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30 mai 2015 6 30 /05 /mai /2015 06:00

L'affaire des poisons

Crime, sorcellerie et scandale sous le règne de Louis XV

Claude Quétel

Réédition d'un volume paru pour la première fois il y a cinq ans, cette histoire de la célébrissime "affaire des poisons" (ou affaires) est rédigée comme une enquête. Un récit enlevé dans le Paris de la deuxième moitié du XVIIe siècle et jusqu'à la cour du roi-soleil.

Organisé en onze chapitres chronologiques, le livre nous raconte l'histoire dans tous ses détails, jusqu'aux plus étonnants et aux plus sordides. Après la présentation des principaux protagonistes, il décrit l'arrestation de la Brinvilliers à Liège, occupé par les troupes de Louis XIV, tandis que les trois principaux ministres du roi suivent l'opération de police. Rondement mené dès le retour de la prisonnière à Paris, dans une atmosphère surchauffée, le procès se termine par la fameuse "question", et la condamnée est exécutée en place de Grève au milieu d'une foule impressionnante. L'affaire rebondit très rapidement avec la recherche des complices, parmi lesquels émergent quelques puissants personnages, dont le trésorier général du clergé, utilisateurs des poisons, baptisés par euphémisme "poudre de succession". Un monde interlope de magiciens et sorciers au coeur de Paris nous est alors présenté, monde "entre deux" : entre Paris et la cour, entre la haute noblesse et le clergé, entre poisons et fausse monnaie. Avec le procès de Madeleine de la Grange, la question des poisons est à nouveau mise en avant et se rapproche des plus grands, de la cour de Savoie à celle de France : "La Brinvilliers n'était pas morte et elle avait des héritiers". Au fil de l'enquête conduite par La Reynie apparaît une certaine la Voisin, "organisatrice de messes noires", de fil en auguille les arrestations se multiplient et les ramifications s'étendent vers la haute bourgeoisie et la noblesse, qui a les moyens de se payer de tels "services" : "Ce n'est plus une, mais cent Brinvilliers qui forment désormais l'hydre" que La Reynie combat. Désormais, les interpellations concernent des épouses et veuves de membres du parlement de Paris et les condamnations suivent (certaines sont brûlées, d'autres pendues). Ces enquêtes et ces procès prennent une telle ampleur que Louis XIV s'y intéresse de plus en plus, d'autant que le nom de la comtesse de Soissons a été prononcé lors des interrogatoires. Les dossiers deviennent plus glauques et l'on parle désormais de sacrifices d'enfants, plus ou moins simulés ou à l'issue d'avortements, à l'occasion de messes noires. A la même période, apparaît aussi dans les procès-verbaux le nom de mademoiselle des Oeillets, "suivante de madame de Montespan, la maîtresse en titre" et de plusieurs duchesses, comtesses et vicomtesses. C'est désormais presque dans l'entourage du roi que sont délivrées les lettres de cachet, jusqu'au duc de Luxembourg, maréchal de France. Durant toute cette partie de son récit, Claude Quétel utilise abondamment des citations de la marquise de Sévigné, femme d'esprit mais aussi témoin fort peu neutre... En septembre 1680, madame de Montesan est nommément mise en cause. Certes, la Voisin se rétracte ensuite, mais le mal est fait : "Le roi, qui a pris connaissance du procès-verbal de question de la veille, ordonne au président de la Chambre ardente de suspendre sur-le-champ les séances et les procès en cours. C'est la première fois, dans les annales de la justice, que se produit un événement semblable. Le roi n'a pas trouvé d'autre moyen pour empêcher que la marquise de Montespan soit, pour le moins, citée à comparaître". L'ancienne maîtresse est éloignée, tandis que sonne l'heure de nouvelles favorites. Parmi les queues de trajectoire de ces affaires misérables ou horribles apparaissent en fond de tableau les figures de Louvois et de Colbert, qui se livrent à une permanente lutte d'influence autour du roi, tandis que les affaires d'empoisonnement se poursuivent jusqu'au début du XVIIIe siècle.

Un roman ? Non, une des facettes de la réalité d'une époque, s'appuyant sur les nombreuses archives listées en fin de volume. Mais un livre d'histoire qui se lit comme un roman.

Coll. 'Texto', Tallandier, Paris, 2015, 316 pages, 10,- euros.

ISBN : 979-10-210-1027-7.

