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7 mars 2013 4 07 /03 /mars /2013 07:00

Bréviaire stratégique

Hervé Couteau-Bégarie

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Le mot « stratégie » est aujourd’hui omniprésent dans notre vie quotidienne, et ne concerne plus depuis longtemps le seul fait militaire. Plateaux de télévisions, politiques publiques, objectifs d’entreprise ou encore jeux de société y font en permanence référence. Il faut donc remercier Olivier Zajec, qui préface ce livre, de rendre au regretté Hervé Coutau-Begarie, disparu il y a à peine plus d'un an, chercheur de renom et auteur prolifique qui a si grandement travaillé et fait connaitre les multiples aspects de la pensée stratégique française, une actualité éditoriale. Olivier Zajec compare ce bréviaire à un « ovni littéraire ». Déjà bien connu des officiers stagiaires depuis plusieurs années, cet ouvrage de 111 pages est très rigoureusement composé, organisé en 555 paragraphes numérotés, traités en 10 chapitres. Ceci répond à un double défi : organiser en pensée cohérente des notes qui sont individuellement des sources d’interrogation pour le lecteur, l’inciter à poursuivre ses lectures et à approfondir ses réflexions.

Le Bréviaire commence tout d’abord par une définition du concept de stratégie. On note que ce phénomène se développe dans le temps long et reste intimement lié à la guerre, rappelant la définition clausewitzienne : « la guerre est un duel ». La stratégie en devient un « jeu à somme nulle, avec un vainqueur et un vaincu, éventuellement à somme négative lorsque le vainqueur sort aussi épuisé de la lutte que le vaincu ». A partir de cette citation, Hervé Coutau-Bégarie émet une critique de l’utilisation du mot « stratégie ». D’un art de la guerre celle-ci serait devenue un vêtement déguisant toute tentative pour parvenir à ses fins, de stratégie globale nous serions passé à une confusion globale ( stratégie diplomatique ou diplomatie stratégique ?, etc.) en vidant le mot de tout sens opératoire. « Recentrer la stratégie sur sa signification conflictuelle, c’est lui redonner son sens fort, lui restituer sa véritable portée conceptuelle », voilà la pensée affichée par l’auteur qui nous dévoile ainsi toute la complexité de ces méthodes et principes adaptés à chaque culture en fonction de sa mentalité propre. Afin de nous rappeler qu'il ne s'agit nullement d'une invention moderne ou d'un effet de mode, les noms de centaines de stratèges, théoriciens et grands capitaines, parsèment cet ouvrage, allant d'Aristote à Patton et de Napoléon à Mannerheim.

Mais ce Bréviaire bréviaire prend, bien sûr, également en compte les évolutions plus récentes et les empreintes de la modernité, en particulier à travers l’influence de la technique sur la stratégie, qu’il s’agisse de la voie thalassocratique, aérienne ou encore la stratégie nucléaire (qui serait la première capable d’empêcher une guerre malgré une course aux armements). Il donne au néophyte les outils de compréhension nécessaire pour s'intéresser aux conflits récents et à la multiplication des guerres alternatives (guerre dissymétrique, terrorisme, etc.) auxquelles des armées conventionnelles de plus en plus techniciennes sont confrontées. Enfin, l'auteur dresse une vision du « stratège » dont le talent, rarement inné, est acquis par l'exemple de ses prédécesseurs, l'étude et l'expérience du terrain.

Indiscutablement appelé à devenir un grand classique pour le grand public, ce Bréviaire stratégique peut servir d'ouvrage d'initiation pour l'amateur, de document de révision pour l'étudiant ou d'outil de référence immédiate pour le militaire, tout en l'invitant le lecteur à se plonger en fonction de ses besoins dans la lecture d'autres ouvrages plus spécialisées. Indispensable.

Philippe Marque

Editions Argos, Paris, 2013, 111 pages, 12 euros.

ISBN : 978-2-366140057.

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7 mars 2013 4 07 /03 /mars /2013 06:55

Histoire de la dissuasion nucléaire

André Dumoulin

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La "petite collection qui monte" ? Dans la série en cours de développement de ces petits ouvrages de synthèse (ma foi, bien pratiques), les éditions Argos diffusent cetteHistoire de la dissuasion nucléaire qui sera utile aux étudiants comme aux amateurs élcairés.

A la suite d'une préface qui précise les termes fondamentaux et une introduction qui rappelle les "Origines du nucléaire français", l'auteur nous propose une première partie consacrée aux "Relations dans une Europe nucléarisée" (avec un focus sur les relations France / Grande-Bretagne) depuis la naissance de la "bombe" française puis le retrait du commandement intégré de l'OTAN. La seconde s'intéresse à l'aspect "Evolution doctrinale et stratégique", à partir de la notion de dissuasion du faible au fort et des travaux des grands stratégistes français (les "4 quatre cavaliers de l'Apocalypse") du règne gaullien, tout en soulignant au fur et à mesure les inflexions ou les remises en cause qui ont pu survenir. La troisième et dernière enfin, "Le champ technologique" traite donc des systèmes d'armes (la notion d'engin nucléaire tactique nous parait toujours peu satisfaisante, voir en contradiction avec la doctrine elle-même), pour se terminer par la mise en place récente d'une chaine complète de simulation.

Quelques annexes, un utile glossaire et une bibliographie indicative terminent ce volume qui devrait sans difficulté trouver facilement son public.

Argos, Paris, 2012, 223 pages, 15 euros.

ISBN : 978-2-33614-004-0.

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19 février 2013 2 19 /02 /février /2013 06:50

Le stratège oublié

Olivier Entraygues

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Profitons de la mise en ligne de la recension ci-dessus pour revenir sur le récent livre d'Olivier Entraygues, consacré au contemporain britannique du général Estienne. L'auteur a bien voulu apporter quelques explications complémentaires à notre chronique du 5 février (ici)

Question : Avant d'entrer dans le vif du sujet, pourriez-vous nous préciser la personnalité du major-général Fuller, en tant qu'individu. Elle semble pour le moins complexe ?

