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9 juillet 2013 2 09 /07 /juillet /2013 06:33

La traque du Bismarck

Les derniers jours d'un mythe

François-Emmanuel Brézet

François-Emmanuel Brézet nous livre ici une bonne synthèse sur un des événements les plus marquants de l'histoire navale de la Seconde Guerre mondiale, la traque du cuirassé de poche allemand Bismarck, dont le départ en mission au printemps 1941 instilla la plus grande inquiétude dans la plus puissante flotte de l'époque, la Royal Navy. L'auteur, docteur en histoire et ancien officier de marine, est spécialiste de l'histoire de la marine allemande et a publié de nombreux ouvrages dans ce domaine comme Le Plan Tirpitz (1897-1914) ou Histoire de la Marine allemande (1939-1945). Il relate ici toute l'histoire du Bismarck, de sa construction en 1935 à son sabordage le 27 mai 1941 après sa longue traque par les navires britanniques, en passant par sa victoire sur le HMS Hood, fleuron de la Royal Navy.

L'ouvrage commence par une première partie intitulée « Construire des cuirassés, pourquoi faire ? », qui donne de précieuses informations sur la politique navale du IIIe Reich et sur les raisons de la construction de cuirassés de poche (même s'il ne faut pas se leurrer sur le qualificatif "de poche" !) dans le cadre du plan Z de l'amiral Raeder, dont le Bismarck est le premier construit, avec son sister-ship le Tirpitz. Le deuxième chapitre, « Le cuirassé Bismarck », est consacré aux caractéristiques techniques de ce navire de guerre, rapidement considéré comme une réalisation majeure de l'ingénierie navale allemande, ainsi qu'à son équipage et son commandant, le très compétent capitaine de vaisseau Ernst Lindemann. La section suivante est une analyse de l'opération Rheinubüng, à laquelle le vaisseau est affecté, dans le cadre de la stratégie navale allemande durant la guerre qui s'apparente à une guerre de course contre les lignes de communications britanniques. S'en suit un court chapitre résumant les principaux événements navals du second conflit mondial et les conditions dans lesquelles l'opération Rheinubüng est déclenchée. Ensuite, le lecteur entre dans le vif du sujet avec quatre chapitres sur les épisodes qui vont forger la légende du Bismarck, du « Combat du détroit de Danemark », jusqu'à « La fin à bord du Bismarck », racontant avec une grande précision les faits et gestes de l'équipage du vaisseau de guerre allemand, sa traque acharnée par les Britanniques qui iront jusqu'à le faire poursuivre par une escadre aéronavale après qu'il ait coulé le Hood et gravement endommagé le Prince of Wales (qui finira aussi tragiquement), de la réaction de Churchill et de la psychose qui s'empare de la Grande Bretagne quand la nouvelle tombe et de son sabordage après une longue et exténuante poursuite. Le dernier chapitre, sobrement intitulé « Après », et la conclusion proposent une réflexion historique sur cet événement très particulier, qui sonne le glas de la tentative de renaissance de la Hochseeflotte tant redoutée durant la Première Guerre Mondiale.

Soutenue par une bibliographie pertinente, cette étude d'histoire navale de François-Emmanuel Brézet est extrêmement précise, touchant à la fois aux domaines technique, politique, diplomatique, de stratégie et de tactique navales, mais aussi aux aspects humains, pour éclairer le lecteur sur cet événement dont les récits déformés ou mythifiés de la Seconde Guerre Mondiale ont longtemps donné une image erronée. Un ouvrage indispensable pour tous les passionnés d'histoire navale.

Thierry Barroca

Perrin, Paris, 2013, 243 pages, 21 euros.

ISBN : 978-2-262-03631-7

Coulez le Bismarck !
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4 juillet 2013 4 04 /07 /juillet /2013 06:35

Guerre de Syrie, juin-juillet 1941

Bataille de Damour

Jacques Favreau

Voilà une histoire aussi complète que possible, semble-t-il, des combats qui opposent, à l'été 1941, Britanniques et Français Libres d'une part, troupes fidèles au gouvernement de Vichy d'autre part.

Hélas pour l'auteur, l'ouvrage commence par une présentation du contexte qu aborde la question de l'établissement du mandat français au Levant. Or, toute personne ayant travaillé cette période dans les archives (Défense et Affaires étrangères) constatera immédiatement que le premier chapitre ne repose que sur du sable, très probablement quelques articles de presse de l'époque et les témoignages d'autojustification publiés après les événements (voir par exemple "La guerre de Cilicie" ou "Le mal français"). Faire d'un résumé des positions du Bulletin du comité de l'Asie française une référence en histoire n'est pas vraiment crédible. C'est dommage, car on entre alors dans le coeur du sujet avec un sentiment défavorable.

Fort heureusement, à partir des pages 37-40, l'étude change de portage. En plus d'une vingtaine de brefs chapitres (parfois quatre pages simplement), Jacques Favreau entre dans le détail des opérations Merkur et Exporter, des forces en présence, de la bataille de Damas et des combats du Chouf. Visiblement plus à l'aise pour "décortiquer" les opérations militaires, l'auteur précise le rôle et la place des grandes unités, les missions propres à certaines armes, mais revient aussi sur la vie quotidienne dans la ville attaquée.  La conclusion est sans appel : en dépit de la bravoure individuelle des combattants auxquels l'auteur rend hommage, "Damour sera un exemple de résistance sur place sans possibilité de contre-attaquer" : un "énorme cafouillage" qui, à certains égards, n'est pas (selon nous) sans rappeler différentes phases de la campagne de France du printemps 1940 (aucune coordination de commandement, absence de réserves, méconnaissance du renseignement, etc.). On apprécie les quelques cartes, et l'on note que l'essentiel des sources est constitué par le carnet de campagne du lieutenant Favreau, par des "entretiens de l'auteur avec les amis de son père, colonels et généraux ayant combattu en Syrie", et par divers autres témoignages oraux ou écrits personnels, ce qui constitue à la fois une force (mise à disposition des chercheurs de nouvelles sources) mais aussi une faiblesse (limitation à un groupe homogène et identifié). 

