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15 février 2021 1 15 /02 /février /2021 00:01

De l'autre côté des Croisades

L'islam entre croisés et Mongols

Gabriel Martinez-Gros

Une approche originale, qui change nécessairement notre vision des choses, puisque l'auteur fait le choix de décentrer son regard et d'étudier cette période des XIe - XIIIe siècles à partir de la position des souverains musulmans, ce qui le conduit à prendre en compte la menace pesant sur leurs frontières orientales.

Dès les premières lignes de l'introduction, Gabriel Martinez-Gros pose les termes du dossier : "Pour les historiens arabes les plus lucides, ce que nous appelons les croisades ... constitue l'une des deux mâchoires de la tenaille qui prend en étau l'islam aux XIIe-XIIIe siècles, et menace de l'anéantir. L'autre mâchoire, de loin la plus cruelle et la plus redoutée, se resserre à l'est, après le milieu du XIe siècle, avec les invasions turques et mongoles". Le livre est divisé en deux grandes parties qui permettent de passer de l'actuel Maroc et de l'Espagne à l'Afghanistan et au sous-continent indien dans un balancement d'ouest en est qui montre bien toute la complexité de la situation de l'islam, alors que la période proprement "arabe", celle des Bédouins, se termine. L'auteur manie la notion "d'empire" (3 empires s'opposant ici, dont celui d'Occident encore très imprégné de l'héritage romain) et analyse comment les penseurs arabes théorisent la guerre et son rapport à la gouvernance. Alors que de nouvelles dynasties émergent à travers l'empire, et en particulier sur ses marches, on assiste à un jeu subtil de recherche d'équilibre, entre gains raisonnables et coeur de puissance qu'il est hors de question d'abandonner, et paris trop risqués qui conduisent à l'échec. Dans ce parallèle, l'impact des assauts turcs et mongols est nettement plus important que celui des croisades, qui enlèvent à l'islam quelques territoires mais ne dépassent guère une étroite bande côtière en Méditerranée.

On apprécie tout particulièrement la chronologie précise et l'utile liste des dynasties souveraines, vassaux et personnalités qui, avec la bibliographie et les index, clôturent ce volume. Une approche originale de cette période qui, en remettant en perspective notre perception des croisades, montre aussi que chaque peuple a bien ses propres racines et sources d'inspiration.

Editions Passés/Composés, Paris, 2021, 301 pages, 23,- euros.

ISBN : 978-2-3793-3390-3.

Pour commander directement le livre : ici.

Double menace
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10 novembre 2020 2 10 /11 /novembre /2020 00:01

Les larmes du passeur

Patrick Desbois

Voici un livre qui témoigne d'une réponse à une horreur. Un livre qui mérite d'être largement connu. Il s'agit du récit d'opérations de sauvetage menées par un réseau de volontaires pour sauver des femmes et des enfants appartenant à la minorité yazidie victimes de la terreur génocidaire de Daech, rédigé à partir de très nombreux témoignages d'acteurs et de survivants.

Après avoir rappelé ce qu'est cette minorité, qui plonge ses racines culturelles et religieuses dans un passé pluri-millénaire jusqu'à la Perse antique, le père Patrick Desbois raconte l'histoire du réseau constitué autour de Khaleel Al-Dhaki, lui-même de religion yazidie et habitant à quelques dizaines de kilomètres des territoires conquis en 2014-2015 par Daech. Après avoir rasé les villages conquis, les fanatiques islamistes déportent la population, séparent hommes et femmes, adultes et enfants. La description de l'endoctrinement des très jeunes garçons pour en faire des chauffeurs-kamikazes de véhicules piégés, et celle plus ignoble encore des jeunes filles et femmes réduites en esclavage, avec même la mise sur pied d'une "administration" spécialisée dans la vente et le suivi de ce "bétail humain", est assez ahurissante. A partir de l'hiver 2014-2015, les premières fillettes sont sauvées, exfiltrées vers la zone kurde. Progressivement le réseau se développe, dépasse le stade de l'amateurisme et se professionnalise en quelque sorte. Certains services locaux de Daech sont infiltrés, des "amitiés" sont achetées, les liens familiaux et communautaires sont mis à profit : "la loyauté du sang est de loin la meilleure garantie de la stabilité du réseau". Chaque opération est différente, demande une préparation particulière, mais il n'y a pas que des succès. Parfois, "la mission se termine en désastre avant d'avoir commencé : le geôlier fait disparaître la captive en la revendant. Pendant des mois, on perd sa trace, le réseau reste impuissant. Il y a aussi le suicide et l'exécution des captives. C'est une guerre sanglante, sale, totale"