Réponse : C’est vrai, le mot complexe est particulièrement bien choisi pour qualifier l’épaisseur de l’homme. J’aime aussi citer, pour illustrer cette complexité, cette cohorte d’adjectifs : officier général, britannique, intellectuel, militaire rebelle, hérétique, iconoclaste, occultiste, pro-germanique, fasciste, antisémite, non-conformiste, agitateur d’idées, provocateur, journaliste, historien, politicien et philosophe. Le major-général J-F-C Fuller est avant tout le véritable prophète de la Blitzkrieg, la prima donna des blindés, mais aussi selon moi le véritable chef de file de la pensée militaire moderne post-1919.  Il est complexe encore par ses idées politiques, qui ont beaucoup évolué entre 1920 et 1960. Avocat et défenseur de tous les partis fascistes européens jusqu’en 1941, il devient un démocrate apaisé qui se dressent contre le monde communiste en prônant l’Europe des Nations pour résister dès 1943 aux Bolchéviks. Complexe enfin car sa pensée militaire évolue constamment, elle sort du champ de la tactique pour se hisser dans la sphère de la stratégie.

Question : A quel moment, et comment, entre-t-il dans le cercle très fermé des premiers connaisseurs et spécialistes des "cuirassés terrestres" ?

Réponse : Je pense que c’est presque un hasard, une rencontre providentielle entre deux hommes,  Fuller et son camarade Townshend ; un petit fascicule, le manuel à l’encre rouge, et une machine invraisemblable, le premier Mark I. Je m’explique. Nous sommes à la fin du mois de juin 1916. Fuller arrive au terme de son affectation au sein de la 37e division et il est affecté à l’état-major de la IIIe Armée du BEF. Essayons de nous replonger dans l’atmosphère.  Vous êtes à présent au début de l’offensive franco-britannique de la Somme, l’épisode de la guerre qui marquera le plus les consciences dans la société britannique car il provoque plus de 600 000 morts. Durant l’été 1916, le Capitaine F.H.E Townshend va devenir le catalyseur d’une rupture fondamentale de la pensée de Fuller. Townshend lui montre un papier portant un titre énigmatique : « The Ms in RedInk ». L’idée développée est la suivante : « 80 % des troupes allemandes sur le front occidental tenait un territoire de 750 kilomètres de long sur une profondeur de seulement 8 kilomètres. Sur une carte à petite échelle, on pouvait marquer ce territoire avec le trait d’un crayon émoussé. Stratégiquement et tactiquement, cette répartition des troupes était ridicule, car pour gagner la guerre, il suffisait d’avancer de 8 kilomètres sur un front de 150 kilomètres. Si la chose pouvait s’exécuter en quelques heures, rien ne nous empêchait de gagner la guerre ». Townshend a véritablement compris quelle devait être la direction à imprimer en vue de l’évolution des batailles futures, mais Fuller comprend également que Townshend n’a pas pris la peine d’expliquer « comment » les troupes britanniques devaient procéder afin d’arriver à franchir le système défensif allemand.

Le « comment » c’est simplement le char que Fuller découvre le 20 août 1916. La scène se déroule dans l’atmosphère pesante des écueils et des hécatombes de la bataille de la Somme. Fuller aperçoit alors pour la première fois de sa vie le tank. La rencontre ne constitue pas une réelle révélation, mais en décembre 1916, Fuller quitte son état-major pour rejoindre la garnison du Machine-Guns Corps Heavy section, nom de couverture donné à la toute dernière unité créée de l’armée britannique, le Tank Corps. Ainsi, ce nouvel événement, capital, marque le moment décisif de sa vie, car il va lui offrir la possibilité de mettre en application toutes les facettes de son imagination et de son génie tactique. Voilà dès lors le Père des Blindés britannique, … Ready pour la réflaction….

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Question : Quels enseignemets tire-t-il du premier engagement des chars britanniques lors de la bataille de Cambrai ?

Réponse : D’abord et c’est selon moi le plus important pour faire évoluer les mentalités des officiers très victoriens, grâce à la Bataille de Cambrai, Fuller a réussi à démontrer aux « tankosceptiques » du G.Q.G. l’utilité des tanks. L’absence de bombardement d’artillerie préalable a permis d’obtenir un effet de surprise maximum lors du déclenchement de l’attaque et une pénétration de 10.000 yards a été réalisée en 24 heures. Certes, lors de la 3e bataille d’Ypres, le terrain gagné a atteint 25.000 yards, mais il a fallu trois mois, des centaines de milliers de pertes humaines et des millions d’obus d’artillerie pour réaliser cette pénétration. Les lignes de défense théoriquement inexpugnables de la ligne Hindenburg ont été franchies en moins de 12 heures. Alors qu’il aurait été particulièrement difficile de couper les réseaux de fils de fer barbelés avec les tirs d’artillerie, les tanks y arrivèrent aisément en quelques heures et ils ouvrent le passage aux unités d’infanterie et de cavalerie. Aucune perte ne s’est produite dans les rangs de l’infanterie avant le déclenchement de l’attaque. En effet les Britanniques n’ayant pas mis en place de bombardement préalable, les Allemands n’ont pas  déclenché de contre-bombardement d’artillerie, qui est généralement fatal pour les unités prêtes à monter à l’assaut. Pour Fuller le principal enseignement de Cambrai s’impose, puisque le tank est devenu un Men Saver, Money Saver and Time Saver !

Question : Quelles sont les principales différences que vous relèveriez entre Fuller et l'autre grand auteur militaire britannique du temps, Liddell Hart ?

