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30 septembre 2020 3 30 /09 /septembre /2020 00:01

Quatre-vingt-quinze

La Terreur en procès.

Loris Chavanette

Issu de la thèse de l'auteur, primée par l'Assemblée nationale en 2013, et réédition en format 'poche' du volume initialement paru en 2017, ce livre solidement référencé ambitionne (et il y réussit) de faire enfin un vrai bilan de la période intermédiaire entre la chute de Robespierre et la fin de la Convention thermidorienne.

Le titre résonne comme un écho au Quatre-vingt-treize de Victor Hugo, et pourtant Loris Chavanette aborde son sujet de façon bien différente. Il accorde en particulier une place importante aux questions législatives et juridiques qui marquent ces années. Son livre est construits en treize chapitres chrono-thématiques, du bilan de la Terreur dressé par les Thermidoriens au Directoire. Au fil des pages, reviennent comme un fil rouge les questions liées à la continuation (ou non) de la Révolution après le 9 Thermidor et à la faiblesse (proclamée par ses adversaires) du gouvernement. L'auteur nous fait revivre le retour des Girondins, le procès Carrier et l'amnistie en Vendée, les procès contre les juges du tribunal révolutionnaire et les sections révolutionnaires parisiennes, ou les mouvements populaires de germinal et de prairial qui vont précipiter la chute du régime. En faisant quasiment des questions constitutionnelles et juridiques le coeur (ou au moins le point majeur) de son étude, Loris Chavanette nous montre des Thermidoriens moins impuissants, moins couards, moins veules que le laisse entendre leur (mauvaise) réputation. "Entre les fantômes du passé et les espérances de l'avenir", le régime a ainsi essayé de terminer la Révolution grâce à la justice et d'instaurer un état de liberté qui, pour être incomplet et partial, n'en constitue pas moins une profonde rupture avec la période précédente.

Une contribution à l'histoire générale de la Révolution qui est un grand livre, pour un petit prix, indispensable à tous ceux qui veulent comprendre la France du temps et ses évolutions ultérieures.

'Biblis', CNRS Editions, Paris, 2020, 490 pages, 12,- euros.

ISBN : 978-2-271-13283-3.

Régime de transition ?

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7 juillet 2020 2 07 /07 /juillet /2020 00:01

Berthier, Bertrand et Caulaincourt

Des fidèles de Napoléon issus de l'Ancien régime

Jean Etèvenaux

Fin connaisseur de l'histoire napoléonienne, Jean Etèvenaux nous propose dans ce petit volume trois portraits de proches de l'empereur issus de l'ancienne petite noblesse de province, fidèles parmi les fidèles après avoir servi l'Ancien régime mais d'abord serviteur de l'Etat.

Considérant qu'au-delà des bouleversements révolutionnaires il y a aussi une vraie continuité de la France (voilà un sujet qui ne manque pas d'intérêt avec la démagogie ambiante), l'auteur revient d'abord sur Napoléon lui-même, "boursier du roi de France avec un brevet de lieutenant en second en septembre 1785 ... Contrairement à d'autres généraux de l'époque, ce n'est pas la Révolution qui lui a donné tous ses grades : lorsque la monarchie est renversée, il est déjà capitaine et a bénéficié de la formation d'une arme savante, l'artillerie". Il revient sur les influences d'Ancien régime du futur empereur et fait le point des maréchaux et des ministres issus de la monarchie. Il traite ensuite de Berthier, qui était déjà chevalier des ordres de Saint-Lazare et de Saint-Louis avant la Révolution, l'irremplaçable chef d'état-major impérial que Napoléon Ier pouvait réveiller jusqu'à 17 fois en une nuit ! Il s'attache ensuite à la figure de Bertrand, "le plus fidèle", qui accompagne Napoléon de l'armée d'Italie en 1797 à Sainte-Hélène, issu d'une famille de petite noblesse du Berry. Il termine par Caulaincourt, "le plus clairvoyant", descendant par les femmes du grand Sully et dont la famille est d'ancienne noblesse picarde, que Napoléon fera général et ambassadeur. Il est en quelque sorte représentatif de ces élites d'Ancien régime, soucieuses de l'intérêt de la France.

