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27 juillet 2016 3 27 /07 /juillet /2016 06:00

Si je survis

Vienne 1938 - Paris - Dordogne 1945

Moriz Scheyer

Ce témoignage particulièrement émouvant est celui d'un grand journaliste culturel viennois, contraint à l'exil en France après l'Anschluss, contraint de se cacher et d'errer après l'armistice de 1940 et qui finalement trouve refuge à la fin de l'année 1942, après deux arrestations, dans un couvent du Sud-ouest. Il commence peu après à raconter ses dernières années, alors que "pas un jour ne s'écoulait sans que je craigne de tomber le soir même entre les griffes allemandes". En une quarantaine de brefs chapitres, les étapes de son parcours sont égrenées et les événements, graves ou plus anodins, se succèdent. Moriz Scheyer raconte sa vie et ses aventures presque avec détachement, comme lorsqu'il s'agit de son séjour au camp de Beaune-la-Rolande (dont il est libéré de façon aussi "absurde" qu'il a été arrêté) dont il fait une description "froide", pour ne pas dire glaçante, mais sans excès, sans abus d'adjectif grandiloquent, sans formule emphatique. Son arrivée au couvent de Labarde après bien des péripéties n'a rien d'une réjouissance : "Une maison destinée aux débiles mentales, aux épileptiques et malades incurables. Un havre de la misère". Et pourtant, protégé, soigné, il se félicite rapidement de ce séjour ("Je ne sais pas s'il nous sera permis de rester et de survivre à Lagarde ... Nous profitons de chaque journée à peu près tranquille que nous passons ici, avec la gratitude que l'on éprouve en recevant un cadeau"). Ces pages nous valent quelques descriptions des patientes et des soeurs dans leur quotidien, lignes empreintes d'une grande sensibilité et de réalisme à la fois. Comme lorsque la supérieure explique : "Nous autres, au couvent, nous n'avons pas à nous mêler de politique. Cela ne nous empêche pas de devoir savoir ce qui se passe, ne seait-ce que pour déterminer où se situe notre devoir d'êtres humains et de Françaises". Au premier semestre de l'année 1944, la vie se fait de plus en plus angoissante du fait de la répression accrue exercée par les Allemands. L'annonce du débarquement de Normandie, le 6 juin au matin, est la source de l'immense espoir d'une libération prochaine. Les mois qui suivent, durant l'été, sont très durs : "On avait beau se retirer, s'enfermer dans la clandestinité, on était forcé de rester toujours aux aguets et sur la défensive. Chaque visage croisé pouvat être le masque d'un ennemi ... Et chaque jour qui passe nous appauvrit de l'intérieur, le gel se fait plus vif au fond de nous-mêmes, notre coeur se dessèche peu à peu. On est en vie. Mais pour le rester, pour avoir une chance de survivre, on se laisse dépérir, pièce par pièce"; Le 24 août, parvient la nouvelle de la libération de Paris et celle, plus immédiatement extraordinaire du départ des Allemands du département de Dordogne : "Tout autour de nous, de Belvès jusqu'au dernier hameau perdu, les cloches commencent à entonner l'hymne de la libération". C'est presque fini, quelques rencontres encore, des souvenirs, des regrets, des espoirs.

Un beau livre profondément humain. Un récit émouvant.

Flammarion, Paris, 2016, 376 pages. 23,90 euros.

ISBN : 978-2-0813-8554-2.

Témoignage d'un juif viennois
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25 juillet 2016 1 25 /07 /juillet /2016 06:00

Journal d'un vendu

Freddy Legrand

Voici des souvenirs absolument étonnants, ambigus, passionnants. En publiant dans le même volume ces deux sous-ensembles ("Mémoires d'un raté" et "Souvenirs politiques d'un vendu"), annotés par Antoine Bruneau, les éditions Anovi nous offre un témoignage rare, brut, "dans son jus" sur les années de guerre et la collaboration.

