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26 juillet 2012 4 26 /07 /juillet /2012 07:00

S.S. en France

Jean Mabire

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Présenté en 4e de couverture comme « romancier et historien normand », ce qui est certes sympathique mais pour le moins partiel, Jean Mabire s’était fait une spécialité de l’histoire de la Waffen S.S. à travers de nombreux ouvrages, de La division Nordland à Mourir à Berlin, qui tiennent souvent plus de "l'histoire romanesque" que de l'histoire tout simplement. Le thème est parfois usé jusqu’à la corde, mais cette réédition (nouvelle couverture) change un peu la donne. Il s’agit en effet pour l’auteur de raconter les premiers engagements opérationnels des trois premières grandes unités combattantes de la S.S..

Après avoir sommairement résumé en avant-propos l’histoire de cette structure durant l’entre-deux-guerres, l’ouvrage se divise en deux grandes parties : « La bataille de Flandre, mai 1940 » et « La bataille de France, juin 1940 ». Les limites chronologiques sont donc à la fois claires et étroites, puisque les premiers combats commencent avec les brèves campagnes de Hollande et de Belgique et que la guerre se termine sur une ligne Saint-Etienne / Libourne lorsque la France signe l’armistice. En dépit des efforts de l’auteur pour mettre en relief l'action de ces trois seules divisions (Leibstandarte, Verfügungsdivision, Totenkopf) et exprimer tout le bien qu'il en pense, il faut commencer par dire que celles-ci sont en réalité relativement noyées dans la masse de l’armée régulière allemande. Il est donc parfois aventureux de vouloir absolument distinguer leur rôle de celui de leur corps d’armée ou de leur armée d’appartenance. Il en ressort d’abord que, si cette campagne du printemps 1940 a pu constituer une ultime phase "d’apprentissage" et d’aguerrissement pour des unités plus habituées à assurer le service d'honneur des personnalités du Reich ou la surveillance des premiers camps de concentration, si leur rôle n’a pas été négligeable, il n’aurait pas pu être en lui-même significatif, sans l’appui de la Luftwaffe à plusieurs reprises, en particulier dès que les Britanniques ou les Français parviennent à organiser une résistance solide ou à contre-attaquer. Le niveau de formation militaire des officiers supérieurs et généraux de ces divisions S.S. ne semble pas exceptionnel (délicat euphémisme), et l’on comprend les réticences des chefs de la Wehrmacht : on se reportera par exemple à la pauvre « manœuvre » (si ce terme peut être employé) du général S.S. Heicke (division Totenkopf) en direction de Béthune les 22-23 mai. On peut certes louer les qualités individuelles de courage, de témérité ou d’obstination des uns ou des autres, mais de réelles carences méritaient d’être davantage soulignées.

Paradoxalement, une lecture « en creux » du livre est au moins aussi instructive. Les soldats alliés ne se sont pas débandés devant la progression allemande (le 23 juin, « certaines unités ont conservé un ordre impeccable, notamment parmi les troupes coloniales, tenues encore fermement en mains par leurs cadres ») et les détails fournis sur certains combats sont complémentaires de ceux donnés par d’autres études, et à mettre en parallèle avec eux.

Selon son habitude, l'auteur "fait parler" les acteurs des événements, mais ne présente pas la moindre référence pour appuyer ses dialogues. De même, l'essentiel de la bibliographie finale date de la période 1940-1985, avec une dominante autour des années 1970-1980, alors que l'historiographie a fortement progressé depuis trente ou quarante ans. En résumé, un livre entre le "roman historique" et "l'histoire racontée", avec un très net a priori favorable pour le sujet principal, ce qui n'est pas la première qualité d'un livre d'histoire. A lire pour l'éclairage original qu'il donne sur certains aspects de la campagne de France, mais à croiser absolument avec d'autres sources plus sérieuses.

 

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21 juillet 2012 6 21 /07 /juillet /2012 07:00

39 - 45

La guerre secrète de Churchill

B. Woloszanski

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Ce volume, rédigé comme une succession d'articles ou de nouvelles, aborde en fait essentiellement les années 1940-1941. L'auteur a fait le choix de rechercher et d'analyser les obstacles et les difficultés auxquelles Churchill a du faire face durant cette période, et en particulier ceux suscités par des "proches" (des Britanniques ou des alliés).

Ce n'est donc pas à un récit des événements militaires, des aléas diplomatiques ou de l'évolution de la situation politique que nous avons affaire, mais à un ouvrage intermédiaire qui multiplie les cas particuliers entre deux ou trois mondes différents, presque toujours au coeur du pouvoir et du gouvernement anglais, dans le secret des conversations "semi-privées" et des négociations de couloir. Le livre se lit facilement et ouvre d'intéressantes perspectives, qu'il s'agisse des luttes d'influence en Yougoslavie, de la volonté d'entraîner les Américains dans la guerre ou des premiers pas, bien timides, de l'alliance avec l'URSS. On peut toutefois regretter qu'une relative méconnaissance des questions strictement militaires conduisent à des conclusions parfois rapides (comme au sujet de l'ordre d'arrêt donné aux blindés allemands devant Dunkerque) ou qu'une présentation privilégiant l'originalité des exemples donne par exemple sans doute trop d'importance à la capacité réelle d'action et d'influence des amis et relations pro-germaniques de Mosley au sein de la haute société anglaise.

Un agréable livre d'histoire "pour l'été", dont on appréciera les six pages finales de "Bibliographie" et "Documents" qui donneront à l'amateur francophone une série de références britanniques. 

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17 juillet 2012 2 17 /07 /juillet /2012 07:00

La libération de la France jour après jour

Dominique Lormier

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On sait que Dominique Lormier est un auteur prolifique, spécialisé sur la Seconde guerre mondiale, et ceci nous conduit à présenter son nouvel opus, consacré à une chronique quasiment au jour le jour, et surtout région par région, des combats de la libération, entre juin 1944 et mai 1945.

