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3 janvier 2021 7 03 /01 /janvier /2021 00:01

A la recherche du tombeau perdu

Sur les traces de Napoléon et du général Gudin en Russie

Pierre Malinowski

Un ouvrage étonnant qui nous raconte une belle histoire. Amateur autodidacte, Pierre Malinowski s'est lancé dans la recherche des corps de soldats disparus en France, avant d'arriver dans la région de Smolensk.

Le livre est divisé en deux grandes parties très distinctes. Dans la première, l'auteur raconte son parcours personnel jusqu'à ce 9 juillet 2019 où il retrouve la dépouille mortelle du général Gudin, proche de Napoléon avec lequel il était élève à Brienne, mort en 1812 pendant la campagne de Russie et dont la tombe (provisoire) avait été oubliée. Nous suivons donc Pierre Malinowski dans ses débuts d'archéologue amateur (parfois hors règlementation) après avoir quitté l'armée, ses inlassables recherches de poilus sur les champs de bataille de la Grande Guerre, passant de là à la recherche de corps de soldats des brigades russes en France, d'où les contacts avec la Russie d'aujourd'hui, d'où... Une succession de hasards plus ou moins forcés mais heureux qui conduisent à la reconnaissance officielle de 2019, dont tout le détail nous est donné. La seconde partie présente la biographie du général Gudin en respectant la formule "Apprendre l'histoire à travers ceux qui l'ont vécue", c'est à dire les récits des témoins et des acteurs. La carrière de Gudin (l'ancien quartier de l'Ecole d'application des Transmissions à Montargis portait son nom) couvre tout l'empire jusqu'au début de la campagne de Russie. La reconstitution qu'en fait Pierre Malinowski est très vivante et accompagnée d'encarts qui précisent tel ou tel point particulier. Le livre se termine sur une série d'utiles et intéressantes annexes, comme celle sur "L'énigme du coeur du général Gudin" (puisque l'empereur avait demandé que son coeur soit ramené en France), ou celle sur "La Légion d'honneur".

Un livre (qui comporte deux cahiers photos) qui est à la fois un portrait de l'auteur, un récit d'une aventure humaine exceptionnelle et une biographie d'un général oublié. Indiscutablement à connaître par tous ceux qui s'intéressent au Premier empire et à la grande Armée. 

Le Cherche-Midi, Paris, 2020, 287 pages. 18,50 euros.

ISBN : 978-2-7491-6550-9.

Pour commander directement le livre : ici

Général disparu

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20 décembre 2020 7 20 /12 /décembre /2020 00:01

Le lieutenant Hugot

Gendarme impérial

Guillaume Joucla

Cette biographie d'un gendarme impérial devenu officier, rédigée après "une quête qui dura plus de huit années" par l'un de ses descendants, est d'autant plus intéressante que ses affectations successives lui permettent de nous décrire le développement et le fonctionnement de l'administration territoriale impériale.

Engagé comme simple soldat à 21 ans au bataillon de Paris Saint-Denis, il est à l'armée du Nord en 1794, puis participe à la campagne d'Italie, avant d'être stationné en Corse, enfin part pour l'Egypte mais reste avec le corps d'occupation de Malte. Il participe ensuite à la prise de l'île d'Elbe, revient en Corse et quitte l'infanterie pour entrer dans la gendarmerie. Reparti pour l'île d'Elbe, il est ensuite affecté en Toscane pendant six ans. En 1813, promu sous-lieutenant, il est affecté à Nîmes où il reste jusqu'à la deuxième Restauration. Désormais demi-solde, il entre dans l'administration civile, d'abord préfectorale puis pénitentiaire.

