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17 septembre 2013 2 17 /09 /septembre /2013 06:33

Vaincre sans gloire

Le corps expéditionnaire français en Italie

(novembre 1942 - juillet 1944)

Julie Le Gac

Excellent ! Voilà une vraie grande synthèse de la campagne d'Italie du corps expéditionnaire français (CEFI) en 1943-1944, toujours replacée dans son contexte et appuyée sur une documentation particulièrement riche.

A partir de sa thèse, plusieurs fois primée en 2012 et 2013, Julie Le Gac nous propose en effet une étude globale qui prend en compte la situation initiale des belligérants à partir du débarquement d'Afrique du Nord en novembre 1942 et celle de l'armée française en cours de "reconstruction" entre armée d'Afrique et Français Libre. Elle s'intéresse, dans cette première partie aux hommes, chefs et soldats, européens et nord-africains, à l'équipement et à la formation des unités, en particulier au plan de la cohésion interne. La deuxième grande partie est consacrée à la première phase des opérations, à partir de novembre 1943, avec les épisodes fameux de la longue bataille de Monte Cassino et les opérations du Belvédère du CEFI, l'opiniatre résistance de l'Axe . Au passage, elle aborde également le quotidien des soldats dans cet environnement particulièrement difficile et dans des conditions météorologiques très dures, et dresse un bilan des pertes "non mortelles" et des blessures psychologiques. Elle traite également des difficultés à maintenir l'ordre et la discipline à l'arrière, alors que pendant plusieurs mois la guerre retrouve presque l'ambiance des tranchées de 1914-1918. Dans la troisième partie, elle s'intéresse bien sûr aux victoires qui se multiplient à partir du printemps 1944, après la bataille du Garigliano et l'audacieuse manoeuvre de la 2e DIM, de la 1ère DMI, de la 3e DIA, de la 4e DMM et des Goums, avec la progression vers Rome puis la Toscane, sans toutefois cacher que ces "succès remportés au feu sont rapidement ternis par le scandale des exactions perpétrées par les troupes coloniales" sur les populations civiles.  Le bilan, à la fin de l'ouvrage, est en demi-teinte, entre réussites militaires et ressentiments italiens, les résultats obtenus ne sont pas mis en valeur autant qu'ils auraient pu l'être et Julie Le Gac parle de "comptes à solder" et de "blessures de l'armée d'Afrique".

Cartes et graphiques accompagnent l'ensemble du volume, dont tout le texte est solidement référencé. On apprécie également les quelques 30 pages d'années, et près de 80 pages de sources et bibliographie qui permettront aux amateurs et aux chercheurs d'aller encore plus loin. Un ouvrage passionnant qui s'impose déjà comme une référence dans l'histoire de la contribution française à la Seconde guerre mondiale.

Les Belles Lettres, Paris, 2013, 613 pages. 29,50 euros.

ISBN : 978-2-251-44477-2.

La campagne d'Italie dans son contexte
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16 septembre 2013 1 16 /09 /septembre /2013 06:30

François Garnier

Prisonnier de guerre, 1939-1943

Présenté par Louis Pape

A partir des archives familiales inédites, ce petit livre nous invite à retrouver à la fois la vie quotidienne d'un artiste-soldat pendant la 'Drôle de guerre' et son long séjour en captivité. Illustrateur célèbre dans les années 1950-1960, François Garnier n'a pas cessé d'écrire à sa famille et de "croquer" les paysages, les situations, les camarades qu'il avait autour de lui. 

Nous disposons ainsi de centaines d'extraits de correspondances et de dessins qui restituent la vie d'un simple soldat, en particulier au camp de Pithiviers après la débâcle (les barbelés, les gardiens, la nourriture, la toilette, la lessive, etc.), puis, brièvement, au Stalag VII A en Bavière, enfin au Stalag XVII B en Autriche, dont il est libéré en janvier 1943. On y trouve confirmation des sentiments des prisonniers ("Le rôle de Pétain est obscur, bien que je pense qu'il évite des ennuis à la France en agissant de la sorte") et cette proclamation de foi : "La France ! Quel beau mot que l'on aime malgré tout et qui prend encore plus de valeur quand on en est éloigné". On y assiste grâce à la qualité des dessins aux scènes de travail, au passage chez le coiffeur, à la corvée de patates ou au soirée avec la chorale du camp.

