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26 janvier 2015 1 26 /01 /janvier /2015 06:15

Agent secret de Churchill

Bob Maloubier

Paru pour la première fois en 2011, ce livre de souvenirs de l’un des plus connus parmi les agents (spéciaux, secrets, etc.) et nageurs de combat « historiques » est un plaisir de lecture de détente.

Bien que Jean-Louis Crémieux-Brilhac nous assure que « tout y est vrai », nous ne serons pas aussi affirmatifs, au moins dans les détails. Mais, en réalité, là n’est pas le propos puisque il s’agit au moins autant d’un récit « d’ambiance » et d’une aventure à rebondissements multiples que d’un témoignage pour l’histoire. Avec le style et la verve dont il a fait preuve dans ses ouvrages antérieurs, en reconstituant des dialogues (dont l’historien peut supposer qu’ils ne sont pas tous strictement authentiques…), Bob Maloubier nous raconte ainsi son parcours pendant la Seconde guerre mondiale. Il tente de partir pour Londres dès le lendemain de la défaite, mais doit finalement rester dans l’hexagone jusqu’à son engagement dans l’aviation de l’armée d’armistice, ce qui lui permet en 1941 de rejoindre la Tunisie, d’où il parvint à gagner la frontière algérienne à la suite du débarquement des Anglo-Saxons en Afrique du Nord. La description qu’il fait d’Alger durant cette période est pour le moins pittoresque, et l’on se rend bien compte que les Free French y sont tout sauf bienvenus ! Parvenant enfin à prendre contact avec les Britanniques, il rencontre par hasard un nageur de combat pour le moins original (nous sommes alors dans la « préhistoire » de la spécialité), rejoint le SOE sans l’avoir vraiment cherché (il voulait entrer dans l’aviation), et nous explique ensuite ce monde particulier et la formation qu’il reçoit dans les différentes spécialités. Si l’on conçoit que durant une période aussi tendue, dans un environnement très particulier et pour traiter de missions plus ou moins troubles mais toujours secrètes, les personnages puissent être absolument hors normes, on est ici amplement servi. Il y aurait de quoi rédiger un scénario de film à grand spectacle. Après bien des péripéties, c’est finalement en août 1943 qu’il est largué pour sa première mission en France, dans la région de Rouen. Ne rentrons pas dans les détails des sabotages (qu’il serait sans doute nécessaire de reconstituer à partir des dossiers d’archives de l’époque…), mais nous passons de Normandie à Paris, nous alternons missions effectives et « mises au vert », recrutement et rencontres. Après un retour en Angleterre et quelques mois plus tranquilles, c’est une nouvelle mission, dans le Limousin, auprès du « préfet » Guingouin (il ne l’est pas encore). Le récit des événements, ici également, mérite d’être croisé avec des sources plus référencées, qu’il s’agisse du massacre d’Oradour ou des derniers événements avant la libération de Limoges et de la région. Mais, à nouveau, peu importe, Maloubier y était et ses souvenirs peuvent en valoir d’autres. Avec la fin de la guerre en Europe, c’est le retour vers la famille, les camarades retrouvés ou dont on apprend les conditions de disparition, quelques rencontres toujours aussi surprenantes, la DGER qui commence à envisager l’avenir… et le départ pour l’Extrême-Orient pour rejoindre la Force 136.

Un livre racontant une histoire comme un roman, mais un peu aussi un livre d’histoire, « à la mode Maloubier ». Allez, laissez vous tenter pour le week-end !

Coll. ‘Texto’, Tallandier, 2014, 258 pages + annexes. 9,50 euros.

ISBN : 979-10-210-0845-8.

Français sous uniforme britannique
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25 janvier 2015 7 25 /01 /janvier /2015 06:20

Inferno

La dévastation de Hambourg, 1943

Keith Lowe

Bien connu des lecteurs francophones pour ses derniers ouvrages, Keith Lowe s'intéresse dans ce volume aux terribles bombardements anglo-américains de l'été 1943 sur la métropole et le grand port d'Allemagne du Nord.

