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15 juin 2015 1 15 /06 /juin /2015 06:00

Les poches de l'Atlantique

Les batailles oubliées de la Libération

Janvier 1944 - mai 1945

Stéphane Simonnet

Déjà bien connu pour plusieurs ouvrages antérieurs remarqués (Commandant Kieffer, ici ; 177 Français du jour J), Stéphane Simonnet revient aujourd'hui très utilement sur ces combats peu ou mal connus des poches du littoral à la toute fin de la guerre.

Suivant un plan chronologique et géographique, il entre immédiatement dans le vif du sujet en présentant la situation des armées en présence à l'été 1944 dans l'Ouest et la stratégie allemande relative aux poches de résistance qui viennent de se former sur la côte, ainsi que la formation d'une nouvelle armée française par intégration des FTP et des FFI dans l'armée régulière. Ce point de situation initial est d'autant plus important que l'on a généralement oublié l'ampleur des effectifs concernés. Puis Stéphane Simonnet aborde les combats secteur par secteur, de "La réduction des forteresses de la Gironde" de Royan à l'île d'Oléron (opération amphibie), à celle de La Rochelle-La Pallice, de Dunkerque, de Lorient et de Saint-Nazaire. Ces combats presque oubliés, sauf localement, ne manquent pas d'intensité car ce sont des dizaines de milliers d'hommes qui s'y sont repliés, unités certes disparates (toutes armées, armes et services du Reich, y compris quelques Italiens et Européens de l'Est) mais bien équipées et disposant de stocks conséquents (2.200 soldats pour le seul point d'appui de l'île de Ré). Par ailleurs, ils ne sont pas totalement isolés du reste des armées allemandes, qu'il s'agisse des liaisons radio bien sûr, mais aussi (beaucoup moins connues) aériennes : "Une liaison aérienne entre Francfort et La Rochelle, à raison de deux rotations d'avion chaque semaine jusqu'à la mi-avril 1945, permet l'acheminement régulier des ordres, du courrier, des médicaments, de l'argent, des renforts en personnels et des munitions". Pour chaque situation locale, il s'intéresse à la fois aux libérateurs et aux occupants, aux opérations militaires et aux conditions de vie de la population -et parfois à son évacuation-, à la place des Alliés, aux ruines causées, aux modalités particulières de la reddition, etc.

Pour chaque zone, une carte claire et lisible permet de situer les unités et les principaux mouvements, et si la bibliographie indicative n'est pas très longue, l'index final est très complet. L'histoire de l'éphémère Armée de l'Atlantique du général de Larminat méritait bien d'être racontée. Et ici bien racontée.

Tallandier, Paris, 2015, 314 pages. 20,90 euros.

ISBN : 979-10-210-0492-4.

Derniers combats dans l'hexagone
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12 juin 2015 5 12 /06 /juin /2015 05:50

Marionnettes en cage

Jacques Sieklucki

Témoignage original que celui-ci, d'autant plus que les souvenirs de captivité des prisonniers de guerre sont en proportion peu nombreux depuis la fin des années 1950.

Avec une grande sensibilité et toujours beaucoup d'humanité, Jacques Sieklucki nous raconte les mois de captivité qu'il passe au Stakag VI B, dans le nord de l'Allemagne, après avoir été fait prisonnier lors de la prise de la poche de Dunkerque. Tout au long du livre, l'auteur nous parle de son ami Simon, dont nous ne saurons rien de précis mais qui visiblement compte beaucoup pour lui dans cet environnement particulier où l'ennui domine. Il entretient avec ce Simon, ami précieux, vif et intelligent, de fréquentes conversations à caractère quasi-philosophique, qui scandent le récit. L'humour n'est pas absent ("Le barbélia pousse bien cette année", constate-t-il au pied du mirador) et Jacques Sieklucki, employé aux fonctions administratives du camp, consacre également une grande partie de son temps (comme beaucoup d'autres prisonniers) à éviter le travail et à parasiter le système carcéral. Les gardiens allemands d'ailleurs ne sont pas décrits sous un jour trop négatif, de "braves types", un peu âgés, lourdeaux, qui se satisfont sans trop réfléchir d'une apparente obéissance formelle, de façade. Les heures passent lentement, les journées s'écoulent toujours identiques ("l'ornière de la vie quotidienne"), alors Jacques Sieklucki va s'occuper de la troupe de théâtre du camp et monter une pièce de Molière, mais aussi tenter à deux reprises de s'évader. Il y a aussi l'espoir de rentrer en France, avec les rapatriements sanitaires et surtout ce rêve éveillé de l'élargissement massif des prisonniers. Et toujours l'ennui contre lequel il faut se battre pour ne pas se laisser diminuer ou abrutir : "Les jours passaient, les jours passent, les jours ont passé, les jours passeront. Ah, que de conjugaisons sur cette certitude !".  Il est finalement rapatrié en France à l'automne 1941 après s'être fait passer pour un ingénieur, il se cache en province et parvient finalement à obtenir des papiers et à reprendre des études de droit. La Libération approche, une nouvelle vie commence. Le livre se termine sur une série de chansons et poèmes écrits par Jacques Sieklucki : "Nous qui n'avons plus de nom / Numéros anonymes, uniformes déteints, / Nous voyons entre deux appels / Se dresser la Tour Eiffel / Comme un mirage lointain".