Au bilan, un ouvrage important car il met l'accent sur un aspect particulier de la guerre franco-anglo-française de Syrie en 1941, mais qu'il faut impérativement compléter par d'autres ouvrages.

Economica, Paris, 2013, 230 pages, 27 euros.

ISBN : 978-2-7178-6584-4.

Guerre franco-française ?
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29 juin 2013 6 29 /06 /juin /2013 06:35

"L'heure des combats viendra ..."

Struthof  -  1er mars  /  23 décembre 2013

Cette belle exposition s'intéresse aux moyens de communication de la Résistance intérieure à travers les exemples du réseau Alliance et du plan Sussex. Une grande diversité de matériels et des commentaires tout-à-fait adaptés. Une visite à ne pas manquer si vous passer par les Vosges ou l'Alsace.

Renseignements complémentaires : ici

 

Les communications de la Résistance
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26 juin 2013 3 26 /06 /juin /2013 06:40

Raid sur Saint-Nazaire

L'incroyable récit d'une opération commando légendaire

Robert Lyman

Le sujet n'est pas nouveau, et il existe déjà plusieurs ouvrages plus ou moins récents sur le sujet, mais l'approche de Robert Lyman est intéressante en ce sens qu'il étudie l'opération dans son environnement et dans sa globalité.

Dans les premiers chapitres (1 à 9), l'auteur brosse le tableau général de la situation des Britanniques en 1942, avec la problématique de la guerre sous-marine et la question de l'attaque par des commandos des installations côtières et portuaires allemandes sur le continent. Il s'intéresse ensuite (chap. 10 à 14) à la phase de préparation de l'opération proprement dite et à sa difficile planification : il ne s'agit rien de moins que d'amener au nez et à la barbe des Allemands un vieux destroyer "bourré d'explosif" pour le faire sauter au coeur d'un port essentiel pour la Marine ennemie ! Il détaille enfin le déroulement de l'opération Chariot, le rôle de la Marine, le sabordage tardif d'un vieux destroyer, le sort des survivants (dont quelques uns parviendront à rejoindre le Royame-Uni via l'Espagne !), et celui des prisonniers, les pertes allemandes et le bilan de ce raid. Les citations sont nombreuses au fil du texte et Sir Alan Brooke en tire la conclusion : "Nous exécutons un certain nombre de raids sur les côtes occupées par l'ennemi de la Norvège au golfe de Gascogne, pour plonger l'ennemi dans un sentiment d'insécurité et d'incertitude". Et ce commentaire, quelques semaines plus tard, d'un officier de la Kriegsmarine : "Nous ne saurions nier le caractère chevaleresque des Britanniques. Tous les Allemands éprouvent du respect pour les hommes qui exécutèrent cette action ... Ils réalisèrent cette entreprise folle du mieux qu'ils le pouvaient. Ils se battirent jusqu'à la mort ou à la capture".

On apprécie la précision des sources et l'importance de la bibliographie, ce qui témoigne d'une vraie et importante recherche. Egalement très utiles, le glossaire final et les quelques cartes. Les amateurs apprécieront la longue liste des opérations combinées conduites par les alliés en 1940-1942 (annexe 1) et la retranscription des citations pour la Victoria Cross accordées à l'issue du raid (annexe 2). Un ouvrage complet qui doit figurer dans toute bonne bibliothèque sur la Seconde guerre mondiale.

Ixelles éditions, Paris, 2013, 366 pages. 23,90 euros.

ISBN : 978-2-87515-190-2.

Le plus grand raid
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21 juin 2013 5 21 /06 /juin /2013 06:40

L'affaire Jean Moulin

Trahison ou complot

Jacques Gelin

Un véritable pavé ! Et un livre à mettre, bien sûr, en parallèle de beaucoup d'autres, dont le récent De l'Histoire à l'histoire, que nous chroniquions le 16 juin (ici).

Revenant, sous la forme d'une enquête de plusieurs années, sur l'affaire de Caluire et la double question régulièremùent violemment débattue : Qui a renseigné les services allemands sur la réunion de Caluire ? Y a-t-il une autre raison qu'une "simple" trahison pour expliquer l'arrestation de Jean Moulin ? Ce sujet est régulièrement débattu avec vigueur depuis la fin de la guerre, et il est même possible qu'en dépit de l'imposante documentation rassemblée pour soutenir sa thèse, Jacques Gelin n'ait pas le dernier mot ! Si la thèse générale de l'auteur est parfaitement claire (la responsabilité de Hardy est considérée comme prouvée malgré les deux procès qui l'ont acquitté "sur le fil"), on apprécie qu'il traite dans le détail d'autres personnages croisés au long de l'enquête, qu'il s'efforce de retracer avec un infini souci du détail la chronologie la plus précise possible des événements qui précèdent, les déplacements et les rencontres des uns et des autres, les difficultés entre mouvements et tendances politiques de la Résistance, les contradictions et les impasses des procès de l'immédiat après-guerre, les silences des uns et les amnésies des autres. Bref, c'est très, très, très fouillé. Mais osons le mot : trop fouillé et peu synthétisé. Dans ce véritable caléïdoscope d'agents doubles, de vrais-faux résistants, de relations plus ou moins conflictuelles avec certains représentants de Londres ou de l'occupant, de préparation du débarquement et de "Plan vert" de sabotages, on finit par se perdre d'autant plus que l'auteur revient ponctuellement sur des éléments déjà donnés quelques dizaines de pages plus tôt (à un moment de la lecture, j'ai été tenté de prendre une feuille de papier et un stylo pour noter les détails fournis dans l'ordre chronologique). Pourquoi, sur un tel sujet, ne pas avoir rédigé de claires synthèses partielles successives ? Pour compliquer le tout, lorsque les données objectives sont insuffisantes ou muettes, Jacques Gelin échafaude une hypothèse, certes crédible, ... mais qui reste une hypothèse. Reconnaissons qu'il l'exprime honnêtement, dès le tire de certaines grandes parties : "Pléthore de témoins, peu de documents", ou "Les zones d'ombre de Caluire". Sous le titre significatif de "Il y a complot et complot", la conclusion (Jean Moulin était-il cryptocommuniste ? Etait-il un agent soviétique ? A-t-il été "donné" aux Allemands par ceux qui craignaient un coup de force du PCF à la Lébaration ?) est relativement équilibrée. L'auteur ne renie pas ses hypothèses (Frenay, Bénouville ou Groussard sont nettement suspectés), mais reconnait les faiblesses du dossier d'accusation. Un faisceau de présomptions, mais pas une preuve. Parlant de Hardy, les derniers mot du dernier paragraphe du livre sont à la fois inquiétants et troublants : "Un soldat perdu... un soldat tout de même. Un membre à part entière, en tout cas, du terrible cortège qui escortera encore longtemps Jean Moulin au Panthéon".

