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29 janvier 2015 4 29 /01 /janvier /2015 05:15

Honneur et violence de guerre au temps de Napoléon

La campagne de Calabre

Nicolas Cadet

Passionnante étude sur un épisode très rarement traité de l'épopée impériale : la difficile pacification des provinces méridionales du royaume de Naples.

A partir de sa thèse, Nicolas Cadet nous propose ici un livre original et pratiquement complet semble-t-il sur les opérations, de nature très différentes, qui se succèdent au sud de la botte italienne à partir de 1806. Il souligne dès les premières pages de l'introduction cet apparent paradoxe : les adversaires ne cessent de faire référence à "l'honneur", alors que les violences atteignent un seuil particulièrement élevé, et l'auteur d'en conclure que "guerre et culture sont bien indissociables". Suivant un plan chrono-thématique, Nicolas Cadet pose le cadre de l'opération, qui débute au début de l'année 1806, comme en écho à une première tentative française en 1799 : l'importance de l'Italie dans la stratégie impériale générale, la présence navale et militaire anglaise et le rôle du royaume de Naples dans la conception britannique de la guerre, les caractéristiques particulières de l'armée française d'invasion (constitution, dénuement, encadrement), etc. Si le succès est rapidement au rendez-vous pour ce qui concerne la prise de la capitale et des grandes villes, il n'en est pas de même au fond des provinces, où le relief et le manque de voies de communication se conjuguent pour rendre très difficile le ravitaillement des troupes et les relations de commandement. La présence de l'ancienne famille royale des Bourbons en Sicile sous la protection des Anglais, qui en pratique dominent la mer, pose un sérieux problème de sécurité au nouveau roi Joseph, qui ne dispose pas des moyens d'entretenir son armée et auquel Napoléon par ailleurs retire des régiments. La situation, déjà difficile, se détériore donc rapidement, à partir de l'été 1806 : tandis que le malaise, l'hostilité, se répandent dans le pays, les navires britanniques multiplent les raids et les attaques sur les côtes : "Tout se conjugue pour donner aux hommes de l'armée de Calabre un profond sentiment de vulnérabilité". A partir des nombreux témoignages laissés par les acteurs et témoins des événements, souvent très durs pour la population calabraise considérée comme "mi-animale" ("La grande plaie du royaume de Naples, comme celle de l'Espagne, est la paresse" est l'une des appréciations les moins péjoratives !), Nicolas Cadet souligne le choc culturel qui constitue pour les cadres et soldats français ce séjour prolongé en occupation au sud de l'Italie et les difficultés qu'ils rencontrent à essayer de mettre sur pied une administration modernisée, "à la française". La petite bataille de Maida, entre un corps expéditionnaire anglais débarqué et les troupes françaises du général Reynier (victoire britannique, taux de pertes autour de 30% de l'effectif engagé pour les Français) marque une rupture, et son récit donne à Nicolas Cadet l'opportunité de présenter dans le détail les deux belligérants, leur état d'esprit, leurs principes de manoeuvre, leurs objectifs et leurs attentes. La défaite française accélère le développement de l'insurrection calabraise : "En deux semaines, toute la partie méridionale du royaume de Naples s'est soulevée contre les Français". La situation ne cesse de se détériorer pour les maigres troupes napoléoniennes, isolées, repliées dans quelques places plus ou moins fortes, entre actions côtières des Anglais, harcèlements de bandes rebelles puissantes et embuscades. Dans un contexte social très marqué par un système féodal sclérosé, l'insurrection est violente et sa répression tout autant. Le caractère clanique de la société locale, le rôle de l'église catholique ("Alors qu'ils ne constituent que 1% de la population calabraise, les religieux représentent 9% des inculpés jugés par la commission militaire de Cosenza"), la topographie de la région également, expliquent la dureté des opérations, que les Bourbons réfugiés à Palerme financent grâce aux généreux subsides anglais, tandis qu'ils tentent de l'encadrer avec un succès tout relatif. C'est à Massena qu'il revient, après la prise de Gaëte à partir du mois d'août, de reconquérir les régions passées à l'insurrection. Les succès sont rapides grâce à l'arrivée de nouvelles troupes, mais le calme ne revient qu'en apparence et seulement dans les communes tenues. Avec l'aide matérielle et tactique des Britanniques, "la population calabraise semble mettre en oeuvre une véritable politique de la terre brûlée, afin de ne leur laisser (aux Français) aucun moyen de vivre sur le pays" et s'attaque systématiquement aux voies de communication : "Chaque déplacement se traduit par la mise hors de combat de quelques hommes". A la fois guerre irrégulière, maintien de l'ordre, guerre de siège, la campagne devient plus difficile avec la mauvaise saison et l'affaiblissement progressif des unités (décès, maladies), au point que simples soldats et officiers ne souhaitent que quitter la région. La constitution de formations "nationales" (Garde civique, Légions provinciales) ne permet pas de répondre aux besoins en effectif, d'autant que leur fidélité semble parfois aléatoire. Ce n'est que lorsque les Britanniques diminuent sensiblement, en 1807, leur soutien direct à l'insurrection que la victoire française peut être acquise, après la défaite des Calabrais à Mileto, même si "la pacification est cependant incomplète et l'insécurité endémique". L'auteur dresse alors le bilan de cette campagne en termes d'organisation et d'emploi des troupes, de (non) respect des règles du droit de la guerre, de cruauté (on parle même de "cannibalisme calabrais" et l'on dit qu'ils font griller les prisonniers), l'effet des pires rumeurs sur la tenue et le comportement des unités, les "crimes affreux" commis en représailles par les Français (massacre de Lauria), la mise en place d'un système répressif, etc. Après les combats et la reprise en main, vient le temps de la pacification effective, à son tour bien difficile et souvent superficielle. Revenant enfin, en conclusion, sur l'oubli quasi-total dans lequel cette campagne militaire est tombée, Nicolas Cadet tente d'en présenter les causes.

