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15 janvier 2013 2 15 /01 /janvier /2013 07:03

Dien Bien Phu

13 mars - 7 mai 1954

Ivan Cadeau

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Depuis la soutenance de sa thèse remarquée sur le génie pendant la guerre d'Indochine, Ivan Cadeau se fait connaître comme l'un des meilleurs connaisseurs de ce conflit dans la jeune génération.

Ce Dien Bien Phu offre un récit complet des événements tout en prenant soin, par d'indispensables aller-retour réguliers, de nous entrainer aussi bien sur l'une des collines du site ou au PC du commandant du camp retranché que dans les états-majors supérieurs et jusqu'au commandant en chef. Il aborde aussi bien les questions tactiques à l'échelon du bataillon lorsque c'est nécessaire que celles liées à la situation globale sur le théâtre des opérations. Il passe du témoignage individuel et de l'extrait de correspondance privée au document d'état-major officiel. Bref, sans révolutionner la connaisssance globale que l'on a de la bataille (ce qui serait d'ailleurs bien difficile !), il pose avec rigueur les termes du dossier.

Divisé en sept chapitres,le livre présente chronologiquement la situation en Indochine jusqu'à la prise de décision de l'occupation de Dien Bien Phu (chap. 1 et 2), puis s'intéresse à la mise en place de la base aéroterrestre (ou camp retranché ?) et aux derniers jours avant l'attaque du 13 mars (chap. 3 et 4). Il traite ensuite de "La crise du moral", suite à la chute rapide de Béatrice et de Gabrielle, des problèmes de l'artillerie et de l'aviation et du "sursaut" du 28 mars après l'arrivée de Bigeard (chap. 5). Enfin, il étudie dans le chapitre 6 "La bataille des cinq collines" à proprement parler (mais aussi la crise entre Navarre et Cogny) et dans le chapitre 7 l'épilogue, sous le titre "Au revoir mon Vieux", la chute des dernières positions de Claudine, Eliane et Isabelle. L'ouvrage se termine, après un bilan quantitatif des pertes, sur cette question à première vue étonnante : "victoire stratégique et succès tactique ?". Et si, finalement, Navarre ne s'était pas totalement trompé ?

Une très bonne synthèse, qui bénéficie de cartes, d'un appareil de notes, de deux index et d'une bibliographie de référence. Un livre bien écrit, agréable à lire sans jamais céder aux sirènes de la facilité.

Tallandier, Paris, 2013, 207 pages. 17,90 euros.

ISBN : 979-10-210-0057-5.

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Ivan Cadeau a bien voulu répondre à quelques questions complémentaires pour présenter son livre :

Question : Vous évoquez, à propos de Dien Bien Phu une "victoire stratégique" et une "défaite tactique". Pouvez-vous revenir sur cette notion de "victoire stratégique" qui semble à première vue paradoxale ?

Réponse : Cette question interroge la notion même de "victoire". En effet, à la guerre, aussi paradoxal que cela puisse paraître - comme vous le soulevez - il est possible de subir une défaite des armes, sur le terrain, qui permette pourtant d'atteindre des buts fixés par les plus hautes instances militaires. Dans cette perspective, Diên Biên Phu remplit bien les trois objectifs que lui assigne le général Navarre au début du mois de décembre 1953 : briser l'offensive viêt-minh en direction du Laos, éloigner ses divisions du delta du Tonkin et "casser" son corps de bataille, c'est-à-dire provoquer le plus de pertes possibles dans les rangs de l'armée populaire vietnamienne. Toutefois, dans le contexte dans lequel intervient la chute du camp retranché (celle d'une lassitude de la classe politique et d'une partie de l'opinion publique vis-à-vis du conflit), le choc psychologique que créée la défaite de Diên Biên Phu donne l'occasion au gouvernement français de précipiter la signature du cessez-le-feu en Indochine.

Question : Pouvez-vous nous parler de ces quelques 2.000 civils présents sur la site pendant les combats et au sujet desquels l'histoire est généralement muette ?

Réponse : Effectivement, l'écriture de l’histoire de Diên Biên Phu s'est longtemps focalisée sur les combattants et les populations civiles présentes au sein du camp retranché n'ont pas fait l'objet d'une attention particulière. De fait, il existe très peu d'archives relatives à la présence de ces civils comme à celle, d'ailleurs, des quelque 2 400 prisonniers et internés militaires (PIM) aérotransportés à Diên Biên Phu avant la bataille, et qui sont gardés, tout au long de celle-ci, au sein du sous-secteur centre. Concernant les civils, on sait peu de choses en définitive. Il y a bien sûr des habitants des villages alentours qui ont préféré rester avec les Français, mais on trouve également des familles de partisans thaïs repliés de Laïchau et qui ont rejoint après l'évacuation de la ville, au début de décembre 1953. Il y a encore des femmes et des enfants de soldats thaïs dépendant des services spéciaux et qui ont vécu près de leurs époux (ou pères) dans des abris pendant les 56 jours que dure la bataille. Des témoignages d'anciens combattants pourraient sans doute nous en apprendre un peu plus. En tout cas, l'histoire de ces non-combattants, comme celle des prostitués (d'origine nord-africaine ou vietnamienne) qui se sont muées en infirmières au cours des combats et qui apparaissent de manière lapidaire dans certains ouvrages, reste à écrire.

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Question : A propos de la mise en place, du déploiement et de l'engagement des moyens du Viêt-minh, y a-t-il un élément qui vous semble plus important, plus significatif que les autres pour comprendre le résultat final ?

Réponse : L'arrivée massive de canons de 37 mm d'origine soviétique et fournis par les Chinois au Viêt-Minh constitue incontestablement, à mon sens, l'un des facteurs déterminants de la chute du camp retranché. Certes, les canons de 105 mm mais également les mortiers de 120 mm (et notamment leurs obus à dispositif de retard) ont provoqué des ravages au sein de la garnison et de ses abris, mais ce sont bien les canons de 37 qui sont à l'origine de l'asphyxie du camp retranché, eux, principalement, qui interdisent très rapidement l'utilisation de la piste d'aviation, "l'artère vitale" de Diên Biên Phu. On oublie trop souvent que ce sont ces mêmes canons qui, pendant la guerre de Corée, sont à l'origine de la majorité des pertes de l'aviation américaine - et non les combats aériens. D'ailleurs, les officiers américains qui s'étaient rendus en Indochine afin de fournir de la documentation sur cette arme aux aviateurs ont prévenu, avant le déclenchement de la bataille, leurs homologues français de leur redoutable efficacité.

Question : Finalement, le général Navarre trouve assez largement grâce à vos yeux. Il n'y a donc pas de "responsable(s)" dans la défaite ?

