22 septembre 2014 1 22 /09 /septembre /2014 06:00

Avoir 20 ans au maquis du Vercors

1943-1944

Marc Serratrice

Nouveau témoignage sur le maquis du Vercors dans la collection 'Histoire intime'. Un document indiscutablement de grande qualité.

Le récit est dense, précis, et nous suivons pas à pas l'auteur au long de son engagement dans le Vercors, dès son Bac passé en 1943. Il s'agit d'abord pour lui d'échapper au STO, mais au-delà la conscience du caractère total de cet engagement est rapide. Il nous décrit ses journées au camp C3 (région d'Autrans), la rusticité de la vie, les problématiques de ravitaillement, l'aide apportée par quelques paysans et villageois plus ou moins proches ("On ne soulignera jamais assez combien fut important, durant cette période clandestine, le rôle de ces Français obscurs qui n'auront pas l'honneur des journaux et des chroniqueurs au même titre que les résistants notoires"), l'aménagement d'un abri mieux protégé pour l'hiver, ses camarades d'origines et d'opinions si variées, l'attente aussi : "Après un été dans l'attente déprimante d'un débarqement chimérique, l'automne avait donné le signal de nos premiers coups de main". On peut suivre le détail des patrouilles et actions conduites localement, l'organisation des parachutages (ainsi que la cache des matériels largués et leur gestion), les difficultés de l'alimentation même si l'environnement rural est plutôt favorable, les relations inter-personnelles dans un milieu confiné en hiver, le commandement des différents camps du plateau et les relations entre eux, les conséquences du débarquement de Normandie : "Le temps du maquis, c'est fini. Maintenant, nous allons combattre les Boches à visage découvert". Tout en reconnaissant que l'insurrection était encore trop précoce, il l'explique par le contexte du moment : "L'état-major du Vercors ne fit qu'appliquer le plan prévu de longue date lorsque lui arriva par la voix de la BBC le message convenu 'Le chamois des Alpes bondit' ... Cette conviction était renforcée par le fait que dans la nuit du 5 au 6 juin, la BBC a diffusé tous les messages ordonnant à toute la résistance sans distinction de lieu de passer à l'action. Quatre jours après, changement de situation, la BBC diffuse un message général recommandant aux maquis non directement intéressés par la bataille de Normandie de freiner l'action, voir de se désengager. Pour le Vercors, c'était trop tard. Le maquis s'était démasqué". Les combats du début de l'été, la proclamation de la "république restaurée" le 3 juillet (selon le témoin, et non le 7 ou le 8) et quelques coups de griffe bien sentis aux militaires de l'ex-armée d'armistice qui rejoignent alors le plateau. L'auteur est désormais dans le secteur de Corrençon. Il raconte les journées et les nuits de juillet, les combats, l'action des avions, la bataille elle-même ("Je me souviens très bien du temps épouvantable qui s'abattait sur nous, ajoutant au sinistre de cette inoubliable journée"), les replis successifs et le prise d'Autrans par les Allemands, l'exfiltration par les sentiers perdus, les idées qui se bousculent dans les têtes et la détermination de quelques hommes : "C'est donc sans autre idée que de tenir tous ensemble que nous nous apprêtions à gagner la montagne de la Sure le matin du 24 juillet". Après de longues et difficiles semaines de survie et d'isolement, c'est la libération effective et la constitution d'une unité régulière, qui va poursuivre la guerre.

Un livre aussi facile à lire que passionnant. Riche de détails, précis, au ton spontané et qui laisse vraiment le sentiment d'un témoignage honnête. Au ras du sol, au coeur des réalités. A lire et à conserver.

ANOVI, 2014, 335 pages, 22 euros.

ISBN : 978-2-914818-68-1.

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Maquis

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21 septembre 2014 7 21 /09 /septembre /2014 06:15

La guerre des polices n'a pas eu lieu

Gendarmes et policiers, co-acteurs de la sécurité publique

sous la Troisième République (1870-1914)

Laurent Lopez

Voici une étude de référence sur un sujet qui conserve toute son actualité bien au-delà de la période étudiée : les relations entre une force relevant du ministère de l'Intérieur et une autre relevant du ministère de la Guerre dans le maintien de l'ordre public et la sécurité intérieure.