Un livre excellent, lu d'une traite, une découverte presque à chaque page, agréable à lire et riche d'informations. Même si la campagne de Calabre n'a que des échos tout-à-fait mineurs dans l'histoire générale de l'empire et dans sa mémoire, il mérite indiscutablement d'être lu par tous ceux qui s'intéressent aux guerres napoléoniennes, mais aussi par ceux qui se passionnent pour les guerres irrégulières et les insurrections populaires. Un vrai et grand livre d'histoire.

Vendémiaire, Paris, 2015, 447 pages, 24 euros.

ISBN : 978-2-36358-155-6.

Guérilla calabraise

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29 janvier 2015 4 29 /01 /janvier /2015 05:00

L'Inde face à son destin

Olivier d'Auzon

Déjà auteur de nombreux ouvrages dans les domaines économiques (mais aussi sur la piraterie), Olivier d'Auzon nous invite à découvrir l'Inde d'aujourd'hui, dans sa diversité, ses difficultés, ses atouts et ses ambitions.

Pour le lecteur français, souvent peu au fait des évolutions récentes dans ce pays-continent, l'intérêt est immédiat, d'autant que l'Inde est avec la Chine l'un des grands acteurs de la croissance mondiale, ne serait-ce que par l'importance de son marché intérieur. C'est donc essentiellement un angle économique et financier que l'auteur nous présente le pays dans une première partie, qu'il s'agisse de sa population, de la formation de sa jeunesse, de l'évolution des structures sociales traditionnelles, mais aussi de ses performances industrielles, de ses capacités d'innovation, du haut niveau de compétence dans certains domaines (santé), etc. Il s'intéresse ensuite, dans un second temps, à la politique étrangère indienne, dans le contexte régional et au niveau mondial. Sa superficie, sa population et désormais le nucléaire en font une puissance incontournable, dont les relations avec la Russie comme avec les Etats-Unis évoluent. La question pakistanaise reste très prégnante, mais c'est avec la Chine aussi qu'il faut désormais discuter, dans un environnement tendu. Enfin, si le reste du monde n'intéresse finalement que peu, le pays est de plus en plus présent dans les instances internationales. La dernière grande partie enfin est consacrée aux questions énergétiques (pétrole, gaz, nucléaire, retour du charbon, énergies renouvelables), domaine dans lequel les besoins ne cessent de croître, et source de préoccupation pour le gouvernement fédéral qui investit sur le moyen et le long terme. On regrette l'absence d'une conclusion de synthèse, le livre se terminant un peu brutalement, et l'on observe dans la bibliographie finale la présence d'un grand nombre d'article de presse.

Un ouvrage qui laisse finalement un sentiment ambivalent : il permet une parfaite (semble-t-il) mise au point, une actualisation très solide de nos connaissances sur ce pays, il est riche de nombreux chiffres et de multiples informations, mais dans le même temps trop au ras de l'actualité, manquant à notre sens de recul et de synthèse. C'est donc au lecteur de forger au fur et à mesure son jugement. Néanmoins, l'importance de l'Inde aujourd'hui dans le concert des nations et le faible nombre de publications de synthèse sur ce pays aujourd'hui justifient pleinement que tous ceux qui s'intéressent en particulier à l'Asie le connaisssent. 