Réponse : Cette question est particulièrement sensible et polémique. Je voudrais seulement décrire des faits. Liddell Hart, le plus français des penseurs britanniques a l’outrecuidance de conclure ses Mémoires en écrivant « la tragique ironie du destin voulut qu’en ce printemps 1940 je visse mes propres idées utilisées pour percer les défenses de la France, pays qui me vit naître ». Liddell Hart est né en France, le 31 octobre 1895, car son père était le pasteur de l’église méthodiste anglaise de Paris. La loi française lui octroie donc la double nationalité jusqu’à l’âge de 21 ans. Dans ses Mémoires autobiographiques, ce personnage très controversé -au Royaume-Uni comme aux États-Unis- oublie très souvent de reconnaître sa dette intellectuelle envers le Général J.F.C. Fuller. La simple lecture de leur volumineuse correspondance conservée au King’sCollege London suffit pourtant à en attester. Entre 1921 et 1927, Liddell Hart est l’élève, qui apprend doctement du maître. Mais à partir de 1933, son sens de l’entregent, ses relations très « politiquement correctes » avec l’establishment, la traduction de la quasi-totalité de ses livres en français, font de lui un homme écouté et respecté des deux côtés de la Manche. Malheureusement, ses choix politiques, un soutien inconditionnel à la politique de Chamberlain et au refus de l'engagement continental le conduit à une période de disgrâce beaucoup plus longue que celle de son vieil ami. Il faut également se souvenir que, chez Liddell Hart, les amitiés sont toujours intéressées et à sens unique. L’étude de ses relations avec Thomas Edward Lawrence est éclairante à cet égard. Après avoir puisé immodérément dans les écrits et les pensées de l’un des vainqueurs des Turcs en Arabie, son salut viendra d’une autre rencontre, d’une autre amitié, celle nouée avec le capitaine Beaufre en 1937. Au début des années 1950, l’appui de cet officier français devenu général lui permet de retrouver une place dans la pensée stratégique post-1945. À la suite des leçons tirées de l’engagement franco-britannique de Suez (durant laquelle il commande la ‘Force A’, composante terrestre française), le général Beaufre impose à l’École de guerre une conférence de stratégie présentant les axiomes du Britannique. Ces faits sont les seules causes pouvant expliquer qu’en France, une lecture partielle (et partiale) de l’histoire n’a globalement retenu que le nom de Liddell Hart comme principal penseur militaire britannique de l’entre-deux-guerres.

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Question : Quelles sont les leçons que vous aimeriez tirer des écrits de ce ‘Jeune Turc’ des années 1920 ?

Réponse : Pour la démocratie parlementaire britannique, Fuller fut donc cette vox clamantis in deserto. Le contexte des années d’entre-deux-guerres va conduire le cabinet de Chamberlain à mettre en œuvre la politique d’appeasement face à l’Allemagne nazie. Ce choix très pragmatique est principalement sous-tendu par trois facteurs : le pacifisme des mentalités, la nécessité de maintenir des échanges commerciaux avec le IIIe Reich et un rapport de forces à l’avantage de Berlin. Ce contexte général conduit donc à l’existence d’une armée britannique extrêmement mal préparée et peu équipée pour tenir un rôle continental dans la guerre mondiale en 1939. Or, les similitudes entre la période qui couvre les années 20-30 et la période actuelle sont frappantes. Dans les années 1920, la pensée et les écrits de Fuller s’inscrivent pleinement dans une crise des fondements, celle des démocraties occidentales. En illustrant les réactions qu’elle cause au sein de la société britannique on peut probablement en tirer quelques réflexions adaptées à une institution militaire qui se doit d’être pertinente dans ses choix sur le temps long, qui doit justifier le bon usage de ses budgets et parfois la raison de son existence même. De tels thèmes sont récurrents parmi les idées originales que Fuller n’a pas réussi à faire partager à ses pairs, à ses chefs et à ses concitoyens en cette période de rupture psychologique pour les Européens :

- Les stratégies et les tactiques restent valides aussi longtemps que les conditions technologiques, politiques, économiques, politiques et géographiques demeurent fortement inchangées.

- La doctrine ne doit pas être comprise comme l’élément idéologique structurant d’une armée puisqu’elle est particulièrement tributaire des moyens et des évolutions des mentalités, liées à la réception d’idées et de savoirs-faire nouveaux.

- Dans le microcosme militaire il est plus facile de faire accepter une idée nouvelle que d’arriver à en chasser l’idée ancienne.

- Pour l’institution militaire, le besoin de stabilité et la nécessité de s’appuyer sur un socle doctrinal fort, liés au temps de construction des armements, assurent  une assimilation de la doctrine mais ils permettent très difficilement de réajuster régulièrement la formation des officiers et de modifier la sélection des élites militaires. La formation et la sélection peuvent-elles alors mettre en exergue la nécessité chez les officiers de faire autre chose que ce que l’on leur a appris ?

Merci pour toutes ces réponses, et à très bientôt.


 

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6 février 2013 3 06 /02 /février /2013 07:05

Gagner une guerre aujourd'hui ?

colonel Stéphane Chalmin (Dir.)

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Ce qui frappe immédiatement à la réception de cet ouvrage collectif,c'est la diversité des auteurs : âge, spécialité, orientation politique, formation ou emploi, tout les différencie. Et cette variété d'origine, de parcours et de regards est la grande qualité de ce livre collectif.

Globalement, les intervenants s'interrogent sur ce paradoxe apparent : "Nos capacités, nos aptitudes militaires (humaines, matérielles, doctrinales et financières) nous permettent assurément de savoir comment gagner une guerre", et malgré tout "le gagnant n'est pas forcément le plus riche, le faible devient parfois fort et la guerre se gagne désormais sur des fronts pluriels". Le livre est divisé en cinq grandes parties ("L'impuissance de la puissance militaire", "La nature des opérations a profondément changé", "Un environnement bouleversé", "Une légitimité remise en question", "Les acteurs doivent s'adapter pour obtenir la victoire") et, au long de la vingtaine de contributions, on s'intéresse ainsi successivement aux notions et aux approches phiulosophiques (Raymond Boudon, "L'introuvable patrie"), historiques (Dominique Venner, "L'avenir de la guerre et des armées"), politiques (Louis Gauthier, "Le front moral de la guerre"), économiques (Jacques Sapir, "Les démocraties savent-elles encore gagner les guerres ?"), techniques (Joseph Henrotin, "Gagner par l'artefact ? Le rôle de la technique dans la victoire"), diplomatiques (Jean-Sylvestre Montgrenier, "Les défis d'un monde polycentrique et déséquilibré"), doctrinales (Michel Goya, "La France peut-elle encore gagner une guerre ?"), voire tactique (Antonin Tisseron, "La place des guerres urbaines") etc. C'est dire toute la richesse de ce volume, qui fourmille littéralement d'idées et de pistes de réflexion (même si l'on peut parfois regretter que la relative brièveté de certains articles empêche d'aller plus loin).

Considérant que "nous devrons faire face à des changements structurels de très grande ampleur", la conclusion nous invite à considérer que "cet avenir n'est ni bon, ni mauvais, il est incertain" et surtout que nous devons sortir "d'une période de paresse intellectuelle", "retrouver la volonté d'agir" : "Ne soyons ni optimistes, ni pessimistes, mais retrouvons tout simplement notre place en tant qu'acteurs". Excellente idée : retroussons nos manches !

