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15 août 2021 7 15 /08 /août /2021 00:01
Armée Rouge

L'Armée Rouge

Nicolas Pontic

Auteur d'un ouvrage sur Koursk en 2015 (ici) et contributeur régulier dans la presse spécialisée sur la Seconde guerre mondiale (front de l'Est), Nicolas Pontic nous propose une vaste étude sur l'Armée Rouge, son histoire depuis sa difficile création dans le contexte de la guerre civile, sur la base des milices ouvrières et de "l'armée révolutionnaire" de novembre 1917, jusqu'à un état des lieux global en 1945.

vol. 1  1918-1943. De la naissance à Stalingrad

Ce premier tome est organisé en 3 grandes parties, entre lesquelles des coups de projecteur permettent d'aborder des thèmes particuliers. La première partie est consacrée à la période de l'entre-deux-guerres, avec un focus sur la question de la doctrine militaire russe pendant les années 1930. Après un aperçu des trains blindés soviétiques et de leur emploi dans la guerre, la seconde partie aborde les opérations actives en commençant par les combats de l'été 1939 sur la frontière de Mandchourie, puis l'intervention tardive sur les arrières de l'armée polonaise à l'automne, et enfin la guerre d'hiver contre la Finlande, en ayant toujours un intérêt particulier pour l'emploi de l'armée blindée, à laquelle est consacré le deuxième "intermède" avec la présentation des différentes générations de matériels et l'organisation des unités. La troisième partie enfin est consacrée au début des opérations sur le front de l'Est avec une interrogation initiale : "Un colosse aux pieds d'argile ?". La rapide avance allemande des premières semaines précède la longue bataille pour Moscou. Après plusieurs pages consacrées à une solide présentation du T-34, la dernière partie nous entraîne jusqu'en novembre 1942 et aux combats de Stalingrad. Enfin, quelques pages sont consacrées aux unités d'élite de la Garde, des parachutistes et des Spetsnaz. Dans le style de la presse spécialisée, des encarts permettent de revenir sur des personnages importants ou des évènements spécifiques (Origine de l'arme blindée soviétique, Toukhatchevski, la grande purge de 1937, le NKVD dans la guerre, etc.). Une riche iconographie, des profils, des tableaux récapitulatifs, des organigrammes et des cartes très lisibles accompagnent le texte courant.

vol. 2  1943-1945. Le zénith

Selon la même structure que le tome 1, ce deuxième volume nous entraîne de l'année 1943, avec la quasi-renaissance d'une Armée Rouge qui a été sur le point de s'effondrer à un bilan à la fin de la guerre. La première partie consacre une grande partie de sa pagination à la bataille de Koursk, encadrée par  une présentation de l'aviation soviétique et une approche des tireurs d'élite. La seconde est marquée par "l'avance inexorable" de l'Armée Rouge jusqu'aux Carpates et bien sûr la gigantesque opération Bagration de l'été 1944, "victoire de l'art opératif". Nicolas Pontic tente ensuite un portrait du soldat soviétique, dans ses différentes caractéristiques individuelles et sociales notamment. La dernière partie nous entraîne de la Vistule à Berlin, avec les batailles pour l'Oder, en Prusse Orientale, et le volume se termine avec l'intervention finale de l'Armée Rouge en Mandchourie contre l'armée japonaise. Parmi les thèmes faisant l'objet de quelques pages dédiées, citons également la question de la place et du rôle des femmes dans l'Armée Rouge. Les encarts traitent notamment de matériels spécifiques et présentent les portraits de quelques soldats et officiers plus connus, tandis que les tableaux récapitulatifs et ordres de bataille permettent de suivre avec précision les évolutions générales de l'armée soviétique dans les différents domaines. L'iconographie est tout aussi importante que pour le vol. 1, ainsi que la cartographie, du niveau opératif avec Bagration au plus tactique avec les derniers combats pour la chancellerie du Reich.

Un bel ensemble qui ne peut qu'intéresser tous les amateurs de la Seconde guerre mondiale et en particulier du front de l'Est.

Editions Caraktère, Aix-en-Provence, 2021, vol. 1 et vol. 2 : 175 pages, 39,90 euros.

ISBN : 9782916403359 et 9782916403380

Pour commander directement les livres : ici et ici.

Armée Rouge
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23 juin 2021 3 23 /06 /juin /2021 00:01

De l'aigle impérial au drapeau rouge

Piotr Krasnov

Toujours de nouvelles pépites aux éditions des Syrtes pour qui s'intéresse à l'histoire de la Russie au XXe s.

