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8 novembre 2013 5 08 /11 /novembre /2013 06:25

La IVe République et l'Alliance atlantique

Influence et dépendance (1945-1958)

Jenny Raflik-Grenouilleau

Ce sujet ardu et souvent polémique est traité avec beaucoup de finesse par l’auteure qui nous propose une vision équilibrée des rapports et relations entre la France et l’alliance atlantique, presque pourrait-on dire entre la France et les Etats-Unis.

Le livre, en grande partie issu de sa thèse, couvre l’ensemble de la période, de 1944 à 1958 et aborde des questions rarement prises en compte dans l’historiographie, comme l’organisation de l’alliance, son financement, etc., autant de sujets en réalité fondamentaux mais ardus en première approche et que l’on néglige trop souvent. Il faut également , avec elle, replacer ces relations dans leur contexte : celui d’une France en reconstruction dont tout le monde se souvient qu’elle a été sévèrement étrillée en 1940, puis rééquipée avec des matériels anglo-saxons, et qui doit conduire de longues campagnes ultramarines sans en avoir réellement les moyens, dans un environnement de guerre froide. L’ouvrage est organisé en trois grandes parties, divisées chacune en trois chapitres. « D’une guerre à l’autre » traite de l’émergence de l’idée de pacte transatlantique, de l’émergence progressive d’un « atlantisme de raison » dans l’hexagone, de la réalité et des déceptions lors de la mise en place effective de l’alliance. « La France dans le tourbillon atlantique » s’intéresse à la réalité d’une dépendance croissante à l’égard des Etats-Unis, au développement des capacités militaires de l’OTAN en dépit des difficultés intérieures et à la volonté de Paris de peser (plus que les moyens ne le permettent ?) sur le processus de prise de décision, avant que l’épisode de la CED ne vienne brouiller le paysage. « Les doutes », enfin, nous entraîne à travers les efforts gouvernementaux pour « contrôler » les sites de l’alliance dans l’hexagone, les manifestations anti-américaines, les oppositions au sujet de la guerre d’Algérie, la question de la suprématie liée à l’arme atomique, et toujours cet espoir de rechercher (sans réellement pousser à des réalisations effectives) dans une entente continentale européenne un contre poids à l’influence américano-otanienne. Le texte, dense, bénéficie de très nombreuses citations, est conforté par un solide appareil de notes, plusieurs annexes pertinentes et comporte ponctuellement des tableaux et graphiques de synthèse, réalisés par l’auteure à partir de la documentation rassemblée, qui sont tout à fait visuels et complètent très utilement le texte.

Un sujet parfois un peu aride, entre histoire diplomatique, politique et militaire, prenant en compte les données financières et presque de « sociologie des organisations », mais au bilan une très solide étude, indispensable à quiconque veut s’intéresser aux questions de sécurité et de défense sous la IVe République, dont il apparait que les dirigeants, dans un contexte particulièrement difficile, n’ont pas démérité.

Presses universitaires de Rennes, 2013, 323 pages, 18 euros.

ISBN : 978-2-7535-2800-0

Nuancer les idées reçues

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8 juin 2013 6 08 /06 /juin /2013 07:00

Penser le système international XIXe-XXIe siècle

autour de l'oeuvre de Georges-Henri Soutou

Eric Bussière, Isabelle Davion, Olivier Forcade et Stanislas Jeannesson (Dir.)

Penser le système international autour de l’œuvre de Georges-Henri Soutou est un ouvrage collectif dirigé par  Éric Bussière, Isabelle Davion, Olivier Forcade et StanislasJeannesson. Il rend  compte d’un colloque organisé le 30 septembre et le 1er octobre 2011 en l’honneur de Georges-Henri Soutou, éminent historien des relations internationales (mais pas seulement). Ces quatre auteurs ont tous en commun d’être des ‘disciples’ s’inscrivant dans sa conception de l’histoire. La multiplicité des thèmes de recherhce soulevés par les nombreux travaux et écrits du professeur Soutou est illustrée par la diversité des articles présents dans cet ouvrage. Il a ainsi contribué à enrichir la conception française des relations internationales dans la lignée de personnalités telles que Paul Renouvin ou Jean-Baptiste Duroselle. L’entretien donné par Georges-Henri Soutou lui-même, dans le dernier chapitre, montre qu’il ne reste pas inactif, bien que professeur émérite depuis plusieurs années : il s’attèle à 4 grands projets actuellement ! Ces contributions s’attachent donc à faire émerger, par des cas d’étude précis, la conception du système international du grand historien, et pour rendre compte d’une telle abstraction, il faut dénouer l’écheveau des interactions politiques, économique, sociales et autres qui influencent directement ou indirectement les relations internationales. Cette démarche implique d’observer les dynamiques historiques, les fonctionnements et les dysfonctionnements d’un tel système ainsi que les comportements des acteurs.

Ce qui frappe le lecteur dès le commencement de cet ouvrage est la place importante de l’Etat qui s’impose, de prime abord, comme l’acteur évident et constitutif du système international. L’organisation générale du livre suit les grandes questions posées par Georges-Henri Soutou au fil de son œuvre. La première partie (à notre goût un peu brève, mais chacun ses périodes de prédilection) est consacrée à la Première Guerre mondiale et ses conséquences ("La question polonaise au cours de la Première Guerre mondiale", par Thomas Schramm ; et "La Grande Guerre vue par Raymond Aron", par Martin Motte), la seconde traite de la Guerre froide et ses implications, la troisième partie est plus transversale et à pour objet les systèmes européens du XIXème au XXIème siècle. En apparence, le livre laisse entendre que l’Etat est le seul composant qui peut, de par ses interactions sur la scène mondiale, faire naître et vivre un système international. Cette idée est soulignée par la part considérable laissée à l’histoire des relations diplomatiques. Le moment national des deux premières parties de l’ouvrage se voit finalement dépassé par l’importance croissante de l’Europe dans la dernière partie. L’objectif de ce volume ne serait-il finalement pas, avant tout, de rendre compte des « forces profondes » chères à Georges-Henri Soutou, forces qui influencent la conduite de l’Etat au niveau international. Néanmoins, les stratégies des acteurs ne sont pas oubliées et l’on voit apparaître d’autres relais de l’influence étatique. A titre d’exemple on peut retenir l’article de Duslan T Batakovic sur « La mission d’Albert Malet, 1892-1894 : du précepteur au conseiller diplomatique », qui présente la manière dont l’évolution des conceptions politiques d’un précepteur royal peut incliner la politique d’un Etat.

