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20 juin 2020 6 20 /06 /juin /2020 00:01

Edouard Herriot

en quatre portraits

Bruno Benoit (Dir.)

Figure marquante de la vie politique française pendant plus d'un demi siècle, inamovible maire de Lyon (1905-1957 sauf pendant les années 1940-1945), Edouard Herriot a occupé tous les postes possibles. C'est à la carrière et à la personnalité de ce "pape du radicalisme" que dix-sept auteurs consacrent une contribution.

Le livre est divisé en quatre grandes parties : "Herriot, le Lyonnais", "Herriot, l'humaniste", "Herriot, le politique", "Herriot, l'européen". Objectivement, il n'est peut-être pas surprenant que malgré sa longévité politique il soit aujourd'hui devenu un quasi-inconnu. En effet, et ce n'est que l'un des paradoxes de sa carrière, il n'obtient quasiment aucun succès important au plan national. Par exemple, son expérience ministérielle dans le sixième cabinet Briand (décembre 1916 - mars 1917) comme ministre des Travaux publics, des Transports et du Ravitaillement laisse "un souvenir peu probant", mais l'on y apprend que le nouveau ministre a été "chaleureusement recommandé à Briand par Lyautey, qui entretenait avec lui de cordiales relations". Comme quoi... De même, Hubert Bonin commence sa contribution intitulée "Méditations sur l'image négative d'Herriot, responsable financier et économique" par cette phrase : "Edouard Herriot traine derrière lui une réputation de responsable des finances et de l'économie plutôt entachée d'incompétence, d'aveuglement, de déni même, voire de trucage des comptes publics". S'il explique et relativise cette appréciation dans la suite de son texte, l'image d'Herriot qui en ressort n'est pas flamboyante. Il faut cependant ajouter que les textes en relation avec son engagement à Lyon sont globalement plus favorables.

Un livre qui tranche avec les biographies traditionnelles, à la fois parce qu'il ne suit pas un plan chronologique mais thématique, mais également parce qu'il remet le personnage dans son temps, retrace son action et analyse ses décisions sans hagiographie. Le bien est pris en compte, le moyen souligné, le moins bon reconnu. Il en ressort une impression de grande honnêteté dans le portrait d'ensemble et une juste (semble-t-il) présentation d'un responsable politique emblématique des IIIe et IVe Républiques.

Presses universitaires du Septentrion, Villeneuve d'Ascq, 2020, 288 pages, 25,- euros.

ISBN : 978-2-7574-2950-1.

Figure du parti Radical

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2 avril 2020 4 02 /04 /avril /2020 00:07

Israël et la bombe

L'histoire du nucléaire israélien

Avner Cohen

Cet ouvrage de référence, sous la signature de l'un des meilleurs connaisseurs des questions de prolifération nucléaire, paru il y a près de vingt ans en anglais est enfin traduit en français. Sa lecture va très certainement étonner plus d'un amateur.

Dans un premier temps, Avner Cohen présente les principaux acteurs israéliens (Ben Gourion et ses conseillers), puis revient sur les prémisses de cette recherche de l'arme atomique, avant 1955. Il détaille ensuite longuement les processus plus ou moins discrets d'acquisition, à l'étranger (rôle de la France), des matériels et composants nécessaires, les dénégations successives, les contrôles biaisés, les manœuvres dilatoires à l'extérieur et les débats internes. A partir de la présidence Kennedy, les Etats-Unis et Israël "s'engagent sur la voie de l'opacité nucléaire", et au-delà l'auteur revient sur les équipements militaires fournis en nombre par Washington. Des pages extrêmement intéressantes sont ensuite consacrées à la prise en compte du sujet par l'Egypte jusqu'à la guerre des Six jours. Après l'accession de Golda Meir au pouvoir, la question du statut du nucléaire israélien et de sa reconnaissance divise jusqu'au niveau du gouvernement, alors qu'Américains et Français cessent leur soutien direct (embargo décidé par De Gaulle). Un vif débat s'engage alors au sujet de l'adhésion de l'Etat juif au traité de non prolifération nucléaire (TNP), avec dans le panorama la livraison d'avions américains et un certain nombre de concessions politico-diplomatiques. L'auteur détaille ici par le menu les échanges, courriers, tractations, réunions entre Israéliens et Américains menant à une situation ambigüe : "Israël était perçu comme un Etat doté d'un arsenal nucléaire, même si ce statut n'était ni déclaré ni reconnu".