A la qualité du témoignage, posé et parfois ironique, s'ajoute ainsi de réelles qualités d'écriture qui rendent la lecture de ce livre d'autant plus intéressante. Une nouvelle pierre utile à notre connaissance du monde particulier des prisonniers de guerre. 

Anovi, Chinon, 2015, 151 pages, 16,- euros.

ISBN : 978-2-914818-70-4.

Pour commander directement auprès de l'éditeur : ici.

Une vie de prisonnier
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21 mai 2015 4 21 /05 /mai /2015 06:00

Les comportements collectifs

en France et dans l'Europe allemande.
Historiographie, normes, prismes, 1940-1945

Pierre Laborie et François Marcot (Dir.)

Peut-on classer, définir, sérier les comportements collectifs pendant l'occupation allemande, sans se laisser lier par les a priori, les idées reçues et les reconstructions ultérieures ? Ces actes d'un colloque tenu à Besançon en 2012 tentent d'apporter une réponse.

Comme dans tous les colloques, surtout transdisciplinaires, tous les articles n'intéresseront pas au même chef tous les lecteurs. Si l'ensemble est tout à fait riche et dense, nous retiendrons pour ce qui concerne plus directement nos thématiques privilégiées les dexième, troisième et quatrième parties, qui constituent le coeur de l'ouvrage. Parmi les communications les plus originales et novatrices, retenons par exemple celle de Rafal Wnuk, sur "Le comportement des citoyens polonais sous l'occupation allemande et soviétique", celle de Claire Andrieu sur "Le comportement des civils face aux aviateurs tombés en France, en Angleterre et en Allemagne", celle de Jacques Semelin sur "Dans quelle mesure les comportements de la population permettent-il d'expliquer que les trois-quart des juifs de France aient échappé à la déportation ?". On apprécie également à la fin de l'ouvrage la communication d'Odile Roynette sur le thème "Vainqueurs et vaincus : réflexions sur l'historiographie de l'occupation en Europe", qui déplace la focale pour engerber dans son approche les XIXe et XXe siècles. 

Comme les deux directeurs de l'ouvrage le rappellent en conclusion, sur ces passionnantes (mais difficiles) questions, tout doit être analysé en finesse, en tenant le plus grand compte de chaque contexte particulier et d'une chronologie très précise. Le pari est réussi. Avec ces intéressantes communications, un pas de plus est franchi dans notre connaissance de ces phénomènes.

Presses universitaires de Rennes, 2015, 307 pages, 22,- euros.

ISBN : 978-2-7535-3973-0.

Attitude(s) face à l'occupation
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9 mai 2015 6 09 /05 /mai /2015 06:00

Trois jours en mai

1945, la fin de la guerre en Europe

Pierre Stéphany

Un ouvrage de circonstance sans doute, dont le titre est peu en rapport avec le contenu effectif puisqu'il insiste sur la vie d'Hitler et de ses proches, comme sur le quotidien des populations au cours des derniers mois de la guerre (voire davantage).

