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28 mars 2015 6 28 /03 /mars /2015 06:15

Franklin D. Roosevelt

Yves-Marie Péréon

Au cours des dernières années, plusieurs ouvrages importants ont été consacrés aux Etats-Unis de l'entre-deux-guerres, au président Roosevelt ou à sa femme. Parmi ceux-ci, le livre d'Yves-Marie Péréon, que nous chroniquions en novembre 2012 (ici) et que nous vous invitons à retrouver (et qui est à lire paralèllement à la biographie de son épouse Eleanor -ici-). Cette excellente biographie, qui s'appuie sur un très solide appareil de sources et références, à la fois dense et facile à lire, mérite d'être connue de tous ceux qui s'intéressent à la politique américaine et au rôle des Etats-Unis dans le monde, et veulent aller au-delà du discours commun sur le New Deal ou sur le début de la Seconde guerre mondiale. Un ouvrage de référence à petit prix.

'Texto', Tallandier, Paris, 2015, 651 pages. 12,50 euros.

ISBN : 979-10-210-1011-6.

Une histoire américaine

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27 mars 2015 5 27 /03 /mars /2015 06:15

Introduction à la géohistoire

Christian Grataloup

Pour quiconque s'intéresse à l'histoire militaire, l'importance de la géographie n'est plus à démontrer. Mais plus largement l'auteur constate que, globalement, dans l'enseignement supérieur, les deux disciplines divergent et qu'il manque (ou pourrait manquer) une approche géographique des différentes questions chez les historiens.

Il nous livre donc un petit ouvrage (qui sera très utile aux étudiants) qui, au fil des chapitres, rappelle quelques fondamentaux : les hommes se déplacent, en utilisant si possible les voies les plus aisées ; les mers relient au moins autant qu'elles séparent, et à bien des égards les déserts ressemblent aux mers ; les forêts denses constituent par contre de vrais obstacles, mais elles changent dans le temps long ; le rôle du climat n'est pas négligeable ; etc. Il aborde ensuite le(s) sujet(s) lié(s) au champ social replacé dans l'espace et dans le temps ; puis la prise en compte des moyens de déplacement et des modes de communication ; enfin les questions d'exploitation de la terre, de développement des zones tropicales et du nomadisme. Enfin, l'auteur s'intéresse aux formes de l'Etat, de l'Etat-nation à l'empire le plus souple. Il en résulte que "la position géographique de chaque société, à condition d'entendre ainsi simultanément sa spatialité, sa territorialité et son rapport au milieu, est un élément incontournable pour comprendre son historicité". Et plus une société est liée à d'autres, plus l'histoire est complexe et dynamique. La troisième et dernière partie revient sur les "principes géohistoriques" et développe une réflexion complète (complexe) sur les interactions entre les différents facteurs, la question de la diffusion (y compris par l'invasion) et des échanges, la place du territoire et de la géographie dans la légitimation du discours historique.

On peut regretter que certaines parties du livre soient parfois rédigées dans un style un peu compliqué, ce qui enlève de sa vigueur à une partie de la démonstration. Il n'en demeure pas moins que, sur le fond, l'essentiel est dit et que l'histoire et la géographie ont un intérêt réciproque à mieux se connaître, se comprendre et à travailler ensemble.

Armand Colin, Paris, 2015, 224 pages. 16,90 euros.

ISBN : 978-2-200-27910-3.

Interactions

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26 mars 2015 4 26 /03 /mars /2015 06:00

Images d'armées

Un siècle de cinéma et de photographies militaires, 1915-2015

Sébastien Denis et Xavier Sené (Dir.)

Superbe album, réalisé parallèlement aux diverses manifestations, dont l'exposition au musée de l'Armée, qui marquent le centenaire de l'ECPAD.

En cinq grandes parties, chronologiques pour les quatre premières et thématique pour la cinquième, les auteurs (parmi lesquels des noms de référence, déjà bien connus comme ceux de Laurent Véray, d'Hélène Guillot, de Gérald Arboit, de Stéphane Launay, de Bénédicte Chéron, de Claude Weber, etc.) nous présentent toute l'histoire et les missions de la photographie et du cinéma aux armées depuis la Première Guerre mondiale. Nous passons ainsi des images d'actualité ou interdites de la Grande Guerre (y compris un étonnant article sur les images médicales) au déploiement du personnel de l'ECPAD en Côte d'Ivoire, via le SCA pendant la campagne de 1940, avec le corps expéditionnaire d'Extrême-Orient ou la guerre d'Algérie. Dans la dernière partie, Sébastien Denis et Sébastien Roffat traitent de deux points particuliers : les films de fiction et ceux d'animation dans la production militaire. Entre chaque partie, honneur au personnel de l'ECPAD, avec les biographies de quelques photographes et la présentation de leur oeuvre. Le tout est, bien sûr, parfaitement illustré (c'est le moins !) avec un nombre impressionnant de clichés souvent très peu connus et d'une extrême qualité, parfaitement bien reproduits. 