Dans une dense introduction qui présente en particulier l'historiographie de "l'histoire policière", Laurent Lopez explique en particulier l'intérêt de cette étude croisée à une époque charnière. Il développe ensuite son travail en trois grandes parties : "Incarner ou représenter la loi", "Fabriquer ou maintenir l'ordre", "Faire ou être la police judiciaire", au long desquelles thème par thème, sujet par sujet, il aborde toutes les facettes des rapports entre policiers et gendarmes. Procédant toujours par comparaison entre les deux entités, il s'intéresse aussi aux différences entre Paris et la province, au sentiment d'adhésion à la république de l'une et l'autre force, aux passages (individuels) de la gendarmerie à la police, à la collecte du renseignement intérieur. Dans la dernière partie, Laurent Lopez détaille les problématiques particulières de maintien de l'ordre au tournant du XXe siècle avec la crise des attentats anarchistes et donne le récit précis de l'affaire Bonnot. L'auteur souligne en conclusion que dans le temps long le rapprochement progressif entre les deux formations est une constante, une tendance lourde, et qu'il est préférable de parler de complémentarité plutôt que d'opposition, et observe que cette évolution se poursuit durant l'entre-deux-guerres : "La gendarmerie a donc, avant tout, une mission de police à l'intérieur du pays. Par la suite, elle ne saurait être régie par les mêmes règles que les autres armes, qui ont à défendre la patrie contre les ennemis du dehors".

Le livre se termine sur une série d'annexes judicieusement sélectionnées, 25 pages de sources et 12 pages de bibliographie, formant ainsi un vrai ouvrage de référence, complet, sur une question qui ne cesse pas d'agiter les esprits jusqu'au début des années 2000.

Presses universitaires de Paris Sorbonne, 2014, 509 pages, 24 euros.

ISBN : 978-2-84050-932-5.

Ordre public

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20 septembre 2014 6 20 /09 /septembre /2014 06:15

Les hydravions de la Luftwaffe (vol. 3)

Jean-Louis Roba et Michel Ledet

Dans la dense collection des gros albums 'Profils d'avions', les éditions Lela Presse proposent aujourd'hui la troisième partie de leur véritable encyclopédie spécialisée.

Très richement illustré selon les canons de la série, ce volumineux ouvrage présente une dizaine d'appareils différents. Il consacre toutefois une partie significative de sa pagination au Dornier 24, un appareil quasi-mythique qui a servi aussi bien au sein des forces alliées (en particulier aux Indes néerlandaises et dans le Pacifique) que de la marine allemande  (et jusqu'au nord du front de l'est), avant, pendant et après la guerre. Qualifié de "superbe appareil" par les auteurs, il mérite sans aucun doute cette appréciation. Croquis, écorchés, coupes des différents éléments font de cette partie un "must" pour les spécialistes. Appareils des marques Arado, Blohm & Voss, Heinkel et Junkers sont ensuite plus rapidement étudiés et l'ouvrage se termine sur une quarantaine de pages avec la présentation d'appareils saisis dans divers pays occupés et réutilisés par les Allemands.

Un très beau volume, dont le prix élevé devrait hélas limiter la diffusion.

Editions Lela Presse, Le Vigen, 2014, 414 pages, 65 euros.

ISBN : 978-2-914017-66-4.

Aéronavale

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19 septembre 2014 5 19 /09 /septembre /2014 06:15

Mémoire de guerre

Le Vercors, 1943-1945

Robert Bennes, alias 'capitaine Bob'

Petit ouvrage de souvenirs, mais d'une réelle qualité. L'auteur, parachuté au printemps 1944 pour organiser le recueil des armes et matériels largués par les Alliés à la résistance iséroise, va devenir l'opérateur radio du maquis et l'un de ses responsables les plus actifs.

Le récit commence par la description du périple qui, de Paris à Casablanca via l'Espagne, permet à cinq jeunes gens de rejoindre la France Combattante. Il se poursuit par le récit de la formation militaire reçue dans un régiment de chasseurs d'Afrique, au 1er REC et enfin au bataillon de choc parachutiste. En mars 1944, Robert Bennes part en mission pour l'hexagone et prépare les parachutages alliés, la récupération des hommes et des matériels. Le 6 juin, il reçoit l'ordre de consacrer toutes ses activités au maquis du Vercors, se trouve affecté à la défense du côté Est du célèbre massif, se cache pendant plusieurs semaines après l'offensive allemande, en ayant pris soin de mettre à l'abri ses matériels, et peut enfin quitter la clandestinité en août pour rejoindre la 2e compagnie du 6e BCA. Ces chapitres chronologiques sont suivis de quelques autres plus "thématiques", évoquant concrètement et dans le détail les parachutages eux-mêmes, l'action des opérateurs radio, la libération de Lyon et une dernière mission ("Mission Rose"), à la veille de la capitulation allemande, avec pour objectif d'essayer de prendre contact avec des résistants autrichiens.

