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22 mai 2015 5 22 /05 /mai /2015 06:00

Le retour d'Hitler

Alain Chauvet

Bienheureux pays que celui qui laisse toute latitude à la liberté éditoriale... Ou, quand le mélange des genres produit un résultat surprenant. Même après avoir terminé le livre, je ne suis pas certain d'avoir compris ce que veut démontrer l'auteur : il semble qu'il s'agit de dénoncer Marine Le Pen et le Front national, déduction inspirée par les permanents aller-retour d'Alain Chauvet entre les années 1930 et aujourd'hui. D'ailleurs, il titre une partie de son livre "C'est reparti comme en quarante" (il y évoque en particulier "un nouvel Hitler russe (qui) rejoue les Sudètes en Crimée" ?) et, tout en évoquant le Front national, il répète à plusieurs reprises que 2010 ressemble à 1930.

Il est très rare que nous critiquions nettement un livre dans ces colonnes, mais un sommet d'approximations décousues est ici atteint. Dans ce maelstrom, les affirmations préremptoires se succèdent sans visiblement la moindre vérification ni mesure dans le propos ("Devenu Führer tout puissant après le raz-de-marée électoral des nazis en 1932" ?), puis le raisonnement prend visiblement "de la hauteur" : "Nous croisons tous les jours dans la rue des Adolf Hitler, Joseph Staline, Mao Tsé-toung ou Philippe Pétain à l'apparence parfaitement civilisée". Mao - Pétain même combat... J'en parlais encore hier avec ma boulangère (Evita Péron, peut-être ?). On se perd dans les chapitres qui évoquent alternativement ce qu'il aurait fallu faire pour empêcher Hitler d'arriver au pouvoir (je sais : YAVAIKA !), les grands royaumes orientaux apparus en "Egypte et en Mésopotamie il y a 5000 ans" (sans que l'on sache si Ramsès II = Hitler), des extraits du Code noir promulgué en 1685 (chronologiquement, on se rapproche), la crise financière de 2008 et l'économie mondialisée, etc. Ouf ! Compliqué à suivre ! Pour résumer (autant que possible...), l'histoire se répète, ou risque de se répèter, sauf si nous parvenons à arrêter à temps Vladimir Poutine et Marine Le Pen, et pour cela il faut "tuer Hitler en nous". Rien de moins. C'est pire qu'Alien... Maman, j'ai peur !

On ne peut que conseiller à l'auteur de retourner à ses travaux économiques, dans lesquels il excelle probablement, et de renoncer au domaine de l'histoire et des sciences politiques. Il faut également se féliciter que l'on puisse imprimer tout et n'importe quoi dans le beau pays de France : c'est au moins la preuve qu'Hitler n'est pas encore revenu. Allez, pour oublier rapidement, j'hésite entre un double schnaps et un très gros rouge !

L'Harmattan, Paris, 2015, 218 pages, 23,- euros.

ISBN : 978-2-8061-0192-1.

Tout mélanger dans un shaker...

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22 mai 2015 5 22 /05 /mai /2015 05:45

Napoléon chef de guerre

Jean Tulard

Arrivé au pouvoir et au sommet de la gloire par les victoires militaires, l'empereur déchu doit ses deux exils successifs à d'ultimes défaites. Par ailleurs, jusqu'au début du XXe siècle (et dans certains pays au-delà), Napoléon est resté l'archétype du grand capitaine, référencieusement étudié dans toutes les académies militaires. S'interroger sur ses capacités de chef de guerre n'est donc pas inutile.

Version poche d'un livre paru en 2012 et que nous avions alors chroniqué (ici), ce Napoléon chef de guerre apportera beaucoup à tous, ne serait-ce que parce qui s'intéresse méthodiquement à (presque) tous les aspects du sujet. Une lecture vivement recommandée, au moins pour ceux qui veulent pouvoir disposer d'une documentation de référence. 

Coll. 'Texto', Tallandier, 2015, 379 pages. 10,50 euros.
ISBN : 979-10-210-1025-3.

Grand capitaine

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21 mai 2015 4 21 /05 /mai /2015 06:00

Les comportements collectifs

en France et dans l'Europe allemande.
Historiographie, normes, prismes, 1940-1945

Pierre Laborie et François Marcot (Dir.)

Peut-on classer, définir, sérier les comportements collectifs pendant l'occupation allemande, sans se laisser lier par les a priori, les idées reçues et les reconstructions ultérieures ? Ces actes d'un colloque tenu à Besançon en 2012 tentent d'apporter une réponse.