Un petit ouvrage que l'on lit avec plaisir et qui réconcilie (utile en ces temps troublés) "les deux France" et la complexité de son histoire.

Editions Cabédita, Divonne-les-Bains, 2020, 92 pages.

ISBN : 978-2-88295-879-2.

Pour commander en France :

Diffusion DRL : drl-est@orange.fr

Fidèles, à la patrie

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29 juin 2020 1 29 /06 /juin /2020 00:01

Mémoires d'un dragon de l'Empire

De la paix de Tilsit à la Restauration

Jacques-Joseph de Naylies

Partiellement publiés après la Restauration, ces souvenirs de l'épopée impériale, "par l'objectivité et l'exactitude de son témoignage" rejoignent selon Jean Tulard qui signe la préface, "enfin les meilleurs mémorialistes de l'Empire".

Après une introduction qui présente l'ensemble de la vie de Jacques-Joseph de Naylies, et alors que l'auteur s'est engagé en 1805 au 19e régiment de dragons, ces Mémoires commencent en juillet 1807 sur les bords du Niémen lors du traité de Tilsit. Nous suivons ensuite le régiment à travers l'Allemagne, la France et jusqu'en Espagne, où il arrive le 11 novembre 1808. Il va quadriller la péninsule jusqu'à Porto pendant trois ans. Plus de 120 pages sont consacrées à cette campagne, dont il nous donne un compte rendu aussi précis qu'équilibré, et que restaure par bien des aspects la notoriété des armées françaises. La partie suivante est consacrée à la campagne de Saxe de 1813, de Leipzig à Dresde. Il souligne le talent militaire de l'empereur, observe que ses maréchaux livrés à eux-mêmes sont battus et constate que le renouvellement massif de la troupe diminue la capacité opérationnelle des régiments : "Les soldats d'Austerlitz, d'Iéna, de Friedland, d'Essling, de Wagram sont morts dans de glorieux combats ou sont ensevelis dans les glaces de la Russie". Le livre se termine avec la campagne de France, la première Restauration, les Cent Jours, pendant lesquels Jacques-Joseph de Naylies reste fidèle aux Bourbons, ce qui lui vaudra d'intégrer en 1816 les Gardes de la Maison du roi. Au fil des pages, nous avons bien sûr le récit des batailles auxquelles l'auteur participe, mais aussi des lignes très intéressantes sur la vie de garnison, les relations au sein des régiments, les amours de passage, quelques rencontres avec les grands personnages de l'empire, la vie quotidienne du soldat, et du soldat blessé, dans la paix comme dans la guerre.

Un ouvrage absolument indispensable à tout amateur des campagnes napoléoniennes.

Editions SPM, Paris, 2020, 356 pages, 33,- euros.

ISBN : 978-2-37999-012-0.

Mémoires d'un cavalier

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7 avril 2020 2 07 /04 /avril /2020 00:01

Napoléon et le livre

La censure sous le Consulat et l'Empire (1799-1815)

Patricia Sorel

On savons tous que l'empereur a toujours été soucieux de ce qui était publié dans la presse et a toujours su utiliser l'écrit pour sculpter sa légende. Avec cette remarquable étude de Patricia Sorel, nous saurons tout désormais sur son approche de la presse et de l'édition, sur la mise en place de la censure.

