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28 mai 2016 6 28 /05 /mai /2016 06:00

L'incertitude climatique et la guerre

Pierre Pagney

Préface de JP Bois. 10 schémas climatiques. Bibliographie spécialisée.

Le quatrième âge n'empêche pas le plus ancien de nos historiens militaires (96 ans) de poursuivre ses recherches dans son domaine de prédilection, et de montrer que les prévisions météorologiques et climatiques sont un des facteurs de l'art de la guerre.

Dans une première partie, scientifique, il met en lumière la variabilité météorologique prévisible à court terme et la variabilité climatique (celle de la mosaïque climatique du globe) qui implique le long terme et est chargée de plus d'incertitude. La décision militaire est ainsi confrontée à l'incertitude du temps météorologique et à celle du climat. Ce qui rejoint le schéma stratégique retenu par le Général Desportes (Décider dans l'incertitude). Il est donc impossible de tout prévoir, compte tenu de la variabilité météorologique et climatique, ce qui inclut le nouvel ordre climatique annoncé par le réchauffement lié à l'action des gaz à effet de serre d'origine anthropique. La deuxième partie, historique, décrit les opérations militaires du 20ème siècle, les unes contrôlées en dépit des risques, comme le débarquement en Normandie et l'offensive en Franche-Comté et en Alsace de l'armée de Lattre, les autres, catastrophiques comme l'offensive du Chemin des Dames et l'offensive allemande menant à la capitulation de Stalingrad. Quant aux opérations océaniques (guerre du Pacifique , 1941-1945), elles sont dominées par la méconnaissance, à l'époque, des conditions climatiques hostiles et en particulier de l'intervention des cyclones. La troisième partie insiste sur les conséquences que le réchauffement climatique doit avoir sur deux espaces géographiques significatifs. Si le progrès technologique réduit l'incertitude de l'avenir lié au réchauffement climatique, influencé sans doute par l'action de l'homme. (décrue glaciaire avérée de l'Arctique, mais glaces antarctiques plus résistantes, niveau marin en exhaussement mais de façon non catastrophique du fait de la maniabilité de l'évènement) , des constats majeurs sont là. L'Arctique, malgré la fusion de la banquise, surtout estivale, reste pour la navigation, particulièrement hasardeuse. Les routes maritimes tropicales et équatoriales gardent et garderont la priorité. D'un autre côté, et c'est là où l'on retrouve certaines conclusions d'un rapport demandé en son temps par le Pentagone sur le changement climatique, on constate une tension hydrique pouvant induire une crise alimentaire, dans l'espace saharo-arabique. La diminution de la ressource en eau est particulièrement préoccupante dans cet espace géographique et peut contribuer à l'accentuation de l'instabilité politique et militaire qui y règne.

Excellente leçon de géographie physique et humaine, ce livre propose donc une réflexion globale sur l'incertitude liée au temps et au climat dans ses relations avec l'art militaire, tout en proposant une réflexion nuancée sur les données du réchauffement climatique et de son influence stratégique.

Maurice Faivre

L'Harmattan, Paris, 2016. 229 pages, 24,- euros.

ISBN : 978-2-343-07282.

Impondérables et météo
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22 mai 2016 7 22 /05 /mai /2016 06:00

Pourquoi perd-on la guerre ?

Un nouvel art occidental

Gérard Chaliand

Chaque livre de Gérard Chaliand est d'un grand intéret. Que l'on admette ou pas, en tout ou partie son raisonnement, il ouvre des pistes de réflexion importantes et sait pointer les failles ou les insuffisances des discours et pratiques officielles. Celui-ci n'échappe pas à la règle.

