30 octobre 2014 4 30 /10 /octobre /2014 06:10

Le feu aux poudres

Qui a déclenché la guerre en 1914 ?

Gerd Krumeich

En signant cet ouvrage consacré aux responsabilités dans le déclenchement de la Grande Guerre, l'historien allemand bien connu (il a longtemps été l'un des rares à travailler sur la Première Guerre mondiale) s'oppose frontalement à Christopher Clark (dont le succès des Somnambules en Allemagne est significatif) et semble retrouver en quelque sorte les échos de thèmes sur la responsabilité de l'impérialisme, du militarisme et du nationalisme qui furent à l'honneur dans le dernier tiers du XXe siècle, tout en les adoucissant et en les amendant.

Avec le brio que permet une intime fréquentation des sources et une longue carrière de travail, Gerd Krumeich brosse le tableau politique et diplomatique de l'Europe à la veille des entrées en guerre et revient sur la fébrilité des principaux acteurs qui pousse parfois à quelques heures d'intervalle à la paix et à la guerre. Il insiste d'ailleurs très justement en introduction sur l'indispensable respect d'une stricte chronologie. Il s'intéresse tout particulièrement à la politique internationale de l'Allemagne et à ses ressorts (dont la quasi-psychose de l'encerclement, qui semble augmenter au premier semestre 1914). Son récit de la crise de juillet insiste sur le rôle de l'empire wilhelmien dans le déroulement des événements et se poursuit par une originale critique de la théorie de la "localisation", "calcul aussi sphistiqué qu'irresponsable" puisqu'il poussera paradoxalement (selon l'auteur) la Russie à intervenir. Croisant les sources et multipliant les références, il fait appel à l'ambassadeur allemand à Londres, Lichnowsky, mais aussi à l'ambassadeur italien Carlotti en poste à Saint-Pétersbourg, aux dirigeants serbes et hongrois, etc. L'auteur détaille ensuite la chronologie détaillée des journées qui suivent la réponse serbe à l'ultimatum autrichien et tente de déterminer quelle est la part personnelle que peut avoir joué Guillaume II dans la succession des événements. Il s'intéresse alors au processus des mobilisations parmi les différents futurs belligérants (en particulier la question de la mobilisation partielle puis complète russe et celle des réactions allemandes à ces nouvelles), en soulignant très justement que "rien n'était donc moins sûr qu'une interaction directe entre la mobilisation et la guerre", tout en n'attribuant pas à notre sens une place suffisante aux procédures et contraintes techniques de mobilisation : "Toutes les puissances qui allaient être impliquées dans ce conflit avaient tenu le même raisonnement. Céder ou négocier s'avéra donc inenvisageable. Le seul dénouement possible fut de livrer un combat impitoyable", que nul n'envisageait comme tel. Finalement, l'Allemagne serait non pas seule responsable, mais un responsable essentiel. Ce qui est fort probable. Mais peut-on être responsable par manque de discernement et de précision dans le discours ? Est-on coupable par peur ou par manque de finesse ?

Un livre solide, fortement référencé, qui fait honneur à son auteur. Du fait de l'ancienneté et de l'importance de l'historiographie sur cette question depuis un siècle, on peut estimer que les débats seront sans doute encore nombreux. Leur permanence montre aussi que la Grande Guerre est d'abord une question infiniment complexe et qu'elle suscite toujours un extraordinaire intérêt.  

Belin, Paris, 2014, 301 pages, 23 euros.
ISBN : 978-2-7011-9090-7.

Qui sont les responsables ?

Partager cet article

Published by guerres-et-conflits - dans Première Guerre mondiale
commenter cet article
29 octobre 2014 3 29 /10 /octobre /2014 06:25

Les archers du ciel

Histoire des fléchettes d'avion

Pierre Leroy

Tout savoir sur une arme bien oubliée, utilisée par les aviateurs de la Grande Guerre, mais dont l'emploi va perdurer bien au-delà.

