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8 octobre 2013 2 08 /10 /octobre /2013 06:25

Hammerstein, ou l'intransigeance

Une histoire allemande

Hans Magnus Enzensberger

Voilà un livre paru l'an dernier et dont nous avions omis de rendre compte. L'édition allemande a été publiée en 2008 et la première publication en français remonte à 2010. Dans une sorte de postface, Hans Magnus Enzensberger explique que son ouvrage tient à la fois du livre d'histoire, car il a procédé à une véritable enquête, et d'une forme plus romanesque : "Renonçant à être un roman, ce travail n'a pas pour autant de prétentions scientifiques ... Pour en savoir davantage, on voudra bien se reporter ç la bibliographie".

C'est donc l'histoire de la vie d'un homme et d'une famille que nous conte l'auteur. Une famille d'une ancienne lignée de nobles et de militaires allemands qui va, à sa façon, s'opposer à Hitler. Le récit, qui fait la part belle aux témoignages oraux (avec ce que cela suppose de souvenirs "reconstruits") est entrecoupé de "gloses" et de "conversations posthumes" qui permettent à Enzensberger de livrer ses propres idées et analyses, mais qui rendent aussi la lecture parfois plus difficile. De même, alternent dialogues reconstitués et reproductions d'archives : entre réalité et ré-écriture, aussi intellectuellement fidèle que possible nous dit l'auteur. Il nous plonge en tous cas dans l'Allemagne et le Berlin trouble de l'entre-deux-guerres, avec la montée vers le pouvoir du parti national-socialiste (récit des différents entretiens entre Hitler et le général Hammerstein), les rencontres entre responsables allemands et soviétiques (dialogue entre Hammerstein et Vorochilov), les manoeuvres des services de l'URSS pour s'implanter au coeur du système allemand, le passage d'une partie de la famille au service des Soviétiques. On croise aussi une grande partie de ces familles prussiennes traditionnelles qui s'opposeront au nazisme jusqu'à l'attentat de l'été 1944, en particulier à travers Ludwig, le fils du général. Lorsque le général von Hammerstein décède en avril 1943, "il avait détruit toutes ses notes personnelles pour qu'elles ne tombent pas entre les mains de la Gestapo" : toujours cette ambivalence entre histoire référencée et histoire romancée. 

En résumé, un livre prenant, qui éclaire davantage sans doute "l'ambiance", "l'atmosphère" d'un milieu et d'une époque qu'il ne traduit la réalité exacte des événements. Mais un livre tout particulièrement intéressant en ce sens car il redonne, avec semble-t-il beaucoup de réalisme, l'image presque photographique des sentiments alors partagés par les uns et par les autres.

Folio, Paris, 2012, 422 pages. 8,20 euros.

ISBN : 978-2-07-044330-7.

Héritage tourmenté d'une dynastie militaire
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5 octobre 2013 6 05 /10 /octobre /2013 08:40

Goebbels

Peter Longerich

Voilà une étude absolument majeure. Historien allemand spécialiste de la république de Weimar et du IIIe Reich, Peter Longerich nous livre ici une somme, absolue, dont certains aspects, conclusions ou commentaires pourront être débattus (en particulier dans le domaine de l'analyse psychologique du personnage, mais dont l'architecture générale et le récit courant semblent très difficillement égalable.

Parlant en introduction d'une "quête narcissique de reconnaissance" comme "moteur de la carrière de Goebbels", l'auteur évoque également "son insécurité, sa dépendance et sa surestimation de soi" comme failles importantes de sa personnalité et considére que la biographie de celui qui fut gauleiter de Berlin, chef de la propagande du parti nazi et "responsable d'un ministère créé pour lui" peut permettre de pénétrer au coeur des rouages et du fonctionnement du IIIe Reich. Enfin, le livre se base d'abord sur les carnets  privés et les notes personnelles de Goebbels, mais bien sûr passés au crible d'une critique des sources rigoureuse. Il faut également citer dès à présent l'ampleur des références présentées : les notes et références à elles seules s'étendent sur plus de 180 pages (pp. 683-884) ! La biographie à proprement parler est divisée en trois grandes parties : "1897-1933 : l'ascension à tout prix", où les jeunes années de Goebbels ne sont que très rapidement évoquée avant d'en venir à l'adhésion au NSDAP, aux combats pour la prise de Berin et à la marche vers le pouvoir ; "1933-1939, le contrôle de l'opinion publique sous la dictature", qui évoque bien l'organisation interne et le rôle du ministère de l'information et de la propagande, avec quelques coups de projecteur (jeux olympiques, politique culturelle, la célébration du cinquantième anniversaire d'Hitler), mais aussi la présentation d'une Allemagne affirmant vouloir la paix et pourtant la préparation effective de la guerre ; "1939-1945, la guerre, guerre totale, chute totale", des succès grisants des premiers mois à la crise de l'hiver 1941-1942, à la part prise dans la "solution finale", à la recherche d'une issue pour sauver le régime, aux problématiques du "front intérieur" puis à "l'apocalypse" dantesque de Berlin en ruines.