Le récit de Guillaume Joucla est organisé en cinq grands chapitres chronologiques parmi lesquels on retiendra tout particulièrement les chapitres 2, 3 et 4. Dans le chapitre 2, il relate la prise de Malte, son séjour sur l'île et le blocus anglais : "Ce n'est que par une continuité d'actes de valeur, de constance et de dévouement, que les Français pourront se maintenir plus de deux ans sur ce rocher stérile, privés de tout secours, pressés par la faim et les troupes ennemies". Dans le chapitre 3, nous retiendrons la prise de l'île d'Elbe, appelée à entrer dans la légende napoléonienne en 1814, reprise aux Anglais et où les conditions de vie des soldats sont particulièrement difficiles. Dans le chapitre 4 enfin, retenons d'une part le séjour en brigade de gendarmerie en Toscane ("Les missions des brigades en Toscane sont identiques à celles effectuées dans le reste de l'empire. Toutefois, le danger est un peu plus important qu'en France, se rapprochant parfois de la guérilla que l'on avait pu connaître en Espagne. Des bandes de brigands ne se contentent pas seulement d'attaquer les courriers ou les convois qu'escortent les gendarmes lors des collectes des contributions, mais parfois même les villes où réside l'autorité de l'empire") et d'autre part la période de la deuxième Restauration et de la Terreur blanche alors qu'il est stationné à Nîmes, au point que les bandes "royalistes" prennent même la gendarmerie d'assaut le 20 juillet 1815. Le livre se termine sur une image émouvante, lorsque Alexis Hugot reçoit en 1857 la médaille de Sainte-Hélène : "Fier de sa décoration, il se fait photographier au début de 1859 avec la version réduite de la médaille à la boutonnière".

La biographie d'un soldat devenu gendarme "ordinaire", mais dont le parcours ainsi retracé permet de revenir sur des épisodes rarement traités de l'épopée impériale. Une approche par le quotidien d'un soldat de l'empereur et une lecture conseillée à tous les amateurs de l'histoire du Premier empire.

Bernard Giovanangeli Editeur, Paris, 2020, 163 pages, 18,- euros.

ISBN : 978-2-7587-0235-1.

Pour commander directement le livre : ici.

Gendarmerie impériale

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9 décembre 2020 3 09 /12 /décembre /2020 00:01

Innsbruck 1805

Les soldats du 76e de ligne retrouvent leurs drapeaux

Jérémie Benoit, Vincent Bourgeot et Pierre-Baptiste Guillemot

A partir d'un tableau de Charles Meynier, illustrant le retour au 76e de ligne en 1805 des emblèmes perdus lors de la campagne d'Helvétie de 1799, le volume revient sur les opérations de 1805 au Tyrol, mais aussi sur le simple fantassin français et ses équipements.

Le premier article remet le tableau de Meynier dans son contexte, puis sa représentation des uniformes est analysée (une analyse particulièrement fine qui vaut expertise). Trois articles sont également consacrés à Dominique Vivant Denon, qui accompagna le général Bonaparte lors de l'expédition d'Egypte puis devint directeur du "musée Napoléon" (Le Louvre) et véritable directeur des Beaux-Arts qui commandait des travaux à de très nombreux artistes. On apprécie toujours l'extraordinaire qualité de l'iconographie, composée de (magnifiques) planches souvent inédites. Enfin, quelques pages en fin de volume présente "l'actualité" de l'histoire en figurines (le fantassin de 1805 et le maréchal Ney).

Une belle réalisation qui séduira sans nul doute les amateurs d'histoire napoléonienne.

La Compagnie d'Elite / Epopée, Versailles, 2020, 64 pages, 20,- euros.

ISBN : 978-2-9565127-2-1.

Pour commander directement ce volume : ici.

 

Art et histoire militaire

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7 décembre 2020 1 07 /12 /décembre /2020 00:01

L'Aiglon

Le rêve brisé de Napoléon

Laettia de Witt

Né alors que l'empire est à son apogée, le fils de Napoléon Ier, titré roi de Rome, mort à 21 ans quasiment prisonnier de sa famille maternelle, Napoléon II n'a officiellement régné que quelques jours. C'est cette brève et triste vie, finalement très mal connue, fait ici l'objet d'une belle et sensible biographie.