Freddy Legrand jette ses pensées sur le papier au jour le jour à partir du 24 novembre 1941 (du moins pour les cahiers qui nous sont parvenus). Avant d'entrer dans le vif du sujet, observons que le jeune homme semble visiblement mal dans sa peau, a indiscutablement des difficultés de relations avec le beau sexe et fait preuve d'une exaltation peu commune mâtinée de romantisme (jusqu'à comparer les tourments de sa vie à la légende médiévale de Tristan). Au fur et à mesure des pages, il raconte ce qu'il a fait dans la journée et se laisse aller à de multiples considérations sur son engagement personnel, sur la situation politique locale (département de la Nièvre), sur la Révolution nationale et l'Etat français, sur la collaboration et les partis parisiens, etc. Engagé volontaire pour cinq ans dans l'artillerie coloniale, il sert au Maroc puis participe à la Drôle de guerre, avant de vivoter pendant quelques mois puis de devenir membre et responsable local du Parti franciste de Marcel Bucard à partir de 1942. Par anticommunisme, il passe par les Chantiers de jeunesse, adhère à la LVF, se radicalise ("Le bourgeois, a dit Céline, chie, il a faim. C'est tout ! Rien de plus exact Ferdinand ! A toi le pompom pour les bonnes définitions") et bientôt ne se présente plus que comme "révolutionnaire" (nombreuses critiques des ruraux qui profitent de la guerre tandis que les classes urbaines laborieuses souffrent). Il témoigne souvent d'une grande faiblesse psychologique ("Je suis las et malade, car il y a quelque chose qui ne tourne pas rond dans ma carcasse"), mais tout aussi fréquemment d'une grande force intellectuelle, d'une rigueur inflexible, surtout au fur et à mesure que les mois passent et que la situation de l'Allemagne devient moins favorable ("Une chair de soldat ou de révolutionnaire, c'est fait pour souffrir", "J'étais, en 1940, fervent partisan du Maréchal parce que je croyais qu'il allait faire du fascisme. Je suis aujourd'hui un adversaire déclaré au gouvernement"). S'il n'a pas de mots assez durs pour les petits bourgeois, il critique tout aussi vertement l'armée d'armistice ou la gendarmerie puis se lance à l'hiver 1943-1944 dans l'action violente contre les résistants des régions voisines avec les "Equipes spéciales" du parti. Cela lui vaut une notoriété locale mais aussi la mort et il est lui-même exécuté par les maquisards au début du mois de février.

Une histoire personnelle (une descente aux enfers) compliquée, humainement et intellectuellement parlant. Mais surtout le témoignage particulièrement rare, complet, non retouché, écrit pendant les événements eux-mêmes, d'un collaborateur de base, un responsable de province loin des hiérarques parisiens. Un mélange de naïveté et de dureté, de rêveries et d'explosions violentes, d'espoir dans l'avenir et de pensées suicidaires, de fantasmes et de dénigrement de soi. Un ouvrage qui présente un intérêt tout à fait exceptionnel pour aider à comprendre certains parcours individels des années 1940-1945.

ANOVI, Chinon, 2016, 505 pages, 23,- euros.

ISBN : 978-2-914818-90-2.

Pour commander directement chez l'éditeur : ici.

Collaborateur
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13 juillet 2016 3 13 /07 /juillet /2016 06:00

Les opérations commandos

de la Seconde guerre mondiale

Dominique Lormier

Réédition en format poche du volume paru en 2014. Rien à changer à la présentation (ici) qui avait été faite à l'époque (écrire à propos de la bataille napoléonienne : "Un combat de front ou d'usure, destiné à fixer le plus de forces adverses ; un mouvement débordant de style 'commando', ayant pour objet de surprendre l'ennemi par une menace d'enveloppement ... ; une attaque principale lancée sur le point de moindre résistance ainsi créé"  est pour le moins abusif). Nous évoquions un bon roman à lire devant la cheminée. Soyons totalement honnête : un bon livre d'aventure à feuilleter sur la plage ou sur sa terrasse cet été.

Nouveau Monde éditions poche, Paris, 2016, 366 pages, 9,- euros.

ISBN : 978-2-36942-382-9.

Commandos
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9 juillet 2016 6 09 /07 /juillet /2016 06:00

Cinq ans au GQG de Hitler

Walter Warlimont

Publié une première fois en français en 1975, ces souvenirs d'un général qui a appartenu pendant presque toute la guerre au GQG de Hitler méritaient d'autant plus d'être réédités que le texte est régulièrement évoqué tout en étant rarement lu.