Réponse : Il est vrai que l'ouvrage semble indulgent à l'égard de l'action de Navarre. Considéré dans son ensemble, cependant, le commandement de ce dernier en Indochine paraît cohérent et raisonné. Navarre tente de répondre au mieux à la situation que lui impose l'ennemi sans directives politiques vraiment claires. Ainsi, il est incontestablement responsable de la chute de Diên Biên Phu, mais à son échelon. Cette responsabilité, il la reconnaît dès les lendemains de la défaite, et est d'ailleurs sanctionné, puisqu'on le prive d'un nouveau commandement à son retour en France, et qu'on le stigmatise. En revanche, sans vouloir "s'acharner" sur le général Cogny, comme certains l'ont fait, la Commission d'enquête à bien montré les manquements et les fautes graves dont il porte la responsabilité. C'est bien lui et nul autre, comme chef des Forces terrestres du Nord-Vietnam, qui doit conduire la bataille, mettre en œuvre les moyens nécessaires et donner l'impulsion à la défense du camp retranché. De Castries, enfin, porte aussi la responsabilité d'erreurs tactiques (la contre-attaque manquée de Gabrielle, notamment), mais, placé dans la situation dans laquelle il était - et les travaux de la Commission d'enquête l'ont montré - un autre n'aurait sans doute pas fait mieux.

Question : Après Diên Biên Phu, le corps expéditionnaire français d'Extrême-Orient avait-il encore les moyens de continuer la lutte ?

Réponse : D'un point de vue militaire,  au printemps 1954, on peut à priori répondre par l'affirmative. Après tout, dans le delta, abrités derrière la ceinture bétonnée du Tonkin - même imparfaite - les Français disposent toujours de  leurs deux atouts majeurs : la mobilité et la puissance de feu. Toutefois, en se projetant quelques mois en avant, la réponse paraît beaucoup moins certaine. En effet, l'étude du corps de bataille viêt-minh, à l'automne 1954 - après la cessation des hostilités, donc - laisse apparaître de nouvelles divisions, très bien armées et équipées avec du matériel chinois, dont la fourniture s'est poursuivie après la chute du camp retranché. On imagine mal comment, faute de renforts conséquents, le CEFEO, même avec l'aide des armées des États- associés, aurait pu faire front victorieusement à une attaque en force dans le delta - ou ailleurs - contre une armée populaire vietnamienne en pleine montée en puissance et au moral élevé.

Ivan Cadeau, merci pour toutes ces précisions, et plein succès au livre. A très bientôt sans doute pour rendre compte d'autres travaux ?

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20 décembre 2012 4 20 /12 /décembre /2012 07:05

Les Français au Tonkin, 1870-1902

Une conquête difficile

Michel Bodin

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Un ouvrage original et bienvenu sur une période généralement peu étudiée dans l'historiographie récente.

Après un récent La capture de Samory, la collection Outre-mer des éditions SOTECA nous transporte à l'autre extrémité de l'empire colonial en formation avec cette étude de Michel Bodin, spécialiste bien connu de l'Indochine française. Dans sa préface, Jacques Frémeaux souligne les résistances de la population et des élites locales (il ne fallait pas combattre que les "Pavillons noirs") et observe que ce territoire deviendra "une des provinces les plus prospères de l'Indochine, elle-même sans doute la plus prospère des colonies françaises", ce qui renforce l'intérêt du sujet. Dans son introduction enfin, Michel Bodin relève que la bibliographie parue sur le sujet durant ces dernières années est particulièrement limitée et précise que son livre prend largement en compte "la geste militaire française" : "en effet, de nombreuses études ont porté sur la colonisation en elle-même, mais elles oublient ce que furent les réalités guerrières".

L'ouvrage est divisé en deux grandes parties ("Les conditions de l'engagement au Tonkin" et "Une campagne difficile") qui regroupent chacune quatre chapitres thématiques. Au fil des pages, sont successivement abordés les difficultés de la campagne inhérentes au territoire (géographie physique, pluviométrie, alimentation, conditions sanitaires, etc.) et l'environnement général qui entoure la conquête (conditions politiques et économiques en métropole, relations avec les autres grandes puissances, position particulière de la Chine, etc.). Michel Bodin aborde ensuite successivement l'analyse des forces en présence (Vietnamiens, Chinois et pirates d'une part dans leur organbisation, armement, méthodes de combat, Français de toutes origines et supplétifs locaux d'autre part sur les mêmes points). Il décrit enfin dans le détail "Les étapes de la conquête", des premières tentatives à partir de 1872 jusqu'à la guerre contre la Chine au milieu des années 1880 et à la pacification totale après 1892. Il met en particulier en relief les adaptations progressives de l'outil militaire français, et la place prise par l'action politique sous l'autorité d'officiers comme Pennequin (dont on redécouvre actuellement le rôle et l'influence sur Gallieni et Lyautey par exemple). 

Il nous brosse ainsi le tableau détaillé d'un quart de siècle de campagnes presque ininterrompues, dont, "lors de la guerre d'Indochine, on retrouve des problématiques et des problèmes similaires à ceux de la conquête : abandon ou maintien des régions montagneuses, tâtonnements tactiques, conditions de vie pitoyables des combattants et indigénisation des troupes expéditionnaires". Un très bon livre (qui bénéficie de quelques cartes, d'un glossaire, d'un index et d'une solide bibliographie) pour partir à la découverte de ce Tonkin qui fit rêver des générations de militaires.

Coll. Outre-mer, Editions SOTECA, Saint-Cloud, 2012, 297 pages. 25,40 euros.

ISBN : 978-2-916385-47-1.

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Michel Bodin a bien voulu apporter à nos lecteurs quelques précisions complémentaires : 

Question : Pourquoi, Pour quelle(s) raison(s), alors que vous êtes un spécialiste reconnu de la guerre d'Indochine et du CEFEO, avez-vous choisi de "remonter dans le temps" pour vous intéresser au tout début de la colonisation ?

Réponse : Sur une suggestion du professeur Jacques Frémeaux, l’idée essentielle était de voir si les questions touchant à la guerre d’Indochine trouvaient leurs racines dans la conquête du XIXe. Or au fil des lectures, il m’est apparu qu’on avait traité le problème tonkinois d’une façon presque toujours parcellaire et souvent partisane. Ainsi, on oublie le contexte international et les jugements sont portés avec une volonté polémique. Il fallait revenir sur ses visions déformées, excessives et anachroniques donc fausses. Ainsi, on compare volontiers la révolte antifrançaise à celle du Vietminh ou du Vietcong et on parle de guerre révolutionnaire (en ne retenant que la pratique de la guérilla) sans comprendre que le Can Vuong n’avait pas pour objectif un changement radical de système politique, économique, social et culturel mais, bien au contraire, s’était fixé pour but la sauvegarde et le rétablissement de l’ordre traditionnel. De nombreux points méritaient d’être repris, corrigés et contextualisés avec impartialité. On a souvent expliqué la défaite des Tonkinois par leur infériorité en armement. Or il était souvent mieux adapté que celui des soldats français. En brousse la Winchester était supérieure au fusil Gras avec sa baïonnette.

Question : Vous insistez, dès votre introduction, sur l'importance des facteurs militaires. Plus généralement, comment considérez-vous que ces questions sont traitées dans l'historiographie française aujourd'hui ?