Avec un sens aigu du récit, Keith Lowe reprend l'ensemble des données sur ces formidables raids de juillet 1943 et nous en restitue la genèse, les préparatifs, le déroulement, les conséquences. Il aborde aussi bien la question de l'organisation, de la doctrine et des différences d'expériences entre les armées de l'air britannique et américaine (bombardements de nuit ou de jour), le choix des cibles, celle de la défense anti-aérienne allemande avec sa composante radar, la première mise en oeuvre de leurres par les Britanniques, l'organisation du vol de centaines d'appareils par vagues, les réactions de la population de Hambourg, les effets des bombardements au sol où les brasiers sont visibles à plus de 200 km. et se poursuivent pendant plusieurs jours, la rapide réaction de la Luftwaffe qui rameute les appareils par centaines, les victimes (au moins plus de 42.000), l'ébranlement des dirigeants nazis et les réactions dans le monde anglo-saxon, la vie des réfugiés survivants, le dernier raid meurtrier dans la nuit du 2 au 3 août et les difficultés des pilotes anglais, les conditions effrayantes du ramassage des corps, le rétablissement rapide des services publics dans une ville dévastée, etcc. Le livre se termine sur les bombardements qui suivirent jusqu'à la fin de la guerre, moins massifs, moins meurtriers, mais par dizaines, aggravant les dégats et augmentant les décès, sur les séquelles mémorielles de la population et sur les débats historiographiques et moraux (responsabilités ? crimes de guerre ?, etc.).

En résumé, c'est à la fois détaillé et technique (ratio entre bombes incendiaires et explosives pour obtenir un effet maximum par exemple), complet et bien écrit, mesuré et soutenu par de nombreuses citations : un livre excellent.

Perrin, Paris, 2015, 424 pages, 24 euros.

ISBN : 978-2-262-03851-9.

Bombardements de terreur
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21 janvier 2015 3 21 /01 /janvier /2015 06:00

Carnets secrets du général Patton

Edition présentée et annotée par Boris Laurent

Réédition en format poche d'un livre paru il y a environ deux ans. Rien à enlever à notre présentation mise en ligne en février 2013. Pour la retrouver, avec l'entretien que nous avait accordé Boris Laurent : ici.

Pour moins de 10 euros, un livre que chaque amateur de la Seconde guerre mondiale se doit d'avoir dans sa bibliothèque !

Nouveau Monde éditions poche, Paris, 2015, 479 pages, 9 euros.
ISBN : 978-2-36942-151-1.

Le meilleur général allié ?
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20 janvier 2015 2 20 /01 /janvier /2015 06:00

Missionnaires en terre barbelée

Des Oblats prisonniers de guerre (1941-1945)

Nathan M. Greenfield et Bill Rawling

En 1941, le navire qui transporte un petit groupe de missionnaires canadiens en route pour le Basutoland (Lesotho) est coulé par un sous-marin allemand. Les survivants recueillis sont désormais prisonniers de guerre. Ce livre présente et analyse les lettres qu'ils adressent à leurs familles.

Débarqués à Bordeaux après avoir été sauvés de la noyade, puis transférés dans un camp français et enfin en Allemagne, ils forment une population tout-à-fait partiulière au sein d'un groupe généralement moins étudié (celui des prisonniers), dont ils constituent de ce fait un petit sous-ensemble particulièrement intéressant, à la fois ressortissant d'une nation alliée et frères missionnaires portés par la foi. La première partie de l'ouvrage reconstitue le quotidien des frères oblats (dont l'ordre avait été créé en Provence au siècle précédent) à partir de leurs correspondances et raconte leur(s) histoire(s) au fil des mois jusqu'en 1942, leur statut de "prêtres" leur permettant de bénéficier d'une situation relativement privilégiée, et même parfois de pouvoir circuler entre différents camps pour exercer leur ministère. La seconde partie, plus thématique dans son discours, poursuit le récit jusqu'à la fin de la guerre suivant des modalités similaires. Enfin, et c'est sans doute là que réside une grande partie de l'intérêt de l'ouvrage, la troisième grande partie (pp. 160-380) est constituée par la retranscription de l'ensemble de la correspondance étudiée. Ces lettres, sous la signature de quatorze religieux différents, forment un tout cohérent et elles rendent comptent dans le même temps de la foi profonde qui les anime, de la diversité de leurs situations, des évolutions des états d'esprit dans le temps et souvent de leur engagement au profit de leurs camarades prisonniers.

Un ensemble rare de témoignages sur un aspect particulier de la vie dans certains camps de militaires prisonniers alliés en Allemagne.

Athéna éditions, Outremont (Québec), 2014, 382 pages.

ISBN : 978-2-924142-17-2.

Le livre peut être commandé auprès de la librairie du Québec à Paris : ici.

