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19 décembre 2014 5 19 /12 /décembre /2014 06:15

Introduction à la stratégie

Général André Beaufre

Cette œuvre cardinale est de la même veine que les deux autres livres chroniqués précédemment, Histoire de l'armement et L'art de la guerre et la technique de Charles Ailleret. Obéissant à une architecture simple en cinq chapitres, (I, Vue d'ensemble de la stratégie, II, Stratégie militaire classique, III, Stratégie atomique, IV, Stratégie indirecte, V, Conclusions sur la stratégie), elle déroule un panorama à la fois historique et thématique de la stratégie (entendue au sens militaire), en relation avec la sphère psychologique ainsi qu'avec le champ politique surplombant l'ensemble. Le général Beaufre propose une définition devenue classique, tout à la fois ouverte et concise, de la stratégie comme art de la dialectique des volontés employant la force pour résoudre leur conflit (p.34). Celle-ci se distingue de la tactique [qui] est très clairement l'art d'employer les armes dans le combat pour en obtenir le rendement le meilleur, et de la logistique, science des mouvements et des ravitaillements (p.33). Dans un ensemble d'une lecture agréable, malgré l'apparente aridité du sujet, sont exposées les métamorphoses de l'action guerrière, de l'époque moderne au XXe siècle. Cette phase marquée par une accélération dans le rythme du changement est privilégiée. Les diverses figures de l'escrime stratégique sont expliquées à travers une série d'exemples imagés, la métaphore du duel jouant un rôle central dans la chorégraphie opérationnelle choisie (ou subie) par les décideurs de la guerre. L'histoire européenne est en partie façonnée par les évolutions de l'ordonnancement des armées, l'augmentation des possibilités de fractionnements en unités militairement viables de la masse des hommes modifiant le visage de la guerre. Le général Beaufre tempère l'influence déterminante prêtée à l'armement sur l'ordre international, puisque les options prises par le commandement paraissent aussi significatives que l'appropriation nationale du progrès technique appliqué aux affaires militaires. L'éventail des manœuvres dans le champ psychologique prouve son efficacité, « faire la guerre » n'impliquant pas systématiquement le déploiement de matériels, campagnes et sang versé. Tout au long de l'Introduction à la stratégie, Beaufre souligne les dangereuses distorsions que les admirateurs de Clausewitz ont imprimé aux idées originales du maître prussien. Réputé comme tête pensante de la stratégie nucléaire, il explique la singularité de l'ère atomique, dans laquelle la menace de recours à la force prime sur son emploi effectif, renversant les schémas théoriques et pratiques préétablis. Ami de Liddell Hart - qui signe la préface admirative de cet opus magnum - l'auteur s'attache à montrer l'importance des multiples formes de la stratégie indirecte théorisée dès l'entre-deux-guerres par l'historien britannique. Publié pour la première fois en 1963, ce petit livre, qui contient en germe un véritable traité de stratégie, demeure d'actualité par la richesse des informations synthétisées, la pertinence des exemples qui servent de support à progression de la réflexion. Plus récent, plus composite, le Dictionnaire de stratégie sous la direction de Jean Klein et de Thierry de Montbrial pourrait être par exemple un complément idéal à l'Introduction à la stratégique, brillant exercice propédeutique.

Candice Menat

Paris, Hachette, 2003, 192 p., 6 euros.

Initiation
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5 octobre 2014 7 05 /10 /octobre /2014 06:15

L'OTAN au XXIe siècle

La transformation d'un héritage

Olivier Kempf

Dans ce gros volume de synthèse, méthodiquement organisé en 15 chapitres, Olivier Kempf fournit une étude de référence sur un sujet objet de diverses (nombreuses) polémiques en France, mais finalement peu connu sur le fond.