Accompagné de très nombreuses et parfois longues citations, véritablement "truffé" de notes pour certaines pages, le livre est indiscutablement à lire, mais nous aurions tendance de conseiller à ceux qui se lanceraient dans le sujet pour la première fois de commencer par faire connaissance avec l'histoire dans ses grandes lignes et les principaux personnages avant de plonger dans ce document, qui reste à nos yeux indispensable pour les spécialistes au regard des très nombreuses précisions qu'il apporte et des questions qu'il pose.

Gallimard, Paris, 2013, 505 pages. 24,90 euros.

ISBN : 978-2-07-013943-9.

L'affaire de Caluire
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20 juin 2013 4 20 /06 /juin /2013 06:30

Churchill et Staline

Biographie croisées

Alain Frerejean

Auteur de nombreux ouvrages, mais à ce jour essentiellement centrés sur le monde industriel (on lui doit néanmoins un Napoléon IV, un destin brisé -1997- et un C'était Georges Pompidou -2007-), Alain Frerejean se lance aujourd'hui dans une redoutable aventure : tenter la biographie comparée de deux géants, Churchill et Staline.

Le livre est organisé chronologiquement en quatre grandes parties ("Les quatre cents coups", "Premiers affrontements", "Lagrande alliance" et "La désillusion"), divisées chacune en huit à seize chapitres. Alternativement, l'auteur aborde quelques mois ou quelques années, ou un épisode particulier de la vie de l'un de ses deux héros en les mettant plus ou moins en parallèle ("Les amours de Churchill", "Les amours et les évasions de Staline" ; "Churchill contre les bolcheviques", "L'irrésistible ascension de Staline" ; etc.). Il en ressort peu à peu une vision pointilliste des deux personnages. Quelques points communs certes, de tempérament ou de caractère, mais si peu de ressemblance(s) dans leurs parcours respectifs !

Pourtant, bien que l'un soit un aristocrate victorien, démocrate épris de liberté individuelle, et l'autre un fils du peuple devenu et resté dictateur par la guerre, la dissimulation et le crime, les deux hommes devront faire alliance contre le IIIe Reich. Alliance de raison, imposée par les événements les plus graves. Même si une certaine forme de fascination, voire pour de brèves périodes de sympathie, n'est pas absente (en particulier chez Churchill), les réalités s'imposent à nouveau très rapidement. L'évocation de la conférence de Téhéran en introduction en porte témoignage dès les premières pages. Alors, on peut bien sûr essayer de trouver des ressemblances "privées" (rapport à la famille par exemple), mais cela ne nous a pas entièrement convaincu. En fait, mais était-ce l'intention de l'auteur ?, ces deux biographies croisées nous montrent surtout ce qui sépare définitivement les deux dirigeants et, accessoirement, invite à réfléchir sur le caractère "froid", détaché de tout sentiment personnel, des alliances internationales. Sur d'innombrables points (dès qu'il ne s'agit plus directement de la guerre contre l'Allemagne), Churchill manifeste son désaccord face aux prétentions, aux exigences, aux prévisions de Staline, tandis que celui-ci n'hésite pas à provoquer le vieux lion britannique A la limite même, sans la menace nazie sur leurs pays respectifs, les deux hommes se seraient-ils tout simplement croisés ? Rien n'est moins sûr et le surprenant hommage que Churchill rend au dictateur soviétique en 1959 ("La Russie a eu une chance extraordinaire au milieu de ses tribulations d'avoir à sa tête un tel génie et un tel chef de guerre") ne fait objectivement référence qu'au souvenir des années 1941-1944.

Pour affiner et complèter le tableau, les lecteurs pourront se reporter à deux ouvrages récents chroniqués par Guerres-et-Conflits : le Churchill, de François Bedarida (ici), et le Staline, de Jean-Jacques Marie (ici). Au bilan, une impression mitigée : beaucoup d'informations, de nombreux détails, une bonne approche de chacun des deux grands hommes, mais une comparaison qui, sous cet angle, tombe un peu à plat. A retenir donc, car l'ouvrage, très riche et facile à lire, ne manque pas d'intérêt (on apprécie également la bibliographie indicative finale), mais sans chercher outre mesure des relations parfois artificielles ou de circonstances.

Perrin, Paris, 2013, 506 pages, 24 euros.

ISBN : 978-2-262-03797-0

L'aristocrate et le dictateur
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15 juin 2013 6 15 /06 /juin /2013 06:40

La libération de Paris

19-26 août 1944

Jean-François Muracciole

Dans cet ouvrage efficace, de facture classique, le professeur Jean-François Muracciole, bien connu en particulier pour ses travaux sur la Seconde guerre mondiale et la France Libre, nous propose un coup de projecteur sur la libération de la capitale en août 1944. L'idée est heureuse car, finalement, il n'y avait pas vraiment de livre de synthèse et de référence récent sur ce sujet précis.