 

Prisonniers particuliers
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19 janvier 2015 1 19 /01 /janvier /2015 07:00

Une histoire du IIIe Reich

François Delpla

Bien connu de tous ceux qui s'intéressent à l'Allemagne nazie et à la Seconde guerre mondiale, ayant déjà publié plus d'une quinzaine d'ouvrages sur ces thèmes dont une biographie d'Hitler, François Delpla nous propose une histoire générale du IIIe Reich qui place le Führer au centre et au coeur du dispositif étatique.

A partir des thèmes qui sont les siens depuis longtemps (tout à la fois la folie et l'habileté politique d'Hitler, son espoir d'une entente mondiale avec l'empire britannique après avoir imposé sa domination à l'Europe, etc.), et qui suscitent assez régulièrement des débats dans le microcosme des spécialistes du Führer, l'auteur nous livre ici une histoire complète et détaillée du régime nazi, de la prise du pouvoir en 1933 à sa liquidation en 1945. Les notes et les références sont (très) nombreuses et variées, et ceci constitue une caractéristique des livres de François Delpla, qui sait chercher (et trouver) des documents et témoignages originaux ou passés inaperçus. Le livre est donc extrêmement dense et suit pas à pas la montée en puissance du régime, la mise en oeuvre de sa politique, les évolutions du temps de guerre (il n'est pas de ce point de vue un livre d'histoire militaire). Les lecteurs sauront faire la distinction entre le récit des faits (complet) et les suppositions plus ou moins avérées (le conseiller d'ambassade dont la mort suscite la nuit de cristal aurait été homosexuel et "peut-être" achevé par le médecin d'Hitler ; ou bien Hitler contrôlerait et "manipulerait" la résistance allemande ...). Certaines pages, sur l'industrie de guerre et l'effort de production sous Speer sont tout à fait intéressantes. Si les aspects opérationnels de la Deuxième guerre mondiale sont relativement peu traités, uelques questions plus strictement militaires (comme le fameux débat sur l'arrêt des panzers devant Dunkerque) font néanmoins l'objet de quelques développements et susciteront sans doute des réactions.

Une somme, c'est indiscutable, mais qui restera peut-être difficilement classable. Un gros livre, en tout cas, que tous les amateurs de la période et du sujet se doivent de lire, au regard de la masse d'informations concentrées en quelques centaines de pages. A chacun, ensuite, d'en apprécier certains commentaires ou extrapolations.

Perrin, Paris, 2014, 527 pages. 24,90 euros.

ISBN : 978-2-262-03642-3.

Ambitieuse histoire générale
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18 janvier 2015 7 18 /01 /janvier /2015 07:15

En mission avec la 2e DB

De la Libération de Paris au nid d'aigle

Pierre Coatpéhen

Voici l'histoire (déjà publiée en auto-édition il y a 10 ans et augmentée de quelques extraits publiés par ailleurs) d'un jeune Breton qui rejoint l'Angleterre dès l'appel du 18 juin et termine la guerre à Berchtesgaden au printemps 1945.

Le récit commence par la description de son départ de la maison familiale, le 18 juin au soir : "Maman me prépare une valise de linge tandis que, naïvement, j'essaie de la rassurer : 'Ne t'en fais pas, je reviens dans quinze jours'. Je reviendrai cinq ans après". Au fur et à mesure des pages, son histoire apporte un éclairage nouveau à l'histoire officielle ou bien confirme ce que l'on a pu lire par ailleurs, qu'il s'agisse du nombre de volontaires qui choisissent de rejoindre de Gaulle, du rythme des combats, de l'équipement et de l'entraînement des Français Libres. D'abord employé comme serveur au mess (et oui, même en Angleterre), il est affecté au début de l'année 1941 à la 2e compagnie de chars de la France Libre et en août doit quitter l'Angleterre (dont il souligne la qualité de l'accueil que les citoyens réservent aux Free French) pour l'Afrique. Passant du Sierra Leone au Congo puis au Tchad. Le manque de matériel est criant et les anecdotes tiennent presque du safari dans la brousse plus que de l'activité guerrière. En mars 1942 enfin, son unité perçoit des chars américains, mais l'heure des engagements actifs n'est pas encore venue et, "à Kano, la vie quotidienne se poursuit sous cette chaleur torride". Ce quotidien est monotone : "instruction sur les chars, apprentissage de la mécanique sur tous les véhicules". Au début de l'année 1943, c'est le transfert pour le Soudan, puis Le Caire, la Tripolitaine enfin, la (re)création d'un régiment organique. Il traverse l'Afrique du Nord avec ses camarades pour rejoindre le Maroc "où la 2e DB doit être constituée". Au début de l'année 1944, la division est contrôlée par les Américains qui la déclarent opérationnelle et autorisent donc le transfert en Grande-Bretagne. Le 2 août, c'est enfin l'embarquement pour la France. C'est alors la traversée des communes normandes ruinées par les combats jusqu'aux premiers engagements à la mi-août, mais c'est surtout la marche sur Paris qui marque l'auteur : son char sera le premier à entrer dans la capitale. Le 8 septembre, après une dernière cérémonie autour de l'Arc de Triomphe et un défilé sur les Champs-Elysées, c'est le départ pour l'est de la France. Ce sont alors les durs combats des Vosges puis d'Alsace. Le 24 novembre : "Enfin, le pont de Kehl se profile. La 2e DB est dans Strasbourg !". Les derniers combats de l'hiver 1944-1945 sont difficiles et après une permission en Bretagne et une période de repos de la division dans l'Indre, c'est en avril, à nouveau, le départ, pour l'Allemagne cette fois, pour atteindre Berchtesgaden le 4 mai en fin d'après-midi : "un train est en partance, chargé de bagages et de marchandises abandonnés. Il paraît que c'est le train de Goering". Au-delà des bonnes bouteilles des caves, chacun se sert : "Dans ce repaire du nazisme, tout le personnel s'octroie un certain nombre de 'souvenirs' qui acquerrontd'autant plusde valeur historique qu'ils auront été 'récupérés' sur place". Le dernier choc sera celui de la découverte du camp de Dachau et de ses cadavres.