Les trois premiers chapitres retracent l'histoire de l'OTAN de sa création au processus de "transformation" de ces dernières années. Ils permettent en particulier de mettre au clair ce qu'un jargon "otano-anglo-saxon" peu accessible au commun des mortels rend souvent incompréhensible (cf. la "transformation" en cours, ou la logorrhée verbale à base de sigles). Puis l'auteur s'intéresse aux principaux membres occidentaux de l'Alliance, dont un long développement sur la France et les évolutions dans le temps de sa position par rapport à l'alliance atlantique (pp. 147-187), avant de s'attacher à la question européenne, à travers les élargissements successifs d'une part et la PESD d'autre part, enfin à la notion de "partenariat" avec différents pays non membres de l'organisation. Le chapitre 10 est centré sur les opérations conduites par l'OTAN, de la Bosnie à la Libye, tandis que le suivant aborde les sujets liés à la "Réforme du secteur de la sécurité" (NDLR : dont en pratique on attend les premiers résultats concrets au-delà des discours convenus). Des sujets thématiques sont au coeur des derniers chapitres : les questions économiques, industrielles et logistiques ; la problématique des armements nucléaires ; l'épine du terrorisme ; le nouveau domaine du cyber. Tout en reconnaissant les limites de l'organisation et une relative inefficacité de son action, Olivier Kempf observe néanmoins que, selon lui, "sa persistance suggère sa pertinence". Tous, très loin de là, ne seront pas d'accord avec cette analyse et, à plusieurs reprises, certaines appréciations dans le livre pourront susciter des réactions négatives (on l'aura compris, je ne suis pas "otanolâtre"). Mais, pour pouvoir critiquer efficacement, encore faut-il en amont avoir soigneusement réfléchit à la question. Or, par la densité du texte aussi bien que par l'ampleur et la qualité des références, chacun trouvera ici matière à comprendre et éventuellement à aller plus loin (et j'ai apprécié la grande précision et la pédagogie du propos).

Un ouvrage qui sera très rapidement indispensable à tout étudiant travaillant sur le sujet, et au-delà à tous ceux qui s'intéressent à l'organisation atlantique et souhaitent disposer d'éléments objectif de référence et de réflexion.

PTE

Editions du Rocher, Monaco, 2014, 613 pages. 29,90 euros.

ISBN : 978-2-26807-627-0.

Quel avenir pour l'OTAN ?
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17 juillet 2014 4 17 /07 /juillet /2014 06:15

Le général Poirier

Théoricien de la stratégie

Dans ce numéro de la Revue Défense Nationale consacré au général Poirier, pas moins de huit brefs (trop brefs) hommages sous la signature de quelques uns des meilleurs spécialistes français des questions tratégiques, puis huit articles écrits par le général lui-même, seul ou à quatre mains, et publiés dans la RDN entre 1968 et 1983 (un ultime entretien est daté de 2009). Que l'on ait été ou non un adepte de la politique de dissuasion nucléaire, force est de reconnaître que sa contribution à la définition de la stratégie française à partir des années 1960 a été absolument essentielle, et l'on peut s'étonner qu'un homme ayant pu avoir une telle influence n'ait quitté le service que comme général de brigade. Il y a là, derrière les hommages officiels, une question qui mériterait d'être creusée...

On appréciera particulièrement les textes de Claude Leborgne ("Le général Lucien Poirier, ascète de la stratégie"), de Gérard Chaliand ("Le fantassin Lucien Poirier était un cavalier seul"), et de Christian Malis ("Entre géométrie et finesse"). Quelques phrases marquantes émergent des articles qui suivent, au fil d'une pensée dense et méthodique. A propos d'un éventuel conflit avec emploi de l'arme nucléaire sur le continent : "Considérant sa finalité, j'ai nommé dissuasion absolue cette stratégie complexe qui vise à détourner toute agression ; même celles qui, à leurs débuts, n'affecteraient pas directement notre territoire. Elle est fondée sur cet axiome que, pour la France et ses voisins, il n'est de victoire concevable que dans l'absence de guerre ; absence par impossibilité et impossibilité par absurdité"Ou à propos de la position américaine quant à l'utilisation de l'arme atomique en Europe : "Faute de fonder la défense de l'Europe sur une dissuasion nucléaire peu crédible, les Etats-Unis ont toujours préconisé le renforcement de la capacité de résistance des forces classiques alliées bénéficiant de feux nucléaires tactiques. Capacité de défense telle qu'on pourrait espérer que Moscou, doutant de la surmonter à un prix acceptable, s'interdise finalement une aventure sans gloire et sans profit".

Un numéro de référence qui permet d'aborder un penseur du XXe siècle ayant joué un véritable rôle dans la définition de la stratégie française, ce qui n'est pas si courant. 