Un témoignage simple, sobre, facile à lire et riche de renseignements, qui apporte bien des détails précis à des études plus larges sur la résistance et les maquis dans la région.

Coll. 'Histoire intime', ANOVI, 2014, 143 pages, 19 euros.

ISBN : 978-2-914818-75-9.

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Vercors

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18 septembre 2014 4 18 /09 /septembre /2014 06:15

Manuel d'histoire globale

Chloé Maurel

Les effets de mode étant ce qu'ils sont, y compris dans le microcosme universitaire, il était important de pouvoir disposer de ce manuel, véritable outil de définition de domaines et matières qui bénéficient d'une aura nouvelle sans que l'on sache parfois exactement ce qu'ils recouvrent. Ne serait-ce que pour donner un sens à des mots ou des formules souvent employés sans être toujours compris.

Le livre de Chloé Maurel est donc consacré à "l'histoire globale". En deux grandes parties, l'auteure nous dresse l'arbre généalogique de cette discipline, de ses origines à ses nombreuses et différentes branches les plus récentes. Elle précise tous les champs de recherche et explicite tous les termes, souvent anglo-saxons (world history, global history, cultural studies, postcolonial studies, shared history, etc.), en présentant pour chaque catégorie les principaux auteurs, les théoriciens, leurs publications et l'articulation générale de leurs démonstrations. On observe aussi que pour la quasi-totalité d'entre eux ils appartiennent à des courants politiques "progressistes", socialisants ou marxistes, et que l'économie et les questions sociales et culturelles tiennent une place essentielle dans leurs travaux. Cet engagement se manifeste dès le début, à partir des Peace Studies, "dans le cadre de ce climat universaliste de l'après-guerre". La démographie, les cultures et le commerce, les maladies, les océans, le climat, l'énergie sont autant de thèmes de recherche dans ce domaine aujourd'hui, à l'heure de toutes les mondialisations. A l'exception de l'aspect colonial, sauf erreur de notre part, il ne semble pas que les questions militaires soient traitées dans ce volume, elles sont à peine évoquées en fin de livre par des références marginales. Et pourtant ! Au-delà des seules études comparatives, quelle richesse dans une histoire globale des conflits et de l'art de la guerre ! Un champ encore à peu près vierge (même si quelques signes apparaissent depuis 3 ou 4 ans), qu'il va falloir investir...

Une riche bibliographie complète cette étude, dense et claire à la fois, qui, par son caractère synthétique, doit être lue par tout étudiant engagé dans un cursus en sciences humaines. 

Armand Colin, Paris, 2014, 215 pages, 22 euros.

ISBN : 978-2-200-27859-5.

Définition(s)

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17 septembre 2014 3 17 /09 /septembre /2014 06:05

Le procès de Louis XVI

Albert Soboul

Grand spécialiste de la Révolution française décédé depuis une trentaine d'années, Albert Soboul a publié ce livre pour sa première édition en 1977. C'est assez dire si, en dépit des années, il est devenu un classique.

A partir de très larges extraits de déclarations et discours, écrits et correspondances, textes officiels et privés, émanant de toutes les tendances considérées et de la plupart des protagonistes du procès, il reprend point par point les éléments objectifs et subjectifs du débat historique. Montrant toute l'importance des fondamentaux idéologiques et des prises de position politiques, Albert Soboul entre dans le détail des événements, des rapports successifs de différents parlementaires et commissaires au contenu de "l'armoire de fer". Tout un long chapitre au coeur du livre (pp. 128-271) est consacré avec une infinie précision aux débats qui se déroulent devant la Convention de décembre 1792 à janvier 1793, et force est d'admettre que les documents cités apportent une réelle plus-value. Et après bien des rebondissements, vient la condamnation, puis l'exécution. La conclusion de l'auteur témoigne de son parti pris constant dans l'ouvrage (la mort était inévitable et à bien des égards nécessaire), mais élève aussi le débat : "Pardonner à Louis XVI, lui accorder des circonstances atténuantes, c'était justifier l'appel à l'étranger, le territoire envahi, la patrie déchirée. Pardonner au roi, c'était condamner la nation. Dans les Conventionnels qui, non sans courage, non sans péril, condamnèrent le roi, nous honorons, comme Michelet, les fondateurs de la République".