C'est solide, dense, précis jusque dans le détail, riche d'innombrables informations. Un ouvrage de référence qui permet également d'aborder, étant donné le rôle du personnage central, aussi bien les question de politique intérieure qu'internationales, d'approcher souvent de très près le processus de prise des décisions stratégiques et de mieux comprendre in fine le fonctionnement d'un régime qui, par ses caractères extrêmemes, ne cessent pas d'étonner. 

Editions Héloïse d'Ormeson, Paris, 2013, 875 pages, 30 euros.
ISBN : 978-2-35087-235-3.

Ministre de l'Information ET de la propagande
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4 octobre 2013 5 04 /10 /octobre /2013 07:10

Mannerheim

Maréchal de Finlande et allié de la Suisse

Pierre-Antoine Goy

Livre original et étonnant en effet car il aborde la période de l'entre-deux-guerres et de la Seconde guerre mondiale sous un angle totalement méconnu. Je ne connaissais du général Mannerheim que ses Mémoires, parues en France au début des années 1950, et sa modeste maison d'Helsinki transformée en musée. 

Cet ouvrage, nous en donne une image beaucoup plus précise et complémentaire. La première partie (pp. 15-103) reprend la biographie du maréchal finlandais en insistant bien sûr sur son rôle de la "guerre d'hiver" à 1945-1946. L'auteur est visiblement favorable à Mannerheim et,, à deux ou trois exceptions près (combats de Carélie en 1944), ne lui reconnait pratiquement pas de fautes ou d'erreurs. On y apprend aussi quelques informations sur l'opération Stella Maris de transfert clandestin en Suède des archives et matériels du SR finlandais à la fin de la guerre, ou sur l'organisation dans le pays, sous contrôle militaire,en prévision d'une occupation soviétique d'un réseau clandestin de caches d'armes. Elle évoque également longuement les différents séjours du maréchal en Suisse (pour raison de santé) dans les années 1940, et jusque pour y écrire ses mémoires en 1948. La seconde traite de "La ligne de renseignements Finlande-Suisse" entre 1943 et 1945 (pp. 105-126). Elle présente les conditions de nomination et d'arrivée dans le pays en 1943 de l'attaché militaire suisse, puis dresse l'inventaire détaillé aux archives fédérales de Berne de ses principaux rapports. Objectivement, pas vraiment différents de tout ce que les autres attachés militaires du temps pouvaient écrire, si ce n'est que sa relative proximité avec les cercles du pouvoir finlandais lui donnait une perception peut-être plus réelle de la situation. La troisième enfin présente les biographies sommaires d'une quarantaine de personnages cités dans les parties précédentes. Je suis immédiatement allé y lire celles, passionnantes, du colonel Paasonen, chef du SR finlandais qui vint en 1945 "se mettre sous la protection de la France et collaborer avec le service de renseignement français", et celle de Jean-Louis Perret, professeur suisse longuement installé à Helsinki et qui fut proche du maréchal Mannerheim.

Un livre étonnant donc, sur un point très précis de l'histoire de la Seconde guerre mondiale, mais à l'occasion duquel on croise, parfois brièvement, un nombre impressionnant de personnalités allemandes et soviétiques. Un regard croisé original sur les rapports entre deux petits pays européens dans la tourmente d'un conflit mondial.

Editions Cabedita, Divonne-les-Bains, 2013, 213 pages.

ISBN : 978-2-88295-674-3.

Original !
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22 septembre 2013 7 22 /09 /septembre /2013 06:30

Mémoires de nos pères

James Bradley et Ron Powers

A partir de la célèbre photo qui orne la couverture ("la personnification des idéaux les plus élevés de la nation américaine, l'incarnation même du courage"), sur laquelle figure son père, l'auteur se lance dans une véritable quête en partant à la recherche des autres soldats qui figurent sur ce cliché, qui les fait entrer collectivement dans l'histoire tout en les laissant individuellement dans l'anonymat.