Suivant un plan globalement chronologique, les neuf chapitres sont organisés en trois grandes parties. La première, "La victoire, un art occidental", nous entraîne de la conquête espagnole aux Amériques et de l'expansion coloniale européenne jusqu'aux combats de "pacification" au début du XXe siècle. La seconde, "Le retournement", s'intéresse à la période qui s'étend de la Grande Guerre à la guerre américaine du Vietnam, marquée quelques années auparavant par "la fin de l'Europe impériale". La troisième enfin, "L'enlisement de l'Occident", s'attache aux conflits les plus récents, du Moyen-Orient, d'Afghanistan, d'Irak et de Syrie. La pagination relativement réduite (environ 150 pages de texte courant) et l'ampleur du champ couvert dans le temps et dans l'espace contraignent l'auteur non seulement à adopter un style vif, ramassé, très souvent simplement affirmatif, mais aussi à limiter ses analyses pour asséner une série de conclusions partielles. C'est sans doute là l'une des faiblesses de l'ouvrage, car s'il regorge littéralement de dates, de chiffres, de précisions, traiter des accords Sykes-Picot en une page ou des guerres d'Indochine et d'Algérie en trois pages conduit nécessairement à des raccourcis un peu rapides. Il n'en demeure pas moins que Gérard Chaliand utilise avec aisance (avec brio) des données issues de la géographie, de la démographie, des sciences politiques et sociales, de l'histoire bien sûr, pour brosser une ample fresque des guerres "asymétriques" des Etats occidentaux sur plus de cinq siècles. En conclusion, il n'accorde pas à l'Etat islamique la puissance réelle que certains médias ou politiques veulent bien lui accorder, souligne l'importance du régime d'Assad pour éviter en Irak "un chaos semblable à celui de la Libye", mais met en relief le manque de volonté et de détermination dans la lutte contre lui, et sa dernière phrase est lourde de menaces : "Il va falloir, le dos au mur, y procéder au moment même où les tensions vont être de plus en plus vives".

Une bibliographie de référence assez récente, en français et en anglais, termine le volume. Un petit volume vivifiant qui ouvre des pistes et suscite des réactions.

Odile Jacob, Paris, 2016, 175 pages. 21,90 euros.

ISBN : 978-2-7381-3405-9.

Condamnés à la défaite ?
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11 avril 2016 1 11 /04 /avril /2016 06:00

La guerre par ceux qui la font

Stratégie et incertitude

Benoît Durieux (Dir.)

Voici un ouvrage original, puisqu'il a été rédigé par des officiers supérieurs stagiaires du Centre des hautes études militaires (CHEM) sur la base à la fois de leurs expériences opérationnelles et de leurs réflexions ultérieures.

Dans son introduction, le général Durieux présente un survol rapide de l'évolution de la notion même de guerre et s'attarde sur ses dernières manifestations, tout en soulignant à plusieurs reprises le poids du politique dans les choix stratégiques. Au fur et à mesure des contributions, les auteurs (essentiellement français mais aussi italien, allemand et anglais) traitent successivement des formes de la guerre asymétrique, irrégulière, hybride, et de la notion de "surprise stratégique" ("Le temps de l'incertitude") avec une réelle hauteur de vues ; puis du principe des Livres blancs, des formes de la dissuasion et de la technologie ("Le temps de la sagesse stratégique") ; enfin de l'approche globale et des guerres contre-insurrectionnelles ("Le temps des opérations militaires globales"). On observe que la carrière et la riche expérience opérationnelle des auteurs "terriens" est finalement peu représentative de leur armée d'appartenance (nette dominante des parachutistes de toutes subdivisions d'armes), ce qui confirme la grande compétence de l'encadrement de haut niveau (opérationnel et intellectuel), mais peut également pénaliser l'ensemble car il est vraisemblable que d'autres intervenants auraient pu prendre place dans cet aéropage. Toutes les contributions sont de haute tenue (même si la forme militaire de structuration d'une argumentation est parfois très nette) et l'on observe de fréquentes références à Clausewitz, dont le général Durieux est l'un des grands spécialistes, tout autant que d'analyses de la "conception occidentale de la guerre". Enfin, chaque texte se termine sur une bibliographie indicative très utile.

Par les multiples idées qui sont brassées au fil des pages, un volume qui doit figurer dans toute bonne bibliothèque de chercheur, de militaire, ou tout simplement d'amateur éclairé.

Editions du Rocher, Monaco, 2016, 365 pages, 22,- euros.

ISBN : 978-2-26808-405-3.

Théorie et pratique
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17 mars 2016 4 17 /03 /mars /2016 06:00

La Troisième Voie

La pensée politique de J.F.C. Fuller

Olivier Entraygues

Sans doute seul spécialiste français du général Fuller, auquel il a consacré sa thèse et plusieurs ouvrages, Olivier Entraygues nous propose une étude dont le seul titre peut paraître risqué : la pensée politique de son sujet. Réponse instinctive : l'un des responsables de la British Union of Fascists (BUF) pendant plusieurs années... Mais réponse finalement un peu courte.