Cette réédition en format poche d'un volume publié en 2017 permettra à tous ceux qui n'ont pas pu acquérir le premier ouvrage de le faire pour une somme modique. Nous n'avons rien à retirer à ce que nous écrivions lors de la présentation initiale (ici). Une histoire (un peu) romancée, mais sous bien des aspects un solide témoignage sur une période particulièrement troublée.

Un volume vivement recommandé pour quiconque souhaite retrouver ou percevoir l'ambiance et la vie des armées russes du début du XXe siècle. 

Syrtes Poche, Genève, 2021, 857 pages,14,- euros.

ISBN : 9782940828872

Pour commander directement le livre : ici

REVOLUTIONS
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12 avril 2021 1 12 /04 /avril /2021 00:01

Mémoires du général Wrangel

Devenus introuvables depuis leur parution en France en 1930, ces Mémoires du général Wrangel étaient devenus absolument introuvables et méritaient absolument d'être réédités.

 Rédigé au fil des évènements entre la fin de l'année 1916 et la fin de l'année 1923, le livre est naturellement marqué par un fort parti pris puisqu'il vise d'abord à rendre hommage à l'action de l'auteur et à l'armée russe blanche. Le ton est direct, le propos sans équivoque et chacun en prend pour son grade. Parmi les dirigeants contre-révolutionnaires, relevons par exemple à propos de l'ataman Séménov qu'il était "brave, surtout sous l'oeil du chef" et qu'il "manquait totalement d'instruction" ; tandis que le général baron Ungern Sternberg est ainsi défini : "Les hommes de sa trempe sont inappréciables en temps de guerre et impossibles en temps de paix". Le ton est donné. Il raconte donc l'effondrement du tsarisme et de l'armée russe et l'on croise au fil des pages tous les personnages importants (Kerenski, Kornilov, Skoropadski, etc.), on suit l'éclatement de l'empire (Sibérie, Ukraine, Crimée, Caucase, etc.). après avoir échappé de peu à la mort devant un tribunal révolutionnaire grâce à sa femme, Wrangel entre dans l'action militaire antibolchevique dans le Caucase et au Kouban dans l'armée de Dénikine, qui selon lui "s'avérait d'une indécision inexprimable vis-à-vis de ses adjoints. Vrai soldat, sévère envers soi-même, il ne paraissait pas oser exiger la même discipline de ses subordonnés". Vainqueurs des Bolcheviques au printemps 1919, il marche sur Moscou "malgré l'épuisement extrême des troupes qui étaient à bout de forces", mais à partir du mois d'août le sort se retourne et il doit progressivement reculer. Après la perte de Kharkov, progressivement appelé aux plus hautes responsabilités par Dénikine, il lui adresse début décembre un rapport qui analyse les causes de l'échec : "Une stratégie diamétralement opposée aux principes élémentaires de l'art militaire", et "une désorganisation complète de l'arrière".  Des relations de plus en plus tendues avec Dénikine le conduisent à se replier sur Constantinople avec sa famille, avant d'être désigné par ses pairs pour succéder au chef des Russes blancs, nouvelle responsabilité rendue officielle le 22 mars 1920. Il replie l'ensemble du dispositif encore à peu près cohérent vers la Crimée, dont il s'efforce d'assurer le ravitaillement avec l'aide des Alliés occidentaux. Afin de préparer la reprise de l'offensive, l'heure est aux réorganisations urgentes sur fond de querelles politiques et de difficultés diplomatiques (y compris pour obtenir la reconnaissance internationale) : "Notre petit territoire ne pouvait nourrir l'armée. Le blé, en quantité restreinte, et peut-être le sel, pouvaient seuls servir à l'exportation. L'industrie locale était  à peu près inexistante, les matières premières manquaient, il fallait importer presque tout". A la fin du mois de septembre, les revers militaires (re)commencent à se multiplier : "le 15 octobre, les rouges passèrent, sur tout le front, à l'offensive générale", dans un rapport de force de 3 contre 1. A la fin du mois, il faut se résoudre à préparer l'évacuation effective de la Crimée : "L'armée, qui venait d'arrêter la main sanglante que les bourreaux de Moscou élevaient déjà contre l'Europe, cette armée, abandonnée de tous, était au bout de son sang". Une poignée de héros, demi-nus, affamés, exténués, continuaient à défendre encore la dernière parcelle du sol natal". Aux premiers jours de novembre, il donne "l'ordre de faire route sur Constantinople". Dans l'exil, l'aventure va se poursuivre sous d'autres formes.