La diversité des angles d'approche et la précision des exemples constituent l'une des richesses de ce livre. Tous les articles seraient à citer car, du statut d’abstraction le système international s’incarne au fur et à mesure des textes. Telle est donc la grande réussite de cet ouvrage. L’entretien qui clôt l’ouvrage montre également les différences entre les approches anglo-saxonne et française des relations internationales. L’école anglo-saxonne en fait une discipline à part entière, n’hésitant pas ainsi à faire travailler entre elles de nombreuses disciplines. Cette multidisciplinarité, elle aussi revendiquée mais sous une autre forme par Georges-Henri Soutou, a cependant du mal à transparaître dans le livre. Si les niveaux supra ou infra étatiques sont parfaitement abordés, la perspective reste essentiellement historico-diplomatique, alors même que Georges-Henri Soutou a traité longuement d’approches militaires, économiques ou sociales. Cette remarque mise à part, il faut dire que la réunion de ces textes réussit le vrai tour de force de penser le global grâce aux détails. C’est là l’une des grandes qualités de ce volume (qui offre par ailleurs un réel plaisir de lecture) en forme d’hommage.

Thibault Laurin.

PUPS, Paris, 2013, 446 pages, 26 euros.

ISBN : 978-2-84050-900-4.

En hommage

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27 février 2013 3 27 /02 /février /2013 07:00

Une indépendance contestée

La Lettonie face aux puissances européennes dans l'entre-deux-guerres, 1917-1939

Sophie Vilks Battaia

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Dans une pertinente préface, Elisabeth du Réau relève que « ce travail se fonde sur d’importantes sources puisées dans les archives historiques de l’Etat letton mais aussi dans les archives de nombreux Etats étrangers, notamment l’Allemagne, la France, le Royaume-Uni et enfin dans les très riches collections de la Société des Nations à Genève » (ce qui donne une idée du volume et de la précision des sources consultées) et précise en particulier que, « paru un peu plus de vingt ans après les événements qui ont permis à la Lettonie de recouvrer son indépendance, cet ouvrage met en lumière des pages d’histoire qui donnent à cette renaissance toute sa signification » (c’est dire la qualité foncière du travail).

Une longue partie initiale (pp. 23-66, « Regard sur la Lettonie d’entre-deux-guerres ») permet au lecteur francophone peu au fait de la réalité de ce pays de se familiariser avec sa géographie, son histoire, ses ressources et ses institutions. Le livre se divise ensuite en deux grandes parties qui correspondent à de grandes phases de la chronologie. La première, « La lutte pour l’indépendance, la reconnaissance internationale et la mise sur pied d’une politique extérieure, 1917-1934 » (pp. 67-154), décrit par le menu, dans le contexte difficile de la fin de la Grande Guerre sur le front oriental, le processus de naissance d’un Etat letton, d’abord reconnu de facto, puis plus difficilement de jure. Dès leur installation et les premières décisions (réforme agraire), les nouvelles autorités sont à l’héritage semi-féodal de la colonisation germanique et aux revendications d’indemnisation des anciens propriétaires, alors que les Bolcheviques entretiennent les menaces aux frontières comme à l’intérieur. Le pays tente alors de se tourner vers ses voisins, autres Etats baltes, mais aussi Pologne et Finlande, tout en jouant sur l’intérêt suscité à Paris (« Pacte oriental » et projet d’Entente baltique). La seconde partie, « L’impossible équilibre entre l’Est et l’Ouest, 1934-1939 » (pp. 155-244), s’intéresse à la période qui court de l’instauration d’un régime autoritaire par Ulmanis au printemps 1934 au traité (très déséquilibré) « d’assistance mutuelle » soviéto-letton d’octobre 1939. On y remarque l’apparente impossibilité des trois républiques baltes à s’entendre, en dépit de très nombreuses rencontres internationales, face aux différentes menaces qui s’exercent contre elles, on y retrouve la question (récurrente en Europe orientale) de la minorité allemande et l’on observe (avec tristesse) l’incohérence (voire le manque d’honnêteté) des politiques anglaise et française à leur égard. L’avortement d’un projet de neutralité marque le début de la fin entre une menace germano-soviétique grandissante et l’incapacité occidentale à agir.

Un livre directement tiré d’un travail universitaire de grande qualité, très utilement complété par de nombreuses annexes qui donnent en particulier le texte des principaux traités internationaux. On y trouve aussi les biographies sommaires des principaux responsables lettons de la période, la liste des chefs de gouvernement, une chronologie, un index, une indication très précise des sources et de la bibliographie, etc. Un ouvrage en quelque sorte « pionnier » en français qui mérite indiscutablement d’être connu et lu.

Editions Codex, 2012, 394 pages, 38 euros.

ISBN : 978-2-918783-04-6.

 

Du fait de l'originalité du sujet en langue française, nous avons voulu demander à l'auteure quelques précisions :

Question : Pouvez-vous nous rappeler les conditions difficiles de la reconnaissance internationale des républiques baltes à l'issue de la Première Guerre mondiale ?

Réponse : Les conditions de la reconnaissance internationale des républiques baltes sont effectivement difficiles et compliquées compte tenu du contexte diplomatique et militaire de l'époque. Il leur a fallu trois ans avant d'obtenir la reconnaissance de jure de la part de la communauté internationale. Alors que la déclaration du Sovnarkom en 1917 décrète le droit des peuples de la Russie à l'autodétermination jusqu'à la sécession et la création d'Etats indépendants, déclaration renforcée  par le principe d'autodétermination des peuples à disposer d'eux-mêmes élaboré par le président américain  Wilson en 1918, ces pays sont encore le théâtre d'affrontements entre les armées allemandes et bolcheviques. D'autre part leur quête d'indépendance se heurte également à l'attentisme des alliés qui espèrent que la révolution bolchevique va échouer et défendent le dogme de l'indivisibilité de l'Empire russe. C'est seulement lorsque les territoires baltes seront totalement évacués des corps-francs avec l'aide de la mission interalliée en Baltique et que les alliés perdent l'espoir de voir l'ancien Empire russe se reconstituer que la reconnaissance de jure interviendra en 1921.

Question : Entre les deux grandes puissances voisines, l'Allemagne et la jeune URSS, laquelle est jugée la plus dangereuse par les gouvernements de Riga et observe-t-on, au fil des années, des changements ?

Réponse : Les deux Etats sont jugés comme étant très dangereux. L'Allemagne, car elle aspire toujours à reconstituer le Drang Nach Osten de l'époque médiévale. L'URSS, car elle n'admet pas la perte de territoires dans l'ancien Empire tzariste. En effet, à Riga on sait pertinemment que l'indépendance de la Lettonie est précaire et que, dès que l'occasion se présentera, l'URSS tentera de reconquérir les territoires récemment perdus. La propagande communiste y est récurrente et insistante ce qui amène le gouvernement letton à dissoudre des syndicats, interdire des journaux communistes et arrêter certains membres communistes. Toutefois, la menace soviétique est quand même plus forte du fait de la proximité territoriale. A la veille de la Seconde Guerre mondiale, la politique de neutralité choisie par la Lettonie montre bien que le danger vient autant de l'Est que de l'Ouest et que le pays n'a rien à gagner en choisissant l'un des deux camps.