Avec ce dernier opus, Olivier Entraygues souhaite "présenter un aspect peu connu de ses écrits", puisque "pour Fuller, la pensée militaire se double toujours d'une pensée sous-jacente politique et ontologique". Il aborde donc avec méthode les écrits politiques de Fuller pour la période 1933-1940 qui, certes "marqués d'antisémitisme", pourraient "se définir comme la recherche ... d'un ordre modèle d'organisation politique, c'est-à-dire un fascisme éclairé par la raison". Le propos, on le voit, est profondément honnête (étudier l'homme dans toutes ses facettes sans exclusive ni oeillières) mais très risqué.

Après avoir amplement précisé le cadre intellectuel et culturel qui était celui de Fuller afin de prendre en compte le contexte, il détaille ses écrits historiques, sa définition du "Royaume-Uni", cette certitude dans son époque que "L'Angleterre (victorienne) doit gouverner le monde", l'importance de l'insularité, les qualités intrinsèques du soldat anglais selon lui, et revient assez longuement sur la jeunesse et l'éducation du jeune Fuller, ainsi que sur sa carrière militaire. Les lignes consacrées à la tendance à l'occultisme de Fuller semblent les moins convaincantes et la démonstration est minimaliste : "Ces deux ouvrages mettent une nouvelle fois en valeur sa qualité d'historien qui est cependant à nuancer par des tendances à une lecture fascisante de l'histoire". Une tendance ? Une formule que les Britanniques qualifieraient sans doute de litote étudiée, même s'il est bien certain qu'il y a autant de "tendances fascisantes" que de spécificités nationales. Plus intéressante est l'analyse faite à la fin de la deuxième partie sur "Une vision politique engagée", avec cette idée de créer un ministère de la Défense nationale "fédérateur" pour l'empire britannique et son interprétation de la faillite du traité de Versailles n'est pas sans intérêt, sans compter une certaine influence de Charles Maurras (y compris dans l'argumentation contre la finance apatride et le rôle attribué ici aux "banquiers juifs". On débouche sur la notion "d'intrigue occulte",  qui permet la création de la Société des Nations et la remise en cause de l'ordre européen traditionnel. De tout ce salamigondis plus ou moins fumeux, n'émerge finalement que la crainte de voir l'empire disparaître : "Son interprétation générale de l'histoire repose sur la croyance que seul un grand homme et non le peuple peut exercer une influence sur les destinées d'une nation". Une interprétation qui repose, pour de nombreux exemples, sur des informations erronées et des a priori douteux. Parmi ses motivations à rejoindre la BUF : "un ensemble de déceptions" et "le jusqu'au-boutisme de ses idées". L'argument-pivot pour ce théoricien de la tactique et de la stratégie : "Plus les instruments de la guerre deviennent puissants, plus leur direction et leur contrôle doivent être avisés". Sa critique d'un système financier despotique, "usurier", il prône le corporatisme et un "système économique de bon sens", sans oublier "la liberté de la vie culturelle de tout un chacun". Ajoutons pour faire bonne mesure l'antibolchevisme et une dose d'unité européenne (de l'Ouest) et nous ne sommes pas loin de différents textes des "technocrates" de Vichy, qui firent le choix de la collaboration par "simple" souci technique d'efficacité... Le livre se termine, avec une longue deuxième partie (plus de 150 pages), par la retranscription de plusieurs articles importants publiés par Fuller dans l'entre-deux-guerres. Heureuse initiative qui permet de revenir à l'original des textes de ce général finalement bien étrange.

Si le livre est réellement passionnant, il laisse un sentiment mitigé. Finalement, on peut être un grand penseur militaire et un piètre politique.  

Editions Le Polémarque, Nancy, 2015, 339 pages, 20,- euros.

ISBN : 979-10-92525-03-8.

Penseur iconoclaste
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9 février 2016 2 09 /02 /février /2016 06:00

Bréviaire stratégique

Hervé Coutau-Bégarie

Disponible à partir de jeudi 11 février dans toutes les bonnes librairies, cette nouvelle édition de "La" référence récente en la matière, régulièrement réédité depuis sa première parution. Ce que nous en disions il y a trois ans, lors de la dernière publication : ici.

Un petit volume indispensable pour quiconque s'intéresse à ces questions.

Editions du Rocher, Paris, 2016, 134 pages, 12 euros.
ISBN : 9782268081755

Référence
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3 octobre 2015 6 03 /10 /octobre /2015 06:00

Gagner les cyberconflits

Au-delà du technique

François-Bernard Huyghe, Olivier Kempf et Nicolas Mazzucchi

La désormais abondante littérature sur les question de guerre dans le cyberespace s'étoffe d'un volume tout-à-fait intéressant, car il fait la part belle non pas aux questions techniques et logicielles (qui dépassent 99% des lecteurs), mais à l'analyse de cas concrets et à l'élaboration d'une analyse stratégique pragmatique.