Le livre présente dans une première partie ce qu'était la législation sur le livre et la censure sous le consulat et au début de l'empire, sous la responsabilité du ministre de l'Intérieur. Il développe ensuite l'évolution intellectuelle et politique induite par le décret de février 1810, dans lequel "transparait la volonté de faire des professionnel du livre une profession avec droits et prérogatives, mais aussi avec charges et obligations". Les imprimeurs, désormais assermentés, ne voient plus leurs stocks saisis comme auparavant, mais doivent se comporter en citoyens-agents responsables de l'Etat : "L'imprimerie n'est point un commerce … elle est un état qui intéresse la politique et un arsenal qu'il importe de ne pas mettre à la disposition de tout le monde". L'auteure précise bien que l'empereur entretient une attitude ambivalente à l'égard de la censure. Il s'affirme régulièrement favorable à la liberté de la presse et en demande en quelque sorte une application intelligente… Elle détaille ensuite les livres censurés, quantitativement mais aussi dans le détail de nombreux titres et les évolutions ou contradictions que l'on peut relever entre administrations et dans le temps, qu'il s'agisse des livres politiques, des outrages aux bonnes mœurs ou même des livres ecclésiastiques (car il s'agit de préserver le concordat et "les querelles religieuses sont également considérées inopportunes, voire dangereuses pour la tranquillité publique"). L'auteure constate également que "le nombre de livres interdits ne cesse de diminuer" et en présente le tableau statistique à partir de l'analyse des bulletins de censure. La dernière partie traite de l'abolition de la censure pendant les Cent-Jours, qui engendre un véritable flot de livres et de brochures.

Une étude riche et foisonnante, au confluent de l'histoire politique et de l'histoire de l'édition. A recommander.

Presses universitaires de Rennes, 2020, 192 pages, 22,- euros.

ISBN : 978-2-7535-7893-7.

Censure et propagande

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3 avril 2020 5 03 /04 /avril /2020 00:05

Mémoires

Baron Fain

(présenté par Charles-Eloi Vial)

Spécialiste du Premier empire (ici et ici par exemple), Charles-Eloi Vial nous propose une belle réédition critique des souvenirs du premier secrétaire de l'empereur.

Dans une très solide introduction de 80 pages, Charles-Eloi Vial présente l'ensemble de la carrière du baron Fain et son rôle au plus près de l'empereur à Paris comme en campagne en s'appuyant sur les récits des contemporains et la correspondance entretenue par Fain avec sa famille. Il revient ensuite sur les modalités de la première édition des Manuscrits du baron Fain dans les années 1820, puis de ses Mémoires initialement destinés à sa seule famille, ainsi que sa contribution à l'écriture de la légende de l'empereur : "On pourra cependant toujours déplorer la modestie de Fain. Attaché à perpétuer le souvenir de la gloire impériale, il passe sous silence sa propre vie".

Les souvenirs du baron Fain, disponible 24 heures / 24 et 7 jours / 7 au service de son maître et lui-même travailleur infatigable, sont organisés en quatre grandes parties, qui permettent de suivre Napoléon Ier dans son quotidien, dans toutes les circonstances et dans tous les lieux. Le première ("Cabinet intérieur. La matinée de l'empereur dans son appartement intérieur") nous conduit de la chambre à coucher (où Napoléon Ier se lève vers 2 heures du matin "pour contrôler à loisir le détail d'une administration", se recouche à 5 heures pour se relever à 7 heures) aux derniers travaux de la matinée (avec la fixation des dotations pour récompenser les fidèles par exemple). La description de l'emploi par Napoléon des fonds publics comme privés, officiels comme secrets, est tout à fait éclairante sur la personnalité de l'empereur. La seconde partie ("Napoléon dans son cabinet extérieur et dans ses conseils") nous présente l'empereur en réunion avec ses principaux subordonnés, ministres et officiers de sa maison. La partie consacrée aux réunions avec le Conseil d'Etat est très instructive : "Ce n'était pas un pouvoir ; ce n'était qu'un supplément à la pensée administrative ; c'était un Conseil dans toute la force du mot, qui n'avait de mouvement et d'action que par l'impulsion qu'il recevait de l'empereur". La troisième partie ("Napoléon dans les heures consacrées à la cour et à l'intimité, dans ses grands voyages et dans ses campagnes de guerre") nous fournit énormément de précisions sur le fonctionnement toujours très centralisé de l'empire lorsque Napoléon est en déplacement, que ce soit dans le pays ("que Napoléon se plaisait à appeler ses promenades administratives") ou en campagne militaire à travers l'Europe (qu'il s'agisse de l'organisation matérielle avec les voitures et les chevaux, du nombre et du rôle des aides de camp, ou du camp monté "au milieu du carré de la Garde impériale"). La quatrième partie enfin ("Napoléon dans sa personne, son caractère et dans ses opinions individuelles") nous offre le portrait intime de l'empereur, jusque dans son goût pour le tabac et pour les bains ("qu'il prenait trop chauds") ou dans ses traits de caractère les plus personnels.