La Brinvilliers et les autres
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6 mai 2015 3 06 /05 /mai /2015 06:00

Au service du roi

Dans les coulisses de Versailles

Mathieu da Vinha

En ce troisième centenaire de la mort de Louis XIV, plusieurs ouvrages importants ont été consacrés au roi-soleil et à son règne. Il manquait sans doute cette approche "par le bas".

Excellent connaisseur du palais, dont il est directeur scientifique du centre de recherche, Mathieu de Vinha nous offre un livre tout-à-fait original, qui s'intéresse à ceux qui travaillent et vivent au château. Le livre se présente sous la forme d'une succession de chapitres consacrés à tel ou tel petit ou grand serviteur du monarque et de sa famille, dont de véritables dynasties oeuvrent à Versailles, et que Mathieu de Vinha présente à titre individuel et collectif. Aux côtés de quelques grands noms de la noblesse de France comme le duc de La Rochefoucauld, ou d'un militaire fidèle comme le colonel suisse Pierre Stoppa, il nous fait ainsi découvrir les constructeurs de l'infrastructure, un intendant, un curé, une femme de chambre ou un cuisinier. A des titres divers, ces (plus ou moins) humbles (mais toujours courtisans) peuvent parvenir à établir une relation de confiance avec Louis XIV et ses proches, relations qui peuvent se traduire par de beaux mariages et entraîner un effet "d'ascenseur social" pour toute une famille.

Les amateurs trouveront en fin d'ouvrage une très solide bibliographie. Un livre intéressant, qui complète très utilement et sous un angle original les trois ou quatre ouvrages majeurs récemment publiés sur le roi-soleil et le Grand siècle, tout en donnant vie à un monde généralement passé sous silence.

Tallandier, Paris, 2015, 351 pages. 20,90 euros.
ISBN : 979-10-210-1004-8.

Tout un peuple au château
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12 avril 2015 7 12 /04 /avril /2015 06:00

1515

Marignan

Amable Sablon du Corail

Du solide, complet, référencé sur une victoire fondatrice de l'histoire de France, importante pour un jeune roi, aux nombreuses conséquences continentales, qui a été instrumentalisée dès le lendemain et dont tous les écoliers ont longtemps pu donner la date.

Il est rare que l'on puisse envisager qu'un ouvrage soit (presque) "définitif" sur un sujet. Tel est pourtant le cas ici, avec une étude d'ensemble non seulement sur la bataille elle-même mais aussi sur son environnement et ses conséquences. Amable Sablon du Corail, auquel on devait déjà un Louis XI remarqué, nous propose en effet un livre complet (il se termine par plus de 110 pages de notes, sources et bibliographie). Il commence par nous présenter les deux protagonistes (France et Suisse) et leur armée, puis le cadre politique et militaire d'une l'Italie morcelée, où l'empereur romain germanique, le roi de France et le Pape s'opposent. Le chapitre 5, qui traite de la question du coût de la guerre au XVIe siècle est particulièrement intéressant (et l'on note en annexe une liste des compagnies soldées par François Ier). Vient ensuite le récit détaillé de la campagne du roi de France, qui s'ouvre sur un passage des Alpes, et voit l'implication croissante des cantons suisses les plus hostiles à François Ier, avec la personnalité entière du puissant cardinal-légat Schiner, alors que leur situation se dégrade dans le duché de Milan où il soutiennent le jeune duc Sforza. Tandis que les alliances se nouent et se dénouent, que bourgeois et militaires se disputent, le roi de France négocie avec certains Suisses et parvient à rompre le front uni de ses ennemis. Après l'occupation de Milan par les troupes "françaises" (pour l'essentiel des mercenaires), la bataille devient inévitable. Longue, meurtrière, terrible au regard des critères de l'époque, elle est pour François Ier une sorte de victoire à la Pyrrhus. Il achève bien la conquête du duché de Milan, prépare une alliance durable avec les cantons suisses (même si certains persistent d'abord dans leur hostilité), mais se heurte désormais frontalement aux Habsbourg et sera bientôt défait (et fait prisonnier) à Pavie. Et n'oublions pas cette première leçon de la bataille : "A la guerre, trois choses sont absolument nécessaires, premièrement de l'argent, secondement de l'argent, troisièmement de l'argent"... Grande constante dans l'histoire : "Plus que les charges de cavalerie à Marignan, ce fut la capacité des Français à trouver les sommes colossales nécessaires au paiement comptant des insatiables lansquenets qui ont emporté la décision".