Ce faisant, l'auteur aborde aussi bien les questions strictement militaires (chez les deux armées opposées et aux différents niveaux de la hiérarchie) que les très prégnantes questions politiques (franco-françaises, entre de Gaulle, la Résistance intérieure et le PC ; mais aussi franco-alliées et surtout franco-américaines). Après en avoir dans une première partie souligné les enjeux, pour les armées libératrices comme pour l'occupant (en en particulier avoir analysé le volume, la composition et la qualité des troupes allemandes disponibles), Jean-François Muracciole détaille les conditions et le déroulement de "La bataille de Paris : une bataille politique". Qui tiendra le pouvoir ? Qui sera maître de la rue ? Que pensent les Américains ? Comment (ré)agissent les collaborateurs et représentants de Vichy ? Il étudie enfin la bataille elle-même, dans les principes militaires qui guident les deux (trois avec la Résistance) commandements militaires, du déclenchement de la grève à l'entrée en lice de la police parisienne restées jusqu'aux derniers jours fidèle à Vichy, la question des barricades élevées dans certains quartiers quasiment abandonnés par les Allemands et dont la fonction est surtout symbolique, "Les 'Trois Glorieuses' de Paris, 24,25 et 26 août 1944" , et bien sûr le triomphe politique de de Gaulle. Il termine cette étude par une question qui peut paraitre provocatrice, mais que tout son livre explique : "La bataille de Paris a-t-elle eu lieu ?", et s'interroge sur le mythe romantique des barricades, sur la réalité du minage des monuments parisiens et sur les motivations de von Choltitz, essentiellement "connues" par le beau rôle qu'il se donne dans ses mémoires.

En résumé, un livre vivant, intéressant, agréable, qui "remet les pendules à l'heure" sur de nombreux points et donne une compréhension très complète du sujet.

Tallandier, Paris, 2013, 298 pages. 20,90 euros.

ISBN : 978-2-84734-741-8.

Victoire militaire ET politique
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10 juin 2013 1 10 /06 /juin /2013 06:45

Soldats

Combattre, tuer, mourir :

procès-verbaux de récits de soldats allemands

Sönke Neitzel et Harald Welzer

La belle collection classique de la NRF nous propose aujourd'hui un volume tout à fait atypique. A l'aide des retranscriptions effectuées pendant la guerre elle-même par les Britanniques et par les Américains à partir de dizaines de milliers d'écoutes clandestines de prisonniers allemands de tous grades, les deux auteurs (un historien et un sociologue) tentent de cerner la notion de violence dans le vécu des soldats, leur degré d'adhésion au national-socialisme : "La normalité du brutal ne démontre qu'une seule chose : la mise à mort et la violence extrême font partie du quotidien des narrateurs et de leurs auditeurs, elles n'ont justement rien d'extraordinaire. Ils en discutent pendant des heures, mais parlent aussi, par exemple, des avions, des bombes, des radars, des villes, des paysages et des femmes".

Dans un long premier chapitre, ils fixent les bornes de leur étude. A partir de leur constat initial, ils soulignent la complexité et à la diversité, paradoxalement, des situations individuelles : "La plupart ne s'intéressent guère à l'idéologie, à la politique, à l'ordonnancement du monde ni aux autres choses du même ordre : s'ils font la guerre, ce n'est pas par conviction, mais parce qu'ils sont soldats". Les auteurs prennent enfin soin de poser le cadre de leur étude, de rappeler l'importance de la chronologie, la différence entre les perceptions immédiates et les restitutions ultérieures, le rôle des "modèles", l'importance de la camaraderie dans le danger partagé, la place des stéréotypes, etc. C'est dire si leur travail tient autant de l'approche historienne que d'une quasi "anthropologie" du soldat.

L'ouvrage est ensuite construit autour de deux chapitres très dissemblables. Le bref chapitre 2, "Le monde des soldats", a pour vocation de présenter le cadre de référence des guerres conduites par le IIIe Reich (rappelons quand même qu'Hitler n'a pas créé la croix de fer ke 1er septembre 1939, p. 95). Assez descriptif, il n'apporte pas grand chose à l'ensemble. Le très long chapitre 3 (pp. 102-468), par contre, liste sous le titre générique "Combattre, tuer et mourir" toute une série de thèmes, de "Abattre en vol" à "Crimes", en passant par "Camps", "Sexe", "Führer", Valeurs", etc. Ceux-ci sont analysés à partir de synthèses des archives consultées par les deux auteurs, et illustrés par de larges extraits de conversations (ici un sous-marinier, là un capitaine de la SS, ailleurs un sous-officier d'infanterie, un pilote d'avion, un général en première ligne, etc.). Certains récits font froid dans le dos, d'autres étonnent par le détachement apparent de ceux qui s'expriment : toutes les facettes de sensibilités et des subtilités de l'âme humaine est ici représentée. La conclusion, sous le titre général "A quel point la guerre de la Wehrmacht était-elle nationale-socialiste ?", reprend point par point un certain nombre d'items ("la définition de l'adversaire", "vengeance", "prisonniers", "idéologie", "violence", etc.) et souligne une nouvelle fois la diversité des cas et des situations, mais se termine un peu en queue de poisson : "La confiance qu'ont les temps modernes dans la distance qu'ils auraient prise par rapport à la violence est illusoire. Les gens tuent pour les raisons les plus diverses. Les soldats tuent parce que c'est leur mission"... C'est un peu court. Par ailleurs, les références finales aux conflits récents (Vietnam, Irak, Afghanistan, etc.) sont parfois "capillo-tractées" et l'on peut douter de la pertinence de certaines comparaisons. Il y a fort à parier que depuis que notre ancêtre à tous s'est redressé sur ses pattes de derrière, les coups de gourdin sur celui qui occupe la caverne d'à côté n'ont pas tous été justifiés, mais ils ont bien été donnés ; et il n' y a sans doute pas plus de raisons d'en chercher la cause dans la Seconde guerre mondiale que dans la guerre de Sept Ans.

