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11 janvier 2014 6 11 /01 /janvier /2014 06:25

Genèse du Liban moderne

1711-1864

Antoine Charif Sfeir

Voilà une passionnante étude qui permettra à tous les amateurs (aussi bien qu'à de nombreux "spécialistes" d'ailleurs) de se retrouver dans le foisonnement confessionnel et clanique du Liban.

Dans un style vif et dynamique, mais avec toujours le souci de la plus grande précision, Antoine Charif Sfeir (de la famille du directeur des Cahiers de l'Orient, qui signe la postface ?) parvient à nous rendre familières les subtiles oppositions qui, depuis parfois plusieurs siècles, séparent les grandes familles maronites entre elles et leurs homologues druzes, également entre elles (divisions qui favorisent les alliances trans-religions), car, contrairement à ce qui est le cas aujourd'hui (mais le phénomène est récent), au Liban un homme est davantage défini par sa famille, son clan et les intérêts qui y sont liés, que par sa religion (les différences entre groupes majoritaire, minoritaires et sectes musulmanes sont expliquées dans la première partie). L'essentiel du livre se concentre sur les règnes des émirs Chébab à la fin du XVIIIe siècle et durant la première moitié du XIXe, la question d'Orient pour les Russes, l'Egypte ou Constantinople, la première crise de 1840, les relations conflictuelles entre Maronites et Druzes et les manipulations ottomanes, l'entrée des Maronites dans la modernité industrielle et commerciale tandis que les Druzes restent les "laissés pour compte de la modernisation", le rôle de l'Eglise maronite et la place des missionnaires chrétiens, l'étonnante (et paradoxale) révolution du Kesrouan, "première république d'Orient", les massacres de 1860 et la "promenade humanitaire" du corps expéditionnaire français. Cette armée française, "n'ayant pas eu le privilège de combattre, n'en fut pas moins digne du peuple qu'elle représentait. Elle laissait derrière elle le souvenir d'une armée disciplinée et charitable", ce qui explique en partie la banderole que fit dresser Fouad Pacha lors du dernier banquet offret aux officiers français avant leur rembarquement "La Turquie reconnaissante à l'armée française". Ne sont oubliés ni les massacres de Damas, ni la question de Suez et l'intérêt des Britanniques pour la région, ni la discrète chambre de commerce de Lyon, ni le tribunal de Beyrouth, "ancêtre du TPI", ni bien sûr les réorganisations et réformes de 1861-1864 qui annoncent le Liban mandataire puis république indépendante. Revenir sur deux siècles d'évènements enchevêtrés avec autant de détails permet au lecteur de retrouver les racines "d'une très vieille affaire", qui se traduit toujours par "une histoire et des mémoires".

Parfaitement complémentaire des récents ouvrages de Yann Bouyrat qui traitent de la période de l'intervention française et de ses origines, et que nous chroniquions il y a quelques mois, cet ouvrage permet à chacun de vraiment comprendre l'imbroglio libanais. Un très bon livre.

Riveneuve éditions, Paris, 2013, 485 pages, 24 euros.

ISBN : 978-2-36013-172-3.

Absolument complet !

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23 octobre 2013 3 23 /10 /octobre /2013 06:25

Le turban vert

Xavier de Hautecloque

Cette réédition (jusqu'à la couverture de l'ouvrage original) d'un ouvrage paru en 1931 aux éditions de la Nouvelle Revue Critique est à plusieurs titres intéressante, et d'abord comme "témoin" d'une époque.

Rédigé par Xavier de Hautecloque, présenté comme journaliste travaillant pour les services de renseignement français, le livre raconte le déroulement du pélerinage de La Mecque en 1930, l'organisation naissante du nouveau royaume d'Ibn Seoud en Arabie (on est bien loin de Benoist Méchin) et les menées britanniques dans la région. Rédigé dans le style parfois excessif ou emphatique de nombreux longs articles et reportages de presse à cette époque, il semble tout à la fois correspondre effectivement à certaines réalités et prendre pour argent comptant des rumeurs non vérifiées. La description des conditions déplorable du voyage des pélerins musulmans d'Afrique du Nord vers la terre sacrée de l'Islam et les conditions de leur "accueil" (ils sont régulièrement dépouillés, volés, voire pire encore) conforte d'autres études plus scientifiques déjà publiées. La description de la "cruauté" (pour les Européens) de la justice de paix saoudienne et des rigueurs de la loi wahabite est également conforme à ce que l'on retrouve dans d'autres ouvrages. Le récit des jeux d'influence croisés des différentes puissances occidentales est également crédible bien que présenté de façon très "journalistique", et la personnalité de l'énigmatique et puissant agent britannique Philby sans doute assez bien décrite. Mais le "journaliste-espion" (amateur ?) n'a visiblement pas toutes les clefs de compréhension des événements dans la région et sur de nombreux points (pas tous de détail), il est contredit aujourd'hui par le travail scientifique des chercheurs.