Un livre majeur, indispensable, pour quiconque s'intéresse à la période, ou souhaite en avoir la compréhension la plus large.

Tallandier, Paris, 2015, 510 pages. 24,90 euros.
ISBN : 979-10-210-0330-9.

1515
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20 mars 2015 5 20 /03 /mars /2015 06:00

Marignan

Histoire d'une défaite salutaire

1515-2015

Gérard Miège

L'une des batailles les plus célèbres de l'histoire de France, vue du point de vue de l'autre : celui des Suisses.

Dans ce petit volume bien écrit et facile à lire, l'auteur nous présente l'arrière-plan et l'environnement de ce célébrissime combat de septembre 1515. Les 110 premières pages environ sont consacrées à présenter la montée vers le bataille, "la genèse d'un combat de géants", les relations des rois de France avec les cantons (et les troupes) suisses et les campagnes d'Italie (et la famille Sforza) dans le contexte international de l'époque. Le lecteur français sera sans doute étonné par la puissance militaire suisse du temps, par la personnalité et la détermination (l'obstination) du cardinal Schiner, ennemi déclaré et résolu du roi de France qui participe à la bataille en grande tenue de prince de l'Eglise, ainsi que par l'habileté du jeune roi François Ier lors des combats. Mais on n'oubliera pas les dernières pages consacrées aux suites et conséquences, et à la capacité du roi de France à se faire des Suisses des alliés, moyennant espèces sonnantes et trébuchantes. Ainsi naîtra, en France, la tradition des régiments suisses au service du roi. Et ainsi la Suisse, en tant que territoire, deviendra neutre.

Un petit livre tout particulièrement intéressant, totalement complémentaire des études généralement publiées dans l'hexagone.

Cabédita, Divonne-les-Bains, 2015, 141 pages.

ISBN : 978-2-88295-727-6.

Pour commander directement : ici.

1515
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17 mars 2015 2 17 /03 /mars /2015 06:00

Le cardinal Dubois

Le génie politique de la Régence

Alexandre Dupilet

Voilà un livre qui bouscule (tant mieux !) nos a priori sur la Régence, à laquelle Alexandre Dupilet a déjà consacré il y a quelques années un livre remarqué.

Faisant de son héros "le digne successeur de Richelieu et de Mazarin", l'auteur rappelle utilement que sans réelles qualités foncières et une grande intelligence, "le modeste fils d'un apothicaire de Brive" ne serait pas devenu Premier ministre de Louis XV. Alexandre Dupilet raconte donc l'ascension sociale de cet abbé de province entouré d'une légende noire ("Tous les vices combattaient en lui à qui en demeurerait le maître", selon Saint-Simon) , celui qui fut secrétaire d'Etat aux Affaires étrangères puis Premier ministre de fait du Régent. Sous-précepteur puis précepteur zélé du duc de Chartres, fils du duc d'Orléans, en 1683, il en devient le secrétaire particulier au début des années 1690, puis entre en diplomatie en 1698 à l'occasion d'une mission à Londres avant de jouer auprès de son maître le rôle d'une éminence grise, lorsque se dernier devint le nouveau duc d'Orléans à la mort de son père. Dès lors, il ne cesse de jouer dans les affaires de la famille d'Orléans, puis dans celles de la France, un rôle croissant. Il retrouve l'alliance anglaise dès le début de la Régence, fonde la Triple puis Quadruple Alliance et participe désormais au gouvernement, à travers les Conseils. Les déplacements, les rencontres plus ou moins secrètes, la lutte contre le Premier ministre espagnol, les conversations sont détaillées à partir de très nombreux témoignages (parfois indirects). De même, en politique intérieure, la lutte contre les parlements et le parti espagnol fait l'objet de longs développements tout-à-fait intéressants, qui permettent par ailleurs de meux comprendre le fonctionnement de l'Etat après la mort de Louis XIV. A partir de 1715, c'est le banquier Law que l'on voit apparaître de plus en plus souvent au fil des pages, avec la mise en circulation de papier-monnaie, la création d'une Banque générale et la spéculation (voire la "cavalerie") qui entoure cet épisode. Après avoir amélioré les relations de la France avec l'Espagne, il reçoit l'archevêché de Cambrai et la pourpre cardinalice. Dubois a maintenu le pays en paix avec tous ses voisins, catholiques et protestants, et a renoué (difficilement) des liens distendus avec la papauté. Le personnage, bien sûr, est roué, menteur, manoeuvrier. Ayant souvent plusieurs fers au feu, il use de procédés peu honnêtes et pratique avec aisance le jeu d'influence par les bandes, indirectement, faisant intervenir l'un sur un dossier et un second pour un autre problème. Les critiques acerbes de Saint-Simon ne sont pas toutes infondées... Premier ministre en 1722, il atteint les sommets de la puissance et de la richesse peu avant de mourir : "Ci-gît un prélat qui, de cuistre, devint maquereau puis ministre". Triste oraison funèbre.