LETTONIE 2

Question : Dans ce contexte difficile, comment s'organise l'armée lettone et représente-t-elle une véritable force opérationnelle à l'échelle de la région ?

Réponse : L'armée lettone va peu à peu s'organiser tout au long de l'entre-deux-guerres construisant une armée de terre, une marine et une armée de l'air d'environ 20 000 hommes. Les archives du SHAT montrent bien les nombreux échanges effectués par cette jeune armée avec l'étranger, les formations suivies par nombre d'officiers lettons, tout particulièrement en France, à l'Ecole supérieure de Guerre. On y voit également les achats de matériels (sous-marins, avions, munitions…) effectués en France, en Angleterre, en Belgique notamment, afin de renouveler un matériel un peu vieux. Même si l'état du matériel humain est qualifié d'excellent par les attachés militaires français, cette armée lettone ne peut constituer une véritable force régionale. Les Lettons en sont bien conscients, puisqu'ils auraient voulu constituer une véritable armée balte au sein de l'Union baltique créée en 1934, qui aurait pu être garante de leur indépendance. Pour compenser cette lacune, à partir de 1938,  la Lettonie se tourne de plus en plus vers la Grande-Bretagne, seul pays pouvant à ses yeux jouer ce rôle en Europe.

Question : La Pologne, dont l'opposition plus ou moins larvée à la Lituanie voisine est bien connue, ne joue-t-elle pas, par ricochet, un rôle extrêmement négatif dans l'évolution de la situation des Etats baltes à la fin des années 1930 ?

Réponse : Tout-à-fait. Le conflit qui existe entre la Pologne et la Lituanie concernant Vilnius -l'ancienne capitale lituanienne occupée de 1920 à 1938 par la Pologne- retarde la création de l'Union baltique entre l'Estonie, la Lettonie et la Lituanie. L'Estonie et la Lettonie ne veulent pas reconnaître les "problèmes spécifiques" territoriaux de la Lituanie et encore moins s'impliquer dans une éventuelle restitution de la ville. En plus, les volontés de la SDN de créer des ensembles stables en Europe de l'Est (union des pays riverains de la mer Baltique ou Locarno de l'Est)  regroupant entre autres la Pologne, les Etats baltes, la Finlande inquiètent énormément les Etats baltes. Ils craignent un déséquilibre au sein d'un tel futur groupe et une possible hégémonie de la Pologne en son sein. Par conséquent aucun des projets ne verra le jour.

LETTONIE 1

Question : Dans quels domaines se concentrent les relations franco-lettones dans l'entre-deux-guerres ?

Réponse : Outre la coopération militaire dont nous avons parlé auparavant, les relations franco-lettons étaient essentiellement culturelles, à travers l'organisation d'expositions d'art (peinture, sculpture et arts populaires), de conférences ou de cours de langue française. Cependant, l'élément le plus important concernant les relations entre la France et la Lettonie est sans conteste la diplomatie. La Lettonie attend un réel soutien diplomatique de la part de la France pour maintenir son indépendance. A Riga, on apprécie les initiatives des ministres français qui oeuvrent pour la garantie de sécurité et la paix en Europe. L'idée des "Etats-Unis d'Europe" d'Aristide Briand entre 1929 et 1932 est donc approuvée par le gouvernement letton. Le projet de "Pacte oriental" de Louis Barthou, en juillet 1934, qui est un systéme de garanties multilatérales dans l'Est européen entre Pologne, URSS, Allemagne, Tchécoslovaquie et Pays Baltes, est lui aussi accueilli favorablement. Il correspond tout-à-fait à la politique d'équilibre menée par la Letonie entre l'Est et l'Ouest, c'est à dire entre l'URSS et l'Allemagne. On peut penser que les initiatives françaises ne sont pas là pour garantir l'indépendance lettone, mais plutôt pour contenir l'Allemagne. Finalement, la Lettonie est pour la France un petit pays, qui ne revêt a priori en lui-même que peu d'intérêt et reste largement méconnu.

Merci pour ces compléments d'information et encore bravo pour votre livre.

Nota : nous avons déjà chroniqué, le 15 juin dernier, du même éditeur et pour le même espace géographique, 'Diplomate en Lettonie', paru en 2011 -cliquer ici-).

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16 février 2013 6 16 /02 /février /2013 07:06

La France en Chine

du XVIIe siècle à nos jours

Bernard Brizay

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Journaliste et historien (on lui doit en particulier Le sac du palais d’Eté, seconde guerre de l’opium, éditions du Rocher, 2003) ; Bernard Brizay nous propose aujourd’hui une vaste synthèse près de trois siècles de relations entre la France et l’empire du Milieu. Le livre est divisé en près de 40 petits chapitres, de l’ordre d’une dizaine de pages chacun généralement, qui retracent chronologiquement l’histoire de ces relations franco-chinoises. Le style est donc proche du journalisme, ce qui ne saurait surprendre, mais au sens noble du terme. C’est bien écrit, précis, souvent référencé. Bref, un volume agréable à lire et qui peut se « déguster » par petites parties presque indépendantes les unes des autres.

A partir des premiers « Mathématiciens du roi » envoyés par Louis XIV à Pékin, nous voyons à l’œuvre les missionnaires, les marchands, les diplomates, jusqu’à l’installation du premier consulat à Canton au XVIIIe s. Quelques décennies plus tard, le rythme s’accélère : ambassades officielles, interventions militaires, implication de Français dans la vie chinoise, régime des concessions, affaire du chemin de fer du Yunnan (chap. 24, pp. 300-317, excellent), explorateurs et scientifiques, auteurs et romanciers au XXe siècle entre « La croisière jaune » et « Les canonnières du Yang-Sé ». La guerre civile, la guerre sino-japonaise et la Seconde guerre mondiale qui voit s’opposer « Les deux France face aux deux Chine », puis deux géants quelques années plus tard et de Gaulle enfin reconnaissant la république populaire de Mao !

Ouf ! Une véritable épopée spatiale et temporelle. Au fil des pages les anecdotes significatives se succèdent, souvent plaisantes ou étonnantes, et Bernard Brizay brosse systématiquement en quelques pages le tableau d’une situation particulière, tout en prenant en compte les éléments culturels et d’environnement. On sent que l’auteur est passionné par son sujet, c’est vif, agréable à lire et particulièrement instructif. A ne pas rater pour mieux connaître cette (presque) première puissance mondiale, à la fois si lointaine et par certains aspects si proche.

