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13 mars 2014 4 13 /03 /mars /2014 06:15

Le cinéma et la guerre de 14-18

Patrick Brion

Jusqu’à la généralisation de la télévision, le cinéma a tenu une place extrêmement importante dans l’espace public. Ce constat d’évidence explique les liens forts qui existent entre une société et les films qu’elle suscite ou produit.

Dès lors, il a paru pertinent à Patrick Brion, en cette période préliminaire du centenaire de la Première Guerre mondiale, d’étudier le cinéma qui, par des biais divers, se rapporte à ce conflit. Il ne s’agit toutefois ni d’un ouvrage universitaire, ni d’une étude des documentaires d’époque. L’auteur a en effet délibérément choisi de s’en tenir aux œuvres de fiction. Soucieux d’éviter le travers de la recension systématique (et toujours incomplète), il a également préféré présenter un éventail des réalisations les plus caractéristiques. En historien confirmé du 7e Art, il s’est efforcé de les classer de façon logique et a distingué, de la guerre jusqu’à nos jours, cinq périodes successives, caractérisées chacune par une inspiration différente.

Chronologiquement, les premiers films sont marqués du sceau du patriotisme (voire de la volonté propagandiste). Ils sont remplacés par des œuvres davantage inspirées par le courant pacifiste apparu à l’issue du conflit. Puis la Grande Guerre sert d’arrière-plan à une intrigue. Vient enfin le temps du cinéma dénonciateur, désormais abandonné par les réalisateurs, qui préfèrent mettre en avant le thème de la victimisation ou traiter prioritairement de l’intime.

Le principal intérêt de l’ouvrage réside sans doute dans ce souci d’éviter le simple catalogue. Retenant 206 films (français pour plus de la moitié), Patrick Brion s’est efforcé de présenter un éventail des œuvres les plus caractéristiques de chaque période. Cela suppose bien évidemment d’éviter les « doublons » mais, lorsqu’il le juge nécessaire, l’auteur n’en exclut pas pour autant les diverses versions d’une même œuvre majeure (ainsi de L’adieu aux armes, présenté dans les réalisations de 1932 et 1957). Chaque film fait l’objet d’une fiche signalétique, mentionnant notamment la date et le pays d’origine, le scénariste, le réalisateur, le producteur et les principaux acteurs. S’y ajoutent le synopsis, des commentaires toujours pertinents et, souvent, un ou deux plans photographiques caractéristiques. L’ensemble des œuvres évoquées dans cet ouvrage offre un tableau complet de la guerre sous tous ses aspects : les combats, l’arrière, les traumatismes psychiques ou physiques des uns et des autres, la réinsertion des soldats enfin.

Ces films ont aussi pour point commun de constituer des fictions plus ou moins réalistes se rapportant à la Première Guerre mondiale. Ces dernières nous renseignent sur la perception évolutive que l’on a eue de ce conflit durant un siècle, davantage que sur sa réalité brute. Au final, on à là un livre fort intéressant, très bien documenté, qui ravira cinéphiles et amateurs avertis, et qui pose, en arrière-plan, toute la question de la distance scientifique qui sépare histoire et mémoire.

Jean-François Brun

Editions Riveneuve, Paris, 2013, 223 pages, 34 euros.

ISBN : 978-2-36013-195-2

Cinéma et guerre

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12 mars 2014 3 12 /03 /mars /2014 06:25

Les guerres balkaniques

1912-1913

Jean-Paul Bled et Jean-Pierre Deschodt (Dir.)

Dans la belle tradition des presses universitaires, ce volume correspond aux actes du colloque tenu en décembre 2012 à l'Institut catholique d'études supérieures, avec 20 intervenants (les contributions en anglais auraient cependant pu être traduites).

Il est heureux qu'il soit publié assez rapidement, en cette veille de commémorations du centenaire de la Grande Guerre. Après une triple introduction présentant à la fois l'Europe à la veille des guerres balkaniques et les opérations militaires sur le terrain en 1912 et 1913, le volume est divisé est divisé en deux grandes parties. La première s'intéresse aux différents belligérants, y compris au modeste Monténégro. On apprécie en particulier, plus originaux par leurs approches, le texte de Joëlle Dalègre ("Rêves grecs et guerres balkaniques") et celui de Tancrède Josseran ("L'empire assailli. La Turquie face aux guerres balkaniques"), qui présente pour une fois l'état de la situation et les opérations sous l'angle de l'empire ottoman. La seconde traite des deux grandes alliances européennes face aux conflits, les empires centraux d'une part (dont trois articles sur la Double-Monarchie) et l'Entente d'autre part (dont, parmi les trois textes sur la France, l'un relatif au général Herr, observateur français).

