1 octobre 2014 3 01 /10 /octobre /2014 06:10

Jean Norton Cru et la Grande Guerre

La 'vérité due aux poilus' contre les prix Goncourt

Jacques Verdier

Si le nom de Jean Norton Cru est bien connu des amateurs de récits de la Grande Guerre, il est souvent associé soit à des polémiques, soit à des louanges quasi-systématiques. Le grand intérêt de ce volume est, à la fois, de restituer la personnalité du célèbre auteur de Témoins et de rappeler les conditions de réalisation de l'étude comme les critères de rédaction retenus pour ce livre fondateur sur les témoignages de la Première Guerre mondiale.

En dix chapitres, Jacques Verdier retrace ainsi, à travers l'histoire de Témoins et de Du témoignage, mais aussi en utilisant abondamment des correspondances privées, la vie et l'oeuvre de Jean Norton Cru. Il apporte de très utiles précisions sur son environnement familial, sur l'importance de son éducation et de la foi protestante, sur la force de volonté et la détermination (certains pourraient dire l'entêtement) dont il fait preuve, sur les conditions de travail aux Etats-Unis. Surtout, il nous éclaire sur les débats et polémiques qui entourent la publication de Témoins, s'efforce de relativiser blâmes et louanges, précise les critères de sélection et d'analyse des quelques 300 ouvrages commentés, rappelle les arguments que Norton Cru donne pour sa propre défense. Il sait aussi reconnaître les faiblesses et les excès de celui qui voulait à tout prix dire la vérité sur la guerre, sans fard ni exagération. Les nombreux extraits d'articles et de correspondances qui viennent en appui du texte courant complètent utilement la démonstration et l'on quitte le livre en ayant le sentiment de pouvoir réellement mieux analyser et comprendre les textes ubliés pendant et après la Grande Guerre, les principe posés étant par ailleurs applicables pour l'essentiel aux autres conflits qui suivirent. Le dernier chapitre, consacré à "L'actualité de la démarche de Norton Cru" est relativement consensuel, alors que la double question du témoignage de guerre et du statut du témoin, sur laquelle ce livre nous fait utilement réfléchir, reste toujours d'actualité.

On ne peut que recommander la lecture de l'ouvrage. Presque un passage obligé, avant d'entreprendre celles des livres de Norton Cru et des innombrables carnets et autres journaux de guerre. 

Editions Ampelos, 2014, 191 pages, 17 euros.
ISBN : 978-2-35618-078-0.

Pour commander directement l'ouvrage : ici.

Du témoignage

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30 septembre 2014 2 30 /09 /septembre /2014 06:00

Dans la peau du soldat inconnu

Jean-Pierre Guéno

Je croyais naïvement que cette littérature s'était éteinte d'elle-même dans les années 60, après avoir connu son apogée durant l'entre-deux-guerres. Erreur. En dehors de quelques feuilles confidentielles antimilitaristes, il reste Jean-Pierre Guéno, écrivain et journaliste présenté comme historien, "un conteur de mémoire égaré dans les méandres de l'histoire". Un seul bémol, mais de taille : la mémoire en question est univoque et sélective.

Imaginant un personnage capable de se réincarner à volonté, l'auteur se voit successivement en tel ou tel soldat de la Grande Guerre, anonyme (parfois) ou célèbre (souvent), et en raconte sommairement l'histoire en employant le "je". Nous sommes donc dans le roman, avec la prétention de traduire la réalité, d'où confusions permanentes, voire tromperies pour le lecteur (mais c'est aussi du roman). Un exemple dès les premières pages : "En ce premier été de guerre, nous parcourions souvent 70 kilomètres par jour entre deux champs de bataille"... 70 km. par jour avec l'ensemble du barda ? Ceux qui ont effectué des raids d'une semaine avec équipement et étapes quotidiennes de 30 à 40 km. apprécieront. Un détail certes, mais qui illustre le style et donne le ton de l'ouvrage. Chapitre après chapitre, presque page après page, revient le même type de considérations : le soldat souffre, par la faute des officiers évidemment incompétents, et victime des généraux, bien sûr bouchers. Ces derniers doivent d'ailleurs manipuler les politiques et être probablement aux ordres des grands financiers : "La patrie, la politique, les nationalités, les principes économiques, tout ce dont on leurrait les foules, mensonges, mensonges, mensonges !" ; "Ce n'est pas la France que nous servions. Nous nous faisions casser la gueule pour les généraux. C'était une guerre d'argent et d'ambitions". Quelques personnages plus connus sont récupérés au passage : Driant (dont l'auteur rappelle, mine de rien, qu'il fut qualifié "de sous-Jules Verne", merci pour lui), ou Mata-Hari ("Femmes trop étrangère, trop libre, trop libertine, trop cosmopolite, trop moderne, trop fatale", un article bientôt dans la presse people ?), dont il fait finalement... le Soldat inconnu ! 