En seize chapitres de 15 à 20 pages, Pierre Stéphany propose donc un panorama du la chute définitive du Reich millénaire, avec des aller-retour entre les fronts est et ouest, Berlin et le nid d'aigle du Führer, etc., jusqu'à San Francisco pour la création de l'ONU. Le récit est enlevé, les phrases courtes se succèdent rapidement, les paragraphes brefs s'enchainent. Mais le texte, en multipliant les anecdotes dans des domaines différents, manque de cohérence : où l'auteur veut-il en venir ? Que veut-il finalement raconter ou expliquer ? D'autant qu'ici ou là quelques échos à des histoires plus ou moins romancées sèment le doute (Hitler est-il bien mort à Berlin et n'y a-t-il pas un doute...). Sur de nombreux points, les affirmations sont rapides et Pierre Stéphany cite telle ou telle source (souvent les mémoires des acteurs -en particulier allemands- des événements) sans la critiquer ou l'étudier réellement. Il se contente de citer. Le récit des trois derniers jours qui figurent en titre du livre est donné dans les dernières pages (globalement entre 250 et 300) et l'auteur prend bien sûr en compte les différentes étapes et les différents lieux (Reims, Flensburg, Berlin). Le livre se termine enfin par quelques exemples, dans différents pays, des épurations, et des justices parfois un peu expéditives (mais si peu finalement) lors des libérations.

Finalement rien de bien nouveau, beaucoup de citations et d'extraits d'ouvrages déjà publiés, quelques propos un peu rapides. Un volume qui donne "un-certaine-image" de la fin de la guerre et des souffrances subies par les uns et par les autres. 

Ixelles éditions, Paris, 2015, 351 pages. 23,90 euros.
ISBN : 978-2-87515-253-4.

Mai 1945 (et plus)
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3 mai 2015 7 03 /05 /mai /2015 06:00

Incarcérer les collaborateurs

Dans les camps de la Libération, 1944-1945

Laurent Duguet

Sous un régime juridique dérogatoire du droit ordinaire dans le meilleur des cas, parfois arrêtés en dehors de toute règle, des milliers de civils plus ou moins suspectés de collaboration avec l'ennemi sont emprisonnés à la Libération. Ce volume revient sur cet épisode peu évoqué d'une période trouble, même si plusieurs ouvrage ont déjà été consacré à ce thème au cours des dernières années.

Il s'intéresse en particulier à la région provençale dans les mois qui suivent le débarquement d'août 1944 et aborde la question sous l'angle de l'internement administratif, qui permet "d'interner des citoyens pour un temps indéterminé, bien qu'ils ne soient juridiquement coupables d'aucune infraction". C'est donc l'histoire de ces camps d'internement, de ces centres de "séjour surveillé", qu'il nous raconte. Il commence par évoquer brièvement les conditions de "l'épuration incontrôlée" des premiers jours et des premières semaines, puis traite de l'ouverture (parfois difficile) de ces camps, dont il faut réquisitionner terrains et infrastructures, alors qu'il n'existe aucun budget ni pour les aménager ni pour les faire fonctionner. En particulier, au début du livre, avec le souci de fournir à chaque étape des chiffres aussi précis que possible, il compare les situations entre les différentes régions de l'hexagone, comme entre les départements qui constituent la région Provence, et note les fluctuations dans le temps, entre l'été 1944 et les mois qui suivent. Il multiplie également les citations et s'efforce toujours de distinguer les situations bien différentes des Allemands prisonniers, des Italiens dont on ne sait trop s'ils ont été fascistes, soldats ou simples immigrés et des différentes catégories de Français, collaborateurs notoires, pétainistes plus ou moins connus ou victimes de dénonciations abusives voire d'erreurs judiciaires pures et simples. Les conditions de vie quotidienne, dans un pays qui sort de quatre années d'occupation et doit se reconstruire, sont rarement correctes (euphémisme...), qu'il s'agisse des bâtiments, de la nourriture (infecte), des vêtements, de l'hygiène, etc., et les échanges (courriers, colis) avec l'extérieur font l'objet d'une partie solide et référencée. On observe d'ailleurs qu'en de nombreux endroits l'administration se désintéresse presque totalement de ces établissements, surtout durant les premiers mois. Entre gardes et internés par contre, les relations peuvent être relativement proches, l'un des directeurs en venant à interdire "absolument de jouer aux boules avec les internés" ! Les camps ferment les uns après les autres à partir de l'été 1945, les budgets diminuent drastiquement, le personnel est réduit, le matériel manque, et même les responsables et gradés des centres de séjour surveillé peinent à retrouver un poste dans la fonction publique. Comme si un voile "définitif" était jeté sur une période peu glorieuse.

Un volume très intéressant sur un épisode peu connu de la Libération, analysé à travers le prisme d'un situation régionale. Un livre agréable à lire, toujours très bien référencé, qui mérite d'être connu.

