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15 décembre 2013 7 15 /12 /décembre /2013 06:20

Le roi, la cour et Versailles

Le coup d'éclat permanent, 1682-1789

Alexandre Maral

Alexandre Maral, conservateur en chef du prestigieux château de Versailles, était sans doute le mieux placé pour rédiger cet ouvrage très complet, en quelque sorte "Versailles, mode d'emploi par le roi".

Après une assez longue introduction qui rappelle toute la genèse du château voulu par Louis XIV, le livre est structuré en trois grandes parties qui traitent de l'organisation matérielle, des valeurs illustrées et véhiculées et finalement de la vie (voulue et réglée) dans ce cadre exceptionnel : "Le théâtre royal", "L'art de régner" et "La civilisation de cour".Le lecteur pénètre ainsi au coeur des activités quotidiennes comme des grands événements de la Cour à plusieurs niveaux, qu'il s'agisse des moyens attribués et de l'organisation mise en oeuvre, de la volonté de représentation (au sens presque théâtral du terme) qui sous-tend les activités, ou de leur description effective lorsqu'elles se déroulent. Du lerver du monarque à la messe dite à son intention, de ses repas à ses loisirs, toute une organisation, extrêmement précise et méticuleuse, est déployée pour que le souverain apparaisse toujours "en majesté", triomphant. Cette réalité n'est pas exempte d'autres vérités, moins nobles parfois, dans l'art de disgrâcier tel ou tel, d'opposer les uns aux autres, de tenir en laisse les puissants du royaume. De même, les ambitions s'y déchaînent et "la cour n'était pas seulement un temple du culte royal, mais aussi un complot marchand pour les intérêts des élites". Un monde en lui-même, soigneusement contrôé et pourtant si divers et l'auteur n'oublie pas de dresser le portrait de quelques grands personnages de la cour, des Rohan aux Noailles par exemple. Enfin, contrairement aux apparences, tout n'y est pas immuable et, sous le règne de Louis XIV comme sous ses successeurs, des adaptations successives voient le jour.

Tout cela est décrit avec précision, de multiples exemples ponctuent le texte et les citations sont nombreuses. Avec ce livre, vous pénétrez dans "l'arrière-cour", derrière les tentures, pour approcher le quotidien à jamais disparu d'une époque exceptionnelle.

Perrin, Paris, 2013, 520 pages, 25 euros.

ISBN : 978-2-262-03520-4

Une mécanique d'horlogerie
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6 octobre 2013 7 06 /10 /octobre /2013 06:30

Chroniques de la Régence

Alexandre Dumas

Entre intrigues politiques, hauts faits d'armes, sucès et échecs diplomatiques, mais aussi favoris et favorites, sur fond de raffinement et de recherche du plaisir, voici la réédition d'un nouvel opus de l'histoire de France vue par l'auteur des Trois Mousquetaires.

Comme pour les ouvrages précédents (ici et ici), il ne s'agit pas stricto sensu d'un livre d'histoire, mais d'un récit historique dont Claude Schopp nous dit dans sa préface "que l'on pourrait considérer comme hybride, contamination de l'Histoire par des techniques romanesques". Alexandre Dumas résume lui-même son propos en  disant : "Le XVIIIe siècle, c'est la chute du trône, c'est la profanation de l'autel". L'ouvrage couvre donc la période allant de la mort de Louis XIV à la mort du régent, et s'attarde loguement sur les principaux personnages du temps : le duc d'orléans, bien sûr, mais aussi le prince de Conti, la duchesse de Berry, Mesdemoiselles de Chartes et de Valois, d'Argenson, le duc de Noailes, l'abbé Dubois, de Villars. Il s'intéresse (autant que Dumas puisse en connaître) à la question des finances du royaume et au système Law mais surtout aux relations officielles et officieuses avec l'Angleterre et l'Espagne. Dumas s'attarde également sur le thème des "soupers du Palais-Royal", des bals, de l'Opéra, des amours et des "Harems de filles de joie et de religieuses", des passades de l'une et des mariage de l'autre, etc.

Ce que la rigueur historique perd en authenticité, la littérature le gagne en plaisir de lecture. Les dessus et les dessous de la Régence (un peu dans l'esprit des premières phases du film 'Si Versailles m'était conté') comme si vous les viviez. C'est la force d'un grand romancier, surtout lorsqu'il se pique d'histoire.

Librairie Vuibert, Paris, 2013, 348 pages. 17,90 euros.