N'est pas Barbusse qui veut et il ne suffit pas de "s'inspirer" de quelques écrits soigneusement sélectionnés pour faire un grand livre d'histoire ou un bon roman ("Le texte de ce livre est composé à 80 % à partir de leurs lettres et de leurs carnets de tranchées"). L'immense flot des correspondances quotidiennes et les innombrables "carnets" et "journaux" personnels témoignent d'abord de la diversité et de la complexité des situations individuelles et collectives. Le même soldat peut, souvent, passer en quelques jours d'un sentiment à l'autre, en exprimer un puis son contraire. Le reconnaître et tenter de l'expliquer n'est pas nier la réalité des souffrances, des sacrifices et des deuils, c'est s'interroger sur une réalité multiforme. Diversité, complexité, multiforme, finesse, subtilité : autant de termes qui n'ont pas leur place dans ce livre. Jouer systématiquement sur les seuls ressorts du sentimentalisme le plus basique pour faire pleurer Margot (dans le style "la guerre c'est sale", et certaines phrases faisant irrésistiblement penser à des articles de L'Humanité du début des années 1930 en pleine campagne pacifiste et antimilitariste), même pour un roman, fait sans doute "vintage" mais n'apporte rien. Pas plus en tout cas que "l'inflation patriotique" et le bourrage de crâne de la grande époque, aussi ridicules, et justement condamné. Etre "monocolore" à ce point devient même impressionnant. Bref, navrant.

Rémy

Le Passeur éditeur, Paris, 2014, 188 pages, 16 euros.

ISBN : 978-2-36890-142-7.

Navrant...

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29 septembre 2014 1 29 /09 /septembre /2014 05:50

Kim Philby

L'espion qui trahissait ses amis

Ben Macintyre

Bien connu pour ses publications antérieures (cf. Les espions du débarquement), dans un style agréable et avec visiblement une excellente connaissance du dossier, Ben Macintyre nous propose aujourd'hui un ouvrage à la fois important et atypique. Il s'intéresse (après plusieurs autres) au célèbre espion britannique Kim Philby, mais le fait sous l'angle de l'histoire d'une amitié.

Il précise honnêtement dans l'avant-propos que que la modestie des sources fiables l'a obligé à faire des choix : "le contenu des pages qui suivent n'est pas une science exacte , mais se rapproche le plus de l'histoire telle qu'elle m'est apparue". L'histoire commence en 1939 avec Nicholas Elliott et la description d'un environnement et d'un réseau particulier (celui d'une partie de l'establishment britannique) dans lequel va essentiellement évoluer ensuite son ami Philby. Des premiers jours de la Seconde guerre mondiale à la guerre froide, nous suivons ainsi Philby non seulement dans ses actions mais aussi dans son milieu, au ministère des Affaires étrangères, avec ses camarades, pendant la Seconde guerre mondiale puis ensuite au début de la guerre "froide", nous voyons les services britanniques avoir des soupçons, le MI5 s'opposer au MI6 et tenter d'identifier le traître, les doutes de nombreux responsables ("Philby ne pouvait pas être un traître"), les désaccords entre les deux services de renseignement (qui correspondent aussi à une différence de constitution sociologique et d'état d'esprit général), les amis qui restent et ceux qui s'éloignent, les difficultés quotidiennes du héros déchu, les officiers traitants soviétiques et les malheurs de sa femme. Un ultime poste à Beyrouth comme "journaliste", simple étape finalement dans la descente aux enfers. Au passage, une audacieuse opération imaginée par Elliott à l'occasion de la visite en Grande Bretagne de Khrouchtchev à la fin des années 1950. Et une dernière rencontre entre Elliott et Philby, tendue, avant une exfiltration dans l'urgence vers l'Union soviétique, où il va mourrir quelques années plus tard.

Un récit parfois haletant, souvent surprenant, toujours intéressant et d'une lecture aisée. Une approche originale du "maître-espion".

Ixelles éditions, Paris, 2014, 399 pages. 23,90 euros.

ISBN : 978-2-87515-227-5.