Lavauzelle, Panazol, 2014, 155 pages. 19,80 euros.

ISBN : 978-2-7025-1622-5.

Pays émergent

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28 janvier 2015 3 28 /01 /janvier /2015 05:15

La grande défaite

1870-1871

Alain Gouttman

Spécialiste du Second empire, aux campagnes duquel il a déjà consacré deux volumes, Alain Gouttman nous livre aujourd'hui une étude d'ensemble de la guerre de 1870-1871, ou plutôt un ouvrage qui replace la guerre dans le contexte de son temps.

Le livre s'ouvre sur le récit de la bataille de Sadowa qui, en 1866, voit triompher le royaume de Prusse sur l'empire d'Autriche-Hongrie, et cette approche donne le ton de l'ensemble de l'étude qui aborde davantage les aspects politiques, diplomatiques, voire culturels, que militaires. Dans une longue première partie (trois chapitres), Alain Gouttman brosse le tableau des années qui précèdent la guerre, avec ses tensions internationales, le rôle de Bismarck et la montée en puissance de la Prusse, les évolutions et hésitations d'un Second empire vieillissant dirigé par un Napoléon III malade. Le début du quatrième chapitre met particulièrement bien en relief l'aveuglement des élites françaises qui s'illusionnent (naïvement ?) sur les capacités militaires de la France, et au sein desquelles les mots prennent plus d'importance que les actes, et qui se traduit finalement par la stupide présomption des dirigeants civils et militaires lors de la crise de l'été 1870. Suivent, bien sûr, les tragiques événements d'août, ponctués de défaites aux frontières, où le courage du fantassin français, la bravoure des cavaliers et la maîtrise technique des artilleurs ne peuvent pas grand chose contre le nombre, la détermination et la science militaire de la coalition allemande autour de la Prusse, qui connaît pourtant nombre de difficultés. Les carences d'un haut commandement "frappé par la foudre", la nomination de Bazaine parce qu'il est "populaire", la désorganisation de l'administration militaire, l'absence de réflexion en amont (sans même parler de planification), l'insuffisance des états-majors, mais aussi la crainte, très tôt, de la guerre civile sont autant de points abordés. L'auteur s'attarde au chapitre 5 sur le rôle ambigu du général Trochu à Paris et "l'imposture" du 4 septembre, qui voit la république proclamée par 12 hommes... Ce sont alors les temps difficiles du siège de Paris, du gouvernement provisoire et des armées levées dans l'urgence en province, pauvres soldats transis de froid et mal équipés, que le sacrifice de leurs officiers ne parvient pas à conduire à la victoire. Voici aussi le temps de la Commune de Paris et de la 'Semaine sanglante', dont Alain Gouttman tente de donner une explication qui s'éloigne du romantisme révolutionnaire comme de l'analyse marxiste : l'impéritie des chefs de la Commune, "l'apothéose des rêveurs et des idéologues", mais aussi la grande peur du pays devant la guerre civile : "La première réaction a l'événement a naturellement conduit la société 'sauvée' par l'armée française à ne voir dans l'embrsement de la capitale que l'effet d'un cocktail de vice, d'ambition et de violence".

Une vaste fresque, qui sort parfois du discours habituel et qui insiste sur les conditions politiques et diplomatiques, éventuellement culturelles et sociales, plus que sur les aspects militaires. 

Perrin, Paris, 2015, 414 pages. 24,90 euros.

ISBN : 978-2-262-03245-6.

L'année terrible

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28 janvier 2015 3 28 /01 /janvier /2015 05:00

La guerre en photos vues des deux côtés

1914-1918

Massin

Un sentiment partagé sur ce livre, dont la richesse est indéniable mais dont l'organisation intérieure semble parfois un peu approximative.