Comme dans tous les colloques, surtout transdisciplinaires, tous les articles n'intéresseront pas au même chef tous les lecteurs. Si l'ensemble est tout à fait riche et dense, nous retiendrons pour ce qui concerne plus directement nos thématiques privilégiées les dexième, troisième et quatrième parties, qui constituent le coeur de l'ouvrage. Parmi les communications les plus originales et novatrices, retenons par exemple celle de Rafal Wnuk, sur "Le comportement des citoyens polonais sous l'occupation allemande et soviétique", celle de Claire Andrieu sur "Le comportement des civils face aux aviateurs tombés en France, en Angleterre et en Allemagne", celle de Jacques Semelin sur "Dans quelle mesure les comportements de la population permettent-il d'expliquer que les trois-quart des juifs de France aient échappé à la déportation ?". On apprécie également à la fin de l'ouvrage la communication d'Odile Roynette sur le thème "Vainqueurs et vaincus : réflexions sur l'historiographie de l'occupation en Europe", qui déplace la focale pour engerber dans son approche les XIXe et XXe siècles. 

Comme les deux directeurs de l'ouvrage le rappellent en conclusion, sur ces passionnantes (mais difficiles) questions, tout doit être analysé en finesse, en tenant le plus grand compte de chaque contexte particulier et d'une chronologie très précise. Le pari est réussi. Avec ces intéressantes communications, un pas de plus est franchi dans notre connaissance de ces phénomènes.

Presses universitaires de Rennes, 2015, 307 pages, 22,- euros.

ISBN : 978-2-7535-3973-0.

Attitude(s) face à l'occupation

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20 mai 2015 3 20 /05 /mai /2015 06:00

La grande illusion

Quand la France perdait la paix, 1914-1920

Georges-Henri Soutou

Quand un spécialiste aussi éminent que Georges-Henri Soutou publie un nouvel ouvrage, il est indispensable de s'y attarder. On ne le regrette jamais.

Dans son introduction, Georges-Henri Soutou constate que "l'histoire mémorielle dérive souvent vers une forme de catharsis collective quelque peu voyeuriste. L'émotion se substitue à la réflexion", alors que, quoi qu'on en dise, "c'est l'histoire vue d'en haut, si on veut parler ainsi, qui a façonné l'avenir de la France et de l'Europe pour la suite, avec des répercussions jusqu'à nos jours". Il place par ailleurs son livre sous le signe original de l'étude parallèle des objectifs de guerre des principaux belligérants et des nombreuses manoeuvres officieuses pour nouer des conversations de paix, "jeu réciproque ... très révélateur des orientations politiques, géopolitiques, idéologiques, économiques des uns et des autres", peu souvent prises dans leur ensemble. L'ouvrage nous entraîne donc des idéaux et débats de l'avant-guerre et de la perception par la France de son environnement géopolitique à la paix bancale de 1919. Il en ressort que les Français élaborent des théories, parfois intellectuellement intéressantes, mais ne préparent aucun plan précis immédiatement réalisable. Au fil des chapitres, il décrypte les relations et les incompréhensions pendant la crise de juillet 1914, revient sur les développements de la diplomatie de guerre chez les Alliés, en particulier en direction des neutres, la place symbolique de la Belgique et de la Serbie, petites nations toujours "héroïques", et le rôle de la propagande, etc. Il constate le lent mûrissement jusqu'en 1917 des buts de guerre tels qu'ils seront finalement rendus publics, avec les questions en amont des nationalités, et donc de la survie des empires centraux après la guerre. Le rôle du Comité d'études, formellement rassemblé autour de Charles Benoist à partir de 1917, est légitimement souligné et Georges-Henri Soutou sait pointer, chaque fois que nécessaire, l'importance des questions économiques, commerciales et industrielles. Il traite bien sûr ensuite des conversations secrètes menées en 1917, souvent (mais pas seulement) à l'initiative de l'Autriche-Hongrie, dont il souligne les limites, les ambigüités et les différences d'approche et de réception entre Français et Britanniques aussi bien qu'au sein de l'appareil politique français. C'est enfin l'armistice, les conversations entre les trois Grands, le rôle du président américain, les priorités françaises, les efforts allemands pour limiter les conséquences négatives du traité "de Versailles" en discussion, mais aussi les conversations qui précèdent et entourent les autres traités avec les vaincus bulgares, turcs, autrichiens et hongrois désormais divisés, auxquels on n'accorde souvent que trop peu d'importance.