Maître-espion

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28 septembre 2014 7 28 /09 /septembre /2014 06:00

Système D

Les Robinsons des tranchées

A la fois livre et catalogue d'exposition, ce très bel ouvrage collectif (beau papier, présentation soignée, esthétique générale) a parfois des allures "d'OVNI" déroutant de l'édition.

En effet, voulant semble-t-il prouver à chaque page que ce fameux système D est d'une absolue importance durant la Grande Guerre, les différents contributeurs "en rajoutent" dans les textes qui accompagnent les très nombreuses (et souvent superbes) illustrations. On fini par avoir l'impression que ce système D est l'alpha et l'oméga des armées de la Grande Guerre en campagne. Constatons cependant, si vous le voulez bien, que cette aptitude à la "débrouillardise" (si fréquemment attribuée au soldat français au point d'en devenir l'une des caractéristiques) ou à l'initiative locale se retrouve bien avant 1914 et, pour tout dire, continue bien après 1918. Certains pourraient même dire que que cela existe toujours...

Pour en revenir à ce bel album, le lecteur retrouvera sur près de 300 pages tous les types (ou presque) des réalisations des "poilus bricoleurs", qu'il s'agisse d'initiatives de la base pour améliorer l'ordinaire et compenser la modicité des moyens officiels, ou qu'il s'agisse de trouver quelques loisirs et dérivatifs. Au fil des chapitres, sont traitées les questions liées à l'hébergement, à l'alimentation, à la protection, etc. L'art (ou l'artisanat) des tranchées est bien sûr abordé (même si l'on sait bien qu'il n'a souvent de "tranchées" que le nom) et, plus original, quelques pages sont consacrées à la fabrication des "journaux de tranchées". Dans ces différents domaines, il ne faut pas penser que le commandement de contact en est exclu : non seulement il accepte, il "tolère", mais souvent il pousse à ces initiatives, et dans le cas des journaux de tranchées fournit même les moyens. Dans la dernière partie de l'ouvrage, quatorze notices (chacune rédigée en 1914 caractères !) présentent un objet emblématique, original ou caractéristique fabriqué par des poilus avec des matériaux de récupération. Enfin, une longue bibliographie permettra aux amateurs d'aller plus loin s'ils le souhaitent.

Un beau livre, qui restera en particulier pour sa superbe iconographie.

Editions Mare & Martin, Paris, 2014, 299 pages, 24 euros.

ISBN : 979-10-92054-34-7.

Adaptations de fortune

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27 septembre 2014 6 27 /09 /septembre /2014 06:10

Cent jours

La tentation de l'impossible

Mars-juillet 1915

Emmanuel de Waresquiel

Réédition d'un ouvrage paru en 2008, ce livre présente une approche originale, par un spécialiste, d'une période souvent mal connue dans ses détails : les ingrédients d'une étude réussie sont réunis.

Dans son introduction, l'auteur explique (c'est évident, mais l'on y pense jamais tant le poids de "images d'Epinal" est fort) que les Cent Jours sont non seulement, du "vol de l'Aigle" à Waterloo, le dernier épisode de l'épopée impériale, mais aussi une période de défaite, de fuite, de doutes, d'exil pour les "vaincus" du moment, royalistes restés fidèles à Louis XVIII. Dans cette étude particulièrement fouillée, s'appuyant en particulier sur de très nombreux témoignages des acteurs et témoins des deux camps, il décrit donc cette période du 1er mars au 8 juillet 1815 en se plaçant le plus souvent sous l'angle d'analyse du roi et des monarchistes. Soyons clairs : le roi en fuit n'en sort pas grandi : il "se soucie de sa maison militaire comme d'une guigne et ne pense qu'à lui", tandis que son frère le comte d'Artois "est un adepte du Courage, fuyons !". Les jalousies et les petitesses des uns, les ambitions et les manoeuvres des autres, dans le monde politique, intellectuel ou militaire, en province, à Paris ou à la cour, tout y passe et la description de cette période donne finalement le tournis. La question des cocardes, si forte de poids symbolique, est longuement évoquée à plusieurs reprises et, dans l'ordre des symboles également, le fait en lui-même que le roi trouve refuge à l'étranger n'est pas neutre : "La décision prise le 23 mars au matin de quitter -même momentanément- le pays lui [a] donné un caractère irréversible, culpabilisant, voire infâmant ... La patrie n'est plus dans le roi dès lors qu'il la quitte. Alors, les liens de fidélité tombent". Autre question, non dénuée d'intérêt, celle de la réalité de la "révolution de 1815", surtout comparée à la "grande" révolution et aux élans enflammés qui l'accompagnaient : au début des Cent Jours, "tout [est] en malveillance et en jalousie". La description de la "Cour de Gand" est passionnante, tout comme les comparaisons qui suivent avec l'exil des ultras en 1830 et l'effet moral sur les exilés de cette Nième "flambée révolutionnaire" qui "a le mérite de séparer le bon grain de l'ivraie, la fidélité d'un côté, le parjure de l'autre". Traitant de tous les aspects du séjour de Louis XVIII en exil, Emmanuel de Waresquiel s'intéresse au "gouvernement" royal et à ses finances ("L'un et l'autre sont au pouvoir ce que le rêve est à la réalité"), aux forces militaires qui vont confluer vers le territoire belge, à la panique qui se généralise lorsque l'on apprend que Napoléon lui-même est en route pour la ville : "Comme d'habitude avec les princes, le salut est dans la fuite" ! Les derniers chapitres sont consacrés aux difficiles négociations qui suivent la défaite de Napléon et sa deuxième abdication, avec un sens du détail et de l'anecdote significative toujours aussi agréable. Les séquelles de la seconde occupation seront perceptibles pendant tout le XIXe siècle (se souvient-on qu'il y avait une zone d'occupation pour les Hessois et les Wurtembergeois entre Cosne et Charolles ?), au plan intérieur comme au niveau européen, du fait d'une "véritable crise de la légitimité politique qui mettra un temps infini à se résoudre".