Sans aucun doute un "must" pour tous ceux qui s'intéressent aux rapports entre l'image et la guerre. Un très beau et très riche volume.

CNRS Editions, Paris, 2015, 279 pages, 39,- euros.

ISBN : 978-2-271-08599-3.

Histoire en photos

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25 mars 2015 3 25 /03 /mars /2015 06:00

Un siècle d'oubli

Les Canadiens et la Première Guerre mondiale (1914-2014)

Jean Martin

Rappelant en introduction que "plus de soldats canadiens ont pris part à la Première qu'à la Seconde guerre mondiale et (que) près d'une fois et demie plus d'hommes y ont perdu la vie, pour une population une fois et demie inférieure", l'auteur précise également que si l'histoire militaire stricto sensu n'est qu'une composante de l'histoire des guerres, plus large, les deux sont complémentaires. Jean Martin se propose ensuite de rétablir un certain nombre de réalités sur le corps expéditionnaire canadien en France, à partir des archives et de documents déjà publiés mais épars.

En huit chapitres, il aborde en particulier la question de la composition du corps expéditionnaire, de la provenance des soldats (de très nombreux Britanniques originaires d'autres territoires que le Canada lui-même mais installés au Canada, tout au long du conflit) et des officiers (essentiellement nés, eux, au Canada) et constate que le célébrissime 22e bataillon est de loin "le plus canadien". Il évalue à la hausse d'ailleurs, la contribution des Canadiens francophones. L'auteur s'intéresse ensuite à l'emblématique bataille de Vimy. Il refait l'historique des combats dans ce secteur puis détaille les opérations d'avril 1917 : "la journée du 9 avril sera la plus coûteuse en pertes de la guerre pour le Canada, mais le succès est complet". Au-delà de l'image d'Epinal et des mémoires plus ou moins reconstruites (anecdote de la tempête de neige), Jean Martin redonne aux combats leur juste place, considérant que c'est un succès que le Canada doit partager avec d'autres. Il s'attache ensuite à étudier le CEC dans sa globalité, ses pertes au fil des mois, l'âge des hommes et le cas particulier de quelques minorités. Pour les pertes, il s'efforce de déterminer au fil du temps le pourcentage entre blessés et tués en fonction des périodes, et d'identifier le nombre et les caractéristiques des malades, des prisonniers, des gazés, des mutilés volontaires, etc. Un travail impressionnant illustré par de nombreux tableaux et graphiques. Enfin, il relève que de nombreux Canadiens servant dans d'autres armées alliées, britannique bien sûr, mais aussi australienne, et parfois même française (au moins 17 légionnaires), et nous présente quelques cas individuels tout-à-fait particuliers, comme ce soldat engagé à un jet de pierre de sa maison natale près de Loos-en -Gohelle, ou ce capitaine qui avait auparavant servi dans deux régiments français avant de partir s'installer au Canada. La dernière partie, enfin, s'intéresse à la question de la conscription, de la crise qui traverse à ce moment-là le pays et de "l'opposition" si souvent évoquée du Québec (il rappelle l'origine et le déroulement des graves évènements de mars 1918).

En résumé, un bon et beau livre d'histoire militaire (pardon, d'histoire des guerres..., ou bien les deux peut-être ?). Un livre précis, utile, important pour mieux connaître et comprendre la réalité de la contribution canadienne à la Grande Guerre.

Athena éditions, Outremont (Canada), 2014, 235 pages.

ISBN : 978-2-924142-18-9.

Pour commander directement auprès de la Librairie du Québec : ici.

Mémoires et histoire canadienne(s)

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24 mars 2015 2 24 /03 /mars /2015 06:00

L'Etat islamique

Anatomie du nouveau Califat

Olivier Hanne et Thomas Flichy de la Neuville

Les deux auteurs figurent désormais par les plus réactifs sur les grands sujets d'actualité, stratégiques et de sécurité. Ils s'intéressent aujourd'hui au Moyen-Orient du Califat islamique en proposant un petit ouvrage en trois grandes parties : l'historique de l'Etat islamique tout d'abord, les caractéristiques si particulières de ce "proto-Etat" ensuite, et les conséquences de son émergence sur la scène régionale, sur fond d'enjeux pétroliers.

