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11 décembre 2016 7 11 /12 /décembre /2016 06:00

Marie Tudor

La souffrance du pouvoir

Isabelle Fernandes

"Marie la sanglante" ne règne sur l'Angleterre que quelques années au milieu du XVIe s. (1553-1558), et la grande Elisabeth Ière qui lui succède l'éclipse souvent. Réédition en format poche d'une biographie parue en 2012, elle mérite grandement d'être lue.

Isabelle Fernandes s'attache donc à retracer l'existence de cette reine méconnue, dont on ne représente trop souvent l'exercice du pouvoir qu'à travers les excès religieux catholiques (300 suppliciés brûlés vifs). En trois grandes parties ("L'apprentissage de l'obéissance", "une impériale soeur" et "La première reine d'Angleterre"), elle nous présente un personnage en réalité tout à fait méconnu. Sa légende noire ("Marie laissa une mémoire odieuse dans l'esprit de quiconque n'a pas l'âme d'un persécuteur", selon Voltaire) est en partie avérée dans un contexte d'opposition très rude avec les Protestants-Anglicans ("la restauration de l'autorité papale, l'alliance avec l'Espagne, les bûchers qui tentèrent de ramener par la force le pays dans le giron catholique, une infécondité tragique et la prise de Calais par les Français permirent aisément de stigmatiser ce règne"), mais on oublie qu'elle prépare aussi le règne d'Elisabeth et qu'elle fut la première femme à accéder au trône. Dans une atmosphère de luttes internes constantes, de complots permanents et d'insurrections à peine larvées, de dissensions entre ses conseillers officiels, elle doit prendre à bras le corps les affaires de l'Etat en temps de crise, alors que "cette femme d'une piété exemplaire ... aurait fait une femme au foyer exceptionnelle, (mais) fut obligée  de résoudre des problèmes qui auraient dérouté des intelligences plus avisées". Alors que son règne débute "sous les meilleurs auspices", elle est confrontée au schisme provoqué par son père, est poussée à se marier pour des raisons exclusivement politiques et dynastiques (avec Philippe d'Espagne), et son pouvoir n'est officiellement confirmé par le Parlement qu'en 1554. L'auteure souligne que parallèlement aux persécutions, Marie Ière développe aussi une véritable pédagogie du retour au catholicisme : "Marie et l'archevêque de Cantorbéry ne renouèrent pas aveuglément avec le passé, ils reconstruisirent au contraire de façon novatrice, s'appropriant les idées qui pouvaient enrichir le message de l'Eglise universelle". Au fil des pages, la mise en relief du rôle des représentants des cultes, du pape, des Français, apporte un éclairage nouveau sur ce règne tourmenté, les relations avec sa soeur Elisabeth sont approfondies, sa triste fin précisée. Isabelle Fernandes s'intéresse aussi à la mémoire de la reine : "Thuriféraires et contempteurs déformèrent son portrait en usant de couleurs qui allaient des teintes fuligineuses au pur ivoire en passant par le rouge sang".

Le livre se termine sur plus de cent pages de notes, annexes, index, bibliographie, ce qui en fait réellement au total un véritable outil de travail, précieux pour améliorer nos connaissances sur l'Angleterre en particulier, et le XVIe s. et ses guerres de religion en général.

'Texto', Paris, 2016, 399 pages. 10,50 euros.

ISBN : 979-10-210-2117-4.

Bloody Mary
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10 décembre 2016 6 10 /12 /décembre /2016 06:00

Guerre des Vosges et guerres de montagne

1914-1918

Ce gros volume est constitué par les actes du colloque, dirigé par François Cochet et Jean-Noël Grandhomme, qui s'est tenu à Epinal et à Colmar du 21 au 23 mai 2015.