Le livre est divisé en quatre grandes parties chronologiques : "L'héritier impérial" jusqu'à la chute de l'empire, "Prince exilé" qui relate les deux années suivante jusqu'à la séparation avec sa mère, "Duc de Reichstadt" raconte la triste jeunesse de cet enfant "ni roi, ni prince, ni héritier" jusqu'à ses 20 ans, "De la politique à la légende" nous rappelle ce que furent les derniers mois de la vie du fils de l'empereur qui "bâtit peu à peu sa personnalité autour de deux axes que sont la carrière militaire, la seule, selon ses propos, qui convienne au fils de Napoléon, et la fidélité à son père". Sous la surveillance constante des agents de Metternich, en grande partie coupé du monde réel sans être pur autant prisonnier, son nom est évoqué en diverses circonstances (comme pour accéder au trône de Belgique lors de l'indépendance du pays, ou à celui de Pologne lors du soulèvement contre la Russie), mais l'hostilité des cours de Vienne et de Paris rendait par avance ces hypothèses peu plausibles. Les derniers chapitres sont consacrés à raconter quelques complots bonapartistes, également voués à l'échec, et à la brève carrière militaire (environ 6 mois) du duc de Reichstadt comme commandant à la tête du 60e bataillon d'infanterie hongroise. "Sévère mais juste envers ses subordonnés, il se révèle un excellent chef de bataillon", mais la fatigue le submerge rapidement. Il doit bien malgré lui quitter son commandement et sera promu colonel en second peu de temps avant son décès. Laetitia de Witt revient ici longuement sur l'état de santé (et son évolution) du duc de Reichstadt ("La santé du prince devient un problème d'Etat. Le monde observe le traitement que l'Autriche réserve au fils de Napoléon"), jusqu'à sa mort le 22 juillet 1832. Le dernier chapitre est consacré à "La revanche de la postérité" avec cette formule bien trouvée : "Le duc de Reichstadt n'est plus ! Vice l'Aiglon !", à travers la littérature et le théâtre bien sûr, jusqu'au retour des cendres en France encadré par des soldats allemands en décembre 1940. L'histoire se termine par une ultime inhumation dans un caveau sous celui de son père avec une simple plaque au sol. "De son vivant, le duc de Reichstadt a eu pour rêve de rentrer à Paris. Mort, il n'y revient que pour y subir la permanence de l'oubli. Quel triste épilogue !"

Les notes de références sont rejetées en fin de volume et totalisent près de 40 pages en petits caractères, ce qui témoigne de la rigueur du travail, complété par 8 pages de sources et bibliographie, avec l'indication de documents méconnus ou issus de fonds privés. Un volume passionnant et l'on est surpris par tout ce que l'on apprend sur la période viennoise de la vie du jeune prince. Une belle lecture.

Tallandier, Paris, 2020, 494 pages. 24,90 euros.

ISBN : 979-10-210-2476-2.

Pour commander directement le livre : ici.

Destin tragique

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7 octobre 2020 3 07 /10 /octobre /2020 00:01

Campagne d'Italie, 1796-1797

De Nice à Loeben, autopsie de la première campagne de Napoléon

Michel Molières

Lodi, Arcole, Rivoli ! Ces noms de victoires claquent au firmament de la gloire militaire du futur empereur. Au-delà de ces noms presque symboliques, cette campagne exemplaire mérite d'être mieux connue et c'est à cet exercice difficile que se livre avec brio Michel Molières, grâce à un procédé rarement utilisé, celui de la chronique quotidienne.

Après avoir présenté le contexte général, le théâtre des opérations, les armées en présence et les plans initiaux des chefs militaires, l'auteur reconstitue en effet au jour le jour les pensées, les ordres, les actions du général Bonaparte à partir de sa correspondance et des témoignages des acteurs. Un récit qui met en valeur le génie militaire du futur empereur, alors jeune général presque inexpérimenté. La campagne est divisée en trois phases : la marche vers l'Adige d'avril à mai 1796 avec la mise hors jeu du Piémont, les opérations autour de Mantoue avec la conquête de l'Italie centrale et la campagne sur Rome ("L'un des objectifs non avoués de cette expédition est de se procurer les fonds nécessaires à la poursuite des opérations contre l'Autriche"), le passage de la Piave et la marche sur Vienne enfin, du 10 mars au 7 avril 1797, cette dernière phase se terminant par l'armistice de Loeben, prélude à la paix de Campo Formio. Chaque partie s'ouvre sur une présentation générale et un résumé de la période par l'auteur, avant que la chronologie quotidienne et les citations ne reprennent leurs droits. Ce choix rédactionnel apporte indiscutablement un dynamisme, un réalisme, une intensité au texte courant, qui fait que l'on a toujours envie (même si on connaît la campagne) de lire la page suivante à la recherche d'un fait nouveau, d'une citation originale, d'un détail méconnu, d'une petite histoire supplémentaire. Un bémol toutefois : les quarante-cinq cartes qui ponctuent l'ouvrage, dans les nuances de gris clair et de gris foncé, sont parfois tout juste lisibles, de même que pour les nombreuses illustrations (souvent des gravures d'époque). Pour les amateurs, le livre se termine par la description détaillée de l'ordre de bataille à chaque étape de la campagne.

