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10 septembre 2021 5 10 /09 /septembre /2021 00:01

M

L'homme de la providence

Antonio Scurati

Voici l'étonnant tome 2 d'un roman historique, d'une saga romancée qui s'appuie néanmoins sur une solide documentation. Antonio Scurati y décrit le fonctionnement et l'enracinement du régime fasciste en Italie entre 1925 et 1932, à partir de la personnalité et de l'action de Mussolini. Chronologiquement, il nous entraîne en particulier dans l'intimité du Duce (notamment avec ses maîtresses), dans ses rapports compliqués avec la famille royale italienne, dans son contrôle de la direction du parti national fasciste, dans son rôle de chef du gouvernement, dans les relations avec le Saint-Siège, dans la lente pacification de la Libye par Badoglio (dans toute sa dureté). Chaque chapitre se termine par quelques citations de documents d'archives (discours ou lettres de Mussolini en particulier). Ce gros volume fourmille par ailleurs de descriptions précises, de détails authentiques, de récits de scènes réalistes. Au bilan, une présentation crédible de Mussolini et de son régime, agréable à lire et à bien des égards riche d'informations.

En fin d'ouvrage, une bonne chronologie rappelle tous les évènements importants de la période, et la présentation de dizaines de personnages clefs, du philosophe Giovanni Gentile à  Ercole Borratto, chauffeur du Duce et homme de confiance.

Les Arènes, Paris, 2021, 665 pages. 24,90 euros.

ISBN :979-10-375-0458-6.

Pour commander directement le livre : ici.

Italie fasciste
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23 février 2021 2 23 /02 /février /2021 00:01

Histoire de l'armée italienne

Hubert Heyriès

Hubert Heyriès, sans doute l'un des meilleurs spécialistes actuels de l'histoire militaire italienne, nous livre ici une véritable somme, très solidement référencée, qui devrait faire date dans l'historiographie francophone.

Après avoir fait un rapide bilan de la complexité et de la dispersion des services d'archives italiens, et avoir dressé un bilan des études d'histoire militaire dans le pays ces cinquante dernières années, l'auteur rappelle le point de départ avant l'unité italienne : une péninsule divisée entre des nombreux Etats et pour une part sous influence autrichienne. Officiellement créée en mai 1861, l'armée italienne (sur une base piémontaise) est donc l'une des grandes institutions du nouveau pays unifié, mais va se heurter, en dépit d'une croissance (trop ?) rapide, à la méfiance des politiques. Après la grande épreuve de la Première Guerre mondiale (diversité des cadres tactiques, défaite retentissante, victoire finale, pertes élevées, etc.), où elle montre malgré tout "sa solidité, son unité et son esprit de discipline sans se mutiner comme en France", se pose la question des rapports avec le régime fasciste. Institution considérée comme d'abord fidèle à la monarchie, elle fait l'objet de toutes les attentions de Mussolini et des siens pour obtenir sa "neutralité bienveillante", tout en créant la Milice volontaire pour la sécurité nationale. Après l'aventure coloniale en Libye et en Ethiopie, puis la participation à la guerre d'Espagne, la Seconde guerre mondiale, commencée par une défaite sur le front des Alpes puis par une humiliation face aux Grecs, est la période de tous les troubles et de tous les doutes. Du corps d'armée envoyé sur le front russe à la division entre une armée de la République de Salo, une armée avec les Alliés dans le Sud et une armée de la résistance, c'est une véritable déchirure qui traverse les forces armées italiennes. Hubert Heyriès a l'heureuse initiative de consacrer les quatre-vingt dernières pages de son livre à l'armée italienne de la guerre froide (avec l'anticommunisme ambiant mais aussi le manque de moyens et les réticences du politique) et du début du XXIe siècle, avec ses réorganisations et ses engagements internationaux.

Les nombreuses notes complémentaires, les annexes, la précise chronologie finale, la longue liste des sources et l'imposante bibliographie marquent bien la grande maîtrise de son sujet par l'auteur. Une étude passionnante sur une armée mal connue et trop souvent (trop rapidement) déconsidérée. Dès à présent un volume de référence. 