ISBN : 978-2-311-10012-9.

Favoris et courtisanes
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25 septembre 2013 3 25 /09 /septembre /2013 06:25

Les Mousquetaires

ou la violence d'Etat

Rémi Masson

Aller au-delà du d’Artagnan d’Alexandre Dumas ? C’est ce que nous propose Rémi Masson dans ce petit livre fort bien venu et facile à lire qui nous raconte la véritable histoire des mousquetaires du roi.

Le propos, organisé en sept grandes parties, est essentiellement chronologique, à partir de la création de la première compagnie (probablement à la fin de l’année 1622), dont la réputation est bientôt telle que Louis XIII fait le choix de s’en désigner lui-même le capitaine ! Hommes de confiance réputés pour leur bravoure et leur courage, devenus unités d’élite sous le commandement de monsieur de Tréville, ils accompagnent le roi non seulement à la guerre mais aussi à la chasse, dans ses déplacements, assurent sa sécurité rapprochée, gardes du corps aussi bien que troupe d’assaut. Au fil des chapitres (« Au service de Louis XIV », « Une unité d’élite », « Des professionnels de la violence », « Haute police et paix civile »), l’auteur nous donne une multitude d’informations très précises sur la tenue, l’équipement, la formation, les revenus, les campagnes bien sûr avec la victoire « à la Pyrrhus » de Maastricht et toute la problématique de la guerre de siège, la place de la (petite) noblesse et l’influence que celle-ci exerce sur l’esprit de corps très particulier des Mousquetaires alors que les armées et le monde évoluent. Ils sont également employés pour participer à la répression des révoltes qui, dans le Nord, dans le Vivarais ou en Bretagne, secouent le royaume, même s’ils s’efforcent de « garder les mains propres » par rapport aux dragons et gardes françaises. Après le siège d’Ypres en 1678, puis celui de Courtrai en 1683, la bataille de Malplaquet marque à la fois l’apogée et le début de la fin pour les Mousquetaires. L'heure est aux réformes et ils sont les héritiers d'un siècle en voie de disparition. Les effectifs sont diminués, puis les compagnies supprimées à la veille de la Révolution. Difficilement et de façon très éphémère reconstitué sous la première Restauration, le corps des Mousquetaires du roi disparait définitivement en 1815, laissant un souvenir double, d’unité d’élite et d’inadaptation aux temps modernes.

Un bel appareil de notes et une copieuse bibliographie complètent ce livre à bien des égards passionnant. 

Vendémiaire, Paris, 2013, 158 pages, 18 euros.
ISBN : 978-2-36358-117-4

Gardes du roi et troupe d'élite
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12 juillet 2013 5 12 /07 /juillet /2013 06:35

Henri IV

L'énigme du roi sans tête

Stéphane Gabet et Philippe Charlier

Un roman morbide, une aventure scientifique, "les experts à Saint-Denis" !

Le mystère commence lorsque Louis XVIII, en 1817, fait ouvrir les fosses communes révolutionnaires de Saint-Denis pour recueillir les restes des anciens rois de France dont les tombes avaient été profanées en 1793 : le corps d'Henri IV a été décapité et la tête est introuvable. Une tête "réapparait" en 1919 à Montmartre, mais personne ne veut croire qu'il s'agit de celle du "bon roy Henri" et il faut attendre 2011 pour que finalement, au terme d'une incroyable enquête scientifique avec scanner, analyse ADN et renfort de l'informatique. Les deux auteurs, journaliste d'investigation et médecin légiste, reviennent en détail à la fois sur le périple de cette tête pendant plus d'un siècle ("Contre-enquête historique", pp. 93-108), et sur les trois années d'enquête qui leur ont été nécessaires pour obtenir une quasi-certitude. Dans ce véritable parcours du combattant, le "casse-tête administratif" car, par exemple, "les reliques conservées à Saint-Denis sont effet à la fois un objet archéologique, des pages d'une histoire familiale et des objets mobiliers qui appartiennent à l'Etat. Et Saint-Denis est à la fois un édifice national dépendant de l'Etat, classé à l'inventaire des Monuments historiques, une église et une nécropole familiale". On comprend qu'avant la réussite finale (voir en annexe 2 le récapitulatif des 23 arguments médico-historiques ayant permis l'identification), les échecs et les désillusions se soient multipliées. Et l'on admire la ténacité des deux enquêteurs.

