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10 juin 2013 1 10 /06 /juin /2013 06:50

La guerre d'Algérie des Harkis

1954-1962

François-Xavier Hautreux

Belle et solide étude, au ton mesuré, que nous livre aujourd'hui François-Xavier Hautreux avec cette Guerre d'Algérie des Harkis.

Il semble, à la lecture de ce travail, que l'on puisse enfin parler sereinement des différentes formes d'organisations des "supplétifs" autochtones de l'armée française pendant la guerre d'Algérie, en dépit des blessures toujours ouvertes et des mémoires exacerbées. En effet, comme le précise l'auteur dans son introduction, "le mot 'Harki' ... a depuis longtemps cessé de désigner dans le langage courant une quelconque réalité historique pour devenir un symbole, une métaphore dont le contenu n'appartient finalement qu'à celui qui en use". Il rappelle également que "les Harkis et les autres auxiliaires de l'armée française forment un groupe cohérent et ont une histoire qui leur est propre", ce qui explique qu'il se place non pas au plan individuel mais au niveau collectif d'un "système mis en place et planifié dans un contexte particulier, organisé par un grand corps de l'Etat". Afin de permettre au lecteur de suivre sa démonstration aisément et en toute cohérence, François-Xavier Hautreux adopte un plan chronologique en trois grandes parties : "Premiers engagements, 1954-1956" (comprenant les chapitres "Héritages coloniaux", "Guerre de libération nationale ou guerres locales", "Guerre révolutionnaire et troupes auxiliaires"), puis "Gagner la guerre avec les Algériens, 1957-1961" (avec "Contre offensive, 1957-1958", "Challe et les supplétifs, l'apogée, 1959-1961" et "Hsitoires et mémoires de guerre"), et enfin "Finir la guerre, 1961- ..." (avec "Le désengagement", "L'Algérie ou la France, le chaos du printemps 1962" et "Après l'indépendance, les Harkis entre l'Algérie et la France". On comprend qu'il lui est ainsi possible de traiter son sujet de façon à la fois extrêmement large mais aussi nuancée, puisqu'en abordant des aspects très différents (recrutement, motivations, administration, emploi, situation-s- après 1961, etc.) pour les diverses catégories de supplétifs (Harkis stricto sensu, mais aussi Aassès, groupes divers d'autodéfense, Mokhaznis, etc.), il peut relativiser le poids de tel ou tel élément dans un riche tableau d'ensemble. N'attendez pas de ce livre (sauf à la marge) la description de situations individuelles ou un récit frappé au sceau de l'émotion. Le texte est toujours référencé, les données administratives et réglementaires sont précisées et les "à côtés" politiques ou financiers pris en compte. Quelques images, désormais bien connues, frappent néanmoins, comme celles, finales, de ces camps de Rivesaltes et de L'Ardoise en 1962, où "l'improvisation domine" et où "les douches ne fonctionnent pas", dans "un océan de boue privé d'électricité" tandis qu'une "seule infirmerie accueille les malades à la lumière des bougies"... Une dette supplémentaire contractée par une République bien oublieuse de ceux qui avaient choisi de se battre pour elle.

Quelques tableaux récapitulatifs et graphiques complètent les données chiffrées, et le livre se termine sur plusieurs dizaines de pages de notes et de bibliographie, permettant à ceux qui le souhaitent d'aller plus loin. Si le sujet divise encore (en particulier de l'autre côté de la Méditerranée), voilà une solide synthèse qui devrait s'imposer par sa précision et son recul vis-à-vis de réactions trop émotives, même si elles sont humainement compréhensibles.

Perrin, Paris, 2013, 468 pages, 24 euros.

ISBN : 978-2-262-03591-4.

L'auteur a bien voulu préciser certains points sur ce dossier resté pour beaucoup sensible

Question : Alors que nous venons de passer le cinquantième anniversaire de la fin de la guerre d'Algérie, pensez-vous que les esprits soient prêts, désormais, à aborder ces sujets avec sérénité ?

Réponse : Tout dépend de quels esprits nous parlons. A l’université, dans les revues, dans les musées, dans de nombreux autres endroits, on peut parler de l’histoire franco-algérienne avec sérénité la plupart du temps. Ailleurs, l’émotion que celle-ci suscite n’empêche pas toujours la sérénité. Ce qui provoque cette émotion, c’est le « contemporanéisme », pourrait-on dire. Le fait qu’il s’agisse d’une histoire à la fois passée et « présente ». Parfois, c’est la lecture contemporaine qui domine. Parfois, elle est utilisée à d’autres fins que celle de la compréhension. C’est cela qui empêche la sérénité. Avec plus ou moins d’intensité, la « guerre d’Algérie » est un de ces sujets qui concerne chacun d’entre nous. Pour les « harkis », le lien entre passé et présent est plus évident, il tourne même souvent à la confusion. Il est aussi plus vivant et en construction. Ce sujet est également particulièrement politisé depuis 1962, c’est sans doute là que réside le principal obstacle à la sérénité.

Question : Au-delà des motivations finalement très variées des Harkis à l'engagement, vous évoquez une "économie parallèle de la guerre" et des "crédits Harkis" ne servant pas qu'à financer ces troupes supplétives. Fallait-il tricher avec les budgets pour pouvoir faire la guerre ?

Réponse : Concernant les harkis (qui étaient une catégorie d’auxiliaires Algériens de l’armée française), le commandement français a toujours été plus attentif à leur gestion, à leur administration, qu’à leurs missions. Les harkis étaient des unités civiles à l’origine. A l’été 1957, ils passent sous commandement militaire, mais continuent d’être financés sur des crédits civils, dépendant du gouvernement général d’Alger. A partir de 1959, le contrôle civil se resserre sur ces dépenses. On découvre alors que les « crédits harkis » permettent de financer tout autre chose que des soldats auxiliaires. Du « frigidaire » (comme le disait Jean Servier) aux agents clandestins. Face à leur mission de « pacification », les militaires, sur le terrain, étaient confrontés à une  grande diversité de tâches. Ces tâches ne relevaient pas toutes de lignes budgétaires clairement définies. La paperasse ne pouvait pas régler toutes les situations. Les « crédits harkis » ont ainsi pu permettre de financer une partie de ces tâches ; d’améliorer l’ordinaire, peut-être aussi. Les harkis n’étaient pas une exception. Les soldes des mokhaznis étaient également l’objet de certains détournements (cette fois-ci par les SAS), avec de nombreux cas des « mokhaznis fictifs ». Dans le cas des harkis, le commandement a préféré tolérer et encadrer la plupart des pratiques « frauduleuses ».