Un cahier photos central permet de mettre un visage sur certains noms. Au total, plus de 600 personnes ont été sauvées par le réseau de Khaleel. Un livre écrit en phrases courtes, "coup de poing". Un livre qui donne la mesure de l'obscurantisme et de l'inhumanité de ces djihadistes. Poignant.

Editions du Rocher, Monaco, 2020, 195 pages. 17,90 euros.

ISBN : 978-2-268-10243-6.

Pour commander directement le livre : ici.

Dans l'horreur de Daech
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12 octobre 2020 1 12 /10 /octobre /2020 00:01

Nasser

Archives secrètes

Hoda Nasser

Le titre est accrocheur : "archives secrètes"... D'autant que le personnage est relativement mal connu en France en dépit de son importance et de son héritage dans l'histoire régionale de la deuxième moitié du XXe s. 

L'intérêt du livre est absolument réel. Non pas parce qu'il apporterait des révélations extraordinaires ou mettrait en lumière de lourds secrets. Mais parce qu'il repose sur une double approche : d'une part les souvenirs familiaux de l'auteure, fille du Raïs (ce qui donne un portrait intimiste du leader égyptien), d'autre part parce qu'il s'appuie sur ces fameuses archives : "les notes, les brouillons et les carnets de Nasser sont comme les instantanés d'une vie politique". Tous les grands thèmes de la période sont bien sûr évoqués au fil des chapitres, de la crise de Suez aux Non-alignés, de l'unité rêvée des peuples arabes à la guerre du Yémen, du conflit israélo-arabe (en particulier la guerre de 1967) aux rapports avec l'URSS et les USA comme à la question libanaise. De même, la vie politique égyptienne, dans sa maigreur (Nasser se flatte régulièrement de ne pas reconnaître les partis) et ses oppositions (Frères musulmans en particulier) et les difficultés intérieures (on note une sorte de course vers un régime en fait de plus en plus dictatorial) sont régulièrement évoquées, sous l'angle bien sûr de l'approche personnelle de Nasser. En fin de volume, des discours, des correspondances et des notes sur les grands sujets diplomatiques sont présentés in extenso sur quelques 140 pages, et le livre se termine sur le journal tenu par l'officier Nasser pendant la guerre israélo-arabe de 1948. On en retire au total le sentiment de ne pas lire "la même histoire" que celle que l'on connaît (ou croît connaître), puisque le livre présente l'opinion intime du Raïs ; et l'on se prend à repenser à l'indispensable confrontation des sources pour un historien. C'est donc sous cet angle que l'ouvrage prend toute sa valeur, en mettant quelques repères égyptiens en vis-à-vis de l'historiographie courante en France ou au Royaume-Uni, mais sans surtout lui donner une valeur excessive.

Ouvrage de justification de l'action de son père, le livre de Hoda Nasser doit être connu de tous ceux qui s'intéressent à l'Egypte, au Moyen-Orient et au monde arabe des années 1950-1970, mais aussi à leurs échos ultérieurs. Une bonne occasion de revenir sur des crises et des conflits auxquels la France ne fut pas étrangère.

Flammarion, Paris, 2020, 369 pages. 23,90 euros.

ISBN : 978-2-0813-5810-2.

Le Raïs
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13 juillet 2020 1 13 /07 /juillet /2020 00:01

Le Liban en guerre

1975 - 1990

Dima de Clerck et Stéphane Malsagne

La tragédie libanaise a profondément marqué une génération en France, au plan presque affectif du fait de la profondeur et de l'ancienneté des liens d'amitiés entre Paris et Beyrouth, mais aussi plus dramatiquement avec la mort de nombreux soldats français.