Un récit impressionnant, par son volume comme par sa précision, qui donnera à tous les amateurs la meilleure compréhension possible de la plus belle et de la plus riche d'enseignements campagne de Napoléon, avec celle de 1814. Indispensable à tous les amateurs de l'histoire napoléonienne.

Editions Pierre de Taillac, Paris, 2020, 791 pages,. 29,90 euros.

ISBN : 978-2-36445-148-3.

Monumental

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30 septembre 2020 3 30 /09 /septembre /2020 00:01

Quatre-vingt-quinze

La Terreur en procès.

Loris Chavanette

Issu de la thèse de l'auteur, primée par l'Assemblée nationale en 2013, et réédition en format 'poche' du volume initialement paru en 2017, ce livre solidement référencé ambitionne (et il y réussit) de faire enfin un vrai bilan de la période intermédiaire entre la chute de Robespierre et la fin de la Convention thermidorienne.

Le titre résonne comme un écho au Quatre-vingt-treize de Victor Hugo, et pourtant Loris Chavanette aborde son sujet de façon bien différente. Il accorde en particulier une place importante aux questions législatives et juridiques qui marquent ces années. Son livre est construits en treize chapitres chrono-thématiques, du bilan de la Terreur dressé par les Thermidoriens au Directoire. Au fil des pages, reviennent comme un fil rouge les questions liées à la continuation (ou non) de la Révolution après le 9 Thermidor et à la faiblesse (proclamée par ses adversaires) du gouvernement. L'auteur nous fait revivre le retour des Girondins, le procès Carrier et l'amnistie en Vendée, les procès contre les juges du tribunal révolutionnaire et les sections révolutionnaires parisiennes, ou les mouvements populaires de germinal et de prairial qui vont précipiter la chute du régime. En faisant quasiment des questions constitutionnelles et juridiques le coeur (ou au moins le point majeur) de son étude, Loris Chavanette nous montre des Thermidoriens moins impuissants, moins couards, moins veules que le laisse entendre leur (mauvaise) réputation. "Entre les fantômes du passé et les espérances de l'avenir", le régime a ainsi essayé de terminer la Révolution grâce à la justice et d'instaurer un état de liberté qui, pour être incomplet et partial, n'en constitue pas moins une profonde rupture avec la période précédente.

Une contribution à l'histoire générale de la Révolution qui est un grand livre, pour un petit prix, indispensable à tous ceux qui veulent comprendre la France du temps et ses évolutions ultérieures.

'Biblis', CNRS Editions, Paris, 2020, 490 pages, 12,- euros.

ISBN : 978-2-271-13283-3.

Régime de transition ?

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7 juillet 2020 2 07 /07 /juillet /2020 00:01

Berthier, Bertrand et Caulaincourt

Des fidèles de Napoléon issus de l'Ancien régime

Jean Etèvenaux

Fin connaisseur de l'histoire napoléonienne, Jean Etèvenaux nous propose dans ce petit volume trois portraits de proches de l'empereur issus de l'ancienne petite noblesse de province, fidèles parmi les fidèles après avoir servi l'Ancien régime mais d'abord serviteur de l'Etat.

Considérant qu'au-delà des bouleversements révolutionnaires il y a aussi une vraie continuité de la France (voilà un sujet qui ne manque pas d'intérêt avec la démagogie ambiante), l'auteur revient d'abord sur Napoléon lui-même, "boursier du roi de France avec un brevet de lieutenant en second en septembre 1785 ... Contrairement à d'autres généraux de l'époque, ce n'est pas la Révolution qui lui a donné tous ses grades : lorsque la monarchie est renversée, il est déjà capitaine et a bénéficié de la formation d'une arme savante, l'artillerie". Il revient sur les influences d'Ancien régime du futur empereur et fait le point des maréchaux et des ministres issus de la monarchie. Il traite ensuite de Berthier, qui était déjà chevalier des ordres de Saint-Lazare et de Saint-Louis avant la Révolution, l'irremplaçable chef d'état-major impérial que Napoléon Ier pouvait réveiller jusqu'à 17 fois en une nuit ! Il s'attache ensuite à la figure de Bertrand, "le plus fidèle", qui accompagne Napoléon de l'armée d'Italie en 1797 à Sainte-Hélène, issu d'une famille de petite noblesse du Berry. Il termine par Caulaincourt, "le plus clairvoyant", descendant par les femmes du grand Sully et dont la famille est d'ancienne noblesse picarde, que Napoléon fera général et ambassadeur. Il est en quelque sorte représentatif de ces élites d'Ancien régime, soucieuses de l'intérêt de la France.