Faisant revivre toute une époque, Alexandre Dupilet restitue avec précision brio la vie politique et diplomatique d'une période que l'on a trop souvent tendance à résumer en quelques mots. Et Dubois, en dépit de ses défauts et de son peu de morale, est parvenu à maintenir un équilibre européen et une paix dont la France avait bien besoin. 

Tallandier, Paris, 2015, 413 pages. 23,90 euros.

ISBN : 979-10-210-0761-1.

Réhabilitation
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7 mars 2015 6 07 /03 /mars /2015 06:00

Les secrets de Louis XIV

Mystère d'Etat et pouvoir absolu

Lucien Bély

Réédition d'un ouvrage paru en 2013, qui témoigne à la fois de l'intérêt persistant porté au règne de Louis XIV et de la grande richesse, de la diversité des thèmes d'études et de recherches sur la période.

Une période qui est aussi de transition entre deux modes de pensée : un idéal chevaleresque et religieux qui imprègne encore fortement les élites et le fonctionnement de l'Etat, et des références plus libérales qu'illustre le siècle naissant des Lumières. Le tout, sur fond d'une jeunesse perturbée par la mort du père, Louis XIII, la régence de la mère, la présence d'un immense ministre, le cardinal Mazarin, et la révolte des grands lors de la Fronde. La dissimulation et le secret sont ainsi autant une protection qu'une arme dont le souverain saura jouer durant toute sa vie, s'exposant à la vue de tous (le lever du roi, les promenades, les repas, les manifestations officielles, etc.) mais décidant dans sa vie privée comme en politique (les deux étant souvent liées en monarchie absolue) avec la plus extrême discrétion. Le livre nous propose donc de suivre le cheminement de l'action royale tout au long du règne sous l'angle de cette paradoxale mais permanente pratique du secret, et force est de reconnaître que l'auteur est convaincant. Dans le choix ou le renvoi des ministres, des favoris ou des maitresses, l'usage des lettres de cachet, la Bastille et le développement du 'cabinet noir', la direction des administrations au sommet de l'Etat et la gestion des finances publiques, les alliances diplomatiques, les réseaux européens et la guerre, jusque dans certaines morts "suspectes" à la Cour de Versailles, et même sur son lit de mort, le secret est toujours présent. Il faut parfois faire la part de ce qui est d'un fonctionnement classique, sinon normal, d'un gouvernement sur la scène internationale (qui agit dans la totale transparence ?...) et de ce qui relève du tempérament et de la personnalité propre de Louis XIV, mais au total l'ouvrage est parfaitement complémentaire des différentes publications récentes sur le Grand règne, auxquelles il apporte indiscutablement une profondeur souvent négligée.

Coll. 'Texto', Tallandier, Paris, 2015, 728 pages. 12,50 euros.

ISBN : 979-10-210-0851-9.

Grand siècle
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19 février 2015 4 19 /02 /février /2015 06:00

Cartouche

Roi du pavé de Paris

Gilles Henry

Le nom de Cartouche est bien connu comme étant celui de l'un des plus grands voleurs, souvenir entouré de mystère et d'un certain romantisme, et ce récit enlevé nous en dresse un portrait honnête mais finalement assez sympathique, tout en laissant en suspens un certain nombre de questions, en particulier sur sa famille.