Vendémiaire, Paris, 2015, 349 pages, 24,- euros.
ISBN : 978-2-36358-168-6.

Prisons de la Libération
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29 avril 2015 3 29 /04 /avril /2015 06:00

Les artistes en France sous l'Occupation

Van Dongen, Picasso, Utrillo, Maillol, Vlaminck...

Werner Lange

Un petit livre qui revient, mais de façon originale, sur la vie des "people" dans Paris occupé par les Allemands, la vie de ceux qui par exemple ne connaissent pas la réalité du rationnement.

Historien de l'art dès avant la guerre, francophile, le lieutenant Werner Lange rejoint à Paris les services de propagande du Reich, où il est affecté à la section culturelle : "Mon statut militaire exigeait de moi une attitude contraire tant à mes convictions qu'aux vraies valeurs de l'art ... Il fallait donc que je fasse preuve d'humanité, que je m'adapte aux situations pour éviter de me faire des reproches à moi-même. Je crois, sans fausse modestie, avoir réussi à ménager la chèvre et le chou ... Je pus, d'ailleurs, revenir en France après la guerre, y retrouver des amis fidèles, m'y installer même".

Suite de brefs chapitres de trois à quatre pages pour la plupart, le livre n'a aucune prétention d'analyse générale. Il s'agit bien de la reprise d'un journal personnel sur lequel les activités et rencontres de l'auteur sont notées au quotidien, un artiste "déguisé" en officier, animé non par le goût du lucre mais par l'amour des belles choses, ce qui n'interdit pas les échanges de bons procédés... Nous sommes donc au niveau de la vie courante, du déplacement ou de la visite de la matinée, de la soirée entre gens de bonne compagnie. C'est ici que le livre se distingue de ce qui existe déjà sur le même sujet. Werner Lange raconte comment il intervient auprès des services allemands pour que ses amis peintres puissent bénéficier d'allocations de charbon pour le chauffage de leurs ateliers, comment il peut se rendre fréquemment à l'opéra où, "grâce à l'amitié généreuse de Jacques Rouché" une petite loge est mise à sa disposition, comment il fait échapper un propriétaire de galerie au STO, etc. Presque tous les grands (et moins grands) noms de la peinture, de la sculpture, des arts et des lettres, du spectacle, bref tout ce qui fait encore aujourd'hui le beau Paris des riches touristes étrangers défilent dans ce volume, jusqu'à Dufy, Van Dongen et bien d'autres. On lit aussi le récit d'un dîner étonnant (d'ailleurs du fait du hasard) entre le lieutenant allemand et Picasso dans un restaurant "clandestin" ravitaillé par le marché noir. Maillol revient assez souvent, jusqu'à Banyuls, les deux hommes étant devenus amis ; tout comme Derain dont il nous décrit la complexe situation familiale et la fin tragique. Ici c'est une sortie à la campagne pour le week-end avec Vlaminck, là une visite chez le fondeur d'art Rudier, là une anecdote pour raconter comment des tableaux non signés de Roussel l'ont été par d'autres à la veille d'une exposition, avec l'autorisation expresse du peintre...

Un côté décalé donc par rapport à la vie de la population et aux événements durant cette période, mais aussi une réalité vécue par certains. Comme quoi la guerre ne touche pas tous les hommes de la même façon...

Editions du Rocher, Monaco, 2015, 174 pages. 17,90 euros.

ISBN : 978-2-268-07649-2.

Ach ! Paris !
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20 avril 2015 1 20 /04 /avril /2015 06:00

Les cent derniers jours d'Hitler

Chronique de l'apocalypse

Jean Lopez

Bel album (qui pèse son poids !) et qui, au-delà de la seule personne d'Hitler ou de son entourage proche (même s'il est -et s'ils sont- au coeur du livre), nous fait revivre par le texte et par l'image la fin du IIIe Reich.