Les deux auteurs nous proposent une approche très large du conflit et, en six grands chapitres, abordent tous les points importants. On peut simplement regretter que l'effort humain international voulu et impulsé par la France ne soit pas davantage souligné, car en dehors des compétitions diplomatiques (chap. 5) le livre est très essentiellement libano-centré, ce qui peut parfaitement se comprendre. Après avoir présenté le cadre et les différentes phases du conflit, les auteurs s'intéressent aux combattants eux-mêmes, dans les différentes communautés, notamment les femmes et les enfants, mais aussi les contingents étrangers, israéliens et syriens. Les armements utilisés sont détaillés et les massacres récurrents rappelés. Le chapitre 3 traite des civils (mais qui est "civil" dans une guerre... "civile" ?), principales victimes ; de la "cantonalisation" du territoire (création de zones confessionnelles homogènes) tandis qu'une proportion importante de la population (entre 850 et 900.000 personnes) fait le choix de l'exil. Le chapitre 4 détaille les conséquences pour l'Etat libanais et son armée (dommage de ne pas avoir cité les excellentes études du CDEF sur le sujet), particulièrement résilient dans l'adversité, et revient sur le système des milices, en particulier chrétiennes, chiites et druze. Le dernier chapitre s'efforce enfin d'établir le coût humain et matériel de ces vingt-cinq ans de guerre, des déplacements de population aux destructions des infrastructures. "Cet ouvrage [a] tenté de démonter à quel point la dimension dite civile de ce conflit multiforme est en réalité étroitement imbriquée à des enjeux et des intérêts non seulement régionaux mais aussi mondiaux".

On apprécie également la riche bibliographie et la chronologie détaillée qui terminent le volume. Un ouvrage riche d'innombrables chiffres dans tous les domaines, absolument indispensable pour quiconque s'intéresse à ce conflit et à la situation régionale.

Belin, Paris, 2020, 476 pages, 26,- euros.

ISBN : 978-2-410-01698-7.

Solide synthèse
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4 mars 2020 3 04 /03 /mars /2020 00:05

Ma mission de paix au Proche-Orient

Miguel Angel Moratinos

Si le livre est par bien des aspects l'auto-justification d'une mission qui s'est soldée par un échec complet (voir la situation actuelle), il n'en demeure pas moins important car il permet de pénétrer au cœur d'un processus de négociations internationales, qui plus est dans le contexte de l'un des conflits les plus anciens.

Diplomate espagnol nommé à la tête d'une mission européenne entre 1996 et 2003 explique d'abord sa nomination, puis son installation à Chypre (pour être -un peu- à l'abri des pressions diverses) et enfin la constitution de son équipe (subtil équilibre des nationalités traduisant le poids relatif des principales grandes nations européennes). Il aborde ensuite les grandes étapes diplomatiques pendant cette période, ce qui est très éclairant sur le "jeu" américain d'une part, la mauvaise volonté israélienne d'autre partet les erreurs des exigences palestiniennes enfin. En un mot, ou plutôt une question, qui réellement veut la paix ?... Il s'intéresse enfin aux différents protagonistes de la crise, non seulement les Israéliens et les Palestiniens, mais aussi les différents voisins (Syrie, Liban, Jordanie, Egypte) où l'on trouve de nombreux réfugiés, et des pays musulmans plus éloignés comme ceux de la péninsule arabique (Arabie Saoudite, Qatar) et d'Afrique du Nord (Maroc et Tunisie). L'auteur consacre une longue troisième partie aux accords de Taba en 2001, dont la présentation "de l'intérieur" qu'il nous donne correspond assez peu à l'image que les grands médias en donnèrent (en particulier questions de Jérusalem et des réfugiés). Il termine enfin sur une conclusion optimiste ("La paix est possible"), que l'on peut raisonnablement ne pas partager au regard de l'actualité. On trouve à la fin du livre une rapide chronologie (depuis le premier congrès sioniste de Bâle en 1897) et en annexe une douzaine de textes officiels, de la déclaration Balfour de 1917 à la "Feuille de route" de 2003 (qui envisageait -naïvement ?- la paix pour … 2005 !).

Un livre qui laisse un sentiment un peu amer : une forte conviction de l'auteur, indiscutablement, mais le mur infranchissable de la réalité et, en deuxième niveau, l'impuissance avérée de l'Union européenne. Mais un livre important car il nous éclaire très utilement sur bien des aspects de cette diplomatie discrète qui se poursuit quotidiennement sans que nous nous en rendions compte au milieu de pays en guerre ou en crise.