Un livre facile à lire, des descriptions hautes en couleurs, mais aussi des approximations et un parti-pris anti-Britannique qui témoignent bien des débats et des a priori de cette époque. Un ouvrage sans doute rapidement écrit au retour de ce voyage, à considérer comme un témoignage de ce que l'on pouvait penser en 1930 et à utiliser à ce titre.

Editions Energia, Saint-Nazaire-en-Royans, 2013, 165 pages, 17 euros.
ISBN : 978-2-9542944-3-8.

Menées britanniques en Arabie

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1 octobre 2013 2 01 /10 /octobre /2013 06:35

La guerre du Kippour n'aura pas lieu !

Ou comment Israël s'est fait surprendre

Marius Schattner et Frédérique Schillo

Entre histoire militaire, vie politique intérieure et internationale, stratégie de haut vol et espionnage, voilà un livre qui permet de pénétrer dans le détail des événements.

En fait, la guerre a bien eu lieu, dite "du Kippour" pour les Israéliens, ou "du Ramadan" pour les Arabes. Et l'Etat hébreu, finalement, a pu négocier avec l'aide américaine une solution relativement heureuse au conflit, qui a débouché ultérieurement sur la paix avec l'Egypte. Mais dans ce livre particulièrement bien documenté, les auteurs mettent en relief le rôle du principal agent de renseignement israélien, le propre gendre de Nasser et conseiller du président Sadate. En dépit des informations répétées parvenues à Tel Aviv, Israël sera surpris par le déclanchement des offensives arabes, et le chapitre 3 ("L'étrange surprise") qui détaille le "compte à rebours" au cours de la semaine précédente, est tout à fait éclairant. Les combats du Golan et du canal de Suez sont (relativement vite) traités dans le chapitre 4 ("Jours terribles de Kippour") et le chapitre 5 revient sur l'indispensable intervention (ou plutôt les interventions) américaine(s) qui permet(tent) à l'Etat hébreu de se sortir dans les meilleures conditions de la crise, dont Tsahal ne sort pas indemne. L'ouvrage se lit facilement et l'intérêt est toujours soutenu, voir haletant pour certains passages. 

Pas moins de 60 pages de notes, cartes, chronologie, bibliographie et index complètent ce livre qui, à notre connaissance et en dehors des aspects strictement tactiques, présente l'approche la plus globale de ce conflit en langue française.

André Versaille éditeur, 2013, 316 pages. 21,90 euros.

ISBN : 978-2-87495-188-6.

P.S. : Frédérique Schillo a ouvert une page FB thématique sur le sujet : https://www.facebook.com/laguerredukippournaurapaslieu?ref=hl

Du nouveau sur la guerre du Kippour

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29 septembre 2013 7 29 /09 /septembre /2013 06:30

L'Iran au-delà de l'islamisme

Thomas Flichy de La Neuville

L'élection d'un nouveau président de la république iranienne a priori plus favorable (ou moins défavorable) au dialogue international renforce l'intérêt pour ce livre, alors même que la question nucléaire n'est pas réglée et qu'Israël conserve une attitude très prudente.

Tout en soulignant que la différence entre "conservateurs" et "modérés" relève davantage de l'approche occidentale que de la réalité de la vie politique iranienne, l'auteur constate d'abord la particularité de l'Iran dans la grande région géopolitique et s'intéresse aux caractéristiques "culturello-diplomatiques" de la société perse, par comparaison avec ce que connait la France dans les mêmes domaines. Il revient pour cela souvent loin en arrière et explore différentes pistes dans la profondeur historique (le rôle des commerçants, la notion de temps et sa valeur, la force comparée de la coutume et de la loi, les formules du langage, le rapport à l'étranger,etc.). Il évoque ensuite les ruptures consécutives, en particulier dans ces domaines, à la révolution islamique et considère que des pistes d'espoir existent. Sa conclusion est positive, bien qu'en demi-teinte : "Il reste à s'interroger sur l'incompréhension que la culture persane de la négociation a pu susciter en France. Celle-ci repose fondamentalement sur l'association étroite d'une culture commerciale et d'une culture littéraire. Or ces deux cultures ont fait l'objet d'un double processus de marginalisation en France". Il espère, finalement, qu'un nouvel intérêt de l'Iran pour les espaces maritimes permettra de "détourner" l'intérêt de ses dirigeants de l'exclusivité atomique.