Jour par jour, et parfois heure par heure lorsque la chronologie des événements le justifie, Jean Lopez décrit en quelques lignes toute "l'actualité" du Reich finissant, la progression des Soviétiques et la fuite des populations germanophones à l'Est, les rendez-vous (de plus en plus rares) et les réunions autour d'Hitler dans le sous-sol de la chancellerie, son délabrement physique et la folie, les généraux et les soldats, les gamins et les vieillards du Volkssturm, le drame des populations civiles et la place centrale des femmes dans cet effondrement d'une société, la mobilisation à outrance du parti nazi et les pendaisons au coin de la rue, les marches de la mort et la libération des camps, l'exécution de Mussolini et le testament d'Hitler, les villages bavarois qui "se rendent" aux Américains et la bataille de Berlin, etc. Non seulement un régime s'effondre, mais un Etat, un pays, disparaît purement et simplement dans un incroyable amoncellement de ruines et de cadavres. On a peine aujourd'hui à imaginer ce que fut pour l'Allemagne et l'Europe le premier semestre 1945. Le texte courant est accompagné d'une excellente et très dense iconographie, de nombreuses photos peu connues étant reproduites en grand format. Qu'il s'agisse de l'attitude des soldats ou du regard des enfants, aucune ne laisse indifférent.

Pas de révélation, pas de résultat d'une nouvelle recherche donc, mais un bilan méticuleusement présenté de la réalité de l'époque. Un excellent ouvrage illustré grand public.

Perrin, Paris, 2015, 278 pages. 24,90 euros.

ISBN : 978-2-262-05023-8.

Album chronologique
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15 avril 2015 3 15 /04 /avril /2015 06:00

La justice déshonorée

1940-1944

Virginie Sansico

"L'intense politisation de la justice sous Vichy" fait ici l'objet d'une étude qui va bien au-delà des références habituelles aux juridictions d'exception, puisque l'auteure s'intéresse d'abord au fonctionnement de la justice "ordinaire", quotidienne.

Après s'être intéressée dans un premier ouvrage aux cours martiales de Vichy, Virginie Sansico aborde donc la question plus large de l'ensemble des juridictions pénales, dont elle souligne que paradoxalement les représentants du ministère public y conservèrent le titre de "procureur de la République", alors même qu'il n'y avait plus de République et que toute l'évolution du régime contribuait à éloigner l'Etat français de cette notion. Tout à la fois "héritier de l'ère républicaine" et système nouveau en rupture (les lois "politiques" existent aussi durant l'entreèdeux-guerres), la justice pénale de Vichy est d'abord présentée comme une certaine continuité de ce qui existe avant juillet 1940 et l'auteure note que "la transition entre la République et Vichy s'effectue en douceur". Très vite cependant, dès l'été, les premières mesures sont prises, visant en particulier à mettre au pas l'institution judiciaire, tandis que les oppositions politiques se diversifient et se multiplient progressivement. Elle organise ensuite son propos en grandes parties chrono-thématiques : "Le basculement (été 1941-fin 1942)", "La saison des juges (fin 1942-automne 1943)", et "La justice en guerre (fin 1943-août 1944)", qui correspondent à autant de phases d'évolutions importantes, pour la Justice elle-même mais aussi pour la Résistance (peut-être aurait-il été nécessaire de souligner davantage qu'à partir de novembre 1942, avec l'occupation de la zone sud, l'apparence d'indépendance du régime disparaît). On observe clairement que les juridictions d'exception prennent une part croissante dans le traitement des dossiers au fur et à mesure que la situation générale se détériore pour Vichy et les collaborateurs, comme dans une fuite vers l'avant, jusqu'aux sections spéciales (dont l'auteure détaille le complexe environnement lors de leur création en 1941). On constate également que le vocabulaire utilisé par les magistrats change au fur et à mesure, se faisant lui-même plus "politique", les accusations de "gaullisme" ou "judaïsme" prenant le pas sur les qualifications pénales normales et Virginie Sansico souligne à plusieurs reprises le rôle "apaisant" (anesthésiant) de Barthélémy, lui-même juriste, comme ministre de la Justice. Faux-papiers, propagande gaulliste, refus du STO, propos anti-nationaux, expulsion des Juifs de l'administration et de certaines professions, détention ou trafic d'armes, jusqu'à des engagements actifs dans la résistance : toute une nouvelle gamme d'infractions est longtemps jugée par des tribunaux "ordinaires", avec des magistrats qui étaient en poste avant la guerre (et souvent le resteront après, mais ceci n'est pas évoqué).

Un livre complet et détaillé (parfois un peu trop), qui met en relief une réalité peu glorieuse...

Tallandier, Paris, 2015, 623 pages. 25,90 euros.

ISBN : 979-10-210-0389-7.