Tout à fait recommandé, en particulier pour la richesse, la densité et la diversité des citations qui émaillent chaque page.  

Folio Histoire, Paris, 2014, 387 pages. 8,40 euros.

ISBN : 978-2-07-045686-4.

"Tout roi est un rebelle et un usurpateur"

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16 septembre 2014 2 16 /09 /septembre /2014 05:55

Le mythe du Blitzkrieg

Comment Hitler et les Alliés se trompèrent sur les réalités stratégiques de la Seconde guerre mondiale

John Mosier

Nouvelle remise en cause d'idées généralement diffusées sur la Seconde guerre mondiale : et si tous les états-majors s'étaient trompés ?

L'idée maîtresse qui sert de "fil rouge" à l'ouvrage est intéressante et, à bien des égards, ne surprendra pas les connaisseurs de la période. C'est ainsi que l'auteur analyse successivement en une dizaine de chapitres un certain nombre de "vérités" toujours répétées sur la Seconde guerre mondiale ("La ligne Maginot et la réponse d'Hitler", "Les leçons ignorées : la Pologne et la Guerre d'hiver", l'offensive allemande et la chute de la France : mai-juin 1940", "Les emplois et les erreurs d'emploi des blindés", "La faillite de la puissance aérienne stratégique", etc...), démontrant sur la base de documents, archives et témoignages que ce Blitzkrieg est "une idée vraie et fausse à la fois" et que les fondamentaux de l'art de la guerre (rôle et importance de la volonté politique, capacité à saisir les opportunités, respect des principes tactiques, etc.) sortent en fait fortifiés, consolidés, ce cette période. L'ouvrage est donc sur bien des points décapant, ou "rafraichissant". Attention toutefois à ne pas tomber dans l'excès inverse et à passer de la mythification de la guerre-éclair à son dénigrement systématique en voulant à tout prix prouver qu'elle n'existe pas. Comme souvent en histoire, la réalité est sans aucun doute plus complexe que les affirmations de l'auteur ne le laisse entendre : il n'est par exemple dit nulle part (me semble-t-il) que la victoire-éclair doit être obtenue à moindre coût humain et matériel et, pour être extrêmement coûteuses (comme la campagne de Hollande en 1940) certaines victoires allemandes du début de la guerre en particulier y ressemblent étrangement.

Comme le fait d'ailleurs remarquer l'auteur au fil des pages et en conclusion, d'autres paramètres interviennent (loi des nombres, qualité de la formation des soldats et des cadres, densité de l'encadrement des unités, etc.), qui conditionnent au moins en partie, en quelque sorte en amont, le déroulement d'une bataille. Pas de polémique inutile des "pro" et des "antis" sur ce livre donc : à lire avec méthode et à analyser au fur et à mesure. Au final, des passages convaincants et d'autres beaucoup moins. En résumé, un bon élément de réflexion complémentaire, à confronter à d'autres travaux récents.

Economica, Paris, 2014, 253 pages, 30 euros.

ISBN : 978-2-7178-6690-2.

Blitzkrieg

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13 septembre 2014 6 13 /09 /septembre /2014 06:20

Les dernières heures de Guernica

Gordon Thomas et Max Morgan-Witts

Le nom de Guernica est à bien des égards devenu à lui seul, dans l’esprit public, symbolique de la guerre d’Espagne, à la fois dans ce qu’elle annonce de terrible pour l’Europe et dans ce qu’elle dit d’horrible sur la guerre civile et idéologique.