Les deux auteurs apportent beaucoup de précisions sur les événements de ces deux dernières années (en particulier en utilisant largement les articles de la presse grand public, ce qui pourrait se révéler un piège), et de ce point de vue le livre constitue une synthèse utile. Ils traitent également longuement de la question du califat dans le monde musulman, et les pages qu'ils y consacrent n'ont pas toutes la même pertinence. Si la référence historique à l'ancienne splendeur du califat disparu est bien sûr importante, la place qui lui donne les auteurs ne parvient pas totalement à convaincre. De même, l'analyse de l'opposition entre l'Etat islamique et le groupe al-Nosra repose sur un certain nombre de constats avérés et les auteurs développent de nombreuses pistes de réflexion sur l'Arabie saoudite, le Qatar, la Turquie ou l'Iran, mais laissent dubitatif sur certaines conclusions ultimes ("Scénarios envisageables d'ici 2020"), même si les auteurs prennent soin de ne pas trancher entre les différentes hypothèses.

Un livre indicutablement utile à courte échéance, en particulier car il permet d'aborder des domaines très différents (culturel, religieux, historique, social, politique, économique, financier, diplomatique, etc.), mais avec le défaut propre aux publications rapides : il faudra sans doute bientôt le croiser avec d'autres études reposant sur des sources plus complètes.

Bernard Giovanangeli éditeur, Paris, 2015, 191 pages, 15 euros..

ISBN : 978-2-7587-0129-3.

Califat islamique

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23 mars 2015 1 23 /03 /mars /2015 06:00

Lincoln

L'homme qui sauva les Etats-Unis

Bernard Vincent

Le président américain de la guerre civile est entré dans la légende à la fois par sa décision d'abolir l'esclavage et par son assassinat à la fin du conflit, en avril 1865. Cette réédition de sa biographie en format poche mérite que l'on s'y arrête.

Rappelant en introduction qu'aux Etats-Unis, "le culte de Lincoln est presque une religion", Bernard Vincent s'efforce de retrouver l'homme, le politique et une vie particulièrement mouvementée derrière la légende. Globalement, la première moitié du livre traite de la vie de Lincoln avant son élection à la présidence. Il nous confirme la naissance dans une cabane de rondins, dans le Kentucky, et une jeunesse marquée par le travail ("bûcheron, laboureur, manoeuvre, gagnant un tiers de dollar par jour pour tuer des porcs, débiter des troncs d'arbre, construire des palissades ou des bacs"). Multipliant avec sa famille les déménagements, toujours pratiquant les petits boulots qui permettent de survivre, il se fait remarquer pour ses qualités intellectuelles, tate de la politique locale, se cultive (il est en grande partie autodidacte) : élu dans l'Illinois au début des années 1830, il est un parlementaire local assidu, considéré comme moderniste. L'auteur fait ici un sort à la soit-disant réputation d'homosexuel de Lincoln, et s'attarde sur la vie privée et sentimentale du futur président, puis sur ses premières relations avec la Franc-maçonnerie. Il entre alors dans un cabinet de justice et devient avocat itinérant, "et fut bientôt en mesure de rivaliser avec les meilleurs". Toujours élu dans l'Illinois, il se lance peu à peu dans la politique nationale en soutenant les candidats de son parti aux élections présidentielles, tandis que sa vie professionnelle et sa vie privée connaissent des hauts et des bas. Ses difficultés financières l'obligent d'ailleurs à s'éloigner un temps de la politique pour pouvoir faire vivre sa famille. Néanmoins, élu au Congrès en 1846, il adopte une position beaucoup plus nuancée que ses pairs et camarades à la fin de la guerre avec le Mexique, ce qui lui vaut nombre d'inimitiés, y compris dans son camp. La question de l'esclavage prend alors une importance croissante dans la vie politique américaine ("Au Congrès, c'était à qui brandirait le plus de pétitions en faveur d'une abolition générale"), mais sa carrière connait un nouvel arrêt et il lui faut reprendre provisoirement son activité d'avocat : "C'est la question de l'esclavage qui peu à peu ramena Lincoln vers la politique" en 1850-1854. Divisée entre douze Etats esclavagistes et douze Etats libres, la république américaine vit de compromis en compromis, situation qui ne peut durer éternellement. L'entrée du Kansas et du Nebraska dans l'Union menace de rompre les fragiles équilibres et Lincoln, réélu dans son Etat, doute de son parti comme d'une grande partie des appareils officiels. Il devient alors, en 1856, l'un des fondateurs du nouveau parti Républicain et participe activement à de longs et houleux débats sur la question de l'esclavage (affaire Dred Scott, controverse Lincoln-Douglas, affaire John Brown), dans un contexte très particulier : celui d'un pays fédéral en cours d'expansion, dont les différents niveaux de législations évoluent. Investi (difficilement) par son parti, alors que la menace d'une scission au sein de l'Union est régulièrement évoquée, il est élu président des Etats-Unis à la fin de l'année 1860, et Bernard Vincent raconte avec un luxe de détails tous les événements, tous les incidents de cette période qui précède son accession à la magistrature suprême. La deuxième moitié du livre est donc consacrée à la période la plus connue, la plus brève aussi, celle qui couvre le mandat de Lincoln et la guerre civile, à partir de l'attaque de fort Sumter par les Sudistes. Le livre se situe alors assez généralement et logiquement dans la sphère politico-militaire, qu'il s'agisse de la direction générale de la guerre et des nominations aux postes de commandement, ou du processus d'émancipation et de libération des esclaves. Mais il y a aussi le drame familial de la perte de son fils, Willie, et les conséquences qui furent les siennes pour le couple Lincoln. Ses rapports se détériorent avec le populaire général McClellan, finalement démis de ses fonctions et l'auteur donne de nombreux chiffres sur le caractère "total" de la guerre civile : "La guerre de Sécession fut une guerre du tout ou rien, une guerre absolue où tout était permis". Il revient également sur les principaux engagements militaires, mais aussi sur les "émeutes anticonscription et bientôt négrophobes" qui se développent dans les grandes villes du Nord et dont on parle généralement très peu. La durée du conflit a progressivement des effets sur la santé du président qui, en dépit de la résistance de la Confédération, est (difficilement) reconduit dans ses fonctions. Alors qu'il s'efforce de faire accepter envers les anciens adversaires une forme de pardon pour cicatriser au plus la déchirure qui a traversé le pays, la période de transition qui s'ouvre est marquée par d'innombrables excès, mais le président semble finalement plus détendu, presque heureux. Son dernier petit déjeuner avec son fils revenu de l'état-major de Grant, sa dernière journée de réunion en réunion, son assassinat au théâtre enfin.