Les Cent Jours comme vous ne les aviez sans doute jamais envisagés. Un livre passionnant.

Coll. 'Texto', Tallandier, Paris, 2014, 687 pages. 12,50 euros.
ISBN : 979-10-210-0658-4.

L'autre côté de la légende

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26 septembre 2014 5 26 /09 /septembre /2014 06:10

Quatre ans sous le joug allemand

Journal d'une religieuse de l'hôpital de Blâmont

Présenté par Cédric Andriot et Thierry Meurant

Un nouveau "journal" personnel rédigé pendant la Grande Guerre en territoire occupée par les Allemands. Avec la particularité d'être, cette fois, rédigé par une soeur infirmière.

En fait, il y a beaucoup plus de références, dans le texte courant, aux questions religieuses et à la foi de la rédactrice qu'à son engagement caritatif et sanitaire. Toutefois, les descriptions de la vie quotidienne dans cette petite commune lient souvent considérations économiques, militaires, sociales, sanitaires,... et religieuses. Si le discours est fortement structuré autour des notions de patriotisme et de détestation de l'occupant, on observe que certains Allemands, en diverses circonstances dramatiques (surtout dans la deuxième moitié de la guerre), trouvent grâce aux yeux de soeur Euphémie, ce qui donne à l'ensemble une tonalité parfois surprenante. La rédactrice ne raconte que ce qu'elle voit et uniquement ce qu'elle voit : nous avons donc un récit au quotidien de la vie d'une petite commune tout-à-fait intéressant, les sentiments pouvant fluctuer au jour le jour selon les restrictions et réquisitions imposées, le sauvatage de soldats français cachés, l'aide reçue des Etats-Unis, la lecture de la Gazette des Ardennes, les servitudes imposées à la population (hommes comme femmes), les restrictions alimentaires que connaissent les simples soldats allemands eux-mêmes, etc., le tout ponctué de régulières références chrétiennes. Les annotations ne sont pas portées au jour le jour, et une longue période de silence (par exemple fin septembre 1914 - juillet 1915) peut intervenir, mais tous les thèmes n'en sont pas moins abordés.

Agrémenté de très nombreuses photographies et cartes postales d'époque, ce livre apporte une vraie plus-value à notre connaissance de la réalité vécue en zone occupée. Un bel exemple de ce que l'histoire locale apporte à la "grande" histoire.

Gérard Louis éditions, 2014, 125 pages, 20 euros.
ISBN : 978-2-35763-073-4.

Pour commander directement : ici.

Infirmière en région occupée

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25 septembre 2014 4 25 /09 /septembre /2014 06:15

La puissance au XXIe siècle

Pierre Buhler

Ouvrage ambitieux qui atteint en grande partie son objectif et, comme le souligne Hubert Védrine dans sa préface, qui "débouche aussi sur de nombreuses questions".

