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7 juillet 2012 6 07 /07 /juillet /2012 07:00

Stratégies gagnantes en temps de crise

Thomas Flichy (dir.)

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Voilà un petit livre (78 pages) original et intéressant. Il s'agit, tout d'abord, d'un ouvrage collectif, regroupant neuf contributions parfois relativement brèves sur le thème des stratégies gagnantes (bien au-delà du seul domaine militaire) et en particulier du rôle éminent de certaines fortes personnalités, durant des périodes parfois fort reculées. Nous passons ainsi de l'empire de Dioclétien à la république de Venise, du roi Louis XI à Gaston Fébus, de Philippe le Bel à Cavour, etc. Nous constatons, une nouvelle fois, que les questions de fond qui surgirent alors furent parfois très proches de celles que nous nous posons aujourd'hui : faut-il privilégier le "repli dans la citadelle ou [les] chevauchées hardies", comme se le demande le directeur d'ouvrage dans sa conclusion. Sa réponse, à la fois, est attendue et laisse le lecteur dubitatif : "L'étude de neuf personnalités historiques ayant réussi à triompher d'une crise montre que, sur le long terme, les politiques heureuses vont bien au-delà des calculs de positionnement. Les stratégies gagnantes reposent souvent sur une personnalité charismatique, sachant s'entourer, ayant une vision globale du monde ainsi que de véritables capacités d'anticipation. Les stratèges sont à la fois des pacificateurs et des hommes de guerre"

On retiendra également qu'à toutes les époques l'aptitude à innover afin d'atteindre un objectif sur le long terme clairement identifié (et, notons le au passage, le refus de la facilité et de la démagogie) restent également des constantes des Stratégies gagnantes en temps de crise. Voilà quelques utiles rappels, mais veillons toutefois (et ce sont des historiens qui l'affirment) à ne pas systématiquement chercher dans les événements du passé de solutions "clef en main" aux difficultés du jour. Tout au plus y trouve-t-on, avec certitude, une aptitude au raisonnement sur des situations complexes...

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28 juin 2012 4 28 /06 /juin /2012 07:10

Cyberstratégie

L'art de la guerre numérique

Bertrand Boyer

Cyberstrategie.jpg 

Enfin un ouvrage qui, tout en brossant un tableau très complet de la "cybermenace", peut être lu par un béotien sans l'usage permanent d'un dictionnaire spécialisé !

Toute la première partie ("Livre I : Méthode stratégique et milieu") de l'ouvrage de Bertrand Boyer est en effet consacrée à une définition des termes, à l'étude théorique du lien entre "guerre" (classique) et "cyberguerre", à un rappel de l'historique de la question depuis la naissance d'Internet et à l'analyse des questions juridiques. C'est donc nanti d'un copeux viatique que le moins connaisseur des questions informatiques peut aborder les deux grandes partis suivantes : "De la nature de la cyberguerre" et "Les fondements de la cyberstratégie". On le fois, la démarche est très progressive et méticuleuse. Pris par la main, acompagné dans le raisonnement, le lecteur découvre les différentes définitions posibles de la cyberguerre, fait le point des spécificités tout-à-fait particulières de cet "espace" nouveau, classifie et décrypte les différentes catégories de "cyberguerre" à partir d'une typologie des actions offensives et défensives dans le monde "virtuel". Après avoir proposé "Les cinq piliers de la puissance numérique", l'auteur tente de faire un point de situation des mesures prises en Europe et en Amérique du Nord, puis pose un certain nombre de questions qui nous ramènent presque aux principes "fochiens" de la guerre ("L'impossible bataille décisive", "Prépondérance de l'offensive sur la défensive", "Primauté de la concentration des forces"), mais aussi à un constat (attendu mais inquiétant) sur l'instabilité et les risques de notre monde : "Se résoudre à ne pas contrôler le cyberespace" et "Gagner et maintenir la confiance en nos systèmes" : d'une part "la cyberguerre signe le retour de la manoeuvre, elle permet de redonner corps, au niveau tactique, aux théories offensives", mais aussi "l'analogie avec la période de la guerre froide est pertinente. Une forme de re-glaciation stratégique s'opère et nous renvoie au concept d'équilibre entre puissances numériques". Aujourd'hui, "l'heure est ... aux investissements à la fois financiers et humains ... Pour peser demain, il faut aujourd'hui résolument favoriser l'évolution de notre cadre de pensée, briser les codes qui régissent la stratégie et son rapport à la violence".