Un petit ouvrage que l'on lit avec plaisir et qui réconcilie (utile en ces temps troublés) "les deux France" et la complexité de son histoire.

Editions Cabédita, Divonne-les-Bains, 2020, 92 pages.

ISBN : 978-2-88295-879-2.

Pour commander en France :

Diffusion DRL : drl-est@orange.fr

Fidèles, à la patrie

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29 juin 2020 1 29 /06 /juin /2020 00:01

Mémoires d'un dragon de l'Empire

De la paix de Tilsit à la Restauration

Jacques-Joseph de Naylies

Partiellement publiés après la Restauration, ces souvenirs de l'épopée impériale, "par l'objectivité et l'exactitude de son témoignage" rejoignent selon Jean Tulard qui signe la préface, "enfin les meilleurs mémorialistes de l'Empire".

Après une introduction qui présente l'ensemble de la vie de Jacques-Joseph de Naylies, et alors que l'auteur s'est engagé en 1805 au 19e régiment de dragons, ces Mémoires commencent en juillet 1807 sur les bords du Niémen lors du traité de Tilsit. Nous suivons ensuite le régiment à travers l'Allemagne, la France et jusqu'en Espagne, où il arrive le 11 novembre 1808. Il va quadriller la péninsule jusqu'à Porto pendant trois ans. Plus de 120 pages sont consacrées à cette campagne, dont il nous donne un compte rendu aussi précis qu'équilibré, et que restaure par bien des aspects la notoriété des armées françaises. La partie suivante est consacrée à la campagne de Saxe de 1813, de Leipzig à Dresde. Il souligne le talent militaire de l'empereur, observe que ses maréchaux livrés à eux-mêmes sont battus et constate que le renouvellement massif de la troupe diminue la capacité opérationnelle des régiments : "Les soldats d'Austerlitz, d'Iéna, de Friedland, d'Essling, de Wagram sont morts dans de glorieux combats ou sont ensevelis dans les glaces de la Russie". Le livre se termine avec la campagne de France, la première Restauration, les Cent Jours, pendant lesquels Jacques-Joseph de Naylies reste fidèle aux Bourbons, ce qui lui vaudra d'intégrer en 1816 les Gardes de la Maison du roi. Au fil des pages, nous avons bien sûr le récit des batailles auxquelles l'auteur participe, mais aussi des lignes très intéressantes sur la vie de garnison, les relations au sein des régiments, les amours de passage, quelques rencontres avec les grands personnages de l'empire, la vie quotidienne du soldat, et du soldat blessé, dans la paix comme dans la guerre.

Un ouvrage absolument indispensable à tout amateur des campagnes napoléoniennes.

Editions SPM, Paris, 2020, 356 pages, 33,- euros.

ISBN : 978-2-37999-012-0.

Mémoires d'un cavalier

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7 avril 2020 2 07 /04 /avril /2020 00:01

Napoléon et le livre

La censure sous le Consulat et l'Empire (1799-1815)

Patricia Sorel

On savons tous que l'empereur a toujours été soucieux de ce qui était publié dans la presse et a toujours su utiliser l'écrit pour sculpter sa légende. Avec cette remarquable étude de Patricia Sorel, nous saurons tout désormais sur son approche de la presse et de l'édition, sur la mise en place de la censure.

Le livre présente dans une première partie ce qu'était la législation sur le livre et la censure sous le consulat et au début de l'empire, sous la responsabilité du ministre de l'Intérieur. Il développe ensuite l'évolution intellectuelle et politique induite par le décret de février 1810, dans lequel "transparait la volonté de faire des professionnel du livre une profession avec droits et prérogatives, mais aussi avec charges et obligations". Les imprimeurs, désormais assermentés, ne voient plus leurs stocks saisis comme auparavant, mais doivent se comporter en citoyens-agents responsables de l'Etat : "L'imprimerie n'est point un commerce … elle est un état qui intéresse la politique et un arsenal qu'il importe de ne pas mettre à la disposition de tout le monde". L'auteure précise bien que l'empereur entretient une attitude ambivalente à l'égard de la censure. Il s'affirme régulièrement favorable à la liberté de la presse et en demande en quelque sorte une application intelligente… Elle détaille ensuite les livres censurés, quantitativement mais aussi dans le détail de nombreux titres et les évolutions ou contradictions que l'on peut relever entre administrations et dans le temps, qu'il s'agisse des livres politiques, des outrages aux bonnes mœurs ou même des livres ecclésiastiques (car il s'agit de préserver le concordat et "les querelles religieuses sont également considérées inopportunes, voire dangereuses pour la tranquillité publique"). L'auteure constate également que "le nombre de livres interdits ne cesse de diminuer" et en présente le tableau statistique à partir de l'analyse des bulletins de censure. La dernière partie traite de l'abolition de la censure pendant les Cent-Jours, qui engendre un véritable flot de livres et de brochures.