Une excellence présentation de la situation dans les Balkans à la veille de la Grande Guerre, tant du point de vue de la situation de chaque Etat que de la situation européenne générale. On apprécie la riche bibliographie classée par pays. Au total, un très bon volume d'actes qui apporte une véritable plus-value à la connaissance générale des amateurs francophones. 

Presses universitaires Paris-Sorbonne, 2014, 255 pages, 22 euros.

ISBN : 978-2-84050-920-2.

La poudrière des Balkans

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12 mars 2014 3 12 /03 /mars /2014 06:20

Rwanda : un génocide en questions

Bernard Lugan

Grand connaisseur de l'Afrique et expert auprès du Tribunal pénal international pour le Rwanda, Bernard Lugan livre ici un volume de démonstration qu'exprime la dernière phrase de l'introduction : "C'est à la déconstruction d'une histoire officielle frappée d'obsolescence qu'est consacré ce livre".

Il est difficile de résumer en quelques lignes un livre d'une telle densité. Les détails accumulés, les chiffres cités, les références données sont innombrables et le plan de l'ouvrage suit un raisonnement démonstratif, question après question, apportant élément après élément des réponses généralement très précises. Après avoir abordé "Comment l'histoire officielle du génocide fut-elle écrite ?" (remise en cause par différents auteurs à partir du début des années 2000), il s'interroge sur les origines, les acteurs, la planification éventuelle, le rôle des militaires et bien sûr l'éventuelle responsabilité de la France : "En près de vint années d'existence du TPIR, au terme de milliers d'heures de témoignages et de la production de plusieurs tonnes d'archives, aucune des parties n'a produit le moindre document pouvant, ne serait-ce que laisser entendre, une implication française dans le génocide" (et le démontage des "témoignages" est souventréellement convaincant). Les nombreuses annexes méritent d'être lues avec soin et la douzaine des cartes très lisibles qui accompagnent le volume sont bien utiles.

Un livre qui revient avec détermination et méthode sur un épisode douloureux de l'histoire récente, et se termine par une "condamnation" de la justice internationale au profit des vainqueurs : "Le jugement de l'histoire sera très sévère pour le TPIR". Les historiens de demain attendront avec impatience que toutes les pièces classées dans les archives soient disponibles ! 

Editions du Rocher, Monaco, 2014, 278 pages, 22 euros.

ISBN : 978-2-2687-579-2.

Remise en questions

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12 mars 2014 3 12 /03 /mars /2014 06:15

Beria

chef de la police secrète stalinienne

Thaddeus Wittlin

Paru en 1972 aux Etats-Unis, il s'agit de la réédition en format 'poche' du volume que nous avons chroniqué en mars 2013 (ici).

Le texte date un peu, il est marqué par certaines libertés avec les archives et ne tient pas compte de toutes les sources, mais il s'agit néanmoins d'un ouvrage intéressant, qu'il sera par exemple utile de croiser avec les livres récents de Jean-Jacques Marie (Beria, le bourreau politique de Staline, Tallandier, 2013) et de Françoise Thom (Beria, le Janus du Kremlin, CERF, 2013), et avec celui un peu plus ancien d'Amy Knight (Beria, Aubier, 1993).

Nouveau Monde Poche, Paris, 2014, 487 pages, 9 euros.

ISBN : 978-2-36583-890-0.

Vie et mort d'un bourreau

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11 mars 2014 2 11 /03 /mars /2014 06:30

Jean Jaurès

Gilles Candar et Vincent Duclert

Une biographie (presque) monumentale !