La partie de l'ouvrage traitant de la période durant laquelle Wrangel exerce la responsabilité suprême est ponctuée de nombreux documents émis sous son autorité. Un livre passionnant, qu'il est indispensable de croiser avec d'autres témoignages ou études ultérieures, mais qui doit impérativement figurer dans toute bibliothèque consacrée à la révolution russe et à la guerre civile.

Ars Magna, Paris, 2019, 491 pages, 32,- euros.

ISBN : 979-10-96338-69-6.

Pour commander le livre : ici.

Général blanc
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24 février 2021 3 24 /02 /février /2021 00:01

Brejnev

L'antihéros

Andreï Kozovoï

Entre une année 2020 "De Gaulle" et une année 2021 "Napoléon", une grande biographie sur un chef d'Etat non français est presque comme un bol d'air ! Celle-ci est particulièrement étonnante au regard de la réputation du personnage.

Voici donc une biographie de Brejnev, qui fut durant près de vingt ans le maître de l'URSS : "Paradoxalement, il dura parce qu'il fut un dictateur souvent absent" ! L'auteur rappelle également dans l'introduction les qualificatifs peu flatteurs dont Brejnev a été affublé : "Incompétent, hypocondriaque, rancunier, lâche, opportuniste, intrigant, vaniteux, paresseux, sybarite, corrompu, néostalinien, sénile"... N'en jetez plus ! Les titres donnés aux trois grandes parties sont d'ailleurs significatifs : "Le faux idiot (1906-1966)", "Le dictateur aimable" (1966-1974)", et "Le héros ridicule (1975-1982)". Au fil de son ascension, nous confirmons aussi notre connaissance du fonctionnement interne du régime soviétique. Mais, en dépit de cette première désastreuse image, le livre n'est pas à charge. Il en ressort l'image d'un conservateur pragmatique. Pas d'éclair de génie, mais un assez solide bon sens pour durer. Faire durer le régime. Faire durer le système. Faut-il pour autant considérer qu'il "prépare le terrain de Gorbatchev" ? L'affirmation est peut-être un peu rapide, mais l'auteur observe que "des sentiments nostalgiques émergent dès l'époque de Gorbatchev", même si "les Russes regrettent en réalité moins Brejnev que son époque, synonyme de stabilité".

La présentation des sources accompagnées de quelques commentaires, sur presque vingt-cinq pages, est agréable et judicieuse. Un livre incontestablement important pour comprendre l'URSS / Russie de la deuxième moitié du XXe s. et jusqu'à nos jours dans ses effets et conséquences.

Perrin, Paris, 2021, 462 pages, 24,- euros.

ISBN : 978-2-262-07021-2.

Pour commander directement le livre : ici.

 

Antihéros pragmatique ?
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20 février 2021 6 20 /02 /février /2021 00:01

Les maréchaux de Staline

Jean Lopez et Lasha Otkhmezuri

En dehors de Joukov et de Koniev, qui connait les dix-sept maréchaux de Staline ? Des hommes aujourd'hui presque totalement oubliés mais qui ont pourtant pesé d'un poids extrêmement lourd dans l'histoire de l'Europe au XXe siècle.

Après plusieurs ouvrages remarqués sur la Seconde guerre mondiale et l'armée Rouge (ici, ici et ici par exemple), Jean Lopez, une nouvelle fois avec Lasha Otkhmezuri, nous propose les biographies des 17 maréchaux nommés par Staline entre 1935 et 1946. de Vorochilov, qui "n'avait aucune formation militaire et en tirait fierté", à Sokolovski, qui se rendra célèbre après 1945 comme théoricien militaire (rôle et emploi de l'arme atomique en particulier). Si Toukhatchevski, ou Koniev sont relativement célèbres, certains nous étaient totalement inconnus, comme Egorov, pourtant vainqueur de Dénikine puis de Pilsudski, ou comme Meretskov, qui "rêvait d'être instituteur". D'autres, enfin, n'étaient guère plus que des noms, comme Boudienny, l'homme de la cavalerie Rouge, Koulik, régulièrement dénoncé pour "son incompétence, sa fatuité, son incohérence voire sa bêtise", ou Malinovski, qui avait servi durant la Première Guerre mondiale au sein de la 1ère brigade spéciale russe en France. Entre carrière militaire et, parfois, responsabilités politiques (limitées), ces dix-sept parcours sont présentés en vingt à trente pages (jusqu'à cinquante pour Toukhatchevski), à partir d'archives et d'une documentation à 95% russes, comme en témoigne la dizaine de pages de sources et bibliographie.