On reste parfois surpris par les aller-retour permanents dans le temps, entre l'Antiquité et la période récente, mais le nombre d'exemples et de références, ainsi que le caractère souvent très concret des observations faites donnent à cet ouvrage un intérêt certain. Par ailleurs, l'approche croisée  "irano-française / franco-iranienne" de "l'Autre" est également du plus grand intérêt.

L'Aube, La Tour d'Aigues, 2013, 272 pages. 17,80 euros.

ISBN : 978-2-8159-0784-2.

Lettres persanes

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27 septembre 2013 5 27 /09 /septembre /2013 06:34

La guerre Iran - Irak

Première guerre du Golfe, 1980-1988

Pierre Razoux

Spécialiste du Moyen-Orient (on se souvient de son Histoire de l'armée israélienne), directeur de recherches à l'IRSEM, Pierre Razoux nous propose ici une véritable somme du conflit entre l'Iran et l'Irak dans les années 1980.

"Dernier conflit majeur de la guerre froide", la guerre Iran-Irak a profondément marqué les esprits dans la région et ses effets se font encore très largement sentir. Tout le talent de l'auteur est mis au service de sa volonté d'expliquer les causes et le déroulement du conflit, et il s'appuie en particulier pour cela sur les fameuses "bandes audio de Saddam Hussein", saisies par les Américains en 2003 et qu'il a pu écouter et retranscrire. Son discours est chronologique, de l'escalade entre les deux pays avant le conflit jusqu'à sa conclusion en août 1988, au terme d'une guerre "absurde et terriblement meurtrière". Les opérations militaires en tant que telles sont détaillées, dans leurs différentes phases comme dans le déroulement des offensives, les évolutions et conséquences internes sont parfaitement décrites, au plan militaire (recrutement, etc.) comme politique et diplomatique, le rôle des pays tiers (en particulier les USA et l'Arabie Saoudite) est mis en évidence. Plus de soixante pages d'annexes précisent les effectifs et matériels de part et d'autre, l'aide reçue de l'étranger, les pertes causées, le coût de la guerre, etc. C'est très, très, très complet.

L'ensemble est agrémenté par de nombreuses cartes, comporte un substantiel appareil de notes et se termine par une très belle bibliographie. Un ouvrage de référence pour quiconque s'intéresse à cette région.

Perrin, Paris, 2013, 604 pages, 27 euros.

ISBN : 978-2-262-04195-3.

Histoire trouble et toujours présente

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23 septembre 2013 1 23 /09 /septembre /2013 06:29

Histoire secrète de la crise irakienne

La France, les Etats-Unis et l'Irak, 1991-2003

Frédéric Bozo

Chacun a gardé en souvenir le discours de Dominique de Villepin à l'ONU à l'occasion de la crise irakienne des années 1990-2000. Frédéric Bozo, professeur d'histoire contemporaine et des relations internationales à Paris III, nous plonge ici dans le récit détaillé de ces événements, "une tension euro-américaine d'une intensité inégalée depuis celle de Suez en 1956", et dont "l'aspect le plus spectaculaire ... aura été l'affrontement franco-américain, le plus grave depuis les années 1960 et les défis lancés par le général de Gaulle sur fond de guerre du Vietnam".

A partir de sources d'archives encore inexploitées  et de plus de 70 entretiens avec des responsables français et américains de l'époque, Frédéric Bozo nous entraine de la fin de la première guerre américaine du Golfe à la chute de Saddam Hussein puis à la réconciliation entre les deux côtés de l'Atlantique dans les années 2004-2007. Nous suivons donc parallèlement les deux administrations, française et américaine, et, ponctuellement, les Britanniques et les Allemands essentiellement. Nous assitons aux réunions de conciliation ou décisionnelles au plus haut niveau et nous suivons les aléas d'alliances et de rapprochements mouvants. Il apparait d'ailleurs que, dans un premier temps, Chirac et de Villepin semblent avoir sous-estimé l'ampleur de la crise avec Washington, "encore sous le coup des attentats du 11 septembre". Le détail des éléments rassemblé va jusqu'aux appels téléphoniques entre les deux présidents, jusqu'à Chirac tentant de persuader G. Bush qu'il reste malgré cette différence "l'ami des Etats-Unis"

Un ouvrage très précis et, semble-t-il, très complet, (50 pages de notes, sources et index), qui éclaire utlement tout le versant politique et diplomatique de la guerre de 2003. 