Cette histoire des origines et de la montée en puissance du programme israélien secret d'arme nucléaire est tout à fait exceptionnelle. L'auteur multiplie les références, écrites et orales (très nombreux entretiens avec les responsables) et peut rédiger ainsi un ouvrage probablement unique sur le sujet, par son ampleur et sa densité.

Editions Demi-Lune, Plogastel Saint-Germain (29), 2020, 623 pages, 29,- euros.

ISBN : 978-0-231104-83-9.

Prolifération nucléaire

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1 avril 2020 3 01 /04 /avril /2020 00:01

Jacques Soustelle

L'ami d'Israël

Alain Herbeth

Lorsque l'ancien gouverneur général de l'Algérie quitte l'Afrique du Nord au début de l'année 1956, il va, sans oublier la défense de ses anciens administrés, se lancer activement dans le soutien à l'Etat hébreu. Le nouveau livre d'Alain Herbeth, qui a publié plusieurs ouvrages sur des personnalités éminentes de la guerre d'Algérie (ici), s'intéresse à cet aspect particulier de l'engagement public de Jacques Soustelle, gaulliste dès 1940.

La guerre d'Algérie et la crise de Suez figurent bien sûr au premier rang des raisons du rapprochement avec Israël. De Guy Mollet à Bourgès-Maunoury d'un côté, de Ben Gourion à Shimon Peres d'autre part, l'alliance de fait entre la IVe République et l'Etat juif constitue l'un des points importants de la période, que Soustelle espère voir devenir formellement alliance de droit, ce qui entraîne la naissance du Comité français pour l'alliance France-Israël, créé en novembre 1956 et dont il devient le premier président. Le livre évoque ici en particulier les liens noués dans le domaine nucléaire, avec la présence en Israël de "centaines d'ingénieurs et de cadres français [qui] vont participer à ces travaux à partir de 1958", dans le plus grand secret. Contraint de quitter le gouvernement en février 1960, Soustelle va désormais combattre l'antisémitisme, trop souvent caché sous l'antisionisme, et jusqu'après 1962 va associer cet engagement à la défense des français d'Algérie de confession israélite. Désormais, avec les derniers soubresauts de la crise algérienne et la naissance de l'OAS, Soustelle, replié en Italie, n'a plus d'actions directes mais entretient ses amitiés. La rupture de De Gaulle avec Israël entraîne aussi une crise au sein du gaullisme, et d'autres partisans historiques du général adoptent les mêmes positions que Soustelle, en particulier parmi les dirigeants de l'OAS. Redevenu député (de Lyon) en 1971, il "retrouve également l'Alliance France-Israël et poursuit son combat. Alain Herbeth cite ici de longs extraits de ses derniers discours à la tribune de l'Assemblée.

Un livre très riche car, au-delà de la seule personnalité de Jacques Soustelle, il nous entraîne dans le sillage de la guerre d'Algérie sur les sentiers de la politique intérieure aussi bien qu'internationale des années 1960. Recommandé.

Fauves éditions, Paris, 2020, 208 pages, 19,- euros.

ISBN : 979-10-302-0319-6.

Le gaulliste et Israël

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18 mars 2020 3 18 /03 /mars /2020 00:05

La pensée politique de Clemenceau

Sylvie Brodziak et Samuel Tomei (Dir.)

Personnalité complexe, à la très longue carrière politique, le Tigre n'a pas théorisé sa doctrine politique, et ce volume a pour ambition d'en préciser les contours.