Question : Pourquoi les 'Aassès' sont-ils créés en 1960, alors que leur statut est pratiquement identique à celui des Harkis ? Ont-ils reçu des missions différentes ?

Réponse : Les aassès furent la dernière catégorie d’auxiliaires « Français musulmans » créée par l’armée française en Algérie, à la fin de l’année 1960. Leur statut administratif était pratiquement identique à celui des harkis, à l’exception de l’autorité ministérielle qui les finançait (les aassès relevaient du budget militaire). Les missions remplies par les gardes se rapprochaient également de celles des harkis. Sur le terrain, pour simplifier, on peut dire que la distinction entre aassès et harkis est largement fictive. Les deux groupes finissent d’ailleurs par être simplement assimilés à la fin de l’année 1961.  Pour comprendre la création de ce groupe, il faut revenir un peu en arrière : les aassès sont en fait les héritiers des auxiliaires algériens membres des Unités territoriales (force auxiliaire essentiellement constituée d’européens), dissoutes en 1960.

Question : Peut-on établir un bilan, une synthèse, de leur poids, de leur rôle réel, dans les opérations militaires ?

Réponse : Pas aujourd’hui, et il sera très difficile d’établir un bilan du poids opérationnel des auxiliaires algériens considéré globalement. La première tâche doit donc être de distinguer entre les formes d’engagement. L’armée française a compté jusqu’à 5 catégories d’auxiliaires algériens distinctes. Pour les Groupes d’autodéfense, on dispose de quelques bilans tardifs et lacunaires : ils montrent une activité opérationnelle très limité, malgré les tentatives d’encouragement de l’armée. Pour les mokhaznis, il faudrait faire un bilan de l’activité opérationnelle des SAS… qui n’existe pas à ma connaissance. Pour les harkis, le groupe qui a été le plus étudié, on se confronte également à un problème de diversité que l’armée elle-même avait renoncé à régler. Les harkis, pour le dire simplement, faisaient un peu tout et n’importe quoi. On pourrait dresser plus facilement un bilan opérationnel des commandos de chasse, au sein desquels quelques milliers de harkis ont servi. Un tel bilan ne concernerait toutefois qu’une minorité d’auxiliaires algériens (5 %, tout au plus), la partie émergée de l’iceberg. L’action des auxiliaires s’inscrit par contre toujours dans le cadre de la pacification, dans la vie quotidienne des secteurs territoriaux décrits par Jean-Charles Jauffret, par exemple.

Question : On ne peut pas aborder ce sujet sans évoquer la mémoire qui en a été conservé. Comment évaluriez-vous aujourd'hui le souvenir des Harkis dans la mémoire collective de la guerre d'Algérie ?

Réponse : Honnêtement, je ne saurai répondre à cette question. Il n’y a pas à mon sens de « mémoire collective » de la guerre d’Algérie mais des mémoires fragmentées. Qu’on soit Algérien, Français, conservateur ou progressiste, selon l’âge et le niveau d’étude aussi, la « mémoire collective » est différente concernant certains sujets. Je suis toujours frappé par les gens qui me disent par exemple « harkis, ça veut dire traître en arabe ». Parfois, il n’y a pas mémoire mais amnésie. Les choses bougent, bien sûr. En France, il existe un nombre impressionnant d’associations qui ont pour objet d’entretenir la mémoire harkie. Je pense que leur diversité est à la fois la conséquence et le témoignage de leur difficulté à se « faire entendre ». Malgré cela, elles parviennent à conserver actuelle cette page de l’histoire.

Merci beaucoup pour ces très utiles précisions et plein succès pour votre livre. 

Une histoire tragique
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10 juin 2013 1 10 /06 /juin /2013 06:45

Soldats

Combattre, tuer, mourir :

procès-verbaux de récits de soldats allemands

Sönke Neitzel et Harald Welzer

La belle collection classique de la NRF nous propose aujourd'hui un volume tout à fait atypique. A l'aide des retranscriptions effectuées pendant la guerre elle-même par les Britanniques et par les Américains à partir de dizaines de milliers d'écoutes clandestines de prisonniers allemands de tous grades, les deux auteurs (un historien et un sociologue) tentent de cerner la notion de violence dans le vécu des soldats, leur degré d'adhésion au national-socialisme : "La normalité du brutal ne démontre qu'une seule chose : la mise à mort et la violence extrême font partie du quotidien des narrateurs et de leurs auditeurs, elles n'ont justement rien d'extraordinaire. Ils en discutent pendant des heures, mais parlent aussi, par exemple, des avions, des bombes, des radars, des villes, des paysages et des femmes".

Dans un long premier chapitre, ils fixent les bornes de leur étude. A partir de leur constat initial, ils soulignent la complexité et à la diversité, paradoxalement, des situations individuelles : "La plupart ne s'intéressent guère à l'idéologie, à la politique, à l'ordonnancement du monde ni aux autres choses du même ordre : s'ils font la guerre, ce n'est pas par conviction, mais parce qu'ils sont soldats". Les auteurs prennent enfin soin de poser le cadre de leur étude, de rappeler l'importance de la chronologie, la différence entre les perceptions immédiates et les restitutions ultérieures, le rôle des "modèles", l'importance de la camaraderie dans le danger partagé, la place des stéréotypes, etc. C'est dire si leur travail tient autant de l'approche historienne que d'une quasi "anthropologie" du soldat.