Une vraie, belle, bonne et grande synthèse. A entrer dès à présent dans sa liste des classiques de référence. 

Tallandier, Paris, 2015, 379 pages. 21,90 euros.

ISBN : 979-10-210-1018-5.

Gagner la guerre, perdre la paix

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19 mai 2015 2 19 /05 /mai /2015 06:00

Envoyez les hélicos !

Carnets de guerre. Côte d'Ivoire, Libye, Mali

Pierre Verborg

Le créneau est désormais bien occupé, voici un nouvel ouvrage sur l'ALAT dans les opérations récentes.

Le style, vif, enlevé, sans fioriture, n'est pas sans rappeler quelques publications américaines récentes sur les interventions en Irak ou en Afghanistan. Dans la première partie, l'auteur raconte comment lui a été indiquée sa mission, quelles ont été ses réflexions et comment il l'a annoncé à son personnel. Il revient également sur le long, le permanent processus d'instruction, toujours (autant que faire se peut) au plus près possible des réalités et souligne que pour constituer le détachement aéromobile il fut nécessaire de faire appel à toutes les unités et formations. Très vite, la question de la mort toujours envisageable est posée : "Parler de la mort, c'est en faire son meilleur allié. C'est la dompter pour qu'elle ne se transforme pas en poison anesthésiant". Enfin, il souligne la complémentarité, la complicité presque, qui se met très rapidement en place avec les marins du BPC sur lequel sont basés les hélicoptères, en particulier gr^ce à l'existence de connaissances antérieures. Et pour ceux qui douteraient de l'utilité de l'histoire, en tant que discipline, dans la formation opérationnelle, il donne son témoignage qui mérite d'être longuement cité : "A l'Ecole de guerre, dans le cadre d'une étude de cas concret, j'avais eu l'occasion de me rendre au Service historique de la Défense de Vincennes. Il s'agissait pour mon groupe de mettre au point un staff ride sur l'opération Totalize, qui s'est déroulée du 7 au 16 août 1944 au sud de Caen. En préparant ce voyage d'étude, j'ai eu accès aux plans originaux et pu étudier les tactiques d'assaut par mer mises en oeuvre par les Alliés sur les plages de Normandie et en particulier lors des phases d'infiltration des bombardiers. La simplicité et la précision des plans pour foncer vers Falaise m'avait frappé ... La similitude avec notre situation est étonnante"Le récit parfois minute par minute des raids conduits de nuit est souvent impressionnant et le vocabulaire simple, direct, contribue à rendre le témoignage vraiment vivant (même s'il tombe parfois dans une certaine emphase, mais dans le feu de l'action les événements ont parfaitement pu être ressentis ainsi sur le moment). Parmi les techniques employées et décrites, on relève par exemple l'utilisation immédiate des informations déduites de l'observation des échanges de tirs d'artillerie, qui dessinent la ligne des coups de départ et d'arrivée, et donc en creux la zone où les hélicoptères peuvent s'infliltrer à moindre risque. La seconde partie, à partir de la page 117, revient sur l'expérience opérationnelle de l'auteur en élevant le débat au-dessus de l'événementiel, sur la fatigue des hommes et des femmes engagés dans les opérations, sur l'importance de la dimension spirituelle et la présence de l'aumônier, sur la "gestion des erreurs" ("La guerre est une science inexacte et instable parsemée de petites et grandes erreurs, souvent d'origine humaine ... La logique est simple : partant du constat que l'homme commet sept erreurs par heure, il ne s'agit pas de les éradiquer mais d'agir sur les comportements et la méthode de l'individu ainsi que sur la gestion collective pour au mieux les éviter ou, au minimum, les détecter et les corriger"). La troisième partie enfinreprend plus largement les engagements récents de l'ALAT, de l'Afghanistan à la Côte d'Ivoire, de Lybie au Mali et se termine par le récit des opérations conduites en janvier-février 2013 dans le désert malien et la boucle du Niger. 

Un livre qui passionnera tous les amateurs de récits de campagnes récentes mais aussi, au-delà, qui apporte un nouveau témoignage très intéressant sur celles-ci pour les historiens du temps présent. Un récit à croiser avec les autres témoignages déjà publiés, mais qui apporte indiscutablement une vraie plus-value.

Editions du Rocher, Monaco, 2015, 225 pages. 18,90 euros.

ISBN : 978-2-26807-518-1.