Réponse : Des écrits du début du XXe ont abordé les questions militaires de la conquête en oubliant tout le reste et, a contrario, les ouvrages récents les survolent. Or la colonisation est un tout. L’histoire militaire a longtemps était méprisée car on la ravalait à l’histoire-bataille. La connaissance des événements permet maintenant de mieux comprendre les combats au travers d’études qui prennent en compte la globalité des problèmes : la vie des hommes, leur sociologie, l’économie… L’historiographie  militaire a changé avec des travaux riches  mais ce qui est le plus inquiétant c’est la façon dont on l’appréhende dans le second cycle. Dans une volonté de réflexion, de conceptualisation, on a massacré ces questions. La guerre est oubliée ; les batailles sont évoquées comme exemples (guerre d’anéantissement = Verdun) sans souci de l’environnement. On ne raconte plus, on ne forge plus d’images ; en somme, l’approche devient virtuelle et la vision de la guerre est édulcorée ou ramenée à des aspects qui correspondent aux conceptions du moment. Pour la guerre de 14 on ne parle souvent que de la « brutalisation ». Il ne faudrait pas que la recherche nourrisse ce travers.

Question : Vous prenez soin de préciser l'ampleur et la diversité des oppositions et des résistances à l'implantation française. Pouvez-vous, en quelque sorte, les "hiérarchiser" en fonction de leur détermination et de leur capacité à durer ?

Réponse : La France  trouve au Vietnam, une civilisation complexe et multiforme mais en crise. Les structures impériales n’ont pas la possibilité de tenir longtemps face à une nation européenne mieux organisée qu’elle.  La résistance de l’état d’Annam est facilement vaincue. En revanche, le soulèvement vietnamien, le Can Vuong, qui s’appuie sur un sentiment national ancré dans les esprits et qui adopte des méthodes liées au terrain et à des pratiques anciennes, unit toutes les strates de la société. De ce fait il fut plus difficile à vaincre et demanda de gros efforts. La lutte contre les pirates et bandits de tout crin, sans convictions politiques,  rejetés par la société, même si elle demanda du temps,  n’a pas une intensité identique. Le manque de cohésion de la population tonkinoise ne pouvait pas nourrir une résistance longue si les forces conquérantes se donnaient les moyens de triompher notamment en utilisant massivement des autochtones, ce qui fut sous l’impulsion de J. L. de Lanessan.

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Question : Parallèlement, dès le début de la conquête, il ne semble pas y avoir de difficultés réelles à recruter des supplétifs et des contingents locaux. Auprès de quelle(s) population(s) et comment s'effectuent ces recrutements ?

Réponse : Dès le début de son intervention, jamais la France n’a de mal à trouver des auxiliaires militaires parmi les autochtones. Le Tonkin ne présentait pas une unité de peuplement encore moins de civilisation malgré les efforts des autorités impériales. Véritable mosaïque, il ne possédait pas un ciment qui pouvait l’unir. Aussi les autorités  françaises appliquèrent la politique « du diviser pour régner », s’appuyant sur les diversités ethniques et religieuses antagonistes. Sans unité, la société tonkinoise présentait des fissures dans lesquelles les Français s’engouffrèrent. Les chrétiens persécutés de longues dates voyaient par exemple les Français comme des sauveurs et les appelaient à leur secours. Pour certains autochtones, aider les Français leurs permettait de régler des comptes. Dans un second temps les autorités redonnèrent aux élites une part de leurs pouvoirs si bien que beaucoup « collaborèrent » entraînant avec elles les gens du peuple. Les guerres et les exactions continuelles des bandits, des Chinois voire du Can Vuong appauvrirent les villageois à un tel point que s’engager aux côtés des Français était une solution à leur misère. La politique des races mise en œuvre par Pennequin et Gallieni  illustre ce constat. Beaucoup se portaient spontanément volontaires sans qu’aucune campagne de recrutement ne soit engagée, surtout parmi les minorités. En Haute-Région ce fut la conséquence de négociations âpres et de marchandages (armes contre liberté de contrebande ou ralliement contre implantation d’un poste de réguliers).

Question : Pouvez-vous revenir sur l'importance de la figure du (futur) général Pennequin dans la conquête de ces territoires, puis la stabilisation de l'Indochine française ?

Réponse : Durant ses quatre séjours en Indochine, Pennequin marque l’histoire du Tonkin. Jeune officier jugé non conformiste par ses supérieurs, il a muri sa réflexion en Cochinchine, à Hanoi et à Diego Suarez. Il comprend rapidement que seule une action globale menée en Haute-Région de façon à tenir solidement le Delta, peut amener une paix durable. Il fonde son travail sur le respect des autochtones et inaugure une méthode qui allie la force militaire à l’action politique et au développement économique. Dans le IVe territoire il inaugure ses idées, joue des diversités ethniques et rallie les autochtones en rendant leurs pouvoirs aux chefs traditionnels, en organisant les villages en autodéfense et en les dotant, contrairement aux ordres, d’armes modernes. Parallèlement il s’attache à la construction de routes, à l’essor de l’élevage et crée des écoles même pour les filles. Il s’appuie sur les particularismes forts en autorisant, par exemple, l’opium chez les Montagnards. Ce faisant,  il obtient l’appui des autochtones. Fin manœuvrier, il insuffle à ses subordonnés un élan et devient un modèle pour de nombreux  officiers comme Servière et Gallieni même si, à plusieurs reprises, il fut critiqué pour son action.

Question :Finalement, quels liens faites-vous entre les campagnes du Tonkin du XIXe et la guerre d’Indochine ?

Réponse : A priori, seules les conditions de combat et la guérilla paraissaient être comparables. Mais au fil des recherches, il devint évident qu’un parallèle étroit pouvait être fait entre les deux expéditions. Autrement dit, mutatis mutandi,  les problèmes et les problématiques sont proches : faiblesses de la mise en œuvre, médiocrité du quotidien, insuffisance des effectifs, ravages des maladies tropicales, alcoolisme… On retrouve des interrogations identiques sur la stratégie (faut-il tenir la Haute-Région ?),  sur la tactique, sur l’emploi des autochtones... On est, par ailleurs, surpris par l’oubli des  expériences antérieures. Un exemple : les conditions de vie sur les transports de troupes, détestables lors de l’intervention en Cochinchine, le restent lors de la campagne du Tonkin et le sont toujours de 1945 à 1954. On a l’impression que ces guerres, mal appréhendées par les responsables politiques, ont été faites au rabais avec un souci d’économie, qu’elles qu’en soient les raisons, ce qui en dit long sur la perception du fait militaire colonial. 

Michel Bodin, merci et plein succès pour vos prochains travaux.

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29 novembre 2012 4 29 /11 /novembre /2012 07:05

De l'autre côté de l'eau

Indochine, 1950-1952

Dominique de La Motte

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Ces souvenirs, rédigés en fait bien longtemps après les événements, sont particulièrement intéressants car celui qui était à l'époque le lieutenant de La Motte nous raconte "sa" guerre de chef d'un commando isolé, perdu dans une plantation d'hévéas, à l'ouest de la Cochinchine. Or, si l'on rencontre souvent des récits des opérations au Tonkin, ceux relatifs au sud de la péninsule indochinoise sont moins nombreux et entrent rarement dans un tel détail du vécu quotidien.