Le volume se termine sur un index très complet, et quelques belles cartes de certaines opérations de la guerre civile et de la guerre polono-bolchevique. Un gros livre, solide, qui permet d'approfondir nos connaissances sur les rapports politico-militaires sous Staline, sur l'organisation, l'évolution et le fonctionnement de l'armée Rouge et sur les principaux conflits du XXe s. Vivement recommandé.

Perrin, Paris, 2021, 533 pages, 25,- euros.

ISBN : 978-2-262-08538-4.

Pour commander directement le livre : ici.

Phalange rouge
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18 janvier 2021 1 18 /01 /janvier /2021 00:01

Souvenirs et mémoires

Général Alexeï Broussilov

Il faut se méfier des avis trop abrupts et des condamnations trop rapides. Broussilov a dès 1919 rejoint l'Armée rouge naissante, mais il écrit encore, peu de temps avant sa mort : "J'ai vu mon erreur ... Si j'avais su que les Bolcheviks se fortifieraient, qu'ils poursuivraient la religion et proclameraient que l'athéisme est leur culte officiel ... ; oui, si j'avais su cela, je ne me serais pas opposé aux Polonais. Au contraire je serais venu en aide à cette nation chrétienne ... C'est nous-mêmes, nous tous, qui avons fait ce qui a causé la perte de la Russie. Par imprévoyance, par sottise". Qui est donc le général Broussilov et comment comprendre son parcours ?

Son nom reste connu pour sa grande offensive victorieuse de l'été 1916 qui menace sévèrement les lignes austro-hongroises, obligeant l'armée allemande à intervenir massivement, et les amateurs d'histoire militaire se souviennent son engagement au sein de l'Armée rouge naissante après la chute de Nicolas II. Voici, pour la première fois, le texte complet de ses souvenirs, courant jusqu'en 1925 alors que la première édition ne concernait que 1914-1917. Le volume s'organise en trois grandes parties : "Avant la Grande Guerre", "Mémoires de guerre 1914-1917", et "Révolution et naissance de l'URSS (1917-1925)". C'est donc également une quasi-biographie du général qui nous est offerte, de son entrée dans le Corps des Pages à l'âge de 14 ans à son ultime séjour en Tchécoslovaquie en 1925. Au fil des pages, il compare les armées autrichiennes et allemandes d'avant 1914, fait le récit de son rôle à ses différents postes de responsabilités pendant la Grande Guerre, explique ses choix lorsqu'il rallie la Russie nouvelle après avoir été généralissime d'une armée russe en cours d'implosion à l'été 1917 : 'En réalité, il n'y avait plus d'armée ; il restait seulement des foules de soldats n'obéissant plus". La reconstruction sera difficile, et il faudra toute la force de conviction de Broussilov pour les ramener vers les lignes de front au nom d'une Russie supérieure.

Le texte, dans sa traduction par le général français Niessel, est accompagné d'un imposant appareil de notes et le livre se termine sur un utile index des noms cités, car tous les lecteurs ne seront pas nécessairement habitués aux patronymes russes. Un volume absolument indispensable pour quiconque s'intéresse à la Grande Guerre ou à l'histoire de la Russie.

Editions des Syrtes, Genève, 2020, 536 pages, 23,- euros.

ISBN : 9782940628636

Pour commander directement le livre : ici.

De Nicolas II à l'Armée rouge
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26 octobre 2020 1 26 /10 /octobre /2020 00:01

La Pologne en Europe

Place, identité et histoire

Gilles Gallet

Pays essentiel de l'histoire européenne, pays avec lequel la France entretient des relations étroites depuis des siècles, la Pologne reste pourtant assez mal connue, en dépit d'une histoire extrêmement riche. Ce volume nous en rappelle avec brio les grandes phases.