Quelques uns savent sans doute que les aviateurs de la Première Guerre mondiale ont utilisé des fléchettes contre les troupes au sol, mais généralement la plupart pensent que cet emploi a rapidement disparu, alors qu'il va se prolonger pendant toute l'année 1915 et réapparaître jusqu'en Indochine en mars 1954 (donnant naissance aux premières "bombes à sous-muntions"), lorsque les appareils de la 28e flottille de l'aéronavale larguent "des milliers de fléchettes américaines de nouvelle génération sur les troupes vietminh". Après s'être intéressé aux matériels français, Pierre Leroy nous présente les armes anglaises, italiennes, russes, allemandes, austro-hongroises, américaines et même suisses sur tous les théâtre d'opérations du globe du Yémen en Lituanie, d'Ethiopie en Roumanie, de Serbie jusqu'en Corée et au Vietnam, entre 1915 et 1972 ! Pour chaque territoire, quelques exemples sont donnés. Quelques "spécialités" (fléchettes empoisonnées, fléchettes incendiaires) font également l'objet de descriptions précises, tandis que photos et dessins illustrent et complètent le texte courant.

C'est à la fois tout-à-fait original, précis et (semble-t-il) très complet. Un sujet inédit traité en profondeur, qui ne peut que séduire les amateurs et les curieux. 

Lavauzelle, Panazol, 2014, 199 pages. 19,80 euros.

ISBN : 978-2-7025-1609-6.

Une arme oubliée

Partager cet article

Published by guerres-et-conflits - dans Histoire des techniques
commenter cet article
29 octobre 2014 3 29 /10 /octobre /2014 06:00

Les compagnons de l'aube

Guillaume Piketty et Vladimir Trouplin

Superbe / Exceptionnel ! On manquerait presque de mots pour décrire ce superbe et lourd album.

Une phalange extraordinairement variée d'hommes (et c'est sans doute l'un de leurs points communs) qui ne semblaient pas avant l'humiliante défaite de juin 1940 devoir devenir des héros. "Alors que les derniers acteurs de ce combat disparaissent", l'initiative est fort bienvenue. Créé en novembre 1940 à Brazzaville par de Gaulle, l'ordre de la Libération ne connaît que des compagnons égaux entre eux (ni grade, ni étoile, ni palme). Exceptionnellement réouvert en 1958 et en 1960 pour des raisons diplomatiques et protocolaires, il est clos et menace de s'éteindre même si quelques rares communes en sont titulaires. Ceci explique pourquoi, depuis 1996, a été créée une fourragère aux couleurs de son ruban pour que les unités toujours existantes qui en furent décorées puissent l'arborer. Parmi les 1036 récipiendaires individuels, 18 formations militaires et 5 communes, les auteurs ont fait le choix de retracer les parcours de "79 titulaires de la croix en cinq moments dont chacun illustre une étape clé : Ralliement, Combattre, Commander, Sacrifice, Destins". De Charles de Gaulle lui-même à Jean-Claude Camors, de Maurice Halna du Fretay à Etienne Schlumberger, des trois frères d'Astier de la Vigerie à Maurice Duclos (l'ancien cagoulard), d'André Postel-Vinay à Jean Tranape venu de la lointaine Polynésie, de Félix Eboué bien sûr à Jacques Bingen, d'Albert Idohou et de ses camarades, premiers résistants fusillés en Afrique en 1941 à François Vallée tombé en 1944 en Bretagne, de Romain Gary à Jean-Pierre Vernant, les parcours qui se succèdent donnent une image à la fois profondément humaine et hautement héroïque de ces hommes, souvent jeunes, qui majoritairement surent dire "Non" dès 1940 voire 1941. Quelques noms connus et d'autres beaucoup moins. Ils illustrent aussi la diversité des origines, des parcours, des vies. Les textes de qualité sont rehaussés par une iconographie soigneusement sélectionnée et mis en valeur par le soin particulier apporté à l'impression.

Livre d'hommage plus que livre d'histoire, certes, mais ici les deux sont intimement liés. Un très bel album qui ne pourra que séduire les amateurs les plus exigeants. 

Ed. Textuel, Paris, 2014, 438 pages, 55 euros.

ISBN : 978-2-84597-501-9.

Destins d'exception

Partager cet article

Published by guerres-et-conflits - dans Seconde guerre mondiale
commenter cet article
28 octobre 2014 2 28 /10 /octobre /2014 06:30

La Bretagne

De l'Occupation à la Libération

Christian Bougeard

Les Presses universitaires de Rennes poursuivent une dynamique politique éditoriale de qualité et se distinguent une nouvelle fois grâce à un très bel album, qui fait la synthèse, par le texte et par l'image, de la vie de la région entre 1940 et 1945.