L'ouvrage est ensuite construit autour de deux chapitres très dissemblables. Le bref chapitre 2, "Le monde des soldats", a pour vocation de présenter le cadre de référence des guerres conduites par le IIIe Reich (rappelons quand même qu'Hitler n'a pas créé la croix de fer ke 1er septembre 1939, p. 95). Assez descriptif, il n'apporte pas grand chose à l'ensemble. Le très long chapitre 3 (pp. 102-468), par contre, liste sous le titre générique "Combattre, tuer et mourir" toute une série de thèmes, de "Abattre en vol" à "Crimes", en passant par "Camps", "Sexe", "Führer", Valeurs", etc. Ceux-ci sont analysés à partir de synthèses des archives consultées par les deux auteurs, et illustrés par de larges extraits de conversations (ici un sous-marinier, là un capitaine de la SS, ailleurs un sous-officier d'infanterie, un pilote d'avion, un général en première ligne, etc.). Certains récits font froid dans le dos, d'autres étonnent par le détachement apparent de ceux qui s'expriment : toutes les facettes de sensibilités et des subtilités de l'âme humaine est ici représentée. La conclusion, sous le titre général "A quel point la guerre de la Wehrmacht était-elle nationale-socialiste ?", reprend point par point un certain nombre d'items ("la définition de l'adversaire", "vengeance", "prisonniers", "idéologie", "violence", etc.) et souligne une nouvelle fois la diversité des cas et des situations, mais se termine un peu en queue de poisson : "La confiance qu'ont les temps modernes dans la distance qu'ils auraient prise par rapport à la violence est illusoire. Les gens tuent pour les raisons les plus diverses. Les soldats tuent parce que c'est leur mission"... C'est un peu court. Par ailleurs, les références finales aux conflits récents (Vietnam, Irak, Afghanistan, etc.) sont parfois "capillo-tractées" et l'on peut douter de la pertinence de certaines comparaisons. Il y a fort à parier que depuis que notre ancêtre à tous s'est redressé sur ses pattes de derrière, les coups de gourdin sur celui qui occupe la caverne d'à côté n'ont pas tous été justifiés, mais ils ont bien été donnés ; et il n' y a sans doute pas plus de raisons d'en chercher la cause dans la Seconde guerre mondiale que dans la guerre de Sept Ans.

On retiendra donc d'abord ce qui fait la vraie richesse de l'ouvrage, tout le coeur du livre qui multiplie les citations directes et apporte ainsi une multitude d'informations précises sur tel ou tel front, tel ou tel combat, telle ou telle spécialité ou arme d'appartenance. Ce véritable caléidoscope de la perception par des soldats de leur propre guerre donne au volume, qui se termine par plus d'une centaine de pages d'annexes, notes, index et références qui en garantissent le sérieux, un caractère étonnant. Un ouvrage particulièrement utile, à partir duquel les chercheurs procéderont eux-mêmes à leur propre analyse des témoignages fournis.

NRF Essais, Gallimard, Paris, 2013 619 pages. 28,90 euros.
ISBN : 978-2-07-013590-5.

 

La guerre du soldat allemand
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10 juin 2013 1 10 /06 /juin /2013 06:40

Livre blanc

Les armées sous pression

DSI  -  juin 2013

L'éditorial donne le ton : "Il ne faut pas s'y tromper, les réductions ont elles-mêmes un coût. Restreindre les effectifs de 24.000 personnes, étaler les commandes et les réduire, c'est gagner un peu d'agent pour perdre beaucoup d'efficacité". On lira en particulier "Le vide stratégique français à la lumière du Livre blanc 2013", par Benoist Bihan, qui pointe "les maladresses et les incohérences" du document. Outre les chroniques habituelles, on sera également attentif aux quatre articles de la rubrique Stratégie" : "De la tension naturelle entre le politique et le militaire" (Vincent Desportes), "Israël : guerre et communication 2.0" (Romain Mielcarek), "Capturer le Kairos" (Yann Lamotte), et "La défaite prussienne de 1806 : la débâcle d'un ordre révolu ?" (Boris Bovekamp).

Déclassement militaire
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10 juin 2013 1 10 /06 /juin /2013 06:35

Commémorations nationales

2013

Le guide des commémorations nationales 2013 est disponible, téléchargeable et imprimable sur le site des Archives de France. Pour y accéder, cliquer : ici.

Laissons à chacun le soin d'essayer d'en établir la synthèse et d'en déterminer l'éventuelle cohérence d'ensemble...

Cohérence des commémorations ?
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9 juin 2013 7 09 /06 /juin /2013 07:20

Les Troupes coloniales

(en partenariat avec la Revue historique des Armées)

au sommaire de notre réunion de mercredi

Venez nombreux dialoguer avec quelques uns des meilleurs spécialistes

12 juin à 19h00

Café Le Concorde, boulevard Saint-Germain (métro Assemblée nationale)

 

Dans 3 jours ...
Dans 3 jours ...
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9 juin 2013 7 09 /06 /juin /2013 07:00

Guide du maintien de la paix 2012

Espaces francophones et opérations de paix

David Morin et Michel Liégeois (Dir.)

Depuis plus de dix ans, chaque année, le Guide du maintien de la paix permet de faire un point de situation de l'évolution des idées, des doctrines, des pratiques dans ce domaine. Le numéro de cette année est en grande partie consacré aux rapports entre ces opérations et les espaces francophones. Les articles sont plutôt théoriques, mais on y apprend beaucoup de choses sur les missions de l'ONU en Afrique et à Haïti, et, par exemple, que l'Organisation internationale de la francophonie (OIF) en est désormais un partenaire actif. Au-delà de l'Afrique, parmi les différents articles, Michel Liégeois s'intéresse aussi "A la recherche d'une perspective francophone sur les opérations de paiux : la Belgique comme cas de pays minofrancophone" et dans un article collectif plusieurs auteurs abordent la question d'une "Perspective postcoloniale sur la mission des Nations-Unies pour la stabilisation en Haïti (MINUSTAH)". Mais on apprécie également, et nous sommes là dans les véritables "outils", utiles et pertinents, que ce recueil annuel propose, la très complète "Chronologie du maintien de la paix" (1er janvier 2011 - 31 août 2012), par Etienne Tremblay-Champagne et les 65 pages (!) de données statistiques présentées sous forme de tableaux par Hiba Zerrougui et Thomas Poulin.