Un excellent ouvrage pour commencer à comprendre et approcher les données de ce qui sera, au moins en partie ou sous certaines formes, une des guerres de demain.

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16 mai 2012 3 16 /05 /mai /2012 06:55

Une nouvelle guerre de Trente Ans ?

Bernard Wicht

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Curieuse (mais stimulante) brochure que voici. Ce petit volume (54 pages, 8 euros), rédigé par un bon connaisseur des questions de défense (enseignant à l'université de Lausanne et collaborateur de la Revue Militaire Suisse), nous entraîne dans un aller-retour assez virevoltant, de la crise financière dans l'Europe d'aujourd'hui aux combats en Franche-Comté entre 1634 et 1644 ("Un modèle de guerre cahotique").

Pour l'auteur en effet, qui raisonne à l'échelle macro-historique ("celle des rythmes de la longue durée et des cycles de la conjoncture"), la crise financière actuelle "renvoie à une période de transition hégémonique, marquée par le chaos et l'incertitude". Si l'hypothèse d'une conflagration générale en Europe n'est pas directement évoquée, la déstabilisation à laquelle on assiste "comporte un fort potentiel belligène" : or, ajoute-t-il en reprenant le titre de l'ouvrage célèbre de J.-B. Duroselle, Tout empire périra.

Bernard Wicht dresse le tableau, tel qu'il le voit, de la crise économique et (de l'impuissance) militaire des Etats européens. Il considère que l'on se dirige vers un effondrement des systèmes complexes, "l'U.E. représentant l'ultime avatar de la construction étatique moderne avec sa bureaucratie supra-étatique et son centralisme à l'échelle continentale". L'atmosphère générale est donc plutôt sombre et pessimiste. Pas de "guerre classique" ici par contre (nos armées n'en sont selon lui pratiquement plus capables), mais "le développement inversement proportionnel d'une violence anarchique faite de brigandages et de règlements de compte.. [Le retour] à des formes plus moyenâgeuses de conflits : rezzous criminels et rapines de grande envergure". Plus de "champ de bataille" au sens propre, mais "des raids-éclair à travers tout le pays progressant par ces grandes pénétrantes que sont les autoroutes ... dans le contexte d'une activité sociale et économique s'efforçant de maintenir de conditions d'existence minimales pour la population" !

On peut bien sûr ne pas être d'accord avec cette analyse qui oscille entre les mercenaires de Wallenstein et Mad Max, mais, comme nous le disions en introduction, il est intellectuellement stimulant qu'un théoricien extrapole, s'éloigne des contingences convenues, imagine d'autres scénarios. Après tout, la prospective ne doit-elle pas laisser la place à une part d'imagination créatrice et la "prochaine guerre" n'est-elle pas toujours différente de ce que l'on envisageait au préalable ?

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3 mai 2012 4 03 /05 /mai /2012 08:00

La guerre

  Une vision française

Général Guy Hubin

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Après Perspectives tactiques, le général Guy Hubin signe un deuxième essai, remarquable par sa hauteur de vue et sa lucidité. L'auteur souligne en introduction le danger qui consiste à "nous désarmer psychologiquement, et un jour ou l'autre matériellement", danger qui peut-être nous guette aujourd'hui. "A l'évidence, écrit-il, le goût de la violence nous a quitté mais non moins évidemment, il subsiste chez d'autres"... Réaliste, le général Hubin estime, s'agissant des puissances émergentes, "[qu'] il serait bien hasardeux de penser que leur expansion se limitera aux domaines économique et culturel ... Par la force des choses, des questions de partage de ressources, d'espaces, de pouvoir et d'influence risquent d'entraîner un recours aux moyens de la violence, ruinant la liberté d'action de ceux qui y avaient naïvement renoncé".