Avec les contributions d'une douzaine de personnalités, qui abordent chacune un aspect de la pensée et de l'action de Clemenceau, les directeurs d'ouvrage nous propose une vision kaléidoscopique, pointilliste, du Tigre, à laquelle la conclusion très (trop) politique de Jean-Pierre Chevènement ne parvient hélas pas à donner une réelle cohérence d'ensemble. Pourquoi vouloir raisonner en termes d'actualité et de présence aujourd'hui ? On note quelques contributions systématiquement favorables ("Le Parlement : brocardé, honoré", par Jean-Noël Jeanneney), mais d'autres plus originales et novatrices, comme la convaincante "Clemenceau girondin ?" (par Samuel Tomei), descriptive mais très documentée "Clemenceau vu par les Anglais" (par David Robin Watson), ou la subtile "Clemenceau et le Levant" (par Gérard D. Khoury). Le "républicanisme" de Clemenceau ne fait bien sûr aucun doute, mais il puise les ressorts de son action politique à la fois dans quelques stricts principes intangibles et dans la souplesse de la prise en compte des réalités. Il en résulte un portrait original de celui dont Churchill disait qu'il était "l'incarnation de la nation française". Pas certain, dans ces conditions, qu'il puisse être classé sur l'échiquier politique...

Un bon et agréable complément aux différents ouvrages parus ces dernières années sur Clemenceau, permettant de mieux comprendre celui qui fut aussi "le Père la Victoire". 

CNRS Editions, Paris, 2020, 205 pages, 22,- euros.

ISBN : 978-2-271-13138-6.

De gauche ?

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15 mars 2020 7 15 /03 /mars /2020 00:05

Fonder les républiques françaises

1792-1958

Julien Bouchet

L'installation de la République en France n'a été ni facile ni évidente, et Julien Bouchet nous en présente l'histoire compliquée, et parfois tumultueuse, sur un siècle et demi.

Les dix chapitres chronologiques et thématiques à la fois nous entraînent ainsi de 1789 à 1962, de la Ière à la Ve République. Les deux premiers ("La Première République" et "La République au tournant du XIXe s.") racontent l'histoire mouvementée de la Révolution avec ses constitutions successives et ses régiments aussi différents que la Terreur et le Directoire, mais aussi le glissement vers l'empire, via le Consulat. Le troisième ("La république en sommeil, 1804-1870") brosse rapidement le cours suivi par l'idée républicaine au long du XIXe s., tandis que le quatrième ("La Deuxième république, 1848-1852"), brève parenthèse sur fond de "printemps des peuples" européens. Les parties 5 à 8 s'intéressent à la IIIe République, qui ancra effectivement le régime républicain en France, grâce à l'instruction publique et à l'armée nationale notamment. Il y aborde les modalités mises en œuvre et évoque les difficultés rencontrées, mais aussi les symboles républicains par exemple. La neuvième partie ("Les ailleurs républicains") s'attache à rechercher les traces de la République outre-mer, dans l'empire colonial et dans les territoires sous mandat, tandis que la dixième et dernière ("L'entre-deux-pleins pouvoirs, 1940-1958") nous entraîne rapidement de Vichy à l'adoption de la constitution de la Ve République. Au bilan, une succession de changements de régime, qui conduit à relativiser bien des affirmations péremptoires entendues actuellement.

Le format réduit du volume conduit naturellement à des raccourcis et oblige l'auteur à limiter drastiquement ses développements, car e sujet est vaste. En tant que tel, une première bonne approche de la question qui fait ressortir les ruptures nettes et les indéniables continuités, mais aussi le caractère particulier du sentiment républicain en France. A conseiller par exemple aux étudiants.

Lemme Edit., Chamalières, 2020, 127 pages. 17,95 euros.

ISBN : 978-2-917575-87-1.

Difficile installation

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26 février 2020 3 26 /02 /février /2020 00:05

Le communisme français avant le congrès de Tours

Esquisse d'une proto-histoire du PCF

1915-1920

Sylvain Roussillon

Si le Parti communiste va fêter en 2020 son centenaire officiel en même temps que celui du congrès de Tours, il n'est pas simplement né d'une scission de la SFIO - IIe Internationale, et ce petit volume revient sur les militants parfois atypiques qui furent à son origine.

Ce "parti des origines, né dans la tourmente de la guerre et d'espérances révolutionnaires multiples" nous est présenté en trois parties : "Les Français au sein du mouvement zimmerwaldien", conférence internationale réunie dans le canton de Berne à l'initiative d'un socialiste suisse ; "Le Groupe Communiste Français de Russie", créé à la fin du mois d'août 1918 autour de Jacques Sadoul, Pierre Pascal et Marcel Body ; et "La préhistoire du communisme : Parti communiste de Péricat, Fédération communiste des Soviets, Parti communiste de Sigrand", organisations françaises éphémères nées en 1919 et traversées par des tendances très différentes. Au fil des pages, on retrouve en fond de tableau la Grande Guerre et ses conséquences sociales, ainsi que les premiers efforts de Lénine et Trotski pour créer une internationale communiste sous leur direction. L'auteur nous présente les principaux acteurs, leurs vies, leurs carrières, leurs évolutions. On s'aperçoit finalement qu'un grand nombre de ces premiers communistes s'éloigneront rapidement du parti, ou en seront exclu, "une fois évaporées les vapeurs trompeuses d'un bolchevisme sur lequel chacun plaquait ses propres espérances"

Un volume à petit prix tout à fait passionnant, qui rappelle les profondes turbulences idéologiques de cette époque, sur fond de guerre mondiale et de transformations sociales.

Scriblerus Club Editions, Saint-Etienne, 2020, 98 pages, 5,- euros.

ISBN : 9782490319282.

Origines du Parti communiste

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23 janvier 2020 4 23 /01 /janvier /2020 00:05

De Gaulle

Portrait d'un soldat en politique

Jean-Paul Cointet

Avec les commémorations de la campagne de France de mai-juin 1940, de l'appel du 18 juin et de l'armistice, l'année 2020 est en grande partie une "année De Gaulle" et, parmi les ouvrages qui commencent à paraître, celui-ci se distingue : une sorte de biographie thématique.

Jean-Paul Cointet, déjà auteur de nombreux ouvrages sur la période de la Seconde guerre mondiale (ici par exemple), s'interroge sur la substance profonde du gaullisme et son héritage en ces temps de Brexit et où l'Allemagne conteste à la France son siège de membre permanent du Conseil de sécurité de l'ONU. Pour ce faire, il suit une trame chronologique, de Saint-Cyr et de la Grande Guerre à la mise en place de la dissuasion atomique et l'impératif d'indépendance nationale aux premiers temps de la Ve République. Selon lui, on ne peut dissocier le militaire du politique, et c'est dans son expérience d'officier et sa connaissance intime de trois guerres contre l'Allemagne (celle de 1870 lui a été longuement racontée par son père) qu'il faut chercher une réponse : "la trilogie Histoire - Nation - Armée a accompagné son enfance et son adolescence". Certains passages prêtent à discussion, puisque l'auteur veut faire adhérer le récit à son idée initiale (notamment dans la partie sur l'entre-deux-guerres, "La guerre des blindés, du militaire au politique"), mais l'ensemble est tout particulièrement intéressant. On appréciera notamment les pages consacrées à De Gaulle auteur dans les années 1920-1930, ainsi que celles relatives à la période juin-août 1940 à Londres, alors que le général est quasiment seul ou presque. Le caractère profondément politique (au sens de stratège avec une vision claire de l'avenir) de De Gaulle est également mis en évidence dans les chapitres consacrés à "la bataille des généraux" à Alger, et à l'imposition de la souveraineté française aux Américains à l'été 1944. Enfin, les pages relatives à la période de "la traversée du désert" à Colombey (on dit qu'il est alors l'homme le mieux informé de France au regard du nombre et de la qualité des visites qu'il reçoit) et aux réflexions sur la guerre d'Algérie, sur l'arme atomique et sur l'indépendance nationale méritent indiscutablement d'être lues : "Tout ce qui porte mon pays au renoncement est pour lui le pire danger"...

Un livre qui présente l'ensemble de la vie de De Gaulle sous un angle original, mais qui rappelle aussi quelques principes (bienvenus) de géopolitique.

Perrin, Paris, 2020, 378 pages, 23,- euros.

ISBN :  978-2-262-07643-6.

Guerre et politique

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25 juillet 2019 4 25 /07 /juillet /2019 06:00

Le siècle des dictateurs

Olivier Guez (Dir.)

Coups de projecteurs successifs, au fil de cet ouvrage qui sera disponible en librairie à la fin du mois d'août, sur les chefs d'Etat des régimes dictatoriaux et totalitaires du XXe s.

Ayant réunis autour de lui 22 contributeurs qui traitent chacun d'un personnage en une petite vingtaine de pages en moyenne, Olivier Guez signe une longue préface très "journalistique" (le dictateur ne parle pas, il "glapit" ou "éructe") et fort peu historique ("L'Allemagne hitlérienne n'est devenue totalitaire qu'après s'être emparée de gigantesques territoires à l'Est pendant la guerre" ?), qui n'est pas à notre sens à la hauteur du livre. Car la quasi-totalité des contributions ensuite sont de bonne ou très bonne qualité, chaque rédacteur maîtrisant généralement fort bien son sujet. Parmi ceux-ci, on peut retenir en particulier mais sans exclusive Stéphane Courtois pour Lénine, Frédéric Le Moal pour Mussolini, Nicolas Werth pour Staline, Bénédicte Vergez-Chaignon pour Pétain, Jean-Christophe Buisson pour Tito, Rémi Kaufer pour Mao, Christian Destremeau pour Khomeyni, ou Bernard Bajolet pour Les Assad père et fils. Au-delà, peut-être moins connus du grand public, il faut aussi citer François-Guillaume Lorrain pour Enver Hodja, Emmanuel Hecht pour Alfredo Stroessner,  Jean-Pierre Langellier pour Joseph-Désiré Mobutu ou Patrick Moreau pour Erich Honecker. Notons que chaque portrait se termine par une utile bibliographie choisie. Au fil de chaque chapitre, nous retrouvons à la fois la vie et la carrière du dictateur concerné, mais aussi les modalités d'organisation du régime totalitaire et de suspension des libertés publiques.

On peut d'ailleurs ici s'interroger sur les points communs qu'il y aurait entre Franco et Hitler ou entre Tito et Staline, entre Mussolini et Mobutu ou entre Pétain et Pol Pot… Au-delà de l'émotion ou de l'indignation, une véritable réflexion mériterait d'être posée sur la nature de ces régimes, leurs ressemblances et leurs différences (quels rapports entre Duvalier fils ("Bébé Doc") et Lénine ? Le livre mérite cependant absolument d'être lu, car il permet de refaire un point factuel sur les dictateurs les plus célèbres et surtout traite de personnages parfois fort peu connus en France (qui connait bien le japonais Tojo, l'albanais Enver Hodja ou le paraguayen Strossnner ?), mais qu'il convient d'aborder dans son ensemble avec prudence.

Perrin, Paris, 2019, 461 pages, 22,- euros.

ISBN : 978-2-262-07710-5.

Totalitarisme(s)

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25 septembre 2018 2 25 /09 /septembre /2018 06:00

Clientélisme politique et recommandations

Exemple de la Lorraine de la IIIe à la Ve République

Julie Bour

A partir de sa thèse soutenue en 2015 à Metz, Julie Bour nous dresse un tableau très complet de cette question du clientélisme électoral, de l'encrage local d'un élu, de "l'efficacité" relative de ces demandes, dans un sens ou dans l'autre. Une façon aussi de comprendre comment fonctionnent ces "baronnies" républicaines.

L'auteure s'intéresse d'abord dans une première partie ("Le système meusien de recommandation à la loupe") au député-ministre Louis Jacquinot et à la logique, au rôle, à l'importance de la recommandation dans la vie politique locale. Elle développe ensuite dans une deuxième partie ("Déclinaison du système en Lorraine") sa réflexion autour de trois personnalités d'obédiences différentes, le gaulliste Pierre Messmer, le socialiste Christian Pierret et le syndicaliste agricole François Guillaume. Pour chacun, elle détaille le processus suivi par ces demandes et recommandations (les questions militaires constituent longtemps le motif le plus fréquent), les raisons, motifs et objets, les liens informels ou plus visibles ainsi créés. Elle accompagne son propos de nombreuses citations, de références et surtout de multiples tableaux et graphiques de synthèse et de cartes bien utiles. Julie Bour met ainsi en relief l'importance et la permanence du système des recommandations, "on sollicite l'Etat employeur, l'Etat protecteur, l'Etat providence … Un emploi, un logement, une aide sociale, même modeste, voilà l'objet de plus en plus central de la recommandation. Alors que depuis la IIIe République les demandes de décorations faisaient partie des requêtes revenant régulièrement auprès des élus, elles se réduisent considérablement à partir des années 1970".

Véritable photographie d'un état de fait, point de situation établi sans jugement de valeur, le livre ouvre ensuite, à titre personnel, sur bien des réflexions quand aux résultats électoraux. Le méridional que je suis se souvient à cet égard de quelques municipalités emblématiques… Une étude très intéressante qui pourrait être étendue à d'autres régions que la Lorraine ?

Presses universitaires de Rennes, 2018, 211 pages, 20,- euros.

ISBN : 978-2-7535-7421-2.

Du favoritisme à la corruption ?

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11 septembre 2018 2 11 /09 /septembre /2018 06:00

Histoire des droites en France

De 1815 à nos jours

Gilles Richard

Tout en constatant que depuis deux décennies les mouvements sont nombreux et profonds sur l'échiquier politique français, Gilles Richard (politiste co-directeur d'une Histoire de l'UDF, ici) se dit convaincu qu'il n'y a pas "d'intelligence du présent sans connaissance du passé". Il nous propose donc une vaste fresque historique sur plus de deux siècles.

Aux trois familles politiques classiques de René Rémond ("légitimiste/traditionnaliste", "orléaniste/libérale", "bonapartiste/gaulliste"), l'auteur préfère une vision plus précise, qui tient compte du contexte et des sujets nouveaux qui prennent une importance particulière, ainsi que de l'émergence de nouvelles forces (le Front national étant le plus connu). Le livre est organisé en quatre grandes parties chronothématiques : "Les droites face à la République, s'adapter ou disparaître, 1815-1914", "Les droites de l'Union sacrée à la Révolution nationale : les impasses du nationalisme, 1914-1944", "Face au danger communiste, l'insurmontable rivalité entre gaulliste et libéraux, 1944-1974", et "Les droites depuis 1974 : nationalistes contre libéraux à l'heure de l'intégration de la France dans l'Union européenne". Au fil des différents chapitres, de l'Ordre moral au Boulangisme, de l'affaire Dreyfus à l'Action française, de Poincaré aux ligues, du puissant PSF au schisme entre Vichy et la Résistance, du MRP au CNIP, du retour des gaullistes en 1958 à Pompidou et Giscard, de l'émergence du Front national devenu premier parti de France à l'échec de l'UMP déchirée entre néolibéraux et eurosceptiques. Au bilan, l'analyse ne révolutionne pas à notre sens l'œuvre fondatrice de René Rémond, en particulier pour le XIXe s., mais apporte une incontestable plus value pour la partie la plus récente, depuis l'instauration de la Ve République, les évolutions électoralo-erratiques du mouvement post-gaulliste et l'installation dans le paysage d'une droite nationaliste puissante.

Un ouvrage indispensable à tous les amateurs et/ou étudiants en sciences politiques et histoire politique de la France.

Perrin, Paris, 2017, 634 pages, 27,- euros.

ISBN : 978-2-262-03468-9.

Héritage de René Rémond ?

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Qui Suis-Je ?

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  • : Guerres et conflits XIXe-XXIe s. se fixe pour objectif d’être à la fois (sans prétendre à une exhaustivité matériellement impossible) un carrefour, un miroir, un espace de discussions. Sans être jamais esclave de la « dictature des commémorations », nous nous efforcerons de traiter le plus largement possible de toutes les campagnes, de tous les théâtres, souvent dans une perspective comparatiste. C’est donc à une approche globale de l’histoire militaire que nous vous invitons.
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Cafés historiques de La Chouette

Prochaine séance : pour la rentrée de septembre. Le programme complet sera très prochainement mis en ligne.

Publications personnelles

Livres

 

doumenc-copie-1.jpgLa Direction des Services automobiles des armées et la motorisation des armées françaises (1914-1918), vues à travers l’action du commandant Doumenc

Lavauzelle, Panazol, 2004.

A partir de ma thèse de doctorat, la première étude d’ensemble sur la motorisation des armées pendant la Première Guerre mondiale, sous l’angle du service automobile du GQG, dans les domaines de l’organisation, de la gestion et de l’emploi, des ‘Taxis de la Marne’ aux offensives de l’automne 1918, en passant par la ‘Voie sacrée’ et la Somme.

 

La mobilisation industrielle, ‘premier front’ de la Grande Guerre ? mobil indus

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2005 (préface du professeur Jean-Jacques Becker).

En 302 pages (+ 42 pages d’annexes et de bibliographie), toute l’évolution industrielle de l’intérieur pendant la Première Guerre mondiale. Afin de produire toujours davantage pour les armées en campagne, l’organisation complète de la nation, dans tous les secteurs économiques et industriels. Accompagné de nombreux tableaux de synthèse.

 

colonies-allemandes.jpgLa conquête des colonies allemandes. Naissance et mort d’un rêve impérial

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2006 (préface du professeur Jacques Frémeaux).

Au début de la Grande Guerre, l’empire colonial allemand est de création récente. Sans continuité territoriale, les différents territoires ultramarins du Reich sont difficilement défendables. De sa constitution à la fin du XIXe siècle à sa dévolution après le traité de Versailles, toutes les étapes de sa conquête entre 1914 et 1918 (388 pages, + 11 pages d’annexes, 15 pages de bibliographie, index et cartes).

 

 caire damasDu Caire à Damas. Français et Anglais au Proche-Orient (1914-1919)

 14/18 Editions, Saint-Cloud, 2008 (préface du professeur Jean-Charles Jauffret).

Du premier au dernier jour de la Grande Guerre, bien que la priorité soit accordée au front de France, Paris entretient en Orient plusieurs missions qui participent, avec les nombreux contingents britanniques, aux opérations du Sinaï, d’Arabie, de Palestine et de Syrie. Mais, dans ce cadre géographique, les oppositions diplomatiques entre ‘alliés’ sont au moins aussi importantes que les campagnes militaires elles-mêmes.

 

hte silesieHaute-Silésie (1920-1922). Laboratoire des ‘leçons oubliées’ de l’armée française et perceptions nationales

‘Etudes académiques », Riveneuve Editions, Paris, 2009.

Première étude d’ensemble en français sur la question, à partir du volume de mon habilitation à diriger des recherches. Le récit détaillé de la première opération civilo-militaire moderne d’interposition entre des factions en lutte (Allemands et Polonais) conduite par une coalition internationale (France, Grande-Bretagne, Italie), à partir des archives françaises et étrangères et de la presse de l’époque (381 pages + 53 pages d’annexes, index et bibliographie).

 

cdt armee allde Le commandement suprême de l’armée allemande 1914-1916, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général von Falkenhayn 

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Le texte original de l’édition française de 1921 des mémoires de l’ancien chef d’état-major général allemand, accompagné d’un dispositif complet de notes infrapaginales permettant de situer les lieux, de rappeler la carrière des personnages cités et surtout de comparer ses affirmations avec les documents d’archives et les témoignages des autres acteurs (339 pages + 34 pages d’annexes, cartes et index).

 

chrono commChronologie commentée de la Première Guerre mondiale

Perrin, Paris, 2011.

La Grande Guerre au jour le jour entre juin 1914 et juin 1919, dans tous les domaines (militaire, mais aussi politique, diplomatique, économique, financier, social, culturel) et sur tous les fronts. Environ 15.000 événements sur 607 pages (+ 36 pages de bibliographie et d’index).

 

 Les secrets de la Grande Guerrecouverture secrets

Librairie Vuibert, Paris, 2012.

Un volume grand public permettant, à partir d’une vingtaine de situations personnelles ou d’exemples concrets, de remettre en lumière quelques épisodes peu connus de la Première Guerre mondiale, de la question du « pantalon rouge » en août 1914 à l’acceptation de l’armistice par von Lettow-Vorbeck en Afrique orientale, après la fin des hostilités sur le théâtre ouest-européen.

 

Couverture de l'ouvrage 'Mon commandement en Orient'Mon commandement en Orient, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général Sarrail

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2012

Le texte intégral de l'édition originale, passé au crible des archives publiques, des fonds privés et des témoignages des acteurs. Le récit fait par Sarrail de son temps de commandement à Salonique (1915-1917) apparaît véritablement comme un exemple presque caricatural de mémoires d'autojustification a posteriori

 

 

Coordination et direction d’ouvrages

 

Destins d’exception. Les parrains de promotion de l’Ecole Spéciale Militaire de Saint-Cyr

SHAT, Vincennes, 2002.

Présentation (très largement illustrée, 139 pages) des 58 parrains qui ont donné leur nom à des promotions de Saint-Cyr, entre la promotion « du Prince Impérial » (1857-1858) et la promotion « chef d’escadrons Raffalli » (1998-2001).

 

fflLa France Libre. L’épopée des Français Libres au combat, 1940-1945

SHAT, Vincennes et LBM, Paris, 2004.

Album illustré présentant en 191 pages l’histoire et les parcours (individuels et collectifs) des volontaires de la France Libre pendant la Seconde guerre mondiale.

 

marque courageLa marque du courage

SHD, Vincennes et LBM, Paris, 2005.

Album illustré présentant en 189 pages l’histoire des Croix de Guerre et de la Valeur Militaire, à travers une succession de portraits, de la Première Guerre mondiale à la Bosnie en 1995. L’album comporte en annexe une étude sur la symbolique, les fourragères et la liste des unités d’active décorées.

 

  90e anniversaire de la Croix de guerre90-ANS-CROIX-DE-GUERRE.jpg

SHD, Vincennes, 2006.

Actes de la journée d’études tenue au Musée de l’Armée le 16 novembre 2005. Douze contributions d’officiers historiens et d’universitaires, français et étrangers, de la naissance de la Croix de guerre à sa perception dans la société française, en passant les décorations alliées similaires et ses évolutions ultérieures.

 

france grèceLes relations militaires franco-grecques. De la Restauration à la Seconde guerre mondiale 

SHD,Vincennes, 2007.

Durant cette période, les relations militaires franco-grecques ont été particulièrement intenses, portées à la fois par les sentiments philhellènes qui se développent dans l’hexagone (la France est l’une des ‘Puissances protectrices’ dès la renaissance du pays) et par la volonté de ne pas céder d’influence aux Anglais, aux Allemands ou aux Italiens. La campagne de Morée en 1828, l’intervention en Crète en 1897, les opérations en Russie du Sud  en 1919 constituent quelques uns des onze chapitres de ce volume, complété par un inventaire exhaustif des fonds conservés à Vincennes.

 

verdunLes 300 jours de Verdun

Editions Italiques, Triel-sur-Seine, 2006 (Jean-Pierre Turbergue, Dir.).

Exceptionnel album de 550 pages, très richement illustré, réalisé en partenariat entre les éditions Italiques et le Service historique de la Défense. Toutes les opérations sur le front de Verdun en 1916 au jour le jour.

 

DICO-14-18.jpgDictionnaire de la Grande Guerre

(avec François Cochet), 'Bouquins', R. Laffont, 2008.

Une cinquantaine de contributeurs parmi les meilleurs spécialistes de la Grande Guerre, 1.100 pages, 2.500 entrées : toute la Première Guerre mondiale de A à Z, les hommes, les lieux, les matériels, les opérations, les règlements, les doctrines, etc.

 

fochFerdinand Foch (1851-1929). Apprenez à penser

(avec François Cochet), 14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Actes du colloque international tenu à l’Ecole militaire les 6 et 7 novembre 2008. Vingt-quatre communications balayant tous les aspects de la carrière du maréchal Foch, de sa formation à son héritage dans les armées alliées par des historiens, civils et militaires, de neuf nations (461 pages + 16 pages de bibliographie).

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