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12 novembre 2014 3 12 /11 /novembre /2014 06:15

Le visage des hommes

1914-2014

Marie-Dominique Colas

Sous-titré "Un face-à-face avec le blessé de guerre", ce livre du médecin en chef Marie-Dominique Colas interpelle.

Le récit commence par le témoignage d'une expérience très récente, "un jour de garde, un jour comme les autres dans un hôpital militaire", lorsque un grand blessé revenu d'Afghanistan risque de mourir : "chaque jour, nous serons à ses côtés, l'équipe pluridisciplinaire des soignants, sa femme, sa famille, mais aussi ses camarades et ses chefs qui se relaieront sans relâche". Le récit très personnel qui suit est à la fois celui de la psychiatre, de ses expériences et de son intéraire propre, de ses échanges et dialogues avec les blessés : "Pour les soignants du corps, le psychiatre aurait des outils plus spécifiques pour déchiffrer les signaux de la souffrance". C'est donc un voyage au coeur de l'intime, puisque le visage (défiguré), "c'est la première chose qu'on voit quand on rencontre quelqu'un". Les observations médcales et humaines sont nombreuses, autant que les retranscriptions de dialogues avec les patients, dans ce livre organisé en quatre grandes parties : "L'énigme du corps", "Le visage défiguré, les Gueules cassées", "Le corps médical face à l'homme mutilé" et, enfin, "Sourire quand même", devise de l'association de ces mêmes Gueules cassées depuis le lendemain de la Grande Guerre. Passant de la Première Guerre mondiale aux conflits les plus actuels via l'Indochine (en particulier Geneviève de Galard), elle n'oublie pas les enseignements d'autres disciplines (la philosophie), explique le traumatisme que constitue la "reconstruction faciale" (finalement, qui suis-je ?) et sait s'interroger avec des mots justes sur les fondamentaux du métier militaire (Pourquoi s'engage-t-on ? Pour quoi -ou pour qui- meurt-on ? La force des solidarité au sein du groupe de camarades, etc.) et met en valeur dans la dernière partie l'importance du réseau associatif constitué autour de l'association des Gueules cassées.

Un livre à la fois émouvant et puissant qui apporte une contribution très utile à notre compréhension de ces drames humains, profondément humains.

Lavauzelle, Panazol, 2014, 245 pages, 24 euros.

ISBN : 978-2-27025-1616-4.

Gueules cassées

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21 septembre 2014 7 21 /09 /septembre /2014 06:15

La guerre des polices n'a pas eu lieu

Gendarmes et policiers, co-acteurs de la sécurité publique

sous la Troisième République (1870-1914)

Laurent Lopez

Voici une étude de référence sur un sujet qui conserve toute son actualité bien au-delà de la période étudiée : les relations entre une force relevant du ministère de l'Intérieur et une autre relevant du ministère de la Guerre dans le maintien de l'ordre public et la sécurité intérieure.

Dans une dense introduction qui présente en particulier l'historiographie de "l'histoire policière", Laurent Lopez explique en particulier l'intérêt de cette étude croisée à une époque charnière. Il développe ensuite son travail en trois grandes parties : "Incarner ou représenter la loi", "Fabriquer ou maintenir l'ordre", "Faire ou être la police judiciaire", au long desquelles thème par thème, sujet par sujet, il aborde toutes les facettes des rapports entre policiers et gendarmes. Procédant toujours par comparaison entre les deux entités, il s'intéresse aussi aux différences entre Paris et la province, au sentiment d'adhésion à la république de l'une et l'autre force, aux passages (individuels) de la gendarmerie à la police, à la collecte du renseignement intérieur. Dans la dernière partie, Laurent Lopez détaille les problématiques particulières de maintien de l'ordre au tournant du XXe siècle avec la crise des attentats anarchistes et donne le récit précis de l'affaire Bonnot. L'auteur souligne en conclusion que dans le temps long le rapprochement progressif entre les deux formations est une constante, une tendance lourde, et qu'il est préférable de parler de complémentarité plutôt que d'opposition, et observe que cette évolution se poursuit durant l'entre-deux-guerres, en reprenant une citation "gendarmique" de l'époque : "La gendarmerie a donc, avant tout, une mission de police à l'intérieur du pays. Par la suite, elle ne saurait être régie par les mêmes règles que les autres armes, qui ont à défendre la patrie contre les ennemis du dehors".

Le livre se termine sur une série d'annexes judicieusement sélectionnées, 25 pages de sources et 12 pages de bibliographie, formant ainsi un vrai ouvrage de référence, complet, sur une question qui ne cesse pas d'agiter les esprits jusqu'au début des années 2000.