"Voler aux riches pour donner aux pauvres" ? Oui, en partie au moins. Mais aussi brigandage et crapulerie pure et simple. Dans un contexte étonnant, celui du début du XVIIIe s. et de la Régence, et avec des effectifs impressionnants puisque le-dit Cartouche (que l'on appelle souvent de l'un de ses nombreux surnoms) parviendra à rassembler autour de lui plusieurs centaines de "partisans-voleurs", hommes et femmes (plus de 300 seront jugés après sa chute). Ce livre, construit chronologiquement, est rédigé dans un style très vivant, Gilles Henry faisant littéralement revivre son héros et multipliant les dialogues reconstitués. Dans la forme, tout au long de l'ouvrage, les chapitres à proprement parler rédigés par l'auteur alternent avec de larges extraits de textes signés de Thomas-Simon Gueullette, substitut du procureur du roi, "témoin direct des aventures de Cartouche", ce qui contribue aussi à donner à l'ensemble un rythme particulier. Au fil des pages, alternent les "coups" de plus en plus osés, se dessine une véritable lutte contre les archers du guet et la lieutenance de police (même si Cartouche compte dans leurs rangs visiblement corrompus plusieurs membres de son organisation), tandis que nous traversons Paris le jour comme la nuit, de quelques palais proches du pouvoir aux tavernes les plus reculées. Contraste parfois saisissant : le rafinement de certaines classes sociales est à des années lumière de certains assassinats particulièrement sauvages, mais les uns et les autres ne s'ignorent pas totalement. Arrêté, il finit par avouer et est condamné à mort, par le supplice de la roue, et exécuté le 28 novembre 1721, avant d'être suivi outre-tombe par certains de ses camarades (142 exécutions en quelques semaines !). Après avoir été exposé au public (moyennnant finances...), son visage est moulé et son corps soumis à la dissection. La bande est démantelée, les complices sont poursuivis, mais dans le public l'heure est désormais à la légende, au mythe, par les chansons, les livres, etc.  Peu à peu l'action publique s'essoufle, il ne reste que la réputation populaire.

Un livre intéressant car il éclaire d'un jour particulier une partie du Paris de l'époque, dans ce qui est explicitement écrit comme dans ce qui peut être lu entre les lignes. Une agréable lecture de vacances. 

Editions du Rocher, Monaco, 2015, 252 pages, 21,- euros.
ISBN : 978-2-268-07650-8.

De l'histoire à la légende
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10 février 2015 2 10 /02 /février /2015 06:15

1515

L'année des ruptures

Jacky Lorette

Chacun sait répondre : 1515 ? Marignan ! Mais cette année est loin de se résumer à cette seule bataille, victoire franco-vénitienne entrée dans le roman national.

Combien de générations d'élèves ont appris cette date comme l'une des plus marquantes de l'histoire de France ? Et pourtant, "n'allons pas croire cependant notre Europe au centre du monde, comme beaucoup pensaient alors que la Terre occupait le coeur de l'univers". Le livre de Jacky Lorette nous invite donc à un tour du monde des empires et des grands souverains, mais aussi des évolutions techniques et scientifiques, et des ruptures culturelles et économiques de la période : "1515 s'inscrit ainsi dans tout un ensemble de ruptures nées d'une évolution profonde, d'une transformation générale et douloureuse de l'environnement géographique et des mentalités humaines, que ne peut permettre d'appréhender le simple récit des événements". Après avoir décrit dans une première partie l'évolution du royaume de France avant l'avènement de François Ier et au début de son règne, puis la bataille elle-même le 13 septembre 1515, l'auteur consacre la seconde a une large évocation du monde, en commençant par un point de situation général de l'état des techniques, de la production et de la répartition des populations, puis en présentant les différents Etats européens du temps d'Espagne en Pologne et de Scandinavie à la péninsule italienne. Il s'intéresse ensuite à la formation des grands empires dans le monde, arabe, mamelouk, iranien, colonial portugais, d'Afrique ou d'Amérique ;  avant de terminer par les échanges culturels et les croyances. Une petite dizaine d'annexes termine l'ouvrage, dont un amusant "Quel âge ont-ils en 1515 ?", liste dans laquelle on retrouve tous les grands noms du siècle, encore enfants ou déjà âgés. L'année n'est peut-être pas absolument, à toutes forces, celle des "ruptures", mais il est intéressant de jeter un regard aigu au-delà des étroites frontières du royaume de France en direction du vaste monde...

L'histoire "globale" ne date pas nécessairement d'aujourd'hui.

L'Archipel, Paris, 2015, 359 pages, 21 euros.

ISBN : 978-2-8098-1613-6.