Un témoignage honnête et complet, qui "n'en rajoute pas" dans l'héroïsme et la gloriole, et qui traduit simplement ce que fut le parcours d'un jeune homme, qui un matin de juin 1940 décide qu'il quittera son pays occupé le soir même.

Editions Locus Solus, Lopérec, 2014, 143 pages, 19 euros.

ISBN : 978-2-36833-057-9.

Souvenirs de guerre
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16 janvier 2015 5 16 /01 /janvier /2015 06:15

Rescapés d'Auschwitz

Alain Vincenot

Alors que les derniers survivants disparaissent peu-à-peu, Alain Vincenot est allé recueillir leurs témoignages.

Il s'agit pour lui de faire comprendre "la faim, la soif, le froid, l'épuisement, les coups, cette mort différée à laquelle étaient condamnés ceux que les SS avaient recrutés pour un travail d'esclaves, les marquant comme du bétail" en faisant connaître les récits des survivants : "il y a urgence". Après avoir rappelé (sur la base de nombreuses citations) ce que furent "L'usine à tuer", "L'obsession antisémite d'Hitler" et "La Shoah en France", l'auteur raconte ensuite avec des mots simples et touchants les parcours dans les camps de concentration de neuf survivants arrêtés en France, les horribles conditions de survie et la mort toujours présente, mais prend aussi soin de rappeler, en quelques lignes, en conclusion de chaque chapitre les conditions de "reconstruction" personnelle et familiale de chacun après la guerre : une reprise de scolarité, un mariage, la création d'une entreprise, et bien plus tard la naissance de petits-enfants et arrières-petits-enfants : "Ma revanche sur Hitler" conclue Sarah Lichtsztejn-Montard, tatouage A7142.

On peut peut-être regretter l'absence d'une conclusion d'ensemble, de synthèse, mais finalement qu'aurait-elle apporté à cette succession de témoignages ? On apprécie par contre les quelques annexes judicieusement choisies et le glossaire ("Le vocabulaire des camps") qui terminent le livre. Un retour parfois cru sur une réalité. La parole des victimes avant qu'elles ne disparaissent.

Editions de l'Archipel, Paris, 2014, 263 pages. 19,95 euros.

ISBN : 978-2-8098-1611-2.

Derniers témoignages
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14 janvier 2015 3 14 /01 /janvier /2015 06:00

Adolf Eichmann

Comment un homme ordinaire devient un meurtrier de masse

David Cesarani

Parue pour la première fois en France en 2010, cette biographie du "fonctionnaire en chef" de l'extermination des juifs dans l'Allemagne nazie doit être lue.