Le tout forme un ensemble à la fois précis, nostalgique presque (car il n'y a que de très rares croquis de violences et plutôt des cènes de la vie quotidienne), riche en tout cas pour nous faire partager la vie et les sentiments de ces centaines de milliers de prisonniers français. L'artiste ayant beaucoup de talent, l'esthétique est toujours présente et cette qualité ajoute une indiscutable plus-value à ce petit volume que doivent connaître tous ceux qui travaillent sur les prisonniers de guerre.

Presses universitaires de Rennes, 2013, 130 pages, 16 euros.

ISBN : 978-2-7535-2768-3.

Un artiste prisonnier
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14 septembre 2013 6 14 /09 /septembre /2013 06:35

Joukov

L'homme qui a vaincu Hitler

Jean Lopez et Lasha Otkhmezuri

Bien connu pour ses précédents travaux très appréciés sur Koursk et sur l’Armée rouge, Jean Lopez nous propose aujourd’hui, avec Lasha Otkhmezuri, la première vraie grande biographie complète en français du célèbre maréchal soviétique.

Constatant en introduction que « la vie de Joukov se confond avec celle de l’Armée rouge mais aussi celle du parti bolchevick et de l’Union soviétique », les auteurs nous entrainent donc dans une vaste chronique, dont le pivot est bien la carrière militaire de Joukov et en particulier son rôle durant la Seconde guerre mondiale, mais qui s’étend au-delà à toute l’histoire de l’URSS. Nous le suivons donc, dans une grande première partie, jusqu’à la Seconde guerre mondiale, de son engagement dans la cavalerie impériale en 1915, son instruction pour devenir sous-officier l’année suivante, son baptême du feu en août de la même année, son ralliement à la révolution (tardif) à la révolution à l’été 1918 et son adhésion au parti bolchevique en mars 1919. Ce sont ensuite les engagements de la guerre civile, contre les Blancs mais aussi (moins connus) contre les Verts, ces paysans révoltés qui tiennent une partie de l’Ukraine, au cours desquels il est blessé et se distingue. Il est chef d’escadron en 1922 (Ah ! L’avancement durant les périodes troubles !), commande un régiment en Biélorussie, poursuit sa formation théorique et s’initie au tournant des années 1930 à l’art opératif. Apprécié de ses chefs, il poursuit son ascension dans la hiérarchie militaire, toujours dans la cavalerie, commence à nouer des relations plus étroites avec les fonctions politiques, et commande la prestigieuse 4e division de cavalerie et parvient à éviter d’être pris dans les grandes purges qui suivent l’arrestation de Toukhatchevski : « Dans le pays, l’ambiance était sinistre. Personne n’avait confiance en personne, les gens avaient peur les uns des autres … Une épidémie de calomnie sans précédent se propagea partout ». Du fait des vides créés dans le commandement, il bénéficie alors d’un avancement encore plus rapide au sein d’une armée qui survit dans le chaos. A partir de 1939, il entre en campagne : en Extrême-Orient tout d’abord, où il « recueille les lauriers du vainqueur », puis prend le commandement de la région militaire spéciale de Kiev : « le printemps 1940 voit Joukov accéder aux cercles dirigeants de l’Armée rouge », dont il devient chef d’état-major général quelques mois avant l’opération Barbarossa.

La seconde partie est bien sûr consacrée à « La grande guerre patriotique », et les auteurs poursuivent leur étude avec autant de soins et de détails, en profitant au fil des pages pour développer, comme dans la première partie, certains aspects d’histoire militaire en lien direct avec les questions politiques, administratives, culturelles parfois de la Russie. Limogé puis rappelé, « sauveur de Moscou », il alterne échecs et succès, en particulier au sud du front oriental, de Stalingrad à Koursk. C’est ensuite la longue progression en Europe de l’Est jusqu’à Berlin, avec quelques paragraphes bien sentis sur les oppositions intestines en maréchaux et la description de la pression directe que Staline exerce sur eux. Son immense notoriété à partir de mai 1945 lui vaut d’inquiéter le dictateur, et d’être écarté pour près de sept ans. Les dernières pages sont consacrées à « Joukov, moteur de la déstalinisation » et l’on fera utilement le parallèle pour cette période avec le Beria, que nous chroniquions il y a deux jours.  Mais ? dès l’automne 1957, c’est la chute, définitive : « En disparaissant de l’espace public, Joukov coiffe l’auréole du martyr » et devient dans l’esprit public « le maréchal de Staline ».