Posons immédiatement que l'historiographie a bien évolué en quelques dizaines d'années et que les propos du général Warlimont demande parfois a être nuancés. Il n'en depeure pas moins que leur intérêt reste entier, par ce que dit le texte, par la façon dont il le dit, que par ce qu'il ne dit pas. Le tableau qui est fait de l'organisation du haut commandement allemand et de son fonctionnement est pour le moins surprenant, et souvent bien loin de la réputation de rigueur et de professionnalisme qui accompagne souvent les états-majors allemands. Walter Warlimont s'étend à plusieurs reprises sur l'emprise qu'exerce le Führer sur les organes de commandement, réduits à la position de "greffier militaire" de décisions prises en dehors d'eux. A la veille de chaque grande décision, ordres et contre-ordres se succèdent, entre hésitations de certains chefs militaires, oppositions entre les uns et les autres, ambitions et interférences de Goering ou de Himmler, et bien sûr présence du Führer : il souligne le nombre de non militaires autour de Hitler et la présence désastreuse de "cadres du parti" ignorant tout des fondamentaux de l'art militaire : "en fin de compte, c'était plutôt Hitler qui, en régnant souverainement sur le Grand Quartier Général, donnait vie et forme" à l'état-major. Avec les premières difficultés, à l'hiver 1941-1942, le GQG gagne une certaine "autonomie tactique", mais reste dans l'impossibilité de "conduire la guerre" comme il le souhaiterait et le poids des impératifs politiques ne cesse de s'alourdir : "N'importe qui est capable d'assumer ce peu de direction des opérations. Le rôle de commandant en chef de l'armée est d'inculquer le national-socialisme à l'armée. Je ne connais aucun général de l'armée qui puisse accomplir cette tâche comme je l'entends. C'est pourquoi je suis résolu à assumer moi-même le commandement de l'armée", affirme le Führer. Les critiques de Warlimont se font alors plus vives, et les pages consacrées à la période du débarquement anglo-saxon en Afrique du Nord ou à la bataille de Stalingrad sont à cet égard éclairantes. De longs monologues de Hitler sont reconstitués, et ses arguments, face à Jodl en particulier, laissent parfois rêveur. De même, quelques mois plus tard, au moment du changement d'alliance de l'Italie, Keitel doit-il subir de longues tirades politico-sociologiques alors qu'il tente d'organiser la résistance allemande dans la péninsule. Quelques mois plus tard, les débats internes au sein du haut commandement politico-militaire lors du débarquement de Normandie sont-ils âpres, mais Warlimont relativise le refus d'engager immédiatement les divisions blindées allemandes de réserve. A nouveau, l'incapacité de la Luftwaffe a contrarier l'aviation alliée dans ses opérations est à plusieurs reprises soulignées.

Au-delà des seules considérations tactiques et opératives, le livre vaut également par les éclairages qu'il apporte sur la personnalité de Hitler et les mesquines mais foncières oppositions qui divisent le haut personnel du GQG, civils et militaires, membres du parti, militaires en eux. Un livre que l'on placera avec intérêt dans sa bibliothèque (sans négliger toutefois ses oublis et manques).

Perrin, Paris, 2016, 508 pages. 23,90 euros.

ISBN : 978-2-262-06091-6.

Au coeur de l'appareil militaire
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2 juillet 2016 6 02 /07 /juillet /2016 06:00

Les Amiraux de Vichy

Odile Girardin-Thibeaud

Au-delà de la personne, du nom et du grade de l'amiral Darlan, sait-on que "70 % des officiers généraux de la Marine occupent des fonctions civiles ou militaires au sein de l'Etat français ?". Tel est le thème de l'ouvrage que nous livre Odile Girardin-Thibeaud, qui apporte de solides informations et laisse quelques regrets.

En quatorze chapitres regroupés en quatre grandes parties ("Vichy et la Marine, une connivence inéluctable ?", "L'entrée en politique", "L'exercice du pouvoir" et "Semper fidelis : un compagnonnage inaltérable"), l'auteure nous présente en effet la place tenue par les amiraux dans le régime de Vichy, leur adhésionn très majoritaire au nouveau pouvoir et le rôle qui fut e leur durant ses années, à partir d'un constat qu'elle dresse à la fin du chapitre 4 : "Force est de constater que les officiers de marine forment un groupe relativement fermé, peu enclin à se rapprocher d'autres groupes sociaux, convaincu de la suprématie de ses valeurs". Après avoir longuement étudié le corps des amiraux au sein de la marine et les relations, professionnelles ou privées, que les uns et les autres ont pu nouer, Odile Girardin-Thibeaud s'intéresse aux motivations de leur entrée en politique. L'annexe n° 1 retient toute notre attention en présentant, dans l'ordre alphabétique, tous les amiraux concernés en 1940 avec leurs fonctions sous le régime de Vichy (toutes les annexes, qui détaillent les parcours des différents amiraux, sont d'ailleurs très riches). Jusqu'à la fin de l'année 1942 au moins, l'engagement "légaliste" est majoritaire, mais il aurait été intéressant (par sondage au moins) de donner quelques éléments de comparaison avec l'armée de l'Air et l'armée de Terre : a priori, peu de généraux de ces deux autres armées font le choix de poursuivre la lutte entre 1940 et 1942.