Cet ouvrage de 300 pages examine l'évolution du modèle "occidental" de la guerre depuis ses origines. Ce modèle, configuré pour la bataille décisive, rangée, symétrique, où la force est concentrée, remonte à la Grèce antique. Sa genèse est intrinsèquement liée à la pensée rationnelle et déterministe des Grecs anciens. Il est aussi cosubstantiel à un certain contexte socio-politique : "La juxtaposition des exigences économiques, des moeurs politiques et des buts de guerre conduit naturellement à la recherche de la bataille décisive, fille naturelle de l'économie agricole et de la démocratie". Ce style de combat, qui recherche la victoire rapide et décisive, fonctionne à condition que le lien tactique  soit efficient (cette synergie de la discipline, de l'autorité du chef, de l'efficacité des moyens, de l'adhésion à la cause et de la confiance en ses camarades). Sans cette cohésion "sacrée", notre modèle de combat est promis à l'échec.

De facto, mis en difficulté face à un adversaire qui refuse le combat rangé, le modèle hoplitique ne résiste pas au déferlement des cavaliers asiatiques au Ve siècle. Pourtant, il se perpétue -via les Byzantins, eux-mêmes fortement imprégnés de traditions helléniques. Au fond, il semble que ce soit un certain nombre d'innovations techniques, tel l'emploi en Europe de la poudre à canon à partir de la seconde moitié du XIIe siècle, qui permet à notre modèle guerrier de retrouver sa puissance. Les fortifications médiévales n'y résisteront guère : "Des forteresses anglaises du continent aux remparts de Constantinople, toutes tomberont devant la nouvelle puissance du canon". En réaction, les Italiens épaississent leurs murs ; Vauban conçoit au XVIIe siècle des fortifications ingénieuses qui focalisent l'art de la guerre sur la poliorcétique. Les pages que l'auteur écrit sur la France de Louis XIV sont à notre sens des morceaux d'anthologie. L'auteur traverse l'histoire comme chaussé des bottes de Sept lieux, avec vélocité mais non sans adresse. Il enchaîne de manière fluide les dissections savantes des différents conflits (Guerre de Cent ans, Guerre de Sécession, Première et Deuxième guerre mondiale, Algérie, ...) analysant tout-à-tour l'apport des grands théoriciens / praticiens et les évolutions successives de notre modèle guerrier. Le général Hubin, qui nous avait dans son précédent ouvrage convaincu de la pertinence de son analyse tactique, nous fait ici la démonstration de son discernement stratégique.

On peut néanmoins formuler trois critiques. Tout d'abord, on regrettera l'absence de notes en bas de page, qui affaiblit son appareil scientifique. Ensuite, les cartes, par ailleurs fort nombreuses, placées en annexe, auraient dû être intégrées au corps du texte. Leur éloignement altère leur efficacité. Enfin, La guerre, une vision française offre une somme d'informations considérable (gros travail qu'il faut saluer), mais la synthèse aurait sans doute être pu poussée un peu plus loin.

Quoi qu'il en soit, l'oeuvre du général Hubin ne saurait être un bien de consommation jetable. Elle a vocation à durer. Pour aujourd'hui comme pour demain, cette réflexion générale sur la guerre est riche d'enseignements. L'auteur appelle à "définir un nouveau paradigme d'emploi des forces pour nous aider à résoudre les problèmes stratégiques de notre temps". Notre liberté d'action, ainsi que notre dignité, sont des biens précieux. C'est pour elles, en dernière analyse, qu'il faut être prêt à (re)prendre éventuellement les armes.

B.B.P.

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10 mars 2012 6 10 /03 /mars /2012 10:10

Perspectives tactiques

général Guy Hubin

Couverture-de-l-ouvrage--Perspectives-tactiques-.jpg

Il est peu courant qu'un ouvrage de tactique générale fasse rapidement l'objet de plusieurs rééditions. Tel est pourtant le cas de celui-ci, ce qui incite à revenir sur les analyses de son auteur.