A plusieurs reprises, Jean Lopez détruit quelques légendes tenaces sur la vie du maréchal soviétique et l’on apprécie ici la densité et la qualité des notes et de la bibliographie (ainsi qu’un très utile index). Les situations personnelles ou proprement militaires de la vie du maréchal sont toujours replacées dans leur contexte, ce qui donne une véritable plus-value à l’ouvrage. Ce Joukov, qui est aussi un plaidoyer pour l’histoire militaire, séduira les amateurs et mérite indiscutablement de figurer dans toute bonne bibliothèque.

Perrin, Paris, 2013, 732 pages, 28 euros.

ISBN : 978-2-262-03922-6.

Le plus grand maréchal soviétique
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11 septembre 2013 3 11 /09 /septembre /2013 06:32

Hitler et les professeurs

Max Weinreich

Voici dont le titre ne correspond pas tout-à-fait au titre, ou du moins au contenu auquel on ne s'attend pas au vu de la couverture. J'ai en effet naïvement cru qu'il s'agissait de traiter du rôle des enseignants sous le IIIe Reich. Erreur.

En fait, dans ce livre publié pour la première fois en Isrël en 1999, l'auteur s'attache à la contributions que les scientifiques allemands ont apporté à la réalisation de la shoah. La première phrase de l'avant-propos est très claire : "Ce livre, habité de passion et de colère, Max Weinreich commença de l'écrire alors que la guerre tirait à sa fin en 1945". Max Weinreich poursuit donc une démonstration, visant à faire comprendre que l'élite universitaire et scientifique allemande à, à la fois, contribué à la préparation intellectuelle et matérielle de la solution finale (objet de la première partie), puis participé activement à sa mise en oeuvre et à sa réalisation (troisième partie), la partie centrale du livre (pp. 119-227) s'attachant à la question du rôle des différents instituts de recherche nazis au début de la guerre elle-même. L'histoire même de la rédaction de l'ouvrage en fait un livre pionnier et militant, mais il a aussi servi de base au lancement d'innombrables travaux depuis sa rédaction. On est, en particulier, impressionné par l'ampleur des références archivistiques et bibliographiques, des périodiques consultés et des citations effectuées. Le nombre et la précision des notes (jusqu'à 5 par page) est un signe qui ne trompe pas.

On en ressort pensif. Certes, chacun sait que la politique anti-juive était au coeur du dispositif répressif allemand, mais peu nombreux doivent être ceux qui connaissent, j'allais dire peuvent imaginer, la place prise par la science, par les nombreux laboratoires et les différents instituts de recherche, par l'élite intellectuelle du pays dans l'ensemble du processus, personnages dont les conclusions sont très largement diffusées par un ensemble de revues et de maisons d'édition. A cette échelle, en Allemagne même comme dans les territoires occupés, c'est une véritable découverte, et l'on ne regrette pas de s'être trompé lors de la première impression. Un ouvrage indispensable pour tous ceux qui travaillent sur la politique raciale du IIIe Reich.

Les Belles Lettres, Paris, 2013, 393 pages. 25,50 euros.

ISBN : 978-2-251-44469-7.

Science(s) et nazisme
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4 septembre 2013 3 04 /09 /septembre /2013 06:40

Le chemin de la liberté

Echapper à Hitler à travers les Pyrénées

Edward Stourton

Journaliste de la radio et de la télévision britannique où il présente des documentaires historiques, Edward Stourton nous entraine sur les traces de ces hommes et de ces femmes qui, durant la Seconde guerre mondiale, cherchent à rejoindre l'Espagne par les Pyrénées pour fuir l'occupation allemande.

