage se divise en trois grandes parties complémentaires. La première s'intéresse aux faits ("La destruction des Arméniens ottomans"), des exactions de la fin du XIXe siècle aux massacres systématiques perpétrés en 1915-1916. La seconde ("Les fondements idéologiques, politiques et organisationnels de la destruction") s'interroge sur les fondements de cette volonté meurtrière dans le contexte particulier de la Grande Guerre (accusations de trahison portée contre les Arméniens catholiques), décrit l'organisation unioniste, présente les hommes concernés et s'attarde sur l'attitude ultérieure de la Turquie républicaine, jusqu'à la position officielle récente "d'oubli réciproque", adoptée au début des années 2000. La troisième et dernière parti enfin, sous le titre "Le  génocide des Arméniens, une histoire mondiale", replace les massacres dans un contexte essentiellement européen, de la condamnation formelle dès le printemps 1915, à l'abandon au bénéfice d'une alliance avec la nouvelle Turquie kémaliste après la Première Guerre mondiale. Au fil des pages, les citations sont multipliées et la démonstration de la volonté génocidaire est faite sans ambigüité

Le livre, fortement documenté (mais, une fois de plus, la question est bien connue depuis longtemps et les premiers témoignages indiscutables ont été publiés dès la guerre elle-même), adope aussi un ton engagé, phrases courtes, affirmations rapides, raccourcis parfois (concernant la Légion arménienne visiblement surévaluée, ou le rôle des Français en Cilicie entre 1919 et 1922, les affirmations sont même souvent approximatives). La dérive terroriste arménienne des années 1970-1980 est évoquée sans être explicitement condamnée semble-t-il, et le livre se termine sur la  description de la succession de batailles juridiques ces dernières années,visant à obtenir une loi permettant de condamner le négationnisme. Autant le récit complet des événements eux-mêmes est important et contribue à renforcer la connaissance générale sur le sujet, autant les derniers éléments évoqués introduisent une sorte de gêne : l'historien et le militant font rarement bon ménage. La mémoire est un objet d'histoire, il est plus délicat qu'elle en devienne le fondement et le moteur.

Au bilan, une très bonne synthèse sur les événements et la réalité du génocide, et une certaine réserve sur quelques observations et commentaires plus actuels.

Tallandier, Paris, 2015, 492 pages. 21,50 euros.

ISBN : 979-10-210-0675-1.

Génocide arménien
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4 mai 2015 1 04 /05 /mai /2015 06:00

Journal de la campagne du Sinaï

Moshe Dayan

Excellente idée que de remettre à la disposition des lecteurs cet ouvrage de souvenirs personnels de celui qui était chef d'état-major de l'armée israélienne lors de la guerre israélo-arabe.

Le livre s'ouvre sur une préface de Pierre Razoux, qui retrace la carrière de Moshe Dayan, décrit sa personnalité parfois entière ou complexe et rappelle le contexte d'ensemble. Moshe Dayan commence par raconter les événements qui précèdent le début de la guerre, ses nombreuses relations avec la France et le soutien que Paris apporte à l'Etat hébreu. Face à la multiplication des attaques menées contre le territoire d'Israël, un nouveau conflit (en particulier contre l'Egypte) semble inévitable, en dépit du manque de matériels et d'équipements de Tsahal. Les premières pages nous éclairent aussi sur le style de commandement de Moshe Dayan et le type d'opérations de représailles qu'il ordonne contre les Etats voisins. La préparation de l'offensive contre le Sinaï occupe l'essentiel de son temps au cours des semaines qui précèdent (technique, logistique, réserves, emploi des grandes unités, planification, affectations sur des postes-clefs, etc.), sans pour autant ralentir le rythme des opérations locales de représailles (contre la Jordanie également). Le 25 octobre 1956, la décision est confirmée au niveau gouvernemental : "Nos forces entrerons en action le 29 octobre et devront achever la conquête de la péninsule du Sinaï en sept à dix jours. La décision de lancer la campagne aussi bien que le plan prévu se fondent sur le postulat que les forces britanniques et françaises sont sur le point d'intervenir en Egypte". L'offensive franco-britannique sur Suez va être "utilisée" par Israël, mais sans se lier aux Occidentaux et à des objectifs propres. Les matériels livrés par les Français arrivent jusqu'aux derniers moments et permettent de lancer l'action dans la nuit du 29 au 30. Le récit de la campagne à proprement parler commence ainsi au chapitre 5 et, même si Moshe Dayan tient un discours bien évidemment favorable à Tsahal, il ne cache pas un certain nombre de difficultés, d'oppositions internes entre dirigeants israéliens, de cynisme quant à l'analyse des rapports avec la France et la Grande-Bretagne. Il décrit également les opérations aériennes et navales, mais reste particulièrement discret sur les contributions françaises (avions basés à Chypre et repeints aux couleurs israéliennes dans la nuit par exemple, relations avec la Marine nationale également). Il souligne en particulier les problèmes de liaisons entre les unités israéliennes et n'hésite pas à reconnaître le manque de formation de certaines formations (combats d'Umm Shihan, tirs fratricides du côté de Rafah, etc.) tout en commentant la doctrine d'emploi des unités égyptiennes (trop défensive). Outre le Sinaï, il décrit également les opérations contre Gaza (administré par les Egyptiens) et les longues discussions avec les Français et les Britanniques, qui ne sont pas d'accord entre eux sur le déclenchement et le rythme de l'opération Mousquetaire contre le canal de Suez. Quelques lignes sur les milliers de prisonniers égyptiens, dont Israël ne sait pas trop quoi faire ("Heureusement, à cette période de l'année, ils peuvent rester en plein air"), puis vient la phase du dialogue avec l'ONU et de la suspension des opérations actives..., une fois que les objectifs politico-militaires ont été atteints.