Spécialiste de la première partie de la IIIe République et de l'affaire Dreyfus, déja auteur d'un Jean Jaurès, la politique et la légende que nous chroniquions il y a quelques mois (ici), Vincent Duclert, avec Gilles Candar (président de la Société d'études jaurésiennes), se proposent de décrypter pour nous le parcours d'une "énigme", puis Jean Jaurès "n'a occupé aucune des fonctions supérieures qui accompagnent le mouvement historique et forgent les mémoires collectives. Ni homme d'Etat, ni général victorieux, ni artiste majeur, ni savant d'exception, ni pape d'une Eglise, ni tout-à-fait martyr d'une foi, Jaurès n'a rien été de tel. Pourtant, il a marqué de l'empreinte de sa pensée et de ses combats toute la fin du long XIXe siècle français et européen". Le premier chapitre est consacré aux dernières semaines et aux derniers jours de la vie de Jaurès en 1914, ces jours, ces discours, ces articles qui marqueront la postérité et que l'on évoque si souvent. Puis, à partir du chapitre 2, la biographie reprend une progression classique, de la naissance à Castres à l'action en faveur de la paix (pour ne pas utiliser le mot "pacifisme") dans les années 1908-1914. Au fil de cette chronologie, quelques chapitres sont à dominante thématique (chap. 11, "Le bloc des gauches, 1902-1904", ou chap. 18, "L'Armée nouvelle et la république socialiste selon Jean Jaurès"). La délicate question des (nombreux) débats internes au sein du mouvement socialiste ou celle, bien moins connue et bien moins polémique, de la participation de Jaurès aux travaux de nombreuses sociétés savantes, sont traitées avec profondeur et finesse. Certaines pages sont passionnantes, d'autres font déjà figure de référence, toutes témoignent d'une grande rigeur dans la recherche et l'analyse. Le luxe de détails, pour toutes les périodes parisiennes ou provinciales de la vie de Jaurès (80 pages de notes en fin de volume !), la précision de la chronologie, l'ampleur de la bibliographie font indiscutablement de ce volume un ouvrage de référence, quelle que soit l'opinion que l'on puisse avoir sur "le grand homme"  et certaines de ses prises de position (L'armée nouvelle nous semble toujours très idéaliste, pour ne pas dire irréaliste).

Un point particulier enfin : on apprécie cette phrase, à la fin de l'introduction : "Il ne s'agit pas d'une oeuvre définitive, parce que le mouvement de la recherche suppose d'aller toujours plus avant dans la connaissance". Voici qui fait du bien.

Fayard, Paris, 2014, 686 pages, 27 euros.
ISBN : 978-2-213-63336-7.

Un homme devenu un symbole

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11 mars 2014 2 11 /03 /mars /2014 06:25

Jean Jaurès

Combattre la guerre, penser la guerre

Vincent Duclert

Petite brochure, petit format, pour un texte dense et précis. En quelques pages, et tout en retraçant la vie et les engagements de Jaurès, Vincent Duclert pointe ce qui, dans sa carrière, a directement trait à la guerre et à la paix.

Dans la vie de Jaurès, cette analyse est bien sûr indissociable de l'engagement socialiste de l'homme politique, dès son premier discours sur ce thème en mars 1895 : "Si Jaurès se passionnait tant pour l'armée, pour son organisation et sa formation, c'est qu'il avait compris, à l'inverse de ses camarades ou de ses collègues parlementaires qui s'en désintéressaient généralement, qu'elles constituent les leviers par lesquels les guerres injustes, d'agression ou de conquête, peuvent être repoussées au profit des seules guerres légitimes, c'est-à-dire les guerres de défense des territoires nationaux légitimement reconnus, ou les guerres de solidarité envers les persécutés". Il ne s'agit donc pas exactement de faire disparaître la guerre, mais de faire en sorte "qu'elles ne porteraient plus atteinte ni à l'humanité, ni à la justice". En une douzaine de brefs chapitres ensuite, et tout en suivant chronologiquement les grands événements de l'époque et les réactions et analyses de Jaurès, Vincent Duclert soutient sa thèse, face aux massacres des Arméniens dans l'empire turc, face aux menaces de guerre en Europen aux crises africaines et coloniales, aux guerres balkaniques, à l'Internationale socialiste qui reste bien divisée.

Un petit livre précis sur un personnage devenu un tel monument que plus personne ne semble s'interroger. Au-delà du discours convenu, une analyse fine, argumentée et référencée.