Une biographie très complète, qui nous fait connaître dans le détail un homme complexe, self-made man, au parcours exceptionnel, sans jamais oublier de replacer ses pensées et ses actes dans le contexte régional et national du moment.

Editions Archipoche, Paris, 2015 (rééd.), 523 pages. 8,65 euros.

ISBN : 978-2-35287-730-1.

Mythe américain

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22 mars 2015 7 22 /03 /mars /2015 06:00

L'aigle égyptien

Nasser

Gilbert Sinoué

"Campagne de Suez" ? "Nationalisme arabe" ? Voici sans doute les premières réponses au simple énoncé du nom du Raïs égyptien. Au-delà ? Bien peu de choses il faut bien le reconnaître pour la plupart de nos concitoyens.

C'est dire si cette biographie est la bienvenue, d'autant plus que l'Egypte reste, depuis de longues années, un Etat à la fois puissance régionale d'équilibre et fragilisé par les mouvements islamistes. Un bémol, en quatrième de couverture Gilbert Sinoué se présente comme "historien et romancier", ce qui suscite un doute initial. La première partie de la vie du Raïs, moins connue, nous a semblé la plus passionnante, elle est décrite dans les douze premiers chapitres. La jeunesse de Nasser a été marquée par la séparation d'avec sa famille pour sa scolarité, par la mort précoce de sa mère, par les manifestations pour l'indépendance qu'il organise en 1935, mais aussi sa difficile intégration à l'académie militaire. Comme jeune officier, il reste marqué par l'influence (qu'il conteste) des Britanniques et la piètre motivation de la plupart des officiers égyptiens, noue de nouvelles amitiés (dont celle avec Sadate), séjourne longuement au Soudan tandis que la Seconde guerre mondiale suscite un large mouvement en faveur des puissances de l'Axe dans le pays. Autour des pages 80-90, Gilbert Sinoué raconte d'ailleurs l'épisode de la destitution manquée du roi Farouk par les Britanniques en 1942, et c'est aussi à cette époque que des relations se nouent avec les Frères musulmans (relations qui devienront rapidement conflictuelles), que Nasser s'investit dans l'instruction de ses cadets en tant que cadre à l'académie militaire et que sa voie se sépare de celle de Sadate qui voudrait lancer une insurrection immédiate, tandis que Gamal organise méthodiquement un mouvement aussi large que possible. Tandis que ce mouvement des Officiers libres (qui est aussi un groupe de vrais camarades issus d'un milieu plutôt populaire) prend peu à peu davantage d'importance, l'immédiat après Deuxième guerre mondiale est marqué par la première guerre israélo-arabe. Entre désarroi et indignation, il connaît la défaite de son pays tout en ayant sauvé son bataillon encerclé dans Faluja. Un moment compromis aux yeux des autorités égyptiennes et accusé de collusion avec les Frères musulmans, il prend contact avec le général Naguib tandis que les scandales se multiplient autour du roi d'Egypte et du gouvernement et que l'hostilité aux Britanniques se cristallise, en particulier sur la question du canal de Suez. La situation dégénère, les incidents de plus en plus violents se multiplient, la tension en cesse d'augmenter jusqu'au coup d'Etat de juillet 1952, décrit en détail. Lieutenant-colonel de 34 ans, Nasser influence discrètement le nouveau gouvernement et prône encore une voie démocratique à la "révolution". Ce n'est qu'en juin 1953  qu'il devient vice-président du Conseil et prend en charge le précieux ministère de l'Intérieur. En février 1954, après avoir interdit la confrérie des Frères musulmans, il pousse (difficilement) le vieux général Naguib hors du pouvoir et devient président du Conseil. Les quelques 140 dernières pages racontent donc la vie et l'action de Nasser comme chef d'Etat incontesté, de plus en plus dictatorial, qui cherche auprès des Soviétiques le soutien que les Etats-Unis lui marchandent, qui nationalise le canal de Suez, connaît plusieurs