Ce petit texte d'un peu plus de 160 pages est extrêmement riche, vif, dense. Nous suivons le lieutenant dans ses relations avec les colons et propriétaires, avec ses supplétifs, avec ses chefs. Nous partageons sa vie quotidienne, son rôle presque total, dans tous les domaines, jusqu'à être (ou passer pour) le médecin et le prêtre (ou le mage). On mesure au fil des pages la qualité, la solidité des relations entretenues avec ses subordonnés et on le voit, progressivement, s'éloigner des doctrines de l'état-major et des discours officiels, au fur et à mesure qu'il comprend, à sa façon, la Viet-Minh et les Caodaïstes. Les chapitres sont organisés non pas chronologiquement dans la durée de son séjour oriental, mais par thèmes : "L'autorité", "Les partisans", "Les congaïs", "Le corps médical", etc. On croise son chef, un colonel de la Légion, qui "possède, hors toute comptabilité, bien entendu, deux chenillettes Bren avec leur armement. Il m'en fait cadeau si je forme les équipages nécessaires et si la plantation assure l'entretien et le dépannage ... En prime, pour défendre l'immense enceinte du village de la plantation, il me dote d'un certain nombre de mitrailleuses, elles aussi sorties de toute comptabilité". On comprend les relations compliquées avec les Caodaïstes : "Le commandant de compagnie caodaïste arrive, revolver au poing. Je ne peux faire moins que de sortir le mien. La situation est bouffonne. Pendant que nous discutons peu aimablement, il fait mettre deux fusils-mitrailleurs en batterie à bout portant sur moi et, sans ordre de ma part, mes hommes en font autant à son égard. La conversation se termine lorsque je lâche, par inadvertance, un coup de pistolet entre ses jambes. Il le prend pour un coup de semonce, fait demi-tour et disparaît avec ses hommes"

Un récit passionnant, qui se lit extrêmement facilement et permet de relativiser bien des idées reçues. A lire.

Coll. 'Texto', Tallandier, Paris, 2012, 169 pages. 7,50 euros.

ISBN : 978-2-84734-816-3.

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18 juin 2012 1 18 /06 /juin /2012 07:10

Les services secrets en Indochine

Jean-Marc Le Page

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Quel sujet ! Et qu'il est difficile d'écrire sur ce thème ! Mais dans ce livre passionnant, préfacé par Maurice Vaïsse, tiré de sa thèse soutenue il y a quelques mois, Jean-Marc Le Page apporte une contribution essentielle à la connaissance de l'organisation et du fonctionnement des services de renseignement en Indochine.

Pour tenter de répondre à la question de savoir si ces services ("l'archipel du renseignement") portent une responsabilité particulière dans la défaite finale, l'auteur étudie successivement les principales structures concernées, leurs (nombreuses) évolutions dans le temps, les unités spécialisées (en particulier dans le domaine du renseignement technique ou électronique) et s'interroge sur la place du SDECE et des "affaires" auxquelles ce service particulier a été mêlé (d'aucuns diraient compromis). Il détaille le déroulement du désastre de la RC 4 et parle de "routine et sous-estimation des capacités adverses", thèmes que l'on retrouve à plusieurs reprises mais le plus souvent à propos des officiers en charge de commandement plus qu'à l'égard de services eux-mêmes. Concernant les agents, il développe les aspects "recrutement", "formation", "financement", "emploi" et n'hésite pas à évoquer la problématique de la torture, telle qu'elle apparaît dans les archives et les témoignages.

Les chapitres 8 à 10 permettent d'aborder des thématiques tout-à-fait intéressantes : les efforts particuliers de de Lattre puis de Navarre, "deux personnalités et deux reprises en main", avec la volonté pour ce dernier "d'insuffler une mystique du renseignement" ; les conséquences pour la chaîne de renseignement militaire tactique des évolutions politico-militaires à l'échelle du théâtre, avec un service de renseignement militaire "mal aimé", bien que les OR accomplissent "un travail de forçat" ; la place et le rôle des composantes Air et Marine, trop longtemps ignorées ou sous-estimées et qui ne commencent à parvenir à mâturité qu'à la toute fin du conflit. Les deux derniers chapitres sont également particulièrement intéressants : "La vietnamisation du renseignement" et "L'internationalisation du renseignement" soulignent bien les difficultés rencontrées et les limites de ces processus.

Dans sa conclusion, Jean-Marc Le Page considère que le renseignement stratégique est suffisant, sauf dans le domaine politique, que le renseignement au niveau opératif "est celui qui fonctionne le mieux", tandis que le niveau tactique "présente un bilan nettement plus complexe et ambiguë", constat d'autant plus difficile à établir que les différences peuvent être extrêmement importantes en fonction des périodes et surtout des territoires : "En définitive, les services de renseignement dans leur dimension militaire ont répondu aux attentes du commandement [même s'ils n'ont pas toujours été écoutés, mais ceci est une autre question] ... En revanche, dans le domaine politique, qu'il soit stratégique ou dans le cadre de la pacification, il faut constater une forme d'échec".

Parfaitement complémentaire de l'ouvrage de référence de Paul et Marie-Catherine Villatoux paru en 2005 (La République et son armée face au 'péril subversif'. Guerre et action psychologiques, 1945-1960), ce livre va très rapidement devenir indispensable à tous ceux qui s'intéressent aux questions de renseignement comme à l'histoire du CEFEO.

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Nous avons demandé à Jean-Marc Le Page de revenir sur quelques points particuliers.

Question : Dès votre introduction vous soulignez qu'à Dien Bien Phu Castries et Langlais se montrent indifférents ou méprisants à l'égard de leurs officiers de renseignement ("Le SR est un service parasite et inutile"). Pouvez-vous nous expliquer comment le SR est effectivement perçu et utilisé par les principaux titulaires de commandements opérationnels ?

Réponse : Il y a un réel problème de perception des SR par les différentes autorités militaires, mais c'est un phénomène complexe. D'une part, tous les SR ne sont pas perçus de la même manière : les services des écoutes (GCR et STR) bénéficient d'une immense estime en raison de leur indéniable réussite vis-à-vis du corps de bataille de la RDVN et puisqu'ils représentent jusqu'à 80% du renseignement récolté par le commandement. A l'inverse, le renseignement humain est déconsidéré pour des raisons diverses : les populations "parlent" peu, certains agents vendent leurs informations à plusieurs services à la fois, les services spécialisés dans ce type de sources (SRO et officiers renseignement) sont perméables à l'intoxication, etc. Tous ces points entraînent une méfiance, sinon une défiance, à leur égard, d'autant plus que dans le même temps les services "techniques" sont efficaces. La perception du commandement est également ambivalente : De Lattre et surtout Navarre souhaitent rééquilibrer les sources et amplifient les moyens mis à la disposition du renseignement humain, alors que les autres commandants en chef se laissent convaincre par les succès du ROEM. Néanmoins, le général Navarre constitue presque une exception, dans le sens où il prend conscience de la fragilité du renseignement technique et qu'il juge primordial de diversifier les sources. Mais il n'est pas suivi par l'ensemble du corps des officiers, comme l'exemple de Dien Bien Phu le montre.

Question : Quelle place prend effectivement l'opium dans la "politique" et l'action des services de renseignement ?