Utilement complété par un dense appareil de notes toujours judicieuses, ce volume est absolument indispensable à tout amateur de la période impériale.

Perrin, Paris, 2020, 375 pages, 24,- euros.

ISBN : 978-2-262-07578-1.

Témoin privilégié

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22 mars 2020 7 22 /03 /mars /2020 00:05

Terreur !

La Révolution française face à ses démons

Michel Biard et Marisa Linton

Deux spécialistes de la Révolution, l'un français, l'autre britannique, joignent leurs connaissances et leurs talents pour nous proposer une analyse subtile d'une période emblématique, celle de la Terreur en 1793-1794. On observe d'ailleurs que le rythme de publication sur le sujet ne faiblit pas, ce qui témoigne aussi de l'intérêt soutenu des lecteurs.

En huit chapitres qui font appel aux recherches les plus récentes de part et d'autre du Channel, les deux auteurs reviennent sur "l'invention" (toute relative quand même) de la Terreur par les Thermidoriens après la chute de Robespierre, un moyen pour criminaliser en quelque sorte l'Incorruptible et son régime. Ils s'attachent ensuite à définir ce qu'est la "terreur" à la fin du XVIIIe s. puis à préciser le contexte ("La hantise du complot et de la trahison") dans lequel cette politique se développe. Ils étudient ensuite la "Radicalisation des affrontements et l'aggravation de la répression", notamment à travers la répression du mouvement fédéraliste ; et pour cela ils décrivent les évolutions et adaptations législatives, règlementaires, qui marquent en particulier l'appareil judiciaire. Ils s'intéressent enfin aux luttes d'influence et aux oppositions internes au sein des clubs parisiens, avec pour résultat "la mort comme solution pour en finir avec les opposants". Ils consacrent une ultime partie à la question de la révolte vendéenne (la froideur de certaines expressions laisse penser qu'ils minimisent les faits même si, à tête reposée, le raisonnement n'est pas faux). Pour conclure, au bilan, que la Terreur en tant que telle n'a probablement pas existé et qu'elle est, en grande partie, une construction ultérieure des adversaires politiques de Robespierre. : "En prétendant avoir anéanti un 'système de terreur', la Convention jette un voile sur les violences passées, choisit de réhabiliter certaines victimes, mais choisit surtout de s'autoamnistier de ses propres responsabilités tout en continuant à bénéficier des rouages du gouvernement révolutionnaire pour achever de vaincre tous les ennemis de la République et écarter tous les nostalgiques de l'An II désormais stigmatisés comme 'terroristes' ou 'robespierristes".

On apprécie en fin de volume, outre la dense bibliographie et l'important appareil de notes de référence, une série de cartes donnant en particulier les chiffres des exécutions par département, les lieux de création des bataillons révolutionnaires, ou les déplacements en province des représentants du peuple en mission. Un livre qui tranche par rapport à de nombreuses autres publications récentes sur la période, soit dénonciatrices de crimes, soit par trop élogieuses. Un ton mesuré qui sur certains points peut surprendre, mais qui fait heureusement la part des choses. Un complément intéressant et utile à notre compréhension de la Révolution française.

Armand Colin, Paris, 2020, 296 pages. 22,90 euros.

ISBN : 978-2-200-62351-7.

Réalité de la Terreur

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16 mars 2020 1 16 /03 /mars /2020 00:05

Servir la France napoléonienne à Washington

Lettres d'Amérique

Luc et Edmée Delambre

Il devient rare que des archives familiales totalement inconnues puissent apporter une contribution aussi essentielle à notre connaissance de certains épisodes historiques. Ce livre prouve que c'est encore possible.