Il s'intéresse bien sûr, et d'abord, aux passeurs et aux réseaux dont les structures générales peuvent partir de Lille, Bruxelles ou Amsterdam, pour rejoindre Barcelone, Madrid ou Gibraltar. C'est dire l'ampleur que cela suppose en temps de guerre : il ne s'agit pas simplement de passer un col ou de franchir un torrent en empruntant le bon chemin de montagne, et cet aspect souvent méconnu est intéressant. L'essentiel du volume toutefois est consacré, à travers une série de cas concrets et d'exemples particuliers, au franchissement effectif du massif pyrénéen, souvent, on s'en doute, dans des circonstances difficiles ou rocambolesques. Il procède également par aller-retour avec la période actuelle, puisqu'il a lui-même emprunté bien de ces itinéraires pour la réalisation de ses documentaires et qu'il a rencontré les enfants et petits-enfants de ceux qui y passèrent durant la guerre : "Lorsque vous parcourez le Chemin de la Liberté, vous vous interrogez inévitablement sur les choix auxquels ont été confrontés les membres des réseaux d'évasion. Cela nous met un peu mal à l'aise, nous autres Britanniques, car nous n'avons jamais subi l'épreuve de l'Occupaton". Le livre s'appuie ainsi à la fois sur le ressenti de l'auteur et le vécu, les témoignages, les récits ultérieurs des membres de réseaux comme de ceux qui franchirent la frontière (et de leur famille), avec ses réussites et ses drames, ses trahisons et ses arrestations suivies d'interrogatoires, pour les aviateurs abattus comme pour les civils qui en prennent le chemin. C'est souvent poignant, et l'on regrette (tout aussi souvent), l'absence de notes de bas de page (elles sont rares) et de bibliographie finale, qui permettraient d'aller plus loin. L'auteur constate également en conclusion qu'aujourd'hui, "vous pouvez traverser les Pyrénées en voiture sans tomber sur le moindre indice du plus grand déplkacement de population dans cette partie de l'Europe", ce qui pose la question de la mémoire conservée.

Bref, un livre qui se lit très facilement, sur un sujet rarement traité en tant que tel, qui apprend beaucoup de choses et qui constitue sans doute une excellente première étape avant d'aller plus loin pour ceux qui le souhaitent. 

Ixelles Editions, Paris, 203, 383 pages. 23,90 euros.

ISBN : 978-2-87515-195-7.

Fuir l'occupation
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3 septembre 2013 2 03 /09 /septembre /2013 06:40

La guerre germano-soviétique, 1941-1945

Nicolas Bernard

Dans cette volumineuse étude de près de 800 pages, l'auteur, avocat mais aussi historien spécialisé sur la Deuxième guerre mondiale, veut faire oeuvre de synthèse.

Il embrasse ainsi l'ensemble du contexte, du déroulement et des conséquences de la guerre à l'Est de l'Europe, sintéressant aux combats, bien sûr, mais aussi aux fragilités de chacune des armées en présence, à l'état de la production d'armement en Allemagne comme en Russie, aux décisions politiques, à la production cinématographique et à la propagande, aux aspects techniques, aux évolutions militaires, aux conceptions stratégiques et à la notion de 'second front', au rôle des partisans, à Katyn, à Stalingrad et à Koursk, etc. La bibliographie est impressionnante et les notes de référence sont nombreuses (mais je préfère toujours qu'elles soient en bas de page plutôt qu'à la fin du volume) et les quelques cartes, peu nombreuses mais adaptées, auraient peut-être gagné en lisibilité en étant un peu plus grandes (ou alors ce sentiment vient de la couleur 'crème' du papier ?). Les spécialistes de tel ou tel aspect particulier de cette lutte titanesque trouveront bien sûr ici ou là une affirmation trop rapide ou un fait manquant, mais cela est objectivement sans conséquence sur la qualité d'ensemble de l'ouvrage. Ceux qui veulent aller plus loin apprécieront les dizaines de pages de notes et et bibliographie.

Un livre qui constitue, à tous points de vue, une excellente synthèse et une parfaite introduction pour quiconque souhaite s'intéresser à la guerre sur le front de l'Est.

Tallandier, Paris, 2013, 797 pages. 29,90 euros.

ISBN : 979-10-210-0274-6.

