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1 août 2013 4 01 /08 /août /2013 06:55

Les secrets de la Mafia

Philippe Di Folco

"La" ou "les" mafia(s) ? Telle est en fait la question de fond à laquelle tente de répondre ce livre à travers 15 histoires peu connues.

Tout en restant sur son sujet, celui de l'organisation traditionnelle (traditionnaliste ?) d'originaire d'Italie méridionale (on parle aujourd'hui aussi de mafias albanaise, chinoise, ukrainienne, etc.), l'auteur (romancier, journaliste et essayiste) commence par définir le mot en lui-même, que les mafieux pour leur part ne reconnaissent pas : "Moi, un mafieux ? Allons, soyons sérieux ! On n'est pas dans un film". On y apprend également que ce n'est qu'en 1982 que l'Italie a introduit dans son code pénal le terme de mafia, défini comme "une association à but criminel", et l'on a confirmation qu'il "existe des mafias en proie à des luttes internes et externes". L'ouvrage raconte ensuite toute une série d'histoire (essentiellement aux Etats-Unis), au long desquelles on croise bien sûr de nombreux Américano-Italiens, mais aussi quelques Américano-Irlandais et même "le premier parrain noir". Entre les "familles" et les clans, de Chicago à Miami et New York, certaines anecdotes sont pour le moins surprenantes. Au passage, l'auteur égratigne le Vatican, dont les liens bancaires et financiers avec certains individus interlopes (même si de haut vol) ont fait la Une de l'actualité dans les années 1970-1980, et ne sont plus aujourd'hui sérieusement niés.

Bref, un volume d'été, plaisant et facile à lire, pour frissonner sur la plage.

Vuibert, Paris, 2013, 272 pages. 19,90 euros.

ISBN : 978-2-311-00749-7.

Histoire(s) du crime organisé

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25 juillet 2013 4 25 /07 /juillet /2013 06:15

Les Chrétiens modérés

en France et en Europe, 1870-1960

Jacques Prévotat et Jean Vavasseur-Desperriers (Dir.)

Au carrefour de l'histoire politique et religieuse, ce volume collectif permet d'établir une quasi-cartographie de ce courant si important depuis deux siècles dans différents pays.

La plupart des grands travaux sur ce thème sont relativement anciens, et les près de trente contributions rassemblées permettent indiscutablement de faire un vrai point de situation. L'ouvrage est divisé en trois grandes parties ("Essai de définition", "L'évolution en France sous la Troisième République (1870-1940)", et "Personnalités et figures"), au sein desquelles, même si la France reste le pays dominant, sont étudiés des cas concrets dans d'autres pays (Italie, Allemagne, etc.). Le rapport de ces "chrétiens modérés" à l'armée et à la chose militaire n'est qu'incidemment et marginalement abordé, et l'essentiel des textes se concentre, bien sûr, sur les relations entre "foi" et "engagement politique". De ce point de vue, la deuxième partie relative à la période de la IIIe Républque nous semble tout à fait bien traitée, d'autant que quelques cas personnels évoqués dans la troisième partie permettent aussi de croiser les enseignements.

Un très beau travail qui passionnera les amateurs d'histoire politique et d'histoire religieuse.

Editions Septentrion, Villeneuve d'Ascq, 2013, 485 pages, 34 euros.

ISBN : 978-2-7574-0445-4.

Un vrai rôle politique

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23 juillet 2013 2 23 /07 /juillet /2013 06:35

Les secrets des abbayes et des monastères

Odon Hurel

Ayant fait le constat que "l'apparent décalage entre la vie organisée, rythmée par la prière collective et individuelle dans laquelle toute action devient prière, ... et la vie du monde, difficile, stressante, instable et parfois précaire, nourrit l'imaginaire", l'auteur évoque pour nous seize histoires ou anecdotes peu connues qui, à partir d'une situation originale, permettent de souligner la complexité des lieux et de la nature humaine.