Issu de l'arme blindée et ayant longuement servi dans les troupes aéroportées, le général Guy Hubin est passionné de tactique et il tente d'esquisser dans ce livre les fondamentaux de la manoeuvre tactique future. D'un niveau de technicité certain, sans pour autant tomber dans l'inaccessible au commun des mortels, Perspectives tactiques prend toute la mesure des bouleversements en cours dans l'art du combat. Mieux, il propose un certain nombre de réflexions, de concepts et d'instruments qui enrichissent la théorie tactique et participent à son aggiornamento.

A travers dix-sept chapitres courts et cadencés, l'auteur analyse les processus d'évolution technique, jette un coup d'oeil à l'histoire et imagine les modalités de la manoeuvre future susceptibles d'ouvrir les brèches de la victoire. Ce livre tombe à pic car "nous arrivons à un moment où la nature de la manoeuvre va devoir changer, ainsi que la structure propre des forces", selon Hervé Couteau-Bégarie qui signe la préface.

Les rôles sont en train de s'inverser : "Désormais, les forces de mêlée devront localiser, préparer, concentrer l'objectif pour l'offrir aux coups d'une artillerie dont l'intervention, associée à celle des feux air/sol, décidera du sort du combat, car c'est elle qui détruira avec le meilleur rendement". L'auteur nous l'affirme : "Dans moins de cinq ans, l'artillerie possèdera des munitions capables de tirer au but sur des objectifs éloignés de plus de 30 km. Dans la mesure où ces objectifs auront été détectés, ils seront susceptibles d'être détruits. Sur un champ de bataille de plus en plus transparent, la réalisation d'une telle performance interdira la concentration des efforts". Par conséquent, la taille des pions tactiques devra nécessairement diminuer pour éviter la destruction. La responsabilité de l'exécution de l'action descendra très bas, à l'échelon du peloton ou de la patrouille, tandis que les échelons supérieurs exerceront surtout une fonction de contrôle.

Le tacticien de demain devra savoir que la dissimulation de ses forces, principal ressort de la surprise d'hier, va devenir beaucoup plus complexe et qu'il lui faudra trouver d'autres leviers que celui-ci. La maîtrise du rythme, le bon dosage des moyens et la combinaison judicieuse des armes seront déterminants pour vaincre.

En somme, comme le suggère le titre de son ouvrage, Guy Hubin nous offre des perspectives tactiques pour demain et après-demain. Exercice réussi.

B.B.P.

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18 février 2012 6 18 /02 /février /2012 09:00

Res Militaris

De l'emploi des forces armées au XXIe siècle

Michel Goya

RES-MILITARIS.jpg 

L'ouvrage n'est pas à proprement parler une nouveauté (parution chez Economica en 2010), mais il mérite que l'on y revienne. Signé par le colonel Michel Goya, officier des troupes de Marine, breveté de l'école de guerre et docteur en histoire, actuellement directeur d'études à l'IRSEM,il reprend une quarantaine de fichesrédigée pendant son affectation au cabinet du chef d'état-major des armées, regroupées par thématiques : "La pause stratégique", "Stagflation militaire", "Savoir et pouvoir", "Face aux réformes", etc.

Accessible et particulièrement intéressant, Res Militaris suit une approche pluridisciplinaire qui s'appuie sur l'analyse de cas historiques mais fait également de nombreux emprunts à la sociologie, à l'économie, à la géographie ou au management d'entreprise pour expliquer des événements, des situations et s'intéresser à leurs conséquences. Au grè des fiches, nous passons par la plupart des conflits contemporains, de la guerre du Rif à l'Irak en 2009. Michel Goya revisite ainsi les conclusions tirées (parfois à chaud) des ces guerres, les échecs, mais aussi les réussites et les victoires. que ce soit au niveau tactique, opératif ou stratégique, pour en tirer des éléments de réflexion utiles pour le présent comme pour l'avenir.