ALAT au combat

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18 mai 2015 1 18 /05 /mai /2015 06:00

La conscription en France

François Cailleteau

Est-ce que le 20e anniversaire de la "suspension" du service national, en 2016, fera l'objet de quelconques commémorations politiciennes ? En "avance de phase", en quelque sorte, François Cailleteau donne dans ce petit volume de très nombreuses informations chiffrées sur ce que fut le service ntional et ce qu'il était devenu sous la Ve République, avant de s'interroger sur son éventuel retour.

En huit chapitres chronothématiques, l'auteur décrit l'évolution de cette institution (dont on se souvient aujourd'hui qu'elle était "républicaine") depuis la fin de la guerre d'Algérie. Il estime que le maintien de la conscription en 1962 a pu être un choix politique, pour ne pas trop affaiblir une armée de terre déjà mal en point, mais également pour des considérations de coût (déjà !). Il détaille ensuite les modalités officielles mais aussi individuelles mises en oeuvre pour réduire le nombre de soldats incorporés, puisque la ressource théorique (une classe d'âge) était de beaucoup supérieure aux besoins, ce qu'il appelle l'époque de "la stratégie administrative bien connue du mistigri" (en clair, éludons les questions génantes). Au bilan : diminution de la durée (pour gérer des flux trop importants) et augmentation des dispenses finissent par produire un fort sentiment d'injustice, amplifié par les profondes différences dans l'exercice réel, quotidien, de ce service. De simili-réformes en pseudo-mesures, "en 1989, la conscription est une institution qui semble solide et peu contestée mais qui est en réalité vermoulue". Tous ceux qui d'une façon ou d'une autre peuvent manifester leur opposition sont exemptés, et seuls servent les "braves types" qui "se retrouvaient dans les emplois les plus exigeants". Au début des années 1990, François Cailleteau observe une forme de "tétanisation des armées", et en particulier de l'armée de terre incapable d'imaginer que l'on puisse se passer de cette institution. Sur quelques pages (pp. 68 et suivantes), le rappel des prises de position des dirigeants politiques est pour le moins éclairant des arrières-pensées et des a priori des uns et des autres. Les dernières pages sont consacrées à envisager les modalités de son éventuelle restauration aujourd'hui, et l'auteur rappelle les difficultés (juridiques, de formation, etc.) qui se poseraient en multipliant les renforts aux forces de police en matière de maintien de l'ordre (on y est ?). Pour ce qui concerne la formation morale et civique "universelle" d'une classe d'âge, garçons et filles confondus, il souligne également qu'il faudrait au moins 40 à 50.000 cadres d'active supplémentaires... Et se pose ensuite la question ultime : pour quoi faire, concrètement, chaque jour ?

Un dossier de fond, traité avec rapidité et négligence par la plupart des politiques qui n'y voient qu'un prétexte à petites phrases télévisées. Ce qui donne rarement de bonnes réponses.

Economica, Paris, 2015, 103 pages, 15,- euros.

ISBN : 978-2-7178-6798-5.

N. B. : Au-delà de tous les constats chiffrés de l'auteur, que l'on me permette quelques observations personnelles. Tout d'abord, l'armée française n'est pas "professionnalisée" : elle EST professionnelle, depuis 20 ans, et le service national n'est plus qu'un souvenir dans ses rangs. Parmi tous ceux qui aujourd'hui demandent le rétablissement d'un service national, lesquels l'ont effectivement défendu en 1996 ? Combien depuis n'ont cessé de diminuer les moyens des armées, aujourd'hui dans l'incapacité matérielle de remplir cette mission de cohésion sociale que l'on voudrait pourtant leur redonner ? Ne serait-ce pas finalement parce qu'un militaire corvéable à merci revient finalement moins cher ?... Avant d'émettre un avis sur les propositions actuelles, je vais aller vérifier ce que leurs actuelspromoteurs ont fait et dit depuis une vingtaine d'années...

Retour vers le passé ?

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18 mai 2015 1 18 /05 /mai /2015 05:45

Histoire de la Turquie

De l'empire à nos jours

Hamit Bozarslan

Nous avions chroniqué ce livre lors de sa première parution en 2013 (ici). Sa réédition rapide en format poche confirme qu'il a connu un réel succès, parfaitement justifié par la qualité du travail de l'auteur. Nous parlions en 2013 d'un outil de travail et d'un volume de référence. Il n'y a rien à changer, si ce n'est le prix très abordable.

Coll. 'Texto', Tallandier, Paris, 2015, 680 pages. 12,50 euros.

ISBN : 979-10-210-1040-8.