On apprécie le "cahier photos" central, et les six pages de dense bibliographie finale. Une enquête historique en médecine légale : n'est-ce pas un bon sujet de livre pour les vacances ?

Librairie Vuibert, Paris, 2013, 157 pages. 16,90 euros.

ISBN : 978-2-311-01367-2

L'énigme de la tête d'Henri IV
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11 juin 2013 2 11 /06 /juin /2013 06:50

Léonard de Vinci

Homme de guerre

Pascal Brioist

Le nom de Léornard de Vinci est immédiatement associé au mouvement artistique de la Renaissance et chacun sait plus ou moins qu'au-delà de ses talents de peintre, il a dessiné de très nombreux objets et matériels "futuristes". Pascal Brioist, dans cet ouvrage, nous présente le parcours et les travaux de l'ingénieur militaire.

Il étudie d'abord la formation de Léonard de Vinci et explique comment celui-ci a pu être formé à l'art de la guerre et à celui des fortifications, puis s'attarde en détail sur son action, son rôle, sa place mais aussi ses influences lorsqu'il est successivement au service de Florence, de Venise et de Milan. C'est dire l'atmosphère qui l'entoure : l'époque glorieuse de la Sérénissime, la puissance des Sforza, le faste des Médicis, l'Italie des Condottieri... C'est le temps de Machiavel et du pape Alexandre VI, mort empoisonné. Tout en racontant les campagnes militaires de l'époque en Italie centrale et du nord, Pascal Brioist n'oublie jamais son héros, qui y participe activement et à l'occasion desquelles, comme ingénieur militaire, il est particulièrement bien rémunéré (p. 217). Léonard de Vinci y apparait presque comme un "chef d'entreprise", qui discute les projets, propose ses plans, sous-traite la réalisation à des artisans qu'il contrôle. Constructions et aménagements de places fortes, balistique, hydrologie (il pense pouvoir détourner le cours de l'Arno pour Florence en guerre contre Pise), combinaisons et appareils de plongée, principe du sous-marin, miroirs paraboliques incendiaires (en souvenir du siège de Syracuse), etc. : aucun domaine des techniques militaires ne lui semble étranger et l'auteur nous précise au fur et à mesure ses différentes contributions (avérées ou supposées) aux différentes campagnes. On apprécie ici les nombreux extraits de documents d'époque et les diversité des références d'archives utilisées.

Au total, outre la (re)découverte précise d'un homme et de son oeuvre, Pascal Brioist nous offre aussi un vaste tableau des conflits qui opposent les flamboyantes seigneuries italiennes de la Renaissance, de la vitalité et de la puissance de ces cités, de la "révolution" militaire en marche, des théoriciens du temps et des grands capitaines, de la violence des affrontements aussi, qui tranche (sans jeu de mots) avec le raffinement d'une culture en plein essor (voir le récit de la campagne française contre Gênes et l'entrée triomphale et incroyablement fastueuse de Louis XII dans MIlan). Un livre qui passionnera tous les amateurs de cette extraordinaire période d'ébullition intellectuelle.

Alma éditeur, Paris, 2013, 359 pages, 24 euros.

ISBN : 978-2-36-279070-6

Plus important que la Joconde ?
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26 mai 2013 7 26 /05 /mai /2013 06:50

Révoltes et révolutions dans l'Europe moderne

Yves-Marie Bercé

Reprise d'un ouvrage initialement paru aux PUF en 1980, le volume est hélas daté sur certains points. Il n'en demaure pas moins qu'il s'agit d'une étude de fond sur une période assez rarement traitée en tant que telle et qui reste de ce fait, malgré tout, de référence.