Réponse : L'opium joue un double rôle. Il est d'abord une source de financement officiel pour les services qui oeuvrent dans les régions les plus reculées d'Indochine. En Haute-Région, aux confins du Laos, la piastre n'a pas vraiment cours et les OR disposent de paquets d'opium pour financer leurs renseignements et leur action politique. L'opium est également une source d'appoint. Ainsi, lorsque des stocks sont récupérés, ils sont distribués entre les différents services, ce qui ne se fait pas toujours sans tiraillements. L'affaire de l'opium se situe à la confluence de ces deux cas. En effet, le SDECE et le GCMA approchent les populations montagnardes et l'écoulement de leur production d'opium est la condition de leur ralliement, puisqu'il s'agit de leur principale source de revenu. Dans le même temps, le GCMA y voit une possibilité de financement d'appoint, qui permet d'arrondir les fins de mois. En définitive, la question de l'opium et de son implication dans le fonctionnement des services ne peut se comprendre que dans l'environnement plus large du financement des SR. Les chefs de service sont continuellement en recherche de fonds. Leurs dotations en fonds spéciaux ne cessent d'augmenter, mais elles sont toujours considérées comme insuffisantes. Ils recherchent alors des financements annexes, voire "exotiques", dont l'opium n'est que l'un des éléments.

Question : A la fin de la campagne d'Indochine, quel bilan quantitatif et qualitatif peut-on tirer de l'effort, certes parfois tardif mais en 1954 réel, de recrutement et de formation des OR et des agents, et de la sensibilisation du corps expéditionnaire à l'importance du renseignement ?

Réponse : Au sujet de la sensibilisation du corps expéditionnaire, il semble que le bilan ne soit pas très bon. La tentative du général Navarre d'insuffler une "mystique du renseignement" est révélatrice à la fois de son absence avant 1953 et de la difficulté pour le commandement de la mettre en place. Les notes de service se succèdent, la hiérarchie est de plus en plus sensibilisée, avec des succès divers, mais aux échelons inférieurs ce n'est pas encore acquis à la fin du conflit. La formation des OR s'améliore. Elle est pratiquement inexistante avant 1950, de Lattre impose la mise en place de cours de formation à l'échelon des territoires, qui prennent la forme de "grand-messes", et Navarre lui apporte une plus grande souplesse en l'adaptant davantage aux besoins particuliers. Il y a donc un réel progrès. Pour les agents, c'est beaucoup plus difficile à appréhender. Le colonel Deuve avait mis en place une école pour ses agents au Laos, mais elle est définitivement fermée en 1948. Le GCMA utilise son école du Cap Saint-Jacques, mais ce n'est pas une formation spécifique aux agents de renseignement. Là encore, il n'y a pas de politique bien définie, chaque service s'arrange plus ou moins comme il le souhaite, avec d'innombrables variations selon les teritoires, les hommes ... Le conflit indochinois se caractérise par une grande décentralisation, la gestion du renseignement n'y échappe pas. 

Question : Il apparaît que les premiers OR mis en place dans la Marine "ne sont en rien des spécialistes du renseignement, la grande majorité est en premier séjour et ils sont souvent les plus jeunes officiers du bord. Ils sont désignés d'office pour remplir cette charge qu'ils ne connaissent pas". Ces propos ne sont pas sans rappeler ceux du général Ely, dans son rapport de fin de campagne, sur l'armée de terre. Comment expliquer ces situations en 1953 encore ?

Réponse : Les activités liées au renseignement souffrent d'un grand discrédit et les volontaires ne se bousculent pas pour remplir les charges. C'est particulièrement le cas pour les services qui utilisent de nombreux personnels, comme les 2e bureaux territoriaux, qui sont continuellement en sous-effectif et dont de nombreux postes restent vacants. Cette situation s'explique par la mauvaise réputation d'une activité qui est jugée "de bureau". Nombreux sont les officiers qui préfèrent les postes opérationnels. Nous sommes ici dans une situation classique. La seconde raison tient à la mauvaise réputation des services de renseignement, qui sont soupçonnés de faire un "sale boulot", mais c'est surtout vrai vis-à-vis de la Sûreté. La charge d'OR n'est pas non plus de tout repos, puisque leur activité est à plein temps, sans vraiment de phases de repos, et ils accumulent les responsabilités, puisque les chefs de corps manquent d'officiers et ne perçoivent pas toujours leur spécificité. Tous ces éléments se cumulent, et il devient difficile de trouver des bonnes volontés pour accomplir cette tâche, en particulier pour les échelons inférieurs. C'est moins vrai pour les services spéciaux comme le SDECE, dont les effectifs dépendent de la métropole.

Merci beaucoup Jean-Marc Le Page pour ces passionnantes précisions, et à très bientôt sans aucun doute.


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18 juin 2012 1 18 /06 /juin /2012 07:00

Marie Ier, le dernier roi français

La conquête d'un aventurier en Indochine

Antoine Michelland

  Marie-Ier-Le-dernier-roi-francais.jpg

Vous souvenez-vous d'Antoine de Tounens, avoué de Périgueux autoproclamé roi d'Araucanie et de Patagonie, et devenu Orélie-Antoine Ier ? Voici l'histoire de son alter ego oriental, au coeur de l'Indochine. Les philatélistes connaissent le pseudo-royaume des Sédangs par les émissions fantaisistes qui émaillent sa brève histoire, dans des conditions plus proches de l'abus de confiance que de la mise en place des marques extérieures d'une administration.

Le livre d'Antoine Michelland nous transporte dans l'Indochine des années 1880-1890, lorsque Marie Ier tente de faire reconnaître "son royaume" par le gouverneur général d'Indochine et placer "son" pays sous protectorat français. L'intéressé, arrivé en Extrême-Orient en 1863, reste cinq ans sous les drapeaux en Cochinchine et bénéficie grâce à un amiral qui avait été proche de son père d'une recommandation auprès du premier gouverneur, Louis Bonard.  Au terme de son contrat, il regagne l'hexagone, s'installe provisoirement à Toulon, est mobilisé au sein de la Garde nationale du Var en 1870 et sert en partuclier à l'armée de Chanzy. Il y gagnera la Légion d'honneur. En 1872, il s'installe à Paris où il devient inspecteur des eaux de la ville, déménage en Gironde deux ans plus tard à la suite de revers de fortune (en fait, il dilapide l'héritage), tâte de la politique locale. En 1881, il retrouve la capitale, se lance dans la bourse et la banque, mais pour dépenser l'argent avant de le gagner ... Deux ans plus tard, il est à nouveau au bord de la faillite et quitte la France dans l'urgence, poursuivi par ses créanciers. On le croise au Congo, puis aux Indes néerlandaises. Une vie d'aventurier commence mais il revient en France, trouve l'appui du puissant banquier Sellière, parvient à obtenir un mandat du ministre de l'Instruction publique pour la direction d'une exploration scientifique et organise une nouvelle expédition extrême-orientale. Il débarque à Saigon en mai 1885, prêt à toutes les audaces, dispose au début de son aventure de quelques soutiens métropolitains et trouve l'appui de colons et de missionnaires sur place. La haute administration du territoire pourtant, en la personne du gouverneur, ne lui fait pas confiance. Tout en étant surveillé par la Sûreté, il laisse dire qu'il mène des actions d'espionnage à la frontière de l'Annam alors même que les mandarins et les lettrés se sont révoltés contre la tutelle française. Il pénètre en territoire Moï et envisage d'abord d'y fonder une colonie agricole avant de rêver d'en devenir tout simplement le maître ... le roi ! L'époque est plutôt favorable au projet : en 1888, le statut des territoires indochinois est modifié, un nouveau gouverneur général prend ses fonctions, les hauts plateaux et les massifs montagneux en direction du Laos deviennent des objectifs à atteindre et surtout l'Angleterre à partir du Siam tente d'étendre son influence vers l'Est. Au printemps 1888, il se lance dans l'aventure avec "dix-huit fusils, trois carabines, quatre revolvers et deux mille cinq cents cartouches" et semble triompher le 3 juin lorsqu'il est effectivement reconnu roi, doté de pouvoirs "magiques", par les chefs des tribus fédérées. Mais l'administration française décide de ne pas fermer les yeux plus longtemps : "Désavouez ses actes et prenez des mesures de rigueur". Le territoire de "son" royaume étant  théoriquement soumis à l'empire d'Annam, il se trouve naturellement compris dans le traité de protectorat très dur qui vient d'être signé et il n'y a plus aucune utilité pour les autorités à instrumentaliser un aventurier jugé par ailleurs peu fiable. Alors que Marie Ier a quitté son royaume pour chercher à Hong Kong des investisseurs et des appuis, le gouverneur général Richaud n'est pas tendre à son égard et télégraphie en décembre 1888 au consul de France dans la colonie britannique : "Je ne crois pas devoir vous cacher que M. de Mayréna a laissé la plus fâcheuse réputation à Saigon où l'on a gardé le souvenir des procédés peu délicats employés par lui pour se procurer des ressources et où plusieurs colons ont été dupes de leur confiance exagérée".