Front de l'Est
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28 août 2013 3 28 /08 /août /2013 06:30

Royo, le guérillero éliminé

Frère d'armes de Marcel Bigeard pendant la libération de l'Ariège

Ange Alvarez, Ivan et Roland Delicado

Cette brochure presque militante, puisqu'il s'agit de réhabiliter Pascal Gimeno Rufino, alias commandant Royo, chef dans l'Ariège des résistants républicains espagnols, et peu diffusée lors de sa parution, a été rédigée par trois amateurs éclairés pour rendre homage à un homme dont le nom a été "injurieusement relégué dans la liste des traites". A partir des mémoires du général Bigeard (Pour une parcelle de gloire), les trois auteurs ont enquêté pour retrouver les témoignages, les documents, les coupures de presse qui mettent en valeur la place de ces maquis communistes espagnols dans la résistance et la libération, mais aussi le rôle pour le moins trouble dans les mois qui suivent du parti comuniste espagnol clandestin. Celui-ci, en effet, n'hésite pas, selon les auteurs, à faire exécuter purement et simplement Royo après son retour en Espagne à la fin de l'année 1945. Ils parlent "d'hystérie collective" et de "chasse aux sorcières", parce que le bureau politique "frénétiquement stalinien" voulait mettre au pas la résistance qui "avait échappé à la vigilance du PCE pendant trop longtemps". La chose ne serait pas surprenante si l'on se réfère aux décisions prises à la fin de la guerre par l'URSS à l'encontre de ses propres prisonniers libérés et de très nombreux partisans.

Un ton passionné, une forte conviction, pour cette brochure qui apportera à tous les amateurs de sujets traitant de la résistance et de la libération des éclairages certes parfois polémiques (au regard des idées généralement admises) mais précis.

ARDEO Résistances, 2011, 43 pages, 9 euros.

ISBN : 978-2-9540166-0-3.

Complexité politique et enjeux locaux
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10 août 2013 6 10 /08 /août /2013 07:00

Rückzug

The German Retreat from France, 1944

Joachim Ludewig

Voilà un volume qui traite d'une période peu connues de la guerre : la retraite de l'armée allemande à travers la France à l'automne 1944.

Le plus souvent en effet, les livres d'histoire de la Libération étudient les opérations qui se succèdent du débarquement à la libération de Paris, puis les combats des Vosges et d'Alsace. Curieusement, la période essentielle que constitue cette longue phase de repli, aussi organisée et méthodique que possible, vers des positions de recueil préparées dans l'urgence n'est généralement évoquée qu'en quelques lignes au détour d'un chapitre. S'appuyant sur un très important appareil de sources et une bibliographie particulièrement dense (plus de 140 pages finales de notes, références et index), l'auteur détaille donc en trois parties chronologiques l'évolution de la situation militaire entre août 1944 et début octobre de la même année. L'ensemble est exceptionnellement documenté, et l'on en vient à ce demander pourquoi un tel livre n'avait pas été écrit plus tôt ! L'échec du projet allemand de contre-offensive durant cette période se solde par l'immobilisation provisoiredes lignes sur une nouvelle forme de front pratiquement continu : un récit qui ne peut que passionner tous les amateurs de cette période car, à notre connaissance, il n'existe pas d'équivalent en français.

Un ouvrage qui doit indiscutablement figurer dans toute bonne bibliographie sur l'année 1944 et les combats de la Libération.

University Press of Kentucky (USA), 2012, 433 pages.

ISBN : 978-0-8131-4079-7

Eté 1944
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24 juillet 2013 3 24 /07 /juillet /2013 06:35

Rire et résistance

Humour sous le IIIe Reich

Rudolph Herzog

Un livre paradoxal et étonnant, qui pourrait faire rire et pleurer. Un livre inquiétant, qui fait réfléchir. Un livre qui finalement fait que l'on ne désespère pas de l'individu, bien que l'on puisse sérieusement douter de lui.

En fait, peut-on rire de tout et "peut-on rire d'Hitler ?". Et d'abord, les Allemands pouvaient-ils rire d'Hitler ? Ensuite, comment les Alliés ont-ils utilisé le rire contre Hitler ? Voici quelques unes des questions a priori saugrenues auxquelles ce livre tente de répondre. Et Rudolph Herzog de répondre : "L'humour antinazi s'avère le plus efficace là où il se veut démystificateur et laconique ... On riait d'Hitler, notamment pendant les douze années que dura le IIIe Reich. Les blagues politiques étaient même légion sous la dictature ; de nos jours certaines restent de bonne facture, tandis que d'autres paraissent banales, mauvaises, innocentes". Ah ! L'importance du contexte ! Ainsi le célèbre slogan "Führer, ordonne, nous suivrons !" est détourné en "Führer, ordonne, nous subirons !", ou cette blague à Vienne : "Affiche du Secours d'Hiver pendant l'hiver 1943-1944 : 'Personne ne peut avoir faim, personne ne peut geler', et cet ouvrier s'adressant à un autre : 'Oh là là ! Ca non plus, on ne peut pas le faire ?". De la dérision à la critique acerbe, il n'y a parfois qu'un mince trait : "Qu'est-ce que ça veut dire quand le ciel est tout noir ? Réponse : il y a tellement d'avions dans le ciel que les oiseaux doivent aller à pied" ; ou sur les relations ambigües entre les Eglises et le parti nazi : "Les catholiques disent : 'Priez le matin, priez à midi, priez le soir', tandis que les nazis disent : 'Payez le matin, payez à midi, payez le soir" !