Avec beaucoup de détails et de précisions, l'auteure démonte l'idée selon laquelle il s'agissait simplement de sauver ce qui pouvait l'être en faisant preuve de neutralité politique (comme cela sera très souvent affirmé après 1945), et au contraire qu'il y a un réel engagement (inégalement suivi cependant) en faveur du nouveau régime, dans différents domaines politiques, administratifs, culturels, sociaux, et à différents niveaux de responsabilité.

Un volume un peu à charge mais riche de très nombreuses informations qui s'appuient sur une importante bibliographie et de nombreuses références.

Nouveau monde éditions, Paris, 2016, 448 pages, 24,- euros.

ISBN : 978-2-36942-376-8.

Marine et collaboration
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22 juin 2016 3 22 /06 /juin /2016 06:00

La campagne de Tunisie

Le retour de la France au combat

(1942-1943)

Jacques Favreau

Le général (2S) Jacques Favreau s'était distingué en 1999 avec un volume consacré à la bataille de Na San. Il nous propose aujourd'hui une étude sur ces combats de Tunisie des années 1942-1943, qui marquent selon lui le retour d'une armée française victorieuse dans la guerre.

Le volume est donc nettement orienté dans un sens favorable à cette armée d'Afrique, "préparée activement depuis l'armistice de 1940 sous l'impulsion des généraux Weygand et Juin".  Comme souvent dans de telles présentations, la volonté de démonstration initiale imprègne l'ensemble de l'ouvrage et demande donc à être modulée par d'autres études. Le livre présente cependant le grand intérêt de (re)mettre en lumière une zone géographique et une période peu traitées dans la grande bibliographie, en dehors de quelques articles dans la presse spécialisée. Fort heureusement, l'ouvrage s'ouvre sur une première partie qui replace les événements ultéreurement décrits dans leur passé proche, celui de l'Afrique du Nord depuis juin 1940 (avec la volonté de souligner que les autorités militaires d'AFN préparaient la reprise des opérations de guerre...). Une seconde partie s'intéresse à la mobilisation et à la montée en puissance des troupes françaises de Tunisie pendant le mois de novembre 1942 ; tandis que la troisième présente dans le détail les principales phases des opérations militaires sur le territoire de la Tunisie entre la fin de l'année 1942 et le premier semestre 1943, jusqu'au défilé de la victoire à Tunis le 20 mai (au cours duquel d'ailleurs armée d'Afrique et FFL défilent séparément, point évoqué par l'auteur mais sur lequel il n'insiste pas. Une quatrième et dernière partie, un peu brève sans doute, dresse un bilan de la reconstitution et du rééquipement de l'armée française et sur les relations De Gaulle / Giraud (en essayant à tout prix de valoriser chacun et de n'en critiquer aucun). Exercice difficile. De même d'ailleurs que les dernières questions posées sur les relations avec les Anglo-Saxons ou sur la fusion FFL / armée d'Afrique.

On apprécie les nombreuses cartes et la solide bibliographie indicative (dont plusieurs récits et mémoires non publiés). Un volume en l'honneur de l'armée française renaissante, à prendre comme tel, qui offre l'immense intérêt de revenir sur des épisodes peu connus du grand public pour cette période.

Economica, Paris, 2016, 182 pages, 29,- euros.

ISBN : 978-2-7178-6872-2.

Afrique du Nord
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11 juin 2016 6 11 /06 /juin /2016 06:00

Eben-Emael

L'autre vérité

Hugues Wenkin

L'auteur revient en détail, à partir de témoignages et d'archives restées confidentielles, sur la chute du principal fort belge aux premiers jours de la Seconde guerre mondiale à l'Ouest. Dès l'introduction, il n'y va pas par quatre chemins : "Montrer les défaillances belges a pour avantage de remettre en perspective l'assaut nazi. En démontrant qu'en ce petit matin du 10 mai, l'armée allemande a bel et bien vaincu sans péril, il nous est permis de diminuer la gloire que le régime hitlérien en a retiré abusivement pour les besoins de sa propagande".