Marignan ?
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5 février 2015 4 05 /02 /février /2015 05:41

Mémoire sur mon séjour à Paris

Bernin

Un autre regard, décalé, sur la France du XVIIe siècle et ses "grands", nous est offert avec ce petit volume.

Architecte et artiste attitré des Souverains pontifes au XVIIe siècle, Gian Lorenzo Bernini, dit Bernin, séjourne à Paris pendant cinq mois à l'été et à l'automne 1665 à la demande de Louis XIV, et rédige en cette occasion un "mémoire" dans lequel il présente et commente ses rencontres, accompagnant le tout de commentaires parfois peu élogieux pour les grands de France : "Pourquoi donc y a-t-il tant de Français qui se sentent manifestement français, et si peu qui sachent ce que c'est que la France ?". Le propos peut être dur ("Un je-ne-sais-quoi de froid et d'affecté s'est répandu sur les arts ; l'éloquence est suspecte, l'anonymat général"), mettant en avant ce paradoxe d'une quasi-dictature (intellectuelle) rigoriste voire religieuse et dans le même temps d'un esprit très critique à l'égard de Rome. Tout en présentant ses travaux (buste du roi, statue équestre) et ses propositions pour Le Louvre, il décrit les travers de la cour ("On a ici le rire niais et insolent") et brosseau fil des pages le portrait de noms bien connus, de Colbert à Le Nôtre et de Perrault à La Fontaine. Un tableau peu commun de la cour de Louis XIV, et par certains traits du roi lui-même.

Amusant et intéressant. Surtout, un point de vue extérieur qui change des lectures habituelles. Comme quoi on n'est pas toujours vu comme on aimerat l'être...

Berg international, Paris, 2015, 69 pages, 8 euros.

ISBN : 978-2-37020-035-8.

Un Italien à Paris
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14 janvier 2015 3 14 /01 /janvier /2015 06:45

Louvois

Le double de Louis XIV

Jean-Philippe Cénat

Une biographie passionnante, qui présente dans toutes leurs facettes la vie et la carrière du plus puissant et du plus proche ministre de Louis XIV.

Successeur de son père à la tête du ministère de la Guerre (ça aide), Louvois est souvent présenté de façon assez négative, à la différence du souvenir laissé par Colbert. Or, les légendes reconstruites au XVIIIe et au XIXe siècles expliquent en grande partie ces réputations, aussi usurpées l'une que l'autre selon l'auteur. S'appuyant sur une très vaste et complète documentation d'époque mais aussi sur les travaux de référence les plus récents, comme ceux de Thierry Sarmant sur le Grand Siècle cités à plusieurs reprises, Jean-Philippe Cénat s'intéresse bien sûr longuement au rôle de Louvois comme responsable de l'entretien, de l'équipement, de l'organisation de l'armée dans le royaume et de son ravitaillement en campagne. Mais il met engalement en relief l'évolution progressive de son influence au-delà de ces sphères, jusque dans la conduite des opérations. Il s'attarde également sur les nombreuses autres charges de Louvois, dont celle très rémunératrice de surintendant des Postes et relais de France . Jean-Philippe Cénat s'attarde bien sûr longuement sur les relations discrètement mais durement conflictuelles entre les familles Le Tellier Louvois et Colbert, leurs alliés et associés. Le face-à-face entre les deux grands ministres, à la Guerre et aux Finances, s'exprime ainsi à travers la place, les moyens et les missions de la Marine ; mais il ne faut toutefois pas exagérer ces oppositions entre deux clans et considérer que l'un comme l'autre travaillent au-delà deleur richesse personnelle à la grandeur du roi et du royaume. Le puissant ministre est toutefois impliqué dans une succession d'affaires peu glorieuses (celles des Poisons, de la systématisation des 'dragonnades', du ravage du Palatinat, le coût humain et financier du canal de Maintenon, etc.) et se trouve fort engagé dans les 'Réunions' abusives au royaume de France au tournant des années 1680. Les affaires d'Italie et d'Irlande ne se traduisirent pas par les mêmes succès. Son décès aussi rapide qu'inattendu en 1691 fait que l'on parle d'empoisonnement, à l'aube d'une disgrâce annoncée, ou plus simplement crainte.