Il ne s'agit pas de "révolutionner" la pensée militaire, mais bien d'inciter à réfléchir sur "l'emploi des forces" en prenant en compte des fondamentaux, aussi bien au plan des acquis traditionnels, des nouveautés les plus récentes comme des probabilités futures. Il n'y a pas de "solution-miracle" imposée par l'auteur, mais une invitation à prendre du recul, et aborder tout le champ des possibles en "s'attendant à être surpris".

Un ouvrage de référence indispensable dans toute bibliothèque bien tenue.

Pawel Bronclik

Pour accéder au blog LA VOIE DE L'EPEE de Michel Goya.

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16 février 2012 4 16 /02 /février /2012 08:20

Quelle défense pour la France ?

A. Yché

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Dans cet essai, André Yché nous invite à repenser les déterminants de notre stratégie de défense, afin de l'adapter à un monde dont les paramètres ont été bouleversés durant ces vingt dernières années. Le question que cet ancien contrôleur général des armées pose, à l'heure des travaux préliminaires à la révision du Livre blanc de 2008, est salutaire : "Quelle défense voulons-nous pour la France, demain ?". L'objectif est ambitieux : que le pays conserve la maîtrise de son destin. Selon le général Bentégeat, qui signe la préface de ce "court traité iconoclaste", l'auteur "ouvre le débat sur les choix stratégiques pour notre pays et sur les moyens qu'il doit consacrer au maintien de son influence dans le monde".

A partir de vastes synthèses historiques, A. Yché jette des ponts entre les sujets et entre les époques. On appréciera particulièrement ses dissections circonstanciées de la colonisation française et de sa déclinaison "néo" : la "Françafrique". La France, nation de terriens goûtant peu les embruns du large, entretient avec son armée des liens profonds et citoyens. Le 14 juillet, que d'aucuns voudraient remanier, est le symbole de ce mariage so frenchy entre Mars et Marianne. De notre roman national, André Yché extrait les ressorts de l'esprit de défense français. Ce dernier résulte à la fois d'un legs mémoriel fort, d'une volonté persistante de "vivre ensemble"" et, probablement aussi, d'une vision partagée de l'avenir.

Défendre la France, son "pré carré", seul "véritable ressort de mobilisation de la nation en armes", à l'inverse d'opérations extérieures de moins en moins comprises, impose de ne pas se reposer sur nos lauriers, d'autant que ceux-ci ont tendance à flétrir lorsque "les stratégies diplomatiques, les doctrines d'emploi des forces et l'organisation de l'appareil militaire" sont en discordance. En effet, une armée qui place toujours officiellement au sommet de sa doctrine la dissuasion nucléaire est-elle apte à assurer sa mission de défense face aux menaces non-conventionnelles ? Lorsqu'André Yché écrit que "la dissuasion nucléaire découle d'un processus de représentation intellectuelle" et que cette représentation est fondée sur "l'effet d'inhibition produit par le souvenir apocalyptique de Hiroshma et de Nagasaki", on est en droit de s'interroger : cet effet d'inhibition est-il  toujours vif plus de soixante-sept ans après le double drame japonais et dans le monde d'aujourd'hui, devenu amnésique ? Surtout, dissuade-t-il réellement ces fanatiques que le professeur Bruno Etienne appelait les "Amants de l'apocalypse", qui épousent des idéologies mortifères et fantasment sur la ruine d'un monde en cendres ?

Cette "faille stratégique" devient béante lorsqu'il s'agit d'examiner les situations de crises dans lesquelles notre armée pourrait éventuellement être impliquée à l'avenir. Qu'il s'agisse de la zone indo-pakistanaise ou de l'océan Indien, de l'Iran, de Taïwan, du Proche-Orient, "l'affrontement mobilisera essentiellement le potentiel aérospatial et aéromaritime des belligérants et, marginalement, leurs capacités aéroterrestres", hormis pour les Balkans et la Corée. "Par voie de conséquence, le modèle d'armée continental est inapproprié vis-à-vis des principales hypothèses d'engagement valables pour les prochaines années". Telle est la conclusion sans appel de l'auteur, qui préconise d'inaugurer une ère de rupture, conjuguant une politique de puissance classique (avec alliances de revers et constitution d'un "glacis protecteur") à des stratégies indirectes et une armée résolument inscrite dans le XXIe siècle. N'oublions pas, toutefois, que l'on ne pacifie (ou que l'on ne contrôle) un territoire qu'avec des hommes au sol ...