Justice inique aux ordres
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30 mars 2015 1 30 /03 /mars /2015 06:00

Quand Hitler bétonnait la côte basque

Francis Sallaberry

Zone de repos et presque de villégiature pour les troupes allemandes d'occupation jusqu'en 1942, le pays basque voit arriver les hommes de l'organisation Todt à l'automne de cette même année. Le "mur de l'Atlantique", on l'ignore trop souvent, a été étendu jusqu'à la frontière espagnole. C'est le mérite de ce livre, fort bien documenté, que de nous présenter cet aspect méconnu des années de guerre.

Aisément lisible, accompagné de très nombreuses illustrations, cartes et croquis, le livre peut être divisé en trois grandes parties. Après avoir (utilement) rappelé la chronologie des événements dans la région entre juin 1940 et août 1944, l'auteur détaille pour nous dans un premier temps les unités allemandes qui ont été stationnées dans les différentes communes du pays basque (Heer, Luftwaffe, Kriegsmarine) ; puis il aborde la construction des aménagements défensifs du mur de l'Atlantique, dans son schéma général aussi bien que dans le détail de tel ou tel type de construction ; enfin il présente avec beaucoup de précision les différents points d'appui et "nids de résistance" prévus (Bayonne, Bidart, saint-Jean-de-Luz, Sainte-Anne, Hendaye). En conclusion, Francis Sallaberry revient sur les traces conservées aujourd'hui encore de ces travaux (blokhaus, postes d'observation, murs anti-chars, etc.), traces nombreuses et que l'on est finalement étonné de ne pas connaître au moins de nom. Enfin quelques utiles annexes (lexique, cartes, reproductions de documents) permettent de suivre avec aisance même pour les non germanisants ou ceux qui ne connaissent pas la région.

Un petit volume ponctué d'encarts reprenant des citations complémentaires, bien construit et agréable à lire. Une publication indiscutablement utile aux amateurs.

Editions Atlantica, Biarritz, 2014, 203 pages, 23 euros.

ISBN : 978-2-7588-0512-0.

Mur de l'Atlantique (sud)
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1 mars 2015 7 01 /03 /mars /2015 06:00

La guerre finno-soviétique

(novembre 1939 - mars 1940)

Louis Clerc

Nouveau volume dans la collection 'Campagnes & stratéges', avec les qualités et les défauts qui lui sont propres mais qui permet de mieux connaître des conflits ou des batailles rarement évoqués dans la littérature française.

L'auteur, spécialiste des relations entre la France et les pays nordiques, est enseignant à l'université de Turku, au premier rang pour pouvoir traiter ce sujet. Il rappelle dans son introduction que le président Poutine en 2013 n'a pas hésité à justifier la nécessité pour l'URSS de l'époque de "rectifier" sa frontière avec la Finlande ("Staline se devait de réparer l'erreur des Bolcheviques") et qu'il s'agit bien "d'un sujet aux dimensions multiples". Louis Clerc organise son propos en six grands chapitres chrono-thématiques, partant des "Tensions anciennes et causes immédiates" pour terminer par "Une guerre qui n'en finit pas : la guerre d'hiver dans l'historiographie, la politique et la culture". Au fur et à mesure, sont évoqués es thèmes du rapport de force entre les armées en présence, du détail de l'offensive soviétique de décembre-janvier, des conséquences pour les populations civiles des deux pays et des situations particulières des combattants (blessés, prisonniers, etc.), et en février-mars des difficiles négociations et de la fin des combats, alors que la situation de la Finlande par rapport aux Occidentaux devient ambigüe. Une guerre qui ne pouvait qu'être extrêmement dure, laisser des traces et voir les interprétations diverger, puisque pour Helsinki il s'agit d'une lutte pour la survie et pour Moscou d'une simple "querelle de frontière"

On regrette l'absence d'un index nominatif (les noms finnois et russes n'étant parfois pas faciles à mémoriser). Quelques cartes illustrent le volume, qui se termine sur une bibliographie indicative (en français, anglais, allemand et finnois), bibliographie à jour dont les titres les plus récents sont de 2011 et 2012. Pendant que la France connaît la 'Drôle de guerre', une petite armée "fortement motivée mais mal équipée ... tient la dragée haute à une force supérieure, profitant des erreurs de son ennemi mais aussi de sa propre capacité à utiliser les prticularités du relief, des immenses espaces et du climat du nord de la Finlande". Un livre tout-à-fait intéressant.

Economica, Paris, 2015, 212 pages, 29,- euros.

ISBN : 978-2-7178-6720-6.

Guerre d'hiver
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Qui Suis-Je ?