Un livre qui tient bien sûren partie de la justification pro domo, mais qui passionnera sans aucun doute ceux qui s'intéressent aux guerres israélo-arabes, aux opérations blindées et parachutistes, ou aux combats dans le désert. Une lecture très intéressante.  

Nouveau Monde éditions, Paris, 2015, 288 pages, 22,- euros.
ISBN : 978-2-36942-174-0.

Guerre de 1956
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Qui Suis-Je ?

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  • : Guerres et conflits XIXe-XXIe s. se fixe pour objectif d’être à la fois (sans prétendre à une exhaustivité matériellement impossible) un carrefour, un miroir, un espace de discussions. Sans être jamais esclave de la « dictature des commémorations », nous nous efforcerons de traiter le plus largement possible de toutes les campagnes, de tous les théâtres, souvent dans une perspective comparatiste. C’est donc à une approche globale de l’histoire militaire que nous vous invitons.
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Cafés historiques de La Chouette

Prochaine séance : pour la rentrée de septembre. Le programme complet sera très prochainement mis en ligne.

Publications personnelles

Livres

 

doumenc-copie-1.jpgLa Direction des Services automobiles des armées et la motorisation des armées françaises (1914-1918), vues à travers l’action du commandant Doumenc

Lavauzelle, Panazol, 2004.

A partir de ma thèse de doctorat, la première étude d’ensemble sur la motorisation des armées pendant la Première Guerre mondiale, sous l’angle du service automobile du GQG, dans les domaines de l’organisation, de la gestion et de l’emploi, des ‘Taxis de la Marne’ aux offensives de l’automne 1918, en passant par la ‘Voie sacrée’ et la Somme.

 

La mobilisation industrielle, ‘premier front’ de la Grande Guerre ? mobil indus

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2005 (préface du professeur Jean-Jacques Becker).

En 302 pages (+ 42 pages d’annexes et de bibliographie), toute l’évolution industrielle de l’intérieur pendant la Première Guerre mondiale. Afin de produire toujours davantage pour les armées en campagne, l’organisation complète de la nation, dans tous les secteurs économiques et industriels. Accompagné de nombreux tableaux de synthèse.

 

colonies-allemandes.jpgLa conquête des colonies allemandes. Naissance et mort d’un rêve impérial

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2006 (préface du professeur Jacques Frémeaux).

Au début de la Grande Guerre, l’empire colonial allemand est de création récente. Sans continuité territoriale, les différents territoires ultramarins du Reich sont difficilement défendables. De sa constitution à la fin du XIXe siècle à sa dévolution après le traité de Versailles, toutes les étapes de sa conquête entre 1914 et 1918 (388 pages, + 11 pages d’annexes, 15 pages de bibliographie, index et cartes).

 

 caire damasDu Caire à Damas. Français et Anglais au Proche-Orient (1914-1919)

 14/18 Editions, Saint-Cloud, 2008 (préface du professeur Jean-Charles Jauffret).

Du premier au dernier jour de la Grande Guerre, bien que la priorité soit accordée au front de France, Paris entretient en Orient plusieurs missions qui participent, avec les nombreux contingents britanniques, aux opérations du Sinaï, d’Arabie, de Palestine et de Syrie. Mais, dans ce cadre géographique, les oppositions diplomatiques entre ‘alliés’ sont au moins aussi importantes que les campagnes militaires elles-mêmes.

 

hte silesieHaute-Silésie (1920-1922). Laboratoire des ‘leçons oubliées’ de l’armée française et perceptions nationales

‘Etudes académiques », Riveneuve Editions, Paris, 2009.

Première étude d’ensemble en français sur la question, à partir du volume de mon habilitation à diriger des recherches. Le récit détaillé de la première opération civilo-militaire moderne d’interposition entre des factions en lutte (Allemands et Polonais) conduite par une coalition internationale (France, Grande-Bretagne, Italie), à partir des archives françaises et étrangères et de la presse de l’époque (381 pages + 53 pages d’annexes, index et bibliographie).