BBP

 

Extrait

1ere-WW.jpg"L'atout de l'Europe dans le monde du XXIe siècle, c'est d'être devenue le Continent-Histoire, face à la jeune Amérique dont nous détenons la mémoire, à l'Asie, qui a largement détruit les marques architecturales et documentaires de la sienne, à l'Afrique handicapée par la prédominance de la tradition orale. A ceci, s'ajoute le fait que jusqu'à la fin de la Seconde guerre mondiale, l'Histoire s'est largement gravée dans le sol européen, les océans ne restituant que rarement les vestiges engloutis. Ainsi l'Histoire, et tout particulièrement l'Histoire militaire, gagnerait-elle à êtrre davantage mise en valeur sur les territoires mêmes où elle s'est déroulée. Une occasion se présente, qui ne devrait pas être manquée. De 2014 à 2018 va se déouler le premier centenaire de la Grande Guerre ... Il est inenvisageable que l'épreuve suprême au cours de laquelle le peuple français a donné toute la mesure de sa cohésion, de sa capacité d'abnégation et de son héroïsme tranquille ne soit pas, durant quatre années, régulièrement rappelée à la mémoire du monde".

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8 février 2012 3 08 /02 /février /2012 08:20

L'art de la guerre

de Sun Tzu

Sun-Tzu394.jpg 

Flammarion fait reparaître, dans la collection "Champs classiques", pour une somme modique (7 euros), ce premier traité connu de l'art de la guerre, rédigé il y a environ vingt-cinq siècles. Il s'agit en fait de la réédition d'un ouvrage publié pour la première fois en 1963 avec un avant-propos de Liddell Hart (dont on sait qu'il a toujours privilégié dans ses écrits les stratégies indirectes) qui constate : "J'y ai trouvé de nombreux autres points qui concordent avec mes propres idées, en particulier l'accent sans cesse mis sur l'effet de surprise et sur la poursuite de travaux d'approche par voies détournées". Pour lui, le livre de Sun tzu constitue à la fois "la meilleure introduction rapide à l'étude de la guerre" tout en restant "pas moins précieux comme ouvrage de référence permanente, au fur et à mesure qu'on avance dans le sujet". Une longue et utile introduction (pp. 11-109) permet de replacer le texte original dans son contexte spatial et temporel, et rappelle sa profonde influence sur la pensée militaire en Extrême-Orient au fil des siècles, jusqu'à l'expression d'un certain nombre de règles de la guerre révolutionnaire par Mao.

Très souvent cité (sans toujours avoir été lu), l'ouvrage original se divise en treize chapitres principaux, de la préparation de la guerre aux détails de la manoeuvre, de l'analyse de l'offensive à la prise en compte du terrain, pour se terminer par les paragraphes bien connus sur l'utilisation des "agents secrets".

Quelques annexes complètent ce volume, et l'on peut regretter que la bibliographie finale n'ait pas été adaptée par rapport à l'édition de 1963 : depuis la fin des années 1950, de très nombreuses études ont été publiées sur les fondamentaux de la pensée de Sun Tzu, son intérêt et sa modernité éventuelle. Il aurait été utile (et sans doute peu coûteux) de les inclure dans une bibliographie mise à jour.

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  • : Guerres et conflits XIXe-XXIe s. se fixe pour objectif d’être à la fois (sans prétendre à une exhaustivité matériellement impossible) un carrefour, un miroir, un espace de discussions. Sans être jamais esclave de la « dictature des commémorations », nous nous efforcerons de traiter le plus largement possible de toutes les campagnes, de tous les théâtres, souvent dans une perspective comparatiste. C’est donc à une approche globale de l’histoire militaire que nous vous invitons.
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Cafés historiques de La Chouette

Prochaine séance : pour la rentrée de septembre. Le programme complet sera très prochainement mis en ligne.