En neuf chapitres chronothématiques, Christian Bougeard pose d'abord le cadre et précise le contexte breton dans la guerre, puis il s'intéresse à l'occupation à proprement parler, s'interroge sur le sentiment anti-britannique après Mers el-Kébir dans cette région où la marine est si importante, apporte de nombreuses précisions sur les collaborateurs autonomistes, et consacre un chapitre entier à "Vichy et la Révolution nationale" (corporatisme, place de l'Eglise catholique, double question des prisonniers et de la main d'oeuvre, etc.). Les chapitres qui suivent (5 à 8) sont consacrés à l'émergence des mouvements de résistance, à leurs actions, aux services de répression (et à leurs collaborateurs français) et au développement des maquis, renforcés par des parachutistes SAS et Jedburgh et engagés dans des opérations actives parfois extrêmement dures pour soutenir le débarquement allié. Les deux derniers chapitres s'attardent sur les images de la Bretagne libérée, puis sur la mémoire (conservée ou reconstruite) de cette période. En résumé, l'album est complet. On apprécie tout particulièrement la qualité et la richesse de l'iconographie (photos, cartes, affiches, tracts, etc.), qui constitue indiscutablement l'un des points forts de cet ouvrage.

Une belle réalisation, qui allie l'intérêt du texte au plaisir de l'image.

Presses universitaires de Rennes, 2014, 255 pages, 39 euros.

ISBN : 978-2-7535-3497-1.

Une région en guerre

Partager cet article

Published by guerres-et-conflits - dans Seconde guerre mondiale
commenter cet article
28 octobre 2014 2 28 /10 /octobre /2014 06:00

Quand la science explore l'histoire

Philippe Charlier et David Alliot

Peut-on faire progresser nos connaissances des siècles passés avec les techniques les plus novatrices de la science médicale (médico-légale) ? Oui répondent les auteurs, en multipliant les exemples.

Affirmant que "rien ne ressemble plus à un cas médico-légal qu'un squelette d'origine archéologique", les auteurs mettent en relief tout ce que la paléopathologie ("c'est-à-dire l'étude médicale des restes humains anciens issus de fouilles archéologiques ou des collections muséographiques") la plus moderne peut apporter à notre connaissance du passé. A travers quarante-et-un cas concrets, présentés en quelques pages dans l'ordre chronologique des restes humains étudiés (Préhistoire, Antiquité, Moyen-Âge, Renaissance-Epoque moderne), Philippe Charlier et David Alliot nous entrainent dans un tourbillon d'analyses, d'études, de déductions, ... et de remises en cause de nos certitudes. Savez-vous que dès la préhistoire les invalides et blessés sont pris en charge par la communauté ? C'est ainsi que les conditions de décès peuvent être déterminées, mais aussi que l'alimentation (à partir de l'étude du tartre dentaire !), la vie courante et les usages sociaux sont peu-à-peu précisés, comme pour ce cas qui revient sur le rituel de crémation d'un soldat, "en tout point conforme à celui de Patrocle ou d'Hector, tel que le décrit Homère dans l'Illiade". De même, l'analyse scientifique du sarcophage du comte Foulques Nerra III d'Anjou a permis de prouver que le corps considéré depuis le XIXe s. comme étant celui du seigneur défnt... n'était pas le bon ! Et les légendes ne résistent pas longtemps : "Contrairement à ce que l'on croit aujourd'hui, au Moyen-Âge il n'existait aucun interdit de l'Eglise concernant les dissections, et encore moins les autopsies médico-légales destinées à éclaircir les morts suspectes". De même, si l'examen au scanner par exemple permet de préciser la nature et de dater des reliques, il n'est parfois pas possible (pour l'instant ?) de lever toutes les hypothèses ou d'infirmer l'explication officielle. Tant mieux, il faut aussi conserver une part de rêve ou d'inconnu, et les auteurs reconnaissent modestement que la science ne permet pas (encore ?) de répondre à toutes les questions, elle ouvre simplement parfois des possibilités ou confirme un "vérité" transmise plus ou moins oralement. L'un des chapitres les plus intéressant (et amusant) relate l'histoire rocambolesque de la dépouille mortelle d'Agnès Sorel et la véritable enquête qui fut conduite sur ses restes en 2007, permettant même grâce à la numérisation de "reconstituer" son visage ! Même avis pour le chapitre suivant qui nous parle des recherches effectuées sur Diane de Poitiers. Henri IV ou Robespierre par exemple sont les "héros" malgré eux des pages ultérieures. Les auteurs reviennent d'ailleurs ici sur la polémique suscitée par la représentation du visage de l'Incorruptible, car il "diffère grandement des peintures et des sculptures" connues, et considèrent au regard des éléments médico-légaux qu'il est possible que le Conventionnel n'ait pas été tué par le gendarme Merda mais se soit suicidé.