Perrin, Paris, 2013, 408 pages, 24 euros

ISBN : 978-2-262-03123-7.

Quant la France rompait avec les USA

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1 juin 2013 6 01 /06 /juin /2013 06:56

Avec les pélerins de La Mecque

Le  voyage du docteur Carbonell en 1908

Laurent Escande

Le voyage le plus important pour un musulman est l'accomplissement du pélerinage de La Mecque. Cette prescription religieuse a une telle force et donne, surtout au début du XXe siècle, un tel statut à celui qui en revient, que les pélerins acceptèrent tout, et le pire, pour atteindre la terre sacrée de l'Islam.

Cette édition du très volumineux rapport rédigé par le docteur Carbonnel, médecin sanitaire à bord du Nivernais, à l'attention des instances administratives françaises à son retour d'un voyage vers l'Arabie est d'une très grande richesse. Soucieux de remplir au mieux sa mission dans les pires conditions, le docteur Carbonnel observe et note tout (descriptions du navire, du personnel, des malheureux passagers, des soins parfois bien inutiles, etc.). Le récit qu'il fait de ce voyage nous renvoie à un genre de huis-clos insalubre et parfois morbide, quelque part comme un Midnight Express flottant, mais aussi au coeur des préoccupations des Etats pour éviter la propagation des maladies contagieuses. De sa désignation, effectuée en catastrophe au dernier moment, à l'embarquement de passagers en surnombre dans des conditions d'hygiène inexistantes, en passant par les épidémies de choléra et les quarantaines dans des Lazarets parfois aussi repoussants que la cale du navire, sans oublier les "pratiques" en vigueur au Hedjaz (il faut gagner en deux mois de quoi vivre une année : le pélerin est donc tout bonnement volé en permanence) : la réalité est parfois pire que la fiction.

L'essentiel du texte de ce rapport concerne les phases de navigation, les problèmes médicaux et les moyens mis en oeuvre pour d'enrayer les épidémies, mais l'ouvrage passionnera tous ceux qui s'intéressent à des thématiques aussi différentes que le transport maritime de passagers, l'état administratif et sanitaire de l'empire ottoman, la rapacité des compagnies de navigation, l'incurie de nombreux services officiels, les circuits de propagation des épidémies, l'état de désolement des conditions réelles de déroulement du pélerinage, etc. Un long, un beau témoignage que sa densité factuelle et son intensité émotionnelle placent sans doute au premier rang des ouvrages de ce type. Un texte par ailleurs bien écrit et qui se lit aisément. Une belle publication universitaire.

Presses universitaire de Provence, Aix-en-Provence, 2012, 345 pages, 29 euros.

ISBN : 978-2-85399-835-2.

A la découverte des Lieux Saints

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17 mai 2013 5 17 /05 /mai /2013 07:00

Le camp oublié de Dbayeh

Palestiniens chrétiens, réfugiés à perpétuité

Nathalie Duplan et Valérie Raulin

C'est un peu un "coup de coeur".

Les deux auteures, journalistes spécialisées sur le Proche-Orient, nous font partager le quotidien, les pensées, les espoirs ("Dieu ne nous abandonnera pas") de ces quelques centaines de Palestiniens catholiques misérablement réfugiés depuis 1948 dans le camp de Dbayeh, au nord de Beyrouth, et oubliés de tous, rejetés et exclus par tous.

En sept chapitres titrés des jours de la semaine (de lundi à dimanche), Nathalie Duplan et Valérie Raulin nous racontent la vie, telle qu'elles voient et partagent celle-ci dans ce camp de Dbayeh : l'impuissance de l'URWA, agence spécialisée des Nations-Unies bien démunie et qui "ronronne" dans le simple entretien de la survie ; le véritable sacerdoce des quelques bénévoles, religieux et laïcs, qui apportent encore un peu de soutien à ces populations ; l'isolement de ces familles, rejetées par les Libanais parce que palestiniennes et rejetées de la majorité musulmane palestinienne parce que chrétiennes ; leur incroyable statut international, réfugiés apatrides et sans papier de naissance ; la quasi-impossibilité d'avoir un travail digne de ce nom ; le traumatisme des années de guerre civile au Liban alors qu'ils en sont pour l'essentiel restés à l'écart ; les difficultés pour être soigné dans une "clinique" qui ressemble plutôt à un mauvais dispensaire ; etc. S'obstinant dans son refus systématique d'autoriser le retour des Palestiniens chassés par la violence en 1948, Israël n'assume aucune de ses responsabilités et les Etats occidentaux ferment les yeux. Malgré tout, jeunes et vieux dans ce camp conservent une part d'humour, une foi solide, une inébranlable volonté de (sur)vivre, un sens aigu de l'hospilité et une très forte cohésion.