Du Moyen-Âge à la période contemporaine, les lieux et les événements sont les plus diverses. Nous passons ainsi de Saint-Benoît-sur-Loire au VIIe siècle à la renaissance de Solesmes au XIXe. Nous visitons les ruines de l'abbaye de Marmoutier dont Odon Hurel nous rappelle la place qu'y tint saint Martin ; nous accompagnons Rabelais en l'abbaye saint-Martin de Ligugé ; nous assistons au vol d'un précieux manuscrit en l'abbaye de La Trinité de Vendôme, ordonné par l'abbesse de Fontevraud ; nous nous intéressons à Armand-Jean de Rancé et à l'abbaye de La Trappe, etc. Vols de reliques, manoeuvres d'influence pour obtenir une canonisation, tentative "d'évasion" du mont saint-Michel, chez les Chartreux, les Bénédictins et les autres, les passions les plus humaines ne sont jamais bien loin des élévations de la foi. C'est amusant et divertissant, parfois un rien scandaleux. Au fil de vos déplacements cet été, voilà un "guide" original des grands monastères et des plus célèbres abbayes de France.

Quand l'histoire cachée des lieux et l'histoire secrète des communautés permettent de donner du "piment" à vos visites. 

Vuibert, Paris, 2013, 268 pages. 19,90 euros.

ISBN : 978-2-311-00269-0.

Derrière les façades

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20 juillet 2013 6 20 /07 /juillet /2013 06:40

  Le 1er mai

Miguel Rodriguez

Réédition d’un ouvrage dont la première version est parue en 1990, ce volume fait désormais partie des classiques parmi les études d’histoire sociale.

L’ouvrage est divisé en trois parties bien distinctes qui permettent de suivre l’évolution des formes prises par le 1er mai, des revendications mises en avant et de la représentation de cette journée dans la population (en particulier ouvrière) depuis 1890. La première est strictement chronologique, « La journée dans le temps », et permet en quelque sorte de retrouver sous cet angle particulier une grande partie de l’histoire du mouvement ouvrier, d’autant qu’en 1919 la journée de huit heures étant acquise disparait la revendication essentielle. La seconde, « Le temps dans la journée », s’intéresse aux rapports curieux entre « la grève » et « la fête », les lieux sur lesquels sont organisées les manifestations et à cette ambiance qui fut longtemps de pique-nique, grillades et bals populaires en même temps que de revendications, ainsi qu’aux marques extérieures (drapeaux, affiches, insignes, chants, etc.) qui peuvent la caractériser aux différentes époques. La troisième enfin, « Ce que dit le 1er mai », revient sur l’expression des revendications ouvrières, leurs stéréotypes, les limites de l’internationalisme, « l’invention d’une tradition » et la « manifestation du souvenir », ce qui est finalement peut-être une marque d’échec. Au fil de quelques pages, il m’est revenu en mémoire ces discours de la fin du XIXe siècle et du début du XXe, bien révolus, qui faisait de la grève générale « l’arme suprême » du prolétariat… En conclusion, l’auteur évoque les confusions récentes à la même date (grande manifestation publique annuelle du Front national sur le thème de l’union du peuple et de la nation, et l’on se souvient du meeting du candidat Sarkozy à la veille des dernières élections présidentielles, opposant en quelque sorte « journée des travailleurs » et « journée du vrai travail ») et souligne la dimension anthropologique de cette journée, à laquelle viendront se « greffer » les gays dans les années 1970, puis les altermondialistes dans les années 2000, ce qui expliquerait sa persistance et son succès. Il n’en reste pas moins que le brin de muguet est totalement entré dans les mœurs. Il a remplace « la rouge églantine »… Histoire paradoxale d’une journée célébrée sur toute la planète, souvent encadrée de très près même si l’influence des syndicats est déclinante, chômée dans une centaine de pays sans être pour autant devenue fête nationale de plein exercice.

Folio Histoire, Paris, 2013, 366 pages. 9,30 euros.

ISBN : 978-2-07-045260-6.

Le 1er mai

Miguel Rodriguez

Réédition d’un ouvrage dont la première version est parue en 1990, ce volume fait désormais partie des classiques parmi les études d’histoire sociale.