Un livre étonnant et original qui en apprendra beaucoup à tous.

Tallandier, Paris, 2014, 260 pages. 19,90 euros.
ISBN : 979-10-210-0678-2.

Apprendre par la science (médicale)

Partager cet article

Published by guerres-et-conflits - dans Généralités
commenter cet article
27 octobre 2014 1 27 /10 /octobre /2014 06:00

Diplomaties au temps de Napoléon

Yves Bruley et Thierry Lentz (Dir.)

Rares sont les actes de colloque qui paraissent aussi rapidement. Ceux-ci sont publiés huit mois après la tenue de cette rencontre scientifique, et mérite d'être souligné.

Près de trente contributeurs interviennent, avec parfois des textes assez brefs. Le volume permet un très large tour d'horizon du sujet, à travers cinq parties très nettement distinctes et parfaitement complémentaires : "La diplomatie napoléonienne, entre Révolution et Empire", "Le ministère des Relations extérieures", "Les diplomates et les pratiques diplomatiques", "Penser la diplomatie au temps de Napoléon" et "Diplomates contre Napoléon". Nous découvrons ainsi les lieux de la diplomatie napoléonienne et les grandes figures du temps, souvent oubliées aujourd'hui. On apprécie également la communication "Les ingénieurs géographes, de la cartographie à la définition des frontières" (par Thierry Vette), ainsi que les deux textes d'orientation plus juridique : "La pratique du droit diplomatique à l'époque napoléonienne" (Jean-Paul Pancracio) et "Deux exemples d'interprétations du droit de la guerre en 1808 : la convention de Cintra et la capitulation de Baylen" (Alain Pigeard). David Chanteranne présente une originale "La diplomatie dans la peinture et le cinéma", tandis que jean-Pierre Bois s'intéresse à "L'idée de paix dans l'Europe de Napoléon". La dernière partie, qui aborde la question du point de vue des adversaires de l'empereur, comporte une intéressante et originale étude sur "Ercole Consalvi, restaurateur de la diplomatie pontificale et du Saint-Siège" (Jean Etèvenaux).

Des actes de colloque qui peuvent satisfaire tous les amateurs de l'histoire impériale.

CNRS Editions, Paris, 2014, 377 pages. 22,90 euros.
ISBN : 978-2-271-07990-9.

Diplomatie et diplomates

Partager cet article

Published by guerres-et-conflits - dans Révolution et Empire
commenter cet article
26 octobre 2014 7 26 /10 /octobre /2014 06:00

La bataille du Grand Couronné

ou bataille de Lorraine, août-septembre 1914

Philippe Bruant

Si le nom est au moins connu des amateurs d'histoire, bien peu de gens sont sans doute capables de donner le détail des événements et de tirer les enseignements de la bataille du Grand Couronné, entre la fin du mois d'août et le début du mois de septembre 1914.

Organisé en une succession de chapitres assez brefs, que l'on peut globalement regrouper en deux parties principales (la première décrivant les événements, la seconde en expliquant tel ou tel aspect), le livre est extrêmement fouillé et apporte de très nombreuses informations précises (jusqu'aux conditions météo locales des journées importantes). Une importance particulière est accordée à la topographie, à l'importance de Nancy et de sa région, à l'artillerie, aux chemins de fer, à la conduite des troupes allemandes et aux comportements des armées (pillages, atrocités envers les populations), etc. L'auteur en tire finalement une conclusion d'ensemble : "Bref, dès la bataille du Grand Couronné, les soldats français et leurs officiers réalisent que l'armée allemande est une armée de techniciens avec un professionnalisme qui la différencie de l'armée française qui est une armée de citoyens dont les principes fédérateurs sont ceux de la République". Oui et non, l'armée allemande est aussi une armée de conscription et la différence se fait sans doute dans la qualité de l'instruction militaire dispensée en amont de la guerre. Et il n'est plus ici question d'armée "professionnelle" ou "de citoyens", mais de volonté politique et de commandement.