Publié pour la première fois en 2011, ce livre se fixe pour objectif de déterminer les nouveaux visages de la puissance et d'identifier les facteurs de puissance qui vont compter dans les prochaines années. Dans ce raisonnement, "il y a une histoire du chair et de sang" et un fil rouge, "celui de la guerre, à la fois expression et instrument les plus contacts de la puissance". Afin de balayer le plus largement possible son champ d'investigation, Pierre Buhler part de l'histoire et sa première citation est extraite de L'histoire de la guerre du Péloponnèse de Thucydide (dialogue des Méliens). Il aborde ensuite les principaux domaines qui conraignent la puissance ou qui permettent de la développer : le droit international et les questions juridiques, son rapport à la géographie et à l'économie, la question fondamentale de la démographie, la problématique des ressources, des finances et de l'innovation, la question nouvelle des réseaux virtuels et de leur contrôle mais aussi celles des médias, de la puissance privée (inquiétant), du retour de la religion et du terrorisme. Les chapitres 8, 9 et 10 sonnt centrés sur une étude plus régionale : l'Asie, l'Europe et l'Amérique. Significativement, l'Afrique et le Moyen-Orient sont traités dans l'épilogue, parmi les "banlieues de la puissance", et l'une des dernières questions a trait au "siècle de l'Asie ou de la Chine", ce qui n'est pas du tout du même ordre et n'implique pas les mêmes conséquences.

Tous ne seront pas d'accords avec la totalité du raisonnement et certains arguments peuvent sembler convenus ou abrupts, mais il y a sur l'ensemble de l'ouvrage une vraie richesse, la marque d'une expérience solide, beaucoup de réalisme. Indispensable pour compléter l'information de tous ceux qui s'intéressent aux questions de stratégie.

Coll. 'Biblis', CNRS Editions, Paris, 2014, 616 pages, 12 euros.

ISBN : 978-2-271-08219-0.

Être et avoir été ? ...

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24 septembre 2014 3 24 /09 /septembre /2014 06:00

1914. Les armées de l'Entente

Jean-Pierre Verney

14-18 Magazine - Hors-série

Un numéro de presque 100 pages, réalisé en partenariat avec le musée de la Grande Guerre de Meaux et qui s'appuie sur les exceptionnelles collections rassemblées pendant une vie par Jean-Pierre Verney. Les armées alliées d'août 1914 (y compris Belgique et Serbie, plus rarement traitées) sont présentées dans leur organisation, leurs équipements, leurs matériels emblématiques. Les dizaines de milliers d'objets conservés à Meaux (exposés ou dans les réserves) permettent d'offrir aux lecteurs une riche iconographie et les amateurs d'uniformologie en particulier seront ravis, avec la reproduction pleine page de nombreuses tenues de campagne des différentes armées. 

Ce volume est le premier d'une série qui devrait se poursuivre pendant toute la durée des commémorations du centenaire, à raison d'une nouvelle parution par semestre. Une collection qui donne la priorité à l'image et qui propose des synthèses claires accessibles à tous : à suivre !

 

Point de situation

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23 septembre 2014 2 23 /09 /septembre /2014 06:10

Le chagrin et le venin

Occupation. Résistance. Idées reçues.

Pierre Laborie

Auteur de nombreux ouvrages sur l'occupation, la résistance et leur(s) mémoire(s), Pierre Laborie s'intéresse dans ce livre original, paru pour la première fois en 2011, aux reconstructions et "oublis" ultérieurs, à leurs origines et à leurs conséquences. Comment une élite dirigeante et un peuple (re)présentent-ils le passé pour mieux le supporter au présent ?

Ne cherchez pas ici un récit des événements de 1949-1945. Dans un style dense et souvent enlevé, l'auteur présente, en prenant pour point de départ le film Le chagrin et la pitié, ses travaux en huit grands chapitres d'une trentaine de pages en moyenne, s'intéressant successivement par exemple à "La fabrication d'une vulgate" (simplifications), ou la réalité de la Résistance dans se diversité et ses contradictions internes (et pose la question du 'résistancialisme'), le processus d'anciens Vichystes pour atténuer leur rôle et presque travestir leurs actions, puis critiquer le régime né de la Libération ("l'escroquerie de la Résistance" institutionnalisée), distingue chronologiquement dans l'après-guerre entre "résistancialisme" et "résistantialisme". Il critique également la présentation devenue presque classique qui divise la population en trois parties : deux minorités aux extrêmes (résistants authentiques et collaborateurs actifs) et une majorité attentiste "supposée prête à tous les accomodements" pour survivre. Il insiste sur la diversité des comportements et leur évolution dans le temps : "Pour faire bref, aucune courte synthèse ne parviendra à résumer et à rendre compte des multiples possibles qui ont pu décider çà et là des choix effectués". Les silences des uns et des autres eux-mêmes doivent être questionnés et mis en perspective avec l'ambivalence des positions individuelles, au moins jusqu'à l'automne 1942. l revient sur la bibliographie de référence (dont les études de Robert Paxton et de Philippe Burrin par exemple) et les analyses des années 1990. Une longue postface s'efforce de poursuivre la réflexion entamée avec la première édition du livre en 2011, entre "mémoires" et "contre-mémoires" toujours actives.