Après une solide introduction qui présente le sujet dans sa complexité et ses différents niveaux d'analyse, le livre se divise en deux grandes parties. La première, "L'intention des acteurs",  traite non seulement de chaque grand type d'intervenant (des organisations internationales aux groupes criminels en passant par les Etats), mais aussi des alliances de circonstances qui peuvent se nouer entre eux et des règles techniques et juridiques applicables à ce domaine émergent. Elle aborde également la question des traditions stratégiques nationales propres à chaque grand pays concerné (Chine, Russie, Israël, etc.) et leurs effets dans le domaine particulier du cyber, puis apporter une définition des principales agressions caractérisées (espionnage, sabotage, subversion, etc.). La seconde partie, "La réalisation de l'action", décline les différentes facettes et étapes d'une cyber-attaque, du point de vue de l'agresseur comme de la victime, selon son rythme dans le temps et sa dangerosité à court et moyen terme. Elle précise également les conditions du "succès" ou de "l'échec" à travers une série d'exemples récents et insiste sur les effets, conséquences et résultats en terme d'influence.

De petits paragraphes, clairs, bien scandés, précis, constituent chaque chapitre, ce qui permet même au néophyte d'avoir de solides notions sur cette nouvelle forme de guerre qui, pour se développer dans le monde virtuel, n'en a pas moins de très concrètes conséquences. A inclure sans hésitation dans sa bibliothèque stratégique.

Economica, Paris, 2015, 175 pages, 19,- euros.

ISBN : 978-2-7178-6810-4.

Cyberguerre
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1 août 2015 6 01 /08 /août /2015 06:00

La stratégie oubliée

Périclès, Frédéric le Grand, Thucydide et Cléon

Hans Delbrück

Traduit et présenté par Joël Mouric

En proposant aux lecteurs français cette traduction d'un ouvrage de référence de l'un des plus grands historiens et penseurs allemands des questions stratégiques, Joël Mouric rend service à tous. En effet, si Hans Delbrück a été tout particulièrement reconnu pour ses travaux à la fin du XIXe siècle, il a, depuis, été considérablement oublié et l'on n'évoque parfois ses écrits qu'à la marge ou dans des articles d'un format limité.

Le raisonnement de Delbrück et par suite le débat intellectuel et doctrinal portent sur la conception même de la guerre et des opérations militaires : s'agit-il de détruire totalement l'ennemi, de l'anéantir, pour remporter une victoire (momentanément) incontestable, ou de l'amener par des procédés divers à composer, à le fatiguer pour l'obliger à accepter la négociation ? Dans les premières pages, s'appuyant sur Delbrück et Aron, Joël Mouric procède en particulier à une sévère critique de Ludendorff pendant la Grande Guerre. Le coeur du volume est constitué par le texte du théoricien allemand La stratégie de Périclès expliquée par la stratégie de Frédéric le Grand, avec cette méthode expliquée après avoir présenté sa conception des travaux de l'historien : "Ce que j'apporte de neuf ne vient pas de la répétition de l'étude des sources grecques, mais seulement de l'étude des aspects techniques de l'histoire de la guerre, non de la critique des sources, mais de l'analyse critique des faits". Passant de Périclès et de la guerre du Péloponnèse aux campagnes de Frédéric le Grand et aux écrits de Clausewitz qu'il prolonge et qu'il complète, il s'intéresse tout particulièrement à la "seconde espèce de la stratégie", celle qui privilégie la manoeuvre et n'hésite pas devant les tactiques d'évitement. Peu à peu, s'appyant sur l'analyse des forces en présence et leur emploi, il en tire les enseignements ("La plus grande force, dans la stratégie de harassement, reste toujours le temps, et par conséquent l'une de ses lois fondamentales est l'économie des forces") avant de centrer sa réflexion sur les aspects politiques et politico-militaires : questions de la "localisation" d'un conflit, des fronts périphériques, de la cohésion interne d'un pays en guerre, des avantages relatifs et du rapport "défensive/offensive", etc.

Le texte, très dense, est parfois un peu ardu. Il demande parfois une solide attention pour être suivi, et il n'est pas inutile d'avoir une connaissance minimale en amont de l'organisation militaire et des principaux conflits de la Grèce antique. Mais, au-delà, le livre passionnera indiscutablement tous ceux qui réfléchissent aux questions de conduite générale de la guerre et aux interactions entre le politique et militaire. Il suscitera aussi des controverses (car les analyses de Delbrück ne sont pas toutes parfaitement abouties et certains peuvent être discutées). Tant mieux. Les progrès de la réflexion sont à ce juste prix.  