On retiendra donc d'abord ce qui fait la vraie richesse de l'ouvrage, tout le coeur du livre qui multiplie les citations directes et apporte ainsi une multitude d'informations précises sur tel ou tel front, tel ou tel combat, telle ou telle spécialité ou arme d'appartenance. Ce véritable caléidoscope de la perception par des soldats de leur propre guerre donne au volume, qui se termine par plus d'une centaine de pages d'annexes, notes, index et références qui en garantissent le sérieux, un caractère étonnant. Un ouvrage particulièrement utile, à partir duquel les chercheurs procéderont eux-mêmes à leur propre analyse des témoignages fournis.

NRF Essais, Gallimard, Paris, 2013 619 pages. 28,90 euros.
ISBN : 978-2-07-013590-5.

 

La guerre du soldat allemand
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8 juin 2013 6 08 /06 /juin /2013 06:55

Von Manstein

Le stratège du IIIe Reich

Pierre Servent

Conformément à un usage qui commence à se répandre, ce livre consacré maréchal von Manstein n'est pas réellement une biographie. Comme les autres volumes de la collection "Maitres de guerre", il présente rapidement (pp. 9-47) les quelques cinquante premières années de la vie et de la carrière de l'officier allemand, pour consacrer l'essentiel de sa pagination (pp. 49-249) à son rôle pendant la Seconde guerre mondiale.

L'ouvrage, agrémenté de nombreuses photos, de fréquents encarts et de quelques cartes, est facile à lire. Au fil des pages (on regrette parfois que les références ne soient pas mieux précisées et l'on constate le fréquent usage de citations extraites des propres Mémoires de l'intéressé), se dessine le portrait d'un chef militaire hors pair, stratège exceptionnel et véritable meneur d'hommes, mais aussi animé par une ambition dévorante et resté totalement aveugle sur la nature du régime auquel il apportait ses talents. Le livre s'attarde longuement sur la campagne de France, dont Manstein a proposé le plan audacieux, mais qu'il doit suivre de loin puisqu'il commande alors un corps d'armée en Poméranie, mais ne s'attarde pas sur le débat autour de la notion de "guerre-éclair" (conceptualisée en tant que telle en amont ou au moins en partie effet heureux de la chance ?). C'est en Russie que Manstein se couvre de gloire, à la tête du 56e corps blindé d'abord ("Mon désir constant de commander un corps rapide se réalisait"). Au cours de la première partie de l'offensive Barbarossa, en direction de Léningrad, "plus que tout autre il va pénétrer profondément en territoire ennemi, avec toujours cette même propension à prendre des risques importants en jouant son atout maître : la vitesse de déplacement et la connaissance des points faibles de l'ennemi". Il prend ensuite sur le front sud le commandement de la 11e Armée en direction de la Crimée, de Rostov-sur-le-Don et de Sébastopol. Ce sont les batailles des isthmes, de Kertch et bien sûr la prise de la formibale forteresse de Sébastopol, qui lui vaut son bâton de maréchal. Auréolé de sa réputation, il devient en quelque sorte, selon Pierre Servent, "le voltigeur du Führer" sur le front oriental, mais même lui ne peut pas sauver l'armée Paulus à Stalingrad en décembre 1942 (débat, à ce sujet, sur sa volonté réelle de secourir la 6e Armée). Ce sont désormais les dernières grands batailles avant la disgrâce, Kharkov et Koursk, qui épuisent les forces vives et les réserves de l'armée allemande : "A la fin août 1943, von Manstein a déjà perdu au combat 7 généraux commandants de division, 38 colonels commandants de régiment et 252 majors commandants de bataillon". La perte de l'Ukraine sonne le glas de la carrière de Manstein, démis de ses fonctions par Hitler et qui se retire dans sa propriété.

Jugé et condamné à la fin de la guerre, il retrouve bien vite la liberté (accord entre Américains, Britanniques et Allemands) et devient un conseiller écouté de la nouvelle Bundeswher en cours de création. Il sera d'ailleurs le seul ancien chef militaire du IIIe Reich auquel seront rendus les honneurs militaires lors de ses funérailles. On peut regretter que la bibliographie finale soit assez limitée et que, dans le corps du volume, les propos de Manstein lui-même (et de son faire-valoir Liddlle Hart) ne soient pas davantage critiqués, ce qui incite à utiliser l'ouvrage parallèlement à d'autres publications à certains égards moins élogieuses. Il n'en demeure pas moins que le livre est tout particulièrement intéressant et parfaitement complémentaire de nombreuses autres études sectorielles ou tactiques relatives au front de l'Est. Pratiquement centré sur trois années seulement de la carrière du maréchal, il est suffisemment précis pour être d'une vraie, réelle, utilité et intéressera très certainement les passionnés de la Seconde guerre mondiale.

Perrin, Paris, 2013, 263 pages, 21 euros.

ISBN : 978-2-262-04089-5

Pierre Servent a accepté de répondre à quelques questions pour vous : 

Question : Ce dernier ouvrage est assez différent de vos précédentes publications. Pourquoi vous être intéressé à la Seconde guerre mondiale et en particulier à von Manstein ?

Réponse : Je m’intéresse à la première et à la seconde guerre mondiale depuis bien longtemps, même si, après Sciences-Po Paris, mes études de 3e cycle d’Histoire contemporaine ont porté essentiellement sur 1914-1918. Mon avant-dernier ouvrage chez Perrin, Le complexe de l’autruche. Pour en finir avec les défaites françaises (2011) traverse les trois guerres franco-allemandes (1870, 1914 et 1940) avec la volonté de comprendre pourquoi la France a été enfoncée et envahie si souvent et si vite. Dans un chapitre de cet ouvrage intitulé « Les hérétiques », j’ai tracé un portrait croisé de De Gaulle et de von Manstein, tant j’ai trouvé de points communs entre ces deux hommes issus de l’aristocratie de leur pays. Avec une différence de taille, bien évidemment, quant à la nature de la cause qu’ils ont servie. S’agissant d’Erich von Manstein, j’ai été frappé par le décalage entre sa faible notoriété en France et ses éminentes qualités de stratège. C’est un redoutable « joueur d’échecs » dont le plan adopté par Hitler dans des conditions assez rocambolesques nous a mis échec et mat en juin 1940.