Plutôt que d'étudier successivement les différentes révoltes les unes après les autres, Yves-Marie Bercé a fait le choix d'un plan à dominante thématique qui permet de mieux saisir les éléments communs, et les différences, les lignes de force et les aspects ponctuels ou locaux. Des Provinces-Unies (futurs Pays-Bas) en Angleterre, de Hongrie en Moscovie, dans une atmosphère à la fois d'affaiblissement de l'Etat et de contestation de celui-ci, il nous propose d'identifier les meneurs de ces révoltes (le rôle des clercs et des prètres), les conditions sociales, politiques et économiques du temps, l'organisation de "partis" politique finalement assez modernes à certains égards, le rapport entre villes et campagnes et les procédés révoltionnaires qui peuvent être identifiés, la place de certains groupes (les jeunes, les femmes), le caractère de "défouloir" de certaines révoltes dont naissent de véritables fêtes popualires, mais aussi les réaction des Etats menacés, l'intervention militaire, le caractère parfois très violent des insurrections comme de la répression. L'auteur dresse dans les derniers chapitres (6 et 7) un tableau très complet des nombreuses révoltes paysannes qui surgissent du XVIe au XVIIIe siècles en Europe centrale et orientale, dont la célèbre "guerre des paysans" en Allemagne. Il se refuse en conclusion à tirer des "lois historiques" générales de cette étude, mais observe en particulier que "le plus souvent les insurgés reconnaissaient pour chefs des cadres traditionnels, tels le seigneur, le curé ou le maire", ce qui peut interdire d'y voir à proprement parler un processus révolutionnaire. Il réaffirme également, dans une postface à la nouvelle édition, ce point commun : tous les rebelles et révoltés se sentent "innocents" et sûrs de "leur bon droit". Leurs mouvements sont donc "étrangers à l'idée de subversion". Mais peut-être l'annonce-t-elle ?

Une plongée peu courante au coeur des révoltes populaires de la période moderne.

Coll. 'Biblis', CNRS Editions, Paris, 2013, 273 pages, 10 euros.

ISBN : 978-2-271-07782-0.

Rébellions récurrentes
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13 mai 2013 1 13 /05 /mai /2013 06:59

Lépante

La crise de l'empire ottoman

Michel Lesure

Parallèlement à la consécration des « forces profondes » comme véritable moteur de l’histoire, certains événements spectaculaires n’en finissent pas de fasciner. Au sein de ce panthéon, la défaite inattendue de la toute-puissante flotte turque face à une coalition improbable d’escadres chrétiennes le 7 octobre 1571 occupe une place de premier ordre.

Il ne s’agit cependant pas uniquement pour Michel Lesure, spécialiste du monde ottoman et de ses relations avec Venise et la France au XVIème siècle, de retracer le déroulement d’une simple bataille navale. La question qu’il pose, dès 1972 dans la première édition de cet ouvrage, est celle de la portée véritable de ce qui est souvent perçu comme « un choc décisif entre deux civilisations, un retournement de l’histoire ».  Parfois loin de la mer elle-même, peu propice à la production de sources, le véritable projet de l’auteur est ici de présenter un aperçu des équilibres et des mentalités d’un XVIe siècle méditerranéen marqué par la crise d’un empire ottoman paradoxalement encore en pleine expansion.

Au service de ce but ambitieux, la pensée suit un plan à la fois chronologique et thématique. Dans une première partie correspondant aux mois précédant la rencontre, l’auteur s’attarde sur la difficile formation de la Sainte Ligue et sur les différentes représentations qui unissent comme fragmentent le camp chrétien. En miroir, la troisième partie présente la réaction de la Sublime Porte à l’annonce de la défaite et l’impact de celle-ci sur l’empire. Entre les deux, la seconde partie se consacre non seulement à la description de la bataille, mais encore à ses conséquences stratégiques à court terme. Cette triple approche s’appuie sur mise en perspective convaincante de lettres et de textes d’archives, notamment turques, en alternance avec des passages plus analytiques.

L’évènement exceptionnel, sans être ignoré, devient ainsi prétexte à une véritable « coupe transversale » des années 1570-1573, laissant apercevoir de nombreuses thématiques plus pérennes. Sont notamment abordés les modes de gouvernement ottoman, les rapports de pouvoir entre le centre et les provinces de l’empire, ou encore les difficultés que présentent déjà la planification et l’exécution d’une véritable opération internationale. A rebours d’une perspective marxiste, l’importance des individus est ici soulignée, et leurs témoignages croisés mis à contribution pour tenter de reconstituer les conceptions stratégiques de l’époque. Enfin, l’aspect maritime, bien sûr, n’est pas oublié, l’ouvrage présentant des informations très détaillées sur les paradigmes réels de la guerre navale moderne, mais surtout sur la nature des flottes en présence et sur les efforts à consentir pour en (ré)armer une.