 A partir de la correspondance (heureusement conservée dans les archives familiales) qu'Emilie Pichon, née Brongniart, épouse de l'ambassadeur de France aux (jeunes) Etats-Unis, entretient avec sa famille restée en métropole, les auteurs reconstituent non seulement la vie quotidienne (encore rustique à bien des égards) dans la capitale politique des Etats-Unis à l'époque, et brossent le portrait des principaux responsables américains, mais ils abordent aussi des questions importantes pour le régime impérial, comme le retour de la Louisiane cédée par l'Espagne, l'évolution de l'insurrection de Saint-Domingue ou le mariage de Jérôme, frère de Napoléon. Des relations tumultueuses avec le général Leclerc, les implications américaines du conflit de Saint-Domingue, des rumeurs de corruption, des rapports compliqués avec certains notables américains : tout concours à faire de notre ambassadeur (qui peut-être manquait de préparation ou d'aptitude pour un poste aussi délicat ?) un "fusible", dont l'empereur a fort mauvaise impression et qui est finalement rappelé en France en 1805.

Un livre qui se lit facilement et qui contribue très utilement à notre connaissance de la période.

L'Harmattan, Paris, 2020, 253 pages, 28,- euros.

ISBN : 978-2-343-19246-8.

FRANCE / ETATS-UNIS

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5 mars 2020 4 05 /03 /mars /2020 00:05

Saint-Just

L'archange de la Révolution

Antoine Boulant

Personnalité à la fois incontournable et pourtant assez mal connue de la Révolution française, Louis-Antoine de Saint-Just est un Conventionnel particulièrement important, dont la jeunesse (il est guillotiné à 26 ans) contribue à accroître l'intérêt.

Auteur de plusieurs ouvrages sur la période (voir ici par exemple), Antoine Boulant nous livre une biographie tout à fait passionnante, qui s'appuie à la fois sur les archives et sur l'historiographie la plus récente. En cinq grandes parties chrono-thématiques, il dresse un portrait mesuré du député de l'Aisne, élu à 25 ans en août 1792. Antoine Boulant consacre les 2e, 3e et 4e parties à suivre les actions de Saint-Just au cours des vingt-deux mois qui suivent, période d'une exceptionnelle intensité. Après avoir examiné les étapes de sa rapide marche vers le pouvoir (première participation à une réunion de la Convention le 20 septembre 1792, membre de plein droit du Comité de salut public le 5 juin 1793) et ses principales interventions devant l'Assemblée, notamment le rapport qui devait aboutir à la condamnation des Girondins, l'auteur consacre une passionnante troisième partie à son rôle (trop souvent méconnu) dans le domaine militaire, d'abord pour assurer la levée de plusieurs milliers d'hommes dans les départements des Ardennes et de l'Aisne, puis à Strasbourg pour renforcer l'armée du Rhin ("Nous jurons, au nom de l'armée, que l'ennemis sera vaincu !"), enfin à l'armée du Nord "avec les pouvoirs illimités de représentant du peuple, pour prendre connaissance de l'état de l'armée, pour surveiller particulièrement la situation des villes de Lille, de Maubeuge et de Bouchain, et prendre toutes les mesures que l'intérêt de la République exigerait", mission qui se solde par la victoire de Fleurus. Après avoir longuement décrit l'action de Saint-Just en ces circonstances, Antoine Boulant présente les idées développées par le jeune conventionnel dans le domaine économique et social, avant de s'attacher aux dernières semaines, à l'été 1794, à sa fidélité à Robespierre et à sa mise en accusation avant son exécution. Les mensonges propagés sur son compte par la réaction thermidorienne semblent aujourd'hui non seulement excessifs, mais irrationnels.
Un portrait équilibré pour un homme qui tenta d'agir avec conviction dans le maëlstrom des évènements révolutionnaire. Les amateurs qui souhaitent aller plus loin apprécieront les trente pages de sources et de bibliographie. Une biographie de référence.

L'Archange de la Terreur

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14 février 2020 5 14 /02 /février /2020 00:05

Un palais pour l'empereur

Napoléon aux Tuileries

Antoine Boulant

Après un premier volume, en 2016, retraçant toute l'histoire du palais depuis sa fondation jusqu'à sa destruction (ici), Antoine Boulant nous propose aujourd'hui une étude centrée sur la période du Consulat et de l'Empire.