Il est par ailleurs possible de télécharger gratuitement le PDF du numéro : ici 

Cahiers de la Revue Défense Nationale

RDN, Paris, 2913, 177 pages

 

Général de l'apocalypse
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22 juin 2014 7 22 /06 /juin /2014 06:20

Essai nucléaire

La force de frappe française au XXIe siècle :

défis, ambitions et stratégie

Philippe Wodka-Gallien

Pussance atomique depuis février 1960, la France dispose aujourd'hui d'une capacité de dissuasion qui justifie (et conforte) son rang international, mais dont la charge devient en proportion extrêmement lourde et qui est aujourd'hui, à nouveau, contestée de plusieurs côtés.

Favorable au maintien de cette capacité militaire, l'auteur, spécialiste de ces questions, en présente en une dizaine de chapitres les points forts et les avantages sans ménager les (ses) arguments en faveur de la dissuasion nucléaire. Qu'elle soit "l'expression d'une culture stratégique" est exact, mais rien en la matière ne doit être immuable, au risque de ne plus être en phase avec un mode changeant. Qu'elle constitue "une épopée scientifique et unc apital technologique pour le XXIe siècle" est vrai, mais cette épopée a aussi un coût. Etc, etc. Le plaidoyer de Philippe Wodka-Gallien en faveur de l'arme nucléaire mérite d'être lu et entendu, mais doit aussi être passé au crible de la critique. Surtout en période de crise financière, intellectuelle et stratégique. Les nombreuses annexes et la bibliographie finale concourrent à l'intérêt de ce livre, qui permettra de faire un point de situation sur une question importante, ... sans jamais se départir de son esprit critique.

Editions Lavauzelle, Panazol, 2014, 215 pages. 23,60 euros.

ISBN : 978-2-7025-1606-5.

Le site des éditions Lavauzelle avec l'annonce des nouveautés : ici.

Dissuasion
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19 juin 2014 4 19 /06 /juin /2014 06:20

Traité de la guérilla

Phocas

Réédition en format 'poche' de ce traité fondateur de l'art militaire, rédigé par un général byzantin victorieux devenu empereur au Xe siècle. Passé maître dans l'art de la 'petite guerre' sur les confins de l'empire, il formalise des techniques anciennes mais aussi innove, et lègue ces enseignements à ses héritiers.

Nous en avions publié une recension en janvier 2012 (ici) et nous avions relayé l'émission que Canal académie consacra au sujet quelques mois plus tard (ici). Nous vous invitons à relire et/ou à écouter ces chroniques, qui disent toute l'importance de l'ouvrage.

Un volume à petit prix qui mérite de figurer dans toute bonne bibliothèque de stratégie.

Coll. 'Biblis', CNRS Editions, Paris, 2014, 372 pages, 10 euros.

ISBN : 978-2-271-08081-3.

Art de la guerre
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9 janvier 2014 4 09 /01 /janvier /2014 06:25

La pensée militaire suisse

de 1800 à nos jours

(Coll.)

On oublie souvent que la Suisse, devenue presque le symbole de la neutralité, a été une grande nation militaire, qu’elle a connu les conflits sur son propre sol jusqu’au XIXe siècle et qu’elle entretient une forme originale, populaire et citoyenne, de défense.

Voici, avec ces actes du colloque 2012 du CHPM de Pully, l’occasion de réparer cette erreur et la possibilité de mieux (re)connaître la contribution de la Confédération et de ses soldats à la réflexion sur les questions militaires. Dans une première partie, quatre intervenants posent un certain nombre de repères, parmi lesquels Jean-Jacques Langendorf (« Hervé Couteau-Bégarie : une grande âme, un grand historien ») et Pierre Streit (« Oui, une pensée militaire suisse existe ! »), qui souligne les difficultés (ou contradictions) actuelles entre, par exemple, une armée de milice et la technicité croissante des matériels. Une quinzaine de contributeurs nous propose ensuite une succession d’études originales, liées à l’histoire et à la pensée militaire de la Confédération au cours des deux derniers siècles, de « l’âge d’or » de la première partie du XIXe (Jean-Jacques Langendorf) à une réflexion sur « De la ‘nation en armes’ à ‘l’armée de marché’ : la ‘commodisation de la pensée militaire suisse » (Christian Bühlmann), qui s’inquiète de la pauvreté de la réflexion proprement militaire et de l’influence désormais dominante des lois du marché : « La raison d’être de l’armée et sa perception par la population sont en mutation … Le passage vers l’armée de marché influence négativement la capacité à imaginer la guerre … Désormais, c’est l’économie qui inspire les forces armées ». Des idées, on le voit, qui peuvent être partagées bien au-delà du « réduit alpin ». Parmi les nombreuses communications très intéressantes, retenons, puisqu’il faut choisir, celle de David Auberson sur « L’influence de la guerre de Sécession en Suisse », celle de Sandrine Picaud-Monnerat sur « Introduction à la pensée sur la Petite Guerre en Suisse » et celle de Dominique Juilland sur « Roger Mabillard : la pensée en action, ou le retour aux fondamentaux militaires après mai 1968 » (l’un des chefs de l’armée suisse à partir du milieu des années 1970 et qui termine sa carrière comme responsable national de l’instruction après avoir commandé une brigade de montagne).