L’ouvrage est divisé en trois parties bien distinctes qui permettent de suivre l’évolution des formes prises par le 1er mai, des revendications mises en avant et de la représentation de cette journée dans la population (en particulier ouvrière) depuis 1890. La première est strictement chronologique, « La journée dans le temps », et permet en quelque sorte de retrouver sous cet angle particulier une grande partie de l’histoire du mouvement ouvrier, d’autant qu’en 1919 la journée de huit heures étant acquise disparait la revendication essentielle. La seconde, « Le temps dans la journée », s’intéresse aux rapports curieux entre « la grève » et « la fête », les lieux sur lesquels sont organisées les manifestations et à cette ambiance qui fut longtemps de pique-nique, grillades et bals populaires en même temps que de revendications, ainsi qu’aux marques extérieures (drapeaux, affiches, insignes, chants, etc.) qui peuvent la caractériser aux différentes époques. La troisième enfin, « Ce que dit le 1er mai », revient sur l’expression des revendications ouvrières, leurs stéréotypes, les limites de l’internationalisme, « l’invention d’une tradition » et la « manifestation du souvenir », ce qui est finalement peut-être une marque d’échec. Au fil de quelques pages, il m’est revenu en mémoire ces discours de la fin du XIXe siècle et du début du XXe, bien révolus, qui faisait de la grève générale « l’arme suprême » du prolétariat… En conclusion, l’auteur évoque les confusions récentes (grande manifestation publique annuelle du Front national sur le thème de l’union du peuple et de la nation, et l’on se souvient du meeting du candidat Sarkozy à la veille des dernières élections présidentielles, opposant en quelque sorte « journée des travailleurs » et « journée du vrai travail ») et souligne la dimension anthropologique de cette journée, à laquelle viendront se « greffer » les gays dans les années 1970, puis les altermondialistes dans les années 2000, ce qui expliquerait sa persistance et son succès. Il n’en reste pas moins que le brin de muguet est totalement entré dans les mœurs. Il a remplace « la rouge églantine »… Histoire paradoxale d’une journée célébrée sur toute la planète, souvent encadrée de très près même si l’influence des syndicats est déclinante, chômée dans une centaine de pays sans être pour autant devenue fête nationale de plein exercice.

Folio Histoire, Paris, 2013, 366 pages. 9,30 euros.

ISBN : 978-2-07-045260-6.

Fête du travail

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11 juillet 2013 4 11 /07 /juillet /2013 06:36

Affirmatif !

La vie militaire

Xavier Thiébaut

Un soldat en brelages "purc porc" des années 1970 sur la couverture : le ton est donné. Voilà un petit livre qui rappellera de très nombreux souvenirs à ceux qui effectuèrent leur service national avant les profondes évolutions des années 1990.

Xavier Thiebaut a divisé son petit volume en trois grandes parties : "Le langage" et toutes les expressions spécifiques au monde de la troupe, "Je me souviens", souvenirs classés à partir des cinq sens, et "Le comportement", qui détaille certaines attitudes et les attitudes de certains. Le tout est présenté de façon humoristique et l'auteur précise le cadre général dès son avant-propos : "Vous avez donc en main un témoignage relativement honnête de ce que fut la vie de la troupe vers la fin du XXe siècle et le début du XXIe, dans la nouvelle armée professionnelle où le souvenir de la conscription était encore palpable". Quelques exemples parmi des centaines. A propos du Commissariat : "la meilleure arme antipersonnel de l'armée de terre", ou de la part des "anciens" : "T'avais encore la marque du pot sur le cul que j'avais déjà la marque du béret sur le front". Pour les souvenirs : je me souviens du "bruit du réchaud butagaz qu'on allume au fond de son trou de combat", ou du "bruit du Transall dans les oreilles trois heures après en être descendu", ou encore "Le goût d'une bière qui vient de passer trois-quatre jours dans un coffre latéral du VAB en été", et encore la description de "l'officier tradi" : "Barbour, pull marin avec les boutons sur l'épaule, coupe de cheveaux de Saint-cyrien avec une énorme mèche à la limite du réglementaire, pantalon légèrement trop court laissant apparaître des chaussettes d'une couleur improbable, paraboot l'hiver et Dockside l'été, chevalière" !