 

cdt armee allde Le commandement suprême de l’armée allemande 1914-1916, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général von Falkenhayn 

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Le texte original de l’édition française de 1921 des mémoires de l’ancien chef d’état-major général allemand, accompagné d’un dispositif complet de notes infrapaginales permettant de situer les lieux, de rappeler la carrière des personnages cités et surtout de comparer ses affirmations avec les documents d’archives et les témoignages des autres acteurs (339 pages + 34 pages d’annexes, cartes et index).

 

chrono commChronologie commentée de la Première Guerre mondiale

Perrin, Paris, 2011.

La Grande Guerre au jour le jour entre juin 1914 et juin 1919, dans tous les domaines (militaire, mais aussi politique, diplomatique, économique, financier, social, culturel) et sur tous les fronts. Environ 15.000 événements sur 607 pages (+ 36 pages de bibliographie et d’index).

 

 Les secrets de la Grande Guerrecouverture secrets

Librairie Vuibert, Paris, 2012.

Un volume grand public permettant, à partir d’une vingtaine de situations personnelles ou d’exemples concrets, de remettre en lumière quelques épisodes peu connus de la Première Guerre mondiale, de la question du « pantalon rouge » en août 1914 à l’acceptation de l’armistice par von Lettow-Vorbeck en Afrique orientale, après la fin des hostilités sur le théâtre ouest-européen.

 

Couverture de l'ouvrage 'Mon commandement en Orient'Mon commandement en Orient, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général Sarrail

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2012

Le texte intégral de l'édition originale, passé au crible des archives publiques, des fonds privés et des témoignages des acteurs. Le récit fait par Sarrail de son temps de commandement à Salonique (1915-1917) apparaît véritablement comme un exemple presque caricatural de mémoires d'autojustification a posteriori

 

 

Coordination et direction d’ouvrages

 

Destins d’exception. Les parrains de promotion de l’Ecole Spéciale Militaire de Saint-Cyr

SHAT, Vincennes, 2002.

Présentation (très largement illustrée, 139 pages) des 58 parrains qui ont donné leur nom à des promotions de Saint-Cyr, entre la promotion « du Prince Impérial » (1857-1858) et la promotion « chef d’escadrons Raffalli » (1998-2001).

 

fflLa France Libre. L’épopée des Français Libres au combat, 1940-1945

SHAT, Vincennes et LBM, Paris, 2004.

Album illustré présentant en 191 pages l’histoire et les parcours (individuels et collectifs) des volontaires de la France Libre pendant la Seconde guerre mondiale.

 

marque courageLa marque du courage

SHD, Vincennes et LBM, Paris, 2005.

Album illustré présentant en 189 pages l’histoire des Croix de Guerre et de la Valeur Militaire, à travers une succession de portraits, de la Première Guerre mondiale à la Bosnie en 1995. L’album comporte en annexe une étude sur la symbolique, les fourragères et la liste des unités d’active décorées.

 

  90e anniversaire de la Croix de guerre90-ANS-CROIX-DE-GUERRE.jpg

SHD, Vincennes, 2006.

Actes de la journée d’études tenue au Musée de l’Armée le 16 novembre 2005. Douze contributions d’officiers historiens et d’universitaires, français et étrangers, de la naissance de la Croix de guerre à sa perception dans la société française, en passant les décorations alliées similaires et ses évolutions ultérieures.

 

france grèceLes relations militaires franco-grecques. De la Restauration à la Seconde guerre mondiale 

SHD,Vincennes, 2007.

Durant cette période, les relations militaires franco-grecques ont été particulièrement intenses, portées à la fois par les sentiments philhellènes qui se développent dans l’hexagone (la France est l’une des ‘Puissances protectrices’ dès la renaissance du pays) et par la volonté de ne pas céder d’influence aux Anglais, aux Allemands ou aux Italiens. La campagne de Morée en 1828, l’intervention en Crète en 1897, les opérations en Russie du Sud  en 1919 constituent quelques uns des onze chapitres de ce volume, complété par un inventaire exhaustif des fonds conservés à Vincennes.

 

verdunLes 300 jours de Verdun

Editions Italiques, Triel-sur-Seine, 2006 (Jean-Pierre Turbergue, Dir.).

Exceptionnel album de 550 pages, très richement illustré, réalisé en partenariat entre les éditions Italiques et le Service historique de la Défense. Toutes les opérations sur le front de Verdun en 1916 au jour le jour.

 

DICO-14-18.jpgDictionnaire de la Grande Guerre

(avec François Cochet), 'Bouquins', R. Laffont, 2008.

Une cinquantaine de contributeurs parmi les meilleurs spécialistes de la Grande Guerre, 1.100 pages, 2.500 entrées : toute la Première Guerre mondiale de A à Z, les hommes, les lieux, les matériels, les opérations, les règlements, les doctrines, etc.

 

fochFerdinand Foch (1851-1929). Apprenez à penser

(avec François Cochet), 14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Actes du colloque international tenu à l’Ecole militaire les 6 et 7 novembre 2008. Vingt-quatre communications balayant tous les aspects de la carrière du maréchal Foch, de sa formation à son héritage dans les armées alliées par des historiens, civils et militaires, de neuf nations (461 pages + 16 pages de bibliographie).

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