Son procès en Israël après son enlèvement par le Mossad en Argentine a constitué en 1961 l'un des derniers grands événements des procès des criminels de guerre allemands, et chacun sait vaguement qu'il fut l'un des principaux organisateurs de la "solution finale". Avec ce volume, il est possible de retrouver l'ensemble de la vie et surtout de la "carrière" d'Eichmann. Le chapitre 1 brosse rapidement en une vingtaine de pages le tableau de sa jeunesse, de son milieu familial et de son début d'activité professionnelle. National-socialiste autrichien, il se met dès 1933 au service du régime allemand et, après avoir commencé "sa carrière dans un bureau traitant d'affaires de faible importance au sein d'une agence de second rang, encore quelque peu marginale au sein du parti nazi", progresse rapidement et méthodiquement jusqu'aux plus hauts échelons : "On saisit la mesure de l'énergie et de l'esprit d'entreprise d'Eichmann lorsqu'on sait qu'afin de mieux exécuter ses tâches, il tenta d'apprendre les langues juives". Favorable à l'émigration massive -et forcée- hors des territoires allemands (vers la Palestine ?), il use de tous les moyens pour la favoriser, y compris l'émigration clandestine réprimée par les Britanniques, puissance mandataire. La transition vers l'extermination de masse se fait en 1941 avec les guerre contre l'URSS et, la généralisation de la solution finale à l'Europe se fait à partir de la Pologne et des territoires russes occupés. Désormais "administrateur du génocide", Eichmann tient plusieurs discours (de nombreux extraits de ses déclarations lors de son procès sont cités), parlant d'expulsion, de solution politique ou territoriale, mais se rallie sans problème à l'extermination de masse : il est désormais au "point nodal du génocide", à un poste non politique mais "opérationnel". Son action à l'échelle européenne, à travers les territoires "alliés" ou occupés est longuement décrite. En 1945, après une brève tentative pour organiser une ultime forme de résistance aux Alliés dans les Alpes ("Comme Eichmann connaissait bien les montagnes, il pensait qu'il pourrait survivre avec sa bande"). Mais l'aventure ne dure pas et il "fit alors ce que tous les autres membres de la SS faisaient. D'une manière, comme à son habitude, torturée et autodisculpante qui touchait à l'absurde, il raconta : J'ai disparu, au sens où je n'ai pas crié sur tous les tous qui j'étais".

David Cesarani décrit ensuite dans le détail les modalités de fuite du responsable du RSHA, à travers l'Allemagne, via l'Italie en direction de l'Argentine, les conditions de vie qui sont les siennes en Amérique latine, ses problèmes financiers et ses difficultés d'emploi. Il raconte également la traque de Wiesenthal et des services israéliens pour le retrouver (parmi d'autres) et le déroulement de son enlèvement (mais Eichmann signe en mai 1960 une attestation donnant son accord), puis le détail de son procès, qui sera en fait celui plus largement de la solution finale. Le dernier chapitre est consacré aux années qui suivent son exécution -jusqu'à la fin du XXe siècle-, la production littéraire, les biographies, les recherches sur l'extermination des juifs.

Très documenté, toujours référencé, le livre reste indiscutablement une référence.

Coll. 'Texto', Tallandier, Paris, 2014, 557 pages, 12 euros.

ISBN : 979-10-210-0718-5.

Fonctionnaire de l'extermination
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11 janvier 2015 7 11 /01 /janvier /2015 05:50

Portés disparus

Claude Raoul-Duval, Philippe Béraud

Destins croisés, 1940-1943

Patrick Collet

Après avoir publié l'an dernier un premier livre en l'honneur de Jacques-Henri Schloesing, itinéraire d'un Français libre, Patrick Collet nous propose aujourd'hui une double biographie, ou plutôt croise les parcours de deux pilotes des FAFL.

La première partie est essentiellement consacrée à Claude Raoul-Duval, la seconde à Philippe Béraud, mais tout se termine, ou commence, le 17 avril 1943 lorsque les deux pilotes manquent à l'appel au retour d'une mission au-dessus de la Normandie. Claude Raoul-Duval, au terme d'un parcours aussi périlleux que rocambolesque décrit dans le détail au long de la première partie, reprendra sa place au sein du groupe "Alsace" et termine la guerre chevalier de la Légion d'honneur et compagnon de la Libération. Philippe Béraud, lui, est mort ce jour-là, et la partie qui lui est consacrée est constituée par les lettres échangées à partir de février 1941 avec une Française installée au Royaume-Uni, Jeanne Moorsom, correspondance qui permet de retrouver le quotidien et l'entrainement, puis les engagements des pilotes des FAFL. Un dernière page revient rapidement sur la carrière du pilote allemand qui les a abattu, lui-même tué en mission quatre mois plus tard. Plusieurs belles et riches annexes complètent le volume, dont il faut souligner qu'il est parfaitement bien illustré à partir de documents très variés.