Après plus de deux ans de recherches, les deux auteurs détaillent au plus près de la réalité locale, heure par heure, quart d’heure par quart d’heure, la vie et les événements dans la ville elle-même et dans le camp nationaliste, du dimanche 25 avril 1937 (date à laquelle la décision est définitivement arrêtée de bombarder la cité basque) au lendemain, lundi 26, qui voit le feu s’abattre sur la cité. Chacune de ces deux grandes parties est elle-même divisée en quatre chapitres chronologiques qui couvrent les 24 heures d’une journée. Du côté nationaliste, l’un des principaux protagonistes est le lieutenant-colonel von Richthofen, chef d’état-major du corps aérien de la Légion Condor, suivi sans interruption au long de ses deux jours (comme ses principaux officiers) dans ses activités militaires et privées, et qui ne manifeste pas d’estime particulière à l’égard de la plupart des responsables militaires espagnols ou italiens. Du côté républicain, l’infirmière Teresa Ortuz dans un monastère transformé en hôpital, les pères Iturran et Eusebio  dans leurs églises au milieu d’une population certes républicaine mais très religieuse, le lieutenant Gandaria qui s’inquiète des dissensions voire de l’amateurisme de l’état-major régional, et quelques autres sont des personnages récurrents dont la vie au cours de ces deux journées est soigneusement reconstituée, avec leurs rencontres, leurs conversations, leurs hésitations ou certitudes, leurs espoirs ou inquiétudes. Alternant par brefs chapitres les récits du côté germano-nationaliste et du côté basco-républicain, les deux auteurs nous entraînent ainsi dans la salle où est prise, entre officiers espagnols et allemands, la décision de bombarder un site stratégique, puis dans la cabine du chef de « l’escadrille spéciale », qui sera chargé le lendemain de la première mission. Le lundi, « peu après 11 heures, von Richthofen et Vigon se rencontrèrent seuls … Les deux hommes examinèrent les photographies aériennes de reconnaissance et discutèrent de la situation militaire. Puis, sans en référer à aucune autorité supérieure, un Espagnol de Madrid et un Allemand de Silésie fixèrent le destin du berceau spirituel des Basques ». Pour détruire un pont situé à trois cents mètres de la ville, peu avant 16h30, les premières bombes tombent, sur la place de la gare, au centre de la ville. Puis les vagues se succèdent, larguant leurs bombes sur les usines et ateliers, sur les maisons, sur un restaurant, sur une banque, comme au hasard. Une deuxième, puis une troisième vague suivent, à quelques dizaines de minutes d’intervalle : « Peu après 18h30, les derniers appareils quittent le ciel de la ville après avoir largué leur chapelets de bombes ». Pendant toute la soirée puis la nuit, la ville va brûler et la nouvelle de la quasi destruction de la cité historique se répand rapidement, obligeant les Allemands à démentir toute participation à l’opération et les Nationalistes à mentir en suggérant « l’hypothèse que les Basques eux-mêmes avaient détruit la ville à la dynamite … Ainsi naquit la légende selon laquelle Guernica fut brulée par ses propres habitants ». L’infanterie suit l’aviation, en passant par le fameux pont, non démoli par le bombardement qui lui était initialement destiné. Le jeudi en milieu de matinée le drapeau nationaliste flotte sur le bâtiment du parlement basque.

Un récit sans doute parfois un peu daté (première édition en 1977), mais qui reste l’un des principaux ouvrages en français sur cet épisode dramatique de la guerre civile espagnole.

Nouveau Monde Poche, Paris, 2014, 347 pages, 8 euros.

ISBN : 978-2-36942-002-2.

Guerre d'Espagne

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12 septembre 2014 5 12 /09 /septembre /2014 06:20

Les grandes batailles de l'histoire de France

Vincent Bernard

Dans la série des petits manuels récemment publiés, la collection ‘Repères d’histoire’ s’étoffe et, avec ce nouveau volume petit format (et petit prix), Vincent Bernard nous propose une sélection (dont il exprime et assume les critères en introduction) de 58 batailles particulièrement marquantes de l’histoire de France.

De la période antique (au risque de tordre un peu la notion de « France ») à la fin du XIXe siècle, elles sont classées en six grandes périodes (« Rome et les Gaules », « Regnum Francorum », « Du Moyen Âge à la Renaissance », « Guerres d’Italie et de religion, le ‘beau’ siècle », « Les batailles de l’Ancien régime », et « La Révolution et l’âge des nations »). Chacune fait l’objet d’environ 1,5 à 2 pages et chaque présentation commence par quelques références indispensables (conflit, date, lieu exact, belligérants, effectifs engagés, vainqueur) avant de se poursuivre par une description des combats en eux-mêmes. On doit ici souligner trois belles qualités en si peu d’espace : remarquable effort de synthèse, aptitude à mettre en relief les enseignements ou les conséquences, honnêteté lorsque (pour les conflits les plus anciens en particulier) certaines données sont sujettes à caution par manque de sources ou lorsqu’un débat historiographique agite le petit monde des spécialistes.