L'Harmattan, Paris, 2019, 296 pages, 32,- euros.

ISBN : 978-2-343-16434-2.

Histoire d'un échec ?
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3 janvier 2020 5 03 /01 /janvier /2020 00:05

Maysalûn, 1920

Carnets de campagne du général Goybet

Présentés par Hélène de Champchesnel

Le livre nous avait échappé lors de sa parution il y a un an et nous sommes heureux de pouvoir vous le présenter, car il apporte une véritable plus-value à notre connaissance de l'installation de la France au Levant après la Grande Guerre. Il s'agit des carnets tenus par le général Goybet, parti en mars 1920 pour y prendre le commandement d'une division, avec pour mission de faciliter l'installation de la France sur la Syrie rebelle.

Le fil du récit est bien sûr chronologique, et nous suivons donc le général Goybet, en escale au Caire où il rencontre le maréchal Allenby ( les Britanniques étant suspectés de favoriser les Hachémites), et enfin à Beyrouth où il prépare les (maigres) forces disponibles tout en visitant la région, dont il ignore presque tout) : "Le territoire que j'ai à protéger contre l'ennemi de l'extérieur et les brigands de l'intérieur s'étend depuis la frontière de la Palestine, au sud, jusqu'au-delà de Lattaquié, au nord, soit sur une longueur de côte d'environ 300 kilomètres et, à vol d'oiseau, d'une profondeur de 40 kilomètres de terrain montagneux". Nous bénéficions ainsi d'une présentation croquée sur le vif des différentes régions de ce Liban sur lequel les Français commencent à peine à s'installer, plus réaliste à bien des titres que de nombreux "témoignages" rédigés dans les hôtels de Beyrouth… La dernière partie du livre est consacrée à la "marche sur Damas", afin d'imposer le drapeau tricolore à la Syrie, qui vient de choisir Fayçal comme roi. Tout est décrit, de la préparation de la colonne expéditionnaire à la marche vers Maysalûn, où il va écraser l'armée arabe conduite par le ministre de la Guerre du royaume syrien en personne. Après être entré dans Damas, le général Goybet prononce le 26 juillet la déchéance officielle de Fayçal Ier, au nom du haut-commissaire, le général Gouraud.

Un témoignage, agrémenté de photos souvent originales tirées de la collection personnelle de la famille, absolument indispensable pour quiconque s'intéresse au Levant et aux conflits de l'entre-deux-guerres.

Histoire-Conseil, Paris, 2018, 179 pages, 24,- euros.

ISBN : 9791095680109.

Témoignage
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5 décembre 2019 4 05 /12 /décembre /2019 00:05

Tsahal

Au cœur de l'Israël

Olivier Hanne, Charlotte Desmarest, Benjamin Fever

Ce livre n'est pas à proprement parler une nouvelle histoire de l'armée israélienne, mais une étude dans le temps long de la place et du rôle de Tsahal au sein de l'Etat hébreux.

 Les auteurs (un enseignant de l'ESM Saint-Cyr et deux élèves de la Spéciale ayant effectué leur stage international en Israël) développent essentiellement deux grands axes, à travers six parties : les origines de l'armée Israélienne actuelle et son rôle à partir de 1948 comme élément d'intégration au sein de la jeune nation. Ils remontent pour cela aux premiers temps de l'installation de communautés juives en Palestine et à la création de milices d'auto-défense, en insistant sur les mouvements fondateurs de l'Hashomer et de la Haganah ainsi que sur l'organisation des kibboutz. Ils identifient et détaillent ensuite deux grandes périodes dans l'évolution de l'armée israélienne : les débuts et la phase de croissance jusqu'en 1967 et une décennie de redéfinition et d'adaptation entre 1967 et 1977. Ils s'intéressent alors au rôle de l'armée dans la société israélienne, à travers le service militaire (place des femmes) mais aussi dans le secteur industriel (investissements), avec une attention particulière pour les Juifs de la diaspora qui émigrent dans l'Etat hébreux (en particulier les Juifs d'Ethiopie et les russophones) mais aussi pour la population arabe d'Israël ("Il existe des Arabes sunnites volontairement engagés au sein de Tsahal … On les regroupe au sein d'une unité d'infanterie créée en 1987 et appelée la Patrouille du Désert, laquelle opère le long de la frontière égyptienne et même autour de Gaza"). Enfin, les cinquième et sixième parties insistent sur les dernières évolutions depuis l'intervention au Liban en 1982 et les opérations ciblées contre la bande de Gaza ou le Hezbollah, ces dernières années dans le contexte très particulier de la guerre en Syrie. Considérant que Tsahal a été un acteur majeur du "développement d'une identité israélienne et d'une culture commune" tout en restant en permanence capable de s'adapter aux mutations extérieures et internes, les auteurs observent qu'elle est "un acteur politique grandissant". On note d'ailleurs parmi les annexes un tableau récapitulatif des carrières militaires des Premiers ministres.