Car c’est bien, au-delà de la victoire obtenue sur le terrain, c’est la capacité à remplacer rapidement les unités détruites et la lassitude des populations qui décide de l’issue du conflit qui s’achève en 1573. Ressentie comme l’accomplissement d’une treizième croisade par les populations d’Espagne et d’Italie, Lépante ne débouche en effet, à défaut de pouvoir être exploitée, que sur la perte de Chypre. Face à la désunion du camp chrétien, les seules conséquences de ce choc retentissant auront ainsi été de provoquer un sursaut ottoman salutaire et de détourner l’Espagne vers l’Europe et l’Amérique. Mais c’est finalement par son inutilité même au regard de son ampleur, en éloignant les deux « blocs » d’une confrontation frontale  en Méditerranée, que la bataille justifie pour Michel Lesure son statut exceptionnel : elle marque véritablement la fin des croisades et l’entrée dans la modernité.

Paul-Ascylte Aguila

Folio Histoire, Paris, 2013, 400 pages. 9,10 euros.

ISBN : 978-2-07-045087-9.

La plus grande bataille navale
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22 février 2013 5 22 /02 /février /2013 07:04

Le siècle de Louis XV

Pierre Gaxotte

  Siecle-Louis-XIV816.jpg

D'aucuns pourront sans doute dire que ce livre, dont la première édition est parue en 1933, est dépassé dans le foisonnement de l'historiographie récente. Mais, comme le souligne dans sa préface Michel Antoine, "les libraires reçoivent tant de commandes de ce livre que, pour les satisfaire, il n'est d'autre solution que d'en remettre sous presse la dernière version revue et enrichie ... Un faveur aussi durable pour cet ouvrage tient à ses mérites de forme et de fond". Ajoutons que parfaitement rédigé dans une langue extrêmement agréable, il est tout autant un livre d'histoire qu'un plaisir de lecture.

Organisé en 13 grands chapitres qui reprennent chronologiquement la vie et le règne du "Bienaimé", le livre aborde toute les questions et évoque tous les grands personnages du siècle. De la mort de Louis XIV, de la Régence et du rôle des Grands ("Si la Régence fut bien une révolution, ce ne fut encore qu'une révolution des ducs et des pairs") aux luttes contre le Parlement et au départ de "la" du Barry, en passant par les questions coloniales (guerre contre l'Angleterre, les Indes, les Antilles et les "quelques arpents de neige" du Canada), l'émergence des Lumières "libérales", l'acquisition de la Lorriane et de la Corse (qui place presque la France dans ses frontières actuelles), ou la question récurrente des révoltes contre l'impôt dans plusieurs provinces, tous les aspects du règne sont étudiés. Contrairement aux publications de la génération antérieure (et parfois de certains successeurs), Pierre Gaxotte ne juge pas Louis XV et ses actions à l'aune des évènements ultérieurs et de la Révolution de 1789, mais en contextualisant les faits par rapport à leur propre passé. Il porte, en conclusion, un jugement modéré : "Cette révolution que certains annoncent, il l'a commencée de ses mains, sans crimes et sans violences, dans tout ce qu'elle a de raisonnable et de nécessaire". L'histoire est en effet rarement univoque.

Un excellent volume de synthèse (doté par ailleurs d'un bel index) dont la lecture ravira à la fois les amateurs d'histoire et, plus largement, ceux qui apprécient une "belle prose".

Coll. 'Texto', Tallandier, Paris, 2013, 487 pages, 11 euros.
ISBN : 979-10-210-0063-6.

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21 janvier 2013 1 21 /01 /janvier /2013 07:05

Charles Quint

Pierre Chaunu et Michèle Escamilla

Charles-Quint735.JPG

 

Aucun autre souverain des temps modernes ne régna sur un territoire aussi étendu et, si l'on prend en compte un domaine colonial encore très largement inexploré, cette affirmation peut être étendue à l'ensemble des périodes historiques. Et quand deux grands historiens, spécialistes de l’Espagne, unissent leurs compétences, le résultat ne peut être qu’intéressant. Ce livre imposant (même en format ‘poche’) est en fait judicieusement constitué par deux parties, complémentaires et associées en cohérence, mais totalement distinctes par leur mode de traitement du personnage.

La première, sous la signature de Pierre Chaunu, est une biographie historique au sens classique du terme. Sous le titre « De tant d’héritages accablé », elle nous raconte la vie de Charles de Gand, héritier de Bourgogne, des Pays-Bas, d’Espagne, roi des Romains et empereur germanique. Une vie à l’époque où le monde change, où un interminable conflit avec les rois de France (on se souvient de la bataille de Pavie et de l’invasion de la Provence) constitue un facteur de déséquilibre et de risques aussi important que la réforme de Luther ou le danger turc. Les questions d'héritage(s), familiales et de cohésion politique de cet ensemble territorial sont présentes à chaque page, compliquées par les alliances à maintenir et les guerres à conduire d'une extrémité à l'autre du continent. C’est assez dire si la vie de ce souverain, grand politique, intéresse l’histoire de toute l’Europe au-delà de son abdication finale.