Très intéressé par le personnage, j’ai donc répondu favorablement à la proposition de mon éditeur Perrin de « faire » un Manstein dans l’excellente collection « Maître de guerre » que j’avais déjà pu apprécier comme lecteur.

Question : Comment intégrez-vous dans votre analyse de la campagne de France en mai-juin 1940 le débat sur la réalité, ou non, de la "guerre-éclair" et que pensez-vous des réécritures ultérieures de Liddell Hart ?

Réponse : Ni Hitler, ni le haut-commandement allemand n’ont envisagé de « guerre éclair » à l’Ouest. En Pologne ce fut une « divine surprise » pour Berlin, due au rapport de force très inégal et surtout à la situation extrêmement périlleuse des Polonais qui, faute d’avoir suivi les conseils du général Weygand, ont refusé de raccourcir leurs lignes de front pour tenir le choc en abandonnant des zones économiques stratégiques. La pusillanimité française à l’Ouest ne les a pas non plus aidés… Le couple char-avion allemand s’est certes affirmé durant cette campagne semant la terreur et la destruction, notamment dans la profondeur du dispositif polonais. Mais cette campagne a aussi révélé la réalité de l’armée allemande : une armée convalescente avec d’importantes zones de faiblesses (munitions, commandement, etc.). A l’Ouest, le haut-commandement allemand ne songe qu’à une redite du plan Schlieffen de 1914. Mais von Manstein est convaincu qu’une telle approche ne permettra pas de faire chuter les deux plus puissantes armées européennes du moment : France et Grande Bretagne. Le succès est venu de la concentration d’un « poing blindé » dans les Ardennes, et surtout de la « folie » de Guderian et Rommel qui ont parfaitement compris que dans le plan Manstein, les conditions du succès résidaient dans le tempo. En poussant le trait, je dirai que les Français n’ont pas été battus mais asphyxiés par le rythme de la guerre. Quant à Liddell Hart, il a indéniablement défendu en Grande-Bretagne l’arme blindée à une époque où ce n’était pas à la mode. Pour le reste, il n’est pas le concepteur de la guerre éclair et il a tout fait après-guerre pour tenter de le faire croire, y compris en faisant refaire par certains généraux allemands la préface de leur Mémoires. Il reste néanmoins un auteur intéressant.

Question : Le plus haut fait d'armes de von Manstein est, semble-t-il, la conquête complète de la Crimée et la prise de Sébastopol. Quelles sont les qualités spécifiquement militaires dont il fait tout particulièrement preuve durant cette période ?

Réponse : La conquête de la Crimée et la prise de Sébastopol en juillet 1942 sont sans doute le fait d’armes le plus révélateur du « génie » militaire de Manstein. Il a mis en œuvre ses qualités de stratège, son sens du terrain, sa propension à laisser à ses unités beaucoup d’autonomie, son énergie à galvaniser ses troupes et surtout cette capacité à prendre des risques personnels pour aller voir et sentir au plus près ce qui se passe pour chercher la faille. A Sébastopol, il la trouve en lançant de nuit ses vedettes d’assaut pour traverser la baie de Severnaïa et prendre pied sur la forteresse imprenable. Son état-major avait tenté de le dissuader de lancer cette folle attaque. Mais von Manstein l’a imposée. Il cumule de grandes qualités intellectuelles, une sorte d’ubiquité mentale qui lui permet de percer le mode de pensée ennemi et un coup d’œil intuitif sur le terrain qui brusque la victoire.

Question : Ses relations avec Hitler comme avec de nombreux autres généraux semblent au mieux ambigües, au pire détestables. Avec qui entretient-il des relations de confiance et appartient-il à une "chapelle" militaire identifiée comme telle ou est-il un solitaire ambitieux ?

Réponse : Von Manstein fait l’objet d’une admiration et d’un agacement profond. Hitler, par exemple, en a besoin, mais n’aime pas ce Prussien qui lui donne des cours d’état-major et le bombarde de mémoires qui lui montrent ses limites. Himmler et Goering susurrent à l’oreille du Führer que le feld-maréchal Erich von Lewinski, von Manstein (son nom complet) aurait des origines juives… Le maréchal de Sébastopol est de haute taille, un fond de timidité lui fait adopter un air supérieur, une sorte de distance. Il a des jugements acérés sur les « médiocres » (comme Keitel) et ne craint pas de les formuler ouvertement. Il en impose et les commentaires sur son « arrogance » rappellent ceux sur le colonel de Gaulle. Néanmoins, il a toujours eu des supérieurs qui l’ont admiré et poussé : notamment von Witzleben (exécuté en 1944 pour sa participation au complot) et von Rundstedt. Nombreux sont les généraux qui aimeraient le voir prendre un grand commandement organique : Rommel, Guderian, etc. Son état-major du front russe lui sera extrêmement fidèle, même après-guerre.

Question : Von Manstein, rapidement libéré après la guerre, est devenu un conseiller de la nouvelle Bundeswehr. Pouvez-vous nous préciser s'il a exercé une influence réelle, et laquelle ?

Réponse : Considéré dans l’Allemagne de l’après-guerre comme un grand chef militaire non nazi et écarté par Hitler début 1944, Erich von Manstein a fait l’objet d’une négociation directe entre Churchill et Adenauer pour écourter sa peine de 18 ans de prison. La participation à la politique d’extermination des juifs à l’Est n’avait pas été retenue contre lui lors du verdict de la Cour militaire qui l’avait jugé. A sa sortie de prison, il est devenu l’un des conseillers du nouveau pouvoir allemand pour la Bundeswehr. Son influence semble avoir été surtout « morale », si l’on peut dire. Il a notamment contribué à bâtir l’image mythique d’une « Wehrmacht propre » dont le nouveau pouvoir et la population avaient besoin.

Question :  Quelle a été la plus grande faille de von Manstein ?