Presses universitaires de Paris Sorbonne, 2014, 509 pages, 24 euros.

ISBN : 978-2-84050-932-5.

Ordre public

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7 juin 2014 6 07 /06 /juin /2014 06:20

La santé des populations civiles et militaires

Nouvelles approches et nouvelles sources

Elisabeth Belmas et Serenella Nonnis-Vigilante (Dir.)

Un ouvrage collectif publié il y a quelques années, qui constitue les actes d'un colloque antérieur et présente l'intérêt (rare) de s'intéresser à la santé des populations dans son rapport avec les établissements militaires de santé.

Après la présentation dans une première partie des sources archivistiques et des origines de la santé militaire, la seconde s'intéresse à plusieurs cas particuliers ou situations exceptionnelles : l'hôpital maritime de Rochefort, le rôle du médecin dans les expéditions coloniales, les hôpitaux thermaux militaires ou le service de santé pendant la guerre de Crimée. La troisième partie cherche à établir une comparaison (ou un parallèle) entre la médecine pour les élites et celle destinées aux masses populaires, qu'il s'agisse de l'action d'un éminent professeur ou de la place des hôpitaux parisiens. La dernière enfin traite rapidement des grandes transformations et innovations dans le secteur hospitalier, qu'il s'agisse de l'outre-mer (île Maurice) ou du secteur privé dans l'hexagone.

La situation dramatique des soldats et anciens soldats blessés, réduits durant plusieurs siècles à la misère, a été progressivement prise en compte à partir du règne de François Ier, puis les progrès de la médecine réalisés à partir du XVIIe siècle se diffusent dans l'ensemble de la société. Entre monde militaire et monde civil, les médecins constituent ainsi un lien, un vecteur. Les contributions sont parfois très "pointues", mais l'ensemble forme indiscutablement un solide volume de référence. Si le titre peut sembler très étroit, les thèmes abordés et les références fournies apportent une réelle plus-value.

Editions du Septentrion, Villeneuve d'Ascq, 2010, 311 pages, 23 euros.

ISBN : 978-2-7574-0162-0.

Les premiers hôpitaux... militaires

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2 mai 2014 5 02 /05 /mai /2014 06:25

Felice Beato

(1832-1909)

Aux origines de la photographie de guerre

Catherine Pinguet

Vous vous intéressez à la conquête coloniale ? Vous voulez revoir les campagnes britanniques du XIXe siècle ? Voila le livre qu'il vous faut !

Entre le premier conflit qu'il couvre, la guerre de Crimée à l'âge de 23 ans, et les opérations de pacification en Haute-Birmanie, qu'il suit alors qu'il est âgé de presque 60, il nous entraîne en Inde, en Chine, au Japon, en Corée, au Soudan. Catherine Pinguet le suit tout au long de ses voyages professionnels, replace les prises de vues dans leur contexte (et explique ainsi comment il faut aborder la photographie de guerre), cite de très nombreux échanges avec ses différents interlocuteurs ou correspondants, aborde la question de l'utilisation de la photo pour le repérage et la préparation du terrain. Elle décrit aussi les scènes de pillages et la répression qui suivent l'arrivée des troupes britanniques à de nombreuses reprises ou nous explique l'avènement de l'ère Meiji au Japon en 1868. Le tout est très largement illustré de photos prises par Beato pour les journaux au profit desquels il travaille et les principales (ou les plus représentatives) sont décryptées.

Le récit d'une carrière donc, mais aussi une leçon d'analyse de la photo (de guerre), aussi bien dans ce quelle représente que dans ses caractéristiques techniques. Cette vie autour de monde de Felice Beato, reconstituée, "permet de constater comment l'armée britannique des années 1855-1860, instrumentalise un aventurier qui ne demande pas mieux que de photographier ce que ses commenditaires souhaitent montrer". Car si la photo ne ment pas dans ce qu'elle représente factuellement et ponctuellement, tout dépend en réalité de son contexte, de ce que le photographe a voulu faire regarder et de la "mise en scène" éventuelle qu'il a conçu. Un ouvrage qui touche à l'histoire militaire, à l'ethnographie et à la découverte de sites et monuments dans la deuxième moitié du XIXe siècle. Un livre tout particulièrement intéressant et agréable à lire comme à feuilleter.

CNRS Editions, Paris, 2014, 255 pages, 25 euros.
ISBN : 978-2-271-07885-8.