Ni avant-propos, ni introduction, ni présentation : le lecteur entre de plein pied dans l'ouvrage, sans que les choix éditoriaux (pourquoi tel sujet plutôt qu'un autre par exemple) ne soient explicités. La quatrième de couverture annonce par ailleurs que "le fil conducteur de notre ouvrage, plus que la chronologie (dont il est néanmoins fait mention), c'est, au jour le jour et du matin au soir, la vie du soldat". Soit. Sauf que la chronologie impose sa dure loi (pourquoi le traité de Brest-Litovsk en page 91 -annoncé p. 89 dans le sommaire- entre Verdun, la Somme et la vie dans les tranchées ?) et que les thèmes retenus comme les illustrations choisies ne sont pas toujours en phase avec cette affirmation. Ceci étant dit, le livre présente le très grand intérêt de proposer aux lecteurs plusieurs centaines de photos, cartes, documents, illustrations diverses, mettant (pratiquement) toujours en parallèle les deux alliances en lutte, sur les pages paires la perception et les représentation figurées des Alliés, sur les pages impaires celles des puissances centrales. La priorité est donc très largement donnée à l'imge et le texte courant n'apporte rien de particulier. Mais pourquoi, par exemple, mettre en vis-à-vis Joffre et Hindenburg ? N'y a-t-il pas de photos de Falkenhayn ? Un volume extrêmement riche donc, mais qui semble avoir été mis en page un petit peu trop vite (tout d'un coup doubles pages de photos de soldats russes et du front oriental sans annonce ni contextualisation). Avec un peu plus de précisions dans l'organisation générale intérieure et dans la rédaction des légendes, il y aurait pu y avoir là un très grand livre. Dommage. C'est à chaque lecteur de "picorer" au fil des pages, de chercher ce qui peut l'intéresser davantage, et finalement d'y mettre l'ordre qui lui convient le mieux.

Un recueil d'illustrations et de photos très riche sur le fond, mais qui aurait gagné à soigner la forme.

Berg International, 2014, 175 pages, 22 euros.

ISBN : 978-2-37020-008-2.

Photos

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27 janvier 2015 2 27 /01 /janvier /2015 06:00

Histoire secrète des SAS

L’élite des forces spéciales britanniques

Jean-Jacques Cécile

Faisant suite à une première étude parue en 1997, cet ouvrage se veut, en format ‘poche’, une histoire aussi complète que possible de l’unité créée par David Stirling pendant la Seconde guerre mondiale : « Il y aurait un avantage considérable à former une unité combinant le maximum de potentiel de surprise » (et de destruction peut-on ajouter).

A partir du Détachement 1 de la brigade SAS, à l’effectif de 7 officiers, 5 sous-officiers et 55 soldats, le volume de cette formation atypique ne cesse de croître pendant le conflit jusqu'à atteindre celui d'une grosse brigade, au fur et à mesure des missions qui lui sont confiées, d’Afrique du Nord à Malte, de Normandie en Hollande et en Allemagne du Nord, des risques pris et des résultats obtenus. Après une formation extrêmement dense et sélective, le rythme des engagements s’accélère et, entre deux opérations, les hommes s’aguerrissent encore. Après la Seconde guerre mondiale en Europe et un rapide parachutage en Cochinchine contre les Japonais, le 22e SAS Regiment reprend à partir de la fin des années 1940 les traditions de ses aînés en Malaisie. Les effectifs sont à nouveaux à la hausse (des Néo-zélandais sont même brièvement incorporés), mais c’est dans un cadre totalement différent, à Oman, au sud de la péninsule arabique, que l’unité écrit la suite de son histoire. Les années 1960 et 1970 sont essentiellement rythmées par la formation, l’instruction, les stages, etc., même si quelques opérations ponctuelles sont conduites de Bornéo à Aden, et surtout plus durablement au Yémen. C’est avec l’affaire des Malouines en 1982 qu’ils retrouvent les formes d’un engagement massif, somme toute classique, de l’unité, mais c’est dans un autre domaine qu’elle va être employée à partir des années 1990 : les équipes ont commencé à être formées au contre-terrorisme depuis le début des années 1970 et vont en faire leur spécialité, d’abord au sujet de l’Irlande du Nord, puis en Afghanistan et en Irak au début du XXIe siècle.

Un récit vivant, plein d’anecdotes, de portraits de personnalités atypiques, d’histoires d’opérations discrètes, voire secrètes, d'adaptations permanentes aux besoins opérationnels. Un petit volume accessible à tous et que l’on complètera éventuellement avec des travaux plus 'scientifiques' (notons néanmoins qu’un certain nombre de notes et références émaillent le texte).

Nouveau Monde éditions poche, Paris, 2014, 297 pages, 8 euros.

ISBN : 978-2-36942-106-1.

 

Soldats d'exception

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27 janvier 2015 2 27 /01 /janvier /2015 05:45

Le bourgeois de Paris au Moyen Âge

Jean Favier

La réédition (première parution en 2012) de cette véritable somme du plus grand historien français du Moyen Âge récemment décédé témoigne de toute l'importance, de la profondeur, de la densité des connaissances acquises au cours d'une vie de recherche et de travail.