James Bradley nous les présente donc tour à tour, au fil de son enquête pour les retrouver, dans leur environnement, dans leur famille, au Texas, en Arizona ou dans le New Hampshire.Il nous raconte le début de la Seconde guerre mondiale pour les Américins, l'engagement de ces jeunes garçons "qui n'étaient guère plus vieux que des scouts" dans les Marines. Nous survolons les terribles combats de Bougainville, puis la campagne du Pacifique central, avec ses débarquements meurtriers suivis de combats au corps à corps sur une longue litanie d'îles et d'archipels. Un retour aux States, un entrainement intense, quelques jours de permissions et le départ pour Iwo Jima. Les descriptions de l'ennemi japonais deviennent plus nombreuses, plus précises : est-ce un effet d'optique ou la proximité de l'ile volcanique ?

70.000 hommes vont débarquer, et se heurter à 22.000 Japonais soumis à un intense bombardement aérien et naval. Et pourtant : "Jim Buchanan ne pouvait absolument pas imaginer ce qui les attendait", car les innombrables blokhaus enterrés n'ont pas été détruits, et il faut s'en emparer un par un, au combat rapproché. Les Marines sont fauchés par les tirs repérés des mitrailleuses camouflées et ne peuvent progresser que très lentement. Il faudra plus d'un mois pour d'emparer de ce "cailloux", au milieu d'un "cortège d'horreur". Puis, enfin, la guerre s'achève, les survivants sont des héros, et il faut gérer ces souvenirs, cette photo. Quelques belles phrases sur l'intériorisation par les vétérans de souvenirs que, pensent-ils, les "autres" ne peuvent pas partager. 

Bref un "livre de guerre" original, à la fois recherche familiale, histoire individuelle et collective, dans le sang et la boue, mais aussi au pays, dans ce lointain village du Texas. 

Movie Planet (aujourd'hui Nimrod), Paris, 2006, 400 pages. 19,50 euros.

ISBN : 2-915243-04-2.

Le DVD du film éponyme de Clint Eastwood, ci-dessous :

Iwo JimaIwo Jima
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17 septembre 2013 2 17 /09 /septembre /2013 06:33

Vaincre sans gloire

Le corps expéditionnaire français en Italie

(novembre 1942 - juillet 1944)

Julie Le Gac

Excellent ! Voilà une vraie grande synthèse de la campagne d'Italie du corps expéditionnaire français (CEFI) en 1943-1944, toujours replacée dans son contexte et appuyée sur une documentation particulièrement riche.

A partir de sa thèse, plusieurs fois primée en 2012 et 2013, Julie Le Gac nous propose en effet une étude globale qui prend en compte la situation initiale des belligérants à partir du débarquement d'Afrique du Nord en novembre 1942 et celle de l'armée française en cours de "reconstruction" entre armée d'Afrique et Français Libre. Elle s'intéresse, dans cette première partie aux hommes, chefs et soldats, européens et nord-africains, à l'équipement et à la formation des unités, en particulier au plan de la cohésion interne. La deuxième grande partie est consacrée à la première phase des opérations, à partir de novembre 1943, avec les épisodes fameux de la longue bataille de Monte Cassino et les opérations du Belvédère du CEFI, l'opiniatre résistance de l'Axe . Au passage, elle aborde également le quotidien des soldats dans cet environnement particulièrement difficile et dans des conditions météorologiques très dures, et dresse un bilan des pertes "non mortelles" et des blessures psychologiques. Elle traite également des difficultés à maintenir l'ordre et la discipline à l'arrière, alors que pendant plusieurs mois la guerre retrouve presque l'ambiance des tranchées de 1914-1918. Dans la troisième partie, elle s'intéresse bien sûr aux victoires qui se multiplient à partir du printemps 1944, après la bataille du Garigliano et l'audacieuse manoeuvre de la 2e DIM, de la 1ère DMI, de la 3e DIA, de la 4e DMM et des Goums, avec la progression vers Rome puis la Toscane, sans toutefois cacher que ces "succès remportés au feu sont rapidement ternis par le scandale des exactions perpétrées par les troupes coloniales" sur les populations civiles.  Le bilan, à la fin de l'ouvrage, est en demi-teinte, entre réussites militaires et ressentiments italiens, les résultats obtenus ne sont pas mis en valeur autant qu'ils auraient pu l'être et Julie Le Gac parle de "comptes à solder" et de "blessures de l'armée d'Afrique".

Cartes et graphiques accompagnent l'ensemble du volume, dont tout le texte est solidement référencé. On apprécie également les quelques 30 pages d'années, et près de 80 pages de sources et bibliographie qui permettront aux amateurs et aux chercheurs d'aller encore plus loin. Un ouvrage passionnant qui s'impose déjà comme une référence dans l'histoire de la contribution française à la Seconde guerre mondiale.