Histoire générale

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17 mai 2015 7 17 /05 /mai /2015 06:00

Nous autres à Vauquois

André Pézard

Voici la réédition à l'identique d'un texte paru pour la première fois pendant la guerre elle-même. Un texte qui raconte les durs combats pour la reconquête de la butte de Vauquois au printemps 1915, puis les efforts exceptionnels qu'il fut nécessaire de consentir pour conserver la moitié du sommet et du village jusqu'à l'automne 1918.

Le récit commence à la fin du mois de janvier 1915. Il est d'autant plus agréable à lire que l'auteur non seulement décrit ce qu'il voit, ce qu'il fait et ses pensées, mais aussi reconstitue les dialogues, avec ses camarades, ses subordonnés, ses supérieurs. Pour lui, les opérations actives dans ce secteur commencent à la fin du mois de février 1915 et, progressivement, inexorablement presque, les pertes s'ajoutent aux pertes. Les descriptions des engagements successifs sur un espace extrêmement restreint, pour une maison en ruine, pour un coin de rue, sont impressionnantes ; et celles des périodes d'attente ne le sont pas moins : "Les hommes ont eu juste le courage de creuser des trous dans le remblai ou le long d'un soubassement à peu près rasé ; les toiles de tentes sont maintenues au-dessus par des branches fichées ou par des cailloux pesants.De toutes parts, ces gîtes grossiers criblent la zone étroite qui fut naguère une ruelle campagnarde. Les poilus s'y accroupissent et s'y enchevêtrent par deux ou trois, sans cesse foulés aux pieds, sans cesse ensevelis sous leur toît qui s'effondre, sans cesse lapidés par des pierrailles qui croulent de la pente. La consigne du bataillon est que, le jour, la moitié des hommes peuvent se reposer, mais que, la nuit, tout le monde doit veiller : les guetteurs aux créneaux, les autres, baïonnette au canon, dans la tranchée". Les descriptions permettent de suivre les relèves (parfois dans un grand désordre), l'action de l'artillerie de tranchée, le percement des tunnels de mines et leurs effets mais aussi la crainte qu'ils inspirent, la préparation des grandes attaques aussi bien que celle des "petits" coups de main. On relève aussi celle d'un poilu visiblement victime d'un choc psychologique (pp. 181-182), et on note les observations d'expérience, qui autorise un calme apparent du chef de contact. Les effets de la pluie sur un réseau de tranchées déjà bouleversé par les bombardements sont décrits avec rigueur, sans oublier vis-à-vis des subordonnés les "négociations informelles" dans l'exercice du commandement, qu'il s'agisse des tenues ou de l'installation de la troupe par exemple. Entre mines et marmites, grenades et obus, cette remarque en mars 1916 : "Plus tard, on nous dira : 'Vous n'étiez pas à Verdun ? Vous n'avez pas subi la ruée allemande ? Vous ne savez pas ce que c'est que la guerre...'. Nous avons souffert autant que les autres -et nous souffrons depuis plus d'un an à la même place". En dépit de toutes ces souffrances, on ne trouve pas d'écho d'une grave ou prolongée baisse de moral, mais au contraire dans les mots qu'André Pézard utilise une immense fierté de commander à ses "bons gars".

Un témoignage passionnant sur près de dix-huit mois dans un secteur particulièrement actif et meurtrier. 

Association des amis de Vauquois et de sa région, 2013, 333 pages, 20,- euros

ISBN : 2-86480-836-6.

Pour commander directement auprès de l'association : ici.

Témoignage d'un officier de contact

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16 mai 2015 6 16 /05 /mai /2015 07:00

 Atatürk

Naissance de la Turquie moderne

Fabrice Monnier

L'histoire (événements de 1915) comme l'actualité (situation en Syrie et Irak) montrent toute l'importance de la Turquie sur la scène régionale et internationale. Cette nouvelle biographie du fondateur de république turque arrive donc à point nommé.