La seconde, rédigée par Michèle Escamilla, s’efforce de rechercher qui était l’homme derrière l’empereur, mais il est « secret, mystérieux, difficile à atteindre ». En six chapitres, l’historienne s’intéresse à l’environnement, au cadre de vie, aux relations, aux références culturelles et religieuses de Charles Quint pour affiner petit à petit son personnage. Elle insiste en particulier, bien sûr, sur son rapport au catholicisme et sa pratique religieuse comme à la papauté (au plan temporel et spirituel), sur le repli au monastère de Yuste et interroge une notion intéressante : « L’empereur errant, l’Espagne au cœur ». L’épilogue traite du « Dernier voyage : la mort de Charles Quint », parfaitement décrite et contextualisée en une trentaine de pages. Dans sa conclusion, Pierre Chaunu fait rapidement le procès de l’école des Annales, dont il est pourtant issu, pour justifier le choix de rédiger la biographie d’un grand souverain et de traiter d’histoire militaire. Il rappelle ensuite l’importance de la religion catholique pour Charles Quint et son attachement à l’Espagne, au plus profond de lui-même, torturé peut-être, inquiet au moins, déchiré entre ses responsabilités politiques et dynastiques d’une part et sa foi de l’autre : « Voilà la faute : avoir suivi à Worms sa conscience et l’intelligence politique. Il a fini par ne plus pouvoir se pardonner ce qui fut pendant un quart de siècle sa vraie grandeur ».

Un grand livre à petit prix, particulièrement intéressant.

Coll. ‘Texto’, Tallandier, Paris, 2013 (rééd.), 1180 pages. 12,50 euros.

ISBN : 979-10-210-0055-1.

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15 décembre 2012 6 15 /12 /décembre /2012 07:00

Chants et musiques des combattants

de la guerre d’Indépendance américaine

Thierry Bouzard

  Amerique698.jpg

Un petit livre à la fois léger et solidement documenté. Spécialiste des répertoires musicaux militaires (il anime le site Canticum militare), Thierry Bouzard revient à travers le prisme particulier des musiques et hymnes militaires sur un épisode particulier : la naissance des Etats-Unis d’Amérique. En effet, « la guerre d’Indépendance est une occasion d’aborder l’histoire militaire sous l’angle musical en confrontant quatre répertoires contemporains aux opérations (anglais, allemand, français, espagnol), tout en assistant à la naissance d’un cinquième (américain) et aux débuts de la disparition d’un sixième (indien) ».

Après avoir brossé (pp. 13-18) le tableau de la situation politique et militaire entre le milieu du XVIIIe s. et 1783, l’auteur nous explique ce qu’est, et ce que représente, la musique militaire à l’époque (pp. 19-24), avant d’en arriver à la constitution d’un répertoire américain spécifique (pp. 24-40). Il détaille ensuite ce que seront les emprunts aux Etats allemands, à la France et à l’Espagne (pp. 41-59), aussi bien pour les marches que pour les batteries et sonneries réglementaires. Thierry Bouzard en vient ensuite aux chansons de soldat, là aussi des différentes nationalités, et il n’oublie ni les Québécois, ni les Indiens (dont 13.000 environ combattirent aux côtés des Britanniques). Enfin, les chants des marins anglais et français terminent ce volume. Une façon de ne pas oublier que les instruments de musiques ont toujours accompagné les armées, dans la paix comme dans la guerre. Au total, on retrouve, pour chacun des pays concernés, de « grands classiques » de la chanson et de la musique, non seulement militaires, mais populaires.

L’auteur a fait le choix judicieux d’inclure, au fil du texte, toutes les partitions des musiques et chants cités : si vous avez quelques notions de solfège et un instrument, vous allez pouvoir vous lancer, et agrémentez vos prochaines soirées familiales ! Plus sérieusement (ou si vous n’êtes pas vous-même musicien), vous trouverez dans ce petit volume des exemples parfois étonnants de transferts culturels (ou de rejets) en temps de guerre.

Une petite histoire des nations en guerre présentée en fa dièse !

Muller éditions, Paris, 2012, 177 pages, 24 euros.

ISBN : 979-10-90947-07-8

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Qui Suis-Je ?

