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19 octobre 2015 1 19 /10 /octobre /2015 06:00

L'Algérie indépendante

L'ambassade de Jean-Marcel Jeanneney

(juillet 1962-janvier 1963)

Anne Liskenne

Prenant la suite de Daniel Lefeuvre, Anne Liskenne, conservateur en chef des archives diplomatiques, analyse les documents de l'ambassadeur de France en Algérie, au 2ème semestre de 1962. Professeur d'économie et ancien ministre de l'industrie, JM Jeanneney est choisi en juin 1962 par le général de Gaulle, sans doute en raison de son approbation de l'indépendance de l'Algérie et de ses compétences économiques. Arrivant à Alger le 6 juillet, il s'installe au Rocher Noir puis à la villa des Oliviers et établit des relations suivies avec le Président Farès de l'Exécutif provisoire, puis avec Ben Bella, ses ministres Khemisti et Boumediene et avec Ferhat Abbas. Il dispose de 10 conseillers dans les services de l'ambassade et met en place progressivement  33 consuls, soit un effectif de 600 personnes.

Après une brève rencontre avec le général de Gaulle, qui lui donne autorité sur le Commandant supérieur, les premières instructions du gouvernement ne lui parviennent que le 9 août. Elles font le point de la situation de façon objective, reconnaissant qu'à côté des inégalités sociales, une économie moderne fait vivre le tiers des habitants, et que la pacification a été justifiéeIl est demandé à l'ambassadeur de nouer des liens nouveaux et d'engager la coopération avec l'Algérietout en respectant les garanties des Européens et la doctrine de non-engagement des nationalistes algériens.

Les conversations avec le gouvernement provisoire permettent de conclure plusieurs protocoles, dont ceux des fonctionnaires français, de la mise en valeur du Sahara et du contrôle financier. Dès le 27 août, JM Jeanneney intervient pour dénoncer l'insécurité : enlèvements de Français, massacre de supplétifs, viols par des militaires, pillage et taxation des récoltes, saisie des biens vacants, réquisition des terres et des matériels agricoles.

Après l'élection du 29 septembre, c'est auprès de Ben Bella que l'ambassadeur élève ses protestations contre l'insécurité et contre la politique des faits accomplis (cathédrale d'Alger, radiotélévison). Il se montre très critique envers l'orientation socialiste du programme de Tripoli, et particulièrement l'opération labours : confiée à un incapable (Ouzegane), elle constitue une atteinte à la propriété privée et se traduit par des dizaines de tracteurs cassés. Il déplore également l'indiscipline des chefs militaires, la baisse du niveau de vie et les dépassements de crédits qui imposent la séparation des Trésors français et algérien ( prévue dans les accords d'Evian, effective le 12 novembre).

C'est par la presse que JM Jeanneney apprend en décembre son remplacement par Georges Gorse. Il renonce à protester auprès du chef de l'Etat et rédige le 10 janvier 1963 un rapport de fin de mission qui est un constat sans complaisance de l'évolution politique de l'Algérie :

- lutte pour le pouvoir par des chefs de bandes sans envergure, seule l'armée des frontières est organisée et les kabyles restent puissants en ville d'Alger,

disparition de 1.850 Français, massacre non chiffrable de milliers de harkis, aucune sanction prononcée,

exode des pieds noirs qui sont moins de 180.000 fin 1962, démantèlement de la colonie française, défrancisation administrative,

- saisie de 2.600 biens mobiliers et matériels agricoles, 2.100 propriétés pillées,

coopération souhaitée par le petit peuple, mais discutée par le pouvoir révolutionnaire, qui met en cause les accords d'Evian.

En conclusion, le pire a été évité, la sécurité est redevenue normale, et la France conserve une position éminente grâce à l'empreinte laissée par la colonisation. Le caractère scientifique du travail d'Anne Liskenne est confirmé par de riches annexes (organigrammes, chronologie, bibliographie, index des personnes).

Maurice Faivre

Armand Colin, Paris, 2015, 288 pages, 28,- euros.
ISBN : 978220060070.

Première ambassade
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11 juillet 2015 6 11 /07 /juillet /2015 06:00

Ils ont vécu dans l’Algérie en guerre

Raphaël Delpard

Un ouvrage à la fois intéressant, instructif, et pourtant qui n’aborde qu’un aspect de cette guerre d’Algérie : celui des Pieds Noirs et des Algériens fidèles à la France, que nous avions chroniqué lors de sa première parution en 2012 .