Economica, Paris, 2015, 180 pages, 29,- euros.

ISBN : 978-2-7178-6806-7.

Un maître allemand
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21 juillet 2015 2 21 /07 /juillet /2015 06:00

Défendre la France au XXIe siècle

IHEDN

Un ouvrage institutionnel, qui dit donc tout le bien qu'il fut penser des choix effectués en matière de politique de défense, mais qui présente néanmoins l'intérêt d'offrir un tableau très large de la situation.

Une préface du secrétaire général du SGDN, une introduction du directeur de l'IHEDN, une grande partie des contributions par des institutionnels civils et militaires : il ne faut pas attendre de cet ouvrage des propositions novatrices ou une critique aussi modérée soit-elle de telle ou telle évolution. L'essentiel y est très descriptif. Par contre, les amateurs et les étudiants y trouveront indiscutablement une présentation de "l'état de l'art" aujourd'hui. Le texte sur la politique européenne de sécurité et de défense est à cet égard significatif, parlant pudiquement de "l'émergence de l'Union européenne comme un acteur de la sécurité dont les ambitions et le rôle ne cessent de s'affirmer". Une réalité ou un souhait ? De même, c'est à la directrice du German Marshall Fund de Paris qu'a été demandé la contribution sur la solidarité atlantique ;  au général Paloméros (commandant de la Transformation de l'OTAN à Norfolk) celle sur "La France dans l'OTAN", au vice-amiral directeur de la DCSD au ministère des Affaires étrangères celle sur "Les accord en matière militaire et de défense", ou au contrôleur général directeur des ressources humaines du ministère celle sur le recrutement. Même si le général Desportes fait entendre une petite voix originale en rappelant que "les surprises sont de plus en plus fréquentes" (ne l'oublions pas), l'orientation générale du volume est donc claire. Toutefois, et c'est là que réside tout son intérêt, chaque article présente un point de situation précis sur un aspect particulier, avec des références réglementaires, des chiffres, souvent une bibliographie ou les références des textes officiels.

Un volume à considérer avec intérêt pour ce qu'il est : l'expression (utile car tout y est synthétisé) de la position officielle dans le domaine de la défense et de la sécurité intérieure. Sans illusion, mais sans oeillères non plus. 

Economica, Paris, 2015, 316 pages, 23,- euros.

ISBN : 978-2-7178-6786-2.

Tour d'horizon
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11 mai 2015 1 11 /05 /mai /2015 05:45