Après les introductions des élus et celle plus scientifique de François Cochet, le livre s'ouvre une double présentation géographique (par Jean-Paul Fizaine et Philippe Boulanger), essentielle puisque, dans la guerre de montagne plus qu'ailleurs, le terrain commande. Une première grande partie s'intéresse directement aux combats dans le massif des Vosges, à travers les hommes et le matériel, du côté français comme du côté allemand. Parmi les présentations plus originales, on retiendra l'étude de Christian Benoit sur la préparation et la mobilisation des unités du 21e corps d'armée, celle de Cédric Mas sur la campagne des Vosges du lieutenant Rommel et celle de Philippe Springer-Fijal sur la compagnie de skieurs du bataillon de montagne wurtembergeois. L'immédiat arrière-front n'est pas oublié, avec en particulier la communication de Joseph Schmauch sur "Les vallées vosgiennes : un laboratoire de l'Alsace française". La seconde partie est encore beaucoup plus inattendue, et donc intéressante, puisqu'elle s'intéresse aux autres fronts de montagne de la Grande Guerre : "La guerre italienne des Alpes" avec Hubert Heyriès, la guerre dans les Balkans et dans les Carpates ; mais aussi les fronts perse et ottomans ainsi que la guerre de montagne dans l'empire colonial (Maroc et Tonkin). Enfin, une troisième partie nous ramène dans l'est de la France avec les questions liées aux traces de la guerre et au tourisme de mémoire. Ariane Pinauldt évoque "Les Vosges au musée des troupes de montagne" (Grenoble), tandis que Yann Prouillet et Delphine Pierrat traite de l'aménagement des sites à travers l'exemple de l'Hartmannswillerkopf.

Ce volume très riche, très varié, particulièrement intéressant par les informations qu'il donne comme par les pistes qu'il ouvre, doit impérativement figurer dans toute bibliothèque bien tenue sur la Grande Guerre.

Bernard Giovanangeli éditeur, Paris, 2016, 508 pages, 25,- euros.

ISBN : 9782758701736.

Guerre en montagne
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9 décembre 2016 5 09 /12 /décembre /2016 06:00

1918

L'étrange victoire

Jean-Yves Le Naour

Voici Jean-Yves Le Naour parvenu au terme de sa présentation en cinq volumes de la Grande Guerre (1914 = ici, 1915 = ici, 1916 = ici, 1917 = ici). Le chantier était immense, et il offre à tous les amateurs, en plus de 2000 pages, une fresque très complète du conflit.

Ce dernier opus, dont le sous-titre résonne bien sûr en écho à L'étrange défaite, détaille donc les événements politiques, militaires, sociaux, diplomatiques de l'ultime année du conflit. Quelques détails sujets à discussion (le général Pershing prononçant "La Fayette nous voici" au cimetière de Picpus ?), et des formules vives, parfois un peu abruptes (comme les Portugais qui en avril 1918 "se sont pris les 100.000 hommes de l'armée von Quast en pleine figure"), qui suscitent des réactions (le processus de nomination de Foch comme commandant en chef des armées alliées) : le livre a les qualités (et les défauts) des tomes précédents. Dans le chapitre consacré à la lente entrée en ligne des Américains, par exemple, le général Pershing (souvent à très juste titre) est sévèrement critiqué, mais pour cela Joffre, Foch, Haig, qui étaient pratiquement inaptes au commandement au cours des deux années précédentes, retrouvent quelques vertus et sont cités à témoigner... Enfin, le récit est souvent au niveau stratégique du politico-militaire (en particulier les relations entre les autorités gouvernementales et le haut commandement) avec quelques incursions du côté de la base, des simples soldats, mais le niveau du théâtre d'opération (la manoeuvre coordonnée des armées et des corps d'armée) est en grande partie absent, ou résumé en quelques mots, alors qu'il conditionne en grande partie la réalité des engagements.

Un style enlevé, une lecture aisée, un tableau général du cours des événements très complet, mais aussi des raccourcis ou des affirmations péremptoires qui demandent à être précisées. Pour paraphraser une formule célèbre, un bilan globalement positif. Un solide ensemble pour aborder la Grande Guerre dans sa diversité, avant de poursuivre avec des études plus détaillées.

Perrin, Paris, 2016, 411 pages, 23,- euros.

ISBN : 978-2-262-03038-4.

Dernière année
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8 décembre 2016 4 08 /12 /décembre /2016 06:00

 1929 jours

Le deuil de guerre au XXIe s.

Nicolas Mingasson

Publié avec le soutien de l'association Solidarité Défense et de l'ONACVG, le livre est consacré au deuil des familles qui ont perdu l'un des leurs en Afghanistan, un livre tout en subtilités et en finesses : "Ce travail ne consisterait pas à écrire à la gloire de leurs fils tombés pour la France, mais sur ce qu'est leur deuil à eux". Avec cette phrase si lourde en préambule : "Ainsi ce livre ne sera-t-il 'que' le témoignage, tout à la fois infime et immense, dérisoire et essentiel, de ce que vous tous, chaque jour et dans l'anonymat, vivez à chaque instant de votre vie". Au final, "un livre de témoignages, mais dont la somme dessine, en creux, ce que peut être le deuil et plus particulièrement le deuil de guerre, dont je suis convaincu aujourd'hui qu'il porte une véritable spécificité".