Publications personnelles

Livres

 

doumenc-copie-1.jpgLa Direction des Services automobiles des armées et la motorisation des armées françaises (1914-1918), vues à travers l’action du commandant Doumenc

Lavauzelle, Panazol, 2004.

A partir de ma thèse de doctorat, la première étude d’ensemble sur la motorisation des armées pendant la Première Guerre mondiale, sous l’angle du service automobile du GQG, dans les domaines de l’organisation, de la gestion et de l’emploi, des ‘Taxis de la Marne’ aux offensives de l’automne 1918, en passant par la ‘Voie sacrée’ et la Somme.

 

La mobilisation industrielle, ‘premier front’ de la Grande Guerre ? mobil indus

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2005 (préface du professeur Jean-Jacques Becker).

En 302 pages (+ 42 pages d’annexes et de bibliographie), toute l’évolution industrielle de l’intérieur pendant la Première Guerre mondiale. Afin de produire toujours davantage pour les armées en campagne, l’organisation complète de la nation, dans tous les secteurs économiques et industriels. Accompagné de nombreux tableaux de synthèse.

 

colonies-allemandes.jpgLa conquête des colonies allemandes. Naissance et mort d’un rêve impérial

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2006 (préface du professeur Jacques Frémeaux).

Au début de la Grande Guerre, l’empire colonial allemand est de création récente. Sans continuité territoriale, les différents territoires ultramarins du Reich sont difficilement défendables. De sa constitution à la fin du XIXe siècle à sa dévolution après le traité de Versailles, toutes les étapes de sa conquête entre 1914 et 1918 (388 pages, + 11 pages d’annexes, 15 pages de bibliographie, index et cartes).

 

 caire damasDu Caire à Damas. Français et Anglais au Proche-Orient (1914-1919)

 14/18 Editions, Saint-Cloud, 2008 (préface du professeur Jean-Charles Jauffret).

Du premier au dernier jour de la Grande Guerre, bien que la priorité soit accordée au front de France, Paris entretient en Orient plusieurs missions qui participent, avec les nombreux contingents britanniques, aux opérations du Sinaï, d’Arabie, de Palestine et de Syrie. Mais, dans ce cadre géographique, les oppositions diplomatiques entre ‘alliés’ sont au moins aussi importantes que les campagnes militaires elles-mêmes.

 

hte silesieHaute-Silésie (1920-1922). Laboratoire des ‘leçons oubliées’ de l’armée française et perceptions nationales

‘Etudes académiques », Riveneuve Editions, Paris, 2009.

Première étude d’ensemble en français sur la question, à partir du volume de mon habilitation à diriger des recherches. Le récit détaillé de la première opération civilo-militaire moderne d’interposition entre des factions en lutte (Allemands et Polonais) conduite par une coalition internationale (France, Grande-Bretagne, Italie), à partir des archives françaises et étrangères et de la presse de l’époque (381 pages + 53 pages d’annexes, index et bibliographie).

 

cdt armee allde Le commandement suprême de l’armée allemande 1914-1916, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général von Falkenhayn 

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Le texte original de l’édition française de 1921 des mémoires de l’ancien chef d’état-major général allemand, accompagné d’un dispositif complet de notes infrapaginales permettant de situer les lieux, de rappeler la carrière des personnages cités et surtout de comparer ses affirmations avec les documents d’archives et les témoignages des autres acteurs (339 pages + 34 pages d’annexes, cartes et index).

 

chrono commChronologie commentée de la Première Guerre mondiale

Perrin, Paris, 2011.

La Grande Guerre au jour le jour entre juin 1914 et juin 1919, dans tous les domaines (militaire, mais aussi politique, diplomatique, économique, financier, social, culturel) et sur tous les fronts. Environ 15.000 événements sur 607 pages (+ 36 pages de bibliographie et d’index).

 

 Les secrets de la Grande Guerrecouverture secrets

Librairie Vuibert, Paris, 2012.

Un volume grand public permettant, à partir d’une vingtaine de situations personnelles ou d’exemples concrets, de remettre en lumière quelques épisodes peu connus de la Première Guerre mondiale, de la question du « pantalon rouge » en août 1914 à l’acceptation de l’armistice par von Lettow-Vorbeck en Afrique orientale, après la fin des hostilités sur le théâtre ouest-européen.