Fidèle à l’orientation générale de ses publications, il précise dans l’introduction que « 60% du territoire français est libéré uniquement par les maquis, l’armée De Lattre et la division Leclerc … Les forces combattantes françaises ont joué un rôle considérable, un peu trop souvent occulté de nos jours, où le ‘masochisme national’ triomphe », et accorde une place particulièrement éminente à la contribution des Français à leur propre libération. Le livre, d’un peu plus de 420 pages, est divisé en trois parties : « Juin 1944 », « Juillet, août, septembre 1944 » et « Octobre 1944 à mai 1945 ». Chaque partie est chronologiquement organisée en de nombreux petits chapitres, à partir du débarquement allié sur les plages de Normandie, puis vers Caen et le Cotentin, enfin vers la Bretagne, le Limousin, le Centre, le Vercors, la Bourgogne, le débarquement de Provence et les Alpes, les Vosges, la Lorraine, l’Alsace, le Médoc et les poches de l’Atlantique. Le rôle de la Résistance et des maquis est particulièrement souligné et très nombreux détails factuels, souvent renforcés par des témoignages de responsables des FFI, sont fournis concernant les effectifs, les unités, les déplacements, les engagements locaux, etc. A cet égard, l’ouvrage est tout-à-fait riche et intéressant.

On peut toutefois regretter que le ton presque « militant » de l’auteur pour défendre sa thèse le conduise à grossir le trait, semble-t-il parfois, de certaines présentations. Certes, il a pu être nécessaire, il y a quelques années, de « rendre leur honneur » aux soldats français, dont le rôle dans la libération du territoire était injustement minimisé, voire contesté. Tel n’est cependant plus le cas aujourd’hui, et il est inutile « d’en rajouter » dans la description de la violence des combats ou de la détermination des hommes. Les Français ont contribué à la Libération, c’est un fait acquis ; mais ils n’auraient rien pu faire sans les alliés anglo-saxons, c’est tout aussi évident. A partir des différents chapitres de ce livre, dont on apprécie une nouvelle fois la précision méticuleuse et le soin presque exhaustif à relever les différents engagements, on fera donc le choix d’une part de se reporter aux archives et d’autre part de recontextualiser systématiquement chaque combat.

Un livre qui fournit une bonne première approche générale des événements militaires de la période, un livre agréable pour l’été, que l’on confrontera si l'on veut approfondir à des récits plus référencés à l’automne.

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30 juin 2012 6 30 /06 /juin /2012 07:05

Hemingway et les U-Boote

De la littérature à l'héroïsme

Terry Mort

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Qui n'a jamais entendu parlé de L'adieu aux armes, de Pour qui sonne le glas ou du Vieil homme et la mer ?  Prix Nobel de littérature, Ernest Hemingway est également connu pour son oeuvre de journaliste, les affirmations parfois douteuses relatives à son rôle durant la période de la libération de Paris en août 1944 ou ses séjours à Cuba, la "belle endormie" des années d'avant Castro.

Par contre, seuls les spécialistes de l'auteur des Îles à la dérive savaient, plus ou moins vaguement, que pendant près de dix-huit mois, entre 1942 et 1943, Hemingway avait volontairement, et personnellement, mené de longues patrouilles anti sous-marines entre le Sud-est des Etats-Unis et Cuba avec son propre navire. Celui, le Pilar, bien modeste vedette de pêche armée d'un équipage de quatre hommes, fut intégré dans le dispositif général de défense ASM de l'US Navy. Ils ne disposaient à son bord que de quelques armes de poing et grenades, les autorités fédérales payant quelques compléments de matériel (radio) et le carburant, "mais les dépenses de fonctionnement étaient à sa charge, son équipage nécessitant d'être nourri et équipé". Finalement, aucun héroïque combat au cours de ces patrouilles, mais une immense source d'inspiration pour la suite de son oeuvre : "Pour Ernest, les U-Boote ont dû être à la fois réels et symboliques. De façon métaphorique, ils étaient les proches cousins des requins du Vieil homme et la mer : de sinistres figures apparaissant soudainement pour transformer une mer calme en une étendue de carnage sanglant".

Très régulièrement ponctué de citations extraites des ouvrages ou de la correspondance d'Hemingway, ce livre a bien sûr une résonnance plus littéraire que militaire. Il permet néanmoins d'ouvrir une porte sur la façon dont un des grands écrivains du XXe siècle aborde la question de la guerre et de son engagement individuel. Dans un cadre et un univers original, auxquels on ne pense pas lorsque l'on évoque la lutte contre les sous-marins allemands, un parcours artistique et humain à lire durant les vacances qui approchent.

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28 juin 2012 4 28 /06 /juin /2012 07:05

La bataille de Stalingrad

Carnets du général Paulus

annotés et commentés par Boris Laurent

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Voilà un livre aussi intéressant sur le fond qu'original dans la forme.

Longtemps présentée comme un véritable tournant de la Seconde guerre mondiale (mais ceci est aujourd'hui discuté), la bataille de Stalingrad a fait l'objet, dans toutes les langues, de nombreuses études selon un plan classique. Aujourd'hui, Boris Laurent nous livre un ouvrage qui, non seulement, permet bien sûr de suivre les événements, mais encore les analyse à travers les Carnets du maréchal Paulus, croisés avec de très nombreuses autres sources. Relevons simplement que les conditions de rédaction de ces Carnets (Paulus est alors prisonnier) pourraient avoir influé sur leur contenu.

Après une biographie assez complète du maréchal (40 pages), Boris Laurent divise son livre en six chapitres, suivis d'une conclusion ("Retour en arrière et résumé final") et d'un épilogue ("Paulus était-il l'homme de la situation ?"). Ces chapitres sont ordonnés chronologiquement : "Hitler et l'Angleterre : l'opération Seelöwe", "L'opération Barbarossa : études préparatoires et concentration à l'Est", "Adjoint au chef d'état-major général", "La marche sur Stalingrad", "Labataille d'encerclement - du 19 novembre au 12 décembre 1942. Tentera-t-on la percée ou attendra-t-on d'être dégagés ?", "La bataille d'encerclement - du 12 décembre 1942 au 2 février 1943. Va-t-on tenter la percée ou bien acceptera-t-on de se sacrifier ?". Les deux derniers chapitres, directement relatifs au déroulement de la bataille elle-même, se divisent chacune en une introduction spécifique, une analyse thématique des événements et une série d'annexes constituées par la reproduction d'extraits de documents d'époque. En pratique, l'insertion dans le corps du texte de documents et extraits de documents d'origines diverses (au lieu de reporter les annexes en fin de volume) conduit d'ailleurs parfois le lecteur, au début, à ne plus très bien savoir qui écrit : Boris Laurent, le maréchal Paulus, un témoin ou un acteur quelconque des événements. Il faut une phase d'adaptation qui prendre le rythme, particulier, que l'auteur a voulu donner à son livre.