Un livre tout à fait complémentaire des autres études sur l'armée israélienne, élément essentiel dans une région toujours sous la menace d'une reprise du conflit. Indiscutablement à connaître.

Balland, Paris, 2019, 243 pages, 22,- euros.

ISBN : 978-2-94055-629-8.

Pilier et coeur de l'Etat
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14 novembre 2019 4 14 /11 /novembre /2019 01:02

L'ascension et la chute

de Bachir Gemayel

Jacques Neriah

Bachir Gemayel reste une figure emblématique mais mal connue de la communauté maronite libanaise. Son aura, son charisme, son ascension et sa fin brutale dans un attentat méritent que l'on revienne sur cette histoire.

En quelques 200 pages, l'auteur, ancien officier du renseignement israélien, revient rapidement sur ses origines et l'ensemble de sa vie, mais insiste surtout sur la fin des années 1970 et le début des années 1980. Il accorde une place importante aux relations entre Bachir et les responsables (en particulier militaires) israélien et s'intéresse bien sûr aux manœuvres (parfois radicales, jusqu'à l'assassinat politique) qui visent à assurer aux Kataëb la suprématie sur les autres milices et le camp chrétien dans son ensemble. Nous avons là une extraordinaire description des oppositions entre les Gemayel,  les Eddé, les Frangié et les Chamoun, sur fond de présence militaire syrienne, de poursuite des tractations (des illusions, des manœuvres, des incompréhensions, etc.) avec Israël et de constitution d'une Armée du Liban libre au sud. Viennent alors successivement l'intervention militaire de Tsahal jusqu'à Beyrouth, la période de l'élection présidentielle en pleine guerre civile (et étrangère). Mais la détérioration des rapports entre Bachir et les Israéliens (en particulier au sujet des l'intervention militaires des Phalanges aux côtés de Tsahal contre les Palestiniens et l'OLP) va amplifier des divisions pré-existantes au sein des Phalanges. La description de "l'achat" des parlementaires libanais par les différentes factions (les Syriens, p. 196-197) est éloquente ! De même, il se confirme que les relations ne furent jamais réellement coupée avec Damas… Elu le 23 août 1982, Bachir est assassiné le 14 septembre. Pour l'auteur, il ne fait aucun doute que Bachir Gemayel "se trompa de direction" mais il reste "un phénomène unique" dans l'histoire libanaise, dans un environnement où tous les acteurs, finalement, se sont trompés.

Un livre tout-à-fait passionnant, au-delà des idées reçues. A connaître absolument pour quiconque s'intéresse aux évolutions de cet "Orient compliqué".

VA Editions, Versailles, 2019, 231 pages, 20,- euros.

ISBN : 978-2-36093-022-7.

Liban
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12 novembre 2019 2 12 /11 /novembre /2019 00:16

Minorités d'Orient

Les oubliés de l'histoire

Tigrane Yégavian

Un regard qui se tourne vers le passé pour nous expliquer la complexité de la situation des minorités (en particulier chrétiennes) moyen-orientales, et un discours qui s'affranchit de toute langue de bois.