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  • : Guerres et conflits XIXe-XXIe s. se fixe pour objectif d’être à la fois (sans prétendre à une exhaustivité matériellement impossible) un carrefour, un miroir, un espace de discussions. Sans être jamais esclave de la « dictature des commémorations », nous nous efforcerons de traiter le plus largement possible de toutes les campagnes, de tous les théâtres, souvent dans une perspective comparatiste. C’est donc à une approche globale de l’histoire militaire que nous vous invitons.
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Cafés historiques de La Chouette

Prochaine séance : pour la rentrée de septembre. Le programme complet sera très prochainement mis en ligne.

Publications personnelles

Livres

 

doumenc-copie-1.jpgLa Direction des Services automobiles des armées et la motorisation des armées françaises (1914-1918), vues à travers l’action du commandant Doumenc

Lavauzelle, Panazol, 2004.

A partir de ma thèse de doctorat, la première étude d’ensemble sur la motorisation des armées pendant la Première Guerre mondiale, sous l’angle du service automobile du GQG, dans les domaines de l’organisation, de la gestion et de l’emploi, des ‘Taxis de la Marne’ aux offensives de l’automne 1918, en passant par la ‘Voie sacrée’ et la Somme.

 

La mobilisation industrielle, ‘premier front’ de la Grande Guerre ? mobil indus

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2005 (préface du professeur Jean-Jacques Becker).

En 302 pages (+ 42 pages d’annexes et de bibliographie), toute l’évolution industrielle de l’intérieur pendant la Première Guerre mondiale. Afin de produire toujours davantage pour les armées en campagne, l’organisation complète de la nation, dans tous les secteurs économiques et industriels. Accompagné de nombreux tableaux de synthèse.

 

colonies-allemandes.jpgLa conquête des colonies allemandes. Naissance et mort d’un rêve impérial

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2006 (préface du professeur Jacques Frémeaux).

Au début de la Grande Guerre, l’empire colonial allemand est de création récente. Sans continuité territoriale, les différents territoires ultramarins du Reich sont difficilement défendables. De sa constitution à la fin du XIXe siècle à sa dévolution après le traité de Versailles, toutes les étapes de sa conquête entre 1914 et 1918 (388 pages, + 11 pages d’annexes, 15 pages de bibliographie, index et cartes).

 

 caire damasDu Caire à Damas. Français et Anglais au Proche-Orient (1914-1919)

 14/18 Editions, Saint-Cloud, 2008 (préface du professeur Jean-Charles Jauffret).

Du premier au dernier jour de la Grande Guerre, bien que la priorité soit accordée au front de France, Paris entretient en Orient plusieurs missions qui participent, avec les nombreux contingents britanniques, aux opérations du Sinaï, d’Arabie, de Palestine et de Syrie. Mais, dans ce cadre géographique, les oppositions diplomatiques entre ‘alliés’ sont au moins aussi importantes que les campagnes militaires elles-mêmes.

 

hte silesieHaute-Silésie (1920-1922). Laboratoire des ‘leçons oubliées’ de l’armée française et perceptions nationales

‘Etudes académiques », Riveneuve Editions, Paris, 2009.

Première étude d’ensemble en français sur la question, à partir du volume de mon habilitation à diriger des recherches. Le récit détaillé de la première opération civilo-militaire moderne d’interposition entre des factions en lutte (Allemands et Polonais) conduite par une coalition internationale (France, Grande-Bretagne, Italie), à partir des archives françaises et étrangères et de la presse de l’époque (381 pages + 53 pages d’annexes, index et bibliographie).

 

cdt armee allde Le commandement suprême de l’armée allemande 1914-1916, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général von Falkenhayn 

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Le texte original de l’édition française de 1921 des mémoires de l’ancien chef d’état-major général allemand, accompagné d’un dispositif complet de notes infrapaginales permettant de situer les lieux, de rappeler la carrière des personnages cités et surtout de comparer ses affirmations avec les documents d’archives et les témoignages des autres acteurs (339 pages + 34 pages d’annexes, cartes et index).

 

chrono commChronologie commentée de la Première Guerre mondiale

Perrin, Paris, 2011.

La Grande Guerre au jour le jour entre juin 1914 et juin 1919, dans tous les domaines (militaire, mais aussi politique, diplomatique, économique, financier, social, culturel) et sur tous les fronts. Environ 15.000 événements sur 607 pages (+ 36 pages de bibliographie et d’index).