Les Tuileries deviennent en effet au début de l'année 1800  la résidence du Premier consul, et de fait le siège à la fois du pouvoir et bientôt de la cour impériale. Après avoir décrit le cérémonial de l'installation de Napoléon et les premiers travaux d'aménagement, Antoine Boulant s'intéresse à l'évolution de l'espace : les nouvelles constructions, le jardin ("le plus beau d'Europe" pour les Parisiens), la rue de Rivoli, puis aux transformations intérieures, entre locaux privés, de représentation et d'administration. Il est désormais temps de s'intéresser à l'utilisation du palais, à la fois à titre personnel (tout un chapitre est consacré à "Napoléon intime au palais"), pour l'administration de l'empire (réunions avec les ministres, du Conseil d'Etat, etc.) et pour les cérémonies et fêtes qui doivent témoigner du faste de l'empire et impressionner les témoins. Le livre se termine par la description des mesures prises dans l'urgence lors de la première abdication en 1814 pour que le palais puisse recevoir les Bourbons, et les aléas de la seconde en 1815. L'ensemble s'appuie sur d'importantes recherches dans les archives, l'utilisation de très nombreux témoignages du temps et une importante bibliographie.

Si aujourd'hui l'arc de triomphe du Carrousel est le dernier grand vestige du palais impérial, ce livre nous en propose une précise et fort belle représentation.

Cerf éditions, Paris, 2019, 210 pages 18,- euros.

ISBN : 978-2-204-13395-1.

Palais disparu

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12 février 2020 3 12 /02 /février /2020 00:05

Après la guerre

Bonchamps, par David d'Angers

Collectif (Les Anneaux de la Mémoire)

A partir du tombeau du général Bonchamps, qui sauva plusieurs milliers de prisonniers lors des guerres de Vendée, sculpté par David d'Angers, les auteurs rassemblés dans ce volume s'interrogent sur la transmission de la mémoire et la place des monuments dans ce processus.

Le livre retrace d'abord le contexte, celui de la guerre civile qui déchire l'ouest de la France en 1793. On se souvient des mots terribles du général Westermann : "Je n'ai pas un prisonnier à me reprocher. J'ai tout exterminé". Pourtant, Bonchamps, l'un des chefs vendéens, fait libérer plusieurs milliers de républicains avant de mourir, et ce geste marque profondément dans le contexte de cruauté de ces évènements. Les premières commémorations de ce geste interviennent avec la Restauration et c'est en 1818 que David d'Angers, dont le père avait été épargné par Beauchamps, reçoit la commande du monument. L'ouvrage présente alors dans le détail les modalités pratiques de son financement et de son érection mais revient aussi largement sur la belle carrière ultérieure (y compris la tentation politique) de David d'Angers.

On apprécie à la fois un texte aussi érudit et complet qu'aisé à lire, et une superbe iconographie qui rend parfaitement le discours des auteurs, mais aussi l'esprit de l'époque (émergence du romantisme). Au bilan, un superbe album, aussi beau sur la forme que riche sur le fond.

Geste éditions, La Crèche (79), 2019, 191 pages, 27,- euros.

ISBN : 979-10-353-0230-6.

Guerres de Vendée

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Qui Suis-Je ?

  • : Guerres-et-conflits
  • : Guerres et conflits XIXe-XXIe s. se fixe pour objectif d’être à la fois (sans prétendre à une exhaustivité matériellement impossible) un carrefour, un miroir, un espace de discussions. Sans être jamais esclave de la « dictature des commémorations », nous nous efforcerons de traiter le plus largement possible de toutes les campagnes, de tous les théâtres, souvent dans une perspective comparatiste. C’est donc à une approche globale de l’histoire militaire que nous vous invitons.
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Cafés historiques de La Chouette

Prochaine séance : pour la rentrée de septembre. Le programme complet sera très prochainement mis en ligne.