La première grande partie revient sur les origines de la Pologne, de la naissance légendaire à la réalité historique des VIIe et VIIIe siècles, à la conversion au catholicisme du prince Mieszko et à la séparation d'avec les Tchèques et les Russes au cours du Moyen-Âge. Là naît l'hostilité durable entre Polonais et Russes. Après le règne de Louis d'Anjou (mais oui), vient la période de l'union polono-lituanienne sous les Jagellon. Cette longue période de plus de cinq siècles ancre profondément la religion catholique dans le pays. La bataille de Grunwald-Tannenberg en 1410 marque l'effondrement des Teutoniques et la suprématie régionale de la Pologne. La sécularisation de l'ordre, en créant la Prusse ducale sous suzeraineté polonaise, sera l'origine des heurts ultérieurs entre Pologne et Allemagne et du premier partage de la Pologne. Nous savons que le futur Henri III fut brièvement roi de Pologne à partir de 1573. Si les Polonais de son successeur Stephan Bathory occupe Moscou, le système de monarchie élective d'une part, l'hostilité croissante de la Prusse d'autre part, mais aussi l'influence suédoise, les révoltes des cosaques et l'autonomie des grandes familles entrainent la désintégration de la puissance polonaise puis la disparition pure et simple du pays.  La dernière période faste est sans doute celle du roi Jan Sobieski, grand capitaine qui sauve Vienne des Turcs en 1683. C'est le célèbre épisode de la charge des hussards ailés polonais, entrés dans la légende. Mais en trois partages, au XVIIIe siècle, la Pologne disparaît de la carte, victime de ses fractures intérieures et des appétits de ses voisins, et le règne de Stanislas Leszczynski devenu en exil duc de Lorraine n'est bientôt plus qu'un souvenir. Après le partage de 1795, ce sera le grand-duché de Varsovie, fondation romantique du renouveau des relations franco-polonaises et l'on parlera longtemps de la charge des lanciers à Somosierra. C'est en France durant la Grande Guerre que "l'armée bleue" du général Haller fut mise sur pied, des officiers français qui contribuèrent à sauver la Pologne lors du "miracle de la Vistule" et, en dépit du nationalisme sourcilleux, épidermique, du maréchal Pilsudski et de ses héritiers, Paris conservera l'espoir (déçu) d'une coordination accrue face au IIIe Reich. Les deux derniers chapitres s'intéressent à la persistance du sentiment antirusse dans le pays et au raidissement récent de sa politique intérieure.

Un  très utile et agréable rappel de l'histoire mouvementée de ce pays, dont nous sommes culturellement et intellectuellement si proche.

L'Harmattan, Paris, 2020, 271 pages, 27,- euros.
ISBN : 978-2-343-20233-4.

AMITIES ANCIENNES
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13 juin 2020 6 13 /06 /juin /2020 00:01

Le naufrage de l'Union soviétique

Choses vues

Christian Mégrelis

Livre étonnant mais passionnant, rédigé par un témoin (et acteur) des évènements.

Ouvert sur une chronologie du naufrage de l'Union soviétique entre 1985 et 1991, le livre est divisé en une vingtaine de chapitres entrecoupés d'articles publiés à l'époque par l'auteur dans différents périodiques. Il commence à douter au début des années 1970 ("La liquidation des stocks d'or de l'URSS prenait des allures de faillite. Les lingots mis sur le marché de Londres portaient le poinçon de l'empire tsariste. Pour les habitués, cela signifiait que tout l'or accumulé par les Soviets avait été vendu et que l'on commençait à liquider les bijoux de famille"), et il entre en scène au début de la perestroïka Gorbatchev et note tout de suite que les Russes "vouent aux Français une admiration affective et inconditionnelle sans équivalent". Il raconte ainsi, étape par étape, de l'intérieur, la libéralisation économique de l'URSS à partir du milieu des années 1980, jusqu'à la bascule politique de 1991. Au fil des pages, il raconte le "Plan des 500 jours", raconte le putsch de 1991, présente des exemples criants de vérité des difficultés économiques et sociales induites par le passage à l'économie de marché, la "bancarisation" de la population ("les bons du Trésor se vendent comme des tablettes de chewing-gum"), et décrit par exemple comme la Crimée est devenue partie d'une Ukraine indépendante : "Eltsine était si pressé de virer Gorbatchev que la question de la Crimée ne fut même pas évoquée lors de la signature de l'acte de décès de l'Union soviétique". Un vrai témoignage dont chaque ligne est placée sous le signe du vécu et qui fait état de multiples conversations avec les principaux dirigeants de la nouvelle Russie comme des différentes républiques issues de l'URSS. Dans la partie finale, son estime pour Poutine n'est pas cachée, et il souligne avec verve ce que le pays lui doit.