Premier photographe de guerre

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24 avril 2014 4 24 /04 /avril /2014 06:20

Le mythe grec allemand

Histoire d'une affinité élective

Anthony Andurand

Voici un pur produit, et des plus passionnants, de la recherche académique, dont la publication fait honneur à l'éditeur.

Le sujet comme son traitement (l'ouvrage est néanmoins parfois ardu pour un non initié et demande quelques connaissances préalables) n'aurait sans doute pas intéressé un "grand éditeur" dont le catalogue est essentiellement structuré à partir de préoccupations (légitimement) commerciales. Il est donc important que des structures comme les presses universitaires poursuivent leur politique de publication d'ouvrages théoriques de qualité et de référence. En fait, Anthony Andurand s'intéresse ici à la réception (ou aux réceptions successives) en Allemagne de l'Antiquité grecque et à la relation particulière que les intellectuels allemands ont entretenu pendant deux siècles avec l'hellénisme. Cette quasi "appropriation" durant de longues périodes de l'ancienne histoire grecque par l'université allemande a dans le même temps des conséquences sur l'ensemble des élites européennes et, parfois, sur le discours politique allemand lui-même, ou au moins sur une certaine conception du monde . Passant de la fin du XVIIIe siècle qui voit naître puis se développer à la fois le romantisme et le sentiment d'unité nationale outre-Rhin, à l'empire wilhelmien puis à Weimar et au IIIe Reich, l'auteur détaille les interprétations et analyses qui se succèdent à partir des écrits des plus grands antiquisants de leur époque, leur écho dans la philosophie et la littérature germaniques, leur influence y compris sur les fondamentaux du système éducatif. Mais au fait, comment expliquer cet attrait allemand pour la Grèce, alors que les autres pays européens se revendiquent plus facilement de Rome ? L'émiettement des cités, qui rappelle la division des Etats allemands, et a contrario dans les deux cas une forte communauté linguistique et culturelle. Les pages sur l'analyse de la philosophie platonicienne, sur le "mythe macédonien" en Prusse, sur l'aménagement de Munich avec ses monuments "néo-grecs", sur la notion de "liberté" (individuelle et communautaire), sur le rapport à Nietzsche ou son influence sur le "Kulturkrieg" sont très souvent excellentes.

De nombreuses citations ("La guerre du Péloponnèse fut pour le microcosme grec ce que le conflit actuel est aujourd'hui pour l'Europe. L'affrontement inluctable de deux visions politiques fondamentalemnt différentes mais pourtant issues d'une même culture, la lutte pour la suprématie économique autant que pour l'hégémonie politique déchirèrent et affaiblirent les puissances qui dominaient le monde grec ... Dès le début, la même amertume, le même déploiement de forces immenses, la même détermination à tenir bon jusqu'au bout", écrit ainsi en 1917 l'helléniste Erich Bethe) parfaitement adaptée au propos chronologique émaillent le texte, complété par une très solide bibliographie. Un livre (trop) discret, mais qui marquera sans doute ce domaine de recherche pour plusieurs années.

Presses universitaires de Rennes, 2014, 403 pages, 22 euros.

ISBN : 978-2-7535-2879-6

Affinité gréco-allemande ?

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31 mars 2014 1 31 /03 /mars /2014 06:25

Ecrire en temps de guerre

Correspondances d'écrivains (1914-1949)

Dossier par Geneviève Winter

Il s'agit pratiquement d'un dossier pédagogique, sur le thème de la perception et de l'expression des écrivains au sujet de la guerre, qu'ils en aient été acteurs ou simples témoins. Pour ce faire, cette petite anthologie s'appuie essentiellement sur les correspondances d'une dizaine d'auteurs, de Céline à Roger Martin du Gard, d'Apollinaire à Malraux, de Proust à Giono, et jusqu'à la Seconde guerre mondiale. Bien évidemment, vous ne trouverez dans ce petit volume que quelques textes de chacun des écrivains (pour l'essentiel des correspondances privées), mais il s'agit bien ici de proposer des documents à des élèves de lycée. Le "contrat" est d'autant mieux honoré que le livre comporte dans sa dernière partie une série d'articles ("Mouvement littéraire et culturel", "Genre et registre", "L'écrivain à sa table de travail", "Groupement de textes", "Chronologie") qui permettent aux élèves de mieux appréhender à la fois les textes proposés et le travail qui leur est demandé. Au-delà, chacun y trouvera ici ou là quelques informations qu'il ignorait : j'ai ainsi découvert par exemple que Roger Martin du Gard avait servi dans les convois automobiles (TM 21). 

Au total, un petit volume qui devrait sans aucun doute se révéler très utile aux enseignants.