A la fois analyse critique des travaux publiés sur le sujet et prolongement des analyses sur la reconstruction par une société de son propre passé, l'ouvrage aborde beaucoup à la réflexion, il pose des questions, oblige à revenir sur de quasi-certitudes. Très intéressant.

Folio Histoire, 2014, 404 pages. 8,90 euros.

ISBN : 978-2-07-045456-3.

Mémoire et reconstruction

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22 septembre 2014 1 22 /09 /septembre /2014 06:00

Avoir 20 ans au maquis du Vercors

1943-1944

Marc Serratrice

Nouveau témoignage sur le maquis du Vercors dans la collection 'Histoire intime'. Un document indiscutablement de grande qualité.

Le récit est dense, précis, et nous suivons pas à pas l'auteur au long de son engagement dans le Vercors, dès son Bac passé en 1943. Il s'agit d'abord pour lui d'échapper au STO, mais au-delà la conscience du caractère total de cet engagement est rapide. Il nous décrit ses journées au camp C3 (région d'Autrans), la rusticité de la vie, les problématiques de ravitaillement, l'aide apportée par quelques paysans et villageois plus ou moins proches ("On ne soulignera jamais assez combien fut important, durant cette période clandestine, le rôle de ces Français obscurs qui n'auront pas l'honneur des journaux et des chroniqueurs au même titre que les résistants notoires"), l'aménagement d'un abri mieux protégé pour l'hiver, ses camarades d'origines et d'opinions si variées, l'attente aussi : "Après un été dans l'attente déprimante d'un débarqement chimérique, l'automne avait donné le signal de nos premiers coups de main". On peut suivre le détail des patrouilles et actions conduites localement, l'organisation des parachutages (ainsi que la cache des matériels largués et leur gestion), les difficultés de l'alimentation même si l'environnement rural est plutôt favorable, les relations inter-personnelles dans un milieu confiné en hiver, le commandement des différents camps du plateau et les relations entre eux, les conséquences du débarquement de Normandie : "Le temps du maquis, c'est fini. Maintenant, nous allons combattre les Boches à visage découvert". Tout en reconnaissant que l'insurrection était encore trop précoce, il l'explique par le contexte du moment : "L'état-major du Vercors ne fit qu'appliquer le plan prévu de longue date lorsque lui arriva par la voix de la BBC le message convenu 'Le chamois des Alpes bondit' ... Cette conviction était renforcée par le fait que dans la nuit du 5 au 6 juin, la BBC a diffusé tous les messages ordonnant à toute la résistance sans distinction de lieu de passer à l'action. Quatre jours après, changement de situation, la BBC diffuse un message général recommandant aux maquis non directement intéressés par la bataille de Normandie de freiner l'action, voir de se désengager. Pour le Vercors, c'était trop tard. Le maquis s'était démasqué". Les combats du début de l'été, la proclamation de la "république restaurée" le 3 juillet (selon le témoin, et non le 7 ou le 8) et quelques coups de griffe bien sentis aux militaires de l'ex-armée d'armistice qui rejoignent alors le plateau. L'auteur est désormais dans le secteur de Corrençon. Il raconte les journées et les nuits de juillet, les combats, l'action des avions, la bataille elle-même ("Je me souviens très bien du temps épouvantable qui s'abattait sur nous, ajoutant au sinistre de cette inoubliable journée"), les replis successifs et le prise d'Autrans par les Allemands, l'exfiltration par les sentiers perdus, les idées qui se bousculent dans les têtes et la détermination de quelques hommes : "C'est donc sans autre idée que de tenir tous ensemble que nous nous apprêtions à gagner la montagne de la Sure le matin du 24 juillet". Après de longues et difficiles semaines de survie et d'isolement, c'est la libération effective et la constitution d'une unité régulière, qui va poursuivre la guerre.

Un livre aussi facile à lire que passionnant. Riche de détails, précis, au ton spontané et qui laisse vraiment le sentiment d'un témoignage honnête. Au ras du sol, au coeur des réalités. A lire et à conserver.