Editions Economica, Paris, 2013, 187 pages, 23 euros.

ISBN : 978-2-7178-6543-1.

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5 février 2013 2 05 /02 /février /2013 07:06

Le stratège oublié

J-F-C Fuller, 1913-1933

Olivier Entraygues

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Officier de liaison au Royaume-Uni, le lieutenant-colonel Olivier Entraygues a soutenu une thèse remarquée sur le major-général Fuller, pour laquelle il a presque totalement exploité les archives et fonds privés britanniques. Il en tire aujourd'hui cet ouvrage, préfacé par le général d'armée Georgelin.

Dans ce livre, il étudie tout particulièrement son personnage (dont il dit en introduction qu'il fut une voix clamant dans le désert) entre le début de la Grande Guerre et son rôle de directeur de l'instruction au Staff College dans les années 1920.

L'ouvrage est divisé en trois grandes parties : "Fuller avant la bataille de la Somme", "La bataille de Cambrai : remettre l'homme en mouvement" et "Une guerre s'achève : théoriser la guerre industrielle". Il faut remercier Olivier Entraygues de s'être "attaqué" à une personnalité aussi complexe que celle du "père" des chars britanniques, car les raccourcis et les idées reçues fleurissent d'autant plus facilement à son sujet que son rapprochement avec la British Union of Fascists de Mosley dans les années 1930 jette une ombre au tableau. Par ailleurs, épris d'occultisme et à bien des égards anticonformiste, Fuller n'a pas exactement le profil-type du général anglais traditionnel. Non seulement l'auteur nous raconte la vie et les actions de J.-F.-C. Fuller, mais il en décrypte grâce aux archives privées les ressorts intellectuels, parlant de "soif de vérité", de "courage intellectuel", de "quête d'absolu".

Très abondamment référencé, parsemé de nombreuses citations, le texte nous entraine des premiers écrits, alors que Fuller est capitaine, au livre de référence, rédigé presque quinze ans plus tard, qu'est The Reformation of War, en passant par toutes les difficiles étapes des combats de la Grande Guerre; la création et l'emploi des premières unités de chars et le "Plan 1919", projet de campagne étudié au cours de l'été 1918 en vue de l'offensive de l'année suivante, et dont le contenu est détaillé sur une quinzaine de pages à partir de la traduction du document original (le Tank Corps britannique devait passer en un an de 17.000 à 37.000 hommes pour armer 36 bataillons blindés). Car, à la différence de Liddell Hart qui quitte l'armée comme capitaine avant d'entreprendre une carrière de journaliste, Fuller est un officier en charge de responsabilités aux armées pendant toute la guerre, et directement au front jusqu'à l'été 1918. Toute la deuxième partie de l'ouvrage est ainsi particulièrement précieuse pour appréhender l'histoire des origines de l'arme blindée en Grande-Bretagne, du rôle et de la place de ses quelques partisans et la réalité des nombreux obstacles qui se dressent devant eux. Les lecteurs adhèreront peut-être moins facilement à l'analyse assez théorique, voire philosophique, proposée à la fin de l'ouvrage, de "l'ordre trinitaire" qui fonde l'essence du raisonnement de Fuller et le conduit à élaborer son propre système représentatif des lois et principes de la guerre. On appréciera par contre la conclusion, centrée autour de "La réception des idées de Fuller à l'éranger, 1920-1939" (France, Allemagne, URSS).

Les études de ce type sont extrêmement rares en France. A connaître et à lire.

Brèches éditions, Bourges, 2012, 381 pages, 20 euros.

ISBN : 978-2-369003-000-3.

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24 décembre 2012 1 24 /12 /décembre /2012 07:05

La pensée militaire prussienne

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En (très, très) utile complément au récent livre de Pierre-Yves Hénin (Le plan Schliffen, cliquer ici), voici une remarquable étude d'un grand spécialiste, présentant les fondamentaux, les évolutions, les particularités de la pensée militaire prussienne sur près de deux siècles.

L'ouvrage s'intéresse d'abord longuement (chap. 1 à 10), et à juste titre car cette période est nettement moins connue en France, au XVIIIe siècle, y compris au sujet de la presse militaire (étude précieuse) ou de la Marine (si souvent oubliée). Il traite ensuite, bien sur, de Clausewitz à travers plusieurs chapitres (chap. 11 à 14) et tente une comparaison avec "l'autre" héritier de l'empereur, Jomini (chap. 15 et 16), avant d'étudier certaines conséquences des réorganisations de 1811-1814 (chap. 17 et 18). Défilent ensuite les personnalités marquantes, selon différents critères, de la pensée militaire allemande au XIXe s. (chap. 19 à 24), avant que d'aborder "le laboratoire militaire prussien, 1814-1914", "Les Apologistes de la guerre" et "le concept de guerre totale". C'est au total extraordinairement riche, appuyé sur de nombreuses (et parfois longues) citations, souvent original. Les généraux et/ou les auteurs auxquels il est fait référence (ou dont les écrits sont étudiés) sont parfois totalement méconnus de ce côté-ci du Rhin : Jean-Jacques Langendorf nous offre un bel ouvrage, une vraie référence qui montre bien toute la complexité d'un cheminement intellectuel dans la longue durée. 

Un livre indispensable, en hommage au regretté Hervé Coutau-Bégarie. 

Editions Economica, Paris, 2012, 615 pages, 39 euros.

ISBN : 978-2-7178-6509-7

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13 décembre 2012 4 13 /12 /décembre /2012 07:00

Introduction à la cyberstratégie

Olivier Kempf

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Ce livre est particulièrement bienvenu. D'une part, le sujet est non seulement d'une grande actualité, mais encore fait l'objet d'interrogations (voire de fantasmes) auprès de très nombreux amateurs des questions stratégiques au sens large ; d'autre part l'auteur, Olivier Kempf, qui anime le site Etudes géopolitiques, européennes et atlantiques sur lequel il consacre très fréquemment des articles à ce sujet, en est l'un des meilleurs connaisseurs. Il précise dès son introduction : "Nous nous trouvons comme les théoriciens de l'après-guerre qui durent penser l'irruption stratégique de l'arme nucléaire ... Avec le cyberespace, la stratégie ne peut plus être exactement comme avant".