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  • : Guerres et conflits XIXe-XXIe s. se fixe pour objectif d’être à la fois (sans prétendre à une exhaustivité matériellement impossible) un carrefour, un miroir, un espace de discussions. Sans être jamais esclave de la « dictature des commémorations », nous nous efforcerons de traiter le plus largement possible de toutes les campagnes, de tous les théâtres, souvent dans une perspective comparatiste. C’est donc à une approche globale de l’histoire militaire que nous vous invitons.
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Cafés historiques de La Chouette

Prochaine séance : pour la rentrée de septembre. Le programme complet sera très prochainement mis en ligne.

Publications personnelles

Livres

 

doumenc-copie-1.jpgLa Direction des Services automobiles des armées et la motorisation des armées françaises (1914-1918), vues à travers l’action du commandant Doumenc

Lavauzelle, Panazol, 2004.

A partir de ma thèse de doctorat, la première étude d’ensemble sur la motorisation des armées pendant la Première Guerre mondiale, sous l’angle du service automobile du GQG, dans les domaines de l’organisation, de la gestion et de l’emploi, des ‘Taxis de la Marne’ aux offensives de l’automne 1918, en passant par la ‘Voie sacrée’ et la Somme.

 

La mobilisation industrielle, ‘premier front’ de la Grande Guerre ? mobil indus

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2005 (préface du professeur Jean-Jacques Becker).

En 302 pages (+ 42 pages d’annexes et de bibliographie), toute l’évolution industrielle de l’intérieur pendant la Première Guerre mondiale. Afin de produire toujours davantage pour les armées en campagne, l’organisation complète de la nation, dans tous les secteurs économiques et industriels. Accompagné de nombreux tableaux de synthèse.

 

colonies-allemandes.jpgLa conquête des colonies allemandes. Naissance et mort d’un rêve impérial

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2006 (préface du professeur Jacques Frémeaux).

Au début de la Grande Guerre, l’empire colonial allemand est de création récente. Sans continuité territoriale, les différents territoires ultramarins du Reich sont difficilement défendables. De sa constitution à la fin du XIXe siècle à sa dévolution après le traité de Versailles, toutes les étapes de sa conquête entre 1914 et 1918 (388 pages, + 11 pages d’annexes, 15 pages de bibliographie, index et cartes).

 

 caire damasDu Caire à Damas. Français et Anglais au Proche-Orient (1914-1919)

 14/18 Editions, Saint-Cloud, 2008 (préface du professeur Jean-Charles Jauffret).

Du premier au dernier jour de la Grande Guerre, bien que la priorité soit accordée au front de France, Paris entretient en Orient plusieurs missions qui participent, avec les nombreux contingents britanniques, aux opérations du Sinaï, d’Arabie, de Palestine et de Syrie. Mais, dans ce cadre géographique, les oppositions diplomatiques entre ‘alliés’ sont au moins aussi importantes que les campagnes militaires elles-mêmes.

 

hte silesieHaute-Silésie (1920-1922). Laboratoire des ‘leçons oubliées’ de l’armée française et perceptions nationales

‘Etudes académiques », Riveneuve Editions, Paris, 2009.

Première étude d’ensemble en français sur la question, à partir du volume de mon habilitation à diriger des recherches. Le récit détaillé de la première opération civilo-militaire moderne d’interposition entre des factions en lutte (Allemands et Polonais) conduite par une coalition internationale (France, Grande-Bretagne, Italie), à partir des archives françaises et étrangères et de la presse de l’époque (381 pages + 53 pages d’annexes, index et bibliographie).

 

cdt armee allde Le commandement suprême de l’armée allemande 1914-1916, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général von Falkenhayn 

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Le texte original de l’édition française de 1921 des mémoires de l’ancien chef d’état-major général allemand, accompagné d’un dispositif complet de notes infrapaginales permettant de situer les lieux, de rappeler la carrière des personnages cités et surtout de comparer ses affirmations avec les documents d’archives et les témoignages des autres acteurs (339 pages + 34 pages d’annexes, cartes et index).

 

chrono commChronologie commentée de la Première Guerre mondiale

Perrin, Paris, 2011.

La Grande Guerre au jour le jour entre juin 1914 et juin 1919, dans tous les domaines (militaire, mais aussi politique, diplomatique, économique, financier, social, culturel) et sur tous les fronts. Environ 15.000 événements sur 607 pages (+ 36 pages de bibliographie et d’index).