défaites militaires dont celles de 1956 et de 1967, se lance dans une politique de construction pharaonique (sans jeu de mot) avec le barrage d'Assouan, se rêve en unificateur du monde arabe, décide une longue intervention au Yémen, exerce finalement une influence très réelle sur ses voisins (scènes lors de l'ultime négociation entre Arfat et le roi de Jordanie) mais aussi sur les masses arabes, etc. Ces épisodes sont mieux connus et peuvent aisément être retrouvés dans la presse de l'époque. Le 1er octobre 1970, plusieurs millions de personnes suivent ses funérailles et d'immenses manifestations se déroulent dans tous les pays arabes. "L'époque post-nassérienne commence". Et l'auteur note : "Dans un univers politique dominé par la corruption, il fut d'une intégrité exemplaire. Ni lui ni les siens ne se sont enrichis au cours de ses quatorze années de présidence. On ne pourra pas en dire autant de ses successeurs".

Le livre est, dans sa quasi-totalité, très favorable à son héros. Les points noirs et les faiblesses du régime ne sont que rapidement cités et aussitôt excusés. Mais il apporte indiscutablement dans la littérature française récente une réelle plus-value à notre connaissance du pays et de sa région au milieu du XXe siècle.

Tallandier, Paris, 2015, 411 pages. 21,90 euros.

ISBN : 979-10-210-0853-3.

Raïs

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21 mars 2015 6 21 /03 /mars /2015 06:00

Libérez Tombouctou !

Journal de guerre au Mali

Frédéric Gout

Pourquoi faut-il que les commerciaux des éditeurs en rajoutent dans les titres ? Le chef de corps du 5e RHC serait donc parti pour le Mali pour libérer la capitale du Nord ? Admettons. En tout état de cause, un nouveau témoignage qui vient compléter notre connaissance de la récente opération au Mali.

Le livre se présente sous la forme d'un "journal de guerre", tenu entre le 11 janvier 2013 et le 22 avril (ultime mention plus tardive pour le défilé du 14 juillet). Au fil des pages, les dates qui apparaissent montrent une prise de note un jour sur trois environ, chaque journée s'étalant sur plusieurs pages de façon à peu près équilibrée. Ceci, par comparaison avec d'autres journaux de soldats, pose la question de la réécriture éventuelle de tout ou partie du texte après son retour, ce que l'auteur ne précise pas et qui signifierait alors que les points de vue exprimés ne correspondent pas nécessairement aux pensées du moment, dans le feu de l'action. Le propos enfin ne prête pas au doute et Frédéric Gout semble n'avoir constaté aucun problème de fond. Ceci ne veut pas dire que l'image qui nous est donnée de l'opération n'est pas conforme à la réalité, mais plutôt que le discours est très policé. Le livre est essentiellement descriptif sur le quotidien d'un chef d'élément de cette nature et, du fait du grade et des responsabilités de l'auteur, permet de se faire une idée précise de ce que peut être l'emploi du temps du chef de corps en opérations, ses déplacements, ses préoccupations, ses interlocuteurs, y compris la poursuite à distance des travaux administratifs qui incombent au commandant du régiment. Au fil des chapitres, la question des liaisons radio revient régulièrement comme une priorité, tout comme les considérations relatives aux conditions de vie de ses subordonnés (dont ponctuellement le personnel féminin), ou celles liées à la logistique au sens large, qu'elle soit collective (soutien de l'unité) ou plus personnelle (dont le téléphone, le courrier et les colis qui illustrent le lien maintenu avec la métropole). Les aspects opérationnels ne sont bien sûr pas négligés, loin de là en particulier avec la multiplication des missions ponctuelles inopinées qui usent les machines et fatiguent les hommes. Rapidement aussi les visites d'autorités civiles et militaires se succèdent, toutes présentées favorablement et laissant a priori un bon souvenir.