Au bilan, néanmoins, on apprécie la richesse des informations et le diversité des références et angles d'analyse. Dans le chapitre V, les documents relatifs aux échanges entre Allemands et Roumains sont à cet égard très intéressants ; de même que, dans le chapitre VI, le point de vue "Air", avec les extraits du journal de marche de la 4e Flotte aérienne et du carnet de route de son commandant. Alors ? Paulus, responsable et coupable ? Les derniers mots de Boris Laurent sont plus mesurées : "En fait, Paulus n'aurait jamais dû entrer dans ce piège urbain et la bataille de Stalingrad n'aurait jamais dû avoir lieu".

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Nous avons demandé à Boris Laurent de nous préciser sur certains points la synthèse de ses travaux.

Question : Pouvez-vous nous rappeler en quelques phrases l'origine, les dates et les conditions de rédaction de ces Carnets du maréchal Paulus ? Après les avoir étudiés, quelle crédibilité leur accordez-vous ?

RéponseLes premiers carnets sont écrits en 1945, alors que Paulus est en captivité en URSS, pour répondre à un questionnaire remis par les Soviétiques très intéressés par les opérations allemandes en URSS, mais aussi par les plans d’invasion de l’Angleterre – opération Seelöwe. C’est le fils du maréchal, Ernst Alexander Paulus, qui les recueille entre 1953 et 1957 puis les fait publier pour la première fois au début des années soixante.

Indéniablement, ces carnets sont une source de première main car ils offrent un panorama pertinent, et globalement juste, non seulement des opérations à l’Est de 1941 à 1943, mais aussi de la campagne de France, de l’opération Seelöwe, du travail des états-majors et des relations entre Hitler et ses généraux. C’est avec une rare acuité que Paulus fait le point sur les différents épisodes qui ont marqué le conflit germano-soviétique car lui-même a été un rouage essentiel de la machine de guerre allemande, dans la planification et dans l’exécution des opérations.

Toutefois, le récit est parfois confus et l’analyse manque de recul en raison du peu d’informations dont dispose l’auteur au moment où il rédige ses carnets et du  traumatisme de Stalingrad qui brouille encore sa perception de la bataille. Qui plus est, il reste factuel et élude les questions sensibles puisque ces carnets sont écrits au départ pour les Soviétiques puis sous la surveillance étroite de la police politique est-allemande, alors que Paulus vit à Dresde.

Question : Vous évoquez la participation des soldats italiens et roumains. Quelles ont été leurs principales missions, leur rôle dans la bataille et quel bilan peut-on établir de leur participation ?

RéponseAvec le plan Blau, Hitler se retrouve confronté à un véritable problème opérationnel : les flancs de la progression allemande sont très étirés. Comme il est impossible de toucher aux groupes d’armées Nord et Centre, le Führer doit faire appel à ses alliés pour renforcer le groupe d’armées Sud, en charge des opérations. 600 000 soldats roumains, italiens et hongrois participent ainsi à cette deuxième grande offensive stratégique. Mais ces unités sont peu motivées et mal équipées. Compte tenu de ces facteurs, leur mission est essentiellement défensive. Malgré leur faiblesse, les Allemands décident de leur confier la sécurité du flanc le plus fragile de l’offensive.

À partir de février-mars 1943 et durant l’après-guerre, les Allemands ont fait  porter la responsabilité de la défaite de Stalingrad à leurs alliés. Mais au regard des faibles moyens qui leur sont alloués, ces derniers n’ont aucune chance d’encaisser la contre-offensive soviétique (opération Uranus) puis l’assaut russe durant l’opération Saturne (foncer jusqu’à Rostov et isoler le groupe d’armées A toujours dans le Caucase). Les Roumains paniquent et se replient dans le chaos le plus total. Les unités qui tentent de résister sont balayées, écrasées par les tanks russes sans pouvoir riposter. Les Italiens des divisions Ravenna et Cosseria tentent de résister mais ont peu à opposer aux Soviétiques. Des Italiens sont même exécutés par les Allemands qui décampent à leur tour !

Le bilan pour ces pays est sans appel : les Roumains perdent deux armées, les Italiens en perdent une et les Hongrois une également. L’Axe est ébranlé : Budapest, Bucarest et Rome font tout pour se retirer des opérations militaires. Berlin est maintenant seule face à l’ours soviétique.

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Question : Comment caractériseriez vous, pour bien les distinguer, les deux "stades" de la bataille d'encerclement (19 novembre-12 décembre 1942 et 12 décembre-2 février 1943) ?

RéponseLe premier stade est caractérisé par une opération d’encerclement parfaitement maîtrisée par les Soviétiques. Dans sa conception, Uranus est une opération très classique de double enveloppement… à l’allemande ! Son succès repose sur la surprise. C’est la raison pour laquelle les Soviétiques masquent leurs intentions par un art dont ils ont le secret et qu’ils utilisent pour la première fois à grande échelle : la maskirovkaqui regroupe les techniques d’intoxication, de dissimulation et de désinformation. C’est tout à fait remarquable. L’exécution d’Uranus ne l’est pas moins. En quatre jours, la 6e armée est complètement encerclée. In fine, Uranus est la plus belle opération d’encerclement de la Seconde Guerre mondiale, toutes armées confondues.

Le deuxième stade est marqué par la tentative de dégagement lancée par von Manstein – opération Wintergewitter – et son échec. Cet échec est imputable à la capacité des Soviétiques à modifier l’opération Saturne en Petite Saturne – dont l’objectif est l’élimination des forces de Manstein – et à la faiblesse des moyens dont dispose ce dernier. En quelques jours, Manstein est neutralisé par l’arrivée de la superbe 2e armée de la Garde et dès lors commence l’agonie de la 6e armée. L’opération Koltso (Cercle) termine le patient travail de l’état-major soviétique. En un mois, la poche de Stalingrad est réduite et la 6e armée rayée de l’ordre de bataille allemand.

Question : Finalement, quels ont été les principales causes de la défaite allemande ? Les défauts de Paulus, sont style de commandement, y tiennent-ils une place essentielle ?

RéponseJ’en vois trois qui me semblent essentielles. D’abord, la volonté de prendre Stalingrad par une attaque frontale. Or, au moment où la 6e armée s’enfonce dans la ville en septembre 1942, personne ne sait ce que peut réserver une bataille urbaine de cette ampleur : Stalingrad est une situation inédite dans l’art de la guerre. Pour le général Halder, c’est « une impossibilité militaire ». Pénétrer dans la ville n’a aucune valeur stratégique. D’ailleurs, en septembre, la Luftwaffe a la capacité d’y détruire les installations industrielles soviétiques et d’interdire le trafic sur la Volga.