Pendant des mois, des années, cette affaire va émerger, resurgir, apparaître à nouveau dans les correspondances diplomatiques officielles de Paris, Londres et même Berlin. Pris à son propre rêve, Marie Ier voyage, en Asie, en Europe, séjourne à Paris, tente de faire reconnaître son royaume exotique, plume quelques gogos, vit d'expédients. Le "monarque" déjà privé de royaume survit quelques temps en Belgique, distribue allègrement décorations et titres, vend ses simili-timbres, figure désormais plus souvent dans la rubrique "Polémiques et scandales" de la presse que dans celle de la "Vie mondaine". Poursuivant son mirage, Marie Ier recrute quelques mercenaires belges, cherche à embaucher des recrues malaises à Singapour, prétend vouloir débarquer en Indochine pour reconquérir "son royaume" et annonce même sa conversion à l'Islam. Pour son biographe, "la démence contre quoi son esprit lutte depuis des années rompt les dernières digues, sa raison chavire". Il est surveillé par les consuls de toutes les puissances européennes, abandonné par ses derniers fidèles, s'enfonce dans la folie et meurt le 11 novembre 1890. Le fonctionnaire britannique qui enregistre son décès note : "David de Mayréna, comte de Drey, Marie Ier, roi des Sédangs" et "jusqu'à la fin du protectorat, les résidents britanniques veilleront à entretenir la tombe" !

Le biographe est plutôt favorable à son sujet, certes, et d'autres études montrent Marie Ier sous un jour beaucoup plus critique. Mais voici un récit extra-ordinaire, au sens propre du terme. L'extrême-Orient à la fin du XIXe siècle vu sous l'angle des aventuriers les plus fous. Un excellent livre ouvert sur des horizons lointains pour les vacances qui s'annnoncent.

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9 juin 2012 6 09 /06 /juin /2012 07:05

Paroles de Dien Bien Phu

Les survivants témoignent

Pierre Journoud et Hugues Tertrais

Paroles-de-Dien-Bien-Phu.jpg

Ce livre, publié pour la première fois en 2004, est déjà un classique. Les deux auteurs, qui figurent parmi les meilleurs spécialistes français non seulement de la guerre d’Indochine elle-même mais encore du Sud-est asiatique dans son ensemble, nous proposent ici une approche aussi originale que prenante de la grande bataille de 1954, puisqu’elle s’appuie sur une centaine de témoignages écrits et des dizaines d’heures d’enregistrement d’entretiens : « Cinquante ans après les faits, les langues se délient, les consciences se livrent ».

L’ouvrage est logiquement organisé en sept chapitres qui reprennent le récit chronologique des événements, de l’idée de l’installation à Dien Bien Phu (avec la genèse du ‘Plan Navarre’ et cette formule prémonitoire du journaliste Robert Guillain : « A nous le creux, le plat ; à l’ennemi tout ce qui domine ») à la mémoire ultérieurement conservée de la défaite (et ces mots terribles du médecin-capitaine Verdaguer du 1/2e REI : « Nous étions battus mais nous avions tout de suite compris que notre défaite était aussi -et peut-être surtout- celle de la France … A Dien Bien Phu, nous avons subi une terrible humiliation. Il est peu probable que nous en guérissions jamais »). Dans l’intervalle, au long des chapitres 2 à 6, nous pouvons suivre l’opération Castor et l’installation du camp retranché (seuls les généraux Blanc et Fay expriment de réelles réserves) ; la bataille proprement dite, les contre-attaques et l’inexorable pression croissante du Vietminh (malgré les plans Albatros, Vautour et Condor de secours à la garnison assiégée) ; les lendemains de la chute du camp retranché et les camps de prisonniers (dont les séances d’endoctrinement : « Certes, nos pensées étaient ‘verrouillées’ sur la France, nos familles, et la nourriture occupait la totalité de nos rêves. Mais, de temps en temps, le verrou sautait et quelques idées révolutionnaires nous atteignaient ») ; la connaissance et la représentation de l’adversaire enfin (en particulier de ses prouesses logistiques, jusqu’à la construction de routes : « Des dizaines de milliers de coolies, hommes, femmes et enfants, ont dû y travailler jour et nuit sans relâche, et le résultat, étant donné les moyens primitifs employés, nous laisse une fois de plus saisis d’étonnement »).

Les deux auteurs précisent en introduction les limites d’un tel exercice. Baser un livre sur des témoignages par nature faillibles (et toujours plus ou moins reconstruits avec le temps) est un challenge délicat. Mais le nombre et la diversité des témoignages rassemblés et croisés permettent de limiter ce risque. Dans sa postface à la nouvelle édition, Pierre Journoud observe que le cinquantenaire de la bataille en 2004 « fut à l’origine d’une polémique feutrée. Sans commune mesure avec l’explosion mémorielle suscitée quelques années plus tôt par l’évocation des exactions en Algérie » et constate que les anciens combattants d’Indochine « n’ont pas créé un lobby qui eût facilité la diffusion de leurs souvenirs et la reconnaissance de leurs souffrances et de leurs droits ».

Une lecture indispensable pour toute personne intéressée par la guerre d’Indochine.

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6 avril 2012 5 06 /04 /avril /2012 08:20

Le sacrifice

Dien Bien Phu, 1954

DBP-FILM.jpg

Projection du film de Philippe Delarbre, en présence du réalisateur et du colonel J. Allaire (alors lieutenant au bataillon Bigeard) le mardi 10 avril 2012 à 19h00, en amphithéâtre Foch de l'école militaire.