Il faut souligner l'importance visiblement attachée par l'auteur à la pédagogie, pour que chacun puisse comprendre la succession des événements et l'on apprécie le nombre et la diversité des exemples, chiffres, détails, croquis et graphiques qui scandent tout le livre. Une publication qui mérite d'être largement connue.

Gérard Louis éditeur, Haroué, 2014, 141 pages, 22 euros.
ISBN : 978-2-35763-074-1.

Sauver Nancy

Partager cet article

Published by guerres-et-conflits - dans Première Guerre mondiale
commenter cet article
25 octobre 2014 6 25 /10 /octobre /2014 06:25

Images interdites de la Grande Guerre

Hélène Guillot (Dir.)

A la fois catalogue d'exposition et livre "autonome" en tant que tel, ce beau volume nous présente non seulement une sélection de belles photographies mais aussi l'histoire de la Section photographique de l'armée pendant la Grande Guerre.

Non seulement Hélène Guillot explique ce que fut (création, production rôle, importance, héritage) la Section photographique de l'armée, mais encore les différents (et nombreux !) contributeurs prennent chacun en charge la présentation et l'analyse d'une photo particulière, présentée en vis-à-vis de leur texte, pour les deux premières parties ("Stratégie et intérêts militaires", et "Diplomatie et politique intérieure"), tandis que la troisième partie ("Les conditions de production") nous permet de faire plus ample connaissance avec quelques uns de ces photographes et opérateurs officiels. Les images présentées ont été choisies avec un soin particulier et présentent toutes un réel intérêt, chaque intervenant expliquant pourquoi il fut décidé à l'époque de ne pas les utiliser.

Un livre à la fois esthétique et d'une réelle puissance d'évocation, dont les textes de qualité, sobres et précis, renforcent tout l'intérêt. Excellent.

Presses universitaires de Rennes, 2014, 186 pages, 25 euros.

 

Photographes de guerre

Partager cet article

Published by guerres-et-conflits - dans Première Guerre mondiale
commenter cet article
25 octobre 2014 6 25 /10 /octobre /2014 06:00

Le coup d'Etat

Robespierre, Danton et Marat contre la démocratie

Pedro J. Ramirez

Grand journaliste espagnol et excellent connaisseur de la période révolutionnaire, Pedro J. Ramirez nous propose ici une véritable somme sur quelques moments particuliers, véritablement passés au scanner, alors que la majorité de l'Assemblée se laisse déposséder de l'autorité pour laisser agir les plus radicaux de la Convention au premier semeste 1793.

On reste muet devant le luxe de détails et de précisions que Pedro J. Ramirez apporte à la description des événements, mais aussi à la solidité de son récit qui s'appuie sur un dense appareil critique (20 à 30 pages de notes et références à la fin de chaque chapitre !), et l'on se dit aussi qu'il est heureux qu'un éditeur prenne encore le risque commercial, en ces temps de marasme économique et de baisse des ventes de livres (hors ouvrages polémiques ou à scandale) de publier une telle somme.