Dans un deuxième temps, les services de renseignement allemands connaissent leur pire échec de la guerre : ils ne veulent ni voir ni croire à l’ampleur des préparatifs soviétiques. Le nombre d’unités ainsi que les intentions de l’ennemi sont mal appréciés. Malgré tous les signaux d’alarme, rien n’est fait pour parer à la contre-offensive russe. Troisièmement, la Luftwaffe s’est épuisée dans une multitude de tâches sur un théâtre d’opérations gigantesque (soutien au groupe A dans le Caucase et au groupe B à Stalingrad). Pour autant, la défaite allemande n’est nullement inévitable. En effet, la 6e armée a plusieurs fois l’opportunité de l’emporter, en juillet et en septembre 1942, mais ces occasions sont gâchées par Hitler : en juillet, la 4e armée Panzer qui aurait pu soutenir Paulus est inutilement déroutée plus au sud ; en septembre, Hitler disperse les unités de réserve, laissant la 6e armée seule pour affronter l’enfer d’une bataille urbaine.

Certes, Paulus est plus un officier d’état-major qu’un homme de terrain. Le Feldmarschall von Bock, chef du groupe d’armées Sud, le décrit d’ailleurs comme une homme ordinaire qui ne sait pas communiquer le feu sacré à ses hommes. Paulus est toujours tiré à quatre épingles et aime fignoler ses ordres, pesant longuement le pour et le contre avant de les transmettre. C’est un intellectuel, de santé fragile, souvent indécis et qui, nerveusement, encaisse mal sa première épreuve du feu à Kharkov en mai 1942 et encore moins la brutalité inouïe de Stalingrad. Mais contrairement aux nombreuses critiques dont il est la cible dès l'après-guerre, Paulus est un officier capable de parfaitement mener sa 6e Armée en juillet et août 1942. Il fait preuve d'une grande détermination dans le feu de l'action, mais aussi de sang-froid. Lucide, il voit le danger que font peser les Soviétiques sur ses flancs trop faibles. Il est clair cependant que sa personnalité cadre mal avec l'enfer de Stalingrad. Mais n'oublions pas qu'au départ, Stalingrad n'est pas un objectif prioritaire du plan Blau. Paulus n'aurait jamais dû entrer dans ce piège et la bataille de Stalingrad n'aurait jamais dû avoir lieu.

Merci Boris pour tous ces détails complémentaires et surtout plein succès dans toutes vos initiatives.

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23 juin 2012 6 23 /06 /juin /2012 07:00

Prisonniers nazis en Amérique

Daniel Costelle

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Parmi tous les livres récemment publiés sur la Seconde guerre mondiale, celui-ci est l'un des plus étonnants.

Le sujet peut surprendre, mais il recèle bien des découvertes. Dans cette volumineuse étude de quelques 330 pages, Daniel Costelle (en particulier réalisateur bien connu de documentaires historiques) aborde l’archipel ignoré des « 55 camps principaux et 511 installations secondaires » ouvertes dans les zones rurales du pays par l’administration américaine durant la Seconde guerre mondiale : « le Texas, avec 79.000 prisonniers, est celui qui de loin en accueille le plus ». L’ouvrage s’ouvre toutefois sur l’histoire du lieutenant pilote von Werra, abattu au-dessus de l'Angleterre et fait prisonnier à l’automne 1940, transféré au début de l’année 1941 au Canada après plusieurs tentatives d’évasion, et qui réussit à fausser compagnie à ses gardiens pour passer aux Etats-Unis et finalement rejoindre l’Allemagne en avril de la même année.

Le sujet du livre à proprement parler est traité à partir du chapitre 2, à la suite de l’entrée en guerre des USA en décembre 1941. Onze camps sont progressivement construits dès janvier 1942, mais ils restent quasiment vides. A l’été, après que le gouvernement de Londres ait demandé aux Etats-Unis s'ils pouvaient recevoir quelques dizaines de milliers de prisonniers de l'Axe en surnombre dans l’empire britannique, de nouvelles infrastructures sont aménagées, mais restent tout aussi peu peuplés : en novembre 1942, « l’effectif des prisonniers en Amérique [s’établit] à 1.880 hommes, 512 Allemands et 1.317 Italiens (et toujours 51 Japonais) ». C’est à partir de la reconquête de la Tunisie l'année suivante que le nombre de prisonniers augmente rapidement : 130.000 officiers, sous-officiers et soldats de l’Afrikakorps sont transférés sur le sol américain à partir de mai 1943 : « Les camps de Louisiane ou du Texas vont enfin servir ». Les campagnes d’Italie puis de France multiplient désormais rapidement cet effectif.

L’ouvrage de Daniel Costelle prend alors toute son ampleur. Au fil des chapitres, il nous explique l’organisation intérieure des camps (où les prisonniers jouissent parfois d’une très étonnante liberté d’expression et où une « administration fantôme » organise le maintien d'un "ordre nazi"), la vie quotidienne et le déroulement des journées (peu harassantes et pendant de longs mois avec une compréhension très large des conventions internationales, pour éviter d’éventuelles représailles sur les prisonniers américains en Allemagne). Il décrit quelques tentatives d’évasion et l’organisation interne des groupes de prisonniers pour favoriser matériellement la réussite des « plus méritants » (phénomène que l’on retrouve, certes avec des difficultés bien plus grandes, dans les camps où les puissances de l’Axe retiennent les prisonniers des armées alliées) et insiste sur le rôle et la place que tiennent longtemps les éléments les plus politisés (les rabid nazis, « nazis enragés »), les plus fidèles du Führer dans ces communautés isolées qui, parfois jusqu'à l'effondrement final du Reich, croiront encore la victoire possible. Les dérapages atteignent un point où les autorités américaines seront contraintes de distinguer entre "prisonniers nazis" et "prisonniers anti-nazis" et de spécialiser les camps pour éviter rixes et crimes. L’auteur cite de nombreuses sources, témoignages, archives et presse de l’époque : le New York Times du 23 avril 1944 rapporte qu’au camp de Fort Lewis les prisonniers allemands avaient décidé « d’entreprendre une manifestation en l’honneur de l’anniversaire de Hitler », le 20 avril : « Les prisonniers ont décrété un jour de fête … Enfin, les célébrations ont atteint leur paroxysme lorsqu’un drapeau nazi a été hissé au mât principal » ! Costelle ajoute quelques pages plus loin qu’à la Noël 1944 encore, dans le camp de Papago, « le capitaine de vaisseau Jürgen Wattenberg a organisé une manifestation monstre dans le camp, en signe de soutien à l’offensive Rundstedt dans les Ardennes » ! De même, on ignore généralement que les prisonniers exerçant un travail étaient « payés normalement, par contrat entre l’employeur et le gouvernement des Etats-Unis », ce qui vaudra à l’administration fédérale des débats épiques avec … « les syndicats [ouvriers américains] qui demandent le paiement de la cotisation syndicale par les prisonniers de guerre » !