Il est demandé de réserver soit par téléphone (06 14 21 64 65 ou 06 76 73 41 71), soit par courriel : philraudel@gmail.com

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22 mars 2012 4 22 /03 /mars /2012 07:00

 

Le manifeste du camp n° 1

Le calvaire des officiers français prisonniers du Viêt-minh

 

Jean Pouget

Couverture-de-l-ouvrage--Le-manifeste-du-camp-n--1-.jpg

Publié pour la première fois en 1969 chez Fayard, ce livre est littéralement poignant. Le ton est d'ailleurs donné dès les premières lignes de la préface par Christian Hoche, ancien grand reporter, qui explique : "Entre Jean Pouget et moi, c'est encore plus simple : cet homme, un matin de printemps, m'a sauvé la vie", lors de la chute du Sud-Vietnam en mai 1975. Par ailleurs, il ne s'agit pas à proprement parler du récit d'une histoire personnelle, puisque Jean Pouget a été fait prisonnier à Dien Bien Phu et que l'action du livre se déroule trois ans plus tôt, en 1950/1951.

Mais le récit de ce "vrai-faux" témoignage ou livre d'histoire traduit parfaitement la réalité des conditions de vie et du déroulement des journées pour les prisonniers français du Viet-minh.  En amont même, "l'élaboration du programme d'éducation politique" par les commissaires politiques ("Le discours dans la rizière") correspond à ce que d'autres témoins ont vécu. De même le calcul savant des quantités minimales de nourriture indispensables pour que les prisonniers ne meurent pas de faim tout de suite ("Le système") glace le sang. Le lavage de cerveau et les autocritiques, les maladies et la détresse physique, etc. : tout est à lire.

Un désormais "classique" qui n'entre exactement dans aucune catégorie mais qui raconte une histoire vécue avec un réalisme tout particulier.

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13 mars 2012 2 13 /03 /mars /2012 08:00

Historical Dictionary

of the Indochina War

(1945-1954)

Christopher Goscha

goscha

Nous avions annoncé le 18 janvier dernier, le monumental Dictionnaire de la guerre d'Indochine, publié en anglais par Christopher Goscha, mérite que l'on s'y attarde. Nous vous en proposons une analyse plus détaillée.

 

Comme l'auteur l'annonce dès l'introduction, ce dictionnaire entend aborder le conflit indochinois de manière novatrice par une approche internationale et interdisciplinaire. C'est sans conteste le grand atout de ce document de travail. En effet, par sa grande connaissance de "l'autre côté de la colline", le professeur Goscha, enseignant à l'université du Québec à Montréal, met à jour des acteurs, des structures et des faits inconnus dans l'historiographie occidentale de la guerre d'Indochine. Cet apport contribue véritablement à une meilleure compréhension des événements qui se sont déroulés en Extrême-Orient entre 1940 et 1956, mais également après cette période. En effet, l'auteur ne circonscrit pas son étude à la fin des hostilités entre les belligérants et fait "vivre" le conflit en développant l'impact et le poids de la guerre d'Indochine dans la construction identitaire du Vietnam contemporain. Sont ainsi prises en compte des associations, des mouvements qui ont eu une fonction importante dans l'appareil politico-militaire viêt-minh et qui participent de l'élaboration de l'Etat du Nord Vietnam.

Interdisciplinaire, l'ouvrage l'est assurément puisqu'il s'intéresse également aux représentations de la guerre : les entrées Experience of War et Myth of War offrent par là des analyses originales et crtiques sur les événements et les hommes, tant du côté français que viêt-minh. Le nombre comme la diversité des entrées présentes dans l'ouvrage font de celui-ci un très complet outil de travail, dont la richesse permet de mettre en perspective les deux dictionnaires existats à ce jour sur le sujet en France.

Malgré la qualité du travail, on peut toutefois regretter certains manques ou oublis ayant traits aux aspects militaires du conflit, un domaine dans lequel l'auteur semble se révéler moins à l'aise. Si l'on peut déplorer (mais ceci est une affaire de choix) l'absence de certains noms, tel par exemple celui du colonel NEMO, dont les actes et les écrits pendant et après la guerre nous paraissent importants, on aimerait que certaines entrées soient plus détaillées ou critiquées. Par exemple, il est dommage, lorsque sont traités les généraux COGNY et NAVARRE, que le lecteur ne soit pas davantage renseigné sur le contentieux très vif qui oppose les deux hommes pendant et après la bataille de Dien Bien Phu. La relation de cet antagonisme, qui se transforme progressivement en inimitié profonde, est en effet nécessaire pour comprendre la bataille elle-même, mais également certains mécanismes ou événements propres au conflit indochinois.

Quoi qu'il en soit, le Historical Dictionary of the Indochina War du professeur Goscha constitue à ce jour une référence unique. Il reste à souhaiter qu'il reçoive rapidement son équivalent français, pour le plus grand bien des chercheurs et des passionnés de la guerre d'Indochine non-anglophones.

Ivan Cadeau

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5 mars 2012 1 05 /03 /mars /2012 09:30

Dien Bien Phu

Documentaire et débat

 

La chaîne Public Sénat a consacré un documentaire ("Dien Bien Phu : le rapport secret") suivi d'un débat entre Patrick Jeudi (le réalisateur), Alain Ruscio (universitaire et historien spécialisé sur l'Indochine), le colonel (r) Jacques Allaire (chef de section à Dien Bien Phu) et Ivan Cadeau (officier historien au SHD Vincennes).

L'émission a été multi-diffusée à partir du 25 féévrier. Pour revoir le débat :

 

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  • : Guerres et conflits XIXe-XXIe s. se fixe pour objectif d’être à la fois (sans prétendre à une exhaustivité matériellement impossible) un carrefour, un miroir, un espace de discussions. Sans être jamais esclave de la « dictature des commémorations », nous nous efforcerons de traiter le plus largement possible de toutes les campagnes, de tous les théâtres, souvent dans une perspective comparatiste. C’est donc à une approche globale de l’histoire militaire que nous vous invitons.
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Cafés historiques de La Chouette

Prochaine séance : pour la rentrée de septembre. Le programme complet sera très prochainement mis en ligne.

Publications personnelles

Livres

 

doumenc-copie-1.jpgLa Direction des Services automobiles des armées et la motorisation des armées françaises (1914-1918), vues à travers l’action du commandant Doumenc

Lavauzelle, Panazol, 2004.

A partir de ma thèse de doctorat, la première étude d’ensemble sur la motorisation des armées pendant la Première Guerre mondiale, sous l’angle du service automobile du GQG, dans les domaines de l’organisation, de la gestion et de l’emploi, des ‘Taxis de la Marne’ aux offensives de l’automne 1918, en passant par la ‘Voie sacrée’ et la Somme.

 

La mobilisation industrielle, ‘premier front’ de la Grande Guerre ? mobil indus

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2005 (préface du professeur Jean-Jacques Becker).

En 302 pages (+ 42 pages d’annexes et de bibliographie), toute l’évolution industrielle de l’intérieur pendant la Première Guerre mondiale. Afin de produire toujours davantage pour les armées en campagne, l’organisation complète de la nation, dans tous les secteurs économiques et industriels. Accompagné de nombreux tableaux de synthèse.