L'ouvrage est donc constitué d'une longue série de témoignages, dont les extraits sont organisés par thèmes, s'appuyant sur quelques de commentaires ou de transition. Organisées en quelque sorte chronologiquement, les grandes parties sont toutes lourdes de sens : la première, "Avant", s'ouvre sur "L'engagement", et la façon dont ces familles ont compris le choix de leur enfant ; la dernière, "Au-delà", se termine sur quelques cris (parfois rentrés) : "Haine, colère, pardon et vengeance". Au fil des parties et des chapitres, toutes les questions, y compris éventuellement gênantes sont plus ou moins directement posées, comme "Soldat, un métier dangereux ?", "La première soirée après la mort", "L'attente du retour du corps", "La solitude des soldats" ou "Trop de cérémonies". Les propos naturels, profondément touchants, que rapporte Nicolas Mingasson font presque toujours réfléchir, qu'ils émanent de la famille proche, des camarades de combat, des chefs, des voisins parfois.  L'auteur, avec beaucoup de délicatesse, ne porte pas de jugement de valeur, il  écoute, note, constate avec compréhension. Nous touchons là au coeur de l'intime, et les 90 soldats tombés en Afghanistan nous rappellent nécessairement ceux du Mali ou de RCA, ceux d'aujourd'hui. A plusieurs reprises également, plus ou moins directement, il est ponctuellement fait référence aux blessés (plus de 700 en Afghanistan), qui n'ont même pas l'honneur de "la minute syndicale" au journal de 20h00.

Un livre d'aujourd'hui, sur les guerres et les soldats d'aujourd'hui. Un livre rare.

Les Belles Lettres, Paris, 2016, 383 pages, 23,- euros.

ISBN : 978-2-251-44607-3.

Au-delà des hommages officiels
7 décembre 2016 3 07 /12 /décembre /2016 06:00

Souvenirs de guerre du recteur Georges Lyon

1914-1918

Jean-François Condette (Dir.)

Ce volume, à partir d'un manuscrit conservé à la bibliothèque universitaire de Lille, permet de découvrir comment un membre éminent des élites régionales, seul recteur d'académie resté en zone occupée par les Allemands, voit, vit comprend et analyse à la fois la politique de l'occupant et les réactions de ses concitoyens.

Après avoir présenté le manuscrit conservé et la carrière du recteur Georges Lyon, surnommé "le ministre de l'Instruction publique des régions envahies", en un peu plus de 80 pages, l'essentiel du volume (sur 300 pages environ) est consacré à ces souvenirs de guerre, de 1914 à 1918. Les chapitres se suivent par thèmes successifs, sans que des précisions de date n'indiquent quand exactement ont été rédigés les textes, dont l'importance va d'une ("Noël 1914", p. 188) à presque cinquante pages ("Nous entrons dans l'année 1915", pp. 194-241). L'un des fils rouges de ce livre est la question des otages (dont certains seront transférés jusqu'en Lituanie !), procédé systématiquement utilisé par l'armée allemande à l'égard des populations civiles et des autorités locales des territoires occupés. Dans chaque partie, une (ou plusieurs) affaire(s) d'otages et/ou de justice militaire d'occupation est ainsi longuement détaillée. De même, dans cette chronique d'une occupation particulièrement dure, suit-on le détail des difficultés, et de la détérioration, des conditions matérielles de vie des Lillois (Combien de temps encore aurons-nous de quoi nous nourrir ?"), le récit des évacuations forcées d'avril 1916 ("On m'apprenait que M. Labbé, l'actif secrétaire général du Comité d'alimentation, venait d'être avisé par un officier allemand que 50.000 personnes dont 30.000 femmes seraient prélevées dans les trois villes et conduites dans les Ardennes où les bras manquaient"), la rapacité de l'occupant qui multiplie les taxes, les prélèvements, les amendes (A propos de l'impôt forcé 1916 : "23 millions pour six mois, c'est à dire plus de 47 millions par an imposés à une ville dont le budget normal atteint à peine le sixième d'une telle somme. Pourquoi pas la totalité de ce qui peut rester encore dans cette ville, sucée jusqu'aux moelles"). Contrairement à ce que l'on pourrait croire du fait des fonctions du rédacteur, les questions d'éducation ne sont que rarement présentes.

Ni "journal quotidien", ni récit ponctuel des petits évènements, un texte de référence, soigné, pesé, pour quiconque s'intéresse à l'occupation allemande dans le nord de la France.

Presses universitaires du Septentrion, Villeneuve d'Asq, 2016, 476 pages, 35,- euros.