L’ouvrage se termine par la description des quelques mesures (peu efficaces) de dénazification, puis le retour en Europe de ces centaines de milliers d’hommes, pour un certain nombre d’entre eux via la France, … où ils sont un temps utilisés au déminage (« 740.000 ont été ‘fournis’ par les Américains … 24.178 meurent pendant leur captivité en France. Beaucoup restent prisonniers jusqu’en 1949 »).

Une excellente étude, dont certains chapitres se lisent comme de vrais romans, sur un aspect totalement méconnu de la Seconde guerre mondiale. Un travail de recherche qui ouvre aussi d’intéressantes réflexions sur la gestion des prisonniers de guerre, l’application (les limites et parfois les « excès ») des conventions de Genève

 

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22 juin 2012 5 22 /06 /juin /2012 07:10

Un G.I. français à Omaha Beach

Caroline Jolivet

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Une exceptionnelle tranche de vie. Il aura fallu quarante ans à Bernard Dargols "pour trouver les mots qui raconteraient au mieux mon histoire". Né en 1920 d'un père russe de confession israélite exilé en France, il quitte l'Europe en décembre 1938 pour un stage d'un an aux Etats-Unis. Il y apprend l'année suivante les déclarations de guerre, mais n'est convoqué qu'en mai 1940 par le consulat de France à New York pour passer devant un conseil de révision. Il suit, dans la presse et à la radio, la défaite militaire et l'armistice de juin, la difficile émergence de la France Libre, s'inquiète de rares nouvelles reçues de sa famille et parvient finalement à leur faire quitter Marseille pour les Etats-Unis via Cuba à l'hiver 1941-1942. Entre temps, il a participé à la création de l'association "Jeunesse France Libre" : "Nous étions une centaine de jeunes francophones de 19 ans en moyenne, venus de Belgique, de France ou de Suisse".

Il intègre finalement l'armée américaine aux premiers jours de 1943 et, à l'issue de sa formation initiale, sa parfaite maîtrise du français lui vaut d'être affecté à une section de renseignement militaire. Il rejoint alors le camp Ritchie, dans le Maryland, pour une formation de spécialité et adopte la nationalité américaine pour éviter d'être traité en espion, dans l'hypothèse où il serait fait prisonnier par les Allemands : "J'appris comment repérer les lieux stratégiques, comment récolter les informations, et la façon de poser les questions essentielles aux civils. Le but était d'obtenir un maximum de renseignements dans un temps imparti et de les décrypter le plus rapidement possible pour identifier l'ennemi qui nous faisait face". Il séjourne ensuite longuement au Royaume-Uni, où il poursuit son entraînement, et "en avril et mai 1944, progressivement, nous avons commencé à remarquer quelques changements dans notre quotidien". L'heure approche. Il embarque le 5 juin sur un Liberty Ship et débarque le 8 sur Omaha Beach : "Cet après-midi du 8 juin 1944, je revenais en tant que GI. J'avais 24 ans". Il raconte alors sa participation à la bataille de Normandie, puis à la libération de la poche de Brest, fait le récit de ses rencontres avec la population des villages normands, nous montre la réalité de l'impressionnant soutien logistique de l'US Army, témoigne de la qualité des relations humaines au sein de sa section, explique comment il fait un prisonnier sans même avoir d'arme, tant l'Allemand est apeuré. En septembre 1944, pour la première fois, il peut passer par Paris et revoir sa mère : "Elle me dit : 'Fais attention en traversant la rue', en refermant mon col pour que je ne prenne pas froid. Moi qui venais de participer au Débarquement ...". Brièvement affecté dans les Ardennes, il sert à partir de novembre 1944 au sein du Counter Intelligence Corps, chargé de "contrôler tout ce qui pouvait porter atteinte aux hommes, aux administrations et aux installations américaines en France"., à Paris puis à Châlons-en-Champagne. En décembre 1945, il quitte à nouveau la France pour les USA, mais, cette fois, pour être démobilisé le mois suivant. Dans un ultime chapitre, enfin, "Engagement contre l'oubli", il nous raconte son engagement et ses témoignages publics, en particulier dans les établissements scolaires, ces dernières années, pour éviter l'oubli : "Ce livre leur rappellera que ces événements ont eu lieu. Le Débarquement n'était pas du cinéma : j'y étais".

Un témoignage à hauteur d'homme. Et à coeur d'homme.

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15 juin 2012 5 15 /06 /juin /2012 07:10

Diplomate en Lettonie, 1938-1940

Carnets de Jean de Beausse, premier secrétaire de l'ambassade de France à Riga

Edition établie et commentée par Matthieu Boisdron

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Les carnets privés ultérieurement publiés par les familles ne sont pas toujours d'égale valeur et celui-ci n'échappe pas à la règle. Mais il possède un atout absolument exceptionnel : il est quasiment unique au sujet de cette région et à cette époque. Premier secrétaire de l'ambassade de France à Riga de décembre 1938 à septembre 1940, Jean de Beausse vit donc aux premières loges les derniers mois d'indépendance (jusqu'à la désintégration de l'URSS un demi-siècle plus tard) des Etats baltes, alors que les Occidentaux se montrent longtemps hésitants et que se noue, puis se réalise, le Pacte Hitler-Staline. Le texte courant est fréquemment entrecoupé d'encarts et accompagné de notes de Matthieu Boisdron, qui précisent les éléments biographiques des personnages cités, apportent des précisions complémentaires sur Riga et la Lettonie de ce temps, complètent les données sociologiques ou culturelles sur le pays.