L'ouvrage commence par une indispensable série de définitions (pp. 9-23), avant d'aborder en deux grandes parties les "Facteurs stratégiques" (les lieux, les frontières, les espaces, les sphères, le temps et les acteurs cyberstratégiques), puis les "Dispositifs stratégiques" (les notions d'attaque et de défense, de dissuasion, de dissymétrie et d'assymétrie, ainsi qu'une approche de l'attitude des principaux pays sur ces questions). Il se termine sur deux annexes : "Principes stratégiques du cyber espace" et "Check-list de l'action stratégique", ainsi que sur une (très) utile bibliographie et (bien sûr) Webothèque. L'ampleur du sujet saute aux yeux, son importance est désormais indiscutable, non seulement dans le domaine stratégique collectif, mais très concrètement pour la vie quotidienne de chacun. Et au terme de la lecture, rien ne justifie que nous "baissions les bras" : l'ancien principe des "forces morales", l'importance de la volonté clairement exprimée et de l'engagement déterminé, principes à certains égards presquesque "fochiens", se trouvent de fait confortés par ce nouveau défi. Si le livre peut parfois sembler inquiétant au lecteur qui maitrise encore mal ces paramètres, il ouvre aussi des perspectives (chapitres 7 et 9), parce que "rien n'est perdu".

Si un lecteur presque totalement béotien, "100 % lettres classiques" comme moi (français, histoire, philo, latin, grec. Fermez le ban !), a pu comprendre, soyez sans crainte : l'ouvrage est particulièrement pédagogique, sans jamais tomber dans la simplification abusive. Il éclairera les néophytes tout en présentant une analyse globale de la question pour ceux qui s'y intéressent depuis plus longtemps. C'est, indiscutablement, un livre qui, par son caractère complet, est appelé à rester longtemps une référence sur le sujet.

Editions Economica, Paris, 2012, 176 pages, 19 euros.
ISBN : 978-2-7178-6527-1.

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4 décembre 2012 2 04 /12 /décembre /2012 07:10

Enjeux de guerre

Pierre-Joseph Givre et Nicolas Le Nen

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Alors que certains croyaient pouvoir, naïvement, tirer dès le début des années 1990 les "bénéfices de la paix", jamais la guerre n'a été aussi présente en permanence dans tous les discours, toutes les préoccupations de nos sociétés.

Les auteurs de cet ouvrage, les colonels Pierre-Joseph Givre et Nicolas Le Nen, en connaissent les réalités, la nature évolutive et les enjeux pour avoir participé aux opérations les plus complexes, et sans doute les plus difficiles, en ex-Yougoslavie, en Afrique et en Afghanistan. De ces expériences, ils ont tiré des leçons de réalisme et des réflexions éclairantes (au moins au regard de la société actuelle, car certaines sont, somme toute, assez classiques), qu'ils nous livrent dans ce cours essai, dense, vif, parfois percutant. Ce texte incisif devrait faire réfléchir de nombreux décideurs.

L'objectif de cet ouvrage est de présenter, d'expliquer, la réalité complexe des guerres actuelles (et futures), en délivrant un message fondamental selon lequel la période exceptionnelle de paix en Europe dans laquelle nous vivons depuis trois générations pourrait n'être rien d'autre qu'une « veillée d'armes ». Certes, la France ne connait plus de menaces directes à ses frontières et l'hexagone n'apparaît que très marginalement affecté par les guerres extérieures. Toutefois, il ne faut pas céder au mirage de la paix perpétuelle : l'avenir de notre monde reste très incertain. Cette mise en garde mérite d'être entendue, méditée et précisée : une prise de conscience lucide, constructive, est indispensable pour préparer l'avenir. En effet, la paix se mérite, elle se gagne parce qu'une nation ou un peuple ne se berce pas de vaines illusions : Si vis pacem, para bellum.

Pour démontrer cette thèse et l'enrichir, les auteurs développent cinq aspects. La première partie identifie et analyse les sources de la guerre que sont l'intérêt, l'honneur et la peur. La deuxième partie, intitulée la « Guerre mortelle », se préoccupe essentiellement de l'état actuel de la « remarquable trinité », formule de Clausewitz , dans laquelle l'armée, l'État et la population interagissent, cette dernière constituant aujourd'hui l'épicentre fragilisé. La troisième partie se consacre au "nouveau" type de guerre auquel nous sommes confrontés aujourd'hui : la guerre diffuse, une guerre qui s'immisce dans tous les pans des activités humaines et dont le succès ne se situe plus dans l'intensité de l'effort de guerre mais dans la complémentarité des moyens civils et militaires mis en œuvre. Enfin, la « Guerre des trinités » et la « Guerre des hommes » clôturent cet ouvrage, qui suscite le questionnement, la remise en cause de nos certitudes trop rapidement établies et de nos représentations caduques sur la guerre et ses modalités. Les auteurs alternent les références à des textes fondateurs et une argumentation efficace pour adresser une mise en garde percutante, voire quelque peu déstabilisante mais néanmoins nécessaire, contre l'illusion d'une paix immuable. La guerre reste pour eux intimement associée, chevillée, à la nature humaine. Il serait donc inutile de chercher à l'éviter, d'essayer de la contourner, car il ressurgit aussitôt dans un domaine ou un espace voisin. Au contraire, il est essentiel de réfléchir pour mieux l'appréhender, la comprendre et la préparer. Leurs références à l'importance de la "volonté" (d'abord politique) n'est pas sans nous rappeler l'expression "forces morales" en usage au début du XXe siècle. Même lorsque les mots changent dans les discours publics, les faits restent têtus.

Kathleen SIMON

Economica, Paris, 2012, 111 pages, 16 euros.

ISBN : 978-2-7178-6512-7.