Réponse : Sans doute son absence de sens politique. Elevé très jeune à l’Ecole des Pages du Kaiser et à celle des Cadets, il a très jeune fait une séparation mentale hermétique entre pouvoir politique et armée : le pouvoir politique doit laisser les militaires faire la guerre ; les militaires ne peuvent en aucune façon s’ingérer dans les questions politiques. C’est sa conception ! Cette grille mentale l’a empêché d’une part de voir le caractère criminel du régime nazi et d’autre part de s’engager dans un complot contre Hitler, comme l’ont fait certains de ses proches. La grande faiblesse de ce stratège hors norme, c’est cette cécité politique.

Merci Pierre Servent pour toutes ces précisions et encore bravo pour votre ouvrage.

Un maréchal qui inquiétait le Führer ?
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5 juin 2013 3 05 /06 /juin /2013 07:06

Les déportés de France vers Aurigny

1942-1944

Benoit Luc

Nous regrettions en mai dernier (ici) que cet ouvrage soit épuisé, et l'éditeur a l'heureuse idée d'en proposer une nouvelle édition. Il faut le signaler, car il est rare que le mémoire de master d'un étudiant soit d'une telle qualité et connaisse rapidement un tel succès.

Sur la (toute) petite île anglo-normande d'Aurigny (l'archipel on le sait fut la seule partie du territoire britannique occupée par les Allemands), de 1941 à 1944, jusqu'à 5.000 déportés-travailleurs furent retenus et obligés de participer à l'aménagement des organisations défensives. On y trouve des "Russes" de nationalités diverses raflés à l'Est, des républicains espagnols, des Juifs (pour la plupart "demi-Juifs" conjoints "d'aryennes" et bénéficiant donc d'un statut spécial), des résistants normands, etc. L'auteur explique les différences "statutaires" et de fonctionnement entre les quatre camps de l'île qui, en effet, ne sont en aucun cas de camps d'extermination, mais bien globalement des camps de travail (type Organisation Todt) pour construire une "île-forteresse". Aurigny concentre "la plus grande densité de béton coulé à l'ouest par kilomètre carré". Benoit Luc détaille avec le plus grand soin l'origine de ces déportés (cartes et graphiques très explicites), leurs conditions d'arrestation, de transfert et de vie sur place, le travail quotidien, les pressions psychologiques, etc. Il s'intéresse également aux deux derniers convois, arrivés sur l'île en mai-juin 1944 (les derniers le 5 juin !), et à leur évacuation définitive vers Saint-Malo (via Guernesey et Jersey) à la fin du même mois lorsque, les Alliés s'emparant de Cherbourg, il n'est plus possible aux Allemands de soutenir. Ils errent en train entre l'ouest et le centre de la France et retrouvent pour la plupart la liberté en août 1944 à Paris, mais, au terme d'un extraordinaire périple à travers la France et l'Allemagne, les deux derniers "travailleurs" français ne seront libérés qu'en avril 1945 en Autriche !

La dernière partie du livre est bien sûr consacrée à la mémoire de ces camps, mais aussi à la difficulté à la faire reconnaître comme telle au lendemain de la guerre et à reconnnaître aux survivants le statut de déportés politiques (confusion entre l'armée allemande, la SS et l'Organisation Todt, la déportation et le travail forcé). On apprécie en conclusion les nombreuses et précises annexes et la dense indication des sources et de la bibliographie.

Une histoire bien oubliée, originale, très bien traitée. Quand l'histoire locale croise l'histoire européenne...

Editions Eurocibles, Marigny, 2013 (rééd.), 283 pages, 25 euros.

ISBN : 978-2-35458-001-8.

Déportés au Royaume-Uni ...
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Cafés historiques de La Chouette

Prochaine séance : pour la rentrée de septembre. Le programme complet sera très prochainement mis en ligne.

Publications personnelles

Livres

 

doumenc-copie-1.jpgLa Direction des Services automobiles des armées et la motorisation des armées françaises (1914-1918), vues à travers l’action du commandant Doumenc

Lavauzelle, Panazol, 2004.

A partir de ma thèse de doctorat, la première étude d’ensemble sur la motorisation des armées pendant la Première Guerre mondiale, sous l’angle du service automobile du GQG, dans les domaines de l’organisation, de la gestion et de l’emploi, des ‘Taxis de la Marne’ aux offensives de l’automne 1918, en passant par la ‘Voie sacrée’ et la Somme.

 

La mobilisation industrielle, ‘premier front’ de la Grande Guerre ? mobil indus

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2005 (préface du professeur Jean-Jacques Becker).

En 302 pages (+ 42 pages d’annexes et de bibliographie), toute l’évolution industrielle de l’intérieur pendant la Première Guerre mondiale. Afin de produire toujours davantage pour les armées en campagne, l’organisation complète de la nation, dans tous les secteurs économiques et industriels. Accompagné de nombreux tableaux de synthèse.

 

colonies-allemandes.jpgLa conquête des colonies allemandes. Naissance et mort d’un rêve impérial

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2006 (préface du professeur Jacques Frémeaux).

Au début de la Grande Guerre, l’empire colonial allemand est de création récente. Sans continuité territoriale, les différents territoires ultramarins du Reich sont difficilement défendables. De sa constitution à la fin du XIXe siècle à sa dévolution après le traité de Versailles, toutes les étapes de sa conquête entre 1914 et 1918 (388 pages, + 11 pages d’annexes, 15 pages de bibliographie, index et cartes).

 

 caire damasDu Caire à Damas. Français et Anglais au Proche-Orient (1914-1919)

 14/18 Editions, Saint-Cloud, 2008 (préface du professeur Jean-Charles Jauffret).

Du premier au dernier jour de la Grande Guerre, bien que la priorité soit accordée au front de France, Paris entretient en Orient plusieurs missions qui participent, avec les nombreux contingents britanniques, aux opérations du Sinaï, d’Arabie, de Palestine et de Syrie. Mais, dans ce cadre géographique, les oppositions diplomatiques entre ‘alliés’ sont au moins aussi importantes que les campagnes militaires elles-mêmes.