Folio Plus Classiques, Paris, 2014, 224 pages. 6,20 euros.

ISBN : 978-2-07-045782-3.

La guerre et les écrivains

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12 février 2014 3 12 /02 /février /2014 06:30

Croissance et contestations

1958-1981

Jean Vigreux

Le pays de mon enfance est entré dans l'histoire... C'est mauvais signe (pour moi). Désormais, l'étude des premières années de la Ve République appartient à la recherche scientifique. Au diable les souvenirs !

Dans ce volume d'un peu plus de 400 pages de texte courant (on apprécie la chronologie, l'index et surtout la longue bibliographie finale), Jean Vigreux nous présente la France de nos parents, ou celle de notre jeunesse, entre le retour du général de Gaulle au pouvoir et la fin de la présidence Giscard. Il est donc à mettre en parallèle avec d'autres ouvrages récemment chroniqués ici-même, puisqu'il semble bien que la première partie de la Ve République intéresse désormais les historiens. Cette période, définie "comme multiforme et polymorphe" par l'auteur, "aux chronologies entremêlées, décalées et parfois cumulées" selon les domaines étudiés, est étudiée à travers dix chapitres chrono-thématiques. Les quatre premiers s'intéressent plus particulièrement aux présidences de Gaulle : "La naissance d'un nouveau modèle républicain" avec la fin de la guerre d'Algérie ; "La société française, mutations et contradictions", avec le retour des 'Pieds Noirs', la diminution du nombre de paysans, l'urbanisation forcenée et les grands ensembles ; "Un politique étrangère de la parole" (mais pas seulement), avec l'arme atomique, l'alliance-opposition avec les Etats-Unis et la 'Françafrique' ; "La bipolarisation et les contestations nouvelles", qui traite des évolutions plus particulièrement politiques avant et après 1968. La présidence Pompidou fait l'objet de trois chapitres : "Héritier du gaullisme : la France pompidolienne", société paradoxalement dynamique et bloquée ; "Regain des tensions et nouvelles options", avec en particulier la radicalisation de l'opposition politique, le programme commun de la gauche et la naissance de l'écologie politique, et "A l'heure de la détente : dans la continuité de la politique gaulienne", où l'on voit en fait la France déclassée entre les deux super-Grands tout en essayant de conserver ses positions en Afrique. La présidence Giscard enfin, en trois chapitres également : "Les années Giscard : la fin du modèle gaulliste", qui met en relief la poussée électorale régulière du parti socialiste et consacre quelques pages à "la fin du mythe résistancialiste" ; "Une société clivée et minée par la crise économique", puisque nous sommes en crise depuis 1974 (souvenez-vous), et avec l'émergence du "phénomène des banlieues" (ce n'est donc pas d'aujourd'hui) ; "Le bon choix à l'épreuve du choix des Français" enfin, où l'on voit le PS (Mitterrand) faire baisser à chaque élection le PC, l'Europe devenir un élément central du discours politique et la campagne électorale de 1981 médiatiquement marquée par "l'affaire des diamants", la candidature de Coluche ("Pour que la France coupée en deux soit pliée en quatre"), où l'on retrouve Arlette Laguiller et Brice Lalonde !

Bref, il y a presque un siècle ! Il est effectivement temps d'en faire l'histoire et cet ouvrage de Jean Vigreux y contribue parfaitement. 

Seuil, Paris, 2014, 475 pages, 25 euros.

ISBN : 978-2-103346-5.

Premières années de la Ve République

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27 janvier 2014 1 27 /01 /janvier /2014 06:25

Une société à soigner

Hygiène et salubrité publique en France au XIXe siècle

Gérard Jorland

Le XIXe siècle est celui de la conquête de la santé, le siècle de l’hygiène publique. L’urbanisation, l’industrialisation, favorisent les épidémies et conduisent les autorités à prendre des mesures nécessaires. L’histoire de la santé, de l’hygiène a connu un récent renouveau historiographique, si bien que ce thème a été le sujet d’étude du concours d’entrée à l’Ecole Normale Supérieure en 2012. Gérard Jorland aborde ici, en véritable spécialiste, la question de l’hygiène publique au XIXe siècle, et le développement de la médecine comme une science.