Terminons sur cette citation, placée en exergue de la conclusion du dernier article : « Dans une époque qui ne connait pas de véritable paix, le premier combat que doit livrer un chef se situe au niveau de la recherche. De la recherche acharnée qui doit être faite pour découvrir des parades valables, susceptibles d’être opposées à de nouveaux fléaux », et cette ultime phrase : « L’identité d’un peuple, au fond, n’est autre que … sa volonté de se défendre, les armes à la main ». Une invitation à réfléchir, qui nous intéresse aussi directement que les Suisses.

Centre d’histoire et de prospective militaire, Pully (CH), 2013, 180 pages.

ISBN : 978-2-8280-0012-7.

Pour commander directement ce volume : ici.

Penser l'armée, pensée militaire
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18 décembre 2013 3 18 /12 /décembre /2013 06:40

L'oncle Sam et le mandarin

Général Henri Paris

Dans ce volumineux ouvrage, Henri Paris dresse un constat et tente de faie preuve de prospective. Il en ressort le sentiment d'une incompréhension des fondamentaux de la puissance asiatique par les Occidentaux et l'on apprend beaucoup sur les forces armées chinoises.

Divisé en treize chapitres assez brefs, le livre présente les deux pays à tour de rôle et décortique d'abord la réalité de la puissance américaine au plan économique et sous l'angle diplomatique (en particulier à travers les traités régionaux), qu'il analyse à travers trois situations concrètes : la crise syrienne et les alliances avec le Japon d'une part et la Corée du Sud d'autre part. Il termine cette présentation par la description des forces américaines présentent dans la région, nucléaires et conventionnelles, et par un effort d'évaluation des armées des alliés des Etats-Unis. Puis il s'intéresse ensuite à la Chine, dont le brosse, en miroir, le tableau intérieur (menaces de crises permanentes) et extérieur, à l'égard des différents continents, en tenant compte des facteurs industriels et économiques, des matières premières et de l'influence sur cette doctrine de principes chinois anciens hérités de Confucius, mais la Chine a aussi des alliés difficies qu'elle contrôle parfois mal (Corée du Nord, Iran). Concernant l'armée chinoise, il décrit successivement son organisation générale, ses principes stratégiques, son budget et ses principaux équipements, conventionnels, nucléaires et "cyber" (sur ce dernier point, il s'agit plus d'une présentation générale qu'une analyse précise). Il termine son étude par la présentation (un peu longue à notre goût, mais il considère ce point comme essentiel) de la problématique du bouclier anti-missile, pour les deux pays. Considérant en conclusion que "la présence de deux superpuissances sur une même zone, aussi grande soit-elle, comme l'océan Pacifique, les conduit inévitablement au conflit", il estime que la concurrence des deux systèmes "ne peut durer éternellement". Il s'inquiète des investissements dans la recherche sur le bouclier anti-missiles qui "relance la course aux armements", sans oublier de rappeler que, fondamentalement, les deux peuples se méprisent. Il n'en envisage pas pour autant une conflagration directe et se déclare plutôt préoccupé par l'apparition de nouveaux conflits, locaux et limités, en particulier en Afrique par le biais d'Etats en faillite.

Bref, une vaste fresque, un large panorama, mais l'on aurait aimé aussi quelques données chiffrées supplémentaires, des tableaux, des statistiques plus nombreuses. Un livre qui n'en demeure pas moins en français une étude d'ensemble rare et qui mérite d'être connue.

Editions Nuvis, Paris, 429 pages, 29 euros.

ISBN : 978-2-36367-058-8

Duel sino-américain
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4 décembre 2013 3 04 /12 /décembre /2013 06:25

Approches de la géopolitique

De l'Antiquité au XXIe siècle

Hervé Coutau-Bégarie et Martin Motte (Dir.)