Hugues Wenkin, bien connu pour ses contributions à différentes revues d'histoire grand public (il donne ainsi un style dynamique et enlevé à son récit) revient en détail sur les conditions amont à la campagne de Belgique (les paras allemands, les forts belges, la stratégie de neutralité) et entre dans le vif du sujet avec le départ de l'unité aérotransportée allemande (85 hommes répartis en onze planeurs) dans la nuit du 9 au 10 mai 1940. Tous n'arriveront pas sur zone et l'armée belge a perçu les préparatifs de l'attaque. Les premiers constats sont nets et l'auteur parle de "l'ambiance nonchalante qui règne dans le fort", ce qui se traduit par la non occupation ou l'occupation incomplète de certains des principaux postes de défense au moment de l'attaque allemande. Les erreurs d'interprétation, les ordres erronés, les mauvaises communications expliquent aussi le désarroi des défenseurs belges, qui causent néanmoins de nombreuses pertes aux Allemands. L'affaire du fort d'Eben-Emael est bien sûr replacée dans son contexte général, en particulier les attaques contre les ponts sur le canal Albert. Chaque phase de la bataille ou chaque engagement important est accompagné d'une carte simple et claire. La description finale du chaos qui règne au sein de la garnison belge du fort est parfois impressionnante, d'autant que le haut commandement belge est étrangement absent  ("Personne à l'échelon supérieur des deux corps d'armée ne semble vouloir prendre la responnsabilité de la reddition de l'ouvrage le plus puissant d'Europe"). Le commandant du fort est seul : "Seul pour conduire sa garnison apeurée, seul pour prendre la pénible décision qui ruinera sa carrière". Comme le titre le chapitre 9, "Eben-Emael, une victoire allemande sur l'impréparation belge"... et la garnison du fort n'est pas, loin de là, la seule à blâmer.

Une analyse très précise, et par bien des points assez décapante (quelques débats en perspective ?), d'un événement majeur du début de la Seconde guerre mondiale, dont les conséquences tactiques immédiates, mais aussi morales dans le temps long, ont été extrêmement importantes. Le volume est par ailleurs très bien illustré. Un bel équilibre entre l'étude historique et l'album.

Editions Weyrich, Neufchâteau (BE), 2016, 179 pages, 32,- euros.

ISBN : 978-2-87489-379-7.

Pour commander directement chez l'éditeur : ici.

Belgique
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30 mai 2016 1 30 /05 /mai /2016 06:00

La campagne du Rhin

Les Alliés entrent en Allemagne (janvier-mai 1945)

Daniel Feldmann et Cédric Mas

Les deux auteurs nous ont proposé ces dernières années une biographie de Rommel et une de Montgomery. C'est dire si la Seconde guerre mondiale en particulier vue des Occidentaux est un terrain qu'ils connaissent. Ils nous offrent aujourd'hui une étude sur les derniers mois de guerre, souvent très rapidement évoqués, en Allemagne même à partir de janvier 1945.

La campagne d'Allemagne (ou du Rhin) est en effet rarement traitée en tant que telle. Il existe bien des études nationales propres à chaque allié, mais il manquait à ce jour dans la bibliographie française une approche de l'ensemble des opérations. Le livre est ainsi organisé en quinze rapides chapitres chronologiques à partir de la fin de la bataille des Ardennes. Les caractéristiques et la valeur opérationnelle de chaque pays belligérant sont précisées (Allemagne, Etats-Unis, Grande-Bretagne dont Canada, France) et le rôle de l'arme aérienne explicité. D'opération en opération, nous marchons sur les traces des Alliés, sans jamais perdre de vue la capacité de résistance allemande, de la fin de la campagne d'Alsace aux combats de Rhénanie, des offensives dans le Hochwald et le Reichswald à Remagen, de la Ruhr à la tête de pont de l'Elbe. Les auteurs consacrent un chapitre (14) à la décision de ne pas marcher rapidement sur Berlin et, à l'échelle du théâtre des opérations, les oppositions entre Eisenhower et les Britanniques constituent presque le fil rouge du côté allié. Les derniers combats d'avril et mai sont bien décrits, du nord de l'Allemagne aux Alpes (avec l'hypothèse du "réduit alpin") et, là aussi, les divergences entre de Lattre et Montsabert. Au fur et à mesure de la progression en territoire allemand, les points de vue des uns et des autres, les avantages et les difficultés, sont rappelés et pesés.