Un livre aussi passionnant qu'étonnant et grâce auquel on peut revivre un épisode absolument essentiel de la fin du XX s.

Transcontinentale d'éditions, Epinay-sur-Seine, 2020, 261 pages.

ISBN : 9782955622032

Mort d'un empire
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30 janvier 2020 4 30 /01 /janvier /2020 00:05

Dans les limbes de la Révolution russe

Les Alliés et le sort de la famille impériale

Loïc Damilaville

A partir d'un important travail de recherche dans les sources françaises, britanniques et russes, l'auteur tente de déterminer les responsabilités dans la succession d'évènements qui conduisent de l'abdication de Nicolas II au massacre de la famille impériale à Ekaterinbourg.

L'auteur, et sa démonstration est parfaitement argumentée et référencée, contredit l'affirmation courante mettant essentiellement en cause la Grande-Bretagne. Il souligne par contre le poids du contexte (n'oublions pas que nous sommes en pleine guerre, que l'année 1917 est peu favorable aux Alliés et que l'ex-impératrice a régulièrement été accusée de favoriser l'Allemagne) et la pression des environnements. La "duplicité" de Kérenski et l'obstination du gouvernement provisoire, comme les responsabilités de la France ("Cette France qui s'était si souvent proclamée l'amie et l'alliée indéfectible du tsar, et qui a l'heure du péril ne sembla guère pressée de se comporter comme telle"), diplomates et personnel politique, sont en particuler réévaluées. Pour ce faire, Loïc Damilaville retrace chronologiquement tous les évènements, les rencontres, les correspondances, jusqu'au départ de la famille impériale pour Tobolsk, de l'offre britannique d'accueil au Royaume-Uni aux modalités (tortueuses) de son retrait et à l'échec de l'option française au cours de la seconde moitié du mois d'avril 1917. L'auteur peut s'appuyer de longs extraits des mémoires et des correspondances des principaux acteurs, et la bibliographie finale offrira aux lecteurs français une liste de titres peu connus (en anglais).

Quelques annexes complètent l'ouvrage (dont la chronologie des échanges entre les dirigeants politiques britanniques et le roi Georges V). Un livre indiscutablement important pour quiconque s'intéresse à la fin des Romanov, mais aussi aux bouleversements dans la Russie en guerre.

Bernard Giovanangeli éditeur, Paris, 2019, 335 pages, 25,- euros.

ISBN :  978-2-7587-0224-5.

TRAHISON ?
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17 octobre 2019 4 17 /10 /octobre /2019 06:00

Géopolitique de la Russie

Approche pluridisciplinaire

Anne Pinot et Christophe Réveillard (Dir.)

Cet ouvrage collectif effectivement tout-à-fait pluridisciplinaire permet de faire un point assez complet de la réalité de la puissance russe (et de ses ambitions)  aujourd'hui, dans ses forces et ses faiblesses, tout en notant que plusieurs contributeurs sont plutôt "russophiles".

Le volume, divisé en trois grandes parties, procède par cercles concentriques : "Les déterminants intérieurs de la puissance russe", "La Russie et son étranger proche", et "La Russie et le monde". La première partie aborde des thèmes aussi différents que les fondements culturels de la politique russe, la réalité de son espace stratégique, les risques de son évolution démographique, la place des hydrocarbures dans l'économie, la politique suivie à l'égard des musulmans, etc. La seconde traite des rapports avec l'Ukraine, avec les Balkans et avec l'Asie centrale, mais ignore curieusement les Etats baltes. La troisième enfin s'attache aux relations avec les grandes puissances : Etats-Unis, Chine, Union européenne, Inde, et avec la zone de crise du Moyen-Orient. Le livre appelle en conclusion à la définition d'un nouveau partenariat entre la France et la Russie, dégagé de l'influence atlantiste, et à la mise en place "d'une politique russe ambitieuse".

Une solide synthèse, étoffée par une série de cartes en couleurs et complétée par une belle bibliographie. On ne sera pas toujours d'accord avec tous les contributeurs, mais l'ensemble est indiscutablement à connaître pour quiconque s'intéresse aux grands problèmes actuels.  

Editions SPM, Paris, 2019, 384 pages, 33,- euros.

ISBN : 978-2-37999-001-4.

Retour de la Russie
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Qui Suis-Je ?