 

 Les secrets de la Grande Guerrecouverture secrets

Librairie Vuibert, Paris, 2012.

Un volume grand public permettant, à partir d’une vingtaine de situations personnelles ou d’exemples concrets, de remettre en lumière quelques épisodes peu connus de la Première Guerre mondiale, de la question du « pantalon rouge » en août 1914 à l’acceptation de l’armistice par von Lettow-Vorbeck en Afrique orientale, après la fin des hostilités sur le théâtre ouest-européen.

 

Couverture de l'ouvrage 'Mon commandement en Orient'Mon commandement en Orient, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général Sarrail

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2012

Le texte intégral de l'édition originale, passé au crible des archives publiques, des fonds privés et des témoignages des acteurs. Le récit fait par Sarrail de son temps de commandement à Salonique (1915-1917) apparaît véritablement comme un exemple presque caricatural de mémoires d'autojustification a posteriori

 

 

Coordination et direction d’ouvrages

 

Destins d’exception. Les parrains de promotion de l’Ecole Spéciale Militaire de Saint-Cyr

SHAT, Vincennes, 2002.

Présentation (très largement illustrée, 139 pages) des 58 parrains qui ont donné leur nom à des promotions de Saint-Cyr, entre la promotion « du Prince Impérial » (1857-1858) et la promotion « chef d’escadrons Raffalli » (1998-2001).

 

fflLa France Libre. L’épopée des Français Libres au combat, 1940-1945

SHAT, Vincennes et LBM, Paris, 2004.

Album illustré présentant en 191 pages l’histoire et les parcours (individuels et collectifs) des volontaires de la France Libre pendant la Seconde guerre mondiale.

 

marque courageLa marque du courage

SHD, Vincennes et LBM, Paris, 2005.

Album illustré présentant en 189 pages l’histoire des Croix de Guerre et de la Valeur Militaire, à travers une succession de portraits, de la Première Guerre mondiale à la Bosnie en 1995. L’album comporte en annexe une étude sur la symbolique, les fourragères et la liste des unités d’active décorées.

 

  90e anniversaire de la Croix de guerre90-ANS-CROIX-DE-GUERRE.jpg

SHD, Vincennes, 2006.

Actes de la journée d’études tenue au Musée de l’Armée le 16 novembre 2005. Douze contributions d’officiers historiens et d’universitaires, français et étrangers, de la naissance de la Croix de guerre à sa perception dans la société française, en passant les décorations alliées similaires et ses évolutions ultérieures.

 

france grèceLes relations militaires franco-grecques. De la Restauration à la Seconde guerre mondiale 

SHD,Vincennes, 2007.

Durant cette période, les relations militaires franco-grecques ont été particulièrement intenses, portées à la fois par les sentiments philhellènes qui se développent dans l’hexagone (la France est l’une des ‘Puissances protectrices’ dès la renaissance du pays) et par la volonté de ne pas céder d’influence aux Anglais, aux Allemands ou aux Italiens. La campagne de Morée en 1828, l’intervention en Crète en 1897, les opérations en Russie du Sud  en 1919 constituent quelques uns des onze chapitres de ce volume, complété par un inventaire exhaustif des fonds conservés à Vincennes.

 

verdunLes 300 jours de Verdun

Editions Italiques, Triel-sur-Seine, 2006 (Jean-Pierre Turbergue, Dir.).

Exceptionnel album de 550 pages, très richement illustré, réalisé en partenariat entre les éditions Italiques et le Service historique de la Défense. Toutes les opérations sur le front de Verdun en 1916 au jour le jour.

 

DICO-14-18.jpgDictionnaire de la Grande Guerre

(avec François Cochet), 'Bouquins', R. Laffont, 2008.

Une cinquantaine de contributeurs parmi les meilleurs spécialistes de la Grande Guerre, 1.100 pages, 2.500 entrées : toute la Première Guerre mondiale de A à Z, les hommes, les lieux, les matériels, les opérations, les règlements, les doctrines, etc.

 

fochFerdinand Foch (1851-1929). Apprenez à penser

(avec François Cochet), 14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Actes du colloque international tenu à l’Ecole militaire les 6 et 7 novembre 2008. Vingt-quatre communications balayant tous les aspects de la carrière du maréchal Foch, de sa formation à son héritage dans les armées alliées par des historiens, civils et militaires, de neuf nations (461 pages + 16 pages de bibliographie).

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