En proposant une lecture mesurée des opérations, avec un équilibre entre approche tactique, considérations opératives et contraintes stratégiques comme interalliées, le livre de Daniel Feldmann et de Cédric Mas apporte une contribution utile à notre connaissance des derniers mois de la guerre sur le front Ouest et séduira sans aucun doute les amateurs.

Economica, Paris, 2016, 351 pages, 29,- euros.

ISBN : 978-2-7178-6880-7.

Derniers mois de guerre
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25 mai 2016 3 25 /05 /mai /2016 06:00

La campagne d'Allemagne

Printemps 1945

Pierre Dufour

Pierre Dufour, dont les nombreux ouvrages souvent hagiographiques antérieurs sont bien connus, s'intéresse aujourd'hui (après la campagne d'Alsace de 1944, ici) à la campagne d'Allemagne de la 1ère Armée française de janvier à mai 1945.

Partant de la fin des combats en Alsace durant l'hiver 1944-1945, il nous entraîne dans le franchissement du Rhin, les batailles pour les principales communes sur la rive allemande, la prise de Stuttgart, la manoeuvre d'Ulm, Sigmaringen et Berchtesgaden, pour terminer (assez curieusement d'ailleurs) par le coup de force japonais en Indochine... Il y a certes dans le livre beaucoup d'informations factuelles (mais sont-elles toutes vérifiées ?) et le récit de cette chevauchée du Rhin aux Alpes par le pays de Bade et le Wurtemberg est indiscutablement celui d'une belle épopée, mais un style général systématiquement en faveur de l'armée de Lattre finit par être trop pesant. Ces mérites sont en grande partie mérités, mais n'y a-t-il pas de divergences entre les différents échelons politiques et militaires français ? Ni d'opposition entre Français et Alliés anglo-saxons ? Quelle est la part des aides, soutiens, mesures favorables des Américains ? On ne le saura pas. En un mot, pas de problématique, pas de doute, pas de questionnement.

Les références bibliographiques citées en fin d'ouvrage confirment ce sentiment de travail non scientifique : on y trouve pêle-mêle quelques livres un peu anciens, des publications antérieures de l'auteur et de nombreuses revues (très) généralistes ; par contre s'il indique une liste "d'organismes de recherche" il n'y a pas la précision d'une seule archive. Comme les ouvrages précédents, une présentation "héroïsée" des combats de l'armée française.

Editions Grancher, Escalquens, 2016, 336 pages, 22,- euros.

ISBN : 978-2-7339-1365-9.

Jusqu'au nid d'aigle
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23 mai 2016 1 23 /05 /mai /2016 06:00

Hold the Oak Line

Histoire illustrée de la 7th Canadian Infantry Brigade

Frederick Jeanne

Lorsque au terme de longues années de recherche les passionnés se mettent à écrire, le résultat est souvent "bluffant". Ce gros volume format album en apporte une nouvelle preuve.

Publiée à compte d'auteur il y a presque deux ans, cette magnifique histoire de la 7e brigade d'infanterie canadienne lors des combats de juin 1944 en Normandie est superbement illustrée grâce à des centaines de photos (originales), de reproductions d'objets, matériels et documents. S'appuyant en particulier sur de nombreux entretiens avec les vétérans canadiens qu'il connaît depuis de longues années, Frederick Jeanne nous présente bien sûr dans un premier chapitre la mobilisation de ces Canadiens outre-Atlantique, puis leur formation et leur entraînement essentiellement dans les îles britanniques jusqu'à la veille du Débarquement. Les six chapitres qui suivent détaillent le moindre mouvement, le moindre engagement de la brigade de l'assaut du Juno Beach à la préparation des futures offensives à partir du 26 juin, alors qu'elle est en grande partie employée contre le 12 SS Panzerdivision 'Hitlerjugend'. Alors que, souvent, les combats qui se déroulent durant les journées qui suivent le Débarquement sont très rapiement traités à l'exception notable des cas particuliers de Falaise, de la remontée vers Cherbourg ou de la percée de Patton, nous avons ici un niveau de précision rarement atteint. Régiment par régiment, village par village, vous vivez littéralement les combats, les brèves périodes de repos, les pertes, les récompenses.

Si vous pouvez vous le procurer, vous ne le regretterez pas. A la fois un bel album et une riche documentation.

A compte d'auteur, 2014, 496 pages, 59,- euros.

ISBN : 9-782-95479-800-4.

La page FB associée : ici.

Pour contacter l'auteur et commander : ici.