Si les articles proposés pour le thème de cette édition annuelle relèvent souvent davantage de la conceptualisation ou de l'approche culturelle (on aimerait concrètement en savoir plus sur les capacités militaires réelles et les contributions effectives de ces 47 pays de la francophonie qui participent aux missions de paix ?), les deux dernières rubriques factuelles sont absolument esssentielles pour tous les amateurs et constituent un ensemble de références indispensable aux chercheurs. Une série de référence, absolument à connaître.

Athéna éditions, Outremont (Canada), 2013, 286 pages, 22 euros.

ISBN : 978-2-924142-06-6.

Disponible à Paris auprès de la Librairie du Québec, 30 rue Gay Lussac, 75005 Paris.

Tel : 01 43 54 49 02  -  Courriel : libraires@librairieduquebec.fr

Manuel pratique et théorique
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9 juin 2013 7 09 /06 /juin /2013 06:55

Guerres-et-Conflits sur Facebook

Depuis un mois environ, Guerres-et-Conflits est décliné sur Facebook. Avec entre 3.500 et 5.500 "vues" par semaine (très variable selon les sujets), les débuts sont favorables. Les deux supports sont quotidiennement alimentés à raison de 3 ou 4 articles et billets sur le site et de 4 à 6 informations sur la page dédiée. Ils sont tous les deux complémentaires et ne reprennent pas totalement les mêmes sujets ni les mêmes informations. Tous nos textes sont normalement mis en ligne tôt le matin, ce qui permet à chacun de les consulter tranquillement à un moment ou un autre de la journée. Inscrivez les deux adresses parmi vos "préférés" sur votre ordinateur pour suivre au plus près l'actualité de la recherche, de la presse et de l'édition en histoire, connaitre les sites les plus intéressants et être informé des manifestations les plus diverses près de chez vous ! Et pensez à relayer autour de vous les sujets qui vous plaisent !

Accès direct à la page Facebook : ici.

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9 juin 2013 7 09 /06 /juin /2013 06:50

L'inconnue de la tranchée

Une enquête d'Augustin Lebeau

Hélène Amalric

Décembre 1914, l’armée française commence à s’enliser dans la glaise du Nord et de l’Est dans une guerre de tranchées qui va durer. Climat, condition du soldat, âpreté des combats, la vie au front est très dure… Comme si cela ne suffisait pas, voilà que des poilus découvrent un cadavre sur le parapet d’une tranchée, près de Compiègne. Quoi de malheureusement plus normal en période de conflit pourrait-on croire, si ce n’est que celui-ci est féminin et civil ! Des indices, des éléments ? Rien de probant ni de concret, à part une Bible et une lettre, toutes deux rédigées dans la langue de Shakespeare.  La défunte serait-elle, dès lors, britannique ? Il s’agit de ne point froisser l’allié d’outre-Manche !

Que faire ? La nécessité de mener une enquête est évidente mais depuis la déclaration de guerre le 3 août 1914, les pouvoirs de police judiciaire dans la zone du front ont été délégués aux autorités militaires, donc à la gendarmerie, laquelle a déjà du pain sur la planche. Le commandement confie donc l’affaire à l’adjudant Augustin Lebeau, qui a suivi une formation juridique avant-guerre et se trouve parler anglais. Le profil de l’investigateur parfait d’autant plus que le sous-officier est connu pour être discret et la chose est heureuse : le cas est plus qu’embarrassant !

Premier roman publié mettant en scène l’adjudant Lebeau, cet opus (qui n’est pas sa première aventure, mais celle-ci paraitra ultérieurement) nous plonge directement dans l’atmosphère de la Première Guerre mondiale sans trop abuser des images d’Epinal du poilu englué derrière son rempart de sacs de terre. Si, bien évidemment, ce fut l'une des formes du quotidien des combattants au front, il convient de ne pas oublier les autres réalités, de la logistique de l’arrière à la vie difficile des travailleurs et des femmes en usine ou à celle plus « folle » de certains planqués et profiteurs de l’arrière… Hélène Amalric parvient à éviter cet écueil, grâce à une connaissance du sujet qui peut parfois surprendre tant le roman policier historique est un domaine périlleux. Editrice, traductrice et auteur de « polars » (le mot est lâché), elle cite des anecdotes authentiques qui ne sont pas forcément connues du commun des mortels (l’affaire des plaques publicitaires pour le bouillon KUB placardées sur les murs et « censées » renseigner l’ennemi avec des indications topographiques…) et fourni de nombreux renvois au bas de page pour éclairer la lanterne d’un lecteur qui n’est pas forcément expert de l’époque et/ou de la chose militaire. Il ne faut en effet pas perdre de vue que si l’on est dans un roman policier, la guerre est bien sur omniprésente et pas uniquement celle du front : celle de l’ombre et ses méandres dans lesquels rien n’est jamais clairement défini dans la dualité du Bien et du Mal.

On se laisse entrainer sans mal par ce roman captivant, au style fluide et à l’érudition sincère et généreuse. La suite (et le commencement de la geste, donc) est à attendre impatiemment !

Gilles Eté

Marabout poche, Paris, 2013, 243 pages. 6,99 euros.

ISBN : 978-2-501-08566-3.

Roman policier
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8 juin 2013 6 08 /06 /juin /2013 07:00

Penser le système international XIXe-XXIe siècle

autour de l'oeuvre de Georges-Henri Soutou

Eric Bussière, Isabelle Davion, Olivier Forcade et Stanislas Jeannesson (Dir.)