Les premiers mots de l’introduction donne immédiatement le ton : « En posant des bombes à Alger et ailleurs, en assassinant des civils qui, par nature, étaient sans défense, les nationalistes algériens ont détruit cette paix, point d’équilibre entre les deux communautés, l’africaine et l’européenne. Ce faisant, dans les deux cas, ils ont piétiné leurs efforts de construction du pays et réduit leur avenir à une hypothèse ». Que ce « point d’équilibre » ne l’ait été souvent que pour une partie de la population européenne et surtout dans certaines mémoires reconstruites après les drames et les épreuves ne semble même pas envisagé. Organisé selon un plan pratiquement chronologique, on en retiendra la distinction reconnue entre le petit peuple européen et les quelques centaines de grandes familles de colons qui contrôlent la presse et circonviennent le monde politique, mais aussi la conviction qu’une autre issue était possible avec une grande partie de la population autochtone. Ce récit des malheurs et des blessures des Pieds Noirs et dans une moindre mesure des musulmans fidèles à la France, traduit une indiscutable réalité et il n’est jamais inutile que des oubliés et des victimes de l’histoire reprennent la parole, mais il faut aussi contextualiser complètement les événements, dans leur complexité et dans leur diversité.

Une parole redonnée à une population que l'on a voulu après 1962 faire taire, car elle ne représentait pas les idées en vogue. A prendre en compte avec intérêt, mais en complément d'autres sources et témoignages car les souffrances des uns ne doivent pas faire oublier celles des autres.

Editions retrouvées, 2014 (rééd.), 284 pages, 12,- euros.

ISBN : 978-2-365590-95-2.

Civils en guerre d'Algérie
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4 juillet 2015 6 04 /07 /juillet /2015 06:00

Aurore aux portes de l’enfer

Lucien-Henri Galea

Voici les souvenirs romancés d’un jeune engagé dans les fusiliers marins durant la guerre d’Algérie, qui découvre, presque pour ses 18 ans, la vie des postes et des patrouilles sur le barrage marocain. Deux bonnes raisons de lire le livre donc, puisque les unités de marine à terre (Demi-brigade de fusiliers marins, DBFM) sont rarement évoquées et que le barrage électrifié sur la frontière occidentale de l'Algérie avec le Maroc est bien moins connu que son homologue sur la frontière tunisienne.

Le récit est réellement au niveau du groupe de camarades, qui connaissent ensemble les rigueurs de la formation initiale au camp Siroco près d’Alger et deviennent des amis que seule la mort peut séparer. Les personnalités au sein du groupe sont très (trop ?) typées (le pied-noir « pur sucre », l’intellectuel métropolitain de bonne famille, etc.) et le style direct, souvent sur la base de dialogues reconstitués, rend l’ouvrage facile à lire. L’auteur ne s’embarrasse d’ailleurs pas de beaucoup de précautions de langage et écrit comme il parlait à l’époque. Au fur et à mesure des chapitres, nous suivons donc la formation de ces jeunes engagés, leurs premières missions opérationnelles sur le barrage occidental, le premier mort, la vie quotidienne, etc. Rien de vraiment exceptionnel par rapport à ce qui est connu, mais la confirmation, surtout, de l’importance des solidarités au sein du groupe primaire. La guerre nous est racontée au niveau du combattant de base, dans son blokhaus ou avec son half-track et les observations sur la politique algérienne dans sa globalité sont plutôt rares, même si elles percent parfois ici ou là. On y découvre aussi quelques « renégociations » locales du commandement, comme lorsque quelques appelés refusent, après le putsch, « de faire les patrouilles. Le commandement en prend acte sans demander de punition. Bien sûr, les engagés auront à accomplir plus que leur devoir, puisque il leur faut remplacer les hommes manquants ». Les patrouilles et les combats nocturnes, les embuscades montées ou subies, forment la toile de fond d’un récit qui, bien au-delà des comptes rendus officiels, donne à comprendre le quotidien, le vécu d’une unité.

Un témoignage sans prétention, « dans son jus » (quelque fois un peu « brut de fonderie » d’ailleurs), sur une unité et dans un secteur rarement abordés dans la bibliographie générale.

Lavauzelle, Panazol, 2015, 185 pages

ISBN : 978-2-7025-1626-3.

Témoignage
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8 janvier 2015 4 08 /01 /janvier /2015 06:15

Les Harkis,

des mémoires à l'histoire

(Coll.)

Ce deuxième volume de la série des actes de colloque (ici celui de novembre 2013) de la Fondation pour la mémoire de la guerre d'Algérie confirme la qualité des travaux lancés par la FMACMT.