Perrin, Paris, 2013, 556 pages, 26 euros.

ISBN : 978-2-262-03345-3.

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26 novembre 2012 1 26 /11 /novembre /2012 07:10

Le syndrome Foccart

La politique française en Afrique de 1959 à nos jours

Jean-Pierre Bat

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Voilà un ouvrage de première main, rédigé par le responsable du fonds Foccart aux Archives nationales.

  « Homme de l’ombre », Jacques Foccart le fut assurément comme en témoignent les nombreux surnoms qui lui ont été attribués par une presse pour le moins hostile : « barbouze en chef », « Ganelon moderne », « la Foque », « éminence gri-grise », « Fantômas », « Raspoutine », « Père Joseph du Régime », incarnation de la Françafrique, voire de la « Mafia-frique » et quelques autres qualificatifs du même acabit pour désigner celui qui était censé être l’homme des basses œuvres de la République gaullienne et pompidolienne, à la tête d’un réseau des affaires africaines, le « réseau Foccart ». Si l’actuelle perception de Jacques Foccart pose la question des relations entre la France et l’Afrique, elle interroge encore bien davantage celle des liens - mais surtout de l’absence de liens -  entre pouvoir politique et une certaine presse qui, par le passé, a communié dans un même processus pour dénoncer la politique africaine des gouvernements de la Ve République. Face à Minute ou au Canard Enchaîné, Foccart a indiscutablement perdu des batailles médiatiques, et même s’il a gagné quelques procès contre des journaux d’extrême droite, il est apparu en 1970 comme vaincu par le « journal satirique paraissant le mercredi » qui en a fait sa bête noire.

Pourtant, si un tel déluge prouve qu’il ne s’agit pas d’une histoire apaisée, il laisse penser que tout cela est sans doute trop pour un seul homme victime, de son vivant, d’un fantasme qui l’a dépassé et qu’il n’était pas alors possible d’analyser faute de recul. Il appartient donc aujourd’hui à l’historien de dénouer les fils en posant les bonnes questions. La « méthode Foccart » n’est-elle pas, au fond, celle qui a prévalu tout au long des relations entre la France et l’Afrique depuis ses origines, ne ressemble-t-elle pas étrangement à celle que menait, avant Foccart, les membres du « parti colonial » ?  Et c’est là que le travail de l’historien devient nécessaire. Car loin de l’analyse informelle et du complot, le discours scientifique de l’historien, fondé sur des recherches archivistiques importantes, est sans doute le seul capable de prouver que les relations franco-africaines relèvent de la relation publique au sens noble du terme, c'est-à-dire à la nécessité d’établir des liens qui, en l’absence de structures politiques idoines, passent avant tout par des hommes, des individus qui tissent nécessairement des relations amicales et professionnelles. Ne cherchons pas cependant à dédouaner Foccart et ses prédécesseurs de pratiques parfois à la limite de la légalité, mais il faut revenir à l’essentiel, à savoir la réalité de l’existence de réseaux qui pratiquent une politique de lobbying, nécessairement tenue à une certaine discrétion pour pouvoir conserver une efficacité. Au fond, le « syndrome Foccart » pose la question de la manière dont la politique internationale et diplomatique s’organise d’abord au sein des organismes ministériels et parlementaires, et la façon dont elle est relayée ensuite dans des pays où les structures politiques ne sont pas de même niveau.

Comme le dit très bien Jean-Pierre Bat dans son introduction, c’est à la notion de réseau qu’il convient de réfléchir. Conceptuellement très intéressante mais difficile à mettre en œuvre, l’analyse réticulaire doit être prise pour ce qu’elle est, à savoir la réunion d’individus liés par une communauté d’intérêts, lesquels devraient - autant les hommes que ces intérêts - être préalablement identifiés. Or, dans la dénonciation du réseau Foccart - et c’est là que le bât blesse - rien n’est jamais clairement identifié. Tout reste dans le flou, l’écran de fumée dont on renvoie la responsabilité au réseau lui-même, alors même que le journaliste n’a souvent pas su faire le vrai travail d’investigation qui est l’honneur de son métier. Du coup, le mot « réseau » devient « nébuleuse », l’inexpliqué le frauduleux. Mot valise, le terme de réseaux est un « piège sémantique » à moins d’être décortiqué, analysé, structuré et décrit. Faute de savoir le faire, on sombre dans la dénonciation sur la base de « ce que je ne comprends pas, je le dénonce ». En réalité, il s’agit là simplement d’une forme de poujadisme intellectuel.

L’analyse des réseaux nécessite en réalité un vrai travail d’investigation, une vraie recherche de compréhension des mécanismes étatiques, de la place des structures au sein de l’État français (pourquoi la création d’un Secrétariat général des Affaires africaines et malgaches ?, A quelle date et dans quel contexte apparaît la structure ?, Combien de fonctionnaires ?, Quel champ d’investigation ?, Quels moyens surtout ?) et des ses interlocuteurs africains (Y a-t-il des structures équivalentes en Afrique ou se résument-elles à des relations inter-personnelles ?). De la même manière, le réseau est constitué par des individus dont il faut comprendre les parcours - de formation intellectuelle tout particulièrement - les relations personnelles, et enfin, last but not least, les intérêts. Par conséquent, on ne peut qu’être d’accord avec Jean-Pierre Bat quand il explique que « l’étude prosopographique, les méthodes de travail de chaque grand corps de l’État, les objectifs de chaque institution républicaine, leurs orientations de travail respectives composent autant de critères à rechercher. Ils doivent permettre d’évaluer la portée et l’efficience de l’action de chaque maillon du processus décisionnel français, avec ses forces, ses faiblesses mais aussi ses contradictions » (p. 40).

Naturellement, et là le sujet se complique encore, il faut éviter le piège de l’analyse franco-centrée et ne pas se contenter de ce qui se passe dans les couloirs de l’Elysée. Il faut également pouvoir envisager la question sous l’angle de l’organisation politique de chaque pays africains analysé, à la fois pour saisir son organisation extérieure propre, mais également les liens étroits - en particulier dans des méthodes administratives sans doute très proches - établis avec l’ancienne puissance coloniale. En outre, il ne faut pas faire l’impasse sur un échange parfois inégal en termes de démocratie. Comme un État de droit entre-t-il en contact avec un pays qui n’en a que les apparences, ou pire, qui ne l’est pas ?