ISBN : 978-2-7574-1360-9.

Souvenirs d'un notable en territoire occupé
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6 décembre 2016 2 06 /12 /décembre /2016 06:00

Emile Guillaumin

Paysan-écrivain bourbonnais, soldat de la Grande Guerre

Nadine-Josette Chaline

Lorsque Emile Guillaumin est mobilisé en août 1914, il dispose déjà d'une notoriété certaine depuis une dizaine d'années comme romancier. Jusqu'à la fin de l'année 1918, il va entretenir une abondante correspondance, non seulement avec sa famille, mais également avec d'autres représentants du monde des lettres, avec des amis politiques et des syndicalistes. Ce volume nous apporte donc une vision à la fois propre au front et à la zone des armées, mais aussi décalée, presque distanciée parfois, du fait de la personnalité de son auteur.

Socialiste, pacifiste, collaborateur de L'Humanité, Emile Guillaumin n'en répond pas moins sans hésitation à l'ordre de mobilisation, par attachement à sa patrie : "Son antimilitarisme ne se traduit pas par un refus de faire son devoir en cas d'attaque ennemie". Mobilisé comme sergent dans la territoriale, il sert essentiellement sur le front d'Alsace et des Vosges ("Nous sommes toujours dans les mêmes parages, beaucoup moins calmes que l'an dernier sans être vraiment mauvais" écrit-il en juin 1916). Au fil de ses lettres, il pose donc sur sa vie et sur les événements le regard d'un homme d'âge mûr, qui n'aime pas la guerre mais qui ressent le devoir d'y participer : "Peut-être partirai-je un de ces jours vers Besançon, où sont les camarades des classes plus jeunes. J'ai eu grande envie de partir comme volontaire dans la section de marche que nous avons formée ces jours-ci et qui se tient prête". Il décrit longuement les environnements immédiats des lieux où il stationne, fait état des nombreuses rumeurs qui circulent dans la troupe ("Ce matin, je suis rentré avec un bon tuyau que j'ai servi aux camarades, sans aucune espèce de garantie bien entendu, mais qui m'a valu un succès tellement on a besoin de se raccrocher à un espoir"), raconte ses activités dans des secteurs globalement calmes sauf rares exceptions ("Les péripéties de ma campagne demeurent sans grand relief"). Il rassure sa famille (sur le contrôle de la correspondance, sa santé, les questions financières, etc.) et estime à propos de la censure : "C'est tellement bête au 5e mois de notre séjour, alors qu'il y a des permissionnaires depuis 3 semaines, de nous défendre de dire où nous sommes et de divulguer des opérations militaires, là où nous ne faisons que tenir le front !", opinion qui évolue négativement par la suite. Il parle souvent du travail (en particulier de nuit) aux tranchées, mais n'oublie pas de commenter les propos des responsables politiques nationaux ("Je ne suis pas autrement étonné que Clemenceau persiste dans l'attitude qu'il s'est donné depuis le début ... C'est le propre des optimistes à tout crin de ne pas se souvenir de leurs théories de la veille" ; "Pour Caillaux, que je crois volontiers aussi dénué de sens moral que la plupart des membres de son personnel dirigeant, de nos hautes classes, je me sentirais plus à l'aise pour l'affirmer répugnant") et revient fréquemment sur le projet d'un journal syndical agricole pour la fin de la guerre. Alternativement vaguemestre, observateur, en charge du ravitaillement, en service aux tranchées, ou chargé de travaux d'entretien dans l'immédiat arrière-front, il connaît bien le front mais (généralement installé entre deux et vingt à vingt-cinq kilomètres de la première ligne) n'est pas le plus souvent personnellement en danger : "Nous en avons une autre (une chambre) dans une toute petite maison très tranquille. Elle communique avec celle d'un camarade de la mitraille où il y a un poêle. C'est propre et le lit est bon. C'est tout ce qu'il faut. Je me ferai faire demain un bon feu et resterai couché à peu près toute la journée sans doute" (décembre 1916), mais il voit aussi des camarades craquer, perdre tout espoir, voire la raison. A la fin du printemps 1917, ses propos sur la Russie, sur les mouvements sociaux à l'intérieur, sur l'échec de l'offensive Nivelle semblent parfois peu engagés, mais l'on se rend bien compte que les difficultés minent le moral : "La définition des régiments territoriaux est maintenant celle-ci : ceux que l'on tue à petit feu, par opposition aux régiments d'active que l'on fait tuer d'un coup". Il se garde toutefois de prononcer des jugements à l'emporte-pièce : "Le fait d'y participer (à la guerre) obscurément depuis bientôt 39 mois, ne me permet pas de rien discuter avec l'objectivité désirable ... J'ai comme tous les camardes un lot de rancoeurs et de haines qu'il n'est pas l'heure d'étaler. Nous, là-bas, nous sommes les pions du damier à la disposition des joueurs : nous sommes, suivant une expression charmante, et dont on a nulle pudeur à user sans cesse, 'du matériel humain'. Restons dans notre rôle". Parmi les nombreux passages intéressants, notons celui au cours duquel il explique comment il commande ses hommes de troupe, dans une lettre du 27 juillet 1918, une forme de "renégociation" du commandement avec le double souci de l'humanité et de remplir la mission. A partir de l'été, il parle assez souvent des Américains, qui commencent à prendre des tours de service dans le secteur, bien différents des poilus français en guerre depuis plusieurs années : "Ma grande distraction est toujours de voir vivre et s'agiter la fourmilière américaine, de les voir jouer, de les entendre chanter, de goûter leur cuisine parfois déconcertante pour nos habitudes", et dont il laisse entendre qu'il ne les voit pas obtenir de brillantes victoires à brève échéance.