Une étude riche et foisonnante, au confluent de l'histoire politique et de l'histoire de l'édition. A recommander.

Presses universitaires de Rennes, 2020, 192 pages, 22,- euros.

ISBN : 978-2-7535-7893-7.

Censure et propagande

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3 avril 2020 5 03 /04 /avril /2020 00:05

Mémoires

Baron Fain

(présenté par Charles-Eloi Vial)

Spécialiste du Premier empire (ici et ici par exemple), Charles-Eloi Vial nous propose une belle réédition critique des souvenirs du premier secrétaire de l'empereur.

Dans une très solide introduction de 80 pages, Charles-Eloi Vial présente l'ensemble de la carrière du baron Fain et son rôle au plus près de l'empereur à Paris comme en campagne en s'appuyant sur les récits des contemporains et la correspondance entretenue par Fain avec sa famille. Il revient ensuite sur les modalités de la première édition des Manuscrits du baron Fain dans les années 1820, puis de ses Mémoires initialement destinés à sa seule famille, ainsi que sa contribution à l'écriture de la légende de l'empereur : "On pourra cependant toujours déplorer la modestie de Fain. Attaché à perpétuer le souvenir de la gloire impériale, il passe sous silence sa propre vie".

Les souvenirs du baron Fain, disponible 24 heures / 24 et 7 jours / 7 au service de son maître et lui-même travailleur infatigable, sont organisés en quatre grandes parties, qui permettent de suivre Napoléon Ier dans son quotidien, dans toutes les circonstances et dans tous les lieux. Le première ("Cabinet intérieur. La matinée de l'empereur dans son appartement intérieur") nous conduit de la chambre à coucher (où Napoléon Ier se lève vers 2 heures du matin "pour contrôler à loisir le détail d'une administration", se recouche à 5 heures pour se relever à 7 heures) aux derniers travaux de la matinée (avec la fixation des dotations pour récompenser les fidèles par exemple). La description de l'emploi par Napoléon des fonds publics comme privés, officiels comme secrets, est tout à fait éclairante sur la personnalité de l'empereur. La seconde partie ("Napoléon dans son cabinet extérieur et dans ses conseils") nous présente l'empereur en réunion avec ses principaux subordonnés, ministres et officiers de sa maison. La partie consacrée aux réunions avec le Conseil d'Etat est très instructive : "Ce n'était pas un pouvoir ; ce n'était qu'un supplément à la pensée administrative ; c'était un Conseil dans toute la force du mot, qui n'avait de mouvement et d'action que par l'impulsion qu'il recevait de l'empereur". La troisième partie ("Napoléon dans les heures consacrées à la cour et à l'intimité, dans ses grands voyages et dans ses campagnes de guerre") nous fournit énormément de précisions sur le fonctionnement toujours très centralisé de l'empire lorsque Napoléon est en déplacement, que ce soit dans le pays ("que Napoléon se plaisait à appeler ses promenades administratives") ou en campagne militaire à travers l'Europe (qu'il s'agisse de l'organisation matérielle avec les voitures et les chevaux, du nombre et du rôle des aides de camp, ou du camp monté "au milieu du carré de la Garde impériale"). La quatrième partie enfin ("Napoléon dans sa personne, son caractère et dans ses opinions individuelles") nous offre le portrait intime de l'empereur, jusque dans son goût pour le tabac et pour les bains ("qu'il prenait trop chauds") ou dans ses traits de caractère les plus personnels.

Utilement complété par un dense appareil de notes toujours judicieuses, ce volume est absolument indispensable à tout amateur de la période impériale.

Perrin, Paris, 2020, 375 pages, 24,- euros.

ISBN : 978-2-262-07578-1.

Témoin privilégié

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Qui Suis-Je ?