Bref, un petit volume qui rappellera, nous le disions, bien des souvenirs aux uns et aux autres. A savourer tranquillement en attendant l'apéritif ?

Chiflet & Cie., Paris, 2010, 121 pages, 12 euros.

ISBN : 9782351640982

Clin d'oeil et nostalgie ?

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10 juillet 2013 3 10 /07 /juillet /2013 06:35

Les secrets de la Franc-Maçonnerie

Emmanuel Pierrat

Déjà auteur de plusieurs ouvrages sur la Franc-maçonnerie, Emmanuel Pierrat, avocat, nous propose ici un livre divertissant, qui alterne sujets "sérieux" et thèmes plus légers.

Il s'intéresse d'abord aux origines, réelles ou fantasmées (les plus diverses) de la Franc-maçonneries, puis aux différents rites qui se partagent "le terrain". Et cette phrase, qui en surprendra plus d'un : la Franc-maçonnerie "est en réalité beaucoup plus transparente que bien d'autres organisations humaines (à commencer par nombre de sociétés commerciales d'aujourd'hui)". Il s'efforce ensuite de répondre à une série d'intérrogations plus ou moins connues : "Les Francs-maçons ont-ils fondé l'Amérique ?", "La Révolution française fut-elle une révolution maçonnique ?". Il aborde également des thèmes plus transverses : "Les femmes et la Franc-maçonnerie" ou "Comment la Franc-maçonnerie a façonné la société". Il termine enfin sur deux chapitres aux titres clairs : "Ils sont partout" et "La Maçonnerie mondialisée".

Les conclusions de chaque partie sont mesurées et l'auteur sait faire la part des choses entre les légendes et la réalité, les théories "complotistes" et une puissance bien réelle, les images d'Epinal et un vécu différent selon les pays. Les maçons du Royaume-Uni, des USA et de France tiennent bien sûr une place importante dans cet ouvrage et Emmanuel Pierrat précise le nombre approximatif de membres aujourd'hui en France (environ 150.000), que l'on retrouve sur tout l'échiquier politique. I précise ce que sont les "fraternelles" (surtout pas des loges). Sans oublier cette affirmation : "De nos jours, un militaire dévoilera plus facilement son homosexualité que son appartenance à la Franc-maçonnerie. Il y a deux siècles, la première se taisait, alors que la seconde s'affichait !". Et ils ne sont pas seuls : "Si l'hôtel de Brienne, siège du ministère de la Défense, à Paris, est un fief maçonnique, la place Beauvau uen est un autre ... Police et franc-maçonnerie font si bon ménage que le portefeuille du ministre de l'Intérieur échoit généralement à un initié". Alors, rassuré ?

Librairie Vuibert, Paris, 2013, 227 pages. 19,90 euros.

ISBN : 978-2-311-00765-7.

 

Au coeur du paradoxe

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8 juillet 2013 1 08 /07 /juillet /2013 06:33

Etre brigand

du Moyen-Age à nos jours

Benoit Garnot

Un livre d'été, mais qui ouvre sur bien des questions d'histoire politique et sociale. Benoît Garnot nous propose en effet de retrouver le monde insolite, interlope et souvent dangeureux de la "pègre", des bandits d'honneur aux réseaux mafieux actuels.