 

Canadiens en Normandie
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Qui Suis-Je ?

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  • : Guerres et conflits XIXe-XXIe s. se fixe pour objectif d’être à la fois (sans prétendre à une exhaustivité matériellement impossible) un carrefour, un miroir, un espace de discussions. Sans être jamais esclave de la « dictature des commémorations », nous nous efforcerons de traiter le plus largement possible de toutes les campagnes, de tous les théâtres, souvent dans une perspective comparatiste. C’est donc à une approche globale de l’histoire militaire que nous vous invitons.
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Cafés historiques de La Chouette

Prochaine séance : pour la rentrée de septembre. Le programme complet sera très prochainement mis en ligne.

Publications personnelles

Livres

 

doumenc-copie-1.jpgLa Direction des Services automobiles des armées et la motorisation des armées françaises (1914-1918), vues à travers l’action du commandant Doumenc

Lavauzelle, Panazol, 2004.

A partir de ma thèse de doctorat, la première étude d’ensemble sur la motorisation des armées pendant la Première Guerre mondiale, sous l’angle du service automobile du GQG, dans les domaines de l’organisation, de la gestion et de l’emploi, des ‘Taxis de la Marne’ aux offensives de l’automne 1918, en passant par la ‘Voie sacrée’ et la Somme.

 

La mobilisation industrielle, ‘premier front’ de la Grande Guerre ? mobil indus

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2005 (préface du professeur Jean-Jacques Becker).

En 302 pages (+ 42 pages d’annexes et de bibliographie), toute l’évolution industrielle de l’intérieur pendant la Première Guerre mondiale. Afin de produire toujours davantage pour les armées en campagne, l’organisation complète de la nation, dans tous les secteurs économiques et industriels. Accompagné de nombreux tableaux de synthèse.

 

colonies-allemandes.jpgLa conquête des colonies allemandes. Naissance et mort d’un rêve impérial

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2006 (préface du professeur Jacques Frémeaux).

Au début de la Grande Guerre, l’empire colonial allemand est de création récente. Sans continuité territoriale, les différents territoires ultramarins du Reich sont difficilement défendables. De sa constitution à la fin du XIXe siècle à sa dévolution après le traité de Versailles, toutes les étapes de sa conquête entre 1914 et 1918 (388 pages, + 11 pages d’annexes, 15 pages de bibliographie, index et cartes).

 

 caire damasDu Caire à Damas. Français et Anglais au Proche-Orient (1914-1919)

 14/18 Editions, Saint-Cloud, 2008 (préface du professeur Jean-Charles Jauffret).

Du premier au dernier jour de la Grande Guerre, bien que la priorité soit accordée au front de France, Paris entretient en Orient plusieurs missions qui participent, avec les nombreux contingents britanniques, aux opérations du Sinaï, d’Arabie, de Palestine et de Syrie. Mais, dans ce cadre géographique, les oppositions diplomatiques entre ‘alliés’ sont au moins aussi importantes que les campagnes militaires elles-mêmes.

 

hte silesieHaute-Silésie (1920-1922). Laboratoire des ‘leçons oubliées’ de l’armée française et perceptions nationales

‘Etudes académiques », Riveneuve Editions, Paris, 2009.

Première étude d’ensemble en français sur la question, à partir du volume de mon habilitation à diriger des recherches. Le récit détaillé de la première opération civilo-militaire moderne d’interposition entre des factions en lutte (Allemands et Polonais) conduite par une coalition internationale (France, Grande-Bretagne, Italie), à partir des archives françaises et étrangères et de la presse de l’époque (381 pages + 53 pages d’annexes, index et bibliographie).

 

cdt armee allde Le commandement suprême de l’armée allemande 1914-1916, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général von Falkenhayn 

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Le texte original de l’édition française de 1921 des mémoires de l’ancien chef d’état-major général allemand, accompagné d’un dispositif complet de notes infrapaginales permettant de situer les lieux, de rappeler la carrière des personnages cités et surtout de comparer ses affirmations avec les documents d’archives et les témoignages des autres acteurs (339 pages + 34 pages d’annexes, cartes et index).

 

chrono commChronologie commentée de la Première Guerre mondiale

Perrin, Paris, 2011.

La Grande Guerre au jour le jour entre juin 1914 et juin 1919, dans tous les domaines (militaire, mais aussi politique, diplomatique, économique, financier, social, culturel) et sur tous les fronts. Environ 15.000 événements sur 607 pages (+ 36 pages de bibliographie et d’index).