Dans son introduction, Fabrice Monnier rappelle rapidement le contexte dans lequel émerge Mustafa Kemal, qui n'est pas encore le "père des Turcs" : celui d'un empire pluriséculaire mais "en proie à de graves convulsions". Selon un plan chronologique, nous suivons donc le jeune officier macédonien, franc-maçon, épris de modernité et de liberté, du coup d'Etat militaire de 1909 (il est alors chef d'état-major de la 3e armée), jusqu'à sa mort en 1938 comme chef d'Etat adulé dans son pays et respecté à l'étranger. Parmi tous les éléments de cette très riche biographie, l'auteur nous rappelle que Mustafa Kemal fut non seulement le "sauveur des Dardanelles", mais aussi qu'avant la Grande Guerre il sert en Lybie contre les troupes italiennes (et où il retrouve Enver Pacha), puis participe aux guerres balkaniques. Il est donc un officier déjà particulièrement expérimenté en 1914, et l'auteur souligne son rôle dès le début de la guerre (Gallipoli). A propos du massacre des Arméniens en 1915, Fabrice Monnier fait de Kemal un spectateur "impuissant et quelque peu indifférent". C'est ensuite sa participation à la tentative de reconquête de Bagdad, puis une délicate visite officielle en Allemagne en accompagnement du prince héritier ottoman. Enfin, en 1918, le commandement de la 7e armée sur le front de Palestine, face aux Britanniques. A la fin de la Grande Guerre, avant que ne bascule son destin, Kemal "qui, fin 1914, n'était qu'un simple lieutenant-colonel, (est) l'un des principaux généraux de l'Empire -mais pas, et ce bémol est important, l'un des plus en vue". Dès lors, dans un premier temps, il courtise le sultan et "soigne ses relations politiques", puis part pour l'Anatolie exercer un commandement lorsque survient l'invasion grecque. Notons ici une précision : "Le débarquement des Grecs à Smyrne, qui suscite parmi les musulmans d'Asie mineure une effervescence considérable, est tombé à pic pour justifier une insurrection (du Comité Union et Progrès) qui aurait très probablement de toute façon eu lieu, avec ou sans Mustafa Kemal". Ce dernier entre en rébellion ouverte contre Constantinople en juin 1919 et fédère autour de lui (de gré ou de force) tous ceux qui refusent l'invasion grecque et la faiblesse de l'empire. L'auteur évoque ici une tentative de double jeu du Sultan et du grand vizir, dont Kemal aurait su profiter. Le traité de Sèvres en août 1920, accepté par Constantinople, lui vaut de nouveau ralliements, tandis qu'il flirte également avec la Russie bolchevique et finit par obtenir au sud la neutralité de la France (en dépit de la question de Cilicie réglée à son profit) qui peine à s'installer en Syrie, le tout sur fond d'intrigues "byzantines". La guerre gréco-turque se prolonge dans un cortège de massacres jusqu'à l'incendie final de Smyrne (la responsabilité des irréguliers turcs semble bien engagée et Kemal ne s'en émeut guère), tandis que le traité de Sèvres est renégocié pour donner celui de Lausanne, beaucoup plus favorable à la Turquie. Entre temps, Kemal a su manoeuvrer pour rompre l'unité des Occidentaux à Constantinople et mettre fin au règne de la dynastie des Osmanlis, est devenu chef de parti et président de la Grande assemblée nationale. Angora, désormais Ankara, est proclamée capitale en 1923 et s'ouvre une ère nouvelle : la république est instaurée, elle sera autoritaire et Atatürk concentrera les pouvoirs : "Frapper brusquement l'adversaire après avoir soigneusement préparé son coup de force est le secret du succès de la révolution kémaliste ... Les Turcs, parfois admiratifs, souvent scandalisés, toujours effarés, s'aperçoivent que plus rien ne peut arrêter l'occidentalisation de leur patrie et son intégration à une Europe à la fois enviée et détestée". Dernier acte majeur de liquidation du passé : l'abolition du califat est décidée en mars 1924, mettant fin à des siècles d'unité musulmane. La Turquie de l'entre-deux-guerres connait alors une difficile marche forcée vers la modernité, avec instauration du parti unique, représsion des minorités, etc., mais aussi adoption de l'alphabet latin et puissant effort économique, favorisant la bourgeoisie tandis que le monde rural grogne. Au plan international, la Turquie entre à la SdN en 1932 et se rapproche de l'Allemagne dès l'année suivante. Kemal lui-même se laisse aller à des abus de boisson, sur lequel l'auteur ne cache rien, et sa santé, fragile depuis de nombreuses années, se détériore. A sa mort, il laisse une Turquie orpheline, mais qui lui conserve un véritable culte.

Une biograhie qui mèle étroitement vie personnelle d'Atatürk et évolution générale du pays, particulièrement intéressante actuellement.

CNRS Editions, Paris, 2015, 346 pages. 22,50 euros.

ISBN : 978-2-271-08313-5.

Mustafa Kemal

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16 mai 2015 6 16 /05 /mai /2015 06:45

La guerre d'Indochine vue par la CIA

Nous l'avions chroniqué avec empressement dès que nous avions eu connaissance (ici).