Le livre est divisé en quatre grandes parties thématiques, composées (chacune) de trois ou quatre chapitres distincts. La première, "Brigands imaginés", revient sur la construction du mythe, les brigands étant à la fois haïs et craints, mais aussi parfois admirés et parés de qualités ... qu'ils avaient fort peu ! Il insiste également sur les héros de roman et du cinéma, de Fantomas à Pépé le Moko. La seconde, "Brigands réels", reprend (autant que possible) l'histoire des brigands par grands types : des voleurs locaux qui parfois vivent entre deux méfaits une vie de famille ordinaire, aux bandes constituées agissant à grande échelle. Il n'oublie ici ni les apports de l'histoire, ni ceux de la sociologie. La troisième partie, "Brigands en action", s'efforce de "décortiquer" la vie quotidienne du brigand, dans la préparation de ses méfaits, leur réalisation et jusqu'à "l'organisation du travail". La dernière enfin, "Brigands en justice", aborde la question de la répression (identification, arrestation, jugement). Constatant que l'on est passé, dans ce domaine également, de "bandes criminelles rurales" au "brigandage urbain" puis au "Milieu", il considére que ces "professionnels" d'un genre particulier font preuve d'une solide capacité d'adaptation aux évolutions sociales.

Un approche à la fois sérieuse et amusante d'un vrai phénomène social qui trascende les périodes. A lire dans la douce nuit d'été (mais attention à celui qui, des fourrés voisins, vous observe !).

Armand Colin, Paris, 2013, 223 pages, 20 euros.

ISBN : 978-2-200-28628-6. 

De Mandrin à Francis le Belge

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6 juillet 2013 6 06 /07 /juillet /2013 06:41

Histoire, politique et ... camembert !

Bernard Richard

Un texte tout-à-fait atypique, pour vous faire sourire en cette période morose. En une quinzaine de pages très illustrées, notre ami Bernard Richard nous propose un survol (odorant !) de ... couvercles de boites de camembert, illustrés par les visages de nos plus célèbres "héros" français, des rois aux présidents. Qui a dit que l'on ne pouvait pas rire de tout ?

Pour accéder à l'article : ici

 

Parce que le rire est le propre de l'homme

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1 juin 2013 6 01 /06 /juin /2013 06:51

Théorie du drone

Grégoire Chamayou

Grégoire Chamayou, agrégé de philosophie et chercheur au CNRS, a publié en 2010 Les chasses à l'homme. Il y explorait les différentes formes rencontrées dans l'histoire ; des chasses aux esclaves fugitifs ou aux exilés, à la chasse « aux pauvres concourant à la formation du salariat ». L'auteur poursuit aujourd'hui sa réflexion, avec son livre Théorie du drone. Son ouvrage, volontairement polémique, se concentre sur l'emploi des drones aériens armés, ceux déjà à l'action et dont nous parlent les médias : Predator (un rapport avec le film éponyme de 1987 ?), Reaper (signifiant en anglais faucheuse ou moissonneuse, c’est selon)… La maxime stratégique d'emploi de ces drones, énoncé par un officier de l'Air Force est rappelée par l'auteur : « Projeter du pouvoir sans projeter de vulnérabilité ». Par les moyens actuels de télécommande, une mise à distance suffisante permet d'envisager que « la capacité de blesser ne s'exerce que dans une seule direction ». Paradigme de non-réciprocité, de guerre asymétrique ? Après quelques données chiffrées d'utilisation par les USA -constituent-ils l'unique pouvoir recourant à ce jour aux drones armés ?-, G. Chamayou développe son propos, qu'il qualifie « d'investigation philosophique ».

Tout en questionnant si la fin justifie les moyens, l'auteur se demande également ce que le choix des moyens, par lui-même, tend à imposer. Et, au-delà de la sphère de violence extérieure déjà existante, G. Chamayou interroge : « Qu'impliquerait, pour une population, de devenir le sujet d'un Etat-drone ? ». Le livre est constitué en cinq parties :

- « Techniques et tactiques », avec en particulier une « Généalogie du Predator » en perspective historique, des « principes théoriques de chasse à l'homme » et de « Kill box » inquiétants, et les « Vulnérabilités » du drone, techniques certes mais pas seulement.