On pourra bien sûr toujours se demander pourquoi telle bataille a été retenue, et pas une autre, mais il s’agit bien de la liberté de choix de l’auteur. La variété des exemples sélectionnés devrait néanmoins satisfaire le plus grand nombre (qui se souvient de la bataille d’Orange, ou de celle de Fontenoy-en-Puisaye ?). Enfin, pour les « batailles » du XXe siècle, Vincent Bernard explique qu’après « la guerre de 1870 s’éloignent une certaine forme de guerre et une certaine définition de la bataille en tant qu’événement ponctuel, isolé et dominant. L’unité de temps, de lieu, d’action, parfois relative mais réelle qui avait marqué jusque-là les grands événements militaires, les journées décisives en ‘champ clos’ et décidant en quelques heures, parfois quelques minutes, du sort d’une campagne, d’une guerre, orientant le destin d’un pays pour plusieurs décennies, est alors en grande partie révolue ». Cela nous donnera-t-il dans quelques temps un nouveau volume consacré au siècle tragique des deux guerres mondiales ?

En attendant, voici un petit volume tout-à-fait réussi.

Editions Sud-Ouest, Bordeaux, 2014, 127 pages, 5 euros.
ISBN : 978-2-81770-360-2.

Manuel

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11 septembre 2014 4 11 /09 /septembre /2014 06:00

177

Jean-Yves Le Naour

Bien connu pour ces nombreux ouvrages sur la Première Guerre mondiale, l'historien Jean-Yves Le Naour annonce-t-il un changement d'orientation ? Il nous livre ici son premier roman, sur un thème étroitement lié à la Seconde guerre mondiale. A travers ce roman (très probablement inspiré par un certain nombre de parcours individuels ?), Jean-Yves Le Naour fait revivre devant nous le parcours, les motivations, les espoirs et les craintes, l’entraînement, de ces 177 Français qui participèrent dans la première vague au débarquement de juin 1944.

Au fil de brefs chapitres rédigés d’une plume alerte, nous partageons plusieurs mois de leur vie. Nous croisons une étonnante galerie de portraits, du jeune d’à peine 16 ans à « l’ancien » de 38, du mauvais garçon au prêtre, etc. Chacun est affublé d’un surnom sous lequel on le connait, les personnalités sont bien sûr nettement marquées (l’extraverti, le timide, le costaud, le discret, etc.) et les exercices décrits sont toujours une occasion ou un prétexte pour mettre en valeur telle ou telle qualité. L’ensemble permet à l’auteur d’imaginer différentes conversations, différentes anecdotes sur cette lande écossaise où les hommes vont passer de longs mois à l’entraînement avant d’obtenir leur béret vert des commandos britanniques. Description de la sélection physique et morale, personnage rigoureux mais attachant de Kieffer, attitude des cadres de contact, quelques phrases éparses sur les relations avec les autorités de la France Libre et en particulier des FNFL, de rares sorties dans la commune voisine, et la qualité des liens qui unissent ces hommes, parfois longs et difficiles à nouer mais finalement si forts, à l’aune de l’expérience exceptionnelle partagée. Enfin, dans les trois dernières pages, l’embarquement le 4 juin puis l’ultime attente sur les Landing Crafts : « La nuit va être courte, les gars, … la plus courte de votre vie ! ».

Facile et agréable à lire. Un bon moyen pour replonger à l’origine de « l’esprit commando »  et retrouver ces 177 Français ordinaires devenus héros, dont il ne restait que dix survivants en début d’année.

Fayard, Paris, 2014, 232 pages, 18 euros.

ISBN : 978-2-213-68204-4.

Roman historique

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Qui Suis-Je ?