Nous suivons donc la marche vers le pouvoir absolu de la Convention montagnarde grâce aux correspondances, articles, pamphlets, discours en tribune et autres déclarations publiques ou privées que les principaux protagonistes de l'histoire font connaître ou conservent. Les questions politiques et diplomatiques, intérieures et extérieures, fiscales et économiques sont tour-à-tour abordées, sans jamais oublier la remise en contexte : "Le pire héritage reçu par la Convention (était) ... la création d'un système basé sur le cannibalisme monétaire et la consolidation d'un modus operandi qui rendait indispensable de continuer à l'alimenter avec de nouvelle émissions ... C'était un Gargantua financier qui engloutissait tout et dépouillait peu-à-peu les Français, non seulement de leur richesse réelle, mais même des moyens de subsistance les plus élémentaires". Au fil des pages, on fait mieux connaissance avec un certain nombre de publicistes, de parlementaires, de comploteurs dont les noms peuvent être plus ou moins vaguement connus, mais dont on a oublié le rôle et l'importance (même ponctuelle) auprès des principaux responsables. On assiste aux pressions exercées sur l'Assemblée par un public envahissant, aux manoeuvres d'iinfluence (ou tentatives) des uns et des autres, on constate la détermination (l'obstination ?) d'un Marat, on peut relire les envolées d'un Danton et la pratique fréquente du faux et de l'usage de faux pour discréditer un adversaire, les modalités d'adoption d'une législation d'exception, le lyrisme (parfois bien excessif) qui emporte les foules : "Je demande enfin, pour prouver à la nation que nous ne capitulerons jamais avec un tyran, que chacun d'entre nous prenne l'engagement de donner la mort à celui qui tenterait de se faire roi ou dictateur" ! L'essentiel du livre se déroule dans l'atmosphère empoisonnée et éruptive du Paris révolutionnaire, mais les relations avec la province ou les conséquences des décisions prises à l'étranger ne sont pas oubliées. Les questions militaires (Dumouriez et sa "trahison" en particulier) reviennent également régulièrement dans les propos cités, tout comme les appels lancés dans L'Ami du peuple par exemple. Les approvisionnements de base pour la population et la délicate question du recrutement des "volontaires" constituent ainsi une forme de "fond de tableau" à de très nombreuses scènes, tandis que la répression s'abat sur les royalistes, les derniers partisans parisiens des Bourbons et que l'insurrection vendéenne inquiète. L'argumentation utilisée n'est parfois pas sans intérêt : "La majorité ne peut faire la loi à la minorité lorsque celle-ci a pour elle les principes !", ou "Que les mesures de la République soient dirigées vers ce but, étouffons le germe de la contre-révolution, et qu'il ne soit plus question que du triomphe des Parisiens". Et pendant que les représentants excités des sections et autres "pétionnaires" interviennent dans le débat, le vote public et nominatif devient aussi un moyen de pression sur les opposants qui tiennent à leur vie, facilitant l'évolution vers les lois d'exception et la dictature de la Montagne. 

Une véritable somme rédigée dans un style extrêmement agréable. Un livre d'une telle ampleur mérite d'être lu progressivement, par chapitres successifs, pour en appréhender la richesse et la profondeur.

Vendémiaire, Paris, 2014, 991 pages, 28 euros.
ISBN : 978-2-36358-143-3.

Le détail des jours critiques

Partager cet article

Published by guerres-et-conflits - dans Révolution et Empire
commenter cet article
24 octobre 2014 5 24 /10 /octobre /2014 06:25

14-18

La guerre en images

Carl de Keyzer et David van Reybrouck

Un catalogue d'exposition, à la fois magnifique album et quasi-oeuvre d'art.

L'essentiel de l'ouvrage est consacré à la reproduction sur double page grand format de splendides photos, en noir et blanc ou en couleurs, prises durant la Grande Guerre par des photographes officiels français, belges et allemands. Le format, la grande qualité des reproductions, les poses soignées, les cadrages parfaits, tout participe à faire de chaque photo une pièce d'exposition digne des plus belles collections. Même si le thème est dur (très dur, pp. 108-109 ou 186-187 par exemple) ou inquiétant (immense place vide, pp. 200-201), paradoxal (eintre au milieu des ruines, pp. 166-167) ou amusant (l'aviateur 'Pépéte', p. 85), l'émotion est au rendez-vous. Des angles de vue choisis (la cavalerie à l'entraînement dans l'Aisne, pp. 36-37) ou un réalisme saisissant (fabrication de détonateurs de grenades, pp. 58-59) donnent à toutes les images une force souvent exceptionnelle.

Pour les "pros", la biographie sommaire des différents photographes est précisée, ainsi que la définition et les références des photos. Vous aimez les (très) beaux livres ? Il y a des livres qui parfois suscitent une adhésion immédiate. Celui-ci en a indiscutablement été un. Voici, dans la production actuelle, une pièce maîtresse de votre bibliothèque.

Editions Mardaga, Bruxelles, 2014, 239 pages, 45 euros.

ISBN : 978-2-8047-0235-9.

Accès direct à la page de l'éditeur : ici.

Magnifique !

Partager cet article

Published by guerres-et-conflits - dans Première Guerre mondiale
commenter cet article

Qui Suis-Je ?

  • : Guerres-et-conflits
  • : Guerres et conflits XIXe-XXIe s. se fixe pour objectif d’être à la fois (sans prétendre à une exhaustivité matériellement impossible) un carrefour, un miroir, un espace de discussions. Sans être jamais esclave de la « dictature des commémorations », nous nous efforcerons de traiter le plus largement possible de toutes les campagnes, de tous les théâtres, souvent dans une perspective comparatiste. C’est donc à une approche globale de l’histoire militaire que nous vous invitons.
  • Contact

  • guerres-et-conflits
  • L'actualité de la presse, de l'édition et de la recherche en histoire

Partenariat

CHOUETTE

Communauté TB (1)

Recherche

Pour nous joindre

guerres-et-conflits@orange.fr

Cafés historiques de La Chouette

Prochaine séance : pour la rentrée de septembre. Le programme complet sera très prochainement mis en ligne.