- « Ethos et psychè », avec un rappel de la différence définitive entre kamikaze (« Mon corps est une arme ») et drone (« Mon arme est sans corps ») ; une analyse de la perpétuation uniquement active de la violence armée, débarrassée de toute menace vitale pour soi, éclairant autrement la phrase de Freud, « Dans les névroses de guerre, ce qui fait peur, c'est bel et bien un ennemi intérieur ». L'absence de « champs perceptifs réciproques » entre le chasseur et le chassé faciliterait le passage à l'acte de l'opérateur-drone aux USA d'une part, la capacité de compartimenter -un passage quotidien par un « Sas de Chypre » étant impossible- lui permettrait un retour serein à son domicile.

- « Nécroéthique », où le paradigme de la « guerre à zéro mort dans son camp » depuis les opérations au Kosovo en 1999 conduit à « attribuer davantage de valeurs à la vie des combattants » impériaux « qu'à celle des non-combattants » locaux. Permettant de pousser encore plus avant la précision et l'efficacité des frappes chirurgicales, le drone serait supposé causer moins de dommages collatéraux, devenant ainsi potentiellement plus éthique. Alors que l'éthique se définie classiquement comme une doctrine du bien vivre et du bien mourir, la nécroéthique serait celle du bien tuer.

- « Principes de la philosophie du droit de tuer » ; entre jus in bello et mise hors de combat de la guerre, l'usage du drone armé comme instrument de mise à mort apparaîtrait alors plus proche de l'assassinat politique ou d' « une partie de chasse ». Le fondement traditionnel du droit de tuer menacerait d'être sapé, et l'hybridation entre guerre et police activée.

- « Corps politiques », avec en perspective le contrat social et le rapport de l'Etat à ses propres sujets, la réduction avec la « dronisation » « d'une citoyenneté des vies exposables ». Et un risque de « militarisme démocratique », au travers d'externalisation des « coûts humains et fiscaux de la guerre par les citoyens-électeurs entraînant par ricochet celle des coûts électoraux correspondant par les dirigeants politiques ». Avec le risque également de croire que, plus largement, les robots armés soient « plus humains sur le champ de bataille que les humains », puisqu'il serait possible de les « programmer pour respecter la loi. », l'autonomie et le risque de désobéissance humaine étant ainsi niées.

Hélas, la bibliographie, incluse au fil des notes de l'ouvrage, est difficilement utilisable ; heureusement, quelques reproductions, graphiques ou photos viennent agréablement symboliser ou appuyer les propos. Avec Théorie du drone, Grégoire Chamayou nous propose un ouvrage d’abord parfois difficile, mais unique, riche de grilles de lectures originales. Un livre résolument différent, sur 'ces  hommes et leurs drôles de drones'.

Bertrand Quiminal

La Fabrique éditions, Paris, 2013, 363 pages, 14 euros.

ISBN : 978-2-35872-047-2.

 

Ethique et philosophie de la guerre

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28 mai 2013 2 28 /05 /mai /2013 06:50

L'Ecole Spéciale Militaire de Saint-Cyr

(1808-1914)

José Maigre

Dans cet article de 17 pages, le conservateur du musée du lycée militaire de Saint-Cyr retrace l'histoire, parfois mouvementée au XIXe siècle, de son établissement ( et de ses élèves), de sa création à la Grande Guerre.

Pour lire le texte intégral : ici.

 

Un "lycée" entré dans l'histoire

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  • : Guerres et conflits XIXe-XXIe s. se fixe pour objectif d’être à la fois (sans prétendre à une exhaustivité matériellement impossible) un carrefour, un miroir, un espace de discussions. Sans être jamais esclave de la « dictature des commémorations », nous nous efforcerons de traiter le plus largement possible de toutes les campagnes, de tous les théâtres, souvent dans une perspective comparatiste. C’est donc à une approche globale de l’histoire militaire que nous vous invitons.
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Cafés historiques de La Chouette

Prochaine séance : pour la rentrée de septembre. Le programme complet sera très prochainement mis en ligne.

Publications personnelles

Livres

 

doumenc-copie-1.jpgLa Direction des Services automobiles des armées et la motorisation des armées françaises (1914-1918), vues à travers l’action du commandant Doumenc

Lavauzelle, Panazol, 2004.