Un livre simple, un style direct, des phrases courtes. Un ensemble facile à lire et qui offre un aperçu très clair du déroulement d'une opération au niveau de responsabilités de l'auteur.

Tallandier, Paris, 2015, 255 pages. 18,90 euros.

ISBN : 979-10-210-0855-7.

Serval

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20 mars 2015 5 20 /03 /mars /2015 06:15

Les généraux suisses

de Napoléon Ier et de la Révolution française

Alain Pigeard

On a généralement oublié que la Suisse fut le pays qui donna à Napoléon, avec les Etats allemands, le plus de généraux. Grand spécialiste de l'empire, Alain Pigeard nous en offre ici une synthèse biographique.

De "A" comme "Avy" à "W" comme "Weber", l'auteur nous présente 34 généraux nés dans les cantons suisses et entrés au service de la France, souvent encore sous le régime monarchique. Héritier de très vieilles familles de la noblesse germanique comme Erlach de Jegenstorf, passé au service du tsar comme Jomini ou Montagnard commandant les colonnes infernales en Vendée, employé au royaume de Naples ou en Espagne, comme préfet à Strasbourg ou administrateur en Hollande, les généraux suisses de Napoléon sont présents dans toute l'administration et l'armée française. Le nom de certains figure sur l'Arc de triomphe. Un seul regret, le style d'écriture, en phrases courtes et saccadées, souvent limité semble-t-il à la copie des états de service.

L'un participe à la campagne d'Egypte, l'autre est sur la Bérézina, un troisième suit Napoléon à l'île d'Elbe, et un quatrième est annobli sous la Restauration. Toutes les péripéties, tous les événements de l'époque se retrouvent dans ces brèves biographies qui passionneront sans aucun doute tous les amateurs de la période impériale.

Editions Cabédita, Divonne-les-Bains, 2015, 93 pages.

ISBN : 978-2-88295-729-0.

Pour commander directement : ici.

 

Gérard Miège (Marignan, ci-dessous) et Alain Pigeard (Les généraux suisses de Napoléon)

seront présents ce week-end pour dédicacer leurs livres sur le stand de Cabédita

au salon du livre de la porte de Versailles (éditeurs suisses = F 67).

N'hésitez pas à leur rendre visite !

Généraux suisses

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20 mars 2015 5 20 /03 /mars /2015 06:00

Marignan

Histoire d'une défaite salutaire

1515-2015

Gérard Miège

L'une des batailles les plus célèbres de l'histoire de France, vue du point de vue de l'autre : celui des Suisses.

Dans ce petit volume bien écrit et facile à lire, l'auteur nous présente l'arrière-plan et l'environnement de ce célébrissime combat de septembre 1515. Les 110 premières pages environ sont consacrées à présenter la montée vers le bataille, "la genèse d'un combat de géants", les relations des rois de France avec les cantons (et les troupes) suisses et les campagnes d'Italie (et la famille Sforza) dans le contexte international de l'époque. Le lecteur français sera sans doute étonné par la puissance militaire suisse du temps, par la personnalité et la détermination (l'obstination) du cardinal Schiner, ennemi déclaré et résolu du roi de France qui participe à la bataille en grande tenue de prince de l'Eglise, ainsi que par l'habileté du jeune roi François Ier lors des combats. Mais on n'oubliera pas les dernières pages consacrées aux suites et conséquences, et à la capacité du roi de France à se faire des Suisses des alliés, moyennant espèces sonnantes et trébuchantes. Ainsi naîtra, en France, la tradition des régiments suisses au service du roi. Et ainsi la Suisse, en tant que territoire, deviendra neutre.