 

 Les secrets de la Grande Guerrecouverture secrets

Librairie Vuibert, Paris, 2012.

Un volume grand public permettant, à partir d’une vingtaine de situations personnelles ou d’exemples concrets, de remettre en lumière quelques épisodes peu connus de la Première Guerre mondiale, de la question du « pantalon rouge » en août 1914 à l’acceptation de l’armistice par von Lettow-Vorbeck en Afrique orientale, après la fin des hostilités sur le théâtre ouest-européen.

 

Couverture de l'ouvrage 'Mon commandement en Orient'Mon commandement en Orient, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général Sarrail

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2012

Le texte intégral de l'édition originale, passé au crible des archives publiques, des fonds privés et des témoignages des acteurs. Le récit fait par Sarrail de son temps de commandement à Salonique (1915-1917) apparaît véritablement comme un exemple presque caricatural de mémoires d'autojustification a posteriori

 

 

Coordination et direction d’ouvrages

 

Destins d’exception. Les parrains de promotion de l’Ecole Spéciale Militaire de Saint-Cyr

SHAT, Vincennes, 2002.

Présentation (très largement illustrée, 139 pages) des 58 parrains qui ont donné leur nom à des promotions de Saint-Cyr, entre la promotion « du Prince Impérial » (1857-1858) et la promotion « chef d’escadrons Raffalli » (1998-2001).

 

fflLa France Libre. L’épopée des Français Libres au combat, 1940-1945

SHAT, Vincennes et LBM, Paris, 2004.

Album illustré présentant en 191 pages l’histoire et les parcours (individuels et collectifs) des volontaires de la France Libre pendant la Seconde guerre mondiale.

 

marque courageLa marque du courage

SHD, Vincennes et LBM, Paris, 2005.

Album illustré présentant en 189 pages l’histoire des Croix de Guerre et de la Valeur Militaire, à travers une succession de portraits, de la Première Guerre mondiale à la Bosnie en 1995. L’album comporte en annexe une étude sur la symbolique, les fourragères et la liste des unités d’active décorées.

 

  90e anniversaire de la Croix de guerre90-ANS-CROIX-DE-GUERRE.jpg

SHD, Vincennes, 2006.

Actes de la journée d’études tenue au Musée de l’Armée le 16 novembre 2005. Douze contributions d’officiers historiens et d’universitaires, français et étrangers, de la naissance de la Croix de guerre à sa perception dans la société française, en passant les décorations alliées similaires et ses évolutions ultérieures.

 

france grèceLes relations militaires franco-grecques. De la Restauration à la Seconde guerre mondiale 

SHD,Vincennes, 2007.

Durant cette période, les relations militaires franco-grecques ont été particulièrement intenses, portées à la fois par les sentiments philhellènes qui se développent dans l’hexagone (la France est l’une des ‘Puissances protectrices’ dès la renaissance du pays) et par la volonté de ne pas céder d’influence aux Anglais, aux Allemands ou aux Italiens. La campagne de Morée en 1828, l’intervention en Crète en 1897, les opérations en Russie du Sud  en 1919 constituent quelques uns des onze chapitres de ce volume, complété par un inventaire exhaustif des fonds conservés à Vincennes.

 

verdunLes 300 jours de Verdun

Editions Italiques, Triel-sur-Seine, 2006 (Jean-Pierre Turbergue, Dir.).

Exceptionnel album de 550 pages, très richement illustré, réalisé en partenariat entre les éditions Italiques et le Service historique de la Défense. Toutes les opérations sur le front de Verdun en 1916 au jour le jour.

 

DICO-14-18.jpgDictionnaire de la Grande Guerre

(avec François Cochet), 'Bouquins', R. Laffont, 2008.

Une cinquantaine de contributeurs parmi les meilleurs spécialistes de la Grande Guerre, 1.100 pages, 2.500 entrées : toute la Première Guerre mondiale de A à Z, les hommes, les lieux, les matériels, les opérations, les règlements, les doctrines, etc.

 

fochFerdinand Foch (1851-1929). Apprenez à penser

(avec François Cochet), 14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Actes du colloque international tenu à l’Ecole militaire les 6 et 7 novembre 2008. Vingt-quatre communications balayant tous les aspects de la carrière du maréchal Foch, de sa formation à son héritage dans les armées alliées par des historiens, civils et militaires, de neuf nations (461 pages + 16 pages de bibliographie).

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