Ce n'est à proprement parler qu'à partir du milieu du mois d'août 1939 que Jean de Beausse tient presque quotidiennement à jour son journal personnel : il note ledimanche 20 (date par ailleurs sujette à caution), à l'occasion du passage du capitaine Beaufre en route vers Moscou (mission Doumenc) : "Je crois comprendre que tout ne va pas pour le mieux et que les pourparlers anglo-franco-russes sont à la veille d'être rompus". Dès lors, ces souvenirs prennent tout leur intérêt.

Tandis que le Lettonie tente de faire prévaloir une impossible neutralité, la difficulté des communications diplomatiques avec l'hexagone ne cesse de croître sous la double pression du Reich allemand et de l'URSS de Staline ("L'Allemagne reste muette. Nous avons l'impression qu'elle a vendu ce pays à la Russie"). Jean de Beausse reçoit et s'efforce de faire rapatrier vers la France les réfugiés de Pologne rapidement occupée, les archives de l'ambassade sont en partie brûlées, l'ambassadeur tente de faire preuve de fermeté (il "suggère à Paris de retenir en cas de guerre avec l'URSS 72 ressortissants soviétiques, tant que les Français des Pays baltes n'auront pas été évacués"), mais le 6 octobre l'information est officielle : "L'accord est signé entre l'URSS et la Lettonie. Les Russes obtiennent des bases ..., le droit de fortifier la côte nord de la Courlande ... et des aérodromes à désigner plus tard ... Ce n'est qu'un commencement. D'autres exigences suivront sans doute". La suite du récit, désormais précis et développé au jour le jour, raconte la lente descente de la Lettonie vers l'occupation et l'annexion, dans un contexte économique, financier et social assez trouble, alors que les Allemands d'origine balte sont fermement incités par Berlin à rejoindre massivement le Reich. Au-delà, la guerre d'hiver oppose Finlandais et Russes, puis les Allemands occupent la Norvège, ce qui complique encore la situation locale, et l'on peut parfois être surpris par certaines notes, comme le 23 janvier 1940 : "A dire vrai, je suis plus préoccupé de ski que d'évacuation. La neige est excellente" ! La "Drôle de guerre" ne se serait donc pas déroulée que sur le front de France ? Le 2 mai : "L'abandon précipité de la Norvège par les Alliés cause le plus déplorable effet dans le pays. Les Anglais sont très sévèrement jugés par l'opinion publique". Puis le 30 : "Incident lithuano-russe. Les Soviets accusent les Lithuaniens d'avoir massacré des soldats russes ... L'accusation ne tient pas debout, mais laisse présager une nouvelle intervention russe ... Nos revers ne sont peut-être pas étrangers à ce changement de politique".

Le 17 juin : "La France demande l'armistice ... On m'annonce l'entrée des Russes ... Deux tanks sont en batterie devant la poste, deux autres devant la gare". Les événements dès lors se précipitent. Les autorités lettonnes tentent de sauvegarder les apparences, mais le soir la population manifeste et se heurte aux forces de l'ordre: "nous arrivons au moment d'une charge de police montée. Les gens s'enfuient dans toutes les directions", devant les Russes "impassibles". L'état de siège est proclamé, des manifestants tués, des armureries pillées et le 20 juin 1940 au soir le nouveau gouvernement est formé "sous la direction" du vice-président du Conseil des commissaires du peuple tandis que les drapeaux rouges et les portraits de Staline sont installés dans les grandes avenues et sur certains bâtiments publics. C'est la fin : dissolutions, réquisitions, épuration. Le processus des élections truquées du 15 juillet (une seule liste autorisée) est décrit avec soin et, à la suite de la proclamation des résultats le 17, "l'annexion ne fait plus de doute pour personne": Le 20 au soir, les journaux titrent "Vive la 14e république soviétique. Vive le Komintern". Le 26 juillet, "on colporte sous le manteau des histoires de Gépéou" et, nommé à l'ambassade d'Helsinki, Jean de Beausse en vient à se demander : "Aurais-je le temps d'y arriver avant les Russes ?". Ce n'est finalement que le 13 septembre, après avoir décrit la rapide soviétisation du pays et les tracasseries de plus en plus nombreuses que les nouvelles autorités imposent aux services diplomatiques, qu'il peut noter : "C'est fini. Nous avons quitté le paradis soviétique, nous volons vers la liberté".

Au-delà de ce récit passionnant et détaillé, une question lancinante perce également : on a l'étrange sentiment que les diplomates français en poste n'ont pas de directives réellement précises, n'anticipent pas sur l'évolution prévisible de la situation, se bercent d'illusions sur la réalité du processus. Un doute qui serait à étudier avec la mise en parallèle des archives des Affaires étrangères (au moins le "courrier départ" de Paris, puisque les archives de la Légation ont été brûlées). Un témoignage de première main, à lire ... et qui ouvre d'autres pistes de recherche et de réflexion.

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14 juin 2012 4 14 /06 /juin /2012 07:00

Les Américains à Paris sous l'occupation

Charles Glass

Couverture-de-l-ouvrage--Les-Americains-a-Paris-.jpg

La petite collection Biblis (le format poche des éditions du CNRS) monte en puissance avec cette nouvelle parution tout-à-fait intéressante, dont la première édition en français remonte à 2010.

Si l'ouvrage s'ouvre sur une affirmation un peu rapide rapide ("L'ambassadeur, William Bullitt, que le Gouvernement français sur le départ avait effectivement nommé maire de Paris le 12 juin"), heureusement précisée un peu plus loin, et si l'on peut observer ici ou là quelques approximations, il n'en demeure pas moins que cette étude d'ensemble de la plus importante communauté américaine en Europe à l'époque est absolument pasionnante. Du transfert d'autorité à l'armée allemande dans la capitale devenue ville ouverte en juin 1940, au constat qu'en 1944, lors du défilé des vainqueurs sur les Champs Elysées, il n'y avait pas un seul soldat noir sur les rangs américains, Charles Glass relate dans le détail le quotidien des quelques 5.000 Américains (sur 30.000 quelques semaines plus tôt) qui restèrent dans la ville. Il appuye son récit sur de très nombreuses archives et de multiples témoignages, multipliant les exemples précis et les cas concrets, au point d'aileurs que l'on a parfois le sentiment de "perdre le fil" de l'histoire générale pour ne se consacrer qu'à des situations individuelles exceptionnelles. Au fil de ces "tranches de vie", il revient en particulier longuement sur la figure tout-à-fait atypique de Charles Bedaux, le lecteur croise René de Chambrun et sa famille, séjourne dans l'hôpital américain de Neuilly, qui facilite l'exfiltration des aviateurs alliés tombés en France occupée, ou passe par la bibliothèque américaine de Paris.