Consacré au thème délicat des Harkis, il aborde le dossier avec finesse, en présentant tout d'abord de façon large l'emploi des troupes supplétives et auxiliaires dans l'armée française (Thierry Noulens), puis avec l'exemple juste antérieur de la guerre d'Indochine (Michel David). Les neuf communications qui suivent s'intéressent à la fois aux événements de l'époque ("L'engagement des harkis", Maurice Faivre, et "Forces et limites de l'emploi des Harkis en opérations", Rémy Porte), mais aussi aux conditions qui prévalent en 1962 ("Du désarmement à l'abandon", Jean-Jacques Jordi) et aux évolutions ultérieures, en particulier au plan mémoriel mais aussi matériel (par exemple "L'Etat et la question 'Harki' depuis 1975", par Renaud Bachy, et "Existe-t-il une ou des mémoires harki, et pour quels enjeux ?", par Guy Pervillé). Les communications sont solides, le ton posé, le propos argumenté. Le livre se termine par le témoignage émouvant de madame Jeannette Bougrab, fille de harkis, maître de requêtes au Conseil d'Etat et ancienne ministre, venue parler de son père, "le caporal-chef Lakhdar Bougrab" : "Il ne sait pas lire ni écrire, mais c'est l'homme le plus brillant, le plus lumineux que je connaisse. Il a aujourd'hui 81 ans. Il a permis à ses enfants, et surtout à ses filles, d'être émancipés, de pouvoir faire des études, d'être indépendants et autonomes".

Un bel hommage, apaisé et sérieux, et une belle reconnaissance de l'engagement et du sacrifice de ces hommes et de leurs familles.

Riveneuve éditions, Paris, 2014, 145 pages, 24 euros.

ISBN : 978-2-36013-266-9.

Recrutés, abandonnés, oubliés
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22 octobre 2014 3 22 /10 /octobre /2014 06:10

Guerre d'Algérie :

les mots pour la dire

Catherine Brun (Dir.)

Comment a été qualifiée, dans le temps, selon les espaces et les opinions, cette guerre d'Algérie si tardivement reconnue comme telle ? Tel est le thème de ce livre qui aborde à partir d'angles très différents (presque) toutes les approches.

Le débat peut paraître purement intellectuel (et à certains égards il l'est), mais le principe à la base de cet ouvrage est tout-à-fait intéressant : comment évoque-t-on cette guerre ? "Evénements", "maintien de l'ordre", "pacification", autant de termes et bien d'autres encore ("révolution", "problème", "guerre civile", etc.) successivement ou alternativement utilisés d'un côté ou de l'autre de la Méditerranée. A travers vingt contributions d'universitaires, d'intellectuels et d'artistes, les auteurs reviennent sur le ressenti à l'époque et sur les conséquences ultérieures de cette tragédie. Il évoquent aussi plus ou moins directement le poids social des choix politiques et, en Algérie surtout, l'impératif des décisions de la direction du FLN.

Un volume qui ne trouvera peut-être qu'un public spécialisé dans des domaines relevant en partiede la sémantique et de la philosophie politique, mais qui ouvre sur une palette de sentiements, de perceptions et de restitutions du "problème" infiniment supérieur à ce que pourrait laisser penser l'apparent unanimisme de la pensée commune. 

CNRS Editions, Paris, 2014, 327 pages, 25 euros.

ISBN : 978-2-271-07992-3.

Approches différentes
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6 septembre 2014 6 06 /09 /septembre /2014 06:10

La guerre d'Algérie et le monde communiste

Hervé Bismuth et Fritz Taubert (Dir.)

Ce volume correspond aux actes d'un colloque qui s'est tenu à l'automne 2012, avec pour ambition d'analyser les rapports et interactions entre le(s) monde(s) communiste(s) (Etats et partis) et la guerre d'Algérie.

Treize contributions différentes se succèdent, traitant pour neuf d'entre elles des relations et influences entre ce conflit et un Etat communiste (URSS, Tchécoslovaquie, Hongrie, Bulgarie, Roumanie, Pologne, RDA, Yougoslavie, Chine), et pour les quatre dernières de PC ouest-européens qui ne sont pas au pouvoir (Espagne, Italie, France), avant que dans une intervention finale de synthèse Jean-Paul Cahn souligne l'importance de l'étude des relations internationales pour la compréhension du conflit, mais aussi la relative diversité des positions et des attentes dans le monde communiste (que l'on dit pourtant trop vite si