Avec une exceptionnelle maîtrise de toutes les évolutions de la période, l'auteur nous entraîne ainsi dans un parcours urbain, social, politique, qui court sur plusieurs siècles. La démarche est tout-à-fait pédagogique, les termes sont définis et le cadre est posé en début d'ouvrage. Grâce en particulier à sa position géographique et à la richesse de ses marchands, Paris change à partir de Philippe Auguste, avec le développement d'une enceinte fortifiée co-financée et entretenue par les bourgeois de la ville, qui doivent également en assurer la garde. Leur position au regard du pouvoir politique est donc tout-à-fait particulière. Dans un style toujours clair, parfaitement agréable à lire, le livre s'organise ensuite en grandes thématiques, qui permettent de mesurer les évolutions dans l'organisation politique et administrative ; la répartition sociologique de la population et l'influence réciproque de chaque catégorie ; les crises et guerres successives en particulier avec le rôle du Prévôt des marchands, pendant la querelle des Armagnacs et des Bourguignons et la guerre de Cent ans ; les questions économiques, avec l'organisation des professions, le commerce de détail, les sujets financiers, fiscaux et budgétaires, et un original chapitre sur le thème du marché de l'art et du rapport des bourgeois à l'art. Jean Favier passe ensuite du collectif à l'individuel, du général au familial : il traite des modifications et transformations qui touchent le tissu urbain (distinction très tôt entre "rive droite" et "rive gauche"), puis de la vie des diverses composantes de la bourgeoisie (administrative, intellectuelle, marchande, financière, etc.) et enfin de la vie quotidienne du bourgeois en tant que tel, entre famille, enfants, travail, loisirs et repos, pour conclure sur les relations entretenues avec la religion et avec la vie intellectuelle. Au fil des pages, l'auteur revient à plusieurs reprises sur le rapport de la ville et de ses bourgeois au roi et à la monarchie, et l'on sait que cette dualité persistera jusqu'à la Fronde et au-delà.

C'est passionnant, bien écrit, simple et riche, clair et dense. Un must pour quelques euros. 

Coll. 'Texto', Tallandier, 2015, 831 pages. 12,50 euros.

ISBN : 979-10-210-0847-2.

Une capitale au microscope

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26 janvier 2015 1 26 /01 /janvier /2015 06:15

Agent secret de Churchill

Bob Maloubier

Paru pour la première fois en 2011, ce livre de souvenirs de l’un des plus connus parmi les agents (spéciaux, secrets, etc.) et nageurs de combat « historiques » est un plaisir de lecture de détente.

Bien que Jean-Louis Crémieux-Brilhac nous assure que « tout y est vrai », nous ne serons pas aussi affirmatifs, au moins dans les détails. Mais, en réalité, là n’est pas le propos puisque il s’agit au moins autant d’un récit « d’ambiance » et d’une aventure à rebondissements multiples que d’un témoignage pour l’histoire. Avec le style et la verve dont il a fait preuve dans ses ouvrages antérieurs, en reconstituant des dialogues (dont l’historien peut supposer qu’ils ne sont pas tous strictement authentiques…), Bob Maloubier nous raconte ainsi son parcours pendant la Seconde guerre mondiale. Il tente de partir pour Londres dès le lendemain de la défaite, mais doit finalement rester dans l’hexagone jusqu’à son engagement dans l’aviation de l’armée d’armistice, ce qui lui permet en 1941 de rejoindre la Tunisie, d’où il parvint à gagner la frontière algérienne à la suite du débarquement des Anglo-Saxons en Afrique du Nord. La description qu’il fait d’Alger durant cette période est pour le moins pittoresque, et l’on se rend bien compte que les Free French y sont tout sauf bienvenus ! Parvenant enfin à prendre contact avec les Britanniques, il rencontre par hasard un nageur de combat pour le moins original (nous sommes alors dans la « préhistoire » de la spécialité), rejoint le SOE sans l’avoir vraiment cherché (il voulait entrer dans l’aviation), et nous explique ensuite ce monde particulier et la formation qu’il reçoit dans les différentes spécialités. Si l’on conçoit que durant une période aussi tendue, dans un environnement très particulier et pour traiter de missions plus ou moins troubles mais toujours secrètes, les personnages puissent être absolument hors normes, on est ici amplement servi. Il y aurait de quoi rédiger un scénario de film à grand spectacle. Après bien des péripéties, c’est finalement en août 1943 qu’il est largué pour sa première mission en France, dans la région de Rouen. Ne rentrons pas dans les détails des sabotages (qu’il serait sans doute nécessaire de reconstituer à partir des dossiers d’archives de l’époque…), mais nous passons de Normandie à Paris, nous alternons missions effectives et « mises au vert », recrutement et rencontres. Après un retour en Angleterre et quelques mois plus tranquilles, c’est une nouvelle mission, dans le Limousin, auprès du « préfet » Guingouin (il ne l’est pas encore). Le récit des événements, ici également, mérite d’être croisé avec des sources plus référencées, qu’il s’agisse du massacre d’Oradour ou des derniers événements avant la libération de Limoges et de la région. Mais, à nouveau, peu importe, Maloubier y était et ses souvenirs peuvent en valoir d’autres. Avec la fin de la guerre en Europe, c’est le retour vers la famille, les camarades retrouvés ou dont on apprend les conditions de disparition, quelques rencontres toujours aussi surprenantes, la DGER qui commence à envisager l’avenir… et le départ pour l’Extrême-Orient pour rejoindre la Force 136.