Un petit livre tout particulièrement intéressant, totalement complémentaire des études généralement publiées dans l'hexagone.

Cabédita, Divonne-les-Bains, 2015, 141 pages.

ISBN : 978-2-88295-727-6.

Pour commander directement : ici.

1515

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Qui Suis-Je ?

  • : Guerres-et-conflits
  • : Guerres et conflits XIXe-XXIe s. se fixe pour objectif d’être à la fois (sans prétendre à une exhaustivité matériellement impossible) un carrefour, un miroir, un espace de discussions. Sans être jamais esclave de la « dictature des commémorations », nous nous efforcerons de traiter le plus largement possible de toutes les campagnes, de tous les théâtres, souvent dans une perspective comparatiste. C’est donc à une approche globale de l’histoire militaire que nous vous invitons.
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Cafés historiques de La Chouette

Prochaine séance : pour la rentrée de septembre. Le programme complet sera très prochainement mis en ligne.

Publications personnelles

Livres

 

doumenc-copie-1.jpgLa Direction des Services automobiles des armées et la motorisation des armées françaises (1914-1918), vues à travers l’action du commandant Doumenc

Lavauzelle, Panazol, 2004.

A partir de ma thèse de doctorat, la première étude d’ensemble sur la motorisation des armées pendant la Première Guerre mondiale, sous l’angle du service automobile du GQG, dans les domaines de l’organisation, de la gestion et de l’emploi, des ‘Taxis de la Marne’ aux offensives de l’automne 1918, en passant par la ‘Voie sacrée’ et la Somme.

 

La mobilisation industrielle, ‘premier front’ de la Grande Guerre ? mobil indus

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2005 (préface du professeur Jean-Jacques Becker).

En 302 pages (+ 42 pages d’annexes et de bibliographie), toute l’évolution industrielle de l’intérieur pendant la Première Guerre mondiale. Afin de produire toujours davantage pour les armées en campagne, l’organisation complète de la nation, dans tous les secteurs économiques et industriels. Accompagné de nombreux tableaux de synthèse.

 

colonies-allemandes.jpgLa conquête des colonies allemandes. Naissance et mort d’un rêve impérial

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2006 (préface du professeur Jacques Frémeaux).

Au début de la Grande Guerre, l’empire colonial allemand est de création récente. Sans continuité territoriale, les différents territoires ultramarins du Reich sont difficilement défendables. De sa constitution à la fin du XIXe siècle à sa dévolution après le traité de Versailles, toutes les étapes de sa conquête entre 1914 et 1918 (388 pages, + 11 pages d’annexes, 15 pages de bibliographie, index et cartes).

 

 caire damasDu Caire à Damas. Français et Anglais au Proche-Orient (1914-1919)

 14/18 Editions, Saint-Cloud, 2008 (préface du professeur Jean-Charles Jauffret).

Du premier au dernier jour de la Grande Guerre, bien que la priorité soit accordée au front de France, Paris entretient en Orient plusieurs missions qui participent, avec les nombreux contingents britanniques, aux opérations du Sinaï, d’Arabie, de Palestine et de Syrie. Mais, dans ce cadre géographique, les oppositions diplomatiques entre ‘alliés’ sont au moins aussi importantes que les campagnes militaires elles-mêmes.

 

hte silesieHaute-Silésie (1920-1922). Laboratoire des ‘leçons oubliées’ de l’armée française et perceptions nationales

‘Etudes académiques », Riveneuve Editions, Paris, 2009.

Première étude d’ensemble en français sur la question, à partir du volume de mon habilitation à diriger des recherches. Le récit détaillé de la première opération civilo-militaire moderne d’interposition entre des factions en lutte (Allemands et Polonais) conduite par une coalition internationale (France, Grande-Bretagne, Italie), à partir des archives françaises et étrangères et de la presse de l’époque (381 pages + 53 pages d’annexes, index et bibliographie).

 

cdt armee allde Le commandement suprême de l’armée allemande 1914-1916, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général von Falkenhayn 

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Le texte original de l’édition française de 1921 des mémoires de l’ancien chef d’état-major général allemand, accompagné d’un dispositif complet de notes infrapaginales permettant de situer les lieux, de rappeler la carrière des personnages cités et surtout de comparer ses affirmations avec les documents d’archives et les témoignages des autres acteurs (339 pages + 34 pages d’annexes, cartes et index).

 

chrono commChronologie commentée de la Première Guerre mondiale

Perrin, Paris, 2011.