Journaliste spécialiste du Moyen-Orient, Tigrane Yégavian place les Etats occidentaux, et en particulier la France, devant leurs responsabilités historiques et le formule dès les premières pages : "L'histoire a montré combien cet engagement des grandes puissances s'est avéré fatal ; les communautés qu'elles prétendaient défendre ne finissent pas d'en payer le prix". Il organise son propos en dix parties principales qui lui permettent de traiter successivement de la définition des "chrétiens d'Orient" (qui sont-ils ?) et de leur localisation géographique. Il aborde ainsi les différents pays : Liban, Egypte, Syrie, Irak, Palestine et Jordanie (seul pays où ils ne sont pas discriminés). Il prend également en compte des diaspora parfois puissantes : "Toutes les Eglises d'Orient, l'Eglise copte orthodoxe exceptée, ont aujourd'hui plus de fidèles en diaspora que dans leurs pays d'origine". L'auteur s'intéresse ensuite aux nombreux renoncements de la France ("Si Paris s'est résolu à intervenir au Liban, c'était davantage pour exfiltrer les Palestiniens de Beyrouth, en 1982 que pour protéger les chrétiens"). Il multiplie les citations de responsables politiques français depuis 2010, évoquant un devoir historique de protection… resté sans suite (il fait également référence à la question de Cilicie et à l'abandon des Assyriens et des Arméniens au début des années 1920, pour déjà complaire aux Turcs). Il considère toutefois que les chrétiens d'Orient sont "coresponsables de leur malheur", d'abord par naïveté, et se pose la question du "salut par les armes"  et il dresse une sorte de (rare) état des lieux des milices d'auto-défense mises sur pied ces dernières années, essentiellement en Syrie et en Irak. Enfin, il dresse un tableau sans complaisance de la situation dans les zones tenues par les Kurdes, avec une politique de "kurdification" très contraignante et une organisation politique locale qui interdit de fait toute autonomie pour les minorités. Il prône en conclusion la sécularisation du sujet et appelle à la fin des illusions (problématique du dialogue interreligieux et rôle des diasporas) pour permettre à ces citoyens (souvent "de seconde zone") d'évoluer normalement sur leur sol.

Un volume qui tranche dans la littérature générale, un côté "coup de poing", des prises de position que l'on pourra critiquer, mais au bilan une présentation très intéressante de ce dossier d'une brûlante actualité, sur les ruines des accords Sykes / Picot.  

Editions du Rocher, Monaco, 2019, 227 pages. 14,90 euros.

ISBN : 978-2-268-10276-4.

Chrétiens orientaux
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8 novembre 2019 5 08 /11 /novembre /2019 00:05

Les premières ailes d'Israël

Robert Gandt

Un ouvrage étonnant, dont on se délecte comme d'un bon roman d'aventure et d'espionnage alors qu'il raconte une histoire on ne peut plus authentique, comme en témoigne la bibliographie finale.

Le livre est organisé en brefs chapitres, rédigés d'une plume alerte, regroupés en trois grandes parties, "Une guerre attendant d'être déclarée", "Assiégé", et "Fortunes de guerre", qui racontent chronologiquement la surprenante histoire des premiers pilotes de combat de l'Etat d'Israël. En 1948, à l'occasion de la première guerre israélo-arabe, le petit Etat juif attaqué par tous ses voisins arabes n'est pas supposé disposer d'aviation militaire. Mais dans le plus grand secret il a pu acquérir et faire préparer en Tchécoslovaquie quelques appareils allemands de la Seconde guerre mondiale. On imagine les circuits : de pilotes recrutés parmi la diaspora juive des pays anglo-saxons pilotant des appareils allemands acquis dans un pays communiste ! Les raids (osés !) qu'ils vont conduire pendant le conflit contribuent pour une large part à la victoire de l'armée israélienne. Rapidement, d'autres appareils sont achetés (toujours dans des conditions de légalité très approximative…) et l'embryon d'armée de l'air de l'Etat hébreux peur officiellement naître. 

Au-delà des exploits individuels, les dessous de la création ex-nihilo d'une armée, et un livre absolument impressionnant, que doivent connaître tous ceux qui s'intéressent non seulement à la troisième dimension, mais aussi plus largement au Moyen-Orient et aux conflits du XXe s. 

Editions Nimrod, Paris, 2019, 429 pages, 23,- euros.

ISBN : 978-23-77530-08-3

Messerschmitt avec l'étoile de David !
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Qui Suis-Je ?