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27 septembre 2012 4 27 /09 /septembre /2012 07:10

Sun Tzu,

ou l'art de gagner des batailles

Bevin Alexander

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Cette traduction française d'un ouvrage publié l'année dernière aux Etats-Unis est à bien des égards riche d'enseignements. Considérant que "les principes de Sun Tzu peuvent s'appliquer à n'importe quelle situation", l'auteur reprend le déroulement d'un certain nomdre de grandes batailles du monde occidental depuis la guerre d'indépendance américaine (Saratoga en 1777) et s'efforce d'en effectuer une critique à l'aune des principes édictés par l'auteur chinois. Le maître mot, le critère essentiel, le premier facteur discriminant est : "Pour éviter ce qui est fort, frappe ce qui est faible", c'est à dire : est-ce que le commandant en chef s'est efforcé d'atteindre ses objectifs de manière indirecte et en occupant les secteurs non protégés par l'ennemi.

Bevin Alexander divise ensuite son ouvrage en autant de chapitres que de batailles ou conflits étudiés : Saratoga en 1777, Waterloo en 1815, les campagnes de 1862 de la guerre de Sécession, Gettysburg en 1863, la bataille de la Marne en 1914, la bataille de France en 1940, Stalingrad en 1942, la libération de la France en 1944 et Incheon et l'invasion de la Corée du Nord en 1950. A ce niveau, à notre avis, un constat s'impose : les engagements étudiés ne sont pas tous du "même pied" : quoi de commun entre Saratoga, bataille nettement circonscrite dans un cadre spatio-temporel limité, et la bataille de la Marne (ou pour être plus juste la juxtaposition des batailles voisines s'étendant de l'Ourcq à Verdun et génériquement regroupées sous l'appellation de bataille de la Marne), ou l'offensive contre la Corée du Nord sur laquelle pèse encore plus lourdement de très fortes contraintes politico-diplomatiques ? Or, ces aller-retour entre des échelles différentes, du strictement tactique au stratégique en passant par l'opératif, rendent à notre sens la démonstration moins convaincante, toutes les situations n'étant pas comparables, même si "les axiomes de Sun Tzu s'appliquent à n'importe quel contexte militaire".

Il n'en demeure pas moins que chaque étude de cas est très riche d'enseignements car l'auteur décrit dans le détail les mouvements préalables des troupes et précise le rôle de chaque responsable en situation de commandement (même si cette partie est parfois un peu sommaire), mais la succession rapide de brefs paragraphes trouble le lecteur. Par exemple, pour intéressante qu'elle soit, la présentation de la campagne de France du printemps 1940 aborde à la fois la question au niveau des différents groupes d'armées, de l'OHL et du commandement suprême d'Hitler : on est parfois à deux doigts de s'y perdre. L'ultime chapitre consacré à la guerre de Corée amplifie cette complexité (au moins apparente) en mettant en relief l'importance du rôle de l'autorité politique ("Le gouvernement Truman, avec une vision extrêmement étriquée de ce qui serait le plus avantageux pour les Etats-Unis"), dont les prises de décision sont susceptibles d'évolutions rapides dans la conduite stratégique de la guerre.

En résumé, un ouvrage solidement référencé et appuyé sur un important appareil de notes, absolument à lire, sans toujours adopter le point de vue systématique de l'auteur. Lorsque Bevin Alexander appelle en conclusion à "s'assurer d'avoir des chefs intelligents", il s'agit bien d'un truisme : quel gouvernement choisirait un "chef idiot", ou "veule" ou notoirement "incapable" ? Peut-être n'y a-t-il pas de réponse à certaines questions, et cela nous renverrait à la part d'ombre et de mystère, de "brouillard de la guerre", qui repose sur les aptitudes et capacités personnelles de quelques chefs exceptionnels... Autre, et vaste, débat.

Editions Tallandier, Paris, 2012, 296 pages; 20,90 euros.

ISBN : 978-2-84734-919-1

P.S. : Les lecteurs intéressés trouveront de très nombreuses informations et analyses sur L'art de la guerre sur le site spécialisé Sun Tzu France, à l'adresse : http://suntzufrance.fr/

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12 septembre 2012 3 12 /09 /septembre /2012 07:05

Comprendre la guerre. Histoire et notions

Laurent Henninger et Thierry Widemann

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En réunissant en un volume les articles qu’ils publient, depuis des années, presque à tour de rôle chaque mois, dans Armées d’Aujourd’hui, Laurent Henninger et Thierry Widemann rendent un véritable service à tous les amateurs d’histoire militaire. Ce qui caractérise en effet ces chroniques mensuelles d’une page est à la fois leur concision et leur précision. Il s’agit d’un exercice de synthèse extrêmement difficile : présenter en quelques milliers de signes de façon aussi originale, argumentée et pertinente que possible un sujet généralement traité par des volumes entiers. J’ai souvent admiré la qualité de leurs propos, même si, sur certains points, je peux exprimer des désaccords. Ils renouent d'ailleurs en cela avec une ancienne tradition de la IIIe République, qui voyait les longs articles de la presse institutionnelle édités quelques mois plus tard sous forme de brochures ou de livres.

Le corps du texte est précédé par une brève introduction sous double signature, mais pourquoi revenir sur « cette poussiéreuse discipline volontiers ringarde » qu’était l’histoire militaire il y a une trentaine ou une quarantaine d’années ? Ce n’était pas systématique, elle correspondait aussi à une époque et était le fruit d’un héritage. L'aggiornemento a été depuis longtemps réussi, et il vient à l'esprit de personne de s'interroger sempiternellement sur les formes prises par l'enseignement de la philosophie ou des mathématiques il y a 40 ans. Les deux auteurs y précisent modestement l’objectif poursuivi : « Ce livre souhaite offrir à un large public quelques outils permettant de comprendre les rivalités et les menaces qui traversent un monde instable, et de trouver les mots pour les décrire ». C'est, de ce point de vue, une véritable réussite. L’ouvrage rassemble ensuite quelques cinquante fiches thématiques, organisées en trois grandes parties : « La guerre et l’Etat », qui aborde les questions générales, de principe et de stratégie ; « L’art de la guerre », qui permet globalement de passer de la stratégie à la tactique et aux règles d’emploi des forces armées dans les situations les plus diverses ; « Les hommes et les armes », où sont traitées des notions plus culturelles ou technologiques. Pour chaque article, afin d’appuyer leurs démonstrations, les auteurs font régulièrement référence aux événements militaires qui se sont succédés depuis la haute Antiquité, parcourent allègrement l'époque moderne et les guerres de l'Empire, mais n’oublient jamais d’évoquer les aspects les plus récents ou actuels de la question. En fil rouge, la notion (ou l’idée) de « système de guerre » apparait régulièrement.