Penser le système international autour de l’œuvre de Georges-Henri Soutou est un ouvrage collectif dirigé par  Éric Bussière, Isabelle Davion, Olivier Forcade et StanislasJeannesson. Il rend  compte d’un colloque organisé le 30 septembre et le 1er octobre 2011 en l’honneur de Georges-Henri Soutou, éminent historien des relations internationales (mais pas seulement). Ces quatre auteurs ont tous en commun d’être des ‘disciples’ s’inscrivant dans sa conception de l’histoire. La multiplicité des thèmes de recherhce soulevés par les nombreux travaux et écrits du professeur Soutou est illustrée par la diversité des articles présents dans cet ouvrage. Il a ainsi contribué à enrichir la conception française des relations internationales dans la lignée de personnalités telles que Paul Renouvin ou Jean-Baptiste Duroselle. L’entretien donné par Georges-Henri Soutou lui-même, dans le dernier chapitre, montre qu’il ne reste pas inactif, bien que professeur émérite depuis plusieurs années : il s’attèle à 4 grands projets actuellement ! Ces contributions s’attachent donc à faire émerger, par des cas d’étude précis, la conception du système international du grand historien, et pour rendre compte d’une telle abstraction, il faut dénouer l’écheveau des interactions politiques, économique, sociales et autres qui influencent directement ou indirectement les relations internationales. Cette démarche implique d’observer les dynamiques historiques, les fonctionnements et les dysfonctionnements d’un tel système ainsi que les comportements des acteurs.

Ce qui frappe le lecteur dès le commencement de cet ouvrage est la place importante de l’Etat qui s’impose, de prime abord, comme l’acteur évident et constitutif du système international. L’organisation générale du livre suit les grandes questions posées par Georges-Henri Soutou au fil de son œuvre. La première partie (à notre goût un peu brève, mais chacun ses périodes de prédilection) est consacrée à la Première Guerre mondiale et ses conséquences ("La question polonaise au cours de la Première Guerre mondiale", par Thomas Schramm ; et "La Grande Guerre vue par Raymond Aron", par Martin Motte), la seconde traite de la Guerre froide et ses implications, la troisième partie est plus transversale et à pour objet les systèmes européens du XIXème au XXIème siècle. En apparence, le livre laisse entendre que l’Etat est le seul composant qui peut, de par ses interactions sur la scène mondiale, faire naître et vivre un système international. Cette idée est soulignée par la part considérable laissée à l’histoire des relations diplomatiques. Le moment national des deux premières parties de l’ouvrage se voit finalement dépassé par l’importance croissante de l’Europe dans la dernière partie. L’objectif de ce volume ne serait-il finalement pas, avant tout, de rendre compte des « forces profondes » chères à Georges-Henri Soutou, forces qui influencent la conduite de l’Etat au niveau international. Néanmoins, les stratégies des acteurs ne sont pas oubliées et l’on voit apparaître d’autres relais de l’influence étatique. A titre d’exemple on peut retenir l’article de Duslan T Batakovic sur « La mission d’Albert Malet, 1892-1894 : du précepteur au conseiller diplomatique », qui présente la manière dont l’évolution des conceptions politiques d’un précepteur royal peut incliner la politique d’un Etat.

La diversité des angles d'approche et la précision des exemples constituent l'une des richesses de ce livre. Tous les articles seraient à citer car, du statut d’abstraction le système international s’incarne au fur et à mesure des textes. Telle est donc la grande réussite de cet ouvrage. L’entretien qui clôt l’ouvrage montre également les différences entre les approches anglo-saxonne et française des relations internationales. L’école anglo-saxonne en fait une discipline à part entière, n’hésitant pas ainsi à faire travailler entre elles de nombreuses disciplines. Cette multidisciplinarité, elle aussi revendiquée mais sous une autre forme par Georges-Henri Soutou, a cependant du mal à transparaître dans le livre. Si les niveaux supra ou infra étatiques sont parfaitement abordés, la perspective reste essentiellement historico-diplomatique, alors même que Georges-Henri Soutou a traité longuement d’approches militaires, économiques ou sociales. Cette remarque mise à part, il faut dire que la réunion de ces textes réussit le vrai tour de force de penser le global grâce aux détails. C’est là l’une des grandes qualités de ce volume (qui offre par ailleurs un réel plaisir de lecture) en forme d’hommage.

Thibault Laurin.

PUPS, Paris, 2013, 446 pages, 26 euros.

ISBN : 978-2-84050-900-4.

En hommage
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8 juin 2013 6 08 /06 /juin /2013 06:55

Von Manstein

Le stratège du IIIe Reich

Pierre Servent

Conformément à un usage qui commence à se répandre, ce livre consacré maréchal von Manstein n'est pas réellement une biographie. Comme les autres volumes de la collection "Maitres de guerre", il présente rapidement (pp. 9-47) les quelques cinquante premières années de la vie et de la carrière de l'officier allemand, pour consacrer l'essentiel de sa pagination (pp. 49-249) à son rôle pendant la Seconde guerre mondiale.

L'ouvrage, agrémenté de nombreuses photos, de fréquents encarts et de quelques cartes, est facile à lire. Au fil des pages (on regrette parfois que les références ne soient pas mieux précisées et l'on constate le fréquent usage de citations extraites des propres Mémoires de l'intéressé), se dessine le portrait d'un chef militaire hors pair, stratège exceptionnel et véritable meneur d'hommes, mais aussi animé par une ambition dévorante et resté totalement aveugle sur la nature du régime auquel il apportait ses talents. Le livre s'attarde longuement sur la campagne de France, dont Manstein a proposé le plan audacieux, mais qu'il doit suivre de loin puisqu'il commande alors un corps d'armée en Poméranie, mais ne s'attarde pas sur le débat autour de la notion de "guerre-éclair" (conceptualisée en tant que telle en amont ou au moins en partie effet heureux de la chance ?). C'est en Russie que Manstein se couvre de gloire, à la tête du 56e corps blindé d'abord ("Mon désir constant de commander un corps rapide se réalisait"). Au cours de la première partie de l'offensive Barbarossa, en direction de Léningrad, "plus que tout autre il va pénétrer profondément en territoire ennemi, avec toujours cette même propension à prendre des risques importants en jouant son atout maître : la vitesse de déplacement et la connaissance des points faibles de l'ennemi". Il prend ensuite sur le front sud le commandement de la 11e Armée en direction de la Crimée, de Rostov-sur-le-Don et de Sébastopol. Ce sont les batailles des isthmes, de Kertch et bien sûr la prise de la formibale forteresse de Sébastopol, qui lui vaut son bâton de maréchal. Auréolé de sa réputation, il devient en quelque sorte, selon Pierre Servent, "le voltigeur du Führer" sur le front oriental, mais même lui ne peut pas sauver l'armée Paulus à Stalingrad en décembre 1942 (débat, à ce sujet, sur sa volonté réelle de secourir la 6e Armée). Ce sont désormais les dernières grands batailles avant la disgrâce, Kharkov et Koursk, qui épuisent les forces vives et les réserves de l'armée allemande : "A la fin août 1943, von Manstein a déjà perdu au combat 7 généraux commandants de division, 38 colonels commandants de régiment et 252 majors commandants de bataillon". La perte de l'Ukraine sonne le glas de la carrière de Manstein, démis de ses fonctions par Hitler et qui se retire dans sa propriété.