Perrin, Paris, 2021, 597 pages, 28,- euros.

ISBN : 978-2-262-04403-9.

Pour commander directement le livre : ici.

Heureuse mise au point
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13 octobre 2020 2 13 /10 /octobre /2020 00:01

Belchite

Ruines-fantômes de la guerre d'Espagne

Stéphane Michonneau

L'auteur se livre ici à une intéressante étude de cas sur l'utilisation et l'évolution de la mémoire, à partir du village de Belchite, au sud de Saragosse, site d'intenses combats pendant la guerre d'Espagne, dont la reconstruction a été voulue et instrumentalisée par Franco.

Située sur la ligne de front entre nationalistes et républicains à partir de l'automne 1936, la commune est assiégée en 1937, perdue par les Franquistes puis reconquise en 1938. Entièrement détruit, le village bénéficie de toute la sollicitude du gouvernement espagnol pour sa reconstruction, en contrebas de l'ancien village, dès la fin de la guerre civile comme "village adopté". L'auteur en décrit les modalités pratiques, techniques, mais aussi et surtout les échos politiques dans l'Espagne de l'époque. Au terme d'une évolution que l'on retrouve dans toute l'Espagne post-franquiste, "depuis les années 1990, Belchite est enfin le lieu d'un réinvestissement mémoriel qui en fait l'un des lieux de la guerre les plus visités dans l'actualité". Stéphane Michonneau s'intéresse dès lors à la place de la commune, qualifiée de "Nouvelle Numance" par les Franquistes, en écho à la résistance à la conquête romaine, comparée à Tolède, dans la mémoire espagnole. La deuxième grande partie du livre est ainsi consacrée à la question des ruines de guerre, du tourisme de guerre, de l'instrumentalisation de la reconstruction voisine et des grandes thématiques (paix, réconciliation, etc.). Comparant la situation de Belchite avec celle de Corbera d'Ebre, autre village martyr, en Catalogne, l'auteur constate que les habitants d'aujourd'hui restent globalement fidèles au récit héroïque antérieur et s'opposent sur ce point aux autorités régionales. La troisième partie revient sur les victimes civiles des combats, en particulier les morts, très généralement oubliés du discours public, et sur l'évolution de la façon dont leur souvenir est évoqué. La dernière partie enfin reprend une série de témoignages individuels , revient sur les graffitis laissés par les combattants dans les ruines et sur la coexistence des deux villages "en miroir l'un de l'autre" : celui en ruines et celui reconstruit. Finalement, plusieurs mémoires (comme il y a plusieurs générations ayant chacune leur compréhension des évènements) se superposent, coexistent, se complètent et s'opposent à la fois, même si une lecture "héroïque" de l'histoire passée reste très présente localement.

Une approche, à partir d'un cas particulier significatif, de tout un pan de l'évolution de l'Espagne par rapport à son passé récent. Une étude poussée à connaître par quiconque s'intéresse à cette période et au pays.

CNRS Editions, Paris, 2020, 428 pages, 26,- euros.

ISBN : 978-2-271-13118-8.

Mémoire(s) de la guerre d'Espagne
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8 octobre 2020 4 08 /10 /octobre /2020 00:01

Y a-t-il de bons dictateurs ?
Mussolini, une amnésie historique

Francesco Filippi

Voici un petit volume qui tient du pamphlet politique avec pour seul objectif de vouloir démontrer qu'il n'y a rien eu de positif en Italie sous le gouvernement de Mussolini. Soit. Mais le caractère systématique de la critique négative pose quand même question.

Dans cet essai, l'auteur reprend point par point une dizaine de sujets sur lesquels il est souvent dit que Mussolini aurait fait progresser l'Italie, et s'attache à démontrer qu'il n'en a rien été. Sujet par sujet, de l'assèchement des marais pontins à l'accession des Italiens à la propriété individuelle, de l'essor économique à la mise en place du système de retraite, de "Mussolini et les femmes" à la politique militaire, du racisme à l'antisémitisme, Francesco Filippi démonte toutes les réussites improprement attribuées selon lui au régime. Globalement, deux arguments principaux reviennent pour chaque exemple : d'une part le processus avait commencé bien avant l'arrivée au pouvoir de Mussolini (ce qui est une évidence, rien ne surgissant soudainement du néant), d'autre part la censure et la propagande du régime ont grandement contribué à créer ces mythes (ce qui tout en étant vrai n'empêche pas objectivement certaines évolutions). Finalement, si ceux que l'auteur qualifie de nostalgiques aujourd'hui peuvent s'exprimer ainsi, ne peut-on pas y voir aussi le retour de bâton d'un discours précédent exclusivement critique ? On peut toujours trouver ici ou là des cas concrets précis justifiant une thèse ou une autre... L'histoire est toujours plus complexe que le noir et blanc brutal, et dans de nombreux domaines institutionnels on observe ainsi une forme de continuité dans les évolutions, avant, pendant, après.

Francesco Filippi ne place pas son étude sous le patronage de l'histoire, mais de la politique actuelle, "pour éviter que le passé ne se transforme en futur". Parmi ses références, en bibliographie, quelques grands noms parmi les historiens italiens actuels ou récents de qualité, mais tous marqués à gauche de l'échiquier politique, comme Nicola Labanca ou Giorgio Rochat. Ce faisant, son propos est idéologiquement orienté à la base, comme celui qu'il dénonce. Un livre intéressant, car il montre aussi la persistance dans les débats actuels, 80 ou 90 ans après les faits, de thématiques et d'arguments réciproques très connotés.

La Librairie Vuibert, Paris, 2020, 207 pages. 14,90 euros.

ISBN : 978-2-311-10330-4.

Mussolini et l'Italie
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13 mars 2020 5 13 /03 /mars /2020 00:01

Les gardiens du pape

La Garde suisse pontificale

Delalande - Bertorello - Bidot

Dernière armée régulière composée de "mercenaires" suisses, la Garde pontificale assure la sécurité rapprochée du souverain pontife et le service d'honneur au Vatican. Héritière d'une tradition qui remonte à 1505 et dont la devise est Acriter et Fideliter ! (Courage et Fidélité), elle a connu une histoire aussi mouvementée que celle des Papes comme souverain temporel. Cette bande dessinée rend à ces hommes un hommage mérité. Elle nous raconte l'intégration du jeune Marc aujourd'hui, sa formation et ses missions, mais procède aussi par aller-retour avec hier (défense de Rome en 1527, bataille de Lépante). Vous apprendrez aussi, par exemple, au fil des pages que leur célèbre tenue n'a pas été dessinée par Michel Ange, mais date… du début du XXe s. (en s'inspirant quand même de fresques de Raphaël).

Une BD sur un sujet particulièrement original, au dessin sobre et aux couleurs souvent chatoyantes. Une réalisation bien sympathique.

Plus ancienne armée régulière
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24 décembre 2019 2 24 /12 /décembre /2019 00:05

La Méditerranée

Enjeu géopolitique mondial

Mohammed Matmati (Dir.)

Autrefois véritable "centre du monde", la Méditerranée a progressivement perdu de son importance avec le développement du trafic transatlantique, puis l'émergence des puissances asiatiques. Pourtant, elle reste au cœur d'un très important bassin de populations, à la rencontre de plusieurs mondes et sur ces rives crises et conflits se succèdent.

Les douze contributions rassemblées permettent de faire un point assez précis de la situation autour de la Méditerranée, en fonction des jeux toujours différents et souvent contradictoires des grandes puissances et des puissances régionales. Parmi les thèmes qui ont le plus retenu notre attention, relevons les textes d'Yves Schemeil, qui s'interroge sur "Le cœur du Proche-Orient au creux de la vague" ; d'Abdelwahab Biad, qui évoque "Le partenariat euro-méditerranéen de l'Union européenne : une ambition contrariée" ; les présentations de la place et de l'influence de la Chine (par Claude Chancel), de la Russie (par Vassili Joannides de Lautour), de la Turquie (par Jean Marcou) et de l'Egypte (par Hicham Mourad). Enfin, le texte consacré aux migrations n'est, pour sa part, pas vraiment convaincant, sa conclusion étant que "l'envie de démocratie semble aujourd'hui être la raison principale qui motive les gens à partir vers l'Europe"... Affirmation qui laisse dubitatif...

Un volume qui permet de remettre en perspective bien des sujets, dans un immense espace courant du Maroc au Kurdistan.

Editions L'Harmattan, Paris, 2019, 323 pages, 34,- euros.

ISBN : 978-2-343-18315-2.

Enjeux majeurs
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1 octobre 2019 2 01 /10 /octobre /2019 06:00

La folie D'Annunzio

L'épopée de Fiume (1919-1920)

Olivier Tosseri

Si son nom est resté célèbre, la vie de Gabriele D'Annunzio est peu connue, en dépit d'une biographie peu référencée parue il y a quelques années (ici). Si les livres d'histoire évoquent généralement en quelques lignes son action à Fiume en 1919-1920, c'est dans la presse spécialisée qu'il faut rechercher quelques articles épars, plus précis, sur la Régence du Carnaro. Ce livre, même s'il ne répond pas aux critères académiques et manque par exemple de références (pas de bibliographie finale, pas de notes infrapaginales), comble donc un vide.

L'affaire de Fiume fait partie des quelques dossiers qui agitent les vainqueurs de la Grande Guerre en 1919. Pour D'Annunzio, héros de l'interventionnisme italien, poète et "Casanova déguisé en soldat", immensément populaire à l'époque, le port sur l'Adriatique est indiscutablement italien et doit revenir à Rome. Refusant la "victoire mutilée", il pénètre dans la ville, où il est accueilli en héros, avec 2.500 Arditi et en proclame l'annexion à l'Italie. Mais Rome, sous la pression américaine, refuse ce cadeau et s'ouvre une période d'incertitude et de solitude pour D'Annunzio et ses hommes. Avec l'appui (modeste) de Mussolini, qui lance dans Il Popolo d'Italia une souscription dont il ne remettra qu'une partie au Comandante, il tente de survivre au blocus italien et international, mais il n'est pas réellement un gestionnaire ou un administrateur. Il prononce des discours enflammés et prêche la résistance mais le "gouvernement" à certains égards fantaisiste du micro-Etat n'a ni la capacité ni les moyens d'en assurer l'existence : "D'Annunzio est le précurseur de la politique-spectacle. Pour diriger Fiume, il n'a pas recours à une doctrine, mais à une dramaturgie". La situation se dégrade donc progressivement, tandis que les négociations se prolongent avec Rome. Après leur échec, une constitution pour le moins progressiste, moderniste, en son temps est adoptée, même si "ses habitants grelottent et ils ont faim". Des personnages aussi excentriques que parfois excessifs constituent la garde rapprochée de D'Annunzio, sur un territoire restreint où s'il n'y a ni impôts, ni budget (mais émission d'une monnaie locale et de timbres surchargés), mais où il existe un "Secrétariat des coups de main". On notera également le souhait, peu connu, de créer une "Ligue de Fiume" en opposition à la Société des Nations wilsonienne. A la fin de l'année, le gouvernement romain a retrouvé le soutien des Alliés et repris l'initiative diplomatique. D'Annunzio doit quitter la ville aux premiers jours de janvier 1921 devant une action militaire conduite avec prudence par le général Caviglia. L'aventure est terminée. Le poète va se retirer dans sa propriété, qu'il aménage de manière aussi excentrique que sa vie.

Un livre très agréable à lire, qui présente de manière assez complète la situation de Fiume durant cette période agitée et surtout brosse un portrait vraisemblablement aussi réaliste que possible de D'Annunzio, tout en rappelant "de l'intérieur" ce que fut la cité-Etat. 

Ed. Buchet-Chastel, Paris, 2019, 266 pages, 20,- euros.

ISBN : 978-2-283-03217-6.

Le Condottiere
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19 juillet 2019 5 19 /07 /juillet /2019 06:00

La résistance armée au franquisme

(1936-1952)

Espaces, représentations, mémoires

Virginie Gautier N'Dah-Sékou

Des territoires nationalistes pendant la période de la guerre civile à l'abandon de la lutte armée par le Parti communiste espagnol en exil, une résistance armée (d'intensité très variable selon les périodes et les provinces) a tenté de s'opposer au régime franquiste. C'est cette histoire méconnue que tente de retrouver l'auteure.

Elle structure son livre en trois grandes parties. La première fait à proprement parler le récit des évènements, des formes successives de cette guérilla de gauche radicale et d'extrême-gauche (jusqu'à la très particulière "guérilla libertaire catalane" au début des années 60), de ses membres, de leur implantation géographique et des réponses répressive du nouveau régime franquiste. La seconde s'intéresse aux politiques mémorielles, de 1936 à 2011, au niveau national comme au niveau régional ou local, avec la volonté de "pacifier" les mémoires après l'instauration d'un régime parlementaire. Elle présente aussi les différentes structures associatives (surtout) et syndicales (marginalement) engagées dans la préservation de cette histoire. Enfin, la troisième partie recherche les traces physiques de cette guérilla selon ls provinces, cimetières et lieux éventuels de mémoire à aménager comme manifestations du souvenir, y compris dans deux (petits) musées en Cantabrie et en Aragon. Enfin, on trouve dans les annexes une très utile chronologie qui permet de replacer dans le temps les différents évènements (notamment politiques). Une importante bibliographie termine ce volume, elle permettra aux lecteurs français intéressés d'aller plus loin sur ces sujets.

Un livre tout à fait original sur un sujet absolument neuf à notre connaissance. Il intéressera à la fois les amateurs d'histoire de l'Espagne et les lecteurs passionnés par les guérillas politico-militaires.

Presses universitaires de Rennes, 2019, 286 pages, 25,- euros.

ISBN : 978-2-7535-7744-2.

La guerre civile, et après...
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18 juillet 2019 4 18 /07 /juillet /2019 06:00

Dans la Grèce de Metaxas

(1936-1941)

Christophe Poupault

Le livre s'intéresse à la Grèce du "régime du Quatre août" (suite à l'instauration d'un régime autoritaire en 1936), qui perdure jusqu'à l'invasion allemande de 1941.

Il prend pour angle d'analyse le regard des visiteurs étrangers dans le pays, nombreux car depuis les XVIIe et XIXe s. le philhellénisme est particulièrement répandu en Europe occidentale. Tel est d'ailleurs l'objet du premier chapitre qui s'attache à cette tradition du voyage en Grèce. Le second s'intéresse à la perception que l'on peut avoir en France à l'époque de l'instauration du régime de Metaxás, intérêt contrasté en particulier dans la presse qui n'évoque que peu le pays et son nouveau régime. Le troisième chapitre présente la politique volontariste de développement du tourisme des nouvelles autorités d'Athènes, tandis que le quatrième tente de dresser un bilan des occurrences et des points de vue exprimés dans les journaux français sur l'évolution du pays au fil du temps. Le cinquième et le sixième s'interrogent sur la nature profonde du régime de Metaxas : dictature ? fasciste ? Et l'auteur en vient à considérer Metaxas comme "l'anti-Mussolini dans la domination charismatique et le culte du chef", "en dépit des similitudes qui ont pu se manifester dans l'exercice de leur pouvoir respectif". Les chapitres 7 et 8  reviennent sur la notion de voyage en évoquant les déplacements de France vers la Grèce pendant le Front populaire (dont le voyage officiel de Jean Zay, ministre) et la place particulière des anciens combattants de la Grande Guerre, ainsi que l'action diplomatique de la France en direction du pays. Les dernières pages, particulièrement intéressantes, sont consacrées à ces relations après l'annexion de l'Albanie par l'Italie, pendant la Drôle de guerre et les premiers mois du régime de Vichy.

Un période charnière très mal connue en France et un régime tout aussi ignoré. Le livre comble donc indiscutablement une lacune dans la bibliographie francophone et, à ce titre au moins, apporte une véritable plus-value à notre connaissance de la Grèce moderne juste avant et au début de la Seconde guerre mondiale.

Editions du Bourg, Montrouge, 2019, 329 pages, 29,- euros.

ISBN : 978-2-490650-05-7.

Grèce
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7 avril 2019 7 07 /04 /avril /2019 06:00

Les Chrétiens dans Al-Andalus

De la soumission à l'anéantissement

Rafael Sanchez Saus

Le mythe d'une vie harmonieuse et apaisée des différentes communautés religieuses dans l'Espagne musulmane du calfat de Cordoue et des monuments de Grenade est ici sérieusement mis à mal.

L'auteur est un éminent universitaire espagnol, son livre est préfacé par deux membres de l'Académie royale d'histoire d'Espagne, toutes ses affirmations sont soigneusement référencées : il ne s'agit donc pas d'un ouvrage polémique, mais bien d'une étude de fond qui mérite d'être lue soigneusement, même si l'on en partage pas toutes les conclusions. De la conquête du royaume wisigoth à la Reconquête, la situation des chrétiens est détaillée, y compris les différentes révoltes locales, l'exil d'un très grand nombre et les pressions exercées sur ceux qui restent pour qu'ils abandonnent leur religion au bénéfice de l'islam. Plus que par la violence, s'est sans doute par les pressions politiques, administratives, financières et sociales que les chrétiens sont combattus. Si cohabitation il y a, elle est décrite comme "discriminatoire et inique" à travers le statut de la dhimma "qui reposait sur des contenus beaucoup plus restrictifs et dégradants qui se sont eu à peu imposés à partir de l'établissement définitif de la doctrine coranique". Le processus s'est accéléré avec la dynastie des Omeyyades, avec un processus de révoltes et de répressions, avec le rôle ambigu des convertis récents, les muladis "lesquels ont souvent été aidés par les chrétiens mozarabes". L'arabisation poussée se traduit finalement par l'oubli des racines hispaniques : "En d'autres termes, pour les habitants d'al-Andalus, qui se croyaient et s'imaginaient arabes, leur point de repère dans le passé n'était plus l'Hispanie mais l'Orient et plus précisément l'Arabie elle-même". Finalement, même la chrétienté mozarabe "n'a eu d'autre choix que la soumission la plus totale", témoins impuissants "victimes du rigorisme religieux qui s'est emparé d'al-Andalus avec l'arrivée des Nord-Africains". L'auteur rappelle enfin que le statut des dhimmis "n'était pas de configurer un cadre de cohabitation et de tolérance entre les fidèles des religions monothéistes mais de garantir la soumission des protégés".

Un ouvrage qui remet en cause une doxa soigneusement reprise depuis le XIXe s. et qui mérite que l'

Editions du Rocher, Monaco, 527 pages, 24,- euros.

ISBN : 978-2-268-10128-6.

Le mythe d'Al-Andalus
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Qui Suis-Je ?

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  • : Guerres et conflits XIXe-XXIe s. se fixe pour objectif d’être à la fois (sans prétendre à une exhaustivité matériellement impossible) un carrefour, un miroir, un espace de discussions. Sans être jamais esclave de la « dictature des commémorations », nous nous efforcerons de traiter le plus largement possible de toutes les campagnes, de tous les théâtres, souvent dans une perspective comparatiste. C’est donc à une approche globale de l’histoire militaire que nous vous invitons.
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Cafés historiques de La Chouette

Prochaine séance : pour la rentrée de septembre. Le programme complet sera très prochainement mis en ligne.

Publications personnelles

Livres

 

doumenc-copie-1.jpgLa Direction des Services automobiles des armées et la motorisation des armées françaises (1914-1918), vues à travers l’action du commandant Doumenc

Lavauzelle, Panazol, 2004.

A partir de ma thèse de doctorat, la première étude d’ensemble sur la motorisation des armées pendant la Première Guerre mondiale, sous l’angle du service automobile du GQG, dans les domaines de l’organisation, de la gestion et de l’emploi, des ‘Taxis de la Marne’ aux offensives de l’automne 1918, en passant par la ‘Voie sacrée’ et la Somme.

 

La mobilisation industrielle, ‘premier front’ de la Grande Guerre ? mobil indus

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2005 (préface du professeur Jean-Jacques Becker).

En 302 pages (+ 42 pages d’annexes et de bibliographie), toute l’évolution industrielle de l’intérieur pendant la Première Guerre mondiale. Afin de produire toujours davantage pour les armées en campagne, l’organisation complète de la nation, dans tous les secteurs économiques et industriels. Accompagné de nombreux tableaux de synthèse.

 

colonies-allemandes.jpgLa conquête des colonies allemandes. Naissance et mort d’un rêve impérial

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2006 (préface du professeur Jacques Frémeaux).

Au début de la Grande Guerre, l’empire colonial allemand est de création récente. Sans continuité territoriale, les différents territoires ultramarins du Reich sont difficilement défendables. De sa constitution à la fin du XIXe siècle à sa dévolution après le traité de Versailles, toutes les étapes de sa conquête entre 1914 et 1918 (388 pages, + 11 pages d’annexes, 15 pages de bibliographie, index et cartes).

 

 caire damasDu Caire à Damas. Français et Anglais au Proche-Orient (1914-1919)

 14/18 Editions, Saint-Cloud, 2008 (préface du professeur Jean-Charles Jauffret).

Du premier au dernier jour de la Grande Guerre, bien que la priorité soit accordée au front de France, Paris entretient en Orient plusieurs missions qui participent, avec les nombreux contingents britanniques, aux opérations du Sinaï, d’Arabie, de Palestine et de Syrie. Mais, dans ce cadre géographique, les oppositions diplomatiques entre ‘alliés’ sont au moins aussi importantes que les campagnes militaires elles-mêmes.

 

hte silesieHaute-Silésie (1920-1922). Laboratoire des ‘leçons oubliées’ de l’armée française et perceptions nationales

‘Etudes académiques », Riveneuve Editions, Paris, 2009.

Première étude d’ensemble en français sur la question, à partir du volume de mon habilitation à diriger des recherches. Le récit détaillé de la première opération civilo-militaire moderne d’interposition entre des factions en lutte (Allemands et Polonais) conduite par une coalition internationale (France, Grande-Bretagne, Italie), à partir des archives françaises et étrangères et de la presse de l’époque (381 pages + 53 pages d’annexes, index et bibliographie).

 

cdt armee allde Le commandement suprême de l’armée allemande 1914-1916, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général von Falkenhayn 

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Le texte original de l’édition française de 1921 des mémoires de l’ancien chef d’état-major général allemand, accompagné d’un dispositif complet de notes infrapaginales permettant de situer les lieux, de rappeler la carrière des personnages cités et surtout de comparer ses affirmations avec les documents d’archives et les témoignages des autres acteurs (339 pages + 34 pages d’annexes, cartes et index).

 

chrono commChronologie commentée de la Première Guerre mondiale

Perrin, Paris, 2011.

La Grande Guerre au jour le jour entre juin 1914 et juin 1919, dans tous les domaines (militaire, mais aussi politique, diplomatique, économique, financier, social, culturel) et sur tous les fronts. Environ 15.000 événements sur 607 pages (+ 36 pages de bibliographie et d’index).

 

 Les secrets de la Grande Guerrecouverture secrets

Librairie Vuibert, Paris, 2012.

Un volume grand public permettant, à partir d’une vingtaine de situations personnelles ou d’exemples concrets, de remettre en lumière quelques épisodes peu connus de la Première Guerre mondiale, de la question du « pantalon rouge » en août 1914 à l’acceptation de l’armistice par von Lettow-Vorbeck en Afrique orientale, après la fin des hostilités sur le théâtre ouest-européen.

 

Couverture de l'ouvrage 'Mon commandement en Orient'Mon commandement en Orient, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général Sarrail

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2012

Le texte intégral de l'édition originale, passé au crible des archives publiques, des fonds privés et des témoignages des acteurs. Le récit fait par Sarrail de son temps de commandement à Salonique (1915-1917) apparaît véritablement comme un exemple presque caricatural de mémoires d'autojustification a posteriori

 

 

Coordination et direction d’ouvrages

 

Destins d’exception. Les parrains de promotion de l’Ecole Spéciale Militaire de Saint-Cyr

SHAT, Vincennes, 2002.

Présentation (très largement illustrée, 139 pages) des 58 parrains qui ont donné leur nom à des promotions de Saint-Cyr, entre la promotion « du Prince Impérial » (1857-1858) et la promotion « chef d’escadrons Raffalli » (1998-2001).

 

fflLa France Libre. L’épopée des Français Libres au combat, 1940-1945

SHAT, Vincennes et LBM, Paris, 2004.

Album illustré présentant en 191 pages l’histoire et les parcours (individuels et collectifs) des volontaires de la France Libre pendant la Seconde guerre mondiale.

 

marque courageLa marque du courage

SHD, Vincennes et LBM, Paris, 2005.

Album illustré présentant en 189 pages l’histoire des Croix de Guerre et de la Valeur Militaire, à travers une succession de portraits, de la Première Guerre mondiale à la Bosnie en 1995. L’album comporte en annexe une étude sur la symbolique, les fourragères et la liste des unités d’active décorées.

 

  90e anniversaire de la Croix de guerre90-ANS-CROIX-DE-GUERRE.jpg

SHD, Vincennes, 2006.

Actes de la journée d’études tenue au Musée de l’Armée le 16 novembre 2005. Douze contributions d’officiers historiens et d’universitaires, français et étrangers, de la naissance de la Croix de guerre à sa perception dans la société française, en passant les décorations alliées similaires et ses évolutions ultérieures.

 

france grèceLes relations militaires franco-grecques. De la Restauration à la Seconde guerre mondiale 

SHD,Vincennes, 2007.

Durant cette période, les relations militaires franco-grecques ont été particulièrement intenses, portées à la fois par les sentiments philhellènes qui se développent dans l’hexagone (la France est l’une des ‘Puissances protectrices’ dès la renaissance du pays) et par la volonté de ne pas céder d’influence aux Anglais, aux Allemands ou aux Italiens. La campagne de Morée en 1828, l’intervention en Crète en 1897, les opérations en Russie du Sud  en 1919 constituent quelques uns des onze chapitres de ce volume, complété par un inventaire exhaustif des fonds conservés à Vincennes.

 

verdunLes 300 jours de Verdun

Editions Italiques, Triel-sur-Seine, 2006 (Jean-Pierre Turbergue, Dir.).

Exceptionnel album de 550 pages, très richement illustré, réalisé en partenariat entre les éditions Italiques et le Service historique de la Défense. Toutes les opérations sur le front de Verdun en 1916 au jour le jour.

 

DICO-14-18.jpgDictionnaire de la Grande Guerre

(avec François Cochet), 'Bouquins', R. Laffont, 2008.

Une cinquantaine de contributeurs parmi les meilleurs spécialistes de la Grande Guerre, 1.100 pages, 2.500 entrées : toute la Première Guerre mondiale de A à Z, les hommes, les lieux, les matériels, les opérations, les règlements, les doctrines, etc.

 

fochFerdinand Foch (1851-1929). Apprenez à penser

(avec François Cochet), 14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Actes du colloque international tenu à l’Ecole militaire les 6 et 7 novembre 2008. Vingt-quatre communications balayant tous les aspects de la carrière du maréchal Foch, de sa formation à son héritage dans les armées alliées par des historiens, civils et militaires, de neuf nations (461 pages + 16 pages de bibliographie).

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