A travers la première partie de l’ouvrage (« Naissance de l’hygiène publique » pp. 19-83), G. Jorland tente de comprendre comment l’hygiène s’est institutionnalisée depuis la Révolution française, sous quelles formes, en quels lieux, pour quelles raisons, et quel idéal. Il rappelle alors l’évolution de l’enseignement de la médecine, et l’importance de l’étude de lieux particuliers comme la prison, la caserne et l’hôpital. Dans une deuxième partie (« Les chiffres de la misère » pp. 85-147), l’auteur reprend les travaux fondateurs de Villermé, rappelant alors l’inégalité sociale devant la maladie et la mort, essayant d’établir une carte de Paris selon des critères de salubrité. L’ouvrage de G. Jorland est aussi particulièrement riche, car il étudie la conquête de la santé sous un angle social, notamment par l’étude des populations ouvrières. Dans un chapitre fort intéressant, il se demande par exemple si la pauvreté est la cause ou l’effet de la maladie, ainsi que sur le sort des nourrissons, dont il évoque le « massacre » dans la région parisienne du XIXe siècle (p. 129).Une troisième partie, intitulée « Fantasme de la dégénérescence » (pp. 149-201), inscrit la problématique de l’hygiène et de l’hygiénisme dans un contexte plus politique. Dans un France qui sert de décor pour les romans de Zola, le crime, les sexualités décadentes, et l’alcoolisme sont étudiées sous des prismes plus que simplement médicaux. G. Jorland rappelle également les craintes de certains sur l’armée qui contribuerait, en enlevant les hommes dans la fleur de l’âge, à la « dépopulation » de la France (p. 187). Une quatrième et dernière partie, « Miasmes et microbes » (pp. 203-315), revient sur les (r)évolutions de la médecine du XIXe siècle en France (et notamment sur la « révolution pasteurienne » dont l’auteur rappelle les origines anglaises), et sur les travaux d’urbanisme du Second Empire dont la vocation est multiple (p. 271). Rappelant les grandes épidémies qui touchent la France, G.Jorland souligne par ailleurs l’enjeu hygiéniste dans l’idéologique de la République, la présentant même comme « une idéologie pour la République » (p. 301). L’étude de G. Jorland pousse même vers l’histoire des conflits, l’auteur n’hésitant pas à parler de la guerre de 1870 comme « une guerre bactériologique » (p. 283), évoquant les lacunes des services de santé de l’armée, la concentration de troupes dans une ville comme Metz, et la diffusion des maladies par les déplacements des unités (les Garibaldiens, par exemple, rapportent chez eux des malades ‘attrapées’ en France), les mouvements de populations, et les déplacements de prisonniers français en Belgique ou en Allemagne. L’ouvrage de Gérard Jorland est une vraie richesse. Le sujet est absolument passionnant, et l’écriture de l’auteur est un plaisir, complété par une belle bibliographie. L’ouvrage de G. Jorland est également précieux par les nombreux angles grâce auxquels l’auteur aborde et traite le sujet de l’hygiène : histoire de la médecine, histoire politique et des institutions, histoire économique, histoire sociale, etc.

P.-L. B.

Gallimard, Paris, 2010, 361 p., 27 euros.

ISBN 978-2-07-012615-6.

La santé et la guerre (aussi)

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22 janvier 2014 3 22 /01 /janvier /2014 06:30

Terre d'Afrique

Des officiers dans la tourmente

Martine Cuttier

Voici une étude qui cumule les originalités et les raretés. Une étude exceptionnelle qui, à travers le parcours de quelques centaines d'hommes, permet de retracer toute l'histoire (y compris institutionnelle et presque administrative) de l'armée de terre française au cours du dernier demi-siècle.