Un livre racontant une histoire comme un roman, mais un peu aussi un livre d’histoire, « à la mode Maloubier ». Allez, laissez vous tenter pour le week-end !

Coll. ‘Texto’, Tallandier, 2014, 258 pages + annexes. 9,50 euros.

ISBN : 979-10-210-0845-8.

Français sous uniforme britannique

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26 janvier 2015 1 26 /01 /janvier /2015 06:00

Le génocide arménien

L’Histoire - février 2015

Outre les nombreuses chroniques et rubriques habituelles, l’essentiel de ce numéro (une cinquantaine de pages) est consacré à l’histoire du génocide arménien de 1915, replacé dans le contexte des persécutions antérieures, des responsabilités politiques et morales et de la mémoire qui en est conservée puis par le combat politique et culturel pour sa reconnaissance. Parmi les articles, "Pourquoi la Turquie n'ouvre pas ses archives ?" et pourtant, il s'agissait d' "Une communauté dynamique de l'empire". Un numéro thématique varié et assez complet qui mérite d’être connu.

1915

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25 janvier 2015 7 25 /01 /janvier /2015 06:20

Inferno

La dévastation de Hambourg, 1943

Keith Lowe

Bien connu des lecteurs francophones pour ses derniers ouvrages, Keith Lowe s'intéresse dans ce volume aux terribles bombardements anglo-américains de l'été 1943 sur la métropole et le grand port d'Allemagne du Nord.

Avec un sens aigu du récit, Keith Lowe reprend l'ensemble des données sur ces formidables raids de juillet 1943 et nous en restitue la genèse, les préparatifs, le déroulement, les conséquences. Il aborde aussi bien la question de l'organisation, de la doctrine et des différences d'expériences entre les armées de l'air britannique et américaine (bombardements de nuit ou de jour), le choix des cibles, celle de la défense anti-aérienne allemande avec sa composante radar, la première mise en oeuvre de leurres par les Britanniques, l'organisation du vol de centaines d'appareils par vagues, les réactions de la population de Hambourg, les effets des bombardements au sol où les brasiers sont visibles à plus de 200 km. et se poursuivent pendant plusieurs jours, la rapide réaction de la Luftwaffe qui rameute les appareils par centaines, les victimes (au moins plus de 42.000), l'ébranlement des dirigeants nazis et les réactions dans le monde anglo-saxon, la vie des réfugiés survivants, le dernier raid meurtrier dans la nuit du 2 au 3 août et les difficultés des pilotes anglais, les conditions effrayantes du ramassage des corps, le rétablissement rapide des services publics dans une ville dévastée, etcc. Le livre se termine sur les bombardements qui suivirent jusqu'à la fin de la guerre, moins massifs, moins meurtriers, mais par dizaines, aggravant les dégats et augmentant les décès, sur les séquelles mémorielles de la population et sur les débats historiographiques et moraux (responsabilités ? crimes de guerre ?, etc.).

En résumé, c'est à la fois détaillé et technique (ratio entre bombes incendiaires et explosives pour obtenir un effet maximum par exemple), complet et bien écrit, mesuré et soutenu par de nombreuses citations : un livre excellent.

Perrin, Paris, 2015, 424 pages, 24 euros.

ISBN : 978-2-262-03851-9.

Bombardements de terreur

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25 janvier 2015 7 25 /01 /janvier /2015 06:00

L’art de la guerre au Moyen Âge

Historia Spécial - Janvier-février 2015

Un numéro tout à fait intéressant et qui se classe selon nous parmi les meilleurs des grandes revues généralistes. Sous la signature d’excellents spécialistes de la période, la question de la guerre au Moyen Âge est envisagée à travers les « combattants », des preux chevaliers aux milices communales, de l’infanterie aux « routiers » ; à travers les tactiques (ou plutôt les modes d’action) y compris sur mer ; et dans le cadre particulier de la guerre de siège et de l’évolution des châteaux et places fortes.