ANOVI, 2014, 335 pages, 22 euros.

ISBN : 978-2-914818-68-1.

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Maquis

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Qui Suis-Je ?

  • : Guerres-et-conflits
  • : Guerres et conflits XIXe-XXIe s. se fixe pour objectif d’être à la fois (sans prétendre à une exhaustivité matériellement impossible) un carrefour, un miroir, un espace de discussions. Sans être jamais esclave de la « dictature des commémorations », nous nous efforcerons de traiter le plus largement possible de toutes les campagnes, de tous les théâtres, souvent dans une perspective comparatiste. C’est donc à une approche globale de l’histoire militaire que nous vous invitons.
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Cafés historiques de La Chouette

Prochaine séance : pour la rentrée de septembre. Le programme complet sera très prochainement mis en ligne.

Publications personnelles

Livres

 

doumenc-copie-1.jpgLa Direction des Services automobiles des armées et la motorisation des armées françaises (1914-1918), vues à travers l’action du commandant Doumenc

Lavauzelle, Panazol, 2004.

A partir de ma thèse de doctorat, la première étude d’ensemble sur la motorisation des armées pendant la Première Guerre mondiale, sous l’angle du service automobile du GQG, dans les domaines de l’organisation, de la gestion et de l’emploi, des ‘Taxis de la Marne’ aux offensives de l’automne 1918, en passant par la ‘Voie sacrée’ et la Somme.

 

La mobilisation industrielle, ‘premier front’ de la Grande Guerre ? mobil indus

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2005 (préface du professeur Jean-Jacques Becker).

En 302 pages (+ 42 pages d’annexes et de bibliographie), toute l’évolution industrielle de l’intérieur pendant la Première Guerre mondiale. Afin de produire toujours davantage pour les armées en campagne, l’organisation complète de la nation, dans tous les secteurs économiques et industriels. Accompagné de nombreux tableaux de synthèse.

 

colonies-allemandes.jpgLa conquête des colonies allemandes. Naissance et mort d’un rêve impérial

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2006 (préface du professeur Jacques Frémeaux).

Au début de la Grande Guerre, l’empire colonial allemand est de création récente. Sans continuité territoriale, les différents territoires ultramarins du Reich sont difficilement défendables. De sa constitution à la fin du XIXe siècle à sa dévolution après le traité de Versailles, toutes les étapes de sa conquête entre 1914 et 1918 (388 pages, + 11 pages d’annexes, 15 pages de bibliographie, index et cartes).

 

 caire damasDu Caire à Damas. Français et Anglais au Proche-Orient (1914-1919)

 14/18 Editions, Saint-Cloud, 2008 (préface du professeur Jean-Charles Jauffret).

Du premier au dernier jour de la Grande Guerre, bien que la priorité soit accordée au front de France, Paris entretient en Orient plusieurs missions qui participent, avec les nombreux contingents britanniques, aux opérations du Sinaï, d’Arabie, de Palestine et de Syrie. Mais, dans ce cadre géographique, les oppositions diplomatiques entre ‘alliés’ sont au moins aussi importantes que les campagnes militaires elles-mêmes.

 

hte silesieHaute-Silésie (1920-1922). Laboratoire des ‘leçons oubliées’ de l’armée française et perceptions nationales

‘Etudes académiques », Riveneuve Editions, Paris, 2009.

Première étude d’ensemble en français sur la question, à partir du volume de mon habilitation à diriger des recherches. Le récit détaillé de la première opération civilo-militaire moderne d’interposition entre des factions en lutte (Allemands et Polonais) conduite par une coalition internationale (France, Grande-Bretagne, Italie), à partir des archives françaises et étrangères et de la presse de l’époque (381 pages + 53 pages d’annexes, index et bibliographie).

 

cdt armee allde Le commandement suprême de l’armée allemande 1914-1916, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général von Falkenhayn 

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Le texte original de l’édition française de 1921 des mémoires de l’ancien chef d’état-major général allemand, accompagné d’un dispositif complet de notes infrapaginales permettant de situer les lieux, de rappeler la carrière des personnages cités et surtout de comparer ses affirmations avec les documents d’archives et les témoignages des autres acteurs (339 pages + 34 pages d’annexes, cartes et index).

 

chrono commChronologie commentée de la Première Guerre mondiale

Perrin, Paris, 2011.

La Grande Guerre au jour le jour entre juin 1914 et juin 1919, dans tous les domaines (militaire, mais aussi politique, diplomatique, économique, financier, social, culturel) et sur tous les fronts. Environ 15.000 événements sur 607 pages (+ 36 pages de bibliographie et d’index).