Publications personnelles

Livres

 

doumenc-copie-1.jpgLa Direction des Services automobiles des armées et la motorisation des armées françaises (1914-1918), vues à travers l’action du commandant Doumenc

Lavauzelle, Panazol, 2004.

A partir de ma thèse de doctorat, la première étude d’ensemble sur la motorisation des armées pendant la Première Guerre mondiale, sous l’angle du service automobile du GQG, dans les domaines de l’organisation, de la gestion et de l’emploi, des ‘Taxis de la Marne’ aux offensives de l’automne 1918, en passant par la ‘Voie sacrée’ et la Somme.

 

La mobilisation industrielle, ‘premier front’ de la Grande Guerre ? mobil indus

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2005 (préface du professeur Jean-Jacques Becker).

En 302 pages (+ 42 pages d’annexes et de bibliographie), toute l’évolution industrielle de l’intérieur pendant la Première Guerre mondiale. Afin de produire toujours davantage pour les armées en campagne, l’organisation complète de la nation, dans tous les secteurs économiques et industriels. Accompagné de nombreux tableaux de synthèse.

 

colonies-allemandes.jpgLa conquête des colonies allemandes. Naissance et mort d’un rêve impérial

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2006 (préface du professeur Jacques Frémeaux).

Au début de la Grande Guerre, l’empire colonial allemand est de création récente. Sans continuité territoriale, les différents territoires ultramarins du Reich sont difficilement défendables. De sa constitution à la fin du XIXe siècle à sa dévolution après le traité de Versailles, toutes les étapes de sa conquête entre 1914 et 1918 (388 pages, + 11 pages d’annexes, 15 pages de bibliographie, index et cartes).

 

 caire damasDu Caire à Damas. Français et Anglais au Proche-Orient (1914-1919)

 14/18 Editions, Saint-Cloud, 2008 (préface du professeur Jean-Charles Jauffret).

Du premier au dernier jour de la Grande Guerre, bien que la priorité soit accordée au front de France, Paris entretient en Orient plusieurs missions qui participent, avec les nombreux contingents britanniques, aux opérations du Sinaï, d’Arabie, de Palestine et de Syrie. Mais, dans ce cadre géographique, les oppositions diplomatiques entre ‘alliés’ sont au moins aussi importantes que les campagnes militaires elles-mêmes.

 

hte silesieHaute-Silésie (1920-1922). Laboratoire des ‘leçons oubliées’ de l’armée française et perceptions nationales

‘Etudes académiques », Riveneuve Editions, Paris, 2009.

Première étude d’ensemble en français sur la question, à partir du volume de mon habilitation à diriger des recherches. Le récit détaillé de la première opération civilo-militaire moderne d’interposition entre des factions en lutte (Allemands et Polonais) conduite par une coalition internationale (France, Grande-Bretagne, Italie), à partir des archives françaises et étrangères et de la presse de l’époque (381 pages + 53 pages d’annexes, index et bibliographie).

 

cdt armee allde Le commandement suprême de l’armée allemande 1914-1916, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général von Falkenhayn 

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Le texte original de l’édition française de 1921 des mémoires de l’ancien chef d’état-major général allemand, accompagné d’un dispositif complet de notes infrapaginales permettant de situer les lieux, de rappeler la carrière des personnages cités et surtout de comparer ses affirmations avec les documents d’archives et les témoignages des autres acteurs (339 pages + 34 pages d’annexes, cartes et index).

 

chrono commChronologie commentée de la Première Guerre mondiale

Perrin, Paris, 2011.

La Grande Guerre au jour le jour entre juin 1914 et juin 1919, dans tous les domaines (militaire, mais aussi politique, diplomatique, économique, financier, social, culturel) et sur tous les fronts. Environ 15.000 événements sur 607 pages (+ 36 pages de bibliographie et d’index).

 

 Les secrets de la Grande Guerrecouverture secrets

Librairie Vuibert, Paris, 2012.

Un volume grand public permettant, à partir d’une vingtaine de situations personnelles ou d’exemples concrets, de remettre en lumière quelques épisodes peu connus de la Première Guerre mondiale, de la question du « pantalon rouge » en août 1914 à l’acceptation de l’armistice par von Lettow-Vorbeck en Afrique orientale, après la fin des hostilités sur le théâtre ouest-européen.