Bonne iconographie, nombreux encarts, quelques cartes, lecture aisée : lecture agréable .

Moyen Âge

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Qui Suis-Je ?

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  • : Guerres et conflits XIXe-XXIe s. se fixe pour objectif d’être à la fois (sans prétendre à une exhaustivité matériellement impossible) un carrefour, un miroir, un espace de discussions. Sans être jamais esclave de la « dictature des commémorations », nous nous efforcerons de traiter le plus largement possible de toutes les campagnes, de tous les théâtres, souvent dans une perspective comparatiste. C’est donc à une approche globale de l’histoire militaire que nous vous invitons.
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Cafés historiques de La Chouette

Prochaine séance : pour la rentrée de septembre. Le programme complet sera très prochainement mis en ligne.

Publications personnelles

Livres

 

doumenc-copie-1.jpgLa Direction des Services automobiles des armées et la motorisation des armées françaises (1914-1918), vues à travers l’action du commandant Doumenc

Lavauzelle, Panazol, 2004.

A partir de ma thèse de doctorat, la première étude d’ensemble sur la motorisation des armées pendant la Première Guerre mondiale, sous l’angle du service automobile du GQG, dans les domaines de l’organisation, de la gestion et de l’emploi, des ‘Taxis de la Marne’ aux offensives de l’automne 1918, en passant par la ‘Voie sacrée’ et la Somme.

 

La mobilisation industrielle, ‘premier front’ de la Grande Guerre ? mobil indus

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2005 (préface du professeur Jean-Jacques Becker).

En 302 pages (+ 42 pages d’annexes et de bibliographie), toute l’évolution industrielle de l’intérieur pendant la Première Guerre mondiale. Afin de produire toujours davantage pour les armées en campagne, l’organisation complète de la nation, dans tous les secteurs économiques et industriels. Accompagné de nombreux tableaux de synthèse.

 

colonies-allemandes.jpgLa conquête des colonies allemandes. Naissance et mort d’un rêve impérial

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2006 (préface du professeur Jacques Frémeaux).

Au début de la Grande Guerre, l’empire colonial allemand est de création récente. Sans continuité territoriale, les différents territoires ultramarins du Reich sont difficilement défendables. De sa constitution à la fin du XIXe siècle à sa dévolution après le traité de Versailles, toutes les étapes de sa conquête entre 1914 et 1918 (388 pages, + 11 pages d’annexes, 15 pages de bibliographie, index et cartes).

 

 caire damasDu Caire à Damas. Français et Anglais au Proche-Orient (1914-1919)

 14/18 Editions, Saint-Cloud, 2008 (préface du professeur Jean-Charles Jauffret).

Du premier au dernier jour de la Grande Guerre, bien que la priorité soit accordée au front de France, Paris entretient en Orient plusieurs missions qui participent, avec les nombreux contingents britanniques, aux opérations du Sinaï, d’Arabie, de Palestine et de Syrie. Mais, dans ce cadre géographique, les oppositions diplomatiques entre ‘alliés’ sont au moins aussi importantes que les campagnes militaires elles-mêmes.

 

hte silesieHaute-Silésie (1920-1922). Laboratoire des ‘leçons oubliées’ de l’armée française et perceptions nationales

‘Etudes académiques », Riveneuve Editions, Paris, 2009.

Première étude d’ensemble en français sur la question, à partir du volume de mon habilitation à diriger des recherches. Le récit détaillé de la première opération civilo-militaire moderne d’interposition entre des factions en lutte (Allemands et Polonais) conduite par une coalition internationale (France, Grande-Bretagne, Italie), à partir des archives françaises et étrangères et de la presse de l’époque (381 pages + 53 pages d’annexes, index et bibliographie).

 

cdt armee allde Le commandement suprême de l’armée allemande 1914-1916, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général von Falkenhayn 

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Le texte original de l’édition française de 1921 des mémoires de l’ancien chef d’état-major général allemand, accompagné d’un dispositif complet de notes infrapaginales permettant de situer les lieux, de rappeler la carrière des personnages cités et surtout de comparer ses affirmations avec les documents d’archives et les témoignages des autres acteurs (339 pages + 34 pages d’annexes, cartes et index).

 

chrono commChronologie commentée de la Première Guerre mondiale

Perrin, Paris, 2011.