La Grande Guerre au jour le jour entre juin 1914 et juin 1919, dans tous les domaines (militaire, mais aussi politique, diplomatique, économique, financier, social, culturel) et sur tous les fronts. Environ 15.000 événements sur 607 pages (+ 36 pages de bibliographie et d’index).

 

 Les secrets de la Grande Guerrecouverture secrets

Librairie Vuibert, Paris, 2012.

Un volume grand public permettant, à partir d’une vingtaine de situations personnelles ou d’exemples concrets, de remettre en lumière quelques épisodes peu connus de la Première Guerre mondiale, de la question du « pantalon rouge » en août 1914 à l’acceptation de l’armistice par von Lettow-Vorbeck en Afrique orientale, après la fin des hostilités sur le théâtre ouest-européen.

 

Couverture de l'ouvrage 'Mon commandement en Orient'Mon commandement en Orient, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général Sarrail

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2012

Le texte intégral de l'édition originale, passé au crible des archives publiques, des fonds privés et des témoignages des acteurs. Le récit fait par Sarrail de son temps de commandement à Salonique (1915-1917) apparaît véritablement comme un exemple presque caricatural de mémoires d'autojustification a posteriori

 

 

Coordination et direction d’ouvrages

 

Destins d’exception. Les parrains de promotion de l’Ecole Spéciale Militaire de Saint-Cyr

SHAT, Vincennes, 2002.

Présentation (très largement illustrée, 139 pages) des 58 parrains qui ont donné leur nom à des promotions de Saint-Cyr, entre la promotion « du Prince Impérial » (1857-1858) et la promotion « chef d’escadrons Raffalli » (1998-2001).

 

fflLa France Libre. L’épopée des Français Libres au combat, 1940-1945

SHAT, Vincennes et LBM, Paris, 2004.

Album illustré présentant en 191 pages l’histoire et les parcours (individuels et collectifs) des volontaires de la France Libre pendant la Seconde guerre mondiale.

 

marque courageLa marque du courage

SHD, Vincennes et LBM, Paris, 2005.

Album illustré présentant en 189 pages l’histoire des Croix de Guerre et de la Valeur Militaire, à travers une succession de portraits, de la Première Guerre mondiale à la Bosnie en 1995. L’album comporte en annexe une étude sur la symbolique, les fourragères et la liste des unités d’active décorées.

 

  90e anniversaire de la Croix de guerre90-ANS-CROIX-DE-GUERRE.jpg

SHD, Vincennes, 2006.

Actes de la journée d’études tenue au Musée de l’Armée le 16 novembre 2005. Douze contributions d’officiers historiens et d’universitaires, français et étrangers, de la naissance de la Croix de guerre à sa perception dans la société française, en passant les décorations alliées similaires et ses évolutions ultérieures.

 

france grèceLes relations militaires franco-grecques. De la Restauration à la Seconde guerre mondiale 

SHD,Vincennes, 2007.

Durant cette période, les relations militaires franco-grecques ont été particulièrement intenses, portées à la fois par les sentiments philhellènes qui se développent dans l’hexagone (la France est l’une des ‘Puissances protectrices’ dès la renaissance du pays) et par la volonté de ne pas céder d’influence aux Anglais, aux Allemands ou aux Italiens. La campagne de Morée en 1828, l’intervention en Crète en 1897, les opérations en Russie du Sud  en 1919 constituent quelques uns des onze chapitres de ce volume, complété par un inventaire exhaustif des fonds conservés à Vincennes.

 

verdunLes 300 jours de Verdun

Editions Italiques, Triel-sur-Seine, 2006 (Jean-Pierre Turbergue, Dir.).

Exceptionnel album de 550 pages, très richement illustré, réalisé en partenariat entre les éditions Italiques et le Service historique de la Défense. Toutes les opérations sur le front de Verdun en 1916 au jour le jour.

 

DICO-14-18.jpgDictionnaire de la Grande Guerre

(avec François Cochet), 'Bouquins', R. Laffont, 2008.

Une cinquantaine de contributeurs parmi les meilleurs spécialistes de la Grande Guerre, 1.100 pages, 2.500 entrées : toute la Première Guerre mondiale de A à Z, les hommes, les lieux, les matériels, les opérations, les règlements, les doctrines, etc.

 

fochFerdinand Foch (1851-1929). Apprenez à penser

(avec François Cochet), 14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Actes du colloque international tenu à l’Ecole militaire les 6 et 7 novembre 2008. Vingt-quatre communications balayant tous les aspects de la carrière du maréchal Foch, de sa formation à son héritage dans les armées alliées par des historiens, civils et militaires, de neuf nations (461 pages + 16 pages de bibliographie).

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