Puisqu’il n’est pas possible de citer les cinquante textes différents, n’en retenons que deux. « Qu’est-ce qu’une victoire ? » (« Une victoire militaire est peu de chose si elle n’atteint pas le registre politique … La victoire complète ne résulte pas d’un seuil que l’on aurait atteint dans les destructions réalisées chez l’adversaire, mais d’un moment où une autorité politique, en accord avec sa propre population, considère, à partir d’une conception partagée des critère de la victoire et de la défaite, qu’elle ne peut plus poursuivre la lutte : la reddition est donc un phénomène à la fois psychologique et culturel ». Et « A quoi sert l’histoire militaire ? » : « Se poser la question équivaut à se demander à quoi sert l’histoire … L’histoire n’apporte pas de réponses toutes faites -ce serait une grave erreur de le croire, ou même simplement de le souhaiter-, mais elle fournit des outils et des méthodes -qui prennent parfois la forme de questions ou de problématiques- permettant de mieux penser la complexité à laquelle nous sommes confrontés ».

On objectera que sur certains points des discussions peuvent s'élever. Certes. Tant mieux. A tous les points de vue, ce petit volume est dès à présent absolument indispensable, qu’il soit utilisé comme un outil de travail pour un « rappel » immédiat par les uns, déjà avancés dans l’étude des questions militaires, ou comme une référence « de base » pour les autres (étudiants en particulier) qui commencent à s’intéresser à ces questions. Voilà 8 euros très judicieusement employés.

Collection ‘Tempus’, Perrin, Paris, 2012, 227 pages, 8 euros

ISBN : 978-2-26-04000-0

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Laurent Henninger et Thierry Widemann ont bien voulu répondre ensemble à quelques questions :

Question : Par rapport au nombre total d'articles publiés dans Armées d'Aujourd'hui, quelle proportion avez-vous sélectionné pour figurer dans cette publication et selon quel(s) critère(s) ?

Réponse : Presque tous les articles ont été retenus. Nous en avons exclu ceux dont les thématiques pouvaient paraître redondantes, mais il ne doit y en avoir qu’un ou deux.

Question : Vous expliquez dans votre introduction commune vouloir mettre à la disposition du grand public un outil présentant simplement des notions complexes. Pensez-vous y être parvenus ?

TW : Notre collaboration avec Armées d’aujourd’hui dans le cadre de cette rubrique est très ancienne puisqu’elle remonte au début des années 2000.  Nous avons acquis une certaine habitude de vulgariser des notions habituellement utilisées par les universitaires.

LH : Les conseils comme les contraintes de la rédaction du magazine ont également joué leur rôle dans l’acquisition d’un savoir-faire à mi-chemin de l’érudition et du journalisme. Cela restera malgré à nos lecteurs de dire si nous avons réussi ou non…

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Question : Si vous deviez ne retenir chacun qu'un article sur les cinquante que le volume compte, lequel choisiriez-vous et pourquoi ?

LH : Je crois qu’il s’agit de l’article sur le mythe de la guérilla (p.  137). J’ai toujours eu l’impression qu’il existait un énorme nuage de fumée autour de cette question, répandu par tous les courants idéologiques et pour toutes les raisons imaginables, parfois même de façons contradictoires. Or, il me semblait urgent d’envisager d’abord cette question comme un mythe. À partir de là, on s’aperçoit que, derrière ce rideau de fumée, il ne reste plus grand-chose de vraiment solide…

TW : Ce serait probablement l’article « stratégie » (p. 17). Il y avait là un défi à relever : faire tenir la définition d’une notion devenue aussi complexe en une seule page.

Question : Dans le cadre du renouveau général des études sur les questions d'histoire militaire, sécurité et défense, avez-vous d'autres projets ? Envisagez-vous une « suite » ou un « complément » ?

Réponse : Comme nous continuons à alimenter cette rubrique dans Armées d’aujourd’hui, dès que nous aurons atteint la prochaine « masse critique », la question pourra à nouveau se poser. Cela prendra alors sans doute la forme d’une deuxième édition augmentée.

Merci chers amis pour ces précisions, plein succès pour cette excellente synthèse et à très bientôt.

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Cafés historiques de La Chouette

Prochaine séance : pour la rentrée de septembre. Le programme complet sera très prochainement mis en ligne.

Publications personnelles

Livres

 

doumenc-copie-1.jpgLa Direction des Services automobiles des armées et la motorisation des armées françaises (1914-1918), vues à travers l’action du commandant Doumenc

Lavauzelle, Panazol, 2004.

A partir de ma thèse de doctorat, la première étude d’ensemble sur la motorisation des armées pendant la Première Guerre mondiale, sous l’angle du service automobile du GQG, dans les domaines de l’organisation, de la gestion et de l’emploi, des ‘Taxis de la Marne’ aux offensives de l’automne 1918, en passant par la ‘Voie sacrée’ et la Somme.

 

La mobilisation industrielle, ‘premier front’ de la Grande Guerre ? mobil indus

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2005 (préface du professeur Jean-Jacques Becker).

En 302 pages (+ 42 pages d’annexes et de bibliographie), toute l’évolution industrielle de l’intérieur pendant la Première Guerre mondiale. Afin de produire toujours davantage pour les armées en campagne, l’organisation complète de la nation, dans tous les secteurs économiques et industriels. Accompagné de nombreux tableaux de synthèse.

 

colonies-allemandes.jpgLa conquête des colonies allemandes. Naissance et mort d’un rêve impérial

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2006 (préface du professeur Jacques Frémeaux).

Au début de la Grande Guerre, l’empire colonial allemand est de création récente. Sans continuité territoriale, les différents territoires ultramarins du Reich sont difficilement défendables. De sa constitution à la fin du XIXe siècle à sa dévolution après le traité de Versailles, toutes les étapes de sa conquête entre 1914 et 1918 (388 pages, + 11 pages d’annexes, 15 pages de bibliographie, index et cartes).

 

 caire damasDu Caire à Damas. Français et Anglais au Proche-Orient (1914-1919)

 14/18 Editions, Saint-Cloud, 2008 (préface du professeur Jean-Charles Jauffret).