En résumé, un livre de témoignage tout à fait intéressant, en particulier pour tous ceux qui s'intéressent plus particulièrement à ce secteur Alsace-Vosges du front, bien mal connu en dehors des importants combats de l'année 1915.

PUPS, Paris, 2014, 408 pages, 27,- euros.

ISBN : 978-2-84050-963-9.

Un paysan-écrivain en guerre
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5 décembre 2016 1 05 /12 /décembre /2016 06:00

Aux sources de la guerre d'Algérie

Actes de la journée d'études du 14 octobre 2015

Ce nouveau volume marque la suite de la progression dans le temps des journées d'études de la Fondation pour la mémoire de la guerre d'Algérie et des combats du Maroc et de Tunisie, après ceux consacrés à 1830-1914 : de l'armée en Afrique à l'armée d'Afrique (ici), Les Harkis, des mémoires à l'histoire (ici), et L'AFN dans la Première Guerre mondiale (ici).

Cette quatrième journée s'est efforcée d'évaluer l'évolution des rapports entre la métropole et les territoires français d'Afrique du Nord, ainsi que d'identifier un certain nombre de causes lointaines de la guerre d'Algérie, au-delà des polémiques. Après une introduction du président de la Fondation sur le thème des politiques impériales après la Grande Guerre, des sujets extrêmement différents ont été abordés : l'Institut Pasteur d'Algérie (Jean-Pierre Dedet), les infrastructures et du transport aérien (Marie-Catherine Villatoux), le nationalisme marocain à la lumière de la guerre du Rif (Hassan Aourid), l'évolution des modèles de l'armée d'Afrique et des troupes coloniales (Antoine Champeaux et Eric Deroo), les fêtes du centenaire de l'Algérie française en 1930 (Jeannine Verdès-Leroux), et les déceptions causées par la politique gouvernementale parisienne en Algérie (Jean Monneret). Pour ma part, je contribue par une communication sur l'opposition Lyautey/Pétain au moment de la guerre du Rif, vue à la fois sous l'angle de l'emploi des forces armées, mais aussi sous celui du rapport de la métropole avec le protectorat.

Un volume qui complète utilement les travaux chronologiquement engagés depuis 2012 et qui vont se poursuivre dans les mois et les années qui viennent pour parvenir à la crise de 1954 et au conflit 1954-1962. Un ensemble indispensable pour tous ceux qui s'intéressent à cette période comme à ces territoires.

Riveneuve éditions, Paris, 2016, 105 pages, 24,- euros.

ISBN : 978-2-36013-418-2.

Pour commander les précédents volumes : ici

Le site de la Fondation : ici

Entre-deux-guerres en Afrique du Nord
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4 décembre 2016 7 04 /12 /décembre /2016 06:00

La naissance d'un pilote

Marc Scheffler

Déjà auteur d'un La guerre vue du ciel (ici), chronique de ses missions opérationnelles sur tous les théâtres récents, Marc Scheffler nous propose dans ce nouveau volume de revenir sur les motivations, le travail, la détermination d'un jeune homme absolument décidé à devenir pilote de chasse.