Jugé et condamné à la fin de la guerre, il retrouve bien vite la liberté (accord entre Américains, Britanniques et Allemands) et devient un conseiller écouté de la nouvelle Bundeswher en cours de création. Il sera d'ailleurs le seul ancien chef militaire du IIIe Reich auquel seront rendus les honneurs militaires lors de ses funérailles. On peut regretter que la bibliographie finale soit assez limitée et que, dans le corps du volume, les propos de Manstein lui-même (et de son faire-valoir Liddlle Hart) ne soient pas davantage critiqués, ce qui incite à utiliser l'ouvrage parallèlement à d'autres publications à certains égards moins élogieuses. Il n'en demeure pas moins que le livre est tout particulièrement intéressant et parfaitement complémentaire de nombreuses autres études sectorielles ou tactiques relatives au front de l'Est. Pratiquement centré sur trois années seulement de la carrière du maréchal, il est suffisemment précis pour être d'une vraie, réelle, utilité et intéressera très certainement les passionnés de la Seconde guerre mondiale.

Perrin, Paris, 2013, 263 pages, 21 euros.

ISBN : 978-2-262-04089-5

Pierre Servent a accepté de répondre à quelques questions pour vous : 

Question : Ce dernier ouvrage est assez différent de vos précédentes publications. Pourquoi vous être intéressé à la Seconde guerre mondiale et en particulier à von Manstein ?

Réponse : Je m’intéresse à la première et à la seconde guerre mondiale depuis bien longtemps, même si, après Sciences-Po Paris, mes études de 3e cycle d’Histoire contemporaine ont porté essentiellement sur 1914-1918. Mon avant-dernier ouvrage chez Perrin, Le complexe de l’autruche. Pour en finir avec les défaites françaises (2011) traverse les trois guerres franco-allemandes (1870, 1914 et 1940) avec la volonté de comprendre pourquoi la France a été enfoncée et envahie si souvent et si vite. Dans un chapitre de cet ouvrage intitulé « Les hérétiques », j’ai tracé un portrait croisé de De Gaulle et de von Manstein, tant j’ai trouvé de points communs entre ces deux hommes issus de l’aristocratie de leur pays. Avec une différence de taille, bien évidemment, quant à la nature de la cause qu’ils ont servie. S’agissant d’Erich von Manstein, j’ai été frappé par le décalage entre sa faible notoriété en France et ses éminentes qualités de stratège. C’est un redoutable « joueur d’échecs » dont le plan adopté par Hitler dans des conditions assez rocambolesques nous a mis échec et mat en juin 1940.

Très intéressé par le personnage, j’ai donc répondu favorablement à la proposition de mon éditeur Perrin de « faire » un Manstein dans l’excellente collection « Maître de guerre » que j’avais déjà pu apprécier comme lecteur.

Question : Comment intégrez-vous dans votre analyse de la campagne de France en mai-juin 1940 le débat sur la réalité, ou non, de la "guerre-éclair" et que pensez-vous des réécritures ultérieures de Liddell Hart ?

Réponse : Ni Hitler, ni le haut-commandement allemand n’ont envisagé de « guerre éclair » à l’Ouest. En Pologne ce fut une « divine surprise » pour Berlin, due au rapport de force très inégal et surtout à la situation extrêmement périlleuse des Polonais qui, faute d’avoir suivi les conseils du général Weygand, ont refusé de raccourcir leurs lignes de front pour tenir le choc en abandonnant des zones économiques stratégiques. La pusillanimité française à l’Ouest ne les a pas non plus aidés… Le couple char-avion allemand s’est certes affirmé durant cette campagne semant la terreur et la destruction, notamment dans la profondeur du dispositif polonais. Mais cette campagne a aussi révélé la réalité de l’armée allemande : une armée convalescente avec d’importantes zones de faiblesses (munitions, commandement, etc.). A l’Ouest, le haut-commandement allemand ne songe qu’à une redite du plan Schlieffen de 1914. Mais von Manstein est convaincu qu’une telle approche ne permettra pas de faire chuter les deux plus puissantes armées européennes du moment : France et Grande Bretagne. Le succès est venu de la concentration d’un « poing blindé » dans les Ardennes, et surtout de la « folie » de Guderian et Rommel qui ont parfaitement compris que dans le plan Manstein, les conditions du succès résidaient dans le tempo. En poussant le trait, je dirai que les Français n’ont pas été battus mais asphyxiés par le rythme de la guerre. Quant à Liddell Hart, il a indéniablement défendu en Grande-Bretagne l’arme blindée à une époque où ce n’était pas à la mode. Pour le reste, il n’est pas le concepteur de la guerre éclair et il a tout fait après-guerre pour tenter de le faire croire, y compris en faisant refaire par certains généraux allemands la préface de leur Mémoires. Il reste néanmoins un auteur intéressant.

Question : Le plus haut fait d'armes de von Manstein est, semble-t-il, la conquête complète de la Crimée et la prise de Sébastopol. Quelles sont les qualités spécifiquement militaires dont il fait tout particulièrement preuve durant cette période ?