A partir de ma thèse de doctorat, la première étude d’ensemble sur la motorisation des armées pendant la Première Guerre mondiale, sous l’angle du service automobile du GQG, dans les domaines de l’organisation, de la gestion et de l’emploi, des ‘Taxis de la Marne’ aux offensives de l’automne 1918, en passant par la ‘Voie sacrée’ et la Somme.

 

La mobilisation industrielle, ‘premier front’ de la Grande Guerre ? mobil indus

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2005 (préface du professeur Jean-Jacques Becker).

En 302 pages (+ 42 pages d’annexes et de bibliographie), toute l’évolution industrielle de l’intérieur pendant la Première Guerre mondiale. Afin de produire toujours davantage pour les armées en campagne, l’organisation complète de la nation, dans tous les secteurs économiques et industriels. Accompagné de nombreux tableaux de synthèse.

 

colonies-allemandes.jpgLa conquête des colonies allemandes. Naissance et mort d’un rêve impérial

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2006 (préface du professeur Jacques Frémeaux).

Au début de la Grande Guerre, l’empire colonial allemand est de création récente. Sans continuité territoriale, les différents territoires ultramarins du Reich sont difficilement défendables. De sa constitution à la fin du XIXe siècle à sa dévolution après le traité de Versailles, toutes les étapes de sa conquête entre 1914 et 1918 (388 pages, + 11 pages d’annexes, 15 pages de bibliographie, index et cartes).

 

 caire damasDu Caire à Damas. Français et Anglais au Proche-Orient (1914-1919)

 14/18 Editions, Saint-Cloud, 2008 (préface du professeur Jean-Charles Jauffret).

Du premier au dernier jour de la Grande Guerre, bien que la priorité soit accordée au front de France, Paris entretient en Orient plusieurs missions qui participent, avec les nombreux contingents britanniques, aux opérations du Sinaï, d’Arabie, de Palestine et de Syrie. Mais, dans ce cadre géographique, les oppositions diplomatiques entre ‘alliés’ sont au moins aussi importantes que les campagnes militaires elles-mêmes.

 

hte silesieHaute-Silésie (1920-1922). Laboratoire des ‘leçons oubliées’ de l’armée française et perceptions nationales

‘Etudes académiques », Riveneuve Editions, Paris, 2009.

Première étude d’ensemble en français sur la question, à partir du volume de mon habilitation à diriger des recherches. Le récit détaillé de la première opération civilo-militaire moderne d’interposition entre des factions en lutte (Allemands et Polonais) conduite par une coalition internationale (France, Grande-Bretagne, Italie), à partir des archives françaises et étrangères et de la presse de l’époque (381 pages + 53 pages d’annexes, index et bibliographie).

 

cdt armee allde Le commandement suprême de l’armée allemande 1914-1916, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général von Falkenhayn 

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Le texte original de l’édition française de 1921 des mémoires de l’ancien chef d’état-major général allemand, accompagné d’un dispositif complet de notes infrapaginales permettant de situer les lieux, de rappeler la carrière des personnages cités et surtout de comparer ses affirmations avec les documents d’archives et les témoignages des autres acteurs (339 pages + 34 pages d’annexes, cartes et index).

 

chrono commChronologie commentée de la Première Guerre mondiale

Perrin, Paris, 2011.

La Grande Guerre au jour le jour entre juin 1914 et juin 1919, dans tous les domaines (militaire, mais aussi politique, diplomatique, économique, financier, social, culturel) et sur tous les fronts. Environ 15.000 événements sur 607 pages (+ 36 pages de bibliographie et d’index).

 

 Les secrets de la Grande Guerrecouverture secrets

Librairie Vuibert, Paris, 2012.

Un volume grand public permettant, à partir d’une vingtaine de situations personnelles ou d’exemples concrets, de remettre en lumière quelques épisodes peu connus de la Première Guerre mondiale, de la question du « pantalon rouge » en août 1914 à l’acceptation de l’armistice par von Lettow-Vorbeck en Afrique orientale, après la fin des hostilités sur le théâtre ouest-européen.