Après avoir évoqué son premier vol à bord d'un Mirage, Marc Scheffler reprend le fil chronologique de son récit en commençant par son premier entretien dans un centre de recrutement avec un officier de l'armée de l'air, avant de poursuivre par la visite médicale d'aptitude et sa scolarité à l'école des Pupilles de l'air de Grenoble en 1990-1991. Chaque chapitre est une opportunité pour décrire avec précision, simplicité, réalisme, son parcours personnel. Acquisition des connaissances scientifiques au rythme particulièrement dense d'une prépa., formation générale à l'aéronautique en club, vol à voile, mais aussi sorties entre camarades et exercice des traditions sont au programme. Et ce mot en forme de conclusion de cette partie de sa scolarité, d'un de ses professeurs, lorsqu'il est admis à intégrer l'école de l'air : "En travaillant tout est possible". C'est ensuite le cycle de formation à l'école de l'air de Salon-de-Provence, avec les cours théoriques (pour l'histoire et la culture générale, option visiblement minimaliste : "Les cours d'histoire et de géopolitique sont intéressants. Axés sur la période contemporaine, ils se limitent à quelques pays majeurs"). De même, le récit d'un premier stage à Montlouis fera peut-être sourire nombre de Terriens, mais Marc Scheffler n'y consacre qu'une quinzaine de lignes. Au fur et à mesure, il sait saisir toutes les opportunités pour piloter sur tous types d'appareils, et, en 1996, intègre enfin la Division des vols de l'école, dont il détaille le programme. Le travail est toujours aussi intense , mais peu à peu il voit ses rêves se réaliser avec des séances de vol plus nombreuses sur des appareils plus puissants. Il note quand même, paradoxalement : "Hormis mon mal de l'air, je m'en sors plutôt bien". Toujours le travail, l'expérience accumulée, la fatigue mais aussi la satisfaction de réussir : "Notre cursus est méthodique et structurant. Les difficultés vont croissant. Nous n'avons qu'une ligne de conduite, tenir le rythme et surmonter les embûches les unes après les autres". Vient alors le temps de la pré-spécialisation, puis le premier vol sur un avion à réaction, sur Alphajet. Malgré les difficultés, arrive le temps de la remise des brevets avant la dernière étape : l'école de transition opérationnelle, à l'issue de laquelle les affectations sont prononcées : "Les vols ne seront pas les seuls à entrer en compte. Notre comportement au sol est suivi à la loupe et sanctionné par la fameuse 'note de gueule'. Autre incertitude, la liste des unités prêtes à nous accueillir ... Il ne nous reste plus qu'à donner le meilleur sans trop se poser de questions". Et le récit des derniers vols d'entraînement et de sélection vaut largement la lecture.

La belle collection des ouvrages publiés chez Nimrod sur des thèmes très liés aux opérations récentes s'enrichit ainsi d'un volume rare, original, car très peu nombreux sont ceux qui ont consacré autant de pages à raconter leur formation, un livre qui trouvera naturellement sa place chez tous les amateurs non seulement de l'armée de l'air, mais plus largement des questions liées à l'engagement et à la formation dans les armées. Sans compter qu'il s'agit d'un bel exemple de détermination, aisément transposable dans tout autre domaine professionnel.

Nimrod éditions, Paris, 2016, 273 pages, 21,- euros.

ISBN : 978-2-915243-69-7.

Formation et motivations d'un pilote
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3 décembre 2016 6 03 /12 /décembre /2016 06:00

Bonaparte

1769 - 1802

Patrice Gueniffey

Version "poche" (mais "grande poche" : plus de 1000 pages), cette réédition de l'excellent ouvrage de Patrice Gueniffey, initialement paru en 2013 (voir notre première présentation ici), vaut indiscutablement le détour.

Nous avions tout particulièrement apprécié le volume original, et sa réédition pour un prix modique est une bonne nouvelle. La personnalité, les actions, les relations, presque les pensées voire les plans personnels du général Bonaparte sont ici magistralement présentées et synthétisées. Un volume qu'il faut conserver dans sa bibliothèque.

Folio Histoire, Paris, 2016, 1103 pages. 14,90 euros.

ISBN : 978-2-07-079375-4.

De la Corse aux Tuileries
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3 décembre 2016 6 03 /12 /décembre /2016 05:50

Yougoslavie, Prusse, Pays-Bas, France, Royaume-Uni, Irak, ...