Il faut donc encourager ces travaux titanesques de dépouillement de fonds privés qui sont, jusqu’à preuve du contraire, les seuls moyens de comprendre une politique qui a voulu se faire discrète, sans être pour autant totalement secrète. La volonté de Foccart de laisser autant d’archives tendrait d’ailleurs à le prouver. Cet homme a travaillé dans l’ombre pour pouvoir faire un travail qui n’était peut-être pas « avouable » au moment où il le faisait, mais qui correspond à la manière dont s’organisent les relations bilatérales ou multinationales entre les États. Outil de gouvernance, le secret est aussi l’expression de rivalités, celles de pays occidentaux qui, au-delà des indépendances, ont continué à lutter - et le font probablement encore - pour conserver leur influence auprès des anciennes colonies. Que la préservation du « pré carré » soit passé par l’absence d’un réel ministère de la Communauté n’est au fond pas si surprenant, quand on sait que le ministère des Colonies de la IIIe République a toujours été un ministère croupion, concurrencé sur un plan budgétaire par ses voisins de la Marine, de la Guerre, des Affaires étrangères et même de l’Instruction publique, qu’il n’a jamais été soutenu par l’opinion publique plus soucieuse de la métropole que des colonies. De même, les missi dominici – diplomates ou militaires de formation – ne sont pas une invention de la Ve République. Ils existaient précédemment comme les précieux auxiliaires de parlementaires ou de ministres qui avaient besoin d’informations de qualité pour pouvoir agir. Au fond, c’est peut-là l’une des explications du portrait noir que la presse a pratiquement systématiquement dressé de Foccart. À lui seul, il incarne ces hommes de l’ombre qui constituent les concurrents directs des journalistes, car c’est eux - et non les journalistes - que le pouvoir charge de récolter des informations réservées au pouvoir, c'est-à-dire tenues secrètes le temps de l’action.

L’ouvrage de Jean-Pierre Bat constitue donc un vrai et magnifique travail de recherche sur des archives d’une richesse exceptionnelle. Par là, tout en livrant au public un fonds privé hors norme, il apporte sa pierre à l’édifice des travaux historiques commencés il y a quelques années par Charles-Robert Ageron et Marc Michel, relayés plus récemment par ceux de Frédéric Turpin ou Frédérick Cooper. À la jeune génération de poursuivre désormais ces immenses travaux de recherche si passionnants mais surtout si nécessaires et utiles à la compréhension des enjeux actuels du monde.

Julie d’Andurain

Coll. ‘Folio Histoire’, Gallimard, Paris, 2012, 835 pages. 13,50 euros.

ISBN 978-2-07-035675-1.

 

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10 juillet 2012 2 10 /07 /juillet /2012 07:00

La France, l'Allemagne et le traité de l'Elysée

Corine Defrance et Ulrich Pfeil

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Depuis deux jours, tous les médias reviennent, à travers la dernière rencontre entre le président français et la chancelière allemande, sur le cinquantième anniversaire du traité de l'Elysée. Il est donc opportun de revenir sur cet événement majeur de l'histoire européenne récente, comme nous le propose la collection Biblis avec cette réédition revue et augmentée d'un ouvrage publié pour la première fois en 2005.

Dans leur introduction les deux co-directeurs insistent sur l'importance du sujet, dont, paradoxalement, les débats politiques franco-français entre 2010 et 2012 portent témoignages. Ce volume de quelques 500 pages bénéficie de la participation d'une douzaine de contributeurs différents, parmi les meilleurs spécialistes de ces dossiers dans les deux pays. Il est divisé en quatre grandes parties parfaitement complémentaires : "Vers le traité de l'Elysée"  (avec les points de vue et démarches en France comme en Allemagne), "Les champs du traité" (qui insiste en particulier sur les Affaires étrangères, la Défense, l'Education et la Jeunesse), "Ce que le traité ne règle pas" (essentiellement l'Economie et la Culture) et "Le traité et les relations franco-allemandes vus aujourd'hui" (entre lieu de mémoire et représentations, le traité comme pivot des relations franco-allemandes). La déclaration commune du général de Gaulle et de Konrad Adenauer ainsi que le texte du traité figurent en annexe et l'ouvrage se termine sur treize pages d'une riche bibliographie et un index très complet.

Un usuel de référence, absolument indispensable pour tous ceux qui travaillent sur les questions européennes depuis le début de la Ve République.

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13 juin 2012 3 13 /06 /juin /2012 07:05

Du bouclier antimissile

aux nouvelles relations américano-russes

2000-2011

Benjamin Bord

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Voilà un livre intéressant à plus d'un titre. Tout d'abord, il faut le souligner car le fait est assez rare, il a été rédigé par un étudiant actuellement en M2 (IEP d'Aix-en-Provence), sur la base d'un mémoire de M 1. Jean-Charles Jauffret, dans sa préface, explique d'ailleurs tout le bien qu'il pense de cet étudiant.

Le corps de l'ouvrage se divise en deux grandes parties. La première traite méthodiquement de la question du bouclier antimissile, de sa relance sous la présidence de G. W. Bush à sa profonde évolution sous celle de B. Obama. Cette étude est conduite en prenant en compte à la fois la situation intérieure américaine, mais aussi (et surtout) les nombreux changements qui interviennent sur la scène internationale, en particulier après septembre 2011. Les questions de la "troisième position" américaine et celle des relations entre les USA et l'Europe d'une part et les USA et la Russie d'autre part sont bien sûr longuement abordées. La seconde grande partie est davantage centrée sur la Russie elle-même et son rapport avec les Etats-Unis, les notions de "puissance pauvre", de "dialogue indirect", de "sécurité énergétique" sont par exemple au coeur de ces chapitres. L'ouvrage se termine sur une interrogation : "Quelles perspectives pour les relations américano-russes ?" et aborde en particulier des thèmes comme "l'étranger proche" et son importance pour Moscou, ou, plus original, celui de la "méfiance mutuelle" du fait du "poids des regards" et du "poids des hommes"

On apprécie particulièrement les annexes (dont la traduction de deux discours du président Obama en 2009), la chronologie finale, l'index et surtout l'extrême précision d'une bibliographie semble-t-il presque exhaustive. Un seul bémol de forme pour notre part : le style qui, tout en étant correct, n'est pas encore tout-à-fait "classique", certaines formules ou tournures de phrases se rapprochant de l'expression orale plus que de l'expression écrite. En dépit de ce (léger) regret, voilà un petit livre (208 pages) extrêmement riche et dense, absolument indispensable aux étudiants et aux citoyens intéressés par ces questions, et qui constitue un très bel exemple de ce que peut réaliser un jeune chercheur talentueux.

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Benjamin Bord a bien voulu répondre à quelques questions sur son parcours d'une part et son analyse de la situation d'autre part.

Question : Il est rare qu'un étudiant en M2 puisse publier son premier livre. Pourriez-vous nous expliquer comment cela a commencé et le déroulement de cette aventure éditoriale ?