Qu'il s'agisse des relations de Louvois avec Louis XIV et donc du mode de gouvernement royal (qui évolue dans le temps) ou des actions propres à Louvois dans le cadre de ses responsabilités (ou de celles qu'il s'attribue), le livre est tout à fait passionnant et mérite sans hésitation d'être connu et lu avec soin.

Tallandier, Paris, 2014, 512 pages. 25,90 euros.

ISBN : 979-10-210-0715-4.

Le ministre le plus influent
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Cafés historiques de La Chouette

Prochaine séance : pour la rentrée de septembre. Le programme complet sera très prochainement mis en ligne.

Publications personnelles

Livres

 

doumenc-copie-1.jpgLa Direction des Services automobiles des armées et la motorisation des armées françaises (1914-1918), vues à travers l’action du commandant Doumenc

Lavauzelle, Panazol, 2004.

A partir de ma thèse de doctorat, la première étude d’ensemble sur la motorisation des armées pendant la Première Guerre mondiale, sous l’angle du service automobile du GQG, dans les domaines de l’organisation, de la gestion et de l’emploi, des ‘Taxis de la Marne’ aux offensives de l’automne 1918, en passant par la ‘Voie sacrée’ et la Somme.

 

La mobilisation industrielle, ‘premier front’ de la Grande Guerre ? mobil indus

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2005 (préface du professeur Jean-Jacques Becker).

En 302 pages (+ 42 pages d’annexes et de bibliographie), toute l’évolution industrielle de l’intérieur pendant la Première Guerre mondiale. Afin de produire toujours davantage pour les armées en campagne, l’organisation complète de la nation, dans tous les secteurs économiques et industriels. Accompagné de nombreux tableaux de synthèse.

 

colonies-allemandes.jpgLa conquête des colonies allemandes. Naissance et mort d’un rêve impérial

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2006 (préface du professeur Jacques Frémeaux).

Au début de la Grande Guerre, l’empire colonial allemand est de création récente. Sans continuité territoriale, les différents territoires ultramarins du Reich sont difficilement défendables. De sa constitution à la fin du XIXe siècle à sa dévolution après le traité de Versailles, toutes les étapes de sa conquête entre 1914 et 1918 (388 pages, + 11 pages d’annexes, 15 pages de bibliographie, index et cartes).

 

 caire damasDu Caire à Damas. Français et Anglais au Proche-Orient (1914-1919)

 14/18 Editions, Saint-Cloud, 2008 (préface du professeur Jean-Charles Jauffret).

Du premier au dernier jour de la Grande Guerre, bien que la priorité soit accordée au front de France, Paris entretient en Orient plusieurs missions qui participent, avec les nombreux contingents britanniques, aux opérations du Sinaï, d’Arabie, de Palestine et de Syrie. Mais, dans ce cadre géographique, les oppositions diplomatiques entre ‘alliés’ sont au moins aussi importantes que les campagnes militaires elles-mêmes.

 

hte silesieHaute-Silésie (1920-1922). Laboratoire des ‘leçons oubliées’ de l’armée française et perceptions nationales

‘Etudes académiques », Riveneuve Editions, Paris, 2009.

Première étude d’ensemble en français sur la question, à partir du volume de mon habilitation à diriger des recherches. Le récit détaillé de la première opération civilo-militaire moderne d’interposition entre des factions en lutte (Allemands et Polonais) conduite par une coalition internationale (France, Grande-Bretagne, Italie), à partir des archives françaises et étrangères et de la presse de l’époque (381 pages + 53 pages d’annexes, index et bibliographie).

 

cdt armee allde Le commandement suprême de l’armée allemande 1914-1916, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général von Falkenhayn 

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Le texte original de l’édition française de 1921 des mémoires de l’ancien chef d’état-major général allemand, accompagné d’un dispositif complet de notes infrapaginales permettant de situer les lieux, de rappeler la carrière des personnages cités et surtout de comparer ses affirmations avec les documents d’archives et les témoignages des autres acteurs (339 pages + 34 pages d’annexes, cartes et index).

 

chrono commChronologie commentée de la Première Guerre mondiale

Perrin, Paris, 2011.

La Grande Guerre au jour le jour entre juin 1914 et juin 1919, dans tous les domaines (militaire, mais aussi politique, diplomatique, économique, financier, social, culturel) et sur tous les fronts. Environ 15.000 événements sur 607 pages (+ 36 pages de bibliographie et d’index).