Batailles & Blindés  -  n° 76

Un tour d'Europe des combats de blindés pendant la Seconde guerre mondiale pour la partie historique et un détour par les blindés russes et anglais ou la bataille de Mossoul pour la partie 'Actualités', ce dernier numéro de Batailles & Blindés nous fait revivre des situations militaires bien différentes.Passons rapidement sur l'article de Une, qui traite du dramatique échec allié de Market Garden à l'automne 1944, sujet sur lequel une relativement abondante littérature récente existe. Plus originale est la présentation par David Zambon de l'action des blindés italiens dans les Balkans en 1941, dont les seuls (modestes) résultats effectifs sont obtenus dans les régions de l'Istrie et de la Slovénie actuelle. Les combats de Prusse orientale en 1945 ne sont pas inconnus et ils ont parfois été présentés de manière inutilement héroïque : Vincent Bernard revient avec mesure sur l'assaut soviétique contre Koenigsberg au printemps 1945. Enfin, Yann Mahé aborde un aspect particulier de la bataille des Ardennes : les échecs et la fin de la 2e Panzer-Division. 

1941-1945
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Cafés historiques de La Chouette

Prochaine séance : pour la rentrée de septembre. Le programme complet sera très prochainement mis en ligne.

Publications personnelles

Livres

 

doumenc-copie-1.jpgLa Direction des Services automobiles des armées et la motorisation des armées françaises (1914-1918), vues à travers l’action du commandant Doumenc

Lavauzelle, Panazol, 2004.

A partir de ma thèse de doctorat, la première étude d’ensemble sur la motorisation des armées pendant la Première Guerre mondiale, sous l’angle du service automobile du GQG, dans les domaines de l’organisation, de la gestion et de l’emploi, des ‘Taxis de la Marne’ aux offensives de l’automne 1918, en passant par la ‘Voie sacrée’ et la Somme.

 

La mobilisation industrielle, ‘premier front’ de la Grande Guerre ? mobil indus

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2005 (préface du professeur Jean-Jacques Becker).

En 302 pages (+ 42 pages d’annexes et de bibliographie), toute l’évolution industrielle de l’intérieur pendant la Première Guerre mondiale. Afin de produire toujours davantage pour les armées en campagne, l’organisation complète de la nation, dans tous les secteurs économiques et industriels. Accompagné de nombreux tableaux de synthèse.

 

colonies-allemandes.jpgLa conquête des colonies allemandes. Naissance et mort d’un rêve impérial

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2006 (préface du professeur Jacques Frémeaux).

Au début de la Grande Guerre, l’empire colonial allemand est de création récente. Sans continuité territoriale, les différents territoires ultramarins du Reich sont difficilement défendables. De sa constitution à la fin du XIXe siècle à sa dévolution après le traité de Versailles, toutes les étapes de sa conquête entre 1914 et 1918 (388 pages, + 11 pages d’annexes, 15 pages de bibliographie, index et cartes).

 

 caire damasDu Caire à Damas. Français et Anglais au Proche-Orient (1914-1919)

 14/18 Editions, Saint-Cloud, 2008 (préface du professeur Jean-Charles Jauffret).

Du premier au dernier jour de la Grande Guerre, bien que la priorité soit accordée au front de France, Paris entretient en Orient plusieurs missions qui participent, avec les nombreux contingents britanniques, aux opérations du Sinaï, d’Arabie, de Palestine et de Syrie. Mais, dans ce cadre géographique, les oppositions diplomatiques entre ‘alliés’ sont au moins aussi importantes que les campagnes militaires elles-mêmes.

 

hte silesieHaute-Silésie (1920-1922). Laboratoire des ‘leçons oubliées’ de l’armée française et perceptions nationales

‘Etudes académiques », Riveneuve Editions, Paris, 2009.

Première étude d’ensemble en français sur la question, à partir du volume de mon habilitation à diriger des recherches. Le récit détaillé de la première opération civilo-militaire moderne d’interposition entre des factions en lutte (Allemands et Polonais) conduite par une coalition internationale (France, Grande-Bretagne, Italie), à partir des archives françaises et étrangères et de la presse de l’époque (381 pages + 53 pages d’annexes, index et bibliographie).

 

cdt armee allde Le commandement suprême de l’armée allemande 1914-1916, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général von Falkenhayn 

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Le texte original de l’édition française de 1921 des mémoires de l’ancien chef d’état-major général allemand, accompagné d’un dispositif complet de notes infrapaginales permettant de situer les lieux, de rappeler la carrière des personnages cités et surtout de comparer ses affirmations avec les documents d’archives et les témoignages des autres acteurs (339 pages + 34 pages d’annexes, cartes et index).

 

chrono commChronologie commentée de la Première Guerre mondiale

Perrin, Paris, 2011.