Les Belles Lettres, Paris, 2013, 613 pages. 29,50 euros.

ISBN : 978-2-251-44477-2.

La campagne d'Italie dans son contexte
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16 septembre 2013 1 16 /09 /septembre /2013 06:30

François Garnier

Prisonnier de guerre, 1939-1943

Présenté par Louis Pape

A partir des archives familiales inédites, ce petit livre nous invite à retrouver à la fois la vie quotidienne d'un artiste-soldat pendant la 'Drôle de guerre' et son long séjour en captivité. Illustrateur célèbre dans les années 1950-1960, François Garnier n'a pas cessé d'écrire à sa famille et de "croquer" les paysages, les situations, les camarades qu'il avait autour de lui. 

Nous disposons ainsi de centaines d'extraits de correspondances et de dessins qui restituent la vie d'un simple soldat, en particulier au camp de Pithiviers après la débâcle (les barbelés, les gardiens, la nourriture, la toilette, la lessive, etc.), puis, brièvement, au Stalag VII A en Bavière, enfin au Stalag XVII B en Autriche, dont il est libéré en janvier 1943. On y trouve confirmation des sentiments des prisonniers ("Le rôle de Pétain est obscur, bien que je pense qu'il évite des ennuis à la France en agissant de la sorte") et cette proclamation de foi : "La France ! Quel beau mot que l'on aime malgré tout et qui prend encore plus de valeur quand on en est éloigné". On y assiste grâce à la qualité des dessins aux scènes de travail, au passage chez le coiffeur, à la corvée de patates ou au soirée avec la chorale du camp.

Le tout forme un ensemble à la fois précis, nostalgique presque (car il n'y a que de très rares croquis de violences et plutôt des cènes de la vie quotidienne), riche en tout cas pour nous faire partager la vie et les sentiments de ces centaines de milliers de prisonniers français. L'artiste ayant beaucoup de talent, l'esthétique est toujours présente et cette qualité ajoute une indiscutable plus-value à ce petit volume que doivent connaître tous ceux qui travaillent sur les prisonniers de guerre.

Presses universitaires de Rennes, 2013, 130 pages, 16 euros.

ISBN : 978-2-7535-2768-3.

Un artiste prisonnier
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14 septembre 2013 6 14 /09 /septembre /2013 06:35

Joukov

L'homme qui a vaincu Hitler

Jean Lopez et Lasha Otkhmezuri

Bien connu pour ses précédents travaux très appréciés sur Koursk et sur l’Armée rouge, Jean Lopez nous propose aujourd’hui, avec Lasha Otkhmezuri, la première vraie grande biographie complète en français du célèbre maréchal soviétique.

Constatant en introduction que « la vie de Joukov se confond avec celle de l’Armée rouge mais aussi celle du parti bolchevick et de l’Union soviétique », les auteurs nous entrainent donc dans une vaste chronique, dont le pivot est bien la carrière militaire de Joukov et en particulier son rôle durant la Seconde guerre mondiale, mais qui s’étend au-delà à toute l’histoire de l’URSS. Nous le suivons donc, dans une grande première partie, jusqu’à la Seconde guerre mondiale, de son engagement dans la cavalerie impériale en 1915, son instruction pour devenir sous-officier l’année suivante, son baptême du feu en août de la même année, son ralliement à la révolution (tardif) à la révolution à l’été 1918 et son adhésion au parti bolchevique en mars 1919. Ce sont ensuite les engagements de la guerre civile, contre les Blancs mais aussi (moins connus) contre les Verts, ces paysans révoltés qui tiennent une partie de l’Ukraine, au cours desquels il est blessé et se distingue. Il est chef d’escadron en 1922 (Ah ! L’avancement durant les périodes troubles !), commande un régiment en Biélorussie, poursuit sa formation théorique et s’initie au tournant des années 1930 à l’art opératif. Apprécié de ses chefs, il poursuit son ascension dans la hiérarchie militaire, toujours dans la cavalerie, commence à nouer des relations plus étroites avec les fonctions politiques, et commande la prestigieuse 4e division de cavalerie et parvient à éviter d’être pris dans les grandes purges qui suivent l’arrestation de Toukhatchevski : « Dans le pays, l’ambiance était sinistre. Personne n’avait confiance en personne, les gens avaient peur les uns des autres … Une épidémie de calomnie sans précédent se propagea partout ». Du fait des vides créés dans le commandement, il bénéficie alors d’un avancement encore plus rapide au sein d’une armée qui survit dans le chaos. A partir de 1939, il entre en campagne : en Extrême-Orient tout d’abord, où il « recueille les lauriers du vainqueur », puis prend le commandement de la région militaire spéciale de Kiev : « le printemps 1940 voit Joukov accéder aux cercles dirigeants de l’Armée rouge », dont il devient chef d’état-major général quelques mois avant l’opération Barbarossa.