Le livre est désormais disponible dans toutes les librairies !

Rappel utile...

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  • : Guerres et conflits XIXe-XXIe s. se fixe pour objectif d’être à la fois (sans prétendre à une exhaustivité matériellement impossible) un carrefour, un miroir, un espace de discussions. Sans être jamais esclave de la « dictature des commémorations », nous nous efforcerons de traiter le plus largement possible de toutes les campagnes, de tous les théâtres, souvent dans une perspective comparatiste. C’est donc à une approche globale de l’histoire militaire que nous vous invitons.
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Cafés historiques de La Chouette

Prochaine séance : pour la rentrée de septembre. Le programme complet sera très prochainement mis en ligne.

Publications personnelles

Livres

 

doumenc-copie-1.jpgLa Direction des Services automobiles des armées et la motorisation des armées françaises (1914-1918), vues à travers l’action du commandant Doumenc

Lavauzelle, Panazol, 2004.

A partir de ma thèse de doctorat, la première étude d’ensemble sur la motorisation des armées pendant la Première Guerre mondiale, sous l’angle du service automobile du GQG, dans les domaines de l’organisation, de la gestion et de l’emploi, des ‘Taxis de la Marne’ aux offensives de l’automne 1918, en passant par la ‘Voie sacrée’ et la Somme.

 

La mobilisation industrielle, ‘premier front’ de la Grande Guerre ? mobil indus

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2005 (préface du professeur Jean-Jacques Becker).

En 302 pages (+ 42 pages d’annexes et de bibliographie), toute l’évolution industrielle de l’intérieur pendant la Première Guerre mondiale. Afin de produire toujours davantage pour les armées en campagne, l’organisation complète de la nation, dans tous les secteurs économiques et industriels. Accompagné de nombreux tableaux de synthèse.

 

colonies-allemandes.jpgLa conquête des colonies allemandes. Naissance et mort d’un rêve impérial

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2006 (préface du professeur Jacques Frémeaux).

Au début de la Grande Guerre, l’empire colonial allemand est de création récente. Sans continuité territoriale, les différents territoires ultramarins du Reich sont difficilement défendables. De sa constitution à la fin du XIXe siècle à sa dévolution après le traité de Versailles, toutes les étapes de sa conquête entre 1914 et 1918 (388 pages, + 11 pages d’annexes, 15 pages de bibliographie, index et cartes).

 

 caire damasDu Caire à Damas. Français et Anglais au Proche-Orient (1914-1919)

 14/18 Editions, Saint-Cloud, 2008 (préface du professeur Jean-Charles Jauffret).

Du premier au dernier jour de la Grande Guerre, bien que la priorité soit accordée au front de France, Paris entretient en Orient plusieurs missions qui participent, avec les nombreux contingents britanniques, aux opérations du Sinaï, d’Arabie, de Palestine et de Syrie. Mais, dans ce cadre géographique, les oppositions diplomatiques entre ‘alliés’ sont au moins aussi importantes que les campagnes militaires elles-mêmes.

 

hte silesieHaute-Silésie (1920-1922). Laboratoire des ‘leçons oubliées’ de l’armée française et perceptions nationales

‘Etudes académiques », Riveneuve Editions, Paris, 2009.

Première étude d’ensemble en français sur la question, à partir du volume de mon habilitation à diriger des recherches. Le récit détaillé de la première opération civilo-militaire moderne d’interposition entre des factions en lutte (Allemands et Polonais) conduite par une coalition internationale (France, Grande-Bretagne, Italie), à partir des archives françaises et étrangères et de la presse de l’époque (381 pages + 53 pages d’annexes, index et bibliographie).

 

cdt armee allde Le commandement suprême de l’armée allemande 1914-1916, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général von Falkenhayn 

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Le texte original de l’édition française de 1921 des mémoires de l’ancien chef d’état-major général allemand, accompagné d’un dispositif complet de notes infrapaginales permettant de situer les lieux, de rappeler la carrière des personnages cités et surtout de comparer ses affirmations avec les documents d’archives et les témoignages des autres acteurs (339 pages + 34 pages d’annexes, cartes et index).

 

chrono commChronologie commentée de la Première Guerre mondiale

Perrin, Paris, 2011.

La Grande Guerre au jour le jour entre juin 1914 et juin 1919, dans tous les domaines (militaire, mais aussi politique, diplomatique, économique, financier, social, culturel) et sur tous les fronts. Environ 15.000 événements sur 607 pages (+ 36 pages de bibliographie et d’index).