Globalement, ce volume qui nous donne à connaître, de fait, toute la guerre de deux pilotes, sous deux formes différentes, est extrêmement agréable à lire et permet de mieux comprendre, par des témoignages ou par des courriers, ces quelques jeunes hommes qui choisirent de tout abandonner pour rejoindre Londres. Un volume vivement recommandé. 

Heimdal, Bayeux, 2014, 223 pages, 36 euros.

ISBN : 9782840484158

FAFL
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7 janvier 2015 3 07 /01 /janvier /2015 06:15

Les éminences grises du nazisme

Gérard Chauvy

Si le grand public connait les noms de quelques dignitaires du régime nazi, comme Himmler ou Goering, bien d'autres représentants de l'élite allemande ont apporté leur soutien au Führer, en particulier pendant la phase d'ascension vers le pouvoir. Gérard Chauvy présente ici dix portraits d'hommes "de second rang" qui jouèrent parfois un rôle essentiel dans leur domaine.

Le premier est Dietrich Eckart, auteur et journaliste antisémite bavarois du début du XXe siècle, mythomane proche de la société de Thulé et de certains cercles radicaux de l'émigration russe, qui sera l'un des inspirateurs et le premier rédacteur en chef du journal du parti. Le second est l'un des anciens camarades de guerre d'Hitler, le sous-officier Max Amann, qui deviendra le gestionnaire du parti (avec le titre de secrétaire général) et le directeur de sa maison d'édition, puis le véritable "magnat" de l'ensemble de la presse national-socialiste. Le troisième est un authentique baron héritier d'une ancienne famille de financiers, "principal banquier privé de la Ruhr", qui assure à partir de la fin des années 1920 une aisance financière au parti nazi et lui ouvre bien des portes dans les milieux capitalistes, y compris en Angleterre et aux Etats-Unis. Vient ensuite un militaire, Walter von Reichenau, proche du général von Blomberg, "officier moderne qui ne connaissait ni préjugés, ni sentiments", qui aida Hitler tout en tentant de l'influencer, devient l'un des personnages clefs du ministère de la Guerre, contribua à abattre Röhm et les SA et finira Feld-maréchal sur le front de l'Est. Le personnage suivant est une femme, Inge Viermetz, qui devient secrétaire de l'organisation Lebensborn en 1938 et joue après le début de la guerre un rôle important dans la "germanisation" des enfants des territoires occupés (il s'agit de l'un des portraits les moins en phase avec le titre du livre puisqu'elle est renvoyée pour irrégularités en 1943 et n'accèdera jamais à des responsabilités nationales, mais il fallait sans doute une femme). Un médecin, Karl Brandt, est le personnage suivant, chirurgien doué qui devient "médecin d'escorte" du Führer, développe le programme nazi d'euthanasie et termine sa carrière comme médecin-général de la SS. Un haut magistrat complète ensuite le tableau, Charles Roland Friesler, qui fut d'abord avocat du parti dans les années 1920 avant de devenir secrétaire d'Etat après la prise du pouvoir en 1933 puis l'un des concepteurs du nouveau "droit" national-socialiste ("Le droit national-socialiste prend moins souci de la précision absolue des prescriptions de la loi que de la justice réelle, toujours facile à établir en tenant compte des saines impressions populaires" !). Comme président du "tribunal du peuple", il condamnera les quelques civils et militaires qui tenteront de résister au régime, et des milliers d'autres accusés de trahison. Oswald Pohl est le suivant, ancien intendant de la marine devenu trésorier de la SS puis responsable de sa direction économique et administrative, et à ce titre en charge de la "rentabilisation" des camps de concentration à partir de 1942. Un médecin encore avec Ernst Robert Grawitz, entré dans la SS en 1932 et qui devient en 1937 président de la Croix-Rouge allemande et conseiller d'Himmler, alignant la vénérable institution caritative sur la politique nazie, partisan des expérimentations humaines et qui fait comme Hitler le choix de se suicider en 1945. La série se termine avec Otto Dietrich, chef du service de presse du Führer, journaliste dans des périodiques nationalistes dans les années 1920, qui facilite les rencontres avec le milieu des grands industriels et devient président de la Ligue allemande de la presse à partir de 1933. 

Un panel impressionnant de personnages d'envergures différentes, mais souvent aussi de véritables fonctionnaires du régime, chacun dans leur domaine. Si l'intérêt personnel, voire le plus simple appât du gain, n'est pas absent de leur engagement, ils raisonnent pour la plupart d'abord comme de bons et laborieux subordonnés et  permettent à Hitler de couvrir tous les domaines de la société et de la vie publique.