 

Couverture de l'ouvrage 'Mon commandement en Orient'Mon commandement en Orient, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général Sarrail

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2012

Le texte intégral de l'édition originale, passé au crible des archives publiques, des fonds privés et des témoignages des acteurs. Le récit fait par Sarrail de son temps de commandement à Salonique (1915-1917) apparaît véritablement comme un exemple presque caricatural de mémoires d'autojustification a posteriori

 

 

Coordination et direction d’ouvrages

 

Destins d’exception. Les parrains de promotion de l’Ecole Spéciale Militaire de Saint-Cyr

SHAT, Vincennes, 2002.

Présentation (très largement illustrée, 139 pages) des 58 parrains qui ont donné leur nom à des promotions de Saint-Cyr, entre la promotion « du Prince Impérial » (1857-1858) et la promotion « chef d’escadrons Raffalli » (1998-2001).

 

fflLa France Libre. L’épopée des Français Libres au combat, 1940-1945

SHAT, Vincennes et LBM, Paris, 2004.

Album illustré présentant en 191 pages l’histoire et les parcours (individuels et collectifs) des volontaires de la France Libre pendant la Seconde guerre mondiale.

 

marque courageLa marque du courage

SHD, Vincennes et LBM, Paris, 2005.

Album illustré présentant en 189 pages l’histoire des Croix de Guerre et de la Valeur Militaire, à travers une succession de portraits, de la Première Guerre mondiale à la Bosnie en 1995. L’album comporte en annexe une étude sur la symbolique, les fourragères et la liste des unités d’active décorées.

 

  90e anniversaire de la Croix de guerre90-ANS-CROIX-DE-GUERRE.jpg

SHD, Vincennes, 2006.

Actes de la journée d’études tenue au Musée de l’Armée le 16 novembre 2005. Douze contributions d’officiers historiens et d’universitaires, français et étrangers, de la naissance de la Croix de guerre à sa perception dans la société française, en passant les décorations alliées similaires et ses évolutions ultérieures.

 

france grèceLes relations militaires franco-grecques. De la Restauration à la Seconde guerre mondiale 

SHD,Vincennes, 2007.

Durant cette période, les relations militaires franco-grecques ont été particulièrement intenses, portées à la fois par les sentiments philhellènes qui se développent dans l’hexagone (la France est l’une des ‘Puissances protectrices’ dès la renaissance du pays) et par la volonté de ne pas céder d’influence aux Anglais, aux Allemands ou aux Italiens. La campagne de Morée en 1828, l’intervention en Crète en 1897, les opérations en Russie du Sud  en 1919 constituent quelques uns des onze chapitres de ce volume, complété par un inventaire exhaustif des fonds conservés à Vincennes.

 

verdunLes 300 jours de Verdun

Editions Italiques, Triel-sur-Seine, 2006 (Jean-Pierre Turbergue, Dir.).

Exceptionnel album de 550 pages, très richement illustré, réalisé en partenariat entre les éditions Italiques et le Service historique de la Défense. Toutes les opérations sur le front de Verdun en 1916 au jour le jour.

 

DICO-14-18.jpgDictionnaire de la Grande Guerre

(avec François Cochet), 'Bouquins', R. Laffont, 2008.

Une cinquantaine de contributeurs parmi les meilleurs spécialistes de la Grande Guerre, 1.100 pages, 2.500 entrées : toute la Première Guerre mondiale de A à Z, les hommes, les lieux, les matériels, les opérations, les règlements, les doctrines, etc.

 

fochFerdinand Foch (1851-1929). Apprenez à penser

(avec François Cochet), 14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Actes du colloque international tenu à l’Ecole militaire les 6 et 7 novembre 2008. Vingt-quatre communications balayant tous les aspects de la carrière du maréchal Foch, de sa formation à son héritage dans les armées alliées par des historiens, civils et militaires, de neuf nations (461 pages + 16 pages de bibliographie).

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