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  • : Guerres et conflits XIXe-XXIe s. se fixe pour objectif d’être à la fois (sans prétendre à une exhaustivité matériellement impossible) un carrefour, un miroir, un espace de discussions. Sans être jamais esclave de la « dictature des commémorations », nous nous efforcerons de traiter le plus largement possible de toutes les campagnes, de tous les théâtres, souvent dans une perspective comparatiste. C’est donc à une approche globale de l’histoire militaire que nous vous invitons.
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Cafés historiques de La Chouette

Prochaine séance : pour la rentrée de septembre. Le programme complet sera très prochainement mis en ligne.

Publications personnelles

Livres

 

doumenc-copie-1.jpgLa Direction des Services automobiles des armées et la motorisation des armées françaises (1914-1918), vues à travers l’action du commandant Doumenc

Lavauzelle, Panazol, 2004.

A partir de ma thèse de doctorat, la première étude d’ensemble sur la motorisation des armées pendant la Première Guerre mondiale, sous l’angle du service automobile du GQG, dans les domaines de l’organisation, de la gestion et de l’emploi, des ‘Taxis de la Marne’ aux offensives de l’automne 1918, en passant par la ‘Voie sacrée’ et la Somme.

 

La mobilisation industrielle, ‘premier front’ de la Grande Guerre ? mobil indus

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2005 (préface du professeur Jean-Jacques Becker).

En 302 pages (+ 42 pages d’annexes et de bibliographie), toute l’évolution industrielle de l’intérieur pendant la Première Guerre mondiale. Afin de produire toujours davantage pour les armées en campagne, l’organisation complète de la nation, dans tous les secteurs économiques et industriels. Accompagné de nombreux tableaux de synthèse.

 

colonies-allemandes.jpgLa conquête des colonies allemandes. Naissance et mort d’un rêve impérial

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2006 (préface du professeur Jacques Frémeaux).

Au début de la Grande Guerre, l’empire colonial allemand est de création récente. Sans continuité territoriale, les différents territoires ultramarins du Reich sont difficilement défendables. De sa constitution à la fin du XIXe siècle à sa dévolution après le traité de Versailles, toutes les étapes de sa conquête entre 1914 et 1918 (388 pages, + 11 pages d’annexes, 15 pages de bibliographie, index et cartes).

 

 caire damasDu Caire à Damas. Français et Anglais au Proche-Orient (1914-1919)

 14/18 Editions, Saint-Cloud, 2008 (préface du professeur Jean-Charles Jauffret).

Du premier au dernier jour de la Grande Guerre, bien que la priorité soit accordée au front de France, Paris entretient en Orient plusieurs missions qui participent, avec les nombreux contingents britanniques, aux opérations du Sinaï, d’Arabie, de Palestine et de Syrie. Mais, dans ce cadre géographique, les oppositions diplomatiques entre ‘alliés’ sont au moins aussi importantes que les campagnes militaires elles-mêmes.

 

hte silesieHaute-Silésie (1920-1922). Laboratoire des ‘leçons oubliées’ de l’armée française et perceptions nationales

‘Etudes académiques », Riveneuve Editions, Paris, 2009.

Première étude d’ensemble en français sur la question, à partir du volume de mon habilitation à diriger des recherches. Le récit détaillé de la première opération civilo-militaire moderne d’interposition entre des factions en lutte (Allemands et Polonais) conduite par une coalition internationale (France, Grande-Bretagne, Italie), à partir des archives françaises et étrangères et de la presse de l’époque (381 pages + 53 pages d’annexes, index et bibliographie).

 

cdt armee allde Le commandement suprême de l’armée allemande 1914-1916, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général von Falkenhayn 

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Le texte original de l’édition française de 1921 des mémoires de l’ancien chef d’état-major général allemand, accompagné d’un dispositif complet de notes infrapaginales permettant de situer les lieux, de rappeler la carrière des personnages cités et surtout de comparer ses affirmations avec les documents d’archives et les témoignages des autres acteurs (339 pages + 34 pages d’annexes, cartes et index).

 

chrono commChronologie commentée de la Première Guerre mondiale

Perrin, Paris, 2011.

La Grande Guerre au jour le jour entre juin 1914 et juin 1919, dans tous les domaines (militaire, mais aussi politique, diplomatique, économique, financier, social, culturel) et sur tous les fronts. Environ 15.000 événements sur 607 pages (+ 36 pages de bibliographie et d’index).

 

 Les secrets de la Grande Guerrecouverture secrets

Librairie Vuibert, Paris, 2012.