Divisé en sept parties qui illustrent et analysent les différents aspects de la question, de la tradition d'humour politique et de la caricature en Allemagne à la prise du pouvoir de 1933, puis "Humour et persécution", "Humour et guerre", "Humour et extermination" et enfin "Humour et national-socialisme de l'après-guerre à nos jours", le livre fait parfois grincer des dents. Paradoxalement, il montre aussi que, même souterraine, une certaine information circulait sous le IIIe Reich et que, sans peut-être vouloir le croire, de très nombreux Allemands avaient connaissance des crimes commis (car sinon pourquoi et comment plaisanter à leur sujet ?), ce qui n'est finalement pas le plus rassurant.

Michalon, Paris, 2013, 298 pages, 23 euros.

ISBN : 978-2-84186-700-4.

Rire pour survivre
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22 juillet 2013 1 22 /07 /juillet /2013 06:35

Croisade en Europe

Dwight Eisenhower

Nous présentions il y a quelques jours le livre de David P. Colley Decision at Strasbourg (ici), très critique à l'égard d'Eisenhower. Voici, en quelque sorte, la réponse de Ike.

Présenté par Paul Villatoux, ce volume de souvenirs donne assez bien l'immage de ce que fut le commandant en chef interallié, "un homme d'Etat militaire" pour reprendre la formule de son ami-ennemi intime Montgomery. Non pas un "meneur d'hommes", mais un diplomate et un planificateur hors pair. Les premiers chapitres permettent de poser le cadre du coeur du sujet : la conduite de la guerre par les Etats-Unis, et à l'échelle planétaire. De ce point de vue, ces mémoires sont absolument indispensables à quiconque souhaite travailler sur la Seconde guerre mondiale et prendre en compte l'échelon politico-militaire de conduite stratégique des opérations. Le récit détaillé des événements est étoffé par le rappel de conversations (publiques ou privées) avec les "grands" des nations alliées, à l'occasion de l'opération Torch par exemple ("Les participants s'échauffaient à mesure que la discussion se déroulait et les Français semblaient tous parler à la fois", à propos de la prise de contrôle de l'AOF), les véritables "négociations" en amont des opérations actives (préalables à l'invasion de la Sicile par exemple), toute la phase de préparation et de montée en puissance d'Overlord, les choix à l'échelle du théâtre d'opérations Ouest après le débarquement, etc. Des réflexions également sur le rôle de l'aviation, la décision d'effectuer les bombardements stratégiques, les contacts (plus que les relations) avec l'URSS et l'Armée rouge, la "bataille logistique" pour approvisionner en temps et en heure des armées mécanisées immenses, etc.

Au final, un ouvrage extrêmement intéressant, et tout à fait complémentaire d'autres titres. Il précise la toile de fond d'autres études plus détaillées et permet de positionner dans un environnement plus large (celui d'un théâtre d'opérations qui s'étend d'Afrique du Nord aux pays scandinaves et de l'Atlantique au coeur de l'Europe) les engagements sur le terrain. Il nous fait une nouvelle fois comprendre que le même conflit peut-être analysé à différents niveaux, tous imbriqués et complémentaire. Vous y croiserez tous les leaders politiques anglo-saxons et les principaux généraux et amiraux placés sous le commandement de celui qui, la guerre terminée, deviendra président des Etats-Unis. Un témoignage très utile pour confirmer ou infirmer d'autres livres de souvenirs..

Nouveau Monde Editions, Paris, 2013, 627 pages, 27 euros.

ISBN : 978-2-36583-376-9

Souvenirs d'un commandant en chef
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Qui Suis-Je ?