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  • : Guerres et conflits XIXe-XXIe s. se fixe pour objectif d’être à la fois (sans prétendre à une exhaustivité matériellement impossible) un carrefour, un miroir, un espace de discussions. Sans être jamais esclave de la « dictature des commémorations », nous nous efforcerons de traiter le plus largement possible de toutes les campagnes, de tous les théâtres, souvent dans une perspective comparatiste. C’est donc à une approche globale de l’histoire militaire que nous vous invitons.
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Cafés historiques de La Chouette

Prochaine séance : pour la rentrée de septembre. Le programme complet sera très prochainement mis en ligne.

Publications personnelles

Livres

 

doumenc-copie-1.jpgLa Direction des Services automobiles des armées et la motorisation des armées françaises (1914-1918), vues à travers l’action du commandant Doumenc

Lavauzelle, Panazol, 2004.

A partir de ma thèse de doctorat, la première étude d’ensemble sur la motorisation des armées pendant la Première Guerre mondiale, sous l’angle du service automobile du GQG, dans les domaines de l’organisation, de la gestion et de l’emploi, des ‘Taxis de la Marne’ aux offensives de l’automne 1918, en passant par la ‘Voie sacrée’ et la Somme.

 

La mobilisation industrielle, ‘premier front’ de la Grande Guerre ? mobil indus

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2005 (préface du professeur Jean-Jacques Becker).

En 302 pages (+ 42 pages d’annexes et de bibliographie), toute l’évolution industrielle de l’intérieur pendant la Première Guerre mondiale. Afin de produire toujours davantage pour les armées en campagne, l’organisation complète de la nation, dans tous les secteurs économiques et industriels. Accompagné de nombreux tableaux de synthèse.

 

colonies-allemandes.jpgLa conquête des colonies allemandes. Naissance et mort d’un rêve impérial

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2006 (préface du professeur Jacques Frémeaux).

Au début de la Grande Guerre, l’empire colonial allemand est de création récente. Sans continuité territoriale, les différents territoires ultramarins du Reich sont difficilement défendables. De sa constitution à la fin du XIXe siècle à sa dévolution après le traité de Versailles, toutes les étapes de sa conquête entre 1914 et 1918 (388 pages, + 11 pages d’annexes, 15 pages de bibliographie, index et cartes).

 

 caire damasDu Caire à Damas. Français et Anglais au Proche-Orient (1914-1919)

 14/18 Editions, Saint-Cloud, 2008 (préface du professeur Jean-Charles Jauffret).

Du premier au dernier jour de la Grande Guerre, bien que la priorité soit accordée au front de France, Paris entretient en Orient plusieurs missions qui participent, avec les nombreux contingents britanniques, aux opérations du Sinaï, d’Arabie, de Palestine et de Syrie. Mais, dans ce cadre géographique, les oppositions diplomatiques entre ‘alliés’ sont au moins aussi importantes que les campagnes militaires elles-mêmes.

 

hte silesieHaute-Silésie (1920-1922). Laboratoire des ‘leçons oubliées’ de l’armée française et perceptions nationales

‘Etudes académiques », Riveneuve Editions, Paris, 2009.

Première étude d’ensemble en français sur la question, à partir du volume de mon habilitation à diriger des recherches. Le récit détaillé de la première opération civilo-militaire moderne d’interposition entre des factions en lutte (Allemands et Polonais) conduite par une coalition internationale (France, Grande-Bretagne, Italie), à partir des archives françaises et étrangères et de la presse de l’époque (381 pages + 53 pages d’annexes, index et bibliographie).

 

cdt armee allde Le commandement suprême de l’armée allemande 1914-1916, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général von Falkenhayn 

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Le texte original de l’édition française de 1921 des mémoires de l’ancien chef d’état-major général allemand, accompagné d’un dispositif complet de notes infrapaginales permettant de situer les lieux, de rappeler la carrière des personnages cités et surtout de comparer ses affirmations avec les documents d’archives et les témoignages des autres acteurs (339 pages + 34 pages d’annexes, cartes et index).

 

chrono commChronologie commentée de la Première Guerre mondiale

Perrin, Paris, 2011.

La Grande Guerre au jour le jour entre juin 1914 et juin 1919, dans tous les domaines (militaire, mais aussi politique, diplomatique, économique, financier, social, culturel) et sur tous les fronts. Environ 15.000 événements sur 607 pages (+ 36 pages de bibliographie et d’index).