C'est toute l'histoire récente d'une région à travers le cas particulier d'une communauté qui défile sous vos yeux. Rappelant en conclusion que "la misère est mauvaise conseillère, et l'humiliation le ciment de toutes les haines", Nathalie Duplan et Valérie Raulin appellent la communauté internationale (et Israël) à assumer enfin leurs responsabilités : "permettre aux Palestiniens de vivre dans la dignité". Enfin, ce volume nous rappelle que les Palestiniens chrétiens existent : les visions monolithiques et univoques de l'histoire ne sont jamais les bonnes. Ecrit sur un style vif, enlevé, le livre se lit facilement et mérite d'être largement connu.

Le Passeur, 2013, 236 pages. 19,90 euros.

ISBN : 978-2-36890-011-6.

Les oubliés de l'histoire

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8 mars 2013 5 08 /03 /mars /2013 07:05

Aux origines du drame syrien

1918-2013

Xavier Baron

Drame-syrien855.jpg 

Ancien directeur de l'AFP pour le Proche-Orient et excellent connaisseur de la région, à laquelle il a déjà consacré plusieurs ouvrages, Xavier Baron nous offre ici un livre vif, qui fourmille d'informations.

Pour mieux comprendre les combats qui déchirent aujourd'hui la Syrie, il nous présente un siècle d'histoire de cette région en vingt-six brefs chapitres (rarement plus d'une dizaine de pages) chronologiques : "En un siècle, la Syrie n'a connu ni une véritable paix intérieure, ni un fonctionnement apaisé de la vie politique". Sur un plan strictement historique, nous restons "sur notre faim" pour les premiers chapitres, car résumer au tournant des XIXe et XXe s. "Les puissances européennes interviennent" ou "Les Arabes veulent s'affranchir de Constantinople" en 1 ou 2 page(s) est à la fois ardu, et nécessairement très réducteur. De même, les chapitres 4 et 5 ("La naissance d'un nouvel Orient arabe" et "La fin du rêve d'indépendance"), à force d'être synthétiques finissent par devenir à bien des égards insuffisants. Il en est globalement ainsi jusqu'aux indépendances du Levant français (chap. 13, "La Syrie seule avec elle-même"), soit pratiquement le premier tiers du livre. Pour la période post-1946 par contre (qui correspond sans doute mieux à ce que Xavier Baron a pu observer sur place et dont il a probablement souvent entendu les échos et souvenirs lors de ses conversations avec ses interlocuteurs régionaux), le livre représente une véritable plus-value. Conservant le même style agréable à lire, il brosse avec une précision accrue (période plus courte à traiter sur davantage de pages) tous les événements qui se multiplient, se succèdent, s'entre-croisent dans cet "Orient compliqué", en liaison avec les grands équilibres de la guerre froide, l'accession au pouvoir d'un Alaouite (de sa famille et de son clan), le parti Ba'as et la laïcité, le problème palestinien et les guerres israélo-arabes, la crise de succession inattendue et finalement sans dommage immédiat de 1983, les tentatives de main-mise sur le Liban, l'étrange alliance syro-iranienne, etc., jusqu'à la désignation de Bachar comme héritier au milieu des années 1990. Mais l'explosion de la crise irakienne à partir de 2003 change en partie la donne, en aggravant tous les paramètres déjà négatifs. Si "le pays connait une période de calme et [si] les minorités vivent en sécurité", plus de 5 millions de personnes vivent dans une extrême pauvreté, "créant un grave risque d'instabilité pour le pays", vide dans lequel se précipitent et se mélangent les aspirations floues du "printemps arabe" et celles plus discrètes mais bien réelles du renouveau islamiste. La conclusion est plutôt sombre : "Près de deux ans après le début de la crise, la révolte syrienne est beaucoup plus complexe que celle des autres pays du printemps arabe", et "les perspectives d'une issue du conflit n'apparaissent pas à court terme ... Tant que chaque camp pourra disposer des armements nécessaires, et que les combattants ne feront pas défaut, la guerre pourra continuer".