La Stratégie de l'action

Général André Beaufre

S'ouvrant sur une assez longue préface de François Géré, cette œuvre donne des axes de réflexion encore valables dans le monde contemporain. Initialement paru en 1966, trois ans après l'opuscule devenu classique Introduction à la stratégie [recension du 19 décembre 2014, ici], La Stratégie de l'action est dès l'année suivante traduite en anglais, et largement commentée dans l’univers anglo-saxon et au-delà. Il est aujourd'hui possible d'en avoir une lecture qui fasse abstraction du contexte particulier de la guerre froide, dans une phase historique où les enjeux nucléaires étaient prépondérants. La France s'efforçait alors de se doter de sa propre force atomique de dissuasion, en s'émancipant de la tutelle américaine. Connu comme penseur de la stratégie nucléaire française, le général Beaufre produit néanmoins sur le phénomène guerrier - dont l'étendue dépasse nettement les seules opérations militaires - une réflexion qui survit pour une large part aux circonstances historiques l'ayant suscitée. Une place centrale est accordée au fonctionnement de la dichotomie dissuasion~action et aux formes multiples en lesquelles peut se décliner cette dernière : "Le concept d'action (…) englobe ainsi toutes les formes d'action, des plus violentes aux plus insidieuses. C'est un concept "total" correspondant à la stratégie totale" (p.53). Le général Beaufre s'efforce de clarifier la distinction devenue de plus en plus équivoque entre politique et stratégie. Une préoccupation majeure, parcourant l'ensemble de son œuvre, est de comprendre le plus finement possible les conditions et les mécanismes ayant conduit à la défaite française de 1940. La manœuvre d'Hitler à partir de 1938 est probablement l'exemple auquel il a le plus fréquemment recours dans sa démonstration. Avec une précision quasi-géométrique, dans un effort d'explicitation de notions complexes par leur rapprochement avec le concret, il expose notamment la hiérarchie, les rapports et les interactions des concepts de base de la stratégie (p.116). S'il fait fréquemment usage, dans son entreprise d'analyse de la situation de la France dans le monde, de la métaphore médico-chirurgicale, l'analogie musicale (le clavier des possibilités d'intervention active par exemple) est également conduite avec une certaine maestria. Emblématique d'une approche rejetant les explications et les modes opératoires trop simples et univoques est son assimilation de la stratégie directe au mode majeur, de la stratégie indirecte au mode mineur. Il indique que toutes deux "en général (…) coexistent et se complètent" (p.122). Influencé par Liddell Hart, mais développant surtout sa propre pensée en prise avec ses responsabilités nationales, Beaufre prône finalement une "stratégie totale sur le mode indirect" (p.144). Il met en garde, dans le domaine de la stratégie opérationnelle militaire, contre les modes et [l]es "idées toutes faites sur la "puissance aérienne", la "puissance navale", la "suprématie du char " ou l'efficacité des aéroportés" (p.124). Même si le livre a été publié durant la décennie 1960, les enjeux du monde actuel semblent dégagés avec une clarté qui traverse le temps. Outre une certaine lucidité concernant le processus de construction européenne, qui en était alors au tout début de sa maturation, il expose des idées fort modernes sur les relations entre économie et stratégie (p.150-151), en lesquelles il voit "les deux disciplines de base nécessaire à notre époque". Dans The Evolution of Strategy : Thinking War from Antiquity to the Present, Beatrice Heuser a récemment exposé (p.460 sq.) comme une étape de la pensée stratégique la substance de ce petit livre peut-être un peu oublié. Il s'agit là d'une juste reconnaissance de sa richesse conceptuelle exprimée dans une langue paradoxalement assez simple.

Candice Menat

Éd. de l'Aube, La Tour-d'Aigues, 1997, 155 p., 16 €

ISBN : 978-2-8767-8344-7.

Réflexion stratégique
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25 avril 2015 6 25 /04 /avril /2015 06:00

La défense française face à la montée des périls

Général Gilbert Forray

Premier commandant de la FAR et ancien CEMAT, le général Forray a toujours continué à s'intéresser aux questions les plus actuelles de défense et de sécurité, en particulier à travers de nombreuses publications. Le livre qu'il propose aujourd'hui est de la même veine que les précédents, dans un style un peu différent.

Avec des paragraphes courts, des phrases sobres, l'auteur multiplie les chiffres, les pourcentages, les données statistiques, dont l'ensemble veut constituer une démonstration méthodique des menaces potentielles qui pèse aujourd'hui sur le pays. A cet égard (même si "comparaison n'est pas raison"), la simple mise en parallèle des armements disponibles dans les différents pays et des budgets consacrés par chacun à sa défense est éclairant et parfois impressionnant (La grande-Bretagne, pays le plus comparable, consacre 2,5% de son PIB à sa défense contre 1,5% pour la France). L'une des parties qui retient le plus l'attention est celle que le général Forray consacre à l'analyse (ligne à ligne, paragraphe par paragraphe) des derniers Livres blancs et des récentes lois de  programmation militaire (que l'on cite souvent, mais qui les a effectivement lus ?), soulignant les évolutions, les manques, voire les incohérences, avec un regard toujours perçant : "Le Livre blanc de 2013 (comme ses prédécesseurs) est une sorte de document d'état-major, bien fait, mais avec un déficit de sentiment et d'âme". Les matériels, les effectifs, la question des syndicats, sont étudiés et il souligne "la hauteur de la marche d'escalier descendue par la Défense entre 2008 et 2013". En conclusion, le général Forray s'inquiète légitimement, craignant "un déclassement stratégique" et même un "renoncement du concept de Défense décrit dans le Livre blanc", car "pour la défense française, les feux sont aujourd'hui à l'orange". Le livre se termine enfin sur quelques annexes, dont une consacrée à "Louvois : un désastre", avec ce commentaire : "Ce type de réformes ne date pas d'hier, souvent sous l'impulsion du Contrôle général des armées, qui a su s'installer hors de ses fonctions naturelles de contrôle dans des responsabilités de direction, sans connaissance du terrain et en donnant la priorité à l'économique sur l'humain". Au moins, c'est dit.

Que l'on soit d'accord ou pas avec certaines conclusions, un livre indispensable comme outil de travail et d'aide à la réflexion par le volume des données concrètes et matérielles qu'il rassemble.