Un volume grand public permettant, à partir d’une vingtaine de situations personnelles ou d’exemples concrets, de remettre en lumière quelques épisodes peu connus de la Première Guerre mondiale, de la question du « pantalon rouge » en août 1914 à l’acceptation de l’armistice par von Lettow-Vorbeck en Afrique orientale, après la fin des hostilités sur le théâtre ouest-européen.

 

Couverture de l'ouvrage 'Mon commandement en Orient'Mon commandement en Orient, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général Sarrail

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2012

Le texte intégral de l'édition originale, passé au crible des archives publiques, des fonds privés et des témoignages des acteurs. Le récit fait par Sarrail de son temps de commandement à Salonique (1915-1917) apparaît véritablement comme un exemple presque caricatural de mémoires d'autojustification a posteriori

 

 

Coordination et direction d’ouvrages

 

Destins d’exception. Les parrains de promotion de l’Ecole Spéciale Militaire de Saint-Cyr

SHAT, Vincennes, 2002.

Présentation (très largement illustrée, 139 pages) des 58 parrains qui ont donné leur nom à des promotions de Saint-Cyr, entre la promotion « du Prince Impérial » (1857-1858) et la promotion « chef d’escadrons Raffalli » (1998-2001).

 

fflLa France Libre. L’épopée des Français Libres au combat, 1940-1945

SHAT, Vincennes et LBM, Paris, 2004.

Album illustré présentant en 191 pages l’histoire et les parcours (individuels et collectifs) des volontaires de la France Libre pendant la Seconde guerre mondiale.

 

marque courageLa marque du courage

SHD, Vincennes et LBM, Paris, 2005.

Album illustré présentant en 189 pages l’histoire des Croix de Guerre et de la Valeur Militaire, à travers une succession de portraits, de la Première Guerre mondiale à la Bosnie en 1995. L’album comporte en annexe une étude sur la symbolique, les fourragères et la liste des unités d’active décorées.

 

  90e anniversaire de la Croix de guerre90-ANS-CROIX-DE-GUERRE.jpg

SHD, Vincennes, 2006.

Actes de la journée d’études tenue au Musée de l’Armée le 16 novembre 2005. Douze contributions d’officiers historiens et d’universitaires, français et étrangers, de la naissance de la Croix de guerre à sa perception dans la société française, en passant les décorations alliées similaires et ses évolutions ultérieures.

 

france grèceLes relations militaires franco-grecques. De la Restauration à la Seconde guerre mondiale 

SHD,Vincennes, 2007.

Durant cette période, les relations militaires franco-grecques ont été particulièrement intenses, portées à la fois par les sentiments philhellènes qui se développent dans l’hexagone (la France est l’une des ‘Puissances protectrices’ dès la renaissance du pays) et par la volonté de ne pas céder d’influence aux Anglais, aux Allemands ou aux Italiens. La campagne de Morée en 1828, l’intervention en Crète en 1897, les opérations en Russie du Sud  en 1919 constituent quelques uns des onze chapitres de ce volume, complété par un inventaire exhaustif des fonds conservés à Vincennes.

 

verdunLes 300 jours de Verdun

Editions Italiques, Triel-sur-Seine, 2006 (Jean-Pierre Turbergue, Dir.).

Exceptionnel album de 550 pages, très richement illustré, réalisé en partenariat entre les éditions Italiques et le Service historique de la Défense. Toutes les opérations sur le front de Verdun en 1916 au jour le jour.

 

DICO-14-18.jpgDictionnaire de la Grande Guerre

(avec François Cochet), 'Bouquins', R. Laffont, 2008.

Une cinquantaine de contributeurs parmi les meilleurs spécialistes de la Grande Guerre, 1.100 pages, 2.500 entrées : toute la Première Guerre mondiale de A à Z, les hommes, les lieux, les matériels, les opérations, les règlements, les doctrines, etc.

 

fochFerdinand Foch (1851-1929). Apprenez à penser

(avec François Cochet), 14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Actes du colloque international tenu à l’Ecole militaire les 6 et 7 novembre 2008. Vingt-quatre communications balayant tous les aspects de la carrière du maréchal Foch, de sa formation à son héritage dans les armées alliées par des historiens, civils et militaires, de neuf nations (461 pages + 16 pages de bibliographie).

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