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  • : Guerres et conflits XIXe-XXIe s. se fixe pour objectif d’être à la fois (sans prétendre à une exhaustivité matériellement impossible) un carrefour, un miroir, un espace de discussions. Sans être jamais esclave de la « dictature des commémorations », nous nous efforcerons de traiter le plus largement possible de toutes les campagnes, de tous les théâtres, souvent dans une perspective comparatiste. C’est donc à une approche globale de l’histoire militaire que nous vous invitons.
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Cafés historiques de La Chouette

Prochaine séance : pour la rentrée de septembre. Le programme complet sera très prochainement mis en ligne.

Publications personnelles

Livres

 

doumenc-copie-1.jpgLa Direction des Services automobiles des armées et la motorisation des armées françaises (1914-1918), vues à travers l’action du commandant Doumenc

Lavauzelle, Panazol, 2004.

A partir de ma thèse de doctorat, la première étude d’ensemble sur la motorisation des armées pendant la Première Guerre mondiale, sous l’angle du service automobile du GQG, dans les domaines de l’organisation, de la gestion et de l’emploi, des ‘Taxis de la Marne’ aux offensives de l’automne 1918, en passant par la ‘Voie sacrée’ et la Somme.

 

La mobilisation industrielle, ‘premier front’ de la Grande Guerre ? mobil indus

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2005 (préface du professeur Jean-Jacques Becker).

En 302 pages (+ 42 pages d’annexes et de bibliographie), toute l’évolution industrielle de l’intérieur pendant la Première Guerre mondiale. Afin de produire toujours davantage pour les armées en campagne, l’organisation complète de la nation, dans tous les secteurs économiques et industriels. Accompagné de nombreux tableaux de synthèse.

 

colonies-allemandes.jpgLa conquête des colonies allemandes. Naissance et mort d’un rêve impérial

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2006 (préface du professeur Jacques Frémeaux).

Au début de la Grande Guerre, l’empire colonial allemand est de création récente. Sans continuité territoriale, les différents territoires ultramarins du Reich sont difficilement défendables. De sa constitution à la fin du XIXe siècle à sa dévolution après le traité de Versailles, toutes les étapes de sa conquête entre 1914 et 1918 (388 pages, + 11 pages d’annexes, 15 pages de bibliographie, index et cartes).

 

 caire damasDu Caire à Damas. Français et Anglais au Proche-Orient (1914-1919)

 14/18 Editions, Saint-Cloud, 2008 (préface du professeur Jean-Charles Jauffret).

Du premier au dernier jour de la Grande Guerre, bien que la priorité soit accordée au front de France, Paris entretient en Orient plusieurs missions qui participent, avec les nombreux contingents britanniques, aux opérations du Sinaï, d’Arabie, de Palestine et de Syrie. Mais, dans ce cadre géographique, les oppositions diplomatiques entre ‘alliés’ sont au moins aussi importantes que les campagnes militaires elles-mêmes.

 

hte silesieHaute-Silésie (1920-1922). Laboratoire des ‘leçons oubliées’ de l’armée française et perceptions nationales

‘Etudes académiques », Riveneuve Editions, Paris, 2009.

Première étude d’ensemble en français sur la question, à partir du volume de mon habilitation à diriger des recherches. Le récit détaillé de la première opération civilo-militaire moderne d’interposition entre des factions en lutte (Allemands et Polonais) conduite par une coalition internationale (France, Grande-Bretagne, Italie), à partir des archives françaises et étrangères et de la presse de l’époque (381 pages + 53 pages d’annexes, index et bibliographie).

 

cdt armee allde Le commandement suprême de l’armée allemande 1914-1916, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général von Falkenhayn 

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Le texte original de l’édition française de 1921 des mémoires de l’ancien chef d’état-major général allemand, accompagné d’un dispositif complet de notes infrapaginales permettant de situer les lieux, de rappeler la carrière des personnages cités et surtout de comparer ses affirmations avec les documents d’archives et les témoignages des autres acteurs (339 pages + 34 pages d’annexes, cartes et index).

 

chrono commChronologie commentée de la Première Guerre mondiale

Perrin, Paris, 2011.

La Grande Guerre au jour le jour entre juin 1914 et juin 1919, dans tous les domaines (militaire, mais aussi politique, diplomatique, économique, financier, social, culturel) et sur tous les fronts. Environ 15.000 événements sur 607 pages (+ 36 pages de bibliographie et d’index).

 

 Les secrets de la Grande Guerrecouverture secrets

Librairie Vuibert, Paris, 2012.