'Essais', Fondation Jean Jaurès, 2013, 118 pages, 6 euros.
ISBN : 978-2-36244-064-9.

Le socialisme et la guerre

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11 mars 2014 2 11 /03 /mars /2014 06:20

Clemenceau

ou la tentation du Japon

Matthieu Séguéla

A partir de sa thèse, Matthieu Séguéla, par ailleurs enseignant au lycée international de Tokyo, nous propose un autre Clemenceau. Plus en finesse, sous un angle plus culturel que le tribun de l'Homme Enchaîné ou des débats parlementaires.

Le sujet est d'autant plus paradoxal que l'auteur souligne en introduction : "Le fait que Clemenceau ne se soit jamais rendu au Japon aurait pu rendre inutile ou décevante une biographie à dimension géographique". Or, qu'il s'agisse de ses articles de presse ou de son amour pour l'art, "le Japon est un sujet récurrent". Le livre est globalement organisé en deux grandes parties, la première (chap. 1 et 2) traitant plutôt de sujets culturels et artistiques, la seconde (chap. 3 à 7) abordant les questions politiques et militaires. Dans la première partie, on reste impressionné par la diversité et la qualité des recherches de l'auteur pour, élément par élément, indice par indice, reconstituer une "passion japonaise" de Clemenceau, dont on apprend par exemple qu'il favorise à la fin du XIXe siècle l'achat d'oeuvres d'art par le musée du Louvre et milite pour une mise en valeur des collections dispersées entre plusieurs musées français. Les chapitres consacrés à la vie politique et aux questions militaires sont peut-être moins novateurs, mais ils mettent en cohérence des informations jusqu'à présent éparses, qu'il s'agisse de la compréhension et de l'analyse par Clemenceau de la guerre russo-japonaise, ou de son idée d'une intervention de Tokyo sur le front européen pendant la Grande Guerre. Sur ce point, on apprend que son premier article en ce sens peut être daté du 16 août 1914, ou que les débats internes au Japon à l'automne suivant ont été particulièrement vifs. Le projet n'en est pas moins très justement qualifié de "mirage militaire" par Matthieu Séguéla. Enfin, le dialogue quadrangulaire souvent tendu entre Paris, Tokyo, Londres et Washington à la fin de la guerre, qu'il s'agisse des relations avec la Russie en révolution ou de la conférence de paix, sont bien rendus et très largement documentés. Peut-être aurait-on pu insister davantage sur la mission aéronautique française dans le pays à partir de 1919 ?

En résumé, un sujet original, une synthèse passionnante, qui se lit facilement avec une attention soutenue.    

CNRS Editions, Paris, 2014, 470 pages, 25 euros.
ISBN : 978-2-271-07884-1.

Le Tigre et l'Orient

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11 mars 2014 2 11 /03 /mars /2014 06:15

Cycle de conférences

"Histoire du génie" - Besançon

Christophe Lafaye prononcera 4 conférences dans le cadre de l'université ouverte de Besançon, à l'occasion du cinquantenaire de la présence de 19e RG dans la ville (1964-2014) :

 vendredi 21 mars 2014 - de 10h30 à 12h: "Histoire du génie" (amphi Paul Coché - Faculté de Lettres, rue Mégevand).
vendredi 28 mars 2014 - de 10h30 à 12h: "Histoire du 19e RG de 1876 à nos jours" (amphi Paul Coché - Faculté de Lettres, rue Mégevand).
Vendredi 04 avril 2014 - de 10h30 à 12h: "L'emploi du génie en Afghanistan. Adaptation d'une arme en situation de contre-insurrection 2001-2012" / 1ère partie (amphi Paul Coché - Faculté de Lettres, rue Mégevand).
vendredi 11 avril 2014 - de 10h30 à 12h:  "L'emploi du génie en Afghanistan. Adaptation d'une arme en situation de contre-insurrection 2001-2012" / 2ème partie (amphi Paul Coché - Faculté de Lettres, rue Mégevand)..
 

 

Histoire du génie

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10 mars 2014 1 10 /03 /mars /2014 06:30

Dans la tête des insurgés

Hugues Esquerre

Nous avions immédiatement chroniqué le livre lors de sa sortie, mais il nous semble intéressant de revenir sur ce titre qui continue à faire parler de lui, à travers l'analyse d'un jeune étudiant.