 

 Les secrets de la Grande Guerrecouverture secrets

Librairie Vuibert, Paris, 2012.

Un volume grand public permettant, à partir d’une vingtaine de situations personnelles ou d’exemples concrets, de remettre en lumière quelques épisodes peu connus de la Première Guerre mondiale, de la question du « pantalon rouge » en août 1914 à l’acceptation de l’armistice par von Lettow-Vorbeck en Afrique orientale, après la fin des hostilités sur le théâtre ouest-européen.

 

Couverture de l'ouvrage 'Mon commandement en Orient'Mon commandement en Orient, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général Sarrail

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2012

Le texte intégral de l'édition originale, passé au crible des archives publiques, des fonds privés et des témoignages des acteurs. Le récit fait par Sarrail de son temps de commandement à Salonique (1915-1917) apparaît véritablement comme un exemple presque caricatural de mémoires d'autojustification a posteriori

 

 

Coordination et direction d’ouvrages

 

Destins d’exception. Les parrains de promotion de l’Ecole Spéciale Militaire de Saint-Cyr

SHAT, Vincennes, 2002.

Présentation (très largement illustrée, 139 pages) des 58 parrains qui ont donné leur nom à des promotions de Saint-Cyr, entre la promotion « du Prince Impérial » (1857-1858) et la promotion « chef d’escadrons Raffalli » (1998-2001).

 

fflLa France Libre. L’épopée des Français Libres au combat, 1940-1945

SHAT, Vincennes et LBM, Paris, 2004.

Album illustré présentant en 191 pages l’histoire et les parcours (individuels et collectifs) des volontaires de la France Libre pendant la Seconde guerre mondiale.

 

marque courageLa marque du courage

SHD, Vincennes et LBM, Paris, 2005.

Album illustré présentant en 189 pages l’histoire des Croix de Guerre et de la Valeur Militaire, à travers une succession de portraits, de la Première Guerre mondiale à la Bosnie en 1995. L’album comporte en annexe une étude sur la symbolique, les fourragères et la liste des unités d’active décorées.

 

  90e anniversaire de la Croix de guerre90-ANS-CROIX-DE-GUERRE.jpg

SHD, Vincennes, 2006.

Actes de la journée d’études tenue au Musée de l’Armée le 16 novembre 2005. Douze contributions d’officiers historiens et d’universitaires, français et étrangers, de la naissance de la Croix de guerre à sa perception dans la société française, en passant les décorations alliées similaires et ses évolutions ultérieures.

 

france grèceLes relations militaires franco-grecques. De la Restauration à la Seconde guerre mondiale 

SHD,Vincennes, 2007.

Durant cette période, les relations militaires franco-grecques ont été particulièrement intenses, portées à la fois par les sentiments philhellènes qui se développent dans l’hexagone (la France est l’une des ‘Puissances protectrices’ dès la renaissance du pays) et par la volonté de ne pas céder d’influence aux Anglais, aux Allemands ou aux Italiens. La campagne de Morée en 1828, l’intervention en Crète en 1897, les opérations en Russie du Sud  en 1919 constituent quelques uns des onze chapitres de ce volume, complété par un inventaire exhaustif des fonds conservés à Vincennes.

 

verdunLes 300 jours de Verdun

Editions Italiques, Triel-sur-Seine, 2006 (Jean-Pierre Turbergue, Dir.).

Exceptionnel album de 550 pages, très richement illustré, réalisé en partenariat entre les éditions Italiques et le Service historique de la Défense. Toutes les opérations sur le front de Verdun en 1916 au jour le jour.

 

DICO-14-18.jpgDictionnaire de la Grande Guerre

(avec François Cochet), 'Bouquins', R. Laffont, 2008.

Une cinquantaine de contributeurs parmi les meilleurs spécialistes de la Grande Guerre, 1.100 pages, 2.500 entrées : toute la Première Guerre mondiale de A à Z, les hommes, les lieux, les matériels, les opérations, les règlements, les doctrines, etc.

 

fochFerdinand Foch (1851-1929). Apprenez à penser

(avec François Cochet), 14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Actes du colloque international tenu à l’Ecole militaire les 6 et 7 novembre 2008. Vingt-quatre communications balayant tous les aspects de la carrière du maréchal Foch, de sa formation à son héritage dans les armées alliées par des historiens, civils et militaires, de neuf nations (461 pages + 16 pages de bibliographie).

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