La seconde partie est bien sûr consacrée à « La grande guerre patriotique », et les auteurs poursuivent leur étude avec autant de soins et de détails, en profitant au fil des pages pour développer, comme dans la première partie, certains aspects d’histoire militaire en lien direct avec les questions politiques, administratives, culturelles parfois de la Russie. Limogé puis rappelé, « sauveur de Moscou », il alterne échecs et succès, en particulier au sud du front oriental, de Stalingrad à Koursk. C’est ensuite la longue progression en Europe de l’Est jusqu’à Berlin, avec quelques paragraphes bien sentis sur les oppositions intestines en maréchaux et la description de la pression directe que Staline exerce sur eux. Son immense notoriété à partir de mai 1945 lui vaut d’inquiéter le dictateur, et d’être écarté pour près de sept ans. Les dernières pages sont consacrées à « Joukov, moteur de la déstalinisation » et l’on fera utilement le parallèle pour cette période avec le Beria, que nous chroniquions il y a deux jours.  Mais ? dès l’automne 1957, c’est la chute, définitive : « En disparaissant de l’espace public, Joukov coiffe l’auréole du martyr » et devient dans l’esprit public « le maréchal de Staline ».

A plusieurs reprises, Jean Lopez détruit quelques légendes tenaces sur la vie du maréchal soviétique et l’on apprécie ici la densité et la qualité des notes et de la bibliographie (ainsi qu’un très utile index). Les situations personnelles ou proprement militaires de la vie du maréchal sont toujours replacées dans leur contexte, ce qui donne une véritable plus-value à l’ouvrage. Ce Joukov, qui est aussi un plaidoyer pour l’histoire militaire, séduira les amateurs et mérite indiscutablement de figurer dans toute bonne bibliothèque.

Perrin, Paris, 2013, 732 pages, 28 euros.

ISBN : 978-2-262-03922-6.

Le plus grand maréchal soviétique
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11 septembre 2013 3 11 /09 /septembre /2013 06:32

Hitler et les professeurs

Max Weinreich

Voici dont le titre ne correspond pas tout-à-fait au titre, ou du moins au contenu auquel on ne s'attend pas au vu de la couverture. J'ai en effet naïvement cru qu'il s'agissait de traiter du rôle des enseignants sous le IIIe Reich. Erreur.

En fait, dans ce livre publié pour la première fois en Isrël en 1999, l'auteur s'attache à la contributions que les scientifiques allemands ont apporté à la réalisation de la shoah. La première phrase de l'avant-propos est très claire : "Ce livre, habité de passion et de colère, Max Weinreich commença de l'écrire alors que la guerre tirait à sa fin en 1945". Max Weinreich poursuit donc une démonstration, visant à faire comprendre que l'élite universitaire et scientifique allemande à, à la fois, contribué à la préparation intellectuelle et matérielle de la solution finale (objet de la première partie), puis participé activement à sa mise en oeuvre et à sa réalisation (troisième partie), la partie centrale du livre (pp. 119-227) s'attachant à la question du rôle des différents instituts de recherche nazis au début de la guerre elle-même. L'histoire même de la rédaction de l'ouvrage en fait un livre pionnier et militant, mais il a aussi servi de base au lancement d'innombrables travaux depuis sa rédaction. On est, en particulier, impressionné par l'ampleur des références archivistiques et bibliographiques, des périodiques consultés et des citations effectuées. Le nombre et la précision des notes (jusqu'à 5 par page) est un signe qui ne trompe pas.

On en ressort pensif. Certes, chacun sait que la politique anti-juive était au coeur du dispositif répressif allemand, mais peu nombreux doivent être ceux qui connaissent, j'allais dire peuvent imaginer, la place prise par la science, par les nombreux laboratoires et les différents instituts de recherche, par l'élite intellectuelle du pays dans l'ensemble du processus, personnages dont les conclusions sont très largement diffusées par un ensemble de revues et de maisons d'édition. A cette échelle, en Allemagne même comme dans les territoires occupés, c'est une véritable découverte, et l'on ne regrette pas de s'être trompé lors de la première impression. Un ouvrage indispensable pour tous ceux qui travaillent sur la politique raciale du IIIe Reich.