Réponse : La conquête de la Crimée et la prise de Sébastopol en juillet 1942 sont sans doute le fait d’armes le plus révélateur du « génie » militaire de Manstein. Il a mis en œuvre ses qualités de stratège, son sens du terrain, sa propension à laisser à ses unités beaucoup d’autonomie, son énergie à galvaniser ses troupes et surtout cette capacité à prendre des risques personnels pour aller voir et sentir au plus près ce qui se passe pour chercher la faille. A Sébastopol, il la trouve en lançant de nuit ses vedettes d’assaut pour traverser la baie de Severnaïa et prendre pied sur la forteresse imprenable. Son état-major avait tenté de le dissuader de lancer cette folle attaque. Mais von Manstein l’a imposée. Il cumule de grandes qualités intellectuelles, une sorte d’ubiquité mentale qui lui permet de percer le mode de pensée ennemi et un coup d’œil intuitif sur le terrain qui brusque la victoire.

Question : Ses relations avec Hitler comme avec de nombreux autres généraux semblent au mieux ambigües, au pire détestables. Avec qui entretient-il des relations de confiance et appartient-il à une "chapelle" militaire identifiée comme telle ou est-il un solitaire ambitieux ?

Réponse : Von Manstein fait l’objet d’une admiration et d’un agacement profond. Hitler, par exemple, en a besoin, mais n’aime pas ce Prussien qui lui donne des cours d’état-major et le bombarde de mémoires qui lui montrent ses limites. Himmler et Goering susurrent à l’oreille du Führer que le feld-maréchal Erich von Lewinski, von Manstein (son nom complet) aurait des origines juives… Le maréchal de Sébastopol est de haute taille, un fond de timidité lui fait adopter un air supérieur, une sorte de distance. Il a des jugements acérés sur les « médiocres » (comme Keitel) et ne craint pas de les formuler ouvertement. Il en impose et les commentaires sur son « arrogance » rappellent ceux sur le colonel de Gaulle. Néanmoins, il a toujours eu des supérieurs qui l’ont admiré et poussé : notamment von Witzleben (exécuté en 1944 pour sa participation au complot) et von Rundstedt. Nombreux sont les généraux qui aimeraient le voir prendre un grand commandement organique : Rommel, Guderian, etc. Son état-major du front russe lui sera extrêmement fidèle, même après-guerre.

Question : Von Manstein, rapidement libéré après la guerre, est devenu un conseiller de la nouvelle Bundeswehr. Pouvez-vous nous préciser s'il a exercé une influence réelle, et laquelle ?

Réponse : Considéré dans l’Allemagne de l’après-guerre comme un grand chef militaire non nazi et écarté par Hitler début 1944, Erich von Manstein a fait l’objet d’une négociation directe entre Churchill et Adenauer pour écourter sa peine de 18 ans de prison. La participation à la politique d’extermination des juifs à l’Est n’avait pas été retenue contre lui lors du verdict de la Cour militaire qui l’avait jugé. A sa sortie de prison, il est devenu l’un des conseillers du nouveau pouvoir allemand pour la Bundeswehr. Son influence semble avoir été surtout « morale », si l’on peut dire. Il a notamment contribué à bâtir l’image mythique d’une « Wehrmacht propre » dont le nouveau pouvoir et la population avaient besoin.

Question :  Quelle a été la plus grande faille de von Manstein ?

Réponse : Sans doute son absence de sens politique. Elevé très jeune à l’Ecole des Pages du Kaiser et à celle des Cadets, il a très jeune fait une séparation mentale hermétique entre pouvoir politique et armée : le pouvoir politique doit laisser les militaires faire la guerre ; les militaires ne peuvent en aucune façon s’ingérer dans les questions politiques. C’est sa conception ! Cette grille mentale l’a empêché d’une part de voir le caractère criminel du régime nazi et d’autre part de s’engager dans un complot contre Hitler, comme l’ont fait certains de ses proches. La grande faiblesse de ce stratège hors norme, c’est cette cécité politique.

Merci Pierre Servent pour toutes ces précisions et encore bravo pour votre ouvrage.

Un maréchal qui inquiétait le Führer ?
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doumenc-copie-1.jpgLa Direction des Services automobiles des armées et la motorisation des armées françaises (1914-1918), vues à travers l’action du commandant Doumenc

Lavauzelle, Panazol, 2004.

A partir de ma thèse de doctorat, la première étude d’ensemble sur la motorisation des armées pendant la Première Guerre mondiale, sous l’angle du service automobile du GQG, dans les domaines de l’organisation, de la gestion et de l’emploi, des ‘Taxis de la Marne’ aux offensives de l’automne 1918, en passant par la ‘Voie sacrée’ et la Somme.

 

La mobilisation industrielle, ‘premier front’ de la Grande Guerre ? mobil indus

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2005 (préface du professeur Jean-Jacques Becker).

En 302 pages (+ 42 pages d’annexes et de bibliographie), toute l’évolution industrielle de l’intérieur pendant la Première Guerre mondiale. Afin de produire toujours davantage pour les armées en campagne, l’organisation complète de la nation, dans tous les secteurs économiques et industriels. Accompagné de nombreux tableaux de synthèse.

 

colonies-allemandes.jpgLa conquête des colonies allemandes. Naissance et mort d’un rêve impérial

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2006 (préface du professeur Jacques Frémeaux).

Au début de la Grande Guerre, l’empire colonial allemand est de création récente. Sans continuité territoriale, les différents territoires ultramarins du Reich sont difficilement défendables. De sa constitution à la fin du XIXe siècle à sa dévolution après le traité de Versailles, toutes les étapes de sa conquête entre 1914 et 1918 (388 pages, + 11 pages d’annexes, 15 pages de bibliographie, index et cartes).

 

 caire damasDu Caire à Damas. Français et Anglais au Proche-Orient (1914-1919)

 14/18 Editions, Saint-Cloud, 2008 (préface du professeur Jean-Charles Jauffret).

Du premier au dernier jour de la Grande Guerre, bien que la priorité soit accordée au front de France, Paris entretient en Orient plusieurs missions qui participent, avec les nombreux contingents britanniques, aux opérations du Sinaï, d’Arabie, de Palestine et de Syrie. Mais, dans ce cadre géographique, les oppositions diplomatiques entre ‘alliés’ sont au moins aussi importantes que les campagnes militaires elles-mêmes.