Un livre à lire, en accordant une attention plus soutenue à la période post-mandataire. Il apporte là, en dehors de quelques observations relativement mineures, une très bonne et utile synthèse des 65 dernières années, sans tomber dans le manichéisme.

Tallandier, Paris, 2013, 317 pages. 20,90 euros.
ISBN : 979-10-210-0103-9. 

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23 novembre 2012 5 23 /11 /novembre /2012 07:05

Syrie, mon amour

1860, au coeur d'une guerre oubliée

Christine Malgorn

syrie625.jpg

Pour une fois, en cette veille de week-end, chroniquons un roman, un roman historique. Il apporte à l'amateur d'histoire la détente d'un autre type de lecture et le plaisir d'une autre approche d'un contexte difficile.

  Syrie, mon amour (le roman se situe en 1860 ce qui explique l’emploi du terme Syrie lorsque l’auteur parle de Beyrouth ou du Liban, puisque celui-ci ne deviendra indépendant que bien plus tard)... L’ouvrage raconte l’histoire d’un jeune homme syrien, Antoun, passionné de politique et à la recherche d’échanges avec autrui, à tel point qu’il en oublierait sa femme Rabka, jeune chrétienne. C’est aussi  l’histoire  de Rifqa, jeune libanaise, mariée à un prêtre maronite et qui fuit les massacres de Deir El-Qamar. C’est enfin l’histoire de Pierre qui doit quitter Catherine sa fiancée, pour son service militaire. Pierre qui n’aime pas la guerre mais qui va se découvrir à travers elle. Embarqué pour l’expédition de Syrie au service de ses « frères chrétiens », il va rencontrer un peuple, des maronites, un druze, Rabka, Rifqa… et bien d’autres encore.

L’auteure, Christine Malgorn, brosse le tableau de deux mondes, avec un vocabulaire riche et des descriptions vivantes qui permettent au lecteur de s’immiscer dans les paysages et de partager les scènes de vie. En France, les paysans, les labeurs des champs, la découverte de la ville et l’empreinte du catholicisme nous transportent sous le règne de Napoléon III.  En Syrie, c’est autour d’un verre d’arak  et d’un narguilhé que l’ambiance se dévoile : musulmans, chrétiens, coutumes et proximité des habitants. En somme, deux mondes qui vivent séparément, dans l’indifférence, jusqu’à l’expédition, en 1860 des Français à Beyrouth. Dans ce pays du Cèdre, carrefour des civilisations, se jouent  les rencontres. Tous les personnages s’y retrouvent. Ce lieu remet en perspective la complexité d’un conflit qui, à certains égards, perdure encore au Mashrek, théâtre de jeux des antagonismes religieux et sociétaux.

Les thèmes abordés par l’auteur sont poignants : l’amour, la guerre mais surtout la souffrance et le besoin de connaître l’autre. Pierre veut lui aussi savoir, il veut comprendre les mentalités et, par la description de ses pensées, l’auteure parvient à faire émerger l’histoire de ces pays.  Ce livre dresse le contour de la guerre et la vie des réfugiés, des déplacés. Un village perdu dans le Chouf : Deir El-Qamar avec  Beit Eddine, son palais… L’auteur décrit la complexité cultuelle de la région et appelle à la réflexion sur les jugements hâtifs et les stéréotypes. Le lecteur effectue rapidement un rapprochement avec la violence qui secoue la région depuis de nombreuses années et avec la Syrie actuelle, avec les affrontements qui « s’exportent » au Liban et la réflexion s’impose pour tous ceux qui s’intéressent à ces conflits. L’auteure met en exergue, avec brio, les nuances à apporter dans les conflits identitaires, elle s’efforce de détruire les idées reçues et s’attache à replacer les conflits dans leur contexte, avec leur pertinence. Ainsi elle « réhabilite » les Druzes, conférant également une part de responsabilité aux Maronites dans l’engrenage de la violence. Au-delà, elle montre la chaleur humaine que peut parfois produire la guerre avec ses rencontres, l’accueil dans les communautés chrétiennes, l’espoir et l’aide apportés par la France. On retrouve un Damas à feu et à sang avec ses hommes qui s’aiment, se perdent et se retrouvent.

En somme, ce roman historique met en scène la gravité de la guerre avec les déchirements qu’elle produit, mais sous un angle chaleureux de l’amour, de l’aide, de la patience et du pardon, tout en présentant un tableau somme toute réaliste de la complexe situation locale. Un roman que les amateurs apprécieront.