 

 Les secrets de la Grande Guerrecouverture secrets

Librairie Vuibert, Paris, 2012.

Un volume grand public permettant, à partir d’une vingtaine de situations personnelles ou d’exemples concrets, de remettre en lumière quelques épisodes peu connus de la Première Guerre mondiale, de la question du « pantalon rouge » en août 1914 à l’acceptation de l’armistice par von Lettow-Vorbeck en Afrique orientale, après la fin des hostilités sur le théâtre ouest-européen.

 

Couverture de l'ouvrage 'Mon commandement en Orient'Mon commandement en Orient, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général Sarrail

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2012

Le texte intégral de l'édition originale, passé au crible des archives publiques, des fonds privés et des témoignages des acteurs. Le récit fait par Sarrail de son temps de commandement à Salonique (1915-1917) apparaît véritablement comme un exemple presque caricatural de mémoires d'autojustification a posteriori

 

 

Coordination et direction d’ouvrages

 

Destins d’exception. Les parrains de promotion de l’Ecole Spéciale Militaire de Saint-Cyr

SHAT, Vincennes, 2002.

Présentation (très largement illustrée, 139 pages) des 58 parrains qui ont donné leur nom à des promotions de Saint-Cyr, entre la promotion « du Prince Impérial » (1857-1858) et la promotion « chef d’escadrons Raffalli » (1998-2001).

 

fflLa France Libre. L’épopée des Français Libres au combat, 1940-1945

SHAT, Vincennes et LBM, Paris, 2004.

Album illustré présentant en 191 pages l’histoire et les parcours (individuels et collectifs) des volontaires de la France Libre pendant la Seconde guerre mondiale.

 

marque courageLa marque du courage

SHD, Vincennes et LBM, Paris, 2005.

Album illustré présentant en 189 pages l’histoire des Croix de Guerre et de la Valeur Militaire, à travers une succession de portraits, de la Première Guerre mondiale à la Bosnie en 1995. L’album comporte en annexe une étude sur la symbolique, les fourragères et la liste des unités d’active décorées.

 

  90e anniversaire de la Croix de guerre90-ANS-CROIX-DE-GUERRE.jpg

SHD, Vincennes, 2006.

Actes de la journée d’études tenue au Musée de l’Armée le 16 novembre 2005. Douze contributions d’officiers historiens et d’universitaires, français et étrangers, de la naissance de la Croix de guerre à sa perception dans la société française, en passant les décorations alliées similaires et ses évolutions ultérieures.

 

france grèceLes relations militaires franco-grecques. De la Restauration à la Seconde guerre mondiale 

SHD,Vincennes, 2007.

Durant cette période, les relations militaires franco-grecques ont été particulièrement intenses, portées à la fois par les sentiments philhellènes qui se développent dans l’hexagone (la France est l’une des ‘Puissances protectrices’ dès la renaissance du pays) et par la volonté de ne pas céder d’influence aux Anglais, aux Allemands ou aux Italiens. La campagne de Morée en 1828, l’intervention en Crète en 1897, les opérations en Russie du Sud  en 1919 constituent quelques uns des onze chapitres de ce volume, complété par un inventaire exhaustif des fonds conservés à Vincennes.

 

verdunLes 300 jours de Verdun

Editions Italiques, Triel-sur-Seine, 2006 (Jean-Pierre Turbergue, Dir.).

Exceptionnel album de 550 pages, très richement illustré, réalisé en partenariat entre les éditions Italiques et le Service historique de la Défense. Toutes les opérations sur le front de Verdun en 1916 au jour le jour.

 

DICO-14-18.jpgDictionnaire de la Grande Guerre

(avec François Cochet), 'Bouquins', R. Laffont, 2008.

Une cinquantaine de contributeurs parmi les meilleurs spécialistes de la Grande Guerre, 1.100 pages, 2.500 entrées : toute la Première Guerre mondiale de A à Z, les hommes, les lieux, les matériels, les opérations, les règlements, les doctrines, etc.

 

fochFerdinand Foch (1851-1929). Apprenez à penser

(avec François Cochet), 14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Actes du colloque international tenu à l’Ecole militaire les 6 et 7 novembre 2008. Vingt-quatre communications balayant tous les aspects de la carrière du maréchal Foch, de sa formation à son héritage dans les armées alliées par des historiens, civils et militaires, de neuf nations (461 pages + 16 pages de bibliographie).

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