Un livre (presque) posthume. Pas moins de vingt-cinq contributeurs, d'origines les plus diverses et aux parcours les plus variés, pour un volumineux volume que la maladie d'Hervé Coutau-Bégarie ne lui avait pas permis de mener à son terme.

Après une première partie ("Epistémologie de la géopolitique") dans laquelle les deux co-directeurs s'efforcent avec finesse de définir, dans le temps long et par rapport aux autres disciplines, ce qu'est la géopolitique, l'ouvrage est divisé en trois grandes parties chronologiques. Parmi tous ces textes, plusieurs méritent à notre sens d'être relevés. La première partie, "Préhistoire de la géopolitique", nous entraine de la Grèce antique ("Le monde grec a-t-il connu la géopolitique ?", Jean-Nicolas Corvisier) à l'Allemagne du début du XIXe siècle ("Friedrich List : un faux prophète ?", Séverine-Antigone Marin). Nous y découvrons une analyse intéressante des idées de Vauban ("Le maréchal de Vauban, premier géopoliticien français ?", Olivier Kempf), et les écrits du général italien Durando, très influent lors de l'unité politique de la péninsule ("Le général Giacomo Durando (1807-1894), inventeur de la géostratégie et précurseur de la géopolitique", Sébastien Lemée). La troisième partie, "La première géopolitique", s'attache à décrire cet âge d'or qui court globalement sur un siècle entre le milieu du XIXe et le milieu du XXe s. Anne et Martin Motte mettent en relief l'importance de la voie ferroviaire ("Géopolitique du chemin de fer") et sa place dans la réflexion militaire comme dans les projets impérialistes. Jean-José Ségéric revient sur Mahan, Jean Klein sur les conceptions gouvernementales allemandes du Guillaume II à Hitler, Hervé Couteau-Bégarie sur Castex, Marc Levatois et Serge Gadal respectivement sur le rôle et la place de la puissance navale et de l'aviation. Enfin, la dernière partie nous entraine de 1945 à l'après-guerre froide, avec des focus particuliers sur le poids des idéologies, les différentes conceptions de la puissance, et les premières analyses (démenties) de l'immédiat après-guerre froide.

On pourra être, bien sûr, en désaccord avec telle ou telle analyse de l'un ou l'autre des auteurs, mais tous les textes sont parfaitement bien référencés et chaque article (de facture classique) est construit pour appuyer un raisonnement ou une démonstration. La lecture de l'ensemble, même élément par élément, est donc particulièrement riche et l'ensemble donne un document de grande qualité.

Un livre (presque) posthume. Un livre hommage; Un livre particulièrement utile, qui honore la mémoire du co-directeur trop tôt disparu.

Economica, Paris, 2013, 725 pages, 39 euros.

ISBN : 978-2-7178-6654-4.

Hommage à un maître
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29 novembre 2013 5 29 /11 /novembre /2013 06:25

Essai sur la guerre des partisans

Denis Davidoff

C'est au catalogue d'une petite maison qu'il faut chercher l'heureuse réédition de ce classique de la "petite guerre", assez fréquemment cité mais rarement lu;

A partir de son expérience personnelle de commandant d'un corps de cavaliers semi-réguliers pendant la campagne de Russie contre les Français en 1812 (il était alors colonel des hussards), le général Davidoff a rédigé cet essai, dont l'édition russe de 1821 est traduite en français en 1841. Il donne de la "petite guerre", qui selon lui exige de privilégier les forces légères et très mobiles, cette définition : "La guerre de partisans consiste à occuper tout l'espace qui sépare cet ennemi de sa base d'opérations, couper ses lignes de communications, anéantir tous les détachements et convois qui cherchent à la rejoindre, le livrer aux coups de l'ennemi, sans vivres, sans cartouches, et lui barrer en même temps le chemin de la retraite. Voilà la guerre de partisans dans toute l'acception du mot".

Cet essai est présenté avec l'avant-propos du général de Brack, repris de l'édition française originale. Il est ensuite divisé en trois parties principales. La première, plutôt historique, présente les développements des opérations de "petite guerre" dans le passé récent (à l'époque), entre 1618 et 1809, en Allemagne, en Hongrie et en Espagne, puis l'expérience de la Russie en 1812. La seconde, met en relief les principes de la conduite de la guerre des partisans et de l'emploi des forces irrégulières, en insistant sur le rôle du chef et la conduite de ses opérations, à partir de l'expérience personnelle de l'auteur. La troisième partie enfin s'intéresse à l'ennemi et à la protection qu'il faut assurer de ses propres voies de communication et magasins dans l'hypothèse de "ripostes" ou de "contre-attaques" selon les mêmes règles. Passant alternativement du très concret à la réflexion plus élevée, l'ouvrage fait (re)découvrir des principes essentiels, qui conservent souvent toute leur pertinence. Les aller(retour entre expérience vécue et enseignements ultérieurement mûris sont à cet égard intéressants. Le tout est accompagné de croquis et cartes de la main même du général Davidoff, repris de l'édition russe originale.