Les Belles Lettres, Paris, 2013, 393 pages. 25,50 euros.

ISBN : 978-2-251-44469-7.

Science(s) et nazisme
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4 septembre 2013 3 04 /09 /septembre /2013 06:40

Le chemin de la liberté

Echapper à Hitler à travers les Pyrénées

Edward Stourton

Journaliste de la radio et de la télévision britannique où il présente des documentaires historiques, Edward Stourton nous entraine sur les traces de ces hommes et de ces femmes qui, durant la Seconde guerre mondiale, cherchent à rejoindre l'Espagne par les Pyrénées pour fuir l'occupation allemande.

Il s'intéresse bien sûr, et d'abord, aux passeurs et aux réseaux dont les structures générales peuvent partir de Lille, Bruxelles ou Amsterdam, pour rejoindre Barcelone, Madrid ou Gibraltar. C'est dire l'ampleur que cela suppose en temps de guerre : il ne s'agit pas simplement de passer un col ou de franchir un torrent en empruntant le bon chemin de montagne, et cet aspect souvent méconnu est intéressant. L'essentiel du volume toutefois est consacré, à travers une série de cas concrets et d'exemples particuliers, au franchissement effectif du massif pyrénéen, souvent, on s'en doute, dans des circonstances difficiles ou rocambolesques. Il procède également par aller-retour avec la période actuelle, puisqu'il a lui-même emprunté bien de ces itinéraires pour la réalisation de ses documentaires et qu'il a rencontré les enfants et petits-enfants de ceux qui y passèrent durant la guerre : "Lorsque vous parcourez le Chemin de la Liberté, vous vous interrogez inévitablement sur les choix auxquels ont été confrontés les membres des réseaux d'évasion. Cela nous met un peu mal à l'aise, nous autres Britanniques, car nous n'avons jamais subi l'épreuve de l'Occupaton". Le livre s'appuie ainsi à la fois sur le ressenti de l'auteur et le vécu, les témoignages, les récits ultérieurs des membres de réseaux comme de ceux qui franchirent la frontière (et de leur famille), avec ses réussites et ses drames, ses trahisons et ses arrestations suivies d'interrogatoires, pour les aviateurs abattus comme pour les civils qui en prennent le chemin. C'est souvent poignant, et l'on regrette (tout aussi souvent), l'absence de notes de bas de page (elles sont rares) et de bibliographie finale, qui permettraient d'aller plus loin. L'auteur constate également en conclusion qu'aujourd'hui, "vous pouvez traverser les Pyrénées en voiture sans tomber sur le moindre indice du plus grand déplkacement de population dans cette partie de l'Europe", ce qui pose la question de la mémoire conservée.

Bref, un livre qui se lit très facilement, sur un sujet rarement traité en tant que tel, qui apprend beaucoup de choses et qui constitue sans doute une excellente première étape avant d'aller plus loin pour ceux qui le souhaitent. 

Ixelles Editions, Paris, 203, 383 pages. 23,90 euros.

ISBN : 978-2-87515-195-7.

Fuir l'occupation
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3 septembre 2013 2 03 /09 /septembre /2013 06:40

La guerre germano-soviétique, 1941-1945

Nicolas Bernard

Dans cette volumineuse étude de près de 800 pages, l'auteur, avocat mais aussi historien spécialisé sur la Deuxième guerre mondiale, veut faire oeuvre de synthèse.

Il embrasse ainsi l'ensemble du contexte, du déroulement et des conséquences de la guerre à l'Est de l'Europe, sintéressant aux combats, bien sûr, mais aussi aux fragilités de chacune des armées en présence, à l'état de la production d'armement en Allemagne comme en Russie, aux décisions politiques, à la production cinématographique et à la propagande, aux aspects techniques, aux évolutions militaires, aux conceptions stratégiques et à la notion de 'second front', au rôle des partisans, à Katyn, à Stalingrad et à Koursk, etc. La bibliographie est impressionnante et les notes de référence sont nombreuses (mais je préfère toujours qu'elles soient en bas de page plutôt qu'à la fin du volume) et les quelques cartes, peu nombreuses mais adaptées, auraient peut-être gagné en lisibilité en étant un peu plus grandes (ou alors ce sentiment vient de la couleur 'crème' du papier ?). Les spécialistes de tel ou tel aspect particulier de cette lutte titanesque trouveront bien sûr ici ou là une affirmation trop rapide ou un fait manquant, mais cela est objectivement sans conséquence sur la qualité d'ensemble de l'ouvrage. Ceux qui veulent aller plus loin apprécieront les dizaines de pages de notes et et bibliographie.