Publications personnelles

Livres

 

doumenc-copie-1.jpgLa Direction des Services automobiles des armées et la motorisation des armées françaises (1914-1918), vues à travers l’action du commandant Doumenc

Lavauzelle, Panazol, 2004.

A partir de ma thèse de doctorat, la première étude d’ensemble sur la motorisation des armées pendant la Première Guerre mondiale, sous l’angle du service automobile du GQG, dans les domaines de l’organisation, de la gestion et de l’emploi, des ‘Taxis de la Marne’ aux offensives de l’automne 1918, en passant par la ‘Voie sacrée’ et la Somme.

 

La mobilisation industrielle, ‘premier front’ de la Grande Guerre ? mobil indus

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2005 (préface du professeur Jean-Jacques Becker).

En 302 pages (+ 42 pages d’annexes et de bibliographie), toute l’évolution industrielle de l’intérieur pendant la Première Guerre mondiale. Afin de produire toujours davantage pour les armées en campagne, l’organisation complète de la nation, dans tous les secteurs économiques et industriels. Accompagné de nombreux tableaux de synthèse.

 

colonies-allemandes.jpgLa conquête des colonies allemandes. Naissance et mort d’un rêve impérial

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2006 (préface du professeur Jacques Frémeaux).

Au début de la Grande Guerre, l’empire colonial allemand est de création récente. Sans continuité territoriale, les différents territoires ultramarins du Reich sont difficilement défendables. De sa constitution à la fin du XIXe siècle à sa dévolution après le traité de Versailles, toutes les étapes de sa conquête entre 1914 et 1918 (388 pages, + 11 pages d’annexes, 15 pages de bibliographie, index et cartes).

 

 caire damasDu Caire à Damas. Français et Anglais au Proche-Orient (1914-1919)

 14/18 Editions, Saint-Cloud, 2008 (préface du professeur Jean-Charles Jauffret).

Du premier au dernier jour de la Grande Guerre, bien que la priorité soit accordée au front de France, Paris entretient en Orient plusieurs missions qui participent, avec les nombreux contingents britanniques, aux opérations du Sinaï, d’Arabie, de Palestine et de Syrie. Mais, dans ce cadre géographique, les oppositions diplomatiques entre ‘alliés’ sont au moins aussi importantes que les campagnes militaires elles-mêmes.

 

hte silesieHaute-Silésie (1920-1922). Laboratoire des ‘leçons oubliées’ de l’armée française et perceptions nationales

‘Etudes académiques », Riveneuve Editions, Paris, 2009.

Première étude d’ensemble en français sur la question, à partir du volume de mon habilitation à diriger des recherches. Le récit détaillé de la première opération civilo-militaire moderne d’interposition entre des factions en lutte (Allemands et Polonais) conduite par une coalition internationale (France, Grande-Bretagne, Italie), à partir des archives françaises et étrangères et de la presse de l’époque (381 pages + 53 pages d’annexes, index et bibliographie).

 

cdt armee allde Le commandement suprême de l’armée allemande 1914-1916, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général von Falkenhayn 

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Le texte original de l’édition française de 1921 des mémoires de l’ancien chef d’état-major général allemand, accompagné d’un dispositif complet de notes infrapaginales permettant de situer les lieux, de rappeler la carrière des personnages cités et surtout de comparer ses affirmations avec les documents d’archives et les témoignages des autres acteurs (339 pages + 34 pages d’annexes, cartes et index).

 

chrono commChronologie commentée de la Première Guerre mondiale

Perrin, Paris, 2011.

La Grande Guerre au jour le jour entre juin 1914 et juin 1919, dans tous les domaines (militaire, mais aussi politique, diplomatique, économique, financier, social, culturel) et sur tous les fronts. Environ 15.000 événements sur 607 pages (+ 36 pages de bibliographie et d’index).

 

 Les secrets de la Grande Guerrecouverture secrets

Librairie Vuibert, Paris, 2012.