Martine Cuttier suit littéralement "à la trace" dès leur entrée à Saint-Cyr ceux qui deviendront en juillet 1959 les 296 officiers de la promotion 'Terre d'Afrique', en replaçant toute leur(s) vie(s) et leur(s) carrière(s) dans le contexte du moment. Ce faisant, elle nous offre une coupe verticale et transversale à la fois de l'armée de terre au cours de la deuxième moitié du XXe siècle. "Pas de nom à la radio" : donc nous ne reviendrons pas ici sur le parcours individuel de tel ou tel, qu'il termine (comme trois d'entre eux) général d'armée ou qu'il ait quitté le service beaucoup plus tôt pour une carrière civile. Par contre, il faut insister sur l'intérêt que représente ce travail pour la connaissance presque "intime" de l'armée de terre durant cette période : au long de leurs carrières, les officiers issus de la 'Terre d'Afrique' ont connu tous les drames, toutes les évolutions, toutes les réorganisations, des dernières années de la guerre d'Algérie et de l'abandon des Harkis au commandement de régiments, brigades, divisions dans les années 1970 et 1980. L'ouvrage est donc chronologiquement organisé en quatre grandes parties : "Saint-Cyr" (qui permet de présenter sociologiquement la promotion et de revenir sur les étapes et les différentes facettes de sa formation), "La promotion en Algérie" (puisque les années 1959-1962 furent bien sûr essentielles pour de jeunes lieutenants, avec descrption des fonctions occupées, des missions, des doutes et des états d'âme lors des grands événements politico-militaires), "La poursuite de la carrière militaire" (dans l'armée de terre de la guerre froide, de la conscription, de la dissuasion, et essentiellement préparée au combat centre-européen -étude rare- même si l'on compte quelques opérations extérieures ponctuelles), "Au-delà de la carrière militaire" (avec tous les modes et toutes les modalités de départ du service actif, les questions liées à la reconversion, à l'investissement dans la cité -associatif ou politique-, à la vie privée et aux loisirs). Bref, on le voit, une étude complète qui  n'oublie ni les traditions de l'ESM en début de carrière, ni la question des Harkis à la fin de la guerre d'Algérie, ni la perception de mai 1968, ni les nombreuses réorganisations militaires des années 70 et 80 ou l'analyse de "la dimension humaine du fonctionnement de l'institution, ou l'approche d'un système d'hommes". Un bémol néanmoins : un aspect n'est pas traité (mais peut-il objectivement l'être ?), celui de la force des liens de promotion et inter-promotions (les non-Saint-Cyriens diraient "l'esprit de caste") qui fait que, pour avoir réussi un concours à 18 ans, on est presque systématiquement avantagé ensuite par rapport aux officiers d'autres origines ou recrutement... 

Un livre indispensable à tous ceux qui s'intéressent à l'armée de la seconde moitié du XXe siècle, car il aborde toutes les thématiques institutionnelles et d'engagement. Un livre qui n'est pas (seulement) "à la gloire" d'une promotion, mais qui traite, de façon presque "technique" de pages de l'histoire récente des armées et du pays. Un très gros travail en amont qui permet de disposer aujourd'hui d'une très solide étude. Indispensable pour tous les amateurs d'histoire militaire. 

Editions Dacres, Paris, 2013, 625 pages, 32 euros.

ISBN : 979-10-92247-05-3.

Entre prosopographie et histoire sociale

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18 janvier 2014 6 18 /01 /janvier /2014 06:25

Manonviller. La vie d’un village franco-lorrain du Lunévillois

avant la Première Guerre mondiale

Marc Gabriel

Cette monographie d’un village de Meurthe-et-Moselle situé non loin du château de Lunéville, est particulièrement riche et illustrera par des exemples locaux les études historiques plus vastes sur des sujets comme les guerres civiles du XVIe siècle, la rédaction des cahiers de doléance en 1789, les retombés économiques et sociales de la vie à la caserne au XIXe siècle, l’invasion de 1870, la religion au village, etc.

Prenant pour point de départ le VIe siècle, l’ouvrage parcourt l’ensemble de l’histoire du bourg lorrain. Du Moyen Âge et de l’époque moderne, l’auteur tente de retrouver les traces, qu’elles soient archivistiques, matérielles, ou mémorielles. La période révolutionnaire occupe également une grande partie de l’ouvrage et s’appuie là-aussi sur un dépouillement conséquent des archives départementales de Meurthe-et-Moselle. Mais les chapitres les plus intéressants restent sans doute ceux consacrés à la période contemporaine (p. 139-242) : plus de soixante cartes postales et des dizaines d’autres illustrations pour quatre chapitres (« Le début du XIXe siècle », « La guerre de 1870 », « La construction du fort », et « Le renforcement du fort »). Inscrivant l’histoire locale dans une histoire européenne, Marc Gabriel étudie à la fois la construction des ponts en pierre dans le village, la place de l’école et de l’église au village, et les conséquences de la guerre de 1870 sur le village, comme l’émigration d’Alsaciens au village permettant un essor industriel, et la construction d’un fort à partir de 1878. M. Gabriel étudie les moindres détails de ce fort et de ses retombées, comme la multiplication des fontaines dans le village, l’immigration italienne, les militaires au village, la surveillance de la frontière, la crainte des espions (notamment lorsqu’un zeppelin allemand se pose à Lunéville en 1913). L’ouvrage se remarque enfin par un ensemble de documents mis en annexe : une étude des portes monumentales ; des tableaux d’équivalence avec les mesures lorraines anciennes ; les listes des maires, curés et enseignants de Manonviller du XVe siècle jusqu’à la Grande Guerre, etc.