 

Couverture de l'ouvrage 'Mon commandement en Orient'Mon commandement en Orient, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général Sarrail

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2012

Le texte intégral de l'édition originale, passé au crible des archives publiques, des fonds privés et des témoignages des acteurs. Le récit fait par Sarrail de son temps de commandement à Salonique (1915-1917) apparaît véritablement comme un exemple presque caricatural de mémoires d'autojustification a posteriori

 

 

Coordination et direction d’ouvrages

 

Destins d’exception. Les parrains de promotion de l’Ecole Spéciale Militaire de Saint-Cyr

SHAT, Vincennes, 2002.

Présentation (très largement illustrée, 139 pages) des 58 parrains qui ont donné leur nom à des promotions de Saint-Cyr, entre la promotion « du Prince Impérial » (1857-1858) et la promotion « chef d’escadrons Raffalli » (1998-2001).

 

fflLa France Libre. L’épopée des Français Libres au combat, 1940-1945

SHAT, Vincennes et LBM, Paris, 2004.

Album illustré présentant en 191 pages l’histoire et les parcours (individuels et collectifs) des volontaires de la France Libre pendant la Seconde guerre mondiale.

 

marque courageLa marque du courage

SHD, Vincennes et LBM, Paris, 2005.

Album illustré présentant en 189 pages l’histoire des Croix de Guerre et de la Valeur Militaire, à travers une succession de portraits, de la Première Guerre mondiale à la Bosnie en 1995. L’album comporte en annexe une étude sur la symbolique, les fourragères et la liste des unités d’active décorées.

 

  90e anniversaire de la Croix de guerre90-ANS-CROIX-DE-GUERRE.jpg

SHD, Vincennes, 2006.

Actes de la journée d’études tenue au Musée de l’Armée le 16 novembre 2005. Douze contributions d’officiers historiens et d’universitaires, français et étrangers, de la naissance de la Croix de guerre à sa perception dans la société française, en passant les décorations alliées similaires et ses évolutions ultérieures.

 

france grèceLes relations militaires franco-grecques. De la Restauration à la Seconde guerre mondiale 

SHD,Vincennes, 2007.

Durant cette période, les relations militaires franco-grecques ont été particulièrement intenses, portées à la fois par les sentiments philhellènes qui se développent dans l’hexagone (la France est l’une des ‘Puissances protectrices’ dès la renaissance du pays) et par la volonté de ne pas céder d’influence aux Anglais, aux Allemands ou aux Italiens. La campagne de Morée en 1828, l’intervention en Crète en 1897, les opérations en Russie du Sud  en 1919 constituent quelques uns des onze chapitres de ce volume, complété par un inventaire exhaustif des fonds conservés à Vincennes.

 

verdunLes 300 jours de Verdun

Editions Italiques, Triel-sur-Seine, 2006 (Jean-Pierre Turbergue, Dir.).

Exceptionnel album de 550 pages, très richement illustré, réalisé en partenariat entre les éditions Italiques et le Service historique de la Défense. Toutes les opérations sur le front de Verdun en 1916 au jour le jour.

 

DICO-14-18.jpgDictionnaire de la Grande Guerre

(avec François Cochet), 'Bouquins', R. Laffont, 2008.

Une cinquantaine de contributeurs parmi les meilleurs spécialistes de la Grande Guerre, 1.100 pages, 2.500 entrées : toute la Première Guerre mondiale de A à Z, les hommes, les lieux, les matériels, les opérations, les règlements, les doctrines, etc.

 

fochFerdinand Foch (1851-1929). Apprenez à penser

(avec François Cochet), 14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Actes du colloque international tenu à l’Ecole militaire les 6 et 7 novembre 2008. Vingt-quatre communications balayant tous les aspects de la carrière du maréchal Foch, de sa formation à son héritage dans les armées alliées par des historiens, civils et militaires, de neuf nations (461 pages + 16 pages de bibliographie).

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