Avec Dans la tête des insurgés, Hugues Esquerre, s’attarde sur la vision des insurgés dans leur guerre menée contre les forces légalistes. Il décrit ici avec précision les spécificités et les enjeux du mouvement insurrectionnel afin de mieux pouvoir le contourner.

Hugues Esquerre introduit son propos en définissant ce qu’est une insurrection. Il l’identifie en la différenciant de mouvements proches que sont la conjuration, la révolution populaire ou encore la guerre de partisan. L’insurrection est un acte préparé, organisé, qui a pour but de renverser un système établi par la violence, en détruisant ses structures. Le mouvement insurrectionnel ne s’arrête que lorsque le pouvoir est acquis par les rebelles. Hugues Esquerre explique ce concept pour nous faire comprendre comment pense et réagit un insurgé, et ainsi savoir ce qu’il est, pour mieux contrer sa menace. L’auteur nous explique en quoi ces « petites guerres » divergent des guerres de haute intensité. Dans le mouvement insurrectionnel, l’insurgé a une place primordiale, bien plus que la technologie ; d’autre part l’élément politique du mouvement, synonyme d’idéologie, pousse les rebels à utiliser des moyens coercitifs illégaux tel que le terrorisme. Cette idéologie est au cœur du mouvement insurrectionnel : elle est un système d’idées constituant le corps de la doctrine politique à la base du comportement des insurgés. L'auteur nous livre son point de vue en s’appuyant sur sept parties principales. Ces axes permettent d’explorer les spécificités du mouvement insurrectionnel pour mieux le comprendre et le combattre. Il analyse ainsi les idées de Karl Marx, les écrits de Lénine, Mao, Guevara, les actions des FARC, de l’ETA, d’Al-Qaida et bien d’autres.

Ces sept parties, qui sont aussi sept piliers nécessaires au développement et à la réussite d’une insurrection, sont les suivants : la stratégie du mouvement, son organisation, l’insurgé, l’action coercitive, l’action subversive, la population et enfin la logistique. Ces axes nous mènent au cœur de la volonté implacable de l’insurgé : renverser le pouvoir en place, par tous les moyens et sans aucune conciliation possible, afin d’imposer son idéologie. La victoire politique est l’objectif de tout mouvement insurrectionnel, plus important encore que la victoire militaire, même si les deux sont inséparables. Hugues Esquerre analyse alors trois phases successives nécessaires à la réussite, parties prenantes de la vision maoïste de l’insurrection. Il s’agit de pénétrer la population, mener des actions offensives de guérilla et de terrorisme, puis prendre le pouvoir via une armée conventionnelle une fois le gouvernement légaliste à bout de souffle. Pour l’auteur, une bonne organisation de l’insurrection se fonde sur quatre piliers distincts et autonomes. Tout d’abord l’organe politico-administratif, moteur du mouvement insurrectionnel et gardien de son crédo ; l’appareil militaire qui gère les unités de guérilla et le renseignement ; la branche terroriste, bien distincte et bénéficiant de ses propres capacités ; enfin le quatrième pilier, composé de vitrines légales telles qu’un parti politique ou des associations qui offrent à l’insurrection une tribune permanente, des représentants dans les médias, et un moyen de faire adhérer la population aux idées du mouvement. Ces quatre organes ne sont liés entre eux que par leurs chefs et par la tête du mouvement. Au sein de l’organisation, la discipline et l’unité sont la clé d’un bon fonctionnement. De même, la culture du secret et l’autonomie des unités sont essentielles.