Domitille POIRIER

L’Harmattan, Paris, 2012, 282 pages, 29 euros.

ISBN : 978-2-296-96443-3.

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Qui Suis-Je ?

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  • : Guerres et conflits XIXe-XXIe s. se fixe pour objectif d’être à la fois (sans prétendre à une exhaustivité matériellement impossible) un carrefour, un miroir, un espace de discussions. Sans être jamais esclave de la « dictature des commémorations », nous nous efforcerons de traiter le plus largement possible de toutes les campagnes, de tous les théâtres, souvent dans une perspective comparatiste. C’est donc à une approche globale de l’histoire militaire que nous vous invitons.
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Cafés historiques de La Chouette

Prochaine séance : pour la rentrée de septembre. Le programme complet sera très prochainement mis en ligne.

Publications personnelles

Livres

 

doumenc-copie-1.jpgLa Direction des Services automobiles des armées et la motorisation des armées françaises (1914-1918), vues à travers l’action du commandant Doumenc

Lavauzelle, Panazol, 2004.

A partir de ma thèse de doctorat, la première étude d’ensemble sur la motorisation des armées pendant la Première Guerre mondiale, sous l’angle du service automobile du GQG, dans les domaines de l’organisation, de la gestion et de l’emploi, des ‘Taxis de la Marne’ aux offensives de l’automne 1918, en passant par la ‘Voie sacrée’ et la Somme.

 

La mobilisation industrielle, ‘premier front’ de la Grande Guerre ? mobil indus

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2005 (préface du professeur Jean-Jacques Becker).

En 302 pages (+ 42 pages d’annexes et de bibliographie), toute l’évolution industrielle de l’intérieur pendant la Première Guerre mondiale. Afin de produire toujours davantage pour les armées en campagne, l’organisation complète de la nation, dans tous les secteurs économiques et industriels. Accompagné de nombreux tableaux de synthèse.

 

colonies-allemandes.jpgLa conquête des colonies allemandes. Naissance et mort d’un rêve impérial

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2006 (préface du professeur Jacques Frémeaux).

Au début de la Grande Guerre, l’empire colonial allemand est de création récente. Sans continuité territoriale, les différents territoires ultramarins du Reich sont difficilement défendables. De sa constitution à la fin du XIXe siècle à sa dévolution après le traité de Versailles, toutes les étapes de sa conquête entre 1914 et 1918 (388 pages, + 11 pages d’annexes, 15 pages de bibliographie, index et cartes).

 

 caire damasDu Caire à Damas. Français et Anglais au Proche-Orient (1914-1919)

 14/18 Editions, Saint-Cloud, 2008 (préface du professeur Jean-Charles Jauffret).

Du premier au dernier jour de la Grande Guerre, bien que la priorité soit accordée au front de France, Paris entretient en Orient plusieurs missions qui participent, avec les nombreux contingents britanniques, aux opérations du Sinaï, d’Arabie, de Palestine et de Syrie. Mais, dans ce cadre géographique, les oppositions diplomatiques entre ‘alliés’ sont au moins aussi importantes que les campagnes militaires elles-mêmes.

 

hte silesieHaute-Silésie (1920-1922). Laboratoire des ‘leçons oubliées’ de l’armée française et perceptions nationales

‘Etudes académiques », Riveneuve Editions, Paris, 2009.

Première étude d’ensemble en français sur la question, à partir du volume de mon habilitation à diriger des recherches. Le récit détaillé de la première opération civilo-militaire moderne d’interposition entre des factions en lutte (Allemands et Polonais) conduite par une coalition internationale (France, Grande-Bretagne, Italie), à partir des archives françaises et étrangères et de la presse de l’époque (381 pages + 53 pages d’annexes, index et bibliographie).

 

cdt armee allde Le commandement suprême de l’armée allemande 1914-1916, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général von Falkenhayn 

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Le texte original de l’édition française de 1921 des mémoires de l’ancien chef d’état-major général allemand, accompagné d’un dispositif complet de notes infrapaginales permettant de situer les lieux, de rappeler la carrière des personnages cités et surtout de comparer ses affirmations avec les documents d’archives et les témoignages des autres acteurs (339 pages + 34 pages d’annexes, cartes et index).

 

chrono commChronologie commentée de la Première Guerre mondiale

Perrin, Paris, 2011.

La Grande Guerre au jour le jour entre juin 1914 et juin 1919, dans tous les domaines (militaire, mais aussi politique, diplomatique, économique, financier, social, culturel) et sur tous les fronts. Environ 15.000 événements sur 607 pages (+ 36 pages de bibliographie et d’index).