Un petit volume peu onéreux qui doit absolument figurer dans toute bibliothèque militaire bien tenue et qui passionnera aussi bien les amateurs des campagnes du Premier empire que ceux qui, aujourd'hui, s'intéressent aux principes de la contre-insurrection.

Editions Astrée, Paris, 2012, 136 pages, 16 euros.

ISBN : 979-10-91815-00-0

Sur la "petite guerre"
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7 octobre 2013 1 07 /10 /octobre /2013 06:54

Anatomie de la bataille

John Keegan

Heureuse idée que de republier ce grand classique peu de temps après le décès de son auteur. Un ouvrage considéré dès sa première parution en Grande-Bretagne en 1976 comme une référence.

Avant d’aborder le fond du texte, arrêtons-nous un instant pour signaler l’intérêt de la longue introduction (ou plutôt première partie) rédigée par John Keegan, en particulier en ce qui concerne l’utilisation de l’histoire par les militaires (on sait qu’il a très longtemps enseigné à Sandhurst), son intérêt, ses défauts et ses risques. Dans le corps de l'ouvrage, au-delà des analyses parfois très intellectualisées qui en seront ensuite issues, Keegan « décortique » littéralement trois batailles emblématiques de l’histoire anglaise (parties 2, 3 et 4) : Azincourt, en octobre 1415 (pp. 75-119) ; Waterloo, en juin 1815 (pp. 121-233) ; et la Somme, en juillet 1916 (pp. 235-337). Pour conclure, il tente de définir dans une dernière partie ce que pourraient être les batailles de demain. C’est donc à un large survol de 500 ans d’histoire militaire qu’il nous convie. Pour chaque bataille, sur la base de la documentation et des témoignages disponibles, il décrit de façon factuelle les événements, puis s’intéresse au rôle particulier des principales armes et à leurs interactions, cherchant à identifier le moment où la situation a basculé, et pourquoi. Il s’intéresse également aux hommes, tués, prisonniers, blessés et fuyards, ce qui nous vaut par exemple pour Azincourt que la journée fut « une effroyable boucherie ». Pour Waterloo, il revient par exemple sur la notion de « terrain », à tenir ou à conquérir, mais aussi sur celles de « peur » et de « panique », qui à un certain moment peuvent paralyser les hommes, ou sur la transformation d’une « foule » (simple masse d’hommes) en « armée » organisée et commandée. Sur la Somme, il considère que « le corps expéditionnaire britannique de 1916 est une des formations militaires les plus remarquables et les plus admirables jamais alignées sur un champ de bataille ». Quant à la doctrine d’emploi de l’infanterie, qualifiée « d’une extrême simplicité », elle semble adaptée à la formation minimale des divisions de nouvelle formation de l’armée Kitchener et se distingue de celle des Français qui « consiste à monter à l’assaut par petits groupes et par vagues, le tir des uns soutenant le mouvement des autres », jugée « trop difficile à assimiler » par les jeunes unités anglaises. Enfin, dans la dernière partie, sa critique raisonnée de l’emploi des grandes unités blindées est également intéressante : « Sur le terrain, une division blindée de la Seconde guerre mondiale ressemble assez peu à l’image commune de la Blitzkrieg … Ils [les chars] sont souvent noyés dans une masse de fantassins », et finalement, contrairement à une idée reçue, « du point de vue de l’expérience humaine, les batailles de la Seconde guerre mondiale ressemblent souvent à celles de la Première ».

Une analyse à trois niveaux : celui des principes généraux de conduite de la bataille, celui des décisions des chefs et des états-majors, celui de la perception de l’individu jeté dans la mêlée. Un ouvrage indispensable pour quiconque souhaite commencer à s’intéresser à l’histoire militaire, sans considération de période ou de théâtre d’opérations. 

Perrin, Paris, 2013, 410 pages, 23 euros.

ISBN : 978-2-262-03543-3.