Un volume grand public permettant, à partir d’une vingtaine de situations personnelles ou d’exemples concrets, de remettre en lumière quelques épisodes peu connus de la Première Guerre mondiale, de la question du « pantalon rouge » en août 1914 à l’acceptation de l’armistice par von Lettow-Vorbeck en Afrique orientale, après la fin des hostilités sur le théâtre ouest-européen.

 

Couverture de l'ouvrage 'Mon commandement en Orient'Mon commandement en Orient, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général Sarrail

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2012

Le texte intégral de l'édition originale, passé au crible des archives publiques, des fonds privés et des témoignages des acteurs. Le récit fait par Sarrail de son temps de commandement à Salonique (1915-1917) apparaît véritablement comme un exemple presque caricatural de mémoires d'autojustification a posteriori

 

 

Coordination et direction d’ouvrages

 

Destins d’exception. Les parrains de promotion de l’Ecole Spéciale Militaire de Saint-Cyr

SHAT, Vincennes, 2002.

Présentation (très largement illustrée, 139 pages) des 58 parrains qui ont donné leur nom à des promotions de Saint-Cyr, entre la promotion « du Prince Impérial » (1857-1858) et la promotion « chef d’escadrons Raffalli » (1998-2001).

 

fflLa France Libre. L’épopée des Français Libres au combat, 1940-1945

SHAT, Vincennes et LBM, Paris, 2004.

Album illustré présentant en 191 pages l’histoire et les parcours (individuels et collectifs) des volontaires de la France Libre pendant la Seconde guerre mondiale.

 

marque courageLa marque du courage

SHD, Vincennes et LBM, Paris, 2005.

Album illustré présentant en 189 pages l’histoire des Croix de Guerre et de la Valeur Militaire, à travers une succession de portraits, de la Première Guerre mondiale à la Bosnie en 1995. L’album comporte en annexe une étude sur la symbolique, les fourragères et la liste des unités d’active décorées.

 

  90e anniversaire de la Croix de guerre90-ANS-CROIX-DE-GUERRE.jpg

SHD, Vincennes, 2006.

Actes de la journée d’études tenue au Musée de l’Armée le 16 novembre 2005. Douze contributions d’officiers historiens et d’universitaires, français et étrangers, de la naissance de la Croix de guerre à sa perception dans la société française, en passant les décorations alliées similaires et ses évolutions ultérieures.

 

france grèceLes relations militaires franco-grecques. De la Restauration à la Seconde guerre mondiale 

SHD,Vincennes, 2007.

Durant cette période, les relations militaires franco-grecques ont été particulièrement intenses, portées à la fois par les sentiments philhellènes qui se développent dans l’hexagone (la France est l’une des ‘Puissances protectrices’ dès la renaissance du pays) et par la volonté de ne pas céder d’influence aux Anglais, aux Allemands ou aux Italiens. La campagne de Morée en 1828, l’intervention en Crète en 1897, les opérations en Russie du Sud  en 1919 constituent quelques uns des onze chapitres de ce volume, complété par un inventaire exhaustif des fonds conservés à Vincennes.

 

verdunLes 300 jours de Verdun

Editions Italiques, Triel-sur-Seine, 2006 (Jean-Pierre Turbergue, Dir.).

Exceptionnel album de 550 pages, très richement illustré, réalisé en partenariat entre les éditions Italiques et le Service historique de la Défense. Toutes les opérations sur le front de Verdun en 1916 au jour le jour.

 

DICO-14-18.jpgDictionnaire de la Grande Guerre

(avec François Cochet), 'Bouquins', R. Laffont, 2008.

Une cinquantaine de contributeurs parmi les meilleurs spécialistes de la Grande Guerre, 1.100 pages, 2.500 entrées : toute la Première Guerre mondiale de A à Z, les hommes, les lieux, les matériels, les opérations, les règlements, les doctrines, etc.

 

fochFerdinand Foch (1851-1929). Apprenez à penser

(avec François Cochet), 14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Actes du colloque international tenu à l’Ecole militaire les 6 et 7 novembre 2008. Vingt-quatre communications balayant tous les aspects de la carrière du maréchal Foch, de sa formation à son héritage dans les armées alliées par des historiens, civils et militaires, de neuf nations (461 pages + 16 pages de bibliographie).

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