  • : Guerres-et-conflits
  • : Guerres et conflits XIXe-XXIe s. se fixe pour objectif d’être à la fois (sans prétendre à une exhaustivité matériellement impossible) un carrefour, un miroir, un espace de discussions. Sans être jamais esclave de la « dictature des commémorations », nous nous efforcerons de traiter le plus largement possible de toutes les campagnes, de tous les théâtres, souvent dans une perspective comparatiste. C’est donc à une approche globale de l’histoire militaire que nous vous invitons.
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Cafés historiques de La Chouette

Prochaine séance : pour la rentrée de septembre. Le programme complet sera très prochainement mis en ligne.

Publications personnelles

Livres

 

doumenc-copie-1.jpgLa Direction des Services automobiles des armées et la motorisation des armées françaises (1914-1918), vues à travers l’action du commandant Doumenc

Lavauzelle, Panazol, 2004.

A partir de ma thèse de doctorat, la première étude d’ensemble sur la motorisation des armées pendant la Première Guerre mondiale, sous l’angle du service automobile du GQG, dans les domaines de l’organisation, de la gestion et de l’emploi, des ‘Taxis de la Marne’ aux offensives de l’automne 1918, en passant par la ‘Voie sacrée’ et la Somme.

 

La mobilisation industrielle, ‘premier front’ de la Grande Guerre ? mobil indus

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2005 (préface du professeur Jean-Jacques Becker).

En 302 pages (+ 42 pages d’annexes et de bibliographie), toute l’évolution industrielle de l’intérieur pendant la Première Guerre mondiale. Afin de produire toujours davantage pour les armées en campagne, l’organisation complète de la nation, dans tous les secteurs économiques et industriels. Accompagné de nombreux tableaux de synthèse.

 

colonies-allemandes.jpgLa conquête des colonies allemandes. Naissance et mort d’un rêve impérial

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2006 (préface du professeur Jacques Frémeaux).

Au début de la Grande Guerre, l’empire colonial allemand est de création récente. Sans continuité territoriale, les différents territoires ultramarins du Reich sont difficilement défendables. De sa constitution à la fin du XIXe siècle à sa dévolution après le traité de Versailles, toutes les étapes de sa conquête entre 1914 et 1918 (388 pages, + 11 pages d’annexes, 15 pages de bibliographie, index et cartes).

 

 caire damasDu Caire à Damas. Français et Anglais au Proche-Orient (1914-1919)

 14/18 Editions, Saint-Cloud, 2008 (préface du professeur Jean-Charles Jauffret).

Du premier au dernier jour de la Grande Guerre, bien que la priorité soit accordée au front de France, Paris entretient en Orient plusieurs missions qui participent, avec les nombreux contingents britanniques, aux opérations du Sinaï, d’Arabie, de Palestine et de Syrie. Mais, dans ce cadre géographique, les oppositions diplomatiques entre ‘alliés’ sont au moins aussi importantes que les campagnes militaires elles-mêmes.

 

hte silesieHaute-Silésie (1920-1922). Laboratoire des ‘leçons oubliées’ de l’armée française et perceptions nationales

‘Etudes académiques », Riveneuve Editions, Paris, 2009.

Première étude d’ensemble en français sur la question, à partir du volume de mon habilitation à diriger des recherches. Le récit détaillé de la première opération civilo-militaire moderne d’interposition entre des factions en lutte (Allemands et Polonais) conduite par une coalition internationale (France, Grande-Bretagne, Italie), à partir des archives françaises et étrangères et de la presse de l’époque (381 pages + 53 pages d’annexes, index et bibliographie).

 

cdt armee allde Le commandement suprême de l’armée allemande 1914-1916, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général von Falkenhayn 

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Le texte original de l’édition française de 1921 des mémoires de l’ancien chef d’état-major général allemand, accompagné d’un dispositif complet de notes infrapaginales permettant de situer les lieux, de rappeler la carrière des personnages cités et surtout de comparer ses affirmations avec les documents d’archives et les témoignages des autres acteurs (339 pages + 34 pages d’annexes, cartes et index).

 

chrono commChronologie commentée de la Première Guerre mondiale

Perrin, Paris, 2011.

La Grande Guerre au jour le jour entre juin 1914 et juin 1919, dans tous les domaines (militaire, mais aussi politique, diplomatique, économique, financier, social, culturel) et sur tous les fronts. Environ 15.000 événements sur 607 pages (+ 36 pages de bibliographie et d’index).

 

 Les secrets de la Grande Guerrecouverture secrets

Librairie Vuibert, Paris, 2012.