Du premier au dernier jour de la Grande Guerre, bien que la priorité soit accordée au front de France, Paris entretient en Orient plusieurs missions qui participent, avec les nombreux contingents britanniques, aux opérations du Sinaï, d’Arabie, de Palestine et de Syrie. Mais, dans ce cadre géographique, les oppositions diplomatiques entre ‘alliés’ sont au moins aussi importantes que les campagnes militaires elles-mêmes.

 

hte silesieHaute-Silésie (1920-1922). Laboratoire des ‘leçons oubliées’ de l’armée française et perceptions nationales

‘Etudes académiques », Riveneuve Editions, Paris, 2009.

Première étude d’ensemble en français sur la question, à partir du volume de mon habilitation à diriger des recherches. Le récit détaillé de la première opération civilo-militaire moderne d’interposition entre des factions en lutte (Allemands et Polonais) conduite par une coalition internationale (France, Grande-Bretagne, Italie), à partir des archives françaises et étrangères et de la presse de l’époque (381 pages + 53 pages d’annexes, index et bibliographie).

 

cdt armee allde Le commandement suprême de l’armée allemande 1914-1916, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général von Falkenhayn 

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Le texte original de l’édition française de 1921 des mémoires de l’ancien chef d’état-major général allemand, accompagné d’un dispositif complet de notes infrapaginales permettant de situer les lieux, de rappeler la carrière des personnages cités et surtout de comparer ses affirmations avec les documents d’archives et les témoignages des autres acteurs (339 pages + 34 pages d’annexes, cartes et index).

 

chrono commChronologie commentée de la Première Guerre mondiale

Perrin, Paris, 2011.

La Grande Guerre au jour le jour entre juin 1914 et juin 1919, dans tous les domaines (militaire, mais aussi politique, diplomatique, économique, financier, social, culturel) et sur tous les fronts. Environ 15.000 événements sur 607 pages (+ 36 pages de bibliographie et d’index).

 

 Les secrets de la Grande Guerrecouverture secrets

Librairie Vuibert, Paris, 2012.

Un volume grand public permettant, à partir d’une vingtaine de situations personnelles ou d’exemples concrets, de remettre en lumière quelques épisodes peu connus de la Première Guerre mondiale, de la question du « pantalon rouge » en août 1914 à l’acceptation de l’armistice par von Lettow-Vorbeck en Afrique orientale, après la fin des hostilités sur le théâtre ouest-européen.

 

Couverture de l'ouvrage 'Mon commandement en Orient'Mon commandement en Orient, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général Sarrail

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2012

Le texte intégral de l'édition originale, passé au crible des archives publiques, des fonds privés et des témoignages des acteurs. Le récit fait par Sarrail de son temps de commandement à Salonique (1915-1917) apparaît véritablement comme un exemple presque caricatural de mémoires d'autojustification a posteriori

 

 

Coordination et direction d’ouvrages

 

Destins d’exception. Les parrains de promotion de l’Ecole Spéciale Militaire de Saint-Cyr

SHAT, Vincennes, 2002.

Présentation (très largement illustrée, 139 pages) des 58 parrains qui ont donné leur nom à des promotions de Saint-Cyr, entre la promotion « du Prince Impérial » (1857-1858) et la promotion « chef d’escadrons Raffalli » (1998-2001).

 

fflLa France Libre. L’épopée des Français Libres au combat, 1940-1945

SHAT, Vincennes et LBM, Paris, 2004.

Album illustré présentant en 191 pages l’histoire et les parcours (individuels et collectifs) des volontaires de la France Libre pendant la Seconde guerre mondiale.

 

marque courageLa marque du courage

SHD, Vincennes et LBM, Paris, 2005.

Album illustré présentant en 189 pages l’histoire des Croix de Guerre et de la Valeur Militaire, à travers une succession de portraits, de la Première Guerre mondiale à la Bosnie en 1995. L’album comporte en annexe une étude sur la symbolique, les fourragères et la liste des unités d’active décorées.

 

  90e anniversaire de la Croix de guerre90-ANS-CROIX-DE-GUERRE.jpg

SHD, Vincennes, 2006.

Actes de la journée d’études tenue au Musée de l’Armée le 16 novembre 2005. Douze contributions d’officiers historiens et d’universitaires, français et étrangers, de la naissance de la Croix de guerre à sa perception dans la société française, en passant les décorations alliées similaires et ses évolutions ultérieures.

 

france grèceLes relations militaires franco-grecques. De la Restauration à la Seconde guerre mondiale 

SHD,Vincennes, 2007.

Durant cette période, les relations militaires franco-grecques ont été particulièrement intenses, portées à la fois par les sentiments philhellènes qui se développent dans l’hexagone (la France est l’une des ‘Puissances protectrices’ dès la renaissance du pays) et par la volonté de ne pas céder d’influence aux Anglais, aux Allemands ou aux Italiens. La campagne de Morée en 1828, l’intervention en Crète en 1897, les opérations en Russie du Sud  en 1919 constituent quelques uns des onze chapitres de ce volume, complété par un inventaire exhaustif des fonds conservés à Vincennes.

 

verdunLes 300 jours de Verdun

Editions Italiques, Triel-sur-Seine, 2006 (Jean-Pierre Turbergue, Dir.).

Exceptionnel album de 550 pages, très richement illustré, réalisé en partenariat entre les éditions Italiques et le Service historique de la Défense. Toutes les opérations sur le front de Verdun en 1916 au jour le jour.

 

DICO-14-18.jpgDictionnaire de la Grande Guerre

(avec François Cochet), 'Bouquins', R. Laffont, 2008.

Une cinquantaine de contributeurs parmi les meilleurs spécialistes de la Grande Guerre, 1.100 pages, 2.500 entrées : toute la Première Guerre mondiale de A à Z, les hommes, les lieux, les matériels, les opérations, les règlements, les doctrines, etc.

 

fochFerdinand Foch (1851-1929). Apprenez à penser

(avec François Cochet), 14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Actes du colloque international tenu à l’Ecole militaire les 6 et 7 novembre 2008. Vingt-quatre communications balayant tous les aspects de la carrière du maréchal Foch, de sa formation à son héritage dans les armées alliées par des historiens, civils et militaires, de neuf nations (461 pages + 16 pages de bibliographie).

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