 

 Les secrets de la Grande Guerrecouverture secrets

Librairie Vuibert, Paris, 2012.

Un volume grand public permettant, à partir d’une vingtaine de situations personnelles ou d’exemples concrets, de remettre en lumière quelques épisodes peu connus de la Première Guerre mondiale, de la question du « pantalon rouge » en août 1914 à l’acceptation de l’armistice par von Lettow-Vorbeck en Afrique orientale, après la fin des hostilités sur le théâtre ouest-européen.

 

Couverture de l'ouvrage 'Mon commandement en Orient'Mon commandement en Orient, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général Sarrail

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2012

Le texte intégral de l'édition originale, passé au crible des archives publiques, des fonds privés et des témoignages des acteurs. Le récit fait par Sarrail de son temps de commandement à Salonique (1915-1917) apparaît véritablement comme un exemple presque caricatural de mémoires d'autojustification a posteriori

 

 

Coordination et direction d’ouvrages

 

Destins d’exception. Les parrains de promotion de l’Ecole Spéciale Militaire de Saint-Cyr

SHAT, Vincennes, 2002.

Présentation (très largement illustrée, 139 pages) des 58 parrains qui ont donné leur nom à des promotions de Saint-Cyr, entre la promotion « du Prince Impérial » (1857-1858) et la promotion « chef d’escadrons Raffalli » (1998-2001).

 

fflLa France Libre. L’épopée des Français Libres au combat, 1940-1945

SHAT, Vincennes et LBM, Paris, 2004.

Album illustré présentant en 191 pages l’histoire et les parcours (individuels et collectifs) des volontaires de la France Libre pendant la Seconde guerre mondiale.

 

marque courageLa marque du courage

SHD, Vincennes et LBM, Paris, 2005.

Album illustré présentant en 189 pages l’histoire des Croix de Guerre et de la Valeur Militaire, à travers une succession de portraits, de la Première Guerre mondiale à la Bosnie en 1995. L’album comporte en annexe une étude sur la symbolique, les fourragères et la liste des unités d’active décorées.

 

  90e anniversaire de la Croix de guerre90-ANS-CROIX-DE-GUERRE.jpg

SHD, Vincennes, 2006.

Actes de la journée d’études tenue au Musée de l’Armée le 16 novembre 2005. Douze contributions d’officiers historiens et d’universitaires, français et étrangers, de la naissance de la Croix de guerre à sa perception dans la société française, en passant les décorations alliées similaires et ses évolutions ultérieures.

 

france grèceLes relations militaires franco-grecques. De la Restauration à la Seconde guerre mondiale 

SHD,Vincennes, 2007.

Durant cette période, les relations militaires franco-grecques ont été particulièrement intenses, portées à la fois par les sentiments philhellènes qui se développent dans l’hexagone (la France est l’une des ‘Puissances protectrices’ dès la renaissance du pays) et par la volonté de ne pas céder d’influence aux Anglais, aux Allemands ou aux Italiens. La campagne de Morée en 1828, l’intervention en Crète en 1897, les opérations en Russie du Sud  en 1919 constituent quelques uns des onze chapitres de ce volume, complété par un inventaire exhaustif des fonds conservés à Vincennes.

 

verdunLes 300 jours de Verdun

Editions Italiques, Triel-sur-Seine, 2006 (Jean-Pierre Turbergue, Dir.).

Exceptionnel album de 550 pages, très richement illustré, réalisé en partenariat entre les éditions Italiques et le Service historique de la Défense. Toutes les opérations sur le front de Verdun en 1916 au jour le jour.

 

DICO-14-18.jpgDictionnaire de la Grande Guerre

(avec François Cochet), 'Bouquins', R. Laffont, 2008.

Une cinquantaine de contributeurs parmi les meilleurs spécialistes de la Grande Guerre, 1.100 pages, 2.500 entrées : toute la Première Guerre mondiale de A à Z, les hommes, les lieux, les matériels, les opérations, les règlements, les doctrines, etc.

 

fochFerdinand Foch (1851-1929). Apprenez à penser

(avec François Cochet), 14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Actes du colloque international tenu à l’Ecole militaire les 6 et 7 novembre 2008. Vingt-quatre communications balayant tous les aspects de la carrière du maréchal Foch, de sa formation à son héritage dans les armées alliées par des historiens, civils et militaires, de neuf nations (461 pages + 16 pages de bibliographie).

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