La Grande Guerre au jour le jour entre juin 1914 et juin 1919, dans tous les domaines (militaire, mais aussi politique, diplomatique, économique, financier, social, culturel) et sur tous les fronts. Environ 15.000 événements sur 607 pages (+ 36 pages de bibliographie et d’index).

 

 Les secrets de la Grande Guerrecouverture secrets

Librairie Vuibert, Paris, 2012.

Un volume grand public permettant, à partir d’une vingtaine de situations personnelles ou d’exemples concrets, de remettre en lumière quelques épisodes peu connus de la Première Guerre mondiale, de la question du « pantalon rouge » en août 1914 à l’acceptation de l’armistice par von Lettow-Vorbeck en Afrique orientale, après la fin des hostilités sur le théâtre ouest-européen.

 

Couverture de l'ouvrage 'Mon commandement en Orient'Mon commandement en Orient, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général Sarrail

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2012

Le texte intégral de l'édition originale, passé au crible des archives publiques, des fonds privés et des témoignages des acteurs. Le récit fait par Sarrail de son temps de commandement à Salonique (1915-1917) apparaît véritablement comme un exemple presque caricatural de mémoires d'autojustification a posteriori

 

 

Coordination et direction d’ouvrages

 

Destins d’exception. Les parrains de promotion de l’Ecole Spéciale Militaire de Saint-Cyr

SHAT, Vincennes, 2002.

Présentation (très largement illustrée, 139 pages) des 58 parrains qui ont donné leur nom à des promotions de Saint-Cyr, entre la promotion « du Prince Impérial » (1857-1858) et la promotion « chef d’escadrons Raffalli » (1998-2001).

 

fflLa France Libre. L’épopée des Français Libres au combat, 1940-1945

SHAT, Vincennes et LBM, Paris, 2004.

Album illustré présentant en 191 pages l’histoire et les parcours (individuels et collectifs) des volontaires de la France Libre pendant la Seconde guerre mondiale.

 

marque courageLa marque du courage

SHD, Vincennes et LBM, Paris, 2005.

Album illustré présentant en 189 pages l’histoire des Croix de Guerre et de la Valeur Militaire, à travers une succession de portraits, de la Première Guerre mondiale à la Bosnie en 1995. L’album comporte en annexe une étude sur la symbolique, les fourragères et la liste des unités d’active décorées.

 

  90e anniversaire de la Croix de guerre90-ANS-CROIX-DE-GUERRE.jpg

SHD, Vincennes, 2006.

Actes de la journée d’études tenue au Musée de l’Armée le 16 novembre 2005. Douze contributions d’officiers historiens et d’universitaires, français et étrangers, de la naissance de la Croix de guerre à sa perception dans la société française, en passant les décorations alliées similaires et ses évolutions ultérieures.

 

france grèceLes relations militaires franco-grecques. De la Restauration à la Seconde guerre mondiale 

SHD,Vincennes, 2007.

Durant cette période, les relations militaires franco-grecques ont été particulièrement intenses, portées à la fois par les sentiments philhellènes qui se développent dans l’hexagone (la France est l’une des ‘Puissances protectrices’ dès la renaissance du pays) et par la volonté de ne pas céder d’influence aux Anglais, aux Allemands ou aux Italiens. La campagne de Morée en 1828, l’intervention en Crète en 1897, les opérations en Russie du Sud  en 1919 constituent quelques uns des onze chapitres de ce volume, complété par un inventaire exhaustif des fonds conservés à Vincennes.

 

verdunLes 300 jours de Verdun

Editions Italiques, Triel-sur-Seine, 2006 (Jean-Pierre Turbergue, Dir.).

Exceptionnel album de 550 pages, très richement illustré, réalisé en partenariat entre les éditions Italiques et le Service historique de la Défense. Toutes les opérations sur le front de Verdun en 1916 au jour le jour.

 

DICO-14-18.jpgDictionnaire de la Grande Guerre

(avec François Cochet), 'Bouquins', R. Laffont, 2008.

Une cinquantaine de contributeurs parmi les meilleurs spécialistes de la Grande Guerre, 1.100 pages, 2.500 entrées : toute la Première Guerre mondiale de A à Z, les hommes, les lieux, les matériels, les opérations, les règlements, les doctrines, etc.

 

fochFerdinand Foch (1851-1929). Apprenez à penser

(avec François Cochet), 14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Actes du colloque international tenu à l’Ecole militaire les 6 et 7 novembre 2008. Vingt-quatre communications balayant tous les aspects de la carrière du maréchal Foch, de sa formation à son héritage dans les armées alliées par des historiens, civils et militaires, de neuf nations (461 pages + 16 pages de bibliographie).

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