Un livre qui constitue, à tous points de vue, une excellente synthèse et une parfaite introduction pour quiconque souhaite s'intéresser à la guerre sur le front de l'Est.

Tallandier, Paris, 2013, 797 pages. 29,90 euros.

ISBN : 979-10-210-0274-6.

Front de l'Est
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Qui Suis-Je ?

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  • : Guerres et conflits XIXe-XXIe s. se fixe pour objectif d’être à la fois (sans prétendre à une exhaustivité matériellement impossible) un carrefour, un miroir, un espace de discussions. Sans être jamais esclave de la « dictature des commémorations », nous nous efforcerons de traiter le plus largement possible de toutes les campagnes, de tous les théâtres, souvent dans une perspective comparatiste. C’est donc à une approche globale de l’histoire militaire que nous vous invitons.
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Cafés historiques de La Chouette

Prochaine séance : pour la rentrée de septembre. Le programme complet sera très prochainement mis en ligne.

Publications personnelles

Livres

 

doumenc-copie-1.jpgLa Direction des Services automobiles des armées et la motorisation des armées françaises (1914-1918), vues à travers l’action du commandant Doumenc

Lavauzelle, Panazol, 2004.

A partir de ma thèse de doctorat, la première étude d’ensemble sur la motorisation des armées pendant la Première Guerre mondiale, sous l’angle du service automobile du GQG, dans les domaines de l’organisation, de la gestion et de l’emploi, des ‘Taxis de la Marne’ aux offensives de l’automne 1918, en passant par la ‘Voie sacrée’ et la Somme.

 

La mobilisation industrielle, ‘premier front’ de la Grande Guerre ? mobil indus

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2005 (préface du professeur Jean-Jacques Becker).

En 302 pages (+ 42 pages d’annexes et de bibliographie), toute l’évolution industrielle de l’intérieur pendant la Première Guerre mondiale. Afin de produire toujours davantage pour les armées en campagne, l’organisation complète de la nation, dans tous les secteurs économiques et industriels. Accompagné de nombreux tableaux de synthèse.

 

colonies-allemandes.jpgLa conquête des colonies allemandes. Naissance et mort d’un rêve impérial

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2006 (préface du professeur Jacques Frémeaux).

Au début de la Grande Guerre, l’empire colonial allemand est de création récente. Sans continuité territoriale, les différents territoires ultramarins du Reich sont difficilement défendables. De sa constitution à la fin du XIXe siècle à sa dévolution après le traité de Versailles, toutes les étapes de sa conquête entre 1914 et 1918 (388 pages, + 11 pages d’annexes, 15 pages de bibliographie, index et cartes).

 

 caire damasDu Caire à Damas. Français et Anglais au Proche-Orient (1914-1919)

 14/18 Editions, Saint-Cloud, 2008 (préface du professeur Jean-Charles Jauffret).

Du premier au dernier jour de la Grande Guerre, bien que la priorité soit accordée au front de France, Paris entretient en Orient plusieurs missions qui participent, avec les nombreux contingents britanniques, aux opérations du Sinaï, d’Arabie, de Palestine et de Syrie. Mais, dans ce cadre géographique, les oppositions diplomatiques entre ‘alliés’ sont au moins aussi importantes que les campagnes militaires elles-mêmes.

 

hte silesieHaute-Silésie (1920-1922). Laboratoire des ‘leçons oubliées’ de l’armée française et perceptions nationales

‘Etudes académiques », Riveneuve Editions, Paris, 2009.

Première étude d’ensemble en français sur la question, à partir du volume de mon habilitation à diriger des recherches. Le récit détaillé de la première opération civilo-militaire moderne d’interposition entre des factions en lutte (Allemands et Polonais) conduite par une coalition internationale (France, Grande-Bretagne, Italie), à partir des archives françaises et étrangères et de la presse de l’époque (381 pages + 53 pages d’annexes, index et bibliographie).

 

cdt armee allde Le commandement suprême de l’armée allemande 1914-1916, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général von Falkenhayn 

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Le texte original de l’édition française de 1921 des mémoires de l’ancien chef d’état-major général allemand, accompagné d’un dispositif complet de notes infrapaginales permettant de situer les lieux, de rappeler la carrière des personnages cités et surtout de comparer ses affirmations avec les documents d’archives et les témoignages des autres acteurs (339 pages + 34 pages d’annexes, cartes et index).

 

chrono commChronologie commentée de la Première Guerre mondiale

Perrin, Paris, 2011.