 

hte silesieHaute-Silésie (1920-1922). Laboratoire des ‘leçons oubliées’ de l’armée française et perceptions nationales

‘Etudes académiques », Riveneuve Editions, Paris, 2009.

Première étude d’ensemble en français sur la question, à partir du volume de mon habilitation à diriger des recherches. Le récit détaillé de la première opération civilo-militaire moderne d’interposition entre des factions en lutte (Allemands et Polonais) conduite par une coalition internationale (France, Grande-Bretagne, Italie), à partir des archives françaises et étrangères et de la presse de l’époque (381 pages + 53 pages d’annexes, index et bibliographie).

 

cdt armee allde Le commandement suprême de l’armée allemande 1914-1916, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général von Falkenhayn 

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Le texte original de l’édition française de 1921 des mémoires de l’ancien chef d’état-major général allemand, accompagné d’un dispositif complet de notes infrapaginales permettant de situer les lieux, de rappeler la carrière des personnages cités et surtout de comparer ses affirmations avec les documents d’archives et les témoignages des autres acteurs (339 pages + 34 pages d’annexes, cartes et index).

 

chrono commChronologie commentée de la Première Guerre mondiale

Perrin, Paris, 2011.

La Grande Guerre au jour le jour entre juin 1914 et juin 1919, dans tous les domaines (militaire, mais aussi politique, diplomatique, économique, financier, social, culturel) et sur tous les fronts. Environ 15.000 événements sur 607 pages (+ 36 pages de bibliographie et d’index).

 

 Les secrets de la Grande Guerrecouverture secrets

Librairie Vuibert, Paris, 2012.

Un volume grand public permettant, à partir d’une vingtaine de situations personnelles ou d’exemples concrets, de remettre en lumière quelques épisodes peu connus de la Première Guerre mondiale, de la question du « pantalon rouge » en août 1914 à l’acceptation de l’armistice par von Lettow-Vorbeck en Afrique orientale, après la fin des hostilités sur le théâtre ouest-européen.

 

Couverture de l'ouvrage 'Mon commandement en Orient'Mon commandement en Orient, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général Sarrail

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2012

Le texte intégral de l'édition originale, passé au crible des archives publiques, des fonds privés et des témoignages des acteurs. Le récit fait par Sarrail de son temps de commandement à Salonique (1915-1917) apparaît véritablement comme un exemple presque caricatural de mémoires d'autojustification a posteriori

 

 

Coordination et direction d’ouvrages

 

Destins d’exception. Les parrains de promotion de l’Ecole Spéciale Militaire de Saint-Cyr

SHAT, Vincennes, 2002.

Présentation (très largement illustrée, 139 pages) des 58 parrains qui ont donné leur nom à des promotions de Saint-Cyr, entre la promotion « du Prince Impérial » (1857-1858) et la promotion « chef d’escadrons Raffalli » (1998-2001).

 

fflLa France Libre. L’épopée des Français Libres au combat, 1940-1945

SHAT, Vincennes et LBM, Paris, 2004.

Album illustré présentant en 191 pages l’histoire et les parcours (individuels et collectifs) des volontaires de la France Libre pendant la Seconde guerre mondiale.

 

marque courageLa marque du courage

SHD, Vincennes et LBM, Paris, 2005.

Album illustré présentant en 189 pages l’histoire des Croix de Guerre et de la Valeur Militaire, à travers une succession de portraits, de la Première Guerre mondiale à la Bosnie en 1995. L’album comporte en annexe une étude sur la symbolique, les fourragères et la liste des unités d’active décorées.

 

  90e anniversaire de la Croix de guerre90-ANS-CROIX-DE-GUERRE.jpg

SHD, Vincennes, 2006.

Actes de la journée d’études tenue au Musée de l’Armée le 16 novembre 2005. Douze contributions d’officiers historiens et d’universitaires, français et étrangers, de la naissance de la Croix de guerre à sa perception dans la société française, en passant les décorations alliées similaires et ses évolutions ultérieures.

 

france grèceLes relations militaires franco-grecques. De la Restauration à la Seconde guerre mondiale 

SHD,Vincennes, 2007.

Durant cette période, les relations militaires franco-grecques ont été particulièrement intenses, portées à la fois par les sentiments philhellènes qui se développent dans l’hexagone (la France est l’une des ‘Puissances protectrices’ dès la renaissance du pays) et par la volonté de ne pas céder d’influence aux Anglais, aux Allemands ou aux Italiens. La campagne de Morée en 1828, l’intervention en Crète en 1897, les opérations en Russie du Sud  en 1919 constituent quelques uns des onze chapitres de ce volume, complété par un inventaire exhaustif des fonds conservés à Vincennes.

 

verdunLes 300 jours de Verdun

Editions Italiques, Triel-sur-Seine, 2006 (Jean-Pierre Turbergue, Dir.).

Exceptionnel album de 550 pages, très richement illustré, réalisé en partenariat entre les éditions Italiques et le Service historique de la Défense. Toutes les opérations sur le front de Verdun en 1916 au jour le jour.

 

DICO-14-18.jpgDictionnaire de la Grande Guerre

(avec François Cochet), 'Bouquins', R. Laffont, 2008.

Une cinquantaine de contributeurs parmi les meilleurs spécialistes de la Grande Guerre, 1.100 pages, 2.500 entrées : toute la Première Guerre mondiale de A à Z, les hommes, les lieux, les matériels, les opérations, les règlements, les doctrines, etc.

 

fochFerdinand Foch (1851-1929). Apprenez à penser

(avec François Cochet), 14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Actes du colloque international tenu à l’Ecole militaire les 6 et 7 novembre 2008. Vingt-quatre communications balayant tous les aspects de la carrière du maréchal Foch, de sa formation à son héritage dans les armées alliées par des historiens, civils et militaires, de neuf nations (461 pages + 16 pages de bibliographie).

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