Un très grand classique
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  • : Guerres et conflits XIXe-XXIe s. se fixe pour objectif d’être à la fois (sans prétendre à une exhaustivité matériellement impossible) un carrefour, un miroir, un espace de discussions. Sans être jamais esclave de la « dictature des commémorations », nous nous efforcerons de traiter le plus largement possible de toutes les campagnes, de tous les théâtres, souvent dans une perspective comparatiste. C’est donc à une approche globale de l’histoire militaire que nous vous invitons.
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Cafés historiques de La Chouette

Prochaine séance : pour la rentrée de septembre. Le programme complet sera très prochainement mis en ligne.

Publications personnelles

Livres

 

doumenc-copie-1.jpgLa Direction des Services automobiles des armées et la motorisation des armées françaises (1914-1918), vues à travers l’action du commandant Doumenc

Lavauzelle, Panazol, 2004.

A partir de ma thèse de doctorat, la première étude d’ensemble sur la motorisation des armées pendant la Première Guerre mondiale, sous l’angle du service automobile du GQG, dans les domaines de l’organisation, de la gestion et de l’emploi, des ‘Taxis de la Marne’ aux offensives de l’automne 1918, en passant par la ‘Voie sacrée’ et la Somme.

 

La mobilisation industrielle, ‘premier front’ de la Grande Guerre ? mobil indus

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2005 (préface du professeur Jean-Jacques Becker).

En 302 pages (+ 42 pages d’annexes et de bibliographie), toute l’évolution industrielle de l’intérieur pendant la Première Guerre mondiale. Afin de produire toujours davantage pour les armées en campagne, l’organisation complète de la nation, dans tous les secteurs économiques et industriels. Accompagné de nombreux tableaux de synthèse.

 

colonies-allemandes.jpgLa conquête des colonies allemandes. Naissance et mort d’un rêve impérial

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2006 (préface du professeur Jacques Frémeaux).

Au début de la Grande Guerre, l’empire colonial allemand est de création récente. Sans continuité territoriale, les différents territoires ultramarins du Reich sont difficilement défendables. De sa constitution à la fin du XIXe siècle à sa dévolution après le traité de Versailles, toutes les étapes de sa conquête entre 1914 et 1918 (388 pages, + 11 pages d’annexes, 15 pages de bibliographie, index et cartes).

 

 caire damasDu Caire à Damas. Français et Anglais au Proche-Orient (1914-1919)

 14/18 Editions, Saint-Cloud, 2008 (préface du professeur Jean-Charles Jauffret).

Du premier au dernier jour de la Grande Guerre, bien que la priorité soit accordée au front de France, Paris entretient en Orient plusieurs missions qui participent, avec les nombreux contingents britanniques, aux opérations du Sinaï, d’Arabie, de Palestine et de Syrie. Mais, dans ce cadre géographique, les oppositions diplomatiques entre ‘alliés’ sont au moins aussi importantes que les campagnes militaires elles-mêmes.

 

hte silesieHaute-Silésie (1920-1922). Laboratoire des ‘leçons oubliées’ de l’armée française et perceptions nationales

‘Etudes académiques », Riveneuve Editions, Paris, 2009.

Première étude d’ensemble en français sur la question, à partir du volume de mon habilitation à diriger des recherches. Le récit détaillé de la première opération civilo-militaire moderne d’interposition entre des factions en lutte (Allemands et Polonais) conduite par une coalition internationale (France, Grande-Bretagne, Italie), à partir des archives françaises et étrangères et de la presse de l’époque (381 pages + 53 pages d’annexes, index et bibliographie).

 

cdt armee allde Le commandement suprême de l’armée allemande 1914-1916, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général von Falkenhayn 

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Le texte original de l’édition française de 1921 des mémoires de l’ancien chef d’état-major général allemand, accompagné d’un dispositif complet de notes infrapaginales permettant de situer les lieux, de rappeler la carrière des personnages cités et surtout de comparer ses affirmations avec les documents d’archives et les témoignages des autres acteurs (339 pages + 34 pages d’annexes, cartes et index).

 

chrono commChronologie commentée de la Première Guerre mondiale

Perrin, Paris, 2011.

La Grande Guerre au jour le jour entre juin 1914 et juin 1919, dans tous les domaines (militaire, mais aussi politique, diplomatique, économique, financier, social, culturel) et sur tous les fronts. Environ 15.000 événements sur 607 pages (+ 36 pages de bibliographie et d’index).