 

colonies-allemandes.jpgLa conquête des colonies allemandes. Naissance et mort d’un rêve impérial

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2006 (préface du professeur Jacques Frémeaux).

Au début de la Grande Guerre, l’empire colonial allemand est de création récente. Sans continuité territoriale, les différents territoires ultramarins du Reich sont difficilement défendables. De sa constitution à la fin du XIXe siècle à sa dévolution après le traité de Versailles, toutes les étapes de sa conquête entre 1914 et 1918 (388 pages, + 11 pages d’annexes, 15 pages de bibliographie, index et cartes).

 

 caire damasDu Caire à Damas. Français et Anglais au Proche-Orient (1914-1919)

 14/18 Editions, Saint-Cloud, 2008 (préface du professeur Jean-Charles Jauffret).

Du premier au dernier jour de la Grande Guerre, bien que la priorité soit accordée au front de France, Paris entretient en Orient plusieurs missions qui participent, avec les nombreux contingents britanniques, aux opérations du Sinaï, d’Arabie, de Palestine et de Syrie. Mais, dans ce cadre géographique, les oppositions diplomatiques entre ‘alliés’ sont au moins aussi importantes que les campagnes militaires elles-mêmes.

 

hte silesieHaute-Silésie (1920-1922). Laboratoire des ‘leçons oubliées’ de l’armée française et perceptions nationales

‘Etudes académiques », Riveneuve Editions, Paris, 2009.

Première étude d’ensemble en français sur la question, à partir du volume de mon habilitation à diriger des recherches. Le récit détaillé de la première opération civilo-militaire moderne d’interposition entre des factions en lutte (Allemands et Polonais) conduite par une coalition internationale (France, Grande-Bretagne, Italie), à partir des archives françaises et étrangères et de la presse de l’époque (381 pages + 53 pages d’annexes, index et bibliographie).

 

cdt armee allde Le commandement suprême de l’armée allemande 1914-1916, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général von Falkenhayn 

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Le texte original de l’édition française de 1921 des mémoires de l’ancien chef d’état-major général allemand, accompagné d’un dispositif complet de notes infrapaginales permettant de situer les lieux, de rappeler la carrière des personnages cités et surtout de comparer ses affirmations avec les documents d’archives et les témoignages des autres acteurs (339 pages + 34 pages d’annexes, cartes et index).

 

chrono commChronologie commentée de la Première Guerre mondiale

Perrin, Paris, 2011.

La Grande Guerre au jour le jour entre juin 1914 et juin 1919, dans tous les domaines (militaire, mais aussi politique, diplomatique, économique, financier, social, culturel) et sur tous les fronts. Environ 15.000 événements sur 607 pages (+ 36 pages de bibliographie et d’index).

 

 Les secrets de la Grande Guerrecouverture secrets

Librairie Vuibert, Paris, 2012.

Un volume grand public permettant, à partir d’une vingtaine de situations personnelles ou d’exemples concrets, de remettre en lumière quelques épisodes peu connus de la Première Guerre mondiale, de la question du « pantalon rouge » en août 1914 à l’acceptation de l’armistice par von Lettow-Vorbeck en Afrique orientale, après la fin des hostilités sur le théâtre ouest-européen.

 

Couverture de l'ouvrage 'Mon commandement en Orient'Mon commandement en Orient, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général Sarrail

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2012

Le texte intégral de l'édition originale, passé au crible des archives publiques, des fonds privés et des témoignages des acteurs. Le récit fait par Sarrail de son temps de commandement à Salonique (1915-1917) apparaît véritablement comme un exemple presque caricatural de mémoires d'autojustification a posteriori

 

 

Coordination et direction d’ouvrages

 

Destins d’exception. Les parrains de promotion de l’Ecole Spéciale Militaire de Saint-Cyr

SHAT, Vincennes, 2002.

Présentation (très largement illustrée, 139 pages) des 58 parrains qui ont donné leur nom à des promotions de Saint-Cyr, entre la promotion « du Prince Impérial » (1857-1858) et la promotion « chef d’escadrons Raffalli » (1998-2001).

 

fflLa France Libre. L’épopée des Français Libres au combat, 1940-1945

SHAT, Vincennes et LBM, Paris, 2004.

Album illustré présentant en 191 pages l’histoire et les parcours (individuels et collectifs) des volontaires de la France Libre pendant la Seconde guerre mondiale.

 

marque courageLa marque du courage

SHD, Vincennes et LBM, Paris, 2005.

Album illustré présentant en 189 pages l’histoire des Croix de Guerre et de la Valeur Militaire, à travers une succession de portraits, de la Première Guerre mondiale à la Bosnie en 1995. L’album comporte en annexe une étude sur la symbolique, les fourragères et la liste des unités d’active décorées.

 

  90e anniversaire de la Croix de guerre90-ANS-CROIX-DE-GUERRE.jpg

SHD, Vincennes, 2006.

Actes de la journée d’études tenue au Musée de l’Armée le 16 novembre 2005. Douze contributions d’officiers historiens et d’universitaires, français et étrangers, de la naissance de la Croix de guerre à sa perception dans la société française, en passant les décorations alliées similaires et ses évolutions ultérieures.

 

france grèceLes relations militaires franco-grecques. De la Restauration à la Seconde guerre mondiale 

SHD,Vincennes, 2007.

Durant cette période, les relations militaires franco-grecques ont été particulièrement intenses, portées à la fois par les sentiments philhellènes qui se développent dans l’hexagone (la France est l’une des ‘Puissances protectrices’ dès la renaissance du pays) et par la volonté de ne pas céder d’influence aux Anglais, aux Allemands ou aux Italiens. La campagne de Morée en 1828, l’intervention en Crète en 1897, les opérations en Russie du Sud  en 1919 constituent quelques uns des onze chapitres de ce volume, complété par un inventaire exhaustif des fonds conservés à Vincennes.

 

verdunLes 300 jours de Verdun

Editions Italiques, Triel-sur-Seine, 2006 (Jean-Pierre Turbergue, Dir.).

Exceptionnel album de 550 pages, très richement illustré, réalisé en partenariat entre les éditions Italiques et le Service historique de la Défense. Toutes les opérations sur le front de Verdun en 1916 au jour le jour.

 

DICO-14-18.jpgDictionnaire de la Grande Guerre

(avec François Cochet), 'Bouquins', R. Laffont, 2008.

Une cinquantaine de contributeurs parmi les meilleurs spécialistes de la Grande Guerre, 1.100 pages, 2.500 entrées : toute la Première Guerre mondiale de A à Z, les hommes, les lieux, les matériels, les opérations, les règlements, les doctrines, etc.

 

fochFerdinand Foch (1851-1929). Apprenez à penser

(avec François Cochet), 14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Actes du colloque international tenu à l’Ecole militaire les 6 et 7 novembre 2008. Vingt-quatre communications balayant tous les aspects de la carrière du maréchal Foch, de sa formation à son héritage dans les armées alliées par des historiens, civils et militaires, de neuf nations (461 pages + 16 pages de bibliographie).

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