Cinquante pages de notes, bibliographie et index complètent ce volume. Il y aurait sans doute une étude plus synthétique à écrire, ou un chapitre plus général à intégrer dans une prochaine édition, mais en l'état ce livre (bien que "pointilliste") constitue une excellente approche des situations exceptionnelles vécues par les représentants de la communauté américaine de France.

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5 juin 2012 2 05 /06 /juin /2012 07:04

Opération Suicide

L'incroyable récit du raid le plus audacieux de la Seconde guerre mondiale

Robert Lyman

  Couverture de l'ouvrage 'Opération suicide'

Voici un ouvrage à certains égard stupéfiant ! Si le raid sur Dieppe, mené par les Canadiens en août 1942, est encore dans les mémoires, qui se souvient de l'opération, "extradordinaire dans sa conception, totalement folle dans son exécution", réalisée par un commando d"une dizaine d'hommes, en décembre de la même année, pour miner les navires allemands à l'ancre dans le port de Bordeaux ?

Le récit de Robert Lyman, historien britannique spécialiste de la Seconde guerre mondiale, est haletant. Il nous replace longuement dans le contexte stratégique de l'époque et nous présente la constitution et l'entrainement du commando qui sera mis à la mer, avec ses canoës, au large de Bordeaux par un sous-marin le 7 décembre 1942, avec pour mission de "couler entre 6 et 12 cagros à Bordeaux-Bassens". Selon la planification, il leur faudrait ensuite, pour être exfiltrés et espérer s'en sortir vivants, prendre contact avec la résistance locale et passer à pied par l'Espagne... Rien, ou presque ne se déroulera comme prévu : deux hommes meurent noyés avant même d'avoir touché le rivage, deux autres sont fait prisonniers dès qu'ils mettent pied à terre, (ils parleront sous la torture avant d'être fusillés). Les six survivants, épuisés, parviennent difficilement à remonter l'estuaire de la Gironde (malgré les forts courants et les tourbillons), en dépit des défenses allemandes sur les berges, désormais alertées : il faut éviter les projecteurs, les sentinnelles, les patrouilleurs armés, ou tout simplement les habitants et les pêcheurs du secteur qui peuvent être tentés d'avertir les autorités de mouvements suspects. Vingt-quatre heures après avoir quitté la protection de leur sous-marin, il n'a plus que deux canoës sur les cinq initiaux, il ne leur reste que seize mines magnétiques et "pire encore, leur présence a été révélée à toute la population adulte d'un village" . Sur ce plan, les commandos britanniques auront de la chance et ne croiseront que des "patriotes" qui sauront se taire. Pratiquement trois nuits de navigation sont nécessaires pour atteindre l'objectif, puisemment défendu. La mission est pourtant (partiellement) remplie dans la nuit du 11 au 12 décembre : en dépit des problèmes techniques (mines qui se sont détachées ou qui n'explosent pas), quatre navires sont plus ou moins sérieusement endommagés. La fuite commence alors, dans l'improvisation la plus totale car rien n'a été concrêtement prévu pour exfiltrer les survivants. Ils ne sont plus que quatre, bientôt plus que deux qui, au terme d'un parcours épique en France occupée, parviendront à rejoindre l'Angleterre. Le major Hasler, dit "Blondie", chef de ces Royal Marines, est l'un des survivants et il se souvient en 1982 : "Le fait que sur dix hommes, huit ne sont pas revenus est au premier plan de mes pensées. C'est facile de célébrer le côté prestigieux de l'opération, mais ça l'est moins de se souvenir que, comme la plupart des faits de guerre, il a fait des ravages parmi les jeunes".

Un simple "coup d'épingle" à l'échelle des engagements massifs de la Seconde guerre mondiale, certes, mais une superbe aventure humaine et un magnifique exploit.

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  • : Guerres et conflits XIXe-XXIe s. se fixe pour objectif d’être à la fois (sans prétendre à une exhaustivité matériellement impossible) un carrefour, un miroir, un espace de discussions. Sans être jamais esclave de la « dictature des commémorations », nous nous efforcerons de traiter le plus largement possible de toutes les campagnes, de tous les théâtres, souvent dans une perspective comparatiste. C’est donc à une approche globale de l’histoire militaire que nous vous invitons.
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Cafés historiques de La Chouette

Prochaine séance : pour la rentrée de septembre. Le programme complet sera très prochainement mis en ligne.

Publications personnelles

Livres

 

doumenc-copie-1.jpgLa Direction des Services automobiles des armées et la motorisation des armées françaises (1914-1918), vues à travers l’action du commandant Doumenc

Lavauzelle, Panazol, 2004.

A partir de ma thèse de doctorat, la première étude d’ensemble sur la motorisation des armées pendant la Première Guerre mondiale, sous l’angle du service automobile du GQG, dans les domaines de l’organisation, de la gestion et de l’emploi, des ‘Taxis de la Marne’ aux offensives de l’automne 1918, en passant par la ‘Voie sacrée’ et la Somme.

 

La mobilisation industrielle, ‘premier front’ de la Grande Guerre ? mobil indus

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2005 (préface du professeur Jean-Jacques Becker).

En 302 pages (+ 42 pages d’annexes et de bibliographie), toute l’évolution industrielle de l’intérieur pendant la Première Guerre mondiale. Afin de produire toujours davantage pour les armées en campagne, l’organisation complète de la nation, dans tous les secteurs économiques et industriels. Accompagné de nombreux tableaux de synthèse.

 

colonies-allemandes.jpgLa conquête des colonies allemandes. Naissance et mort d’un rêve impérial

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2006 (préface du professeur Jacques Frémeaux).

Au début de la Grande Guerre, l’empire colonial allemand est de création récente. Sans continuité territoriale, les différents territoires ultramarins du Reich sont difficilement défendables. De sa constitution à la fin du XIXe siècle à sa dévolution après le traité de Versailles, toutes les étapes de sa conquête entre 1914 et 1918 (388 pages, + 11 pages d’annexes, 15 pages de bibliographie, index et cartes).