Ixelles éditions, Paris, 2014, 350 pages. 22,90 euros.

ISBN : 978-2-87515-235-0.

Compagnons de route d'Hitler
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Qui Suis-Je ?

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  • : Guerres et conflits XIXe-XXIe s. se fixe pour objectif d’être à la fois (sans prétendre à une exhaustivité matériellement impossible) un carrefour, un miroir, un espace de discussions. Sans être jamais esclave de la « dictature des commémorations », nous nous efforcerons de traiter le plus largement possible de toutes les campagnes, de tous les théâtres, souvent dans une perspective comparatiste. C’est donc à une approche globale de l’histoire militaire que nous vous invitons.
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Cafés historiques de La Chouette

Prochaine séance : pour la rentrée de septembre. Le programme complet sera très prochainement mis en ligne.

Publications personnelles

Livres

 

doumenc-copie-1.jpgLa Direction des Services automobiles des armées et la motorisation des armées françaises (1914-1918), vues à travers l’action du commandant Doumenc

Lavauzelle, Panazol, 2004.

A partir de ma thèse de doctorat, la première étude d’ensemble sur la motorisation des armées pendant la Première Guerre mondiale, sous l’angle du service automobile du GQG, dans les domaines de l’organisation, de la gestion et de l’emploi, des ‘Taxis de la Marne’ aux offensives de l’automne 1918, en passant par la ‘Voie sacrée’ et la Somme.

 

La mobilisation industrielle, ‘premier front’ de la Grande Guerre ? mobil indus

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2005 (préface du professeur Jean-Jacques Becker).

En 302 pages (+ 42 pages d’annexes et de bibliographie), toute l’évolution industrielle de l’intérieur pendant la Première Guerre mondiale. Afin de produire toujours davantage pour les armées en campagne, l’organisation complète de la nation, dans tous les secteurs économiques et industriels. Accompagné de nombreux tableaux de synthèse.

 

colonies-allemandes.jpgLa conquête des colonies allemandes. Naissance et mort d’un rêve impérial

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2006 (préface du professeur Jacques Frémeaux).

Au début de la Grande Guerre, l’empire colonial allemand est de création récente. Sans continuité territoriale, les différents territoires ultramarins du Reich sont difficilement défendables. De sa constitution à la fin du XIXe siècle à sa dévolution après le traité de Versailles, toutes les étapes de sa conquête entre 1914 et 1918 (388 pages, + 11 pages d’annexes, 15 pages de bibliographie, index et cartes).

 

 caire damasDu Caire à Damas. Français et Anglais au Proche-Orient (1914-1919)

 14/18 Editions, Saint-Cloud, 2008 (préface du professeur Jean-Charles Jauffret).

Du premier au dernier jour de la Grande Guerre, bien que la priorité soit accordée au front de France, Paris entretient en Orient plusieurs missions qui participent, avec les nombreux contingents britanniques, aux opérations du Sinaï, d’Arabie, de Palestine et de Syrie. Mais, dans ce cadre géographique, les oppositions diplomatiques entre ‘alliés’ sont au moins aussi importantes que les campagnes militaires elles-mêmes.

 

hte silesieHaute-Silésie (1920-1922). Laboratoire des ‘leçons oubliées’ de l’armée française et perceptions nationales

‘Etudes académiques », Riveneuve Editions, Paris, 2009.

Première étude d’ensemble en français sur la question, à partir du volume de mon habilitation à diriger des recherches. Le récit détaillé de la première opération civilo-militaire moderne d’interposition entre des factions en lutte (Allemands et Polonais) conduite par une coalition internationale (France, Grande-Bretagne, Italie), à partir des archives françaises et étrangères et de la presse de l’époque (381 pages + 53 pages d’annexes, index et bibliographie).

 

cdt armee allde Le commandement suprême de l’armée allemande 1914-1916, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général von Falkenhayn 

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Le texte original de l’édition française de 1921 des mémoires de l’ancien chef d’état-major général allemand, accompagné d’un dispositif complet de notes infrapaginales permettant de situer les lieux, de rappeler la carrière des personnages cités et surtout de comparer ses affirmations avec les documents d’archives et les témoignages des autres acteurs (339 pages + 34 pages d’annexes, cartes et index).

 

chrono commChronologie commentée de la Première Guerre mondiale

Perrin, Paris, 2011.

La Grande Guerre au jour le jour entre juin 1914 et juin 1919, dans tous les domaines (militaire, mais aussi politique, diplomatique, économique, financier, social, culturel) et sur tous les fronts. Environ 15.000 événements sur 607 pages (+ 36 pages de bibliographie et d’index).