La Grande Guerre au jour le jour entre juin 1914 et juin 1919, dans tous les domaines (militaire, mais aussi politique, diplomatique, économique, financier, social, culturel) et sur tous les fronts. Environ 15.000 événements sur 607 pages (+ 36 pages de bibliographie et d’index).

 

 Les secrets de la Grande Guerrecouverture secrets

Librairie Vuibert, Paris, 2012.

Un volume grand public permettant, à partir d’une vingtaine de situations personnelles ou d’exemples concrets, de remettre en lumière quelques épisodes peu connus de la Première Guerre mondiale, de la question du « pantalon rouge » en août 1914 à l’acceptation de l’armistice par von Lettow-Vorbeck en Afrique orientale, après la fin des hostilités sur le théâtre ouest-européen.

 

Couverture de l'ouvrage 'Mon commandement en Orient'Mon commandement en Orient, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général Sarrail

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2012

Le texte intégral de l'édition originale, passé au crible des archives publiques, des fonds privés et des témoignages des acteurs. Le récit fait par Sarrail de son temps de commandement à Salonique (1915-1917) apparaît véritablement comme un exemple presque caricatural de mémoires d'autojustification a posteriori

 

 

Coordination et direction d’ouvrages

 

Destins d’exception. Les parrains de promotion de l’Ecole Spéciale Militaire de Saint-Cyr

SHAT, Vincennes, 2002.

Présentation (très largement illustrée, 139 pages) des 58 parrains qui ont donné leur nom à des promotions de Saint-Cyr, entre la promotion « du Prince Impérial » (1857-1858) et la promotion « chef d’escadrons Raffalli » (1998-2001).

 

fflLa France Libre. L’épopée des Français Libres au combat, 1940-1945

SHAT, Vincennes et LBM, Paris, 2004.

Album illustré présentant en 191 pages l’histoire et les parcours (individuels et collectifs) des volontaires de la France Libre pendant la Seconde guerre mondiale.

 

marque courageLa marque du courage

SHD, Vincennes et LBM, Paris, 2005.

Album illustré présentant en 189 pages l’histoire des Croix de Guerre et de la Valeur Militaire, à travers une succession de portraits, de la Première Guerre mondiale à la Bosnie en 1995. L’album comporte en annexe une étude sur la symbolique, les fourragères et la liste des unités d’active décorées.

 

  90e anniversaire de la Croix de guerre90-ANS-CROIX-DE-GUERRE.jpg

SHD, Vincennes, 2006.

Actes de la journée d’études tenue au Musée de l’Armée le 16 novembre 2005. Douze contributions d’officiers historiens et d’universitaires, français et étrangers, de la naissance de la Croix de guerre à sa perception dans la société française, en passant les décorations alliées similaires et ses évolutions ultérieures.

 

france grèceLes relations militaires franco-grecques. De la Restauration à la Seconde guerre mondiale 

SHD,Vincennes, 2007.

Durant cette période, les relations militaires franco-grecques ont été particulièrement intenses, portées à la fois par les sentiments philhellènes qui se développent dans l’hexagone (la France est l’une des ‘Puissances protectrices’ dès la renaissance du pays) et par la volonté de ne pas céder d’influence aux Anglais, aux Allemands ou aux Italiens. La campagne de Morée en 1828, l’intervention en Crète en 1897, les opérations en Russie du Sud  en 1919 constituent quelques uns des onze chapitres de ce volume, complété par un inventaire exhaustif des fonds conservés à Vincennes.

 

verdunLes 300 jours de Verdun

Editions Italiques, Triel-sur-Seine, 2006 (Jean-Pierre Turbergue, Dir.).

Exceptionnel album de 550 pages, très richement illustré, réalisé en partenariat entre les éditions Italiques et le Service historique de la Défense. Toutes les opérations sur le front de Verdun en 1916 au jour le jour.

 

DICO-14-18.jpgDictionnaire de la Grande Guerre

(avec François Cochet), 'Bouquins', R. Laffont, 2008.

Une cinquantaine de contributeurs parmi les meilleurs spécialistes de la Grande Guerre, 1.100 pages, 2.500 entrées : toute la Première Guerre mondiale de A à Z, les hommes, les lieux, les matériels, les opérations, les règlements, les doctrines, etc.

 

fochFerdinand Foch (1851-1929). Apprenez à penser

(avec François Cochet), 14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Actes du colloque international tenu à l’Ecole militaire les 6 et 7 novembre 2008. Vingt-quatre communications balayant tous les aspects de la carrière du maréchal Foch, de sa formation à son héritage dans les armées alliées par des historiens, civils et militaires, de neuf nations (461 pages + 16 pages de bibliographie).

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