 

 caire damasDu Caire à Damas. Français et Anglais au Proche-Orient (1914-1919)

 14/18 Editions, Saint-Cloud, 2008 (préface du professeur Jean-Charles Jauffret).

Du premier au dernier jour de la Grande Guerre, bien que la priorité soit accordée au front de France, Paris entretient en Orient plusieurs missions qui participent, avec les nombreux contingents britanniques, aux opérations du Sinaï, d’Arabie, de Palestine et de Syrie. Mais, dans ce cadre géographique, les oppositions diplomatiques entre ‘alliés’ sont au moins aussi importantes que les campagnes militaires elles-mêmes.

 

hte silesieHaute-Silésie (1920-1922). Laboratoire des ‘leçons oubliées’ de l’armée française et perceptions nationales

‘Etudes académiques », Riveneuve Editions, Paris, 2009.

Première étude d’ensemble en français sur la question, à partir du volume de mon habilitation à diriger des recherches. Le récit détaillé de la première opération civilo-militaire moderne d’interposition entre des factions en lutte (Allemands et Polonais) conduite par une coalition internationale (France, Grande-Bretagne, Italie), à partir des archives françaises et étrangères et de la presse de l’époque (381 pages + 53 pages d’annexes, index et bibliographie).

 

cdt armee allde Le commandement suprême de l’armée allemande 1914-1916, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général von Falkenhayn 

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Le texte original de l’édition française de 1921 des mémoires de l’ancien chef d’état-major général allemand, accompagné d’un dispositif complet de notes infrapaginales permettant de situer les lieux, de rappeler la carrière des personnages cités et surtout de comparer ses affirmations avec les documents d’archives et les témoignages des autres acteurs (339 pages + 34 pages d’annexes, cartes et index).

 

chrono commChronologie commentée de la Première Guerre mondiale

Perrin, Paris, 2011.

La Grande Guerre au jour le jour entre juin 1914 et juin 1919, dans tous les domaines (militaire, mais aussi politique, diplomatique, économique, financier, social, culturel) et sur tous les fronts. Environ 15.000 événements sur 607 pages (+ 36 pages de bibliographie et d’index).

 

 Les secrets de la Grande Guerrecouverture secrets

Librairie Vuibert, Paris, 2012.

Un volume grand public permettant, à partir d’une vingtaine de situations personnelles ou d’exemples concrets, de remettre en lumière quelques épisodes peu connus de la Première Guerre mondiale, de la question du « pantalon rouge » en août 1914 à l’acceptation de l’armistice par von Lettow-Vorbeck en Afrique orientale, après la fin des hostilités sur le théâtre ouest-européen.

 

Couverture de l'ouvrage 'Mon commandement en Orient'Mon commandement en Orient, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général Sarrail

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2012

Le texte intégral de l'édition originale, passé au crible des archives publiques, des fonds privés et des témoignages des acteurs. Le récit fait par Sarrail de son temps de commandement à Salonique (1915-1917) apparaît véritablement comme un exemple presque caricatural de mémoires d'autojustification a posteriori

 

 

Coordination et direction d’ouvrages

 

Destins d’exception. Les parrains de promotion de l’Ecole Spéciale Militaire de Saint-Cyr

SHAT, Vincennes, 2002.

Présentation (très largement illustrée, 139 pages) des 58 parrains qui ont donné leur nom à des promotions de Saint-Cyr, entre la promotion « du Prince Impérial » (1857-1858) et la promotion « chef d’escadrons Raffalli » (1998-2001).

 

fflLa France Libre. L’épopée des Français Libres au combat, 1940-1945

SHAT, Vincennes et LBM, Paris, 2004.

Album illustré présentant en 191 pages l’histoire et les parcours (individuels et collectifs) des volontaires de la France Libre pendant la Seconde guerre mondiale.

 

marque courageLa marque du courage

SHD, Vincennes et LBM, Paris, 2005.

Album illustré présentant en 189 pages l’histoire des Croix de Guerre et de la Valeur Militaire, à travers une succession de portraits, de la Première Guerre mondiale à la Bosnie en 1995. L’album comporte en annexe une étude sur la symbolique, les fourragères et la liste des unités d’active décorées.

 

  90e anniversaire de la Croix de guerre90-ANS-CROIX-DE-GUERRE.jpg

SHD, Vincennes, 2006.

Actes de la journée d’études tenue au Musée de l’Armée le 16 novembre 2005. Douze contributions d’officiers historiens et d’universitaires, français et étrangers, de la naissance de la Croix de guerre à sa perception dans la société française, en passant les décorations alliées similaires et ses évolutions ultérieures.

 

france grèceLes relations militaires franco-grecques. De la Restauration à la Seconde guerre mondiale 

SHD,Vincennes, 2007.

Durant cette période, les relations militaires franco-grecques ont été particulièrement intenses, portées à la fois par les sentiments philhellènes qui se développent dans l’hexagone (la France est l’une des ‘Puissances protectrices’ dès la renaissance du pays) et par la volonté de ne pas céder d’influence aux Anglais, aux Allemands ou aux Italiens. La campagne de Morée en 1828, l’intervention en Crète en 1897, les opérations en Russie du Sud  en 1919 constituent quelques uns des onze chapitres de ce volume, complété par un inventaire exhaustif des fonds conservés à Vincennes.

 

verdunLes 300 jours de Verdun

Editions Italiques, Triel-sur-Seine, 2006 (Jean-Pierre Turbergue, Dir.).

Exceptionnel album de 550 pages, très richement illustré, réalisé en partenariat entre les éditions Italiques et le Service historique de la Défense. Toutes les opérations sur le front de Verdun en 1916 au jour le jour.

 

DICO-14-18.jpgDictionnaire de la Grande Guerre

(avec François Cochet), 'Bouquins', R. Laffont, 2008.

Une cinquantaine de contributeurs parmi les meilleurs spécialistes de la Grande Guerre, 1.100 pages, 2.500 entrées : toute la Première Guerre mondiale de A à Z, les hommes, les lieux, les matériels, les opérations, les règlements, les doctrines, etc.

 

fochFerdinand Foch (1851-1929). Apprenez à penser

(avec François Cochet), 14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Actes du colloque international tenu à l’Ecole militaire les 6 et 7 novembre 2008. Vingt-quatre communications balayant tous les aspects de la carrière du maréchal Foch, de sa formation à son héritage dans les armées alliées par des historiens, civils et militaires, de neuf nations (461 pages + 16 pages de bibliographie).

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