Un volume grand public permettant, à partir d’une vingtaine de situations personnelles ou d’exemples concrets, de remettre en lumière quelques épisodes peu connus de la Première Guerre mondiale, de la question du « pantalon rouge » en août 1914 à l’acceptation de l’armistice par von Lettow-Vorbeck en Afrique orientale, après la fin des hostilités sur le théâtre ouest-européen.

 

Couverture de l'ouvrage 'Mon commandement en Orient'Mon commandement en Orient, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général Sarrail

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2012

Le texte intégral de l'édition originale, passé au crible des archives publiques, des fonds privés et des témoignages des acteurs. Le récit fait par Sarrail de son temps de commandement à Salonique (1915-1917) apparaît véritablement comme un exemple presque caricatural de mémoires d'autojustification a posteriori

 

 

Coordination et direction d’ouvrages

 

Destins d’exception. Les parrains de promotion de l’Ecole Spéciale Militaire de Saint-Cyr

SHAT, Vincennes, 2002.

Présentation (très largement illustrée, 139 pages) des 58 parrains qui ont donné leur nom à des promotions de Saint-Cyr, entre la promotion « du Prince Impérial » (1857-1858) et la promotion « chef d’escadrons Raffalli » (1998-2001).

 

fflLa France Libre. L’épopée des Français Libres au combat, 1940-1945

SHAT, Vincennes et LBM, Paris, 2004.

Album illustré présentant en 191 pages l’histoire et les parcours (individuels et collectifs) des volontaires de la France Libre pendant la Seconde guerre mondiale.

 

marque courageLa marque du courage

SHD, Vincennes et LBM, Paris, 2005.

Album illustré présentant en 189 pages l’histoire des Croix de Guerre et de la Valeur Militaire, à travers une succession de portraits, de la Première Guerre mondiale à la Bosnie en 1995. L’album comporte en annexe une étude sur la symbolique, les fourragères et la liste des unités d’active décorées.

 

  90e anniversaire de la Croix de guerre90-ANS-CROIX-DE-GUERRE.jpg

SHD, Vincennes, 2006.

Actes de la journée d’études tenue au Musée de l’Armée le 16 novembre 2005. Douze contributions d’officiers historiens et d’universitaires, français et étrangers, de la naissance de la Croix de guerre à sa perception dans la société française, en passant les décorations alliées similaires et ses évolutions ultérieures.

 

france grèceLes relations militaires franco-grecques. De la Restauration à la Seconde guerre mondiale 

SHD,Vincennes, 2007.

Durant cette période, les relations militaires franco-grecques ont été particulièrement intenses, portées à la fois par les sentiments philhellènes qui se développent dans l’hexagone (la France est l’une des ‘Puissances protectrices’ dès la renaissance du pays) et par la volonté de ne pas céder d’influence aux Anglais, aux Allemands ou aux Italiens. La campagne de Morée en 1828, l’intervention en Crète en 1897, les opérations en Russie du Sud  en 1919 constituent quelques uns des onze chapitres de ce volume, complété par un inventaire exhaustif des fonds conservés à Vincennes.

 

verdunLes 300 jours de Verdun

Editions Italiques, Triel-sur-Seine, 2006 (Jean-Pierre Turbergue, Dir.).

Exceptionnel album de 550 pages, très richement illustré, réalisé en partenariat entre les éditions Italiques et le Service historique de la Défense. Toutes les opérations sur le front de Verdun en 1916 au jour le jour.

 

DICO-14-18.jpgDictionnaire de la Grande Guerre

(avec François Cochet), 'Bouquins', R. Laffont, 2008.

Une cinquantaine de contributeurs parmi les meilleurs spécialistes de la Grande Guerre, 1.100 pages, 2.500 entrées : toute la Première Guerre mondiale de A à Z, les hommes, les lieux, les matériels, les opérations, les règlements, les doctrines, etc.

 

fochFerdinand Foch (1851-1929). Apprenez à penser

(avec François Cochet), 14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Actes du colloque international tenu à l’Ecole militaire les 6 et 7 novembre 2008. Vingt-quatre communications balayant tous les aspects de la carrière du maréchal Foch, de sa formation à son héritage dans les armées alliées par des historiens, civils et militaires, de neuf nations (461 pages + 16 pages de bibliographie).

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