 

 Les secrets de la Grande Guerrecouverture secrets

Librairie Vuibert, Paris, 2012.

Un volume grand public permettant, à partir d’une vingtaine de situations personnelles ou d’exemples concrets, de remettre en lumière quelques épisodes peu connus de la Première Guerre mondiale, de la question du « pantalon rouge » en août 1914 à l’acceptation de l’armistice par von Lettow-Vorbeck en Afrique orientale, après la fin des hostilités sur le théâtre ouest-européen.

 

Couverture de l'ouvrage 'Mon commandement en Orient'Mon commandement en Orient, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général Sarrail

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2012

Le texte intégral de l'édition originale, passé au crible des archives publiques, des fonds privés et des témoignages des acteurs. Le récit fait par Sarrail de son temps de commandement à Salonique (1915-1917) apparaît véritablement comme un exemple presque caricatural de mémoires d'autojustification a posteriori

 

 

Coordination et direction d’ouvrages

 

Destins d’exception. Les parrains de promotion de l’Ecole Spéciale Militaire de Saint-Cyr

SHAT, Vincennes, 2002.

Présentation (très largement illustrée, 139 pages) des 58 parrains qui ont donné leur nom à des promotions de Saint-Cyr, entre la promotion « du Prince Impérial » (1857-1858) et la promotion « chef d’escadrons Raffalli » (1998-2001).

 

fflLa France Libre. L’épopée des Français Libres au combat, 1940-1945

SHAT, Vincennes et LBM, Paris, 2004.

Album illustré présentant en 191 pages l’histoire et les parcours (individuels et collectifs) des volontaires de la France Libre pendant la Seconde guerre mondiale.

 

marque courageLa marque du courage

SHD, Vincennes et LBM, Paris, 2005.

Album illustré présentant en 189 pages l’histoire des Croix de Guerre et de la Valeur Militaire, à travers une succession de portraits, de la Première Guerre mondiale à la Bosnie en 1995. L’album comporte en annexe une étude sur la symbolique, les fourragères et la liste des unités d’active décorées.

 

  90e anniversaire de la Croix de guerre90-ANS-CROIX-DE-GUERRE.jpg

SHD, Vincennes, 2006.

Actes de la journée d’études tenue au Musée de l’Armée le 16 novembre 2005. Douze contributions d’officiers historiens et d’universitaires, français et étrangers, de la naissance de la Croix de guerre à sa perception dans la société française, en passant les décorations alliées similaires et ses évolutions ultérieures.

 

france grèceLes relations militaires franco-grecques. De la Restauration à la Seconde guerre mondiale 

SHD,Vincennes, 2007.

Durant cette période, les relations militaires franco-grecques ont été particulièrement intenses, portées à la fois par les sentiments philhellènes qui se développent dans l’hexagone (la France est l’une des ‘Puissances protectrices’ dès la renaissance du pays) et par la volonté de ne pas céder d’influence aux Anglais, aux Allemands ou aux Italiens. La campagne de Morée en 1828, l’intervention en Crète en 1897, les opérations en Russie du Sud  en 1919 constituent quelques uns des onze chapitres de ce volume, complété par un inventaire exhaustif des fonds conservés à Vincennes.

 

verdunLes 300 jours de Verdun

Editions Italiques, Triel-sur-Seine, 2006 (Jean-Pierre Turbergue, Dir.).

Exceptionnel album de 550 pages, très richement illustré, réalisé en partenariat entre les éditions Italiques et le Service historique de la Défense. Toutes les opérations sur le front de Verdun en 1916 au jour le jour.

 

DICO-14-18.jpgDictionnaire de la Grande Guerre

(avec François Cochet), 'Bouquins', R. Laffont, 2008.

Une cinquantaine de contributeurs parmi les meilleurs spécialistes de la Grande Guerre, 1.100 pages, 2.500 entrées : toute la Première Guerre mondiale de A à Z, les hommes, les lieux, les matériels, les opérations, les règlements, les doctrines, etc.

 

fochFerdinand Foch (1851-1929). Apprenez à penser

(avec François Cochet), 14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Actes du colloque international tenu à l’Ecole militaire les 6 et 7 novembre 2008. Vingt-quatre communications balayant tous les aspects de la carrière du maréchal Foch, de sa formation à son héritage dans les armées alliées par des historiens, civils et militaires, de neuf nations (461 pages + 16 pages de bibliographie).

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