 

 Les secrets de la Grande Guerrecouverture secrets

Librairie Vuibert, Paris, 2012.

Un volume grand public permettant, à partir d’une vingtaine de situations personnelles ou d’exemples concrets, de remettre en lumière quelques épisodes peu connus de la Première Guerre mondiale, de la question du « pantalon rouge » en août 1914 à l’acceptation de l’armistice par von Lettow-Vorbeck en Afrique orientale, après la fin des hostilités sur le théâtre ouest-européen.

 

Couverture de l'ouvrage 'Mon commandement en Orient'Mon commandement en Orient, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général Sarrail

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2012

Le texte intégral de l'édition originale, passé au crible des archives publiques, des fonds privés et des témoignages des acteurs. Le récit fait par Sarrail de son temps de commandement à Salonique (1915-1917) apparaît véritablement comme un exemple presque caricatural de mémoires d'autojustification a posteriori

 

 

Coordination et direction d’ouvrages

 

Destins d’exception. Les parrains de promotion de l’Ecole Spéciale Militaire de Saint-Cyr

SHAT, Vincennes, 2002.

Présentation (très largement illustrée, 139 pages) des 58 parrains qui ont donné leur nom à des promotions de Saint-Cyr, entre la promotion « du Prince Impérial » (1857-1858) et la promotion « chef d’escadrons Raffalli » (1998-2001).

 

fflLa France Libre. L’épopée des Français Libres au combat, 1940-1945

SHAT, Vincennes et LBM, Paris, 2004.

Album illustré présentant en 191 pages l’histoire et les parcours (individuels et collectifs) des volontaires de la France Libre pendant la Seconde guerre mondiale.

 

marque courageLa marque du courage

SHD, Vincennes et LBM, Paris, 2005.

Album illustré présentant en 189 pages l’histoire des Croix de Guerre et de la Valeur Militaire, à travers une succession de portraits, de la Première Guerre mondiale à la Bosnie en 1995. L’album comporte en annexe une étude sur la symbolique, les fourragères et la liste des unités d’active décorées.

 

  90e anniversaire de la Croix de guerre90-ANS-CROIX-DE-GUERRE.jpg

SHD, Vincennes, 2006.

Actes de la journée d’études tenue au Musée de l’Armée le 16 novembre 2005. Douze contributions d’officiers historiens et d’universitaires, français et étrangers, de la naissance de la Croix de guerre à sa perception dans la société française, en passant les décorations alliées similaires et ses évolutions ultérieures.

 

france grèceLes relations militaires franco-grecques. De la Restauration à la Seconde guerre mondiale 

SHD,Vincennes, 2007.

Durant cette période, les relations militaires franco-grecques ont été particulièrement intenses, portées à la fois par les sentiments philhellènes qui se développent dans l’hexagone (la France est l’une des ‘Puissances protectrices’ dès la renaissance du pays) et par la volonté de ne pas céder d’influence aux Anglais, aux Allemands ou aux Italiens. La campagne de Morée en 1828, l’intervention en Crète en 1897, les opérations en Russie du Sud  en 1919 constituent quelques uns des onze chapitres de ce volume, complété par un inventaire exhaustif des fonds conservés à Vincennes.

 

verdunLes 300 jours de Verdun

Editions Italiques, Triel-sur-Seine, 2006 (Jean-Pierre Turbergue, Dir.).

Exceptionnel album de 550 pages, très richement illustré, réalisé en partenariat entre les éditions Italiques et le Service historique de la Défense. Toutes les opérations sur le front de Verdun en 1916 au jour le jour.

 

DICO-14-18.jpgDictionnaire de la Grande Guerre

(avec François Cochet), 'Bouquins', R. Laffont, 2008.

Une cinquantaine de contributeurs parmi les meilleurs spécialistes de la Grande Guerre, 1.100 pages, 2.500 entrées : toute la Première Guerre mondiale de A à Z, les hommes, les lieux, les matériels, les opérations, les règlements, les doctrines, etc.

 

fochFerdinand Foch (1851-1929). Apprenez à penser

(avec François Cochet), 14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Actes du colloque international tenu à l’Ecole militaire les 6 et 7 novembre 2008. Vingt-quatre communications balayant tous les aspects de la carrière du maréchal Foch, de sa formation à son héritage dans les armées alliées par des historiens, civils et militaires, de neuf nations (461 pages + 16 pages de bibliographie).

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