 

 Les secrets de la Grande Guerrecouverture secrets

Librairie Vuibert, Paris, 2012.

Un volume grand public permettant, à partir d’une vingtaine de situations personnelles ou d’exemples concrets, de remettre en lumière quelques épisodes peu connus de la Première Guerre mondiale, de la question du « pantalon rouge » en août 1914 à l’acceptation de l’armistice par von Lettow-Vorbeck en Afrique orientale, après la fin des hostilités sur le théâtre ouest-européen.

 

Couverture de l'ouvrage 'Mon commandement en Orient'Mon commandement en Orient, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général Sarrail

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2012

Le texte intégral de l'édition originale, passé au crible des archives publiques, des fonds privés et des témoignages des acteurs. Le récit fait par Sarrail de son temps de commandement à Salonique (1915-1917) apparaît véritablement comme un exemple presque caricatural de mémoires d'autojustification a posteriori

 

 

Coordination et direction d’ouvrages

 

Destins d’exception. Les parrains de promotion de l’Ecole Spéciale Militaire de Saint-Cyr

SHAT, Vincennes, 2002.

Présentation (très largement illustrée, 139 pages) des 58 parrains qui ont donné leur nom à des promotions de Saint-Cyr, entre la promotion « du Prince Impérial » (1857-1858) et la promotion « chef d’escadrons Raffalli » (1998-2001).

 

fflLa France Libre. L’épopée des Français Libres au combat, 1940-1945

SHAT, Vincennes et LBM, Paris, 2004.

Album illustré présentant en 191 pages l’histoire et les parcours (individuels et collectifs) des volontaires de la France Libre pendant la Seconde guerre mondiale.

 

marque courageLa marque du courage

SHD, Vincennes et LBM, Paris, 2005.

Album illustré présentant en 189 pages l’histoire des Croix de Guerre et de la Valeur Militaire, à travers une succession de portraits, de la Première Guerre mondiale à la Bosnie en 1995. L’album comporte en annexe une étude sur la symbolique, les fourragères et la liste des unités d’active décorées.

 

  90e anniversaire de la Croix de guerre90-ANS-CROIX-DE-GUERRE.jpg

SHD, Vincennes, 2006.

Actes de la journée d’études tenue au Musée de l’Armée le 16 novembre 2005. Douze contributions d’officiers historiens et d’universitaires, français et étrangers, de la naissance de la Croix de guerre à sa perception dans la société française, en passant les décorations alliées similaires et ses évolutions ultérieures.

 

france grèceLes relations militaires franco-grecques. De la Restauration à la Seconde guerre mondiale 

SHD,Vincennes, 2007.

Durant cette période, les relations militaires franco-grecques ont été particulièrement intenses, portées à la fois par les sentiments philhellènes qui se développent dans l’hexagone (la France est l’une des ‘Puissances protectrices’ dès la renaissance du pays) et par la volonté de ne pas céder d’influence aux Anglais, aux Allemands ou aux Italiens. La campagne de Morée en 1828, l’intervention en Crète en 1897, les opérations en Russie du Sud  en 1919 constituent quelques uns des onze chapitres de ce volume, complété par un inventaire exhaustif des fonds conservés à Vincennes.

 

verdunLes 300 jours de Verdun

Editions Italiques, Triel-sur-Seine, 2006 (Jean-Pierre Turbergue, Dir.).

Exceptionnel album de 550 pages, très richement illustré, réalisé en partenariat entre les éditions Italiques et le Service historique de la Défense. Toutes les opérations sur le front de Verdun en 1916 au jour le jour.

 

DICO-14-18.jpgDictionnaire de la Grande Guerre

(avec François Cochet), 'Bouquins', R. Laffont, 2008.

Une cinquantaine de contributeurs parmi les meilleurs spécialistes de la Grande Guerre, 1.100 pages, 2.500 entrées : toute la Première Guerre mondiale de A à Z, les hommes, les lieux, les matériels, les opérations, les règlements, les doctrines, etc.

 

fochFerdinand Foch (1851-1929). Apprenez à penser

(avec François Cochet), 14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Actes du colloque international tenu à l’Ecole militaire les 6 et 7 novembre 2008. Vingt-quatre communications balayant tous les aspects de la carrière du maréchal Foch, de sa formation à son héritage dans les armées alliées par des historiens, civils et militaires, de neuf nations (461 pages + 16 pages de bibliographie).

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