Economica, Paris, 2015, 157 pages, 27 euros.

ISBN : 978-2-7178-6781-7.

Adapter les moyens aux menaces
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Qui Suis-Je ?

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  • : Guerres et conflits XIXe-XXIe s. se fixe pour objectif d’être à la fois (sans prétendre à une exhaustivité matériellement impossible) un carrefour, un miroir, un espace de discussions. Sans être jamais esclave de la « dictature des commémorations », nous nous efforcerons de traiter le plus largement possible de toutes les campagnes, de tous les théâtres, souvent dans une perspective comparatiste. C’est donc à une approche globale de l’histoire militaire que nous vous invitons.
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Cafés historiques de La Chouette

Prochaine séance : pour la rentrée de septembre. Le programme complet sera très prochainement mis en ligne.

Publications personnelles

Livres

 

doumenc-copie-1.jpgLa Direction des Services automobiles des armées et la motorisation des armées françaises (1914-1918), vues à travers l’action du commandant Doumenc

Lavauzelle, Panazol, 2004.

A partir de ma thèse de doctorat, la première étude d’ensemble sur la motorisation des armées pendant la Première Guerre mondiale, sous l’angle du service automobile du GQG, dans les domaines de l’organisation, de la gestion et de l’emploi, des ‘Taxis de la Marne’ aux offensives de l’automne 1918, en passant par la ‘Voie sacrée’ et la Somme.

 

La mobilisation industrielle, ‘premier front’ de la Grande Guerre ? mobil indus

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2005 (préface du professeur Jean-Jacques Becker).

En 302 pages (+ 42 pages d’annexes et de bibliographie), toute l’évolution industrielle de l’intérieur pendant la Première Guerre mondiale. Afin de produire toujours davantage pour les armées en campagne, l’organisation complète de la nation, dans tous les secteurs économiques et industriels. Accompagné de nombreux tableaux de synthèse.

 

colonies-allemandes.jpgLa conquête des colonies allemandes. Naissance et mort d’un rêve impérial

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2006 (préface du professeur Jacques Frémeaux).

Au début de la Grande Guerre, l’empire colonial allemand est de création récente. Sans continuité territoriale, les différents territoires ultramarins du Reich sont difficilement défendables. De sa constitution à la fin du XIXe siècle à sa dévolution après le traité de Versailles, toutes les étapes de sa conquête entre 1914 et 1918 (388 pages, + 11 pages d’annexes, 15 pages de bibliographie, index et cartes).

 

 caire damasDu Caire à Damas. Français et Anglais au Proche-Orient (1914-1919)

 14/18 Editions, Saint-Cloud, 2008 (préface du professeur Jean-Charles Jauffret).

Du premier au dernier jour de la Grande Guerre, bien que la priorité soit accordée au front de France, Paris entretient en Orient plusieurs missions qui participent, avec les nombreux contingents britanniques, aux opérations du Sinaï, d’Arabie, de Palestine et de Syrie. Mais, dans ce cadre géographique, les oppositions diplomatiques entre ‘alliés’ sont au moins aussi importantes que les campagnes militaires elles-mêmes.

 

hte silesieHaute-Silésie (1920-1922). Laboratoire des ‘leçons oubliées’ de l’armée française et perceptions nationales

‘Etudes académiques », Riveneuve Editions, Paris, 2009.

Première étude d’ensemble en français sur la question, à partir du volume de mon habilitation à diriger des recherches. Le récit détaillé de la première opération civilo-militaire moderne d’interposition entre des factions en lutte (Allemands et Polonais) conduite par une coalition internationale (France, Grande-Bretagne, Italie), à partir des archives françaises et étrangères et de la presse de l’époque (381 pages + 53 pages d’annexes, index et bibliographie).

 

cdt armee allde Le commandement suprême de l’armée allemande 1914-1916, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général von Falkenhayn 

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Le texte original de l’édition française de 1921 des mémoires de l’ancien chef d’état-major général allemand, accompagné d’un dispositif complet de notes infrapaginales permettant de situer les lieux, de rappeler la carrière des personnages cités et surtout de comparer ses affirmations avec les documents d’archives et les témoignages des autres acteurs (339 pages + 34 pages d’annexes, cartes et index).

 

chrono commChronologie commentée de la Première Guerre mondiale

Perrin, Paris, 2011.

La Grande Guerre au jour le jour entre juin 1914 et juin 1919, dans tous les domaines (militaire, mais aussi politique, diplomatique, économique, financier, social, culturel) et sur tous les fronts. Environ 15.000 événements sur 607 pages (+ 36 pages de bibliographie et d’index).