RéponseAvec du recul, je dois dire que la publication de ce livre est venue de manière assez fortuite. Etudiant en 4e année à Sciences Po Aix en Provence l'année passée, la spécificité du cursus m'imposait de réaliser un mémoire dont la soutenance permettrait, avec l'épreuve du grand oral, la validation du diplôme. Un sujet faisant le lien entre le bouclier antimissile et les relations américano-russes entrait parfaitement en cohérence avec le lieu de ma mobilité en 3e année, la Pologne, et ma passion pour les relations internationales. A l'époque, il est vrai que la composante européenne du projet devait être répartie entre la Pologne et la République Tchèque. La soutenance se passa pour le mieux mais je ne pensais pas que ce mémoire pourrait connaître une suite ! En octobre 2011, dans les couloirs de Sciences Po, je découvris par hasard une affiche présentant un concours de mémoires de recherche organisé par les éditions L'Harmattan. J'envoyai donc un exemplaire de mon travail. Deux mois plus tard, à ma grande surprise, je reçus un courrier m'indiquant que j'étais lauréat. Ce courrier était aussi accompagné d'un contrat d'édition...

Question : Pouvez-vous établir un point d'avancement du dossier ? On parle régulièrement de ce "bouclier antimissile", mais quel est son niveau de réalisation effective

Réponse : L'histoire retient l'IDS et le coup de bluff de R. Reagan comme point de départ du projet. Mais l'idée de se défendre contre des missiles balistiques n'est pas nouvelle. Elle date de la fin de la Seconde Guerre mondiale et des premiers missiles V1 et V2. Les Etats-Unis, forts d'une puissance financière, technologique et industrielle sans rivales, se lancèrent alors dans une série de programme successifs pour compléter leur "épée nucléaire" par un "bouclier". C'est l'accélération des programmes souhaitée par George W. Bush (avant les attentats du 11 septembre) qui sonnerait le passage d'un projet fiction à la réalité. Aujourd'hui, la composante la plus effective et perfectionnée est celle de la veille. Les premiers radars sont en place et fonctionnent parfaitement. Ce qui pose encore problème, ce sont les intercepteurs qu'ils soient montés sur silos (Fort Greely, Vandenberg), sur frégates (système Aegis) ou sur batteries mobiles de missiles (Patriot améliorés). Les tests montrent certes un perfectionnement constant mais n'évacuent pas toute marque d'un manque de fiabilité. En résumé, les Etats-Unis sont capables d'intercepter un missile balistique de conception rudimentaire (sans leurres et non mirvé). Il en est tout autrement pour les autres missiles balistiques plus perfectionnés.

Question : Les positions des gouvernements européens restent semble-t-il très partagées. Comment situez-vous aujourd'hui cette question du bouclier antimissile par rapport à la problématique de l'Europe de la Défense ?

Réponse : En effet, c'est là un des aspects de mon analyse que de montrer la division des gouvernements européens sur la question. J'avais retenu trois catégories : les pays participants au projet, les pays favorables au projet qui n'y participeraient pas, et les pays réticents. Mais le fait d'avoir donné l'occasion à l'OTAN de soumettre l'idée d'une défense anti-missile plus partagée (car otanienne) lors du sommet de Lisbonne a quelque peu modifié la donne. Lors du dernier sommet du G8, la France qui était jusque là nettement réticente à l'idée du projet, a par exemple adopté une attitude beaucoup plus compréhensive. C'est une affaire à suivre.

Pour ce qui est de l'Europe de la Défense, à mon sens, le projet de bouclier antimissile doit faire l'objet d'une double lecture. D'une part, ce dossier témoigne d'un manque d'ambition de l'Europe de la Défense lié sans doute au manque de volonté de certains Etats. Rappelons seulement que le bouclier antimissile ne représente pas plus de 1% du budget de défense américain. Avec de la volonté, ce serait un effort à la portée des Européens. D'autre part, sans tenir compte de la crise, il est évident que de nombreux Etats sont prêts à faire des concessions à l'OTAN qu'ils ne seraient pas prêts à faire s'il s'agissait de l'Europe de la Défense.

Question : La récente réélection (qui était attendue) de Poutine à la présidence de la fédération de Russie ne conforte-t-elle pas les adversaires les plus résolus du projet ?

Réponse : Comme je le défends dans mon livre, V. Poutine, tout comme D.Medvedev, incarnent une Russie en quête de renouveau sur la scène internationale depuis l'effondrement de l'URSS. Cet effondrement a été vécu comme une véritable humiliation. Rappelons à ce sujet la remarque de V.Poutine qui affirmait que "l'effondrement de l'URSS était la plus grande catastrophe géopolitique du XXe siècle". Et donc, la politique extérieure russe doit aujourd'hui être lue à la lumière de cette nostalgie, non pas de l'URSS, mais plutôt du statut de grande puissance. La Fédération de Russie est en quête de respect sur la scène des relations internationales et les dirigeants russes sont donc très frileux lorsqu'ils voient les Etats-Unis et l'OTAN, ces deux ennemis d'hier, étendre leurs intérêts sur leur ancienne sphère d'influence. De ce point de vue là, je dirais que la fermeté de l'opposition russe sur le dossier du bouclier antimissile dépend du "paramètre américain". De ce fait, c'est plus le résultat des élections présidentielles américaines que la permanence du duo Poutine-Medvedev au pouvoir qui déterminera l'attitude russe sur le dossier. B. Obama, plus conciliant, a en effet réussi à adoucir la position russe. En revanche, les récentes déclarations profondément russophobes de M. Romney ne sont pas sans rappeler le risque d'une nouvelle cristallisation des positions si le candidat républicain était élu. En tout cas, il est certain qu'avec le retrait (très coûteux) d'Afghanistan qui s'annonce, les dirigeants russes auront d'autant plus d'atouts à faire valoir.

Question : Le président Obama a semble-t-il également évolué dans son analyse. Parle-t-on de ce dossier dans le cadre de la campagne présidentielle américaine et quelle pourrait être selon vous la position du prochain président américain, démocrate ou républicain ?

Réponse : Cette question fait le lien avec la précédente. S'il est un point intangible de la stratégie Obama dans le dossier du bouclier antimissile, c'est la perception de la menace iranienne. Comme George W. Bush, c'est un point sur lequel il ne transigera pas. Ce qui a évolué chez B. Obama, ce n'est donc pas la finalité du projet, mais ses modalités. Car comme le rappelle Henry Kissinger, comment, en cas de catastrophe nucléaire, un président pourrait-il expliquer qu'il avait potentiellement la technologie pour contrer cette attaque mais qu'il n'a pas souhaité la développer ? Ainsi, quel que soit le vainqueur des élections, le bouclier antimissile sera installé. Et pour ma part, bien que la récente "affaire du microphone" lors du dernier sommet du G8 ait permis à M. Romney de dénoncer le manque de fermeté de B. Obama envers la Russie, je reste persuadé qu'avec le retrait d'Afghanistan que le nouveau président devra monnayer avec les Russes, est une contrainte de taille suffisante pour que les Etats-Unis écoutent ce que les Russes ont à dire sur le bouclier.