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  • : Guerres et conflits XIXe-XXIe s. se fixe pour objectif d’être à la fois (sans prétendre à une exhaustivité matériellement impossible) un carrefour, un miroir, un espace de discussions. Sans être jamais esclave de la « dictature des commémorations », nous nous efforcerons de traiter le plus largement possible de toutes les campagnes, de tous les théâtres, souvent dans une perspective comparatiste. C’est donc à une approche globale de l’histoire militaire que nous vous invitons.
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Cafés historiques de La Chouette

Prochaine séance : pour la rentrée de septembre. Le programme complet sera très prochainement mis en ligne.

Publications personnelles

Livres

 

doumenc-copie-1.jpgLa Direction des Services automobiles des armées et la motorisation des armées françaises (1914-1918), vues à travers l’action du commandant Doumenc

Lavauzelle, Panazol, 2004.

A partir de ma thèse de doctorat, la première étude d’ensemble sur la motorisation des armées pendant la Première Guerre mondiale, sous l’angle du service automobile du GQG, dans les domaines de l’organisation, de la gestion et de l’emploi, des ‘Taxis de la Marne’ aux offensives de l’automne 1918, en passant par la ‘Voie sacrée’ et la Somme.

 

La mobilisation industrielle, ‘premier front’ de la Grande Guerre ? mobil indus

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2005 (préface du professeur Jean-Jacques Becker).

En 302 pages (+ 42 pages d’annexes et de bibliographie), toute l’évolution industrielle de l’intérieur pendant la Première Guerre mondiale. Afin de produire toujours davantage pour les armées en campagne, l’organisation complète de la nation, dans tous les secteurs économiques et industriels. Accompagné de nombreux tableaux de synthèse.

 

colonies-allemandes.jpgLa conquête des colonies allemandes. Naissance et mort d’un rêve impérial

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2006 (préface du professeur Jacques Frémeaux).

Au début de la Grande Guerre, l’empire colonial allemand est de création récente. Sans continuité territoriale, les différents territoires ultramarins du Reich sont difficilement défendables. De sa constitution à la fin du XIXe siècle à sa dévolution après le traité de Versailles, toutes les étapes de sa conquête entre 1914 et 1918 (388 pages, + 11 pages d’annexes, 15 pages de bibliographie, index et cartes).

 

 caire damasDu Caire à Damas. Français et Anglais au Proche-Orient (1914-1919)

 14/18 Editions, Saint-Cloud, 2008 (préface du professeur Jean-Charles Jauffret).

Du premier au dernier jour de la Grande Guerre, bien que la priorité soit accordée au front de France, Paris entretient en Orient plusieurs missions qui participent, avec les nombreux contingents britanniques, aux opérations du Sinaï, d’Arabie, de Palestine et de Syrie. Mais, dans ce cadre géographique, les oppositions diplomatiques entre ‘alliés’ sont au moins aussi importantes que les campagnes militaires elles-mêmes.

 

hte silesieHaute-Silésie (1920-1922). Laboratoire des ‘leçons oubliées’ de l’armée française et perceptions nationales

‘Etudes académiques », Riveneuve Editions, Paris, 2009.

Première étude d’ensemble en français sur la question, à partir du volume de mon habilitation à diriger des recherches. Le récit détaillé de la première opération civilo-militaire moderne d’interposition entre des factions en lutte (Allemands et Polonais) conduite par une coalition internationale (France, Grande-Bretagne, Italie), à partir des archives françaises et étrangères et de la presse de l’époque (381 pages + 53 pages d’annexes, index et bibliographie).

 

cdt armee allde Le commandement suprême de l’armée allemande 1914-1916, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général von Falkenhayn 

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Le texte original de l’édition française de 1921 des mémoires de l’ancien chef d’état-major général allemand, accompagné d’un dispositif complet de notes infrapaginales permettant de situer les lieux, de rappeler la carrière des personnages cités et surtout de comparer ses affirmations avec les documents d’archives et les témoignages des autres acteurs (339 pages + 34 pages d’annexes, cartes et index).

 

chrono commChronologie commentée de la Première Guerre mondiale

Perrin, Paris, 2011.

La Grande Guerre au jour le jour entre juin 1914 et juin 1919, dans tous les domaines (militaire, mais aussi politique, diplomatique, économique, financier, social, culturel) et sur tous les fronts. Environ 15.000 événements sur 607 pages (+ 36 pages de bibliographie et d’index).