 

 Les secrets de la Grande Guerrecouverture secrets

Librairie Vuibert, Paris, 2012.

Un volume grand public permettant, à partir d’une vingtaine de situations personnelles ou d’exemples concrets, de remettre en lumière quelques épisodes peu connus de la Première Guerre mondiale, de la question du « pantalon rouge » en août 1914 à l’acceptation de l’armistice par von Lettow-Vorbeck en Afrique orientale, après la fin des hostilités sur le théâtre ouest-européen.

 

Couverture de l'ouvrage 'Mon commandement en Orient'Mon commandement en Orient, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général Sarrail

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2012

Le texte intégral de l'édition originale, passé au crible des archives publiques, des fonds privés et des témoignages des acteurs. Le récit fait par Sarrail de son temps de commandement à Salonique (1915-1917) apparaît véritablement comme un exemple presque caricatural de mémoires d'autojustification a posteriori

 

 

Coordination et direction d’ouvrages

 

Destins d’exception. Les parrains de promotion de l’Ecole Spéciale Militaire de Saint-Cyr

SHAT, Vincennes, 2002.

Présentation (très largement illustrée, 139 pages) des 58 parrains qui ont donné leur nom à des promotions de Saint-Cyr, entre la promotion « du Prince Impérial » (1857-1858) et la promotion « chef d’escadrons Raffalli » (1998-2001).

 

fflLa France Libre. L’épopée des Français Libres au combat, 1940-1945

SHAT, Vincennes et LBM, Paris, 2004.

Album illustré présentant en 191 pages l’histoire et les parcours (individuels et collectifs) des volontaires de la France Libre pendant la Seconde guerre mondiale.

 

marque courageLa marque du courage

SHD, Vincennes et LBM, Paris, 2005.

Album illustré présentant en 189 pages l’histoire des Croix de Guerre et de la Valeur Militaire, à travers une succession de portraits, de la Première Guerre mondiale à la Bosnie en 1995. L’album comporte en annexe une étude sur la symbolique, les fourragères et la liste des unités d’active décorées.

 

  90e anniversaire de la Croix de guerre90-ANS-CROIX-DE-GUERRE.jpg

SHD, Vincennes, 2006.

Actes de la journée d’études tenue au Musée de l’Armée le 16 novembre 2005. Douze contributions d’officiers historiens et d’universitaires, français et étrangers, de la naissance de la Croix de guerre à sa perception dans la société française, en passant les décorations alliées similaires et ses évolutions ultérieures.

 

france grèceLes relations militaires franco-grecques. De la Restauration à la Seconde guerre mondiale 

SHD,Vincennes, 2007.

Durant cette période, les relations militaires franco-grecques ont été particulièrement intenses, portées à la fois par les sentiments philhellènes qui se développent dans l’hexagone (la France est l’une des ‘Puissances protectrices’ dès la renaissance du pays) et par la volonté de ne pas céder d’influence aux Anglais, aux Allemands ou aux Italiens. La campagne de Morée en 1828, l’intervention en Crète en 1897, les opérations en Russie du Sud  en 1919 constituent quelques uns des onze chapitres de ce volume, complété par un inventaire exhaustif des fonds conservés à Vincennes.

 

verdunLes 300 jours de Verdun

Editions Italiques, Triel-sur-Seine, 2006 (Jean-Pierre Turbergue, Dir.).

Exceptionnel album de 550 pages, très richement illustré, réalisé en partenariat entre les éditions Italiques et le Service historique de la Défense. Toutes les opérations sur le front de Verdun en 1916 au jour le jour.

 

DICO-14-18.jpgDictionnaire de la Grande Guerre

(avec François Cochet), 'Bouquins', R. Laffont, 2008.

Une cinquantaine de contributeurs parmi les meilleurs spécialistes de la Grande Guerre, 1.100 pages, 2.500 entrées : toute la Première Guerre mondiale de A à Z, les hommes, les lieux, les matériels, les opérations, les règlements, les doctrines, etc.

 

fochFerdinand Foch (1851-1929). Apprenez à penser

(avec François Cochet), 14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Actes du colloque international tenu à l’Ecole militaire les 6 et 7 novembre 2008. Vingt-quatre communications balayant tous les aspects de la carrière du maréchal Foch, de sa formation à son héritage dans les armées alliées par des historiens, civils et militaires, de neuf nations (461 pages + 16 pages de bibliographie).

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