Un volume grand public permettant, à partir d’une vingtaine de situations personnelles ou d’exemples concrets, de remettre en lumière quelques épisodes peu connus de la Première Guerre mondiale, de la question du « pantalon rouge » en août 1914 à l’acceptation de l’armistice par von Lettow-Vorbeck en Afrique orientale, après la fin des hostilités sur le théâtre ouest-européen.

 

Couverture de l'ouvrage 'Mon commandement en Orient'Mon commandement en Orient, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général Sarrail

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2012

Le texte intégral de l'édition originale, passé au crible des archives publiques, des fonds privés et des témoignages des acteurs. Le récit fait par Sarrail de son temps de commandement à Salonique (1915-1917) apparaît véritablement comme un exemple presque caricatural de mémoires d'autojustification a posteriori

 

 

Coordination et direction d’ouvrages

 

Destins d’exception. Les parrains de promotion de l’Ecole Spéciale Militaire de Saint-Cyr

SHAT, Vincennes, 2002.

Présentation (très largement illustrée, 139 pages) des 58 parrains qui ont donné leur nom à des promotions de Saint-Cyr, entre la promotion « du Prince Impérial » (1857-1858) et la promotion « chef d’escadrons Raffalli » (1998-2001).

 

fflLa France Libre. L’épopée des Français Libres au combat, 1940-1945

SHAT, Vincennes et LBM, Paris, 2004.

Album illustré présentant en 191 pages l’histoire et les parcours (individuels et collectifs) des volontaires de la France Libre pendant la Seconde guerre mondiale.

 

marque courageLa marque du courage

SHD, Vincennes et LBM, Paris, 2005.

Album illustré présentant en 189 pages l’histoire des Croix de Guerre et de la Valeur Militaire, à travers une succession de portraits, de la Première Guerre mondiale à la Bosnie en 1995. L’album comporte en annexe une étude sur la symbolique, les fourragères et la liste des unités d’active décorées.

 

  90e anniversaire de la Croix de guerre90-ANS-CROIX-DE-GUERRE.jpg

SHD, Vincennes, 2006.

Actes de la journée d’études tenue au Musée de l’Armée le 16 novembre 2005. Douze contributions d’officiers historiens et d’universitaires, français et étrangers, de la naissance de la Croix de guerre à sa perception dans la société française, en passant les décorations alliées similaires et ses évolutions ultérieures.

 

france grèceLes relations militaires franco-grecques. De la Restauration à la Seconde guerre mondiale 

SHD,Vincennes, 2007.

Durant cette période, les relations militaires franco-grecques ont été particulièrement intenses, portées à la fois par les sentiments philhellènes qui se développent dans l’hexagone (la France est l’une des ‘Puissances protectrices’ dès la renaissance du pays) et par la volonté de ne pas céder d’influence aux Anglais, aux Allemands ou aux Italiens. La campagne de Morée en 1828, l’intervention en Crète en 1897, les opérations en Russie du Sud  en 1919 constituent quelques uns des onze chapitres de ce volume, complété par un inventaire exhaustif des fonds conservés à Vincennes.

 

verdunLes 300 jours de Verdun

Editions Italiques, Triel-sur-Seine, 2006 (Jean-Pierre Turbergue, Dir.).

Exceptionnel album de 550 pages, très richement illustré, réalisé en partenariat entre les éditions Italiques et le Service historique de la Défense. Toutes les opérations sur le front de Verdun en 1916 au jour le jour.

 

DICO-14-18.jpgDictionnaire de la Grande Guerre

(avec François Cochet), 'Bouquins', R. Laffont, 2008.

Une cinquantaine de contributeurs parmi les meilleurs spécialistes de la Grande Guerre, 1.100 pages, 2.500 entrées : toute la Première Guerre mondiale de A à Z, les hommes, les lieux, les matériels, les opérations, les règlements, les doctrines, etc.

 

fochFerdinand Foch (1851-1929). Apprenez à penser

(avec François Cochet), 14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Actes du colloque international tenu à l’Ecole militaire les 6 et 7 novembre 2008. Vingt-quatre communications balayant tous les aspects de la carrière du maréchal Foch, de sa formation à son héritage dans les armées alliées par des historiens, civils et militaires, de neuf nations (461 pages + 16 pages de bibliographie).

Sur la toile

Partager cette page Facebook Twitter Google+ Pinterest
Suivre ce blog