 

 Les secrets de la Grande Guerrecouverture secrets

Librairie Vuibert, Paris, 2012.

Un volume grand public permettant, à partir d’une vingtaine de situations personnelles ou d’exemples concrets, de remettre en lumière quelques épisodes peu connus de la Première Guerre mondiale, de la question du « pantalon rouge » en août 1914 à l’acceptation de l’armistice par von Lettow-Vorbeck en Afrique orientale, après la fin des hostilités sur le théâtre ouest-européen.

 

Couverture de l'ouvrage 'Mon commandement en Orient'Mon commandement en Orient, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général Sarrail

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2012

Le texte intégral de l'édition originale, passé au crible des archives publiques, des fonds privés et des témoignages des acteurs. Le récit fait par Sarrail de son temps de commandement à Salonique (1915-1917) apparaît véritablement comme un exemple presque caricatural de mémoires d'autojustification a posteriori

 

 

Coordination et direction d’ouvrages

 

Destins d’exception. Les parrains de promotion de l’Ecole Spéciale Militaire de Saint-Cyr

SHAT, Vincennes, 2002.

Présentation (très largement illustrée, 139 pages) des 58 parrains qui ont donné leur nom à des promotions de Saint-Cyr, entre la promotion « du Prince Impérial » (1857-1858) et la promotion « chef d’escadrons Raffalli » (1998-2001).

 

fflLa France Libre. L’épopée des Français Libres au combat, 1940-1945

SHAT, Vincennes et LBM, Paris, 2004.

Album illustré présentant en 191 pages l’histoire et les parcours (individuels et collectifs) des volontaires de la France Libre pendant la Seconde guerre mondiale.

 

marque courageLa marque du courage

SHD, Vincennes et LBM, Paris, 2005.

Album illustré présentant en 189 pages l’histoire des Croix de Guerre et de la Valeur Militaire, à travers une succession de portraits, de la Première Guerre mondiale à la Bosnie en 1995. L’album comporte en annexe une étude sur la symbolique, les fourragères et la liste des unités d’active décorées.

 

  90e anniversaire de la Croix de guerre90-ANS-CROIX-DE-GUERRE.jpg

SHD, Vincennes, 2006.

Actes de la journée d’études tenue au Musée de l’Armée le 16 novembre 2005. Douze contributions d’officiers historiens et d’universitaires, français et étrangers, de la naissance de la Croix de guerre à sa perception dans la société française, en passant les décorations alliées similaires et ses évolutions ultérieures.

 

france grèceLes relations militaires franco-grecques. De la Restauration à la Seconde guerre mondiale 

SHD,Vincennes, 2007.

Durant cette période, les relations militaires franco-grecques ont été particulièrement intenses, portées à la fois par les sentiments philhellènes qui se développent dans l’hexagone (la France est l’une des ‘Puissances protectrices’ dès la renaissance du pays) et par la volonté de ne pas céder d’influence aux Anglais, aux Allemands ou aux Italiens. La campagne de Morée en 1828, l’intervention en Crète en 1897, les opérations en Russie du Sud  en 1919 constituent quelques uns des onze chapitres de ce volume, complété par un inventaire exhaustif des fonds conservés à Vincennes.

 

verdunLes 300 jours de Verdun

Editions Italiques, Triel-sur-Seine, 2006 (Jean-Pierre Turbergue, Dir.).

Exceptionnel album de 550 pages, très richement illustré, réalisé en partenariat entre les éditions Italiques et le Service historique de la Défense. Toutes les opérations sur le front de Verdun en 1916 au jour le jour.

 

DICO-14-18.jpgDictionnaire de la Grande Guerre

(avec François Cochet), 'Bouquins', R. Laffont, 2008.

Une cinquantaine de contributeurs parmi les meilleurs spécialistes de la Grande Guerre, 1.100 pages, 2.500 entrées : toute la Première Guerre mondiale de A à Z, les hommes, les lieux, les matériels, les opérations, les règlements, les doctrines, etc.

 

fochFerdinand Foch (1851-1929). Apprenez à penser

(avec François Cochet), 14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Actes du colloque international tenu à l’Ecole militaire les 6 et 7 novembre 2008. Vingt-quatre communications balayant tous les aspects de la carrière du maréchal Foch, de sa formation à son héritage dans les armées alliées par des historiens, civils et militaires, de neuf nations (461 pages + 16 pages de bibliographie).

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