 

 Les secrets de la Grande Guerrecouverture secrets

Librairie Vuibert, Paris, 2012.

Un volume grand public permettant, à partir d’une vingtaine de situations personnelles ou d’exemples concrets, de remettre en lumière quelques épisodes peu connus de la Première Guerre mondiale, de la question du « pantalon rouge » en août 1914 à l’acceptation de l’armistice par von Lettow-Vorbeck en Afrique orientale, après la fin des hostilités sur le théâtre ouest-européen.

 

Couverture de l'ouvrage 'Mon commandement en Orient'Mon commandement en Orient, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général Sarrail

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2012

Le texte intégral de l'édition originale, passé au crible des archives publiques, des fonds privés et des témoignages des acteurs. Le récit fait par Sarrail de son temps de commandement à Salonique (1915-1917) apparaît véritablement comme un exemple presque caricatural de mémoires d'autojustification a posteriori

 

 

Coordination et direction d’ouvrages

 

Destins d’exception. Les parrains de promotion de l’Ecole Spéciale Militaire de Saint-Cyr

SHAT, Vincennes, 2002.

Présentation (très largement illustrée, 139 pages) des 58 parrains qui ont donné leur nom à des promotions de Saint-Cyr, entre la promotion « du Prince Impérial » (1857-1858) et la promotion « chef d’escadrons Raffalli » (1998-2001).

 

fflLa France Libre. L’épopée des Français Libres au combat, 1940-1945

SHAT, Vincennes et LBM, Paris, 2004.

Album illustré présentant en 191 pages l’histoire et les parcours (individuels et collectifs) des volontaires de la France Libre pendant la Seconde guerre mondiale.

 

marque courageLa marque du courage

SHD, Vincennes et LBM, Paris, 2005.

Album illustré présentant en 189 pages l’histoire des Croix de Guerre et de la Valeur Militaire, à travers une succession de portraits, de la Première Guerre mondiale à la Bosnie en 1995. L’album comporte en annexe une étude sur la symbolique, les fourragères et la liste des unités d’active décorées.

 

  90e anniversaire de la Croix de guerre90-ANS-CROIX-DE-GUERRE.jpg

SHD, Vincennes, 2006.

Actes de la journée d’études tenue au Musée de l’Armée le 16 novembre 2005. Douze contributions d’officiers historiens et d’universitaires, français et étrangers, de la naissance de la Croix de guerre à sa perception dans la société française, en passant les décorations alliées similaires et ses évolutions ultérieures.

 

france grèceLes relations militaires franco-grecques. De la Restauration à la Seconde guerre mondiale 

SHD,Vincennes, 2007.

Durant cette période, les relations militaires franco-grecques ont été particulièrement intenses, portées à la fois par les sentiments philhellènes qui se développent dans l’hexagone (la France est l’une des ‘Puissances protectrices’ dès la renaissance du pays) et par la volonté de ne pas céder d’influence aux Anglais, aux Allemands ou aux Italiens. La campagne de Morée en 1828, l’intervention en Crète en 1897, les opérations en Russie du Sud  en 1919 constituent quelques uns des onze chapitres de ce volume, complété par un inventaire exhaustif des fonds conservés à Vincennes.

 

verdunLes 300 jours de Verdun

Editions Italiques, Triel-sur-Seine, 2006 (Jean-Pierre Turbergue, Dir.).

Exceptionnel album de 550 pages, très richement illustré, réalisé en partenariat entre les éditions Italiques et le Service historique de la Défense. Toutes les opérations sur le front de Verdun en 1916 au jour le jour.

 

DICO-14-18.jpgDictionnaire de la Grande Guerre

(avec François Cochet), 'Bouquins', R. Laffont, 2008.

Une cinquantaine de contributeurs parmi les meilleurs spécialistes de la Grande Guerre, 1.100 pages, 2.500 entrées : toute la Première Guerre mondiale de A à Z, les hommes, les lieux, les matériels, les opérations, les règlements, les doctrines, etc.

 

fochFerdinand Foch (1851-1929). Apprenez à penser

(avec François Cochet), 14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Actes du colloque international tenu à l’Ecole militaire les 6 et 7 novembre 2008. Vingt-quatre communications balayant tous les aspects de la carrière du maréchal Foch, de sa formation à son héritage dans les armées alliées par des historiens, civils et militaires, de neuf nations (461 pages + 16 pages de bibliographie).

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