Merci Benjamin pour ces longues réponses et bon courage pour vos prochains travaux.

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29 mars 2012 4 29 /03 /mars /2012 08:00

  Journal

 

1918-1933

Hélène Hoppenot

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Superbe ouvrage, tant par la qualité matérielle du papier et de la couverture que par l'intérêt des textes.

Que l'on ne cherche pas toutefois dans cette correspondance d'hélène Hoppenot des révélations politico-diplomatiques ou militaires. Tout au plus quelques allusions directes à situation difficile en Perse au début des années 1920, à la mission militaire du général Gamelin au Brésil en 1924-1925, au Berlin trouble des années 1925-1927 ("Tous les Allemands sont à présent des amis de la France -ou du moins le prétendent-ils et si fréquemment, que je commence à grincer des dents. Trop fréquemment pour que cela ne soit pas un mensonge éhonté"), sur le Levant d'après la révolte druze (1927-1931), etc.

Mais surtout, pour cette période charnière, contrastée et instable de l'entre-deux-guerres, entre deux tentatives révolutionnaires et un coup d'Etat, le Journal d'Hélène Hoppenot permet de mieux comprendre l'environnement général, le contexte, "l'esprit du temps", même si l'on est parfois en droit de se demander si cette société diplomatique, avec ses rites et ses travers, n'est pas totalement déconnectée du monde réel (mais cela aussi serait bien sûr une indication intéressante). Entre deux déjeuners, cocktails ou diners, Hélène Hoppenot note plusieurs fois par semaine, parfois presque quotidiennement, ses rencontres, ses sentiments, ses impressions, ses observations, ses visites. On croise donc tous les grands personnages du temps, ceux du Quai d'Orsay bien sûr (génération des Berthelot, Claudel, Darius Milhaud, etc.), mais aussi les militaires (le colonel, futur général, Catroux à Beyrouth) et une pléïade d'artistes.

Un beau livre, qui bénéfice d'un solide appareil critique de notes infrapaginales et surtout d'un excellent index des noms de personnes (qui précise les dates des rencontres).

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22 février 2012 3 22 /02 /février /2012 08:30

De Gaulle et la Russie

sous la direction de Maurice Vaïsse

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La première édition, épuisée, datait de 2006 et il est heureux que les éditions du CNRS publient à nouveau aujourd'hui, en collection 'Biblis' (format 'poche', 12 euros), ce volumineux classique auquel les meilleurs spécialistes ont contribué.

S'appuyant sur un copieux appareil de notes (ce qui compense l'absence de bibliographie finale), ce livre présente en quatre étapes chronologiques toute la problématique des rapports entre le général de Gaulle et l'Union Soviétique, de 1940 à la fin des années 1960. C'est à dire qu'il couvre une période correspondant pour la France à la Seconde guerre mondiale, aux guerres d'Indochine et d'Algérie et à l'ensemble du processus de décolonisation, enfin aux premières années de la construction européenne et à l'heure des coopérations industrielles. A cet égard, le fait que presque la moitié des contributeurs soient russes, ayant travaillé sur leurs archives nationales (peu connues en France), est extrêmement positif.

La première partie, "La Russie de Staline et la France Libre", aborde non seulement les aspects diplomatiques, mais aussi militaires de la question. Elle comporte un intéressante annexe d'une vingtaine de pages sur "Comment a-t-on perçu le traité franco-soviétique de décembre 1944 ?". La seconde, centrée sur "La relation franco-soviétique au temps de la Guerre froide", consacre bien sûr une partie de sa pagination à la question de la CED et à la place du PCF dans la vie intérieure française. La troisième, sous le titre "De Gaulle, l'Union soviétique et les crises des années 1960", s'interésse en particulier à la question algérienne mais aussi à toute la problématique de la décolonisation, aux crises de Cuba et du Moyen-Orient, jusqu'au retrait de la France du commandement militaire intégré de l'OTAN et aux événements de 1968. La dernière partie, sur le thème de "Détente, entente et coopération", part de la célèbre formule L'Europe de l'Atlantique à l'Oural (avec les questions induites de l'évolution de l'Allemagne et des 'démocraties populaires') pour se conclure sur différents aspects de la coopération bilatérale industrielle et technique, dont celle (rarement évoquée) relative au domaine spatial. Dans sa conclusion, Hélène Carrère d'Encausse souligne en particulier "la pérennité de l'intérêt d'un accord franco-russe, à la fois pour la paix en Euorpe, pour la France et pour la Russie" et rappelle la phrase : "La Russie absorbera le communisme comme un buvard".

Un désormais classique, indispensable pour toute personne travaillant sur cette période.

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  • : Guerres et conflits XIXe-XXIe s. se fixe pour objectif d’être à la fois (sans prétendre à une exhaustivité matériellement impossible) un carrefour, un miroir, un espace de discussions. Sans être jamais esclave de la « dictature des commémorations », nous nous efforcerons de traiter le plus largement possible de toutes les campagnes, de tous les théâtres, souvent dans une perspective comparatiste. C’est donc à une approche globale de l’histoire militaire que nous vous invitons.
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Prochaine séance : pour la rentrée de septembre. Le programme complet sera très prochainement mis en ligne.

Publications personnelles

Livres

 

doumenc-copie-1.jpgLa Direction des Services automobiles des armées et la motorisation des armées françaises (1914-1918), vues à travers l’action du commandant Doumenc

Lavauzelle, Panazol, 2004.

A partir de ma thèse de doctorat, la première étude d’ensemble sur la motorisation des armées pendant la Première Guerre mondiale, sous l’angle du service automobile du GQG, dans les domaines de l’organisation, de la gestion et de l’emploi, des ‘Taxis de la Marne’ aux offensives de l’automne 1918, en passant par la ‘Voie sacrée’ et la Somme.

 

La mobilisation industrielle, ‘premier front’ de la Grande Guerre ? mobil indus

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2005 (préface du professeur Jean-Jacques Becker).

En 302 pages (+ 42 pages d’annexes et de bibliographie), toute l’évolution industrielle de l’intérieur pendant la Première Guerre mondiale. Afin de produire toujours davantage pour les armées en campagne, l’organisation complète de la nation, dans tous les secteurs économiques et industriels. Accompagné de nombreux tableaux de synthèse.

 

colonies-allemandes.jpgLa conquête des colonies allemandes. Naissance et mort d’un rêve impérial

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2006 (préface du professeur Jacques Frémeaux).