 

hte silesieHaute-Silésie (1920-1922). Laboratoire des ‘leçons oubliées’ de l’armée française et perceptions nationales

‘Etudes académiques », Riveneuve Editions, Paris, 2009.

Première étude d’ensemble en français sur la question, à partir du volume de mon habilitation à diriger des recherches. Le récit détaillé de la première opération civilo-militaire moderne d’interposition entre des factions en lutte (Allemands et Polonais) conduite par une coalition internationale (France, Grande-Bretagne, Italie), à partir des archives françaises et étrangères et de la presse de l’époque (381 pages + 53 pages d’annexes, index et bibliographie).

 

cdt armee allde Le commandement suprême de l’armée allemande 1914-1916, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général von Falkenhayn 

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Le texte original de l’édition française de 1921 des mémoires de l’ancien chef d’état-major général allemand, accompagné d’un dispositif complet de notes infrapaginales permettant de situer les lieux, de rappeler la carrière des personnages cités et surtout de comparer ses affirmations avec les documents d’archives et les témoignages des autres acteurs (339 pages + 34 pages d’annexes, cartes et index).

 

chrono commChronologie commentée de la Première Guerre mondiale

Perrin, Paris, 2011.

La Grande Guerre au jour le jour entre juin 1914 et juin 1919, dans tous les domaines (militaire, mais aussi politique, diplomatique, économique, financier, social, culturel) et sur tous les fronts. Environ 15.000 événements sur 607 pages (+ 36 pages de bibliographie et d’index).

 

 Les secrets de la Grande Guerrecouverture secrets

Librairie Vuibert, Paris, 2012.

Un volume grand public permettant, à partir d’une vingtaine de situations personnelles ou d’exemples concrets, de remettre en lumière quelques épisodes peu connus de la Première Guerre mondiale, de la question du « pantalon rouge » en août 1914 à l’acceptation de l’armistice par von Lettow-Vorbeck en Afrique orientale, après la fin des hostilités sur le théâtre ouest-européen.

 

Couverture de l'ouvrage 'Mon commandement en Orient'Mon commandement en Orient, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général Sarrail

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2012

Le texte intégral de l'édition originale, passé au crible des archives publiques, des fonds privés et des témoignages des acteurs. Le récit fait par Sarrail de son temps de commandement à Salonique (1915-1917) apparaît véritablement comme un exemple presque caricatural de mémoires d'autojustification a posteriori

 

 

Coordination et direction d’ouvrages

 

Destins d’exception. Les parrains de promotion de l’Ecole Spéciale Militaire de Saint-Cyr

SHAT, Vincennes, 2002.

Présentation (très largement illustrée, 139 pages) des 58 parrains qui ont donné leur nom à des promotions de Saint-Cyr, entre la promotion « du Prince Impérial » (1857-1858) et la promotion « chef d’escadrons Raffalli » (1998-2001).

 

fflLa France Libre. L’épopée des Français Libres au combat, 1940-1945

SHAT, Vincennes et LBM, Paris, 2004.

Album illustré présentant en 191 pages l’histoire et les parcours (individuels et collectifs) des volontaires de la France Libre pendant la Seconde guerre mondiale.

 

marque courageLa marque du courage

SHD, Vincennes et LBM, Paris, 2005.

Album illustré présentant en 189 pages l’histoire des Croix de Guerre et de la Valeur Militaire, à travers une succession de portraits, de la Première Guerre mondiale à la Bosnie en 1995. L’album comporte en annexe une étude sur la symbolique, les fourragères et la liste des unités d’active décorées.

 

  90e anniversaire de la Croix de guerre90-ANS-CROIX-DE-GUERRE.jpg

SHD, Vincennes, 2006.

Actes de la journée d’études tenue au Musée de l’Armée le 16 novembre 2005. Douze contributions d’officiers historiens et d’universitaires, français et étrangers, de la naissance de la Croix de guerre à sa perception dans la société française, en passant les décorations alliées similaires et ses évolutions ultérieures.

 

france grèceLes relations militaires franco-grecques. De la Restauration à la Seconde guerre mondiale 

SHD,Vincennes, 2007.

Durant cette période, les relations militaires franco-grecques ont été particulièrement intenses, portées à la fois par les sentiments philhellènes qui se développent dans l’hexagone (la France est l’une des ‘Puissances protectrices’ dès la renaissance du pays) et par la volonté de ne pas céder d’influence aux Anglais, aux Allemands ou aux Italiens. La campagne de Morée en 1828, l’intervention en Crète en 1897, les opérations en Russie du Sud  en 1919 constituent quelques uns des onze chapitres de ce volume, complété par un inventaire exhaustif des fonds conservés à Vincennes.

 

verdunLes 300 jours de Verdun

Editions Italiques, Triel-sur-Seine, 2006 (Jean-Pierre Turbergue, Dir.).

Exceptionnel album de 550 pages, très richement illustré, réalisé en partenariat entre les éditions Italiques et le Service historique de la Défense. Toutes les opérations sur le front de Verdun en 1916 au jour le jour.

 

DICO-14-18.jpgDictionnaire de la Grande Guerre

(avec François Cochet), 'Bouquins', R. Laffont, 2008.

Une cinquantaine de contributeurs parmi les meilleurs spécialistes de la Grande Guerre, 1.100 pages, 2.500 entrées : toute la Première Guerre mondiale de A à Z, les hommes, les lieux, les matériels, les opérations, les règlements, les doctrines, etc.

 

fochFerdinand Foch (1851-1929). Apprenez à penser

(avec François Cochet), 14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Actes du colloque international tenu à l’Ecole militaire les 6 et 7 novembre 2008. Vingt-quatre communications balayant tous les aspects de la carrière du maréchal Foch, de sa formation à son héritage dans les armées alliées par des historiens, civils et militaires, de neuf nations (461 pages + 16 pages de bibliographie).

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