 

Couverture de l'ouvrage 'Mon commandement en Orient'Mon commandement en Orient, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général Sarrail

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2012

Le texte intégral de l'édition originale, passé au crible des archives publiques, des fonds privés et des témoignages des acteurs. Le récit fait par Sarrail de son temps de commandement à Salonique (1915-1917) apparaît véritablement comme un exemple presque caricatural de mémoires d'autojustification a posteriori

 

 

Coordination et direction d’ouvrages

 

Destins d’exception. Les parrains de promotion de l’Ecole Spéciale Militaire de Saint-Cyr

SHAT, Vincennes, 2002.

Présentation (très largement illustrée, 139 pages) des 58 parrains qui ont donné leur nom à des promotions de Saint-Cyr, entre la promotion « du Prince Impérial » (1857-1858) et la promotion « chef d’escadrons Raffalli » (1998-2001).

 

fflLa France Libre. L’épopée des Français Libres au combat, 1940-1945

SHAT, Vincennes et LBM, Paris, 2004.

Album illustré présentant en 191 pages l’histoire et les parcours (individuels et collectifs) des volontaires de la France Libre pendant la Seconde guerre mondiale.

 

marque courageLa marque du courage

SHD, Vincennes et LBM, Paris, 2005.

Album illustré présentant en 189 pages l’histoire des Croix de Guerre et de la Valeur Militaire, à travers une succession de portraits, de la Première Guerre mondiale à la Bosnie en 1995. L’album comporte en annexe une étude sur la symbolique, les fourragères et la liste des unités d’active décorées.

 

  90e anniversaire de la Croix de guerre90-ANS-CROIX-DE-GUERRE.jpg

SHD, Vincennes, 2006.

Actes de la journée d’études tenue au Musée de l’Armée le 16 novembre 2005. Douze contributions d’officiers historiens et d’universitaires, français et étrangers, de la naissance de la Croix de guerre à sa perception dans la société française, en passant les décorations alliées similaires et ses évolutions ultérieures.

 

france grèceLes relations militaires franco-grecques. De la Restauration à la Seconde guerre mondiale 

SHD,Vincennes, 2007.

Durant cette période, les relations militaires franco-grecques ont été particulièrement intenses, portées à la fois par les sentiments philhellènes qui se développent dans l’hexagone (la France est l’une des ‘Puissances protectrices’ dès la renaissance du pays) et par la volonté de ne pas céder d’influence aux Anglais, aux Allemands ou aux Italiens. La campagne de Morée en 1828, l’intervention en Crète en 1897, les opérations en Russie du Sud  en 1919 constituent quelques uns des onze chapitres de ce volume, complété par un inventaire exhaustif des fonds conservés à Vincennes.

 

verdunLes 300 jours de Verdun

Editions Italiques, Triel-sur-Seine, 2006 (Jean-Pierre Turbergue, Dir.).

Exceptionnel album de 550 pages, très richement illustré, réalisé en partenariat entre les éditions Italiques et le Service historique de la Défense. Toutes les opérations sur le front de Verdun en 1916 au jour le jour.

 

DICO-14-18.jpgDictionnaire de la Grande Guerre

(avec François Cochet), 'Bouquins', R. Laffont, 2008.

Une cinquantaine de contributeurs parmi les meilleurs spécialistes de la Grande Guerre, 1.100 pages, 2.500 entrées : toute la Première Guerre mondiale de A à Z, les hommes, les lieux, les matériels, les opérations, les règlements, les doctrines, etc.

 

fochFerdinand Foch (1851-1929). Apprenez à penser

(avec François Cochet), 14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Actes du colloque international tenu à l’Ecole militaire les 6 et 7 novembre 2008. Vingt-quatre communications balayant tous les aspects de la carrière du maréchal Foch, de sa formation à son héritage dans les armées alliées par des historiens, civils et militaires, de neuf nations (461 pages + 16 pages de bibliographie).

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