Les bons travaux d'histoire locale sont toujours extrêmement utiles, y compris à tous ceux qui travaillent sur la "grande" histoire : ce volume en donne un bel exemple.

P.-L. B.

MG Editions, Nancy, 2010, 310 pages, 15 euros.

ISBN : 978-2-9537068-0-2.

De la petite à la grande histoire

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Qui Suis-Je ?

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  • : Guerres et conflits XIXe-XXIe s. se fixe pour objectif d’être à la fois (sans prétendre à une exhaustivité matériellement impossible) un carrefour, un miroir, un espace de discussions. Sans être jamais esclave de la « dictature des commémorations », nous nous efforcerons de traiter le plus largement possible de toutes les campagnes, de tous les théâtres, souvent dans une perspective comparatiste. C’est donc à une approche globale de l’histoire militaire que nous vous invitons.
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Cafés historiques de La Chouette

Prochaine séance : pour la rentrée de septembre. Le programme complet sera très prochainement mis en ligne.

Publications personnelles

Livres

 

doumenc-copie-1.jpgLa Direction des Services automobiles des armées et la motorisation des armées françaises (1914-1918), vues à travers l’action du commandant Doumenc

Lavauzelle, Panazol, 2004.

A partir de ma thèse de doctorat, la première étude d’ensemble sur la motorisation des armées pendant la Première Guerre mondiale, sous l’angle du service automobile du GQG, dans les domaines de l’organisation, de la gestion et de l’emploi, des ‘Taxis de la Marne’ aux offensives de l’automne 1918, en passant par la ‘Voie sacrée’ et la Somme.

 

La mobilisation industrielle, ‘premier front’ de la Grande Guerre ? mobil indus

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2005 (préface du professeur Jean-Jacques Becker).

En 302 pages (+ 42 pages d’annexes et de bibliographie), toute l’évolution industrielle de l’intérieur pendant la Première Guerre mondiale. Afin de produire toujours davantage pour les armées en campagne, l’organisation complète de la nation, dans tous les secteurs économiques et industriels. Accompagné de nombreux tableaux de synthèse.

 

colonies-allemandes.jpgLa conquête des colonies allemandes. Naissance et mort d’un rêve impérial

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2006 (préface du professeur Jacques Frémeaux).

Au début de la Grande Guerre, l’empire colonial allemand est de création récente. Sans continuité territoriale, les différents territoires ultramarins du Reich sont difficilement défendables. De sa constitution à la fin du XIXe siècle à sa dévolution après le traité de Versailles, toutes les étapes de sa conquête entre 1914 et 1918 (388 pages, + 11 pages d’annexes, 15 pages de bibliographie, index et cartes).

 

 caire damasDu Caire à Damas. Français et Anglais au Proche-Orient (1914-1919)

 14/18 Editions, Saint-Cloud, 2008 (préface du professeur Jean-Charles Jauffret).

Du premier au dernier jour de la Grande Guerre, bien que la priorité soit accordée au front de France, Paris entretient en Orient plusieurs missions qui participent, avec les nombreux contingents britanniques, aux opérations du Sinaï, d’Arabie, de Palestine et de Syrie. Mais, dans ce cadre géographique, les oppositions diplomatiques entre ‘alliés’ sont au moins aussi importantes que les campagnes militaires elles-mêmes.

 

hte silesieHaute-Silésie (1920-1922). Laboratoire des ‘leçons oubliées’ de l’armée française et perceptions nationales

‘Etudes académiques », Riveneuve Editions, Paris, 2009.

Première étude d’ensemble en français sur la question, à partir du volume de mon habilitation à diriger des recherches. Le récit détaillé de la première opération civilo-militaire moderne d’interposition entre des factions en lutte (Allemands et Polonais) conduite par une coalition internationale (France, Grande-Bretagne, Italie), à partir des archives françaises et étrangères et de la presse de l’époque (381 pages + 53 pages d’annexes, index et bibliographie).

 

cdt armee allde Le commandement suprême de l’armée allemande 1914-1916, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général von Falkenhayn 

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Le texte original de l’édition française de 1921 des mémoires de l’ancien chef d’état-major général allemand, accompagné d’un dispositif complet de notes infrapaginales permettant de situer les lieux, de rappeler la carrière des personnages cités et surtout de comparer ses affirmations avec les documents d’archives et les témoignages des autres acteurs (339 pages + 34 pages d’annexes, cartes et index).

 

chrono commChronologie commentée de la Première Guerre mondiale

Perrin, Paris, 2011.