Au début de la Grande Guerre, l’empire colonial allemand est de création récente. Sans continuité territoriale, les différents territoires ultramarins du Reich sont difficilement défendables. De sa constitution à la fin du XIXe siècle à sa dévolution après le traité de Versailles, toutes les étapes de sa conquête entre 1914 et 1918 (388 pages, + 11 pages d’annexes, 15 pages de bibliographie, index et cartes).

 

 caire damasDu Caire à Damas. Français et Anglais au Proche-Orient (1914-1919)

 14/18 Editions, Saint-Cloud, 2008 (préface du professeur Jean-Charles Jauffret).

Du premier au dernier jour de la Grande Guerre, bien que la priorité soit accordée au front de France, Paris entretient en Orient plusieurs missions qui participent, avec les nombreux contingents britanniques, aux opérations du Sinaï, d’Arabie, de Palestine et de Syrie. Mais, dans ce cadre géographique, les oppositions diplomatiques entre ‘alliés’ sont au moins aussi importantes que les campagnes militaires elles-mêmes.

 

hte silesieHaute-Silésie (1920-1922). Laboratoire des ‘leçons oubliées’ de l’armée française et perceptions nationales

‘Etudes académiques », Riveneuve Editions, Paris, 2009.

Première étude d’ensemble en français sur la question, à partir du volume de mon habilitation à diriger des recherches. Le récit détaillé de la première opération civilo-militaire moderne d’interposition entre des factions en lutte (Allemands et Polonais) conduite par une coalition internationale (France, Grande-Bretagne, Italie), à partir des archives françaises et étrangères et de la presse de l’époque (381 pages + 53 pages d’annexes, index et bibliographie).

 

cdt armee allde Le commandement suprême de l’armée allemande 1914-1916, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général von Falkenhayn 

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Le texte original de l’édition française de 1921 des mémoires de l’ancien chef d’état-major général allemand, accompagné d’un dispositif complet de notes infrapaginales permettant de situer les lieux, de rappeler la carrière des personnages cités et surtout de comparer ses affirmations avec les documents d’archives et les témoignages des autres acteurs (339 pages + 34 pages d’annexes, cartes et index).

 

chrono commChronologie commentée de la Première Guerre mondiale

Perrin, Paris, 2011.

La Grande Guerre au jour le jour entre juin 1914 et juin 1919, dans tous les domaines (militaire, mais aussi politique, diplomatique, économique, financier, social, culturel) et sur tous les fronts. Environ 15.000 événements sur 607 pages (+ 36 pages de bibliographie et d’index).

 

 Les secrets de la Grande Guerrecouverture secrets

Librairie Vuibert, Paris, 2012.

Un volume grand public permettant, à partir d’une vingtaine de situations personnelles ou d’exemples concrets, de remettre en lumière quelques épisodes peu connus de la Première Guerre mondiale, de la question du « pantalon rouge » en août 1914 à l’acceptation de l’armistice par von Lettow-Vorbeck en Afrique orientale, après la fin des hostilités sur le théâtre ouest-européen.

 

Couverture de l'ouvrage 'Mon commandement en Orient'Mon commandement en Orient, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général Sarrail

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2012

Le texte intégral de l'édition originale, passé au crible des archives publiques, des fonds privés et des témoignages des acteurs. Le récit fait par Sarrail de son temps de commandement à Salonique (1915-1917) apparaît véritablement comme un exemple presque caricatural de mémoires d'autojustification a posteriori

 

 

Coordination et direction d’ouvrages

 

Destins d’exception. Les parrains de promotion de l’Ecole Spéciale Militaire de Saint-Cyr

SHAT, Vincennes, 2002.

Présentation (très largement illustrée, 139 pages) des 58 parrains qui ont donné leur nom à des promotions de Saint-Cyr, entre la promotion « du Prince Impérial » (1857-1858) et la promotion « chef d’escadrons Raffalli » (1998-2001).

 

fflLa France Libre. L’épopée des Français Libres au combat, 1940-1945

SHAT, Vincennes et LBM, Paris, 2004.

Album illustré présentant en 191 pages l’histoire et les parcours (individuels et collectifs) des volontaires de la France Libre pendant la Seconde guerre mondiale.

 

marque courageLa marque du courage

SHD, Vincennes et LBM, Paris, 2005.

Album illustré présentant en 189 pages l’histoire des Croix de Guerre et de la Valeur Militaire, à travers une succession de portraits, de la Première Guerre mondiale à la Bosnie en 1995. L’album comporte en annexe une étude sur la symbolique, les fourragères et la liste des unités d’active décorées.

 

  90e anniversaire de la Croix de guerre90-ANS-CROIX-DE-GUERRE.jpg

SHD, Vincennes, 2006.

Actes de la journée d’études tenue au Musée de l’Armée le 16 novembre 2005. Douze contributions d’officiers historiens et d’universitaires, français et étrangers, de la naissance de la Croix de guerre à sa perception dans la société française, en passant les décorations alliées similaires et ses évolutions ultérieures.

 

france grèceLes relations militaires franco-grecques. De la Restauration à la Seconde guerre mondiale 

SHD,Vincennes, 2007.

Durant cette période, les relations militaires franco-grecques ont été particulièrement intenses, portées à la fois par les sentiments philhellènes qui se développent dans l’hexagone (la France est l’une des ‘Puissances protectrices’ dès la renaissance du pays) et par la volonté de ne pas céder d’influence aux Anglais, aux Allemands ou aux Italiens. La campagne de Morée en 1828, l’intervention en Crète en 1897, les opérations en Russie du Sud  en 1919 constituent quelques uns des onze chapitres de ce volume, complété par un inventaire exhaustif des fonds conservés à Vincennes.

 

verdunLes 300 jours de Verdun

Editions Italiques, Triel-sur-Seine, 2006 (Jean-Pierre Turbergue, Dir.).

Exceptionnel album de 550 pages, très richement illustré, réalisé en partenariat entre les éditions Italiques et le Service historique de la Défense. Toutes les opérations sur le front de Verdun en 1916 au jour le jour.

 

DICO-14-18.jpgDictionnaire de la Grande Guerre

(avec François Cochet), 'Bouquins', R. Laffont, 2008.

Une cinquantaine de contributeurs parmi les meilleurs spécialistes de la Grande Guerre, 1.100 pages, 2.500 entrées : toute la Première Guerre mondiale de A à Z, les hommes, les lieux, les matériels, les opérations, les règlements, les doctrines, etc.

 

fochFerdinand Foch (1851-1929). Apprenez à penser

(avec François Cochet), 14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Actes du colloque international tenu à l’Ecole militaire les 6 et 7 novembre 2008. Vingt-quatre communications balayant tous les aspects de la carrière du maréchal Foch, de sa formation à son héritage dans les armées alliées par des historiens, civils et militaires, de neuf nations (461 pages + 16 pages de bibliographie).

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