 

 Les secrets de la Grande Guerrecouverture secrets

Librairie Vuibert, Paris, 2012.

Un volume grand public permettant, à partir d’une vingtaine de situations personnelles ou d’exemples concrets, de remettre en lumière quelques épisodes peu connus de la Première Guerre mondiale, de la question du « pantalon rouge » en août 1914 à l’acceptation de l’armistice par von Lettow-Vorbeck en Afrique orientale, après la fin des hostilités sur le théâtre ouest-européen.

 

Couverture de l'ouvrage 'Mon commandement en Orient'Mon commandement en Orient, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général Sarrail

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2012

Le texte intégral de l'édition originale, passé au crible des archives publiques, des fonds privés et des témoignages des acteurs. Le récit fait par Sarrail de son temps de commandement à Salonique (1915-1917) apparaît véritablement comme un exemple presque caricatural de mémoires d'autojustification a posteriori

 

 

Coordination et direction d’ouvrages

 

Destins d’exception. Les parrains de promotion de l’Ecole Spéciale Militaire de Saint-Cyr

SHAT, Vincennes, 2002.

Présentation (très largement illustrée, 139 pages) des 58 parrains qui ont donné leur nom à des promotions de Saint-Cyr, entre la promotion « du Prince Impérial » (1857-1858) et la promotion « chef d’escadrons Raffalli » (1998-2001).

 

fflLa France Libre. L’épopée des Français Libres au combat, 1940-1945

SHAT, Vincennes et LBM, Paris, 2004.

Album illustré présentant en 191 pages l’histoire et les parcours (individuels et collectifs) des volontaires de la France Libre pendant la Seconde guerre mondiale.

 

marque courageLa marque du courage

SHD, Vincennes et LBM, Paris, 2005.

Album illustré présentant en 189 pages l’histoire des Croix de Guerre et de la Valeur Militaire, à travers une succession de portraits, de la Première Guerre mondiale à la Bosnie en 1995. L’album comporte en annexe une étude sur la symbolique, les fourragères et la liste des unités d’active décorées.

 

  90e anniversaire de la Croix de guerre90-ANS-CROIX-DE-GUERRE.jpg

SHD, Vincennes, 2006.

Actes de la journée d’études tenue au Musée de l’Armée le 16 novembre 2005. Douze contributions d’officiers historiens et d’universitaires, français et étrangers, de la naissance de la Croix de guerre à sa perception dans la société française, en passant les décorations alliées similaires et ses évolutions ultérieures.

 

france grèceLes relations militaires franco-grecques. De la Restauration à la Seconde guerre mondiale 

SHD,Vincennes, 2007.

Durant cette période, les relations militaires franco-grecques ont été particulièrement intenses, portées à la fois par les sentiments philhellènes qui se développent dans l’hexagone (la France est l’une des ‘Puissances protectrices’ dès la renaissance du pays) et par la volonté de ne pas céder d’influence aux Anglais, aux Allemands ou aux Italiens. La campagne de Morée en 1828, l’intervention en Crète en 1897, les opérations en Russie du Sud  en 1919 constituent quelques uns des onze chapitres de ce volume, complété par un inventaire exhaustif des fonds conservés à Vincennes.

 

verdunLes 300 jours de Verdun

Editions Italiques, Triel-sur-Seine, 2006 (Jean-Pierre Turbergue, Dir.).

Exceptionnel album de 550 pages, très richement illustré, réalisé en partenariat entre les éditions Italiques et le Service historique de la Défense. Toutes les opérations sur le front de Verdun en 1916 au jour le jour.

 

DICO-14-18.jpgDictionnaire de la Grande Guerre

(avec François Cochet), 'Bouquins', R. Laffont, 2008.

Une cinquantaine de contributeurs parmi les meilleurs spécialistes de la Grande Guerre, 1.100 pages, 2.500 entrées : toute la Première Guerre mondiale de A à Z, les hommes, les lieux, les matériels, les opérations, les règlements, les doctrines, etc.

 

fochFerdinand Foch (1851-1929). Apprenez à penser

(avec François Cochet), 14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Actes du colloque international tenu à l’Ecole militaire les 6 et 7 novembre 2008. Vingt-quatre communications balayant tous les aspects de la carrière du maréchal Foch, de sa formation à son héritage dans les armées alliées par des historiens, civils et militaires, de neuf nations (461 pages + 16 pages de bibliographie).

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