La Grande Guerre au jour le jour entre juin 1914 et juin 1919, dans tous les domaines (militaire, mais aussi politique, diplomatique, économique, financier, social, culturel) et sur tous les fronts. Environ 15.000 événements sur 607 pages (+ 36 pages de bibliographie et d’index).

 

 Les secrets de la Grande Guerrecouverture secrets

Librairie Vuibert, Paris, 2012.

Un volume grand public permettant, à partir d’une vingtaine de situations personnelles ou d’exemples concrets, de remettre en lumière quelques épisodes peu connus de la Première Guerre mondiale, de la question du « pantalon rouge » en août 1914 à l’acceptation de l’armistice par von Lettow-Vorbeck en Afrique orientale, après la fin des hostilités sur le théâtre ouest-européen.

 

Couverture de l'ouvrage 'Mon commandement en Orient'Mon commandement en Orient, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général Sarrail

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2012

Le texte intégral de l'édition originale, passé au crible des archives publiques, des fonds privés et des témoignages des acteurs. Le récit fait par Sarrail de son temps de commandement à Salonique (1915-1917) apparaît véritablement comme un exemple presque caricatural de mémoires d'autojustification a posteriori

 

 

Coordination et direction d’ouvrages

 

Destins d’exception. Les parrains de promotion de l’Ecole Spéciale Militaire de Saint-Cyr

SHAT, Vincennes, 2002.

Présentation (très largement illustrée, 139 pages) des 58 parrains qui ont donné leur nom à des promotions de Saint-Cyr, entre la promotion « du Prince Impérial » (1857-1858) et la promotion « chef d’escadrons Raffalli » (1998-2001).

 

fflLa France Libre. L’épopée des Français Libres au combat, 1940-1945

SHAT, Vincennes et LBM, Paris, 2004.

Album illustré présentant en 191 pages l’histoire et les parcours (individuels et collectifs) des volontaires de la France Libre pendant la Seconde guerre mondiale.

 

marque courageLa marque du courage

SHD, Vincennes et LBM, Paris, 2005.

Album illustré présentant en 189 pages l’histoire des Croix de Guerre et de la Valeur Militaire, à travers une succession de portraits, de la Première Guerre mondiale à la Bosnie en 1995. L’album comporte en annexe une étude sur la symbolique, les fourragères et la liste des unités d’active décorées.

 

  90e anniversaire de la Croix de guerre90-ANS-CROIX-DE-GUERRE.jpg

SHD, Vincennes, 2006.

Actes de la journée d’études tenue au Musée de l’Armée le 16 novembre 2005. Douze contributions d’officiers historiens et d’universitaires, français et étrangers, de la naissance de la Croix de guerre à sa perception dans la société française, en passant les décorations alliées similaires et ses évolutions ultérieures.

 

france grèceLes relations militaires franco-grecques. De la Restauration à la Seconde guerre mondiale 

SHD,Vincennes, 2007.

Durant cette période, les relations militaires franco-grecques ont été particulièrement intenses, portées à la fois par les sentiments philhellènes qui se développent dans l’hexagone (la France est l’une des ‘Puissances protectrices’ dès la renaissance du pays) et par la volonté de ne pas céder d’influence aux Anglais, aux Allemands ou aux Italiens. La campagne de Morée en 1828, l’intervention en Crète en 1897, les opérations en Russie du Sud  en 1919 constituent quelques uns des onze chapitres de ce volume, complété par un inventaire exhaustif des fonds conservés à Vincennes.

 

verdunLes 300 jours de Verdun

Editions Italiques, Triel-sur-Seine, 2006 (Jean-Pierre Turbergue, Dir.).

Exceptionnel album de 550 pages, très richement illustré, réalisé en partenariat entre les éditions Italiques et le Service historique de la Défense. Toutes les opérations sur le front de Verdun en 1916 au jour le jour.

 

DICO-14-18.jpgDictionnaire de la Grande Guerre

(avec François Cochet), 'Bouquins', R. Laffont, 2008.

Une cinquantaine de contributeurs parmi les meilleurs spécialistes de la Grande Guerre, 1.100 pages, 2.500 entrées : toute la Première Guerre mondiale de A à Z, les hommes, les lieux, les matériels, les opérations, les règlements, les doctrines, etc.

 

fochFerdinand Foch (1851-1929). Apprenez à penser

(avec François Cochet), 14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Actes du colloque international tenu à l’Ecole militaire les 6 et 7 novembre 2008. Vingt-quatre communications balayant tous les aspects de la carrière du maréchal Foch, de sa formation à son héritage dans les armées alliées par des historiens, civils et militaires, de neuf nations (461 pages + 16 pages de bibliographie).

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