La Grande Guerre au jour le jour entre juin 1914 et juin 1919, dans tous les domaines (militaire, mais aussi politique, diplomatique, économique, financier, social, culturel) et sur tous les fronts. Environ 15.000 événements sur 607 pages (+ 36 pages de bibliographie et d’index).

 

 Les secrets de la Grande Guerrecouverture secrets

Librairie Vuibert, Paris, 2012.

Un volume grand public permettant, à partir d’une vingtaine de situations personnelles ou d’exemples concrets, de remettre en lumière quelques épisodes peu connus de la Première Guerre mondiale, de la question du « pantalon rouge » en août 1914 à l’acceptation de l’armistice par von Lettow-Vorbeck en Afrique orientale, après la fin des hostilités sur le théâtre ouest-européen.

 

Couverture de l'ouvrage 'Mon commandement en Orient'Mon commandement en Orient, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général Sarrail

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2012

Le texte intégral de l'édition originale, passé au crible des archives publiques, des fonds privés et des témoignages des acteurs. Le récit fait par Sarrail de son temps de commandement à Salonique (1915-1917) apparaît véritablement comme un exemple presque caricatural de mémoires d'autojustification a posteriori

 

 

Coordination et direction d’ouvrages

 

Destins d’exception. Les parrains de promotion de l’Ecole Spéciale Militaire de Saint-Cyr

SHAT, Vincennes, 2002.

Présentation (très largement illustrée, 139 pages) des 58 parrains qui ont donné leur nom à des promotions de Saint-Cyr, entre la promotion « du Prince Impérial » (1857-1858) et la promotion « chef d’escadrons Raffalli » (1998-2001).

 

fflLa France Libre. L’épopée des Français Libres au combat, 1940-1945

SHAT, Vincennes et LBM, Paris, 2004.

Album illustré présentant en 191 pages l’histoire et les parcours (individuels et collectifs) des volontaires de la France Libre pendant la Seconde guerre mondiale.

 

marque courageLa marque du courage

SHD, Vincennes et LBM, Paris, 2005.

Album illustré présentant en 189 pages l’histoire des Croix de Guerre et de la Valeur Militaire, à travers une succession de portraits, de la Première Guerre mondiale à la Bosnie en 1995. L’album comporte en annexe une étude sur la symbolique, les fourragères et la liste des unités d’active décorées.

 

  90e anniversaire de la Croix de guerre90-ANS-CROIX-DE-GUERRE.jpg

SHD, Vincennes, 2006.

Actes de la journée d’études tenue au Musée de l’Armée le 16 novembre 2005. Douze contributions d’officiers historiens et d’universitaires, français et étrangers, de la naissance de la Croix de guerre à sa perception dans la société française, en passant les décorations alliées similaires et ses évolutions ultérieures.

 

france grèceLes relations militaires franco-grecques. De la Restauration à la Seconde guerre mondiale 

SHD,Vincennes, 2007.

Durant cette période, les relations militaires franco-grecques ont été particulièrement intenses, portées à la fois par les sentiments philhellènes qui se développent dans l’hexagone (la France est l’une des ‘Puissances protectrices’ dès la renaissance du pays) et par la volonté de ne pas céder d’influence aux Anglais, aux Allemands ou aux Italiens. La campagne de Morée en 1828, l’intervention en Crète en 1897, les opérations en Russie du Sud  en 1919 constituent quelques uns des onze chapitres de ce volume, complété par un inventaire exhaustif des fonds conservés à Vincennes.

 

verdunLes 300 jours de Verdun

Editions Italiques, Triel-sur-Seine, 2006 (Jean-Pierre Turbergue, Dir.).

Exceptionnel album de 550 pages, très richement illustré, réalisé en partenariat entre les éditions Italiques et le Service historique de la Défense. Toutes les opérations sur le front de Verdun en 1916 au jour le jour.

 

DICO-14-18.jpgDictionnaire de la Grande Guerre

(avec François Cochet), 'Bouquins', R. Laffont, 2008.

Une cinquantaine de contributeurs parmi les meilleurs spécialistes de la Grande Guerre, 1.100 pages, 2.500 entrées : toute la Première Guerre mondiale de A à Z, les hommes, les lieux, les matériels, les opérations, les règlements, les doctrines, etc.

 

fochFerdinand Foch (1851-1929). Apprenez à penser

(avec François Cochet), 14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Actes du colloque international tenu à l’Ecole militaire les 6 et 7 novembre 2008. Vingt-quatre communications balayant tous les aspects de la carrière du maréchal Foch, de sa formation à son héritage dans les armées alliées par des historiens, civils et militaires, de neuf nations (461 pages + 16 pages de bibliographie).

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