Les insurgés, comme l’auteur le souligne, sont « le cœur de la lutte et l’instrument de la victoire » (p.102). L’activisme de ces hommes est décelé puis conforté par les membres de l’insurrection, les nouvelles recrues sont formées et affectées dans les unités où elles seront le plus utiles. Ce sont ces insurgés qui mèneront les actions de guérilla et de terrorisme indissociables de tout mouvement insurrectionnel. Hugues Esquerre souligne alors avec brio que ces actes - outre leur effet matériel sur les forces de sécurité du pouvoir légaliste - ont une portée psychologique extrêmement importante. En effet les actions coercitives imposent la peur et décrédibilisent le pouvoir légal. Les actes de violence sont relayés par l’action subversive, elle aussi vue comme une véritable arme insurrectionnelle. Il s’agit de la propagande et des actions politiques de l’insurrection, qui amènent des preuves de l’incapacité du gouvernement à protéger la population. L’auteur insiste sur ce point : acquérir le peuple à la cause est un élément indispensable. Ainsi l’insurrection doit savoir convaincre et impressionner la population afin d’obtenir son soutien ou au moins sa passivité. Hugues Esquerre termine par l’importance de la logistique dans le mouvement insurgé : financement, stock d’armes, soutien sanitaire, moyens de communication, ainsi que création de sanctuaires sont essentiels aux actions opérationnelles du mouvement. Seuls ces éléments peuvent permettre le bon déroulement des opérations de combat, sachant que les mouvements insurrectionnels se caractérisent déjà par une rusticité certaine.

Cet ouvrage nous ouvre les yeux sur la réalité méconnue des mouvements insurrectionnels. Hugues Esquerre nous offre un récit complet et n’hésite pas à revenir sur des thématiques importantes et à apporter des précisions au fil des axes qu’il développe. Peut-être aurait-il été bienvenu d’étayer ses propos avec quelques schémas et un sommaire en début d’ouvrage. Quoi qu’il en soit, il s’agit là d’un livre dont la lecture est tout aussi agréable qu’aisée et l’importance des connaissances apportées sur ce sujet peu exploité est indéniable.

Romain STOKOWSKI

Editions du Rocher, Monaco, 2013, 320 pages. 19,90 euros.

ISBN : 978-2-268-07566-2

 

Naissance et développement des rébellions

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10 mars 2014 1 10 /03 /mars /2014 06:25

Dien Bien Phu vu d'en face

Paroles de bô dôi

(collectif)

Peu d'ouvrages sont disponibles en français sur la perception, la compréhension, le vécu par les soldats vietminh, de la guerre d'Indochine. Celui-ci est donc d'autant plus intéressant.

Le livre a été initialement publié (et fort bien accueilli) en 2010 et ce travail a été réalisé par six (jeunes) journalistes vietnamiens, dont certain(e)s formé(e)s à Lille. Ils précisent la liste des témoins interrogés et leurs fonctions à l'époque, et accompagnent leur texte de photos et de cartes. Les anciens combattants vietnamiens racontent leur propre vécu, leur vision, leur compréhension de la bataille, au poste et au niveau de responsabilité qui était le leur à l'époque. de travailleur requis à chef de corps, de simple soldat à chef d'état-major, et dans les spécialités qui étaient les leurs (fantassin, sapeur, artilleur, transmetteur, renseignement, etc.). On ne peut pas, bien sûr, évacuer d'une simple revers de la main l'hypothèse selon laquelle ces souvenirs tardivement recueillis ont pu évoluer dans le temps et sous l'effet du discours communiste. Mais il faut reconnaître que leur traduction donne un sentiment de grande liberté de ton et de réelle franchise, spontanéïté, dans l'expression. Une rapide première partie évoque en quelques pages la mobilisation populaire du côté vietminh. Puis, le volume se divise en deux grandes phases : "Histoires de soldats" (dans laquelle les témoins interrogés racontent brièvement une expérience de guerre de cette campagne) et "Les 56 jours et nuits de la bataille" (qui reconstitue moment par moment, lieu par lieu, le déroulement chronologique des combats entre le 13 mars et le 7 mai 1954. Les uns et les autres précisent des lieux, des chiffres, des effectifs, des pertes, des consommations de munitions, etc., et, comme tous les anciens combattants, la façon dont ils perçurent le déroulement des opérations et leurs conséquences.

Un livre original et sans aucun doute très utile, voire indispensable, pour tous ceux qui s'intéressent à cette grande bataille.

Nouveau Monde Poche, Paris, 2014, 271 pages, 8 euros.

ISBN : 978-2-36583-893-1

D.B.P., de l'autre côté

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Qui Suis-Je ?

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  • : Guerres et conflits XIXe-XXIe s. se fixe pour objectif d’être à la fois (sans prétendre à une exhaustivité matériellement impossible) un carrefour, un miroir, un espace de discussions. Sans être jamais esclave de la « dictature des commémorations », nous nous efforcerons de traiter le plus largement possible de toutes les campagnes, de tous les théâtres, souvent dans une perspective comparatiste. C’est donc à une approche globale de l’histoire militaire que nous vous invitons.
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Cafés historiques de La Chouette

Prochaine séance : pour la rentrée de septembre. Le programme complet sera très prochainement mis en ligne.

Publications personnelles

Livres

 

doumenc-copie-1.jpgLa Direction des Services automobiles des armées et la motorisation des armées françaises (1914-1918), vues à travers l’action du commandant Doumenc

Lavauzelle, Panazol, 2004.

A partir de ma thèse de doctorat, la première étude d’ensemble sur la motorisation des armées pendant la Première Guerre mondiale, sous l’angle du service automobile du GQG, dans les domaines de l’organisation, de la gestion et de l’emploi, des ‘Taxis de la Marne’ aux offensives de l’automne 1918, en passant par la ‘Voie sacrée’ et la Somme.

 

La mobilisation industrielle, ‘premier front’ de la Grande Guerre ? mobil indus

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2005 (préface du professeur Jean-Jacques Becker).

En 302 pages (+ 42 pages d’annexes et de bibliographie), toute l’évolution industrielle de l’intérieur pendant la Première Guerre mondiale. Afin de produire toujours davantage pour les armées en campagne, l’organisation complète de la nation, dans tous les secteurs économiques et industriels. Accompagné de nombreux tableaux de synthèse.

 

colonies-allemandes.jpgLa conquête des colonies allemandes. Naissance et mort d’un rêve impérial

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2006 (préface du professeur Jacques Frémeaux).

Au début de la Grande Guerre, l’empire colonial allemand est de création récente. Sans continuité territoriale, les différents territoires ultramarins du Reich sont difficilement défendables. De sa constitution à la fin du XIXe siècle à sa dévolution après le traité de Versailles, toutes les étapes de sa conquête entre 1914 et 1918 (388 pages, + 11 pages d’annexes, 15 pages de bibliographie, index et cartes).

 

 caire damasDu Caire à Damas. Français et Anglais au Proche-Orient (1914-1919)

 14/18 Editions, Saint-Cloud, 2008 (préface du professeur Jean-Charles Jauffret).

Du premier au dernier jour de la Grande Guerre, bien que la priorité soit accordée au front de France, Paris entretient en Orient plusieurs missions qui participent, avec les nombreux contingents britanniques, aux opérations du Sinaï, d’Arabie, de Palestine et de Syrie. Mais, dans ce cadre géographique, les oppositions diplomatiques entre ‘alliés’ sont au moins aussi importantes que les campagnes militaires elles-mêmes.

 

hte silesieHaute-Silésie (1920-1922). Laboratoire des ‘leçons oubliées’ de l’armée française et perceptions nationales

‘Etudes académiques », Riveneuve Editions, Paris, 2009.

Première étude d’ensemble en français sur la question, à partir du volume de mon habilitation à diriger des recherches. Le récit détaillé de la première opération civilo-militaire moderne d’interposition entre des factions en lutte (Allemands et Polonais) conduite par une coalition internationale (France, Grande-Bretagne, Italie), à partir des archives françaises et étrangères et de la presse de l’époque (381 pages + 53 pages d’annexes, index et bibliographie).

 

cdt armee allde Le commandement suprême de l’armée allemande 1914-1916, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général von Falkenhayn 

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Le texte original de l’édition française de 1921 des mémoires de l’ancien chef d’état-major général allemand, accompagné d’un dispositif complet de notes infrapaginales permettant de situer les lieux, de rappeler la carrière des personnages cités et surtout de comparer ses affirmations avec les documents d’archives et les témoignages des autres acteurs (339 pages + 34 pages d’annexes, cartes et index).

 

chrono commChronologie commentée de la Première Guerre mondiale

Perrin, Paris, 2011.

La Grande Guerre au jour le jour entre juin 1914 et juin 1919, dans tous les domaines (militaire, mais aussi politique, diplomatique, économique, financier, social, culturel) et sur tous les fronts. Environ 15.000 événements sur 607 pages (+ 36 pages de bibliographie et d’index).

 

 Les secrets de la Grande Guerrecouverture secrets

Librairie Vuibert, Paris, 2012.

Un volume grand public permettant, à partir d’une vingtaine de situations personnelles ou d’exemples concrets, de remettre en lumière quelques épisodes peu connus de la Première Guerre mondiale, de la question du « pantalon rouge » en août 1914 à l’acceptation de l’armistice par von Lettow-Vorbeck en Afrique orientale, après la fin des hostilités sur le théâtre ouest-européen.

 

Couverture de l'ouvrage 'Mon commandement en Orient'Mon commandement en Orient, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général Sarrail

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2012

Le texte intégral de l'édition originale, passé au crible des archives publiques, des fonds privés et des témoignages des acteurs. Le récit fait par Sarrail de son temps de commandement à Salonique (1915-1917) apparaît véritablement comme un exemple presque caricatural de mémoires d'autojustification a posteriori

 

 

Coordination et direction d’ouvrages

 

Destins d’exception. Les parrains de promotion de l’Ecole Spéciale Militaire de Saint-Cyr

SHAT, Vincennes, 2002.

Présentation (très largement illustrée, 139 pages) des 58 parrains qui ont donné leur nom à des promotions de Saint-Cyr, entre la promotion « du Prince Impérial » (1857-1858) et la promotion « chef d’escadrons Raffalli » (1998-2001).

 

fflLa France Libre. L’épopée des Français Libres au combat, 1940-1945

SHAT, Vincennes et LBM, Paris, 2004.

Album illustré présentant en 191 pages l’histoire et les parcours (individuels et collectifs) des volontaires de la France Libre pendant la Seconde guerre mondiale.

 

marque courageLa marque du courage

SHD, Vincennes et LBM, Paris, 2005.

Album illustré présentant en 189 pages l’histoire des Croix de Guerre et de la Valeur Militaire, à travers une succession de portraits, de la Première Guerre mondiale à la Bosnie en 1995. L’album comporte en annexe une étude sur la symbolique, les fourragères et la liste des unités d’active décorées.

 

  90e anniversaire de la Croix de guerre90-ANS-CROIX-DE-GUERRE.jpg

SHD, Vincennes, 2006.

Actes de la journée d’études tenue au Musée de l’Armée le 16 novembre 2005. Douze contributions d’officiers historiens et d’universitaires, français et étrangers, de la naissance de la Croix de guerre à sa perception dans la société française, en passant les décorations alliées similaires et ses évolutions ultérieures.

 

france grèceLes relations militaires franco-grecques. De la Restauration à la Seconde guerre mondiale 

SHD,Vincennes, 2007.

Durant cette période, les relations militaires franco-grecques ont été particulièrement intenses, portées à la fois par les sentiments philhellènes qui se développent dans l’hexagone (la France est l’une des ‘Puissances protectrices’ dès la renaissance du pays) et par la volonté de ne pas céder d’influence aux Anglais, aux Allemands ou aux Italiens. La campagne de Morée en 1828, l’intervention en Crète en 1897, les opérations en Russie du Sud  en 1919 constituent quelques uns des onze chapitres de ce volume, complété par un inventaire exhaustif des fonds conservés à Vincennes.

 

verdunLes 300 jours de Verdun

Editions Italiques, Triel-sur-Seine, 2006 (Jean-Pierre Turbergue, Dir.).

Exceptionnel album de 550 pages, très richement illustré, réalisé en partenariat entre les éditions Italiques et le Service historique de la Défense. Toutes les opérations sur le front de Verdun en 1916 au jour le jour.

 

DICO-14-18.jpgDictionnaire de la Grande Guerre

(avec François Cochet), 'Bouquins', R. Laffont, 2008.

Une cinquantaine de contributeurs parmi les meilleurs spécialistes de la Grande Guerre, 1.100 pages, 2.500 entrées : toute la Première Guerre mondiale de A à Z, les hommes, les lieux, les matériels, les opérations, les règlements, les doctrines, etc.

 

fochFerdinand Foch (1851-1929). Apprenez à penser

(avec François Cochet), 14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Actes du colloque international tenu à l’Ecole militaire les 6 et 7 novembre 2008. Vingt-quatre communications balayant tous les aspects de la carrière du maréchal Foch, de sa formation à son héritage dans les armées alliées par des historiens, civils et militaires, de neuf nations (461 pages + 16 pages de bibliographie).

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