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19 janvier 2022 3 19 /01 /janvier /2022 00:01
Monumental !

Communisme

Une histoire mondiale

Thierry Wolton

Réédition en format poche de la monumentale trilogie du grand journaliste spécialiste de l'histoire du communisme, parue pour la première fois entre 2015 et 2017. Une exceptionnelle synthèse d'un siècle d'histoire à l'échelle planétaire, un ensemble absolument indispensable pour quiconque s'intéresse à l'histoire du XXe siècle.

Vol. 1  Les bourreaux

Ce premier volume commence avec l'incapacité du régime tsariste puis du gouvernement provisoire à s'opposer aux révolutionnaires bolcheviques et se termine avec "l'apothéose asiatique" et "l'Afrique nouvelle terre de conquête". Au fil des quelques 1.300 pages, nous suivons la mise en place du régime communiste dans l'URSS naissante avec l'imposition d'une dictature de plus en plus lourde et d'un parti unique de plus en plus violent d'abord, sclérosé ensuite. Après l'instauration du "socialisme dans un seul pays", Thierry Wolton s'intéresse au pacte germano-soviétique : "Staline, meilleur allié d'Hitler ; l'aide de l'URSS à la machine de guerre allemande". Il s'attache ensuite à relever les hypocrisies soviétiques et la myopie occidentale avec l'imposition de gouvernements communistes en  Europe orientale, avant d'élargir son tour d'horizon (Chine, Vietnam, etc.) et aux évolutions après la mort de Staline. Il consacre le chapitre 14 aux crimes de masse du maoïsme, avant de traiter du régime cubain, et enfin des évolutions en Europe sous Khrouchtchev et Brejnev.

Vol. 2  Les victimes

Le deuxième tome nous entraîne à la recherche des innombrables victimes des polices politiques et des camps de concentration communistes. Thierry Wolton s'intéresse successivement au processus de "fabrication" de l'ennemi intérieur et aux conditions d'enfermement de masse ("Les cimetières pour vivants", "Le châtiment collectif", "Les affamés", "Les enfants d'abord"). Il identifie ensuite les l'homme communiste idéalisé, l'homme nouveau que le régime s'efforce de créer par la contrainte, la mise en condition, l'Etat policier. Il continue son raisonnement en distinguant entre les élites communistes de la Nomenklatura, gonflées de privilèges et vivant sur une "organisation de type mafieux", et le peuple soumis et enfin évoque ceux qui résistèrent à ces régimes, des paysans ukrainiens aux ouvriers polonais, des marins de Kronstadt aux syndicats libres, des guerres civiles souvent prolongées aux Eglises et aux dissidents.

Vol. 3  Les complices

Le troisième volume enquête sur ceux qui aidèrent au fil du temps à la mise en place et à la consolidation des régimes communistes, "cannibalisés", vidés de leur substance, dénigrés dès lors qu'ils cessent d'être utile. La grande faiblesse des socialistes européens irrigue la plupart des différents chapitres, inconscients de la télécommande des différents partis communistes par Moscou, en Allemagne, en Italie, en Espagne, dans les différents pays d'Europe de l'Est. On lira avec intérêt les pages consacrées aux rapports entre Staline et Thorez, mais aussi a Aragon, "le saigneur des lettres françaises", et aux divers et multiples compagnons de route et autres idiots utiles. Il termine avec "Les dix ans qui ébranlèrent le monde communiste", en URSS et dans les pays satellites comme en Chine , avec l'échec de tous ceux qui essayèrent de réformer le système de l'intérieur et les débats autour de la réunification allemande pour arriver à Poutine (histoire vs mémoire). Avec "Le dernier carré des pays communistes" nous passons de Cuba en Chine et le livre se termine sur la situation de "drôle de guerre" qui prévaut , les conflits d'influence et la concurrence des puissances.

Une somme absolument essentielle, synthèse indispensable pour tous ceux qui s'intéressent à l'histoire du XXe siècle dans ses aspects les plus troubles et les plus meurtriers.

 

Monumental !Monumental !
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23 décembre 2021 4 23 /12 /décembre /2021 00:01

Quand les socialistes français se souviennent de leurs guerres

Mémoire et identité (1944-1995)

Noëlline Castagnez

Voici un ouvrage tout à fait original et novateur qui nous plonge à la fois au coeur de l'histoire militaire de la deuxième moitié du XXe siècle et dans la mémoire que les socialistes français ont voulu mettre en avant et conserver.

Noëlline Castagnez prend en compte toutes les guerres, mondiales, étrangères, civiles : "guerres héroïques, guerres honteuses, 'leurs guerres' laissent aux socialistes des souvenirs très contrastés".  Elle les replace également dans leur contexte politique, entre deux mémoires reconstruites extrêmement fortes, celle du Parti communiste, le "parti des 75.000 fusillés", et la mémoire gaulliste, de la France Libre et de la grandeur retrouvée. Comme le disait Malraux : "Il y a nous, les communistes et rien"... De l'Union sacrée, acceptée en 1914 puis mise à mal dès 1915 pour renouer avec les manoeuvres de couloir, à l'attitude "attentiste" de juin 1940, au vote des pleins pouvoirs au maréchal Pétain, et à l'attitude pour le moins "évolutive" lors des guerres d'Indochine et surtout d'Algérie, le XXe siècle a mis à mal non seulement la cohésion du parti mais aussi son approche officielle des guerres de la France. Il faut que François Mitterrand prenne le contrôle de la vieille SFIO pour en faire le Parti socialiste pour que la réécriture soit menée tambour battant par celui qui fut le récipiendaire de la Francisque. Le dernier chapitre est ainsi titré "La mémoire au service du pouvoir mitterrandien", avec l'action en interne, au sein du parti, et à l'extérieur, face aux communistes et à la droite. La guerre d'Algérie reste cependant une blessure particulière, particulièrement marquée entre la jeune génération du PS et le Président (ancien ministre de l'Intérieur puis de la Justice au début de la guerre) qui ne refuse pas le soutien d'anciens Algérie Française et privilégie le "résistancialisme" des résistants de l'Intérieur au rôle des Français libres à l'extérieur. Il n'y a donc pas véritablement de "mémoire partagée" au sein du parti, même si une doxa minimaliste s'impose : "Chez les socialistes, le passé est certes souvent reconstruit, voire manipulé en fonction des enjeux politiques du présent, mais il s'impose parfois de manière irrépressible et balaye alors toute considération partisane"

Un volume excellent, en ce qu'il décortique par le menu le processus de réécriture de l'histoire auquel les gouvernants se livrent les uns après les autres. Une politique d'intoxication qui justifie, qui exige, que les historiens soient d'autant plus rigoureux dans leurs recherches et précis dans leurs références.

Presses universitaires de Rennes, 2021, 477 pages, 32,- euros.

ISBN : 978-2-7535-8255-2.

Pour commander directement le livre : ici.

Politique et mémoire
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1 décembre 2021 3 01 /12 /décembre /2021 00:01

Cahiers de prison

Anthologie

Antonio Gramsci

Célèbre pour le rôle et la place qu'il attribue à la culture dans la pensée politique, le théoricien et homme politique italien est paradoxalement peu lu. La publication de ces Cahiers en format poche est donc particulièrement bienvenue, puisqu'elle permet de revenir au texte d'origine.

Chef du Parti communiste italien au début des années 1920, il est arrêté en 1926 et rédige en prison ces Cahiers. Il y aborde tous les thèmes qui peuvent concourir à la victoire politique, culturels bien sûr, mais aussi militaires -à plusieurs reprises- ("Dans la guerre militaire, une fois atteint le but stratégique, ... on a la paix ... La lutte politique est beaucoup plus complexe : en un sens elle peut être comparée aux guerres coloniales ou au anciennes guerres de conquête"), historiques, religieux, industriels, philosophiques, etc. La question des rapports de forces est toujours présente dans ses réflexions, en particulier dans le temps long, d'où la nécessité d'une méthodologie rigoureuse. Au fil des pages, on trouve par exemple une analyse des commandements anglais et allemand pendant la bataille du Jutland, mais aussi des réflexions sur Machiavel comme sur Nietzche ou sur Georges Sorel. 

Le volume se termine sur une série de notices biographiques et sur de nombreuses notes et références. Voici la possibilité de se plonger dans le texte original d'un grand penseur du XXe siècle, communiste par raisonnement et volonté bien qu'en désaccord avec les doctrinaires staliniens qui tentèrent ensuite de l'instrumentaliser. Un ouvrage à petit prix indispensable pour toute bibliothèque d'histoire des idées politiques. 

Folio Essais, Paris, 2021, 800 pages. 11,50 euros.

ISBN : 978-207-290149-2.

Pour commander directement le livre : ici.

Importance de la culture
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27 octobre 2021 3 27 /10 /octobre /2021 00:01

Les fascismes russes

(1922-1945)

Sylvain Roussillon

Déjà auteur de plusieurs ouvrages sur des périodes très différentes (ici, ici et ici par exemple), Sylvain Roussillon nous propose aujourd'hui une étude absolument originale et novatrice par son ampleur. Il s'intéresse en effet à ces mouvements de l'exil russe "blanc" qui évoluent vers le fascisme durant les années 1920 et qui, pour certains, finiront par rejoindre les armées allemandes après juin 1941.

Le livre est divisé en neuf chapitres, de la présentation de l'évolution politique de la Russie et de ses mouvements révolutionnaires jusqu'en 1917, à la vie de Boris Savinkov, révolutionnaire du premier jour qui va s'opposer aux Bolcheviques et mourir à la Loubianka en mai 1925. Au fil des chapitres, nous croisons les différentes personnalités et les différents mouvements pouvant peu ou prou être rattachés à la mouvance fasciste. Nous faisons ainsi connaissance avec Vasily Shulgin, qui se proclame "fasciste russe" dès 1922, considère l'offensive allemande de 1941 comme une attaque contre la Russie éternelle et meurt en 1967 en URSS, tandis que certains de ses proches font référence à un "bolchevisme national". L'auteur évoque ensuite le mouvement Jeune Russie, resté fondamentalement monarchiste. Nous rencontrons dans les chapitres qui suivent Bermont-Avalov, ancien général du tsar, et Anastasiy Vonsyatsky, créateur en 1933 aux Etats-Unis où il est en exil d'une Organisation fasciste panrusse : "L'organisation fasciste panrusse est seulement un mouvement de Russes unis contre le communisme, et le fascisme est le seul courant politique au monde capable pour l'instant d'anéantir le communisme", écrit-il. L'auteur nous entraîne ensuite "De l'Ukraine à la Baltique" et aux situations particulièrement conflictuelles durant de nombreuses années, causes d'une émigration vers les pays voisins, Allemagne et royaumes balkaniques. Enfin, vient la présentation d'un "national-socialisme russe", qui finalement ne se formalise qu'avec la Seconde guerre mondiale et l'opération Barbarossa, avec les différentes catégories de combattants russes engagés les armes à la main contre le régime soviétique.

Finalement, l'appellation "fascismes russes" est sans doute abusive pour la plupart, car ils sont soit restés foncièrement monarchistes, soit engagés aux côtés de l'Axe par le seul anticommunisme. Cette étiquette a été revendiquée, mais elle n'a jamais été traduite dans la réalité d'un parti homogène identifiable : "Partie intégrante de la vie politique de l'émigration russe, le courant fasciste n'a pas su, sauf à un bref moment en Mandchourie, se construire une identité propre, en s'affranchissant des erreurs de la guerre civile. Apparaissant finalement aux yeux de beaucoup comme un simple anticommunisme en chemise de couleur, il était condamné dès sa naissance".

Un livre qui présente des parcours individuels assez exceptionnels, qui explore des aspects très mal connus de l'émigration russe de l'entre-deux-guerres, dans un contexte politique et idéologique conflictuel et qui se termine pour un certain nombre dans les rangs des armées allemandes.

Ars Magna, Nantes, 2021, 341 pages, 30,- euros

ISBN : 978-2-38356-009-8.

Pour commander directement le livre : ici.

En exil
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20 novembre 2020 5 20 /11 /novembre /2020 00:01

De Gaulle et les communistes

Henri-Christian Giraud

Présenté comme la "révélation" de "l'un des secrets les mieux gardé du général De Gaulle", l'alliance de circonstance entre le chef de la France Libre et Staline est connue depuis bien longtemps, et la complexité des rapports entre De Gaulle et le PCF ont été étudiés à plusieurs reprises. Alors constatons-le : oui, De Gaulle a noué pendant la guerre des relations aussi étroites que discrètes avec l'URSS de Staline, une politique dictée par la nécessité de maintenir et de faire reconnaître la France Libre dans la guerre, et une politique encouragée par Staline dans le contexte de ses relations avec les Anglo-Saxons. Les ennemis de mes ennemis...

En cette période de commémoration univoque du mythe gaullien, il n'est toutefois pas mauvais d'avoir un livre un peu moins systématiquement laudateur. Tout son intérêt réside dans la reconstitution de la chronologie des évènements et dans la multiplication des références, témoignages, courriers, etc., qui donnent au volume sa densité et sa profondeur. Pour certains épisodes presque jour par jour, Henri-Christian Giraud cite longuement les courriers des uns et les échanges des autres afin d'abonder sa démonstration. De Gaulle se sert de cette alliance pour assurer sa prééminence sur la France combattante, notamment lors du différent qui l'oppose à Giraud en Afrique du Nord. La question est légèrement différente lorsque l'on parle des relations entre De Gaulle et non plus l'URSS mais le PCF. Dans ces manoeuvres franco-françaises, il faut sans doute voir aussi la volonté de préparer la suite, l'après-guerre, en garantissant une autorité sur la résistance intérieure, qui pourrait se révéler être la seule (ou la principale) force organisée lors de la future libération. Les débats qui se multiplient au printemps et à l'été 1944 en portent témoignage. Le livre se termine sur les heurts de la fin de la guerre entre De Gaulle et les communistes, preuve a contrario que cette alliance n'était que de circonstance. Lorsqu'il n'a pas de citation conforme, l'auteur tire argument du silence des documents pour justifier de la même façon son raisonnement.

Au bilan, un ouvrage certes important mais dont il ne faut pas exagérer les causes, effets et conséquences. L'extrême précision du volume est une vraie qualité et la précision du discours mérite d'être soulignée, tout en relativisant l'importance globale du dossier dans l'histoire du gaullisme.

Perrin, Paris, 2020, 1039 pages, 32 pages.

ISBN : 978-2-262-08620-6.

Pour commander directement le livre : ici.

Face cachée
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8 novembre 2020 7 08 /11 /novembre /2020 00:01

Le congrès de Tours

Léon Blum

En ce centième anniversaire de la scission intervenue au sein de la Section française de l'internationale ouvrière, voici la réédition en un petit volume au format "poche" de trois textes de l'un des principaux dirigeants socialistes.

Le premier, "Pour être socialiste", "est un véritable bréviaire du socialisme français" qui s'adresse à la jeunesse et a été réédité pendant plus de soixante ans pour la formation interne au sein du parti. Le second est le texte d'un discours prononcé en 1919, "Commentaires sur le programme d'action du parti socialiste", qui dresse aussi un bilan au lendemain de la Grande Guerre. Le troisième est le texte du discours prononcé par Léon Blum le 27 décembre 1920 lors du congrès de Tours pour défendre le "refus d'adhésion pure et simple" à l'internationale communiste, un discours aux tonalités révolutionnaires ("Je ne connais qu'un socialisme, le socialisme révolutionnaire"), qui précise ce qui différencie le socialisme français du léninisme. Des textes du temps de crise pour le socialisme français donc.

Un petit volume sans prétention, peu onéreux, qui permet de replonger dans le style très particulier des grands discours de la IIIe République d'une part, dans les débats de la gauche socialiste d'après Grande Guerre (Blum va échouer à retenir une majorité de délégués) et aux racines de la création de la Section française de l'internationale communiste, futur parti Communiste français.

Folio Histoire, Gallimard, Paris, 2020, 165 pages. 6,90 euros.

ISBN : 978-2-07-290164-5.

Pour commander directement le livre : ici.

De la SFIO à la SFIC
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18 octobre 2020 7 18 /10 /octobre /2020 00:01

Georges Pompidou

Avec De Gaulle 1944-1959

Bernard Lachaise

Si les relations entre les deux hommes sont relativement bien connues pour ce qui concerne la Ve République, l'ouvrage de Bernard Lachaise nous les présente dans toute leur étendue à partir de 1944, en appuyant son texte sur de très nombreuses et solides références.

Partant de son entrée au cabinet civil du général De Gaulle, président du GPRF, comme chargé de mission en octobre 1944, Bernard Lachaise nous apprend que les deux hommes restent (relativement) proches entre 1946 et 1948, puis que Pompidou devient chef de cabinet du général pendant la période du RPF (en fait de 1948 à 1953), et enfin un  éloignement qui n'est qu'apparent pendant la traversée du désert jusqu'en 1958, avant de redevenir chef de cabinet du général dès son retour au pouvoir. L'ouvrage, qui détaille le rôle de Pompidou tout comme la qualité des relations entretenues entre les deux hommes, mais aussi avec la famille De Gaulle dans son ensemble (trésorier de la Fondation Anne De Gaulle, Pompidou est aussi en contact régulier avec Yvonne De Gaulle), nous en apprend beaucoup sur la réalité et la fréquence des entretiens et également sur les relations internes au sein du mouvement gaulliste, entre fidèles de la première heure, barons en puissance et ralliés successifs. Au poste clef du cabinet notamment, il est en relation avec l'ensemble du personnel politique et des élites nationales. Il nous livre ponctuellement les propos du général, noté sur le vif, comme ce 2 novembre 1949 à propos de la Défense nationale : "On va la détruire par les crédits. On a choisi Pleven pour couvrir cela parce que l'auréole de la France Libre lui permet d'être un bon paravent ... On a perdu l'Inde, on va perdre l'Indochine, on se prépare à perdre la Tunisie. Tout cela ne se fait pas en un jour, mais se fera". S'il semble s'éloigner du pouvoir au début de l'année 1959, Pompidou n'en conserve pas moins des relations personnelles avec le nouveau chef du gouvernement, à travers par exemple son implication dans la publication des mémoires de De Gaulle. Finalement, la confiance que lui porte le général se traduit (enfin) par sa nomination comme Premier ministre en 1962. Utilisant, notamment, intensivement les carnets personnels de Georges Pompidou et les témoignages croisés des grands du gaullisme, le livre se termine sur cette citation d'Olivier Guichard : "Pompidou m'apparaît comme le plus radicalement gaullien des gaullistes. Sa liberté de pensée, son orgueilleuse réserve ont été une sorte d'identification avec le général".

Un volume indiscutablement important pour mieux comprendre l'évolution politique de la France, mais aussi les personnalités profondes des deux principaux héros du livre, sans compter les relations discrètes entre barons du gaullisme.

éditions Codex, Ploemeur (56), 2020, 239 pages. 21,90 euros.

ISBN : 978-2-918783-17-6.

UNE PROXIMITE MECONNUE
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20 juin 2020 6 20 /06 /juin /2020 00:01

Edouard Herriot

en quatre portraits

Bruno Benoit (Dir.)

Figure marquante de la vie politique française pendant plus d'un demi siècle, inamovible maire de Lyon (1905-1957 sauf pendant les années 1940-1945), Edouard Herriot a occupé tous les postes possibles. C'est à la carrière et à la personnalité de ce "pape du radicalisme" que dix-sept auteurs consacrent une contribution.

Le livre est divisé en quatre grandes parties : "Herriot, le Lyonnais", "Herriot, l'humaniste", "Herriot, le politique", "Herriot, l'européen". Objectivement, il n'est peut-être pas surprenant que malgré sa longévité politique il soit aujourd'hui devenu un quasi-inconnu. En effet, et ce n'est que l'un des paradoxes de sa carrière, il n'obtient quasiment aucun succès important au plan national. Par exemple, son expérience ministérielle dans le sixième cabinet Briand (décembre 1916 - mars 1917) comme ministre des Travaux publics, des Transports et du Ravitaillement laisse "un souvenir peu probant", mais l'on y apprend que le nouveau ministre a été "chaleureusement recommandé à Briand par Lyautey, qui entretenait avec lui de cordiales relations". Comme quoi... De même, Hubert Bonin commence sa contribution intitulée "Méditations sur l'image négative d'Herriot, responsable financier et économique" par cette phrase : "Edouard Herriot traine derrière lui une réputation de responsable des finances et de l'économie plutôt entachée d'incompétence, d'aveuglement, de déni même, voire de trucage des comptes publics". S'il explique et relativise cette appréciation dans la suite de son texte, l'image d'Herriot qui en ressort n'est pas flamboyante. Il faut cependant ajouter que les textes en relation avec son engagement à Lyon sont globalement plus favorables.

Un livre qui tranche avec les biographies traditionnelles, à la fois parce qu'il ne suit pas un plan chronologique mais thématique, mais également parce qu'il remet le personnage dans son temps, retrace son action et analyse ses décisions sans hagiographie. Le bien est pris en compte, le moyen souligné, le moins bon reconnu. Il en ressort une impression de grande honnêteté dans le portrait d'ensemble et une juste (semble-t-il) présentation d'un responsable politique emblématique des IIIe et IVe Républiques.

Presses universitaires du Septentrion, Villeneuve d'Ascq, 2020, 288 pages, 25,- euros.

ISBN : 978-2-7574-2950-1.

Figure du parti Radical
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2 avril 2020 4 02 /04 /avril /2020 00:07

Israël et la bombe

L'histoire du nucléaire israélien

Avner Cohen

Cet ouvrage de référence, sous la signature de l'un des meilleurs connaisseurs des questions de prolifération nucléaire, paru il y a près de vingt ans en anglais est enfin traduit en français. Sa lecture va très certainement étonner plus d'un amateur.

Dans un premier temps, Avner Cohen présente les principaux acteurs israéliens (Ben Gourion et ses conseillers), puis revient sur les prémisses de cette recherche de l'arme atomique, avant 1955. Il détaille ensuite longuement les processus plus ou moins discrets d'acquisition, à l'étranger (rôle de la France), des matériels et composants nécessaires, les dénégations successives, les contrôles biaisés, les manœuvres dilatoires à l'extérieur et les débats internes. A partir de la présidence Kennedy, les Etats-Unis et Israël "s'engagent sur la voie de l'opacité nucléaire", et au-delà l'auteur revient sur les équipements militaires fournis en nombre par Washington. Des pages extrêmement intéressantes sont ensuite consacrées à la prise en compte du sujet par l'Egypte jusqu'à la guerre des Six jours. Après l'accession de Golda Meir au pouvoir, la question du statut du nucléaire israélien et de sa reconnaissance divise jusqu'au niveau du gouvernement, alors qu'Américains et Français cessent leur soutien direct (embargo décidé par De Gaulle). Un vif débat s'engage alors au sujet de l'adhésion de l'Etat juif au traité de non prolifération nucléaire (TNP), avec dans le panorama la livraison d'avions américains et un certain nombre de concessions politico-diplomatiques. L'auteur détaille ici par le menu les échanges, courriers, tractations, réunions entre Israéliens et Américains menant à une situation ambigüe : "Israël était perçu comme un Etat doté d'un arsenal nucléaire, même si ce statut n'était ni déclaré ni reconnu".

Cette histoire des origines et de la montée en puissance du programme israélien secret d'arme nucléaire est tout à fait exceptionnelle. L'auteur multiplie les références, écrites et orales (très nombreux entretiens avec les responsables) et peut rédiger ainsi un ouvrage probablement unique sur le sujet, par son ampleur et sa densité.

Editions Demi-Lune, Plogastel Saint-Germain (29), 2020, 623 pages, 29,- euros.

ISBN : 978-0-231104-83-9.

Prolifération nucléaire
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1 avril 2020 3 01 /04 /avril /2020 00:01

Jacques Soustelle

L'ami d'Israël

Alain Herbeth

Lorsque l'ancien gouverneur général de l'Algérie quitte l'Afrique du Nord au début de l'année 1956, il va, sans oublier la défense de ses anciens administrés, se lancer activement dans le soutien à l'Etat hébreu. Le nouveau livre d'Alain Herbeth, qui a publié plusieurs ouvrages sur des personnalités éminentes de la guerre d'Algérie (ici), s'intéresse à cet aspect particulier de l'engagement public de Jacques Soustelle, gaulliste dès 1940.

La guerre d'Algérie et la crise de Suez figurent bien sûr au premier rang des raisons du rapprochement avec Israël. De Guy Mollet à Bourgès-Maunoury d'un côté, de Ben Gourion à Shimon Peres d'autre part, l'alliance de fait entre la IVe République et l'Etat juif constitue l'un des points importants de la période, que Soustelle espère voir devenir formellement alliance de droit, ce qui entraîne la naissance du Comité français pour l'alliance France-Israël, créé en novembre 1956 et dont il devient le premier président. Le livre évoque ici en particulier les liens noués dans le domaine nucléaire, avec la présence en Israël de "centaines d'ingénieurs et de cadres français [qui] vont participer à ces travaux à partir de 1958", dans le plus grand secret. Contraint de quitter le gouvernement en février 1960, Soustelle va désormais combattre l'antisémitisme, trop souvent caché sous l'antisionisme, et jusqu'après 1962 va associer cet engagement à la défense des français d'Algérie de confession israélite. Désormais, avec les derniers soubresauts de la crise algérienne et la naissance de l'OAS, Soustelle, replié en Italie, n'a plus d'actions directes mais entretient ses amitiés. La rupture de De Gaulle avec Israël entraîne aussi une crise au sein du gaullisme, et d'autres partisans historiques du général adoptent les mêmes positions que Soustelle, en particulier parmi les dirigeants de l'OAS. Redevenu député (de Lyon) en 1971, il "retrouve également l'Alliance France-Israël et poursuit son combat. Alain Herbeth cite ici de longs extraits de ses derniers discours à la tribune de l'Assemblée.

Un livre très riche car, au-delà de la seule personnalité de Jacques Soustelle, il nous entraîne dans le sillage de la guerre d'Algérie sur les sentiers de la politique intérieure aussi bien qu'internationale des années 1960. Recommandé.

Fauves éditions, Paris, 2020, 208 pages, 19,- euros.

ISBN : 979-10-302-0319-6.

Le gaulliste et Israël
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Qui Suis-Je ?

  • : Guerres-et-conflits
  • : Guerres et conflits XIXe-XXIe s. se fixe pour objectif d’être à la fois (sans prétendre à une exhaustivité matériellement impossible) un carrefour, un miroir, un espace de discussions. Sans être jamais esclave de la « dictature des commémorations », nous nous efforcerons de traiter le plus largement possible de toutes les campagnes, de tous les théâtres, souvent dans une perspective comparatiste. C’est donc à une approche globale de l’histoire militaire que nous vous invitons.
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Cafés historiques de La Chouette

Prochaine séance : pour la rentrée de septembre. Le programme complet sera très prochainement mis en ligne.

Publications personnelles

Livres

 

doumenc-copie-1.jpgLa Direction des Services automobiles des armées et la motorisation des armées françaises (1914-1918), vues à travers l’action du commandant Doumenc

Lavauzelle, Panazol, 2004.

A partir de ma thèse de doctorat, la première étude d’ensemble sur la motorisation des armées pendant la Première Guerre mondiale, sous l’angle du service automobile du GQG, dans les domaines de l’organisation, de la gestion et de l’emploi, des ‘Taxis de la Marne’ aux offensives de l’automne 1918, en passant par la ‘Voie sacrée’ et la Somme.

 

La mobilisation industrielle, ‘premier front’ de la Grande Guerre ? mobil indus

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2005 (préface du professeur Jean-Jacques Becker).

En 302 pages (+ 42 pages d’annexes et de bibliographie), toute l’évolution industrielle de l’intérieur pendant la Première Guerre mondiale. Afin de produire toujours davantage pour les armées en campagne, l’organisation complète de la nation, dans tous les secteurs économiques et industriels. Accompagné de nombreux tableaux de synthèse.

 

colonies-allemandes.jpgLa conquête des colonies allemandes. Naissance et mort d’un rêve impérial

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2006 (préface du professeur Jacques Frémeaux).

Au début de la Grande Guerre, l’empire colonial allemand est de création récente. Sans continuité territoriale, les différents territoires ultramarins du Reich sont difficilement défendables. De sa constitution à la fin du XIXe siècle à sa dévolution après le traité de Versailles, toutes les étapes de sa conquête entre 1914 et 1918 (388 pages, + 11 pages d’annexes, 15 pages de bibliographie, index et cartes).

 

 caire damasDu Caire à Damas. Français et Anglais au Proche-Orient (1914-1919)

 14/18 Editions, Saint-Cloud, 2008 (préface du professeur Jean-Charles Jauffret).

Du premier au dernier jour de la Grande Guerre, bien que la priorité soit accordée au front de France, Paris entretient en Orient plusieurs missions qui participent, avec les nombreux contingents britanniques, aux opérations du Sinaï, d’Arabie, de Palestine et de Syrie. Mais, dans ce cadre géographique, les oppositions diplomatiques entre ‘alliés’ sont au moins aussi importantes que les campagnes militaires elles-mêmes.

 

hte silesieHaute-Silésie (1920-1922). Laboratoire des ‘leçons oubliées’ de l’armée française et perceptions nationales

‘Etudes académiques », Riveneuve Editions, Paris, 2009.

Première étude d’ensemble en français sur la question, à partir du volume de mon habilitation à diriger des recherches. Le récit détaillé de la première opération civilo-militaire moderne d’interposition entre des factions en lutte (Allemands et Polonais) conduite par une coalition internationale (France, Grande-Bretagne, Italie), à partir des archives françaises et étrangères et de la presse de l’époque (381 pages + 53 pages d’annexes, index et bibliographie).

 

cdt armee allde Le commandement suprême de l’armée allemande 1914-1916, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général von Falkenhayn 

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Le texte original de l’édition française de 1921 des mémoires de l’ancien chef d’état-major général allemand, accompagné d’un dispositif complet de notes infrapaginales permettant de situer les lieux, de rappeler la carrière des personnages cités et surtout de comparer ses affirmations avec les documents d’archives et les témoignages des autres acteurs (339 pages + 34 pages d’annexes, cartes et index).

 

chrono commChronologie commentée de la Première Guerre mondiale

Perrin, Paris, 2011.

La Grande Guerre au jour le jour entre juin 1914 et juin 1919, dans tous les domaines (militaire, mais aussi politique, diplomatique, économique, financier, social, culturel) et sur tous les fronts. Environ 15.000 événements sur 607 pages (+ 36 pages de bibliographie et d’index).

 

 Les secrets de la Grande Guerrecouverture secrets

Librairie Vuibert, Paris, 2012.

Un volume grand public permettant, à partir d’une vingtaine de situations personnelles ou d’exemples concrets, de remettre en lumière quelques épisodes peu connus de la Première Guerre mondiale, de la question du « pantalon rouge » en août 1914 à l’acceptation de l’armistice par von Lettow-Vorbeck en Afrique orientale, après la fin des hostilités sur le théâtre ouest-européen.

 

Couverture de l'ouvrage 'Mon commandement en Orient'Mon commandement en Orient, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général Sarrail

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2012

Le texte intégral de l'édition originale, passé au crible des archives publiques, des fonds privés et des témoignages des acteurs. Le récit fait par Sarrail de son temps de commandement à Salonique (1915-1917) apparaît véritablement comme un exemple presque caricatural de mémoires d'autojustification a posteriori

 

 

Coordination et direction d’ouvrages

 

Destins d’exception. Les parrains de promotion de l’Ecole Spéciale Militaire de Saint-Cyr

SHAT, Vincennes, 2002.

Présentation (très largement illustrée, 139 pages) des 58 parrains qui ont donné leur nom à des promotions de Saint-Cyr, entre la promotion « du Prince Impérial » (1857-1858) et la promotion « chef d’escadrons Raffalli » (1998-2001).

 

fflLa France Libre. L’épopée des Français Libres au combat, 1940-1945

SHAT, Vincennes et LBM, Paris, 2004.

Album illustré présentant en 191 pages l’histoire et les parcours (individuels et collectifs) des volontaires de la France Libre pendant la Seconde guerre mondiale.

 

marque courageLa marque du courage

SHD, Vincennes et LBM, Paris, 2005.

Album illustré présentant en 189 pages l’histoire des Croix de Guerre et de la Valeur Militaire, à travers une succession de portraits, de la Première Guerre mondiale à la Bosnie en 1995. L’album comporte en annexe une étude sur la symbolique, les fourragères et la liste des unités d’active décorées.

 

  90e anniversaire de la Croix de guerre90-ANS-CROIX-DE-GUERRE.jpg

SHD, Vincennes, 2006.

Actes de la journée d’études tenue au Musée de l’Armée le 16 novembre 2005. Douze contributions d’officiers historiens et d’universitaires, français et étrangers, de la naissance de la Croix de guerre à sa perception dans la société française, en passant les décorations alliées similaires et ses évolutions ultérieures.

 

france grèceLes relations militaires franco-grecques. De la Restauration à la Seconde guerre mondiale 

SHD,Vincennes, 2007.

Durant cette période, les relations militaires franco-grecques ont été particulièrement intenses, portées à la fois par les sentiments philhellènes qui se développent dans l’hexagone (la France est l’une des ‘Puissances protectrices’ dès la renaissance du pays) et par la volonté de ne pas céder d’influence aux Anglais, aux Allemands ou aux Italiens. La campagne de Morée en 1828, l’intervention en Crète en 1897, les opérations en Russie du Sud  en 1919 constituent quelques uns des onze chapitres de ce volume, complété par un inventaire exhaustif des fonds conservés à Vincennes.

 

verdunLes 300 jours de Verdun

Editions Italiques, Triel-sur-Seine, 2006 (Jean-Pierre Turbergue, Dir.).

Exceptionnel album de 550 pages, très richement illustré, réalisé en partenariat entre les éditions Italiques et le Service historique de la Défense. Toutes les opérations sur le front de Verdun en 1916 au jour le jour.

 

DICO-14-18.jpgDictionnaire de la Grande Guerre

(avec François Cochet), 'Bouquins', R. Laffont, 2008.

Une cinquantaine de contributeurs parmi les meilleurs spécialistes de la Grande Guerre, 1.100 pages, 2.500 entrées : toute la Première Guerre mondiale de A à Z, les hommes, les lieux, les matériels, les opérations, les règlements, les doctrines, etc.

 

fochFerdinand Foch (1851-1929). Apprenez à penser

(avec François Cochet), 14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Actes du colloque international tenu à l’Ecole militaire les 6 et 7 novembre 2008. Vingt-quatre communications balayant tous les aspects de la carrière du maréchal Foch, de sa formation à son héritage dans les armées alliées par des historiens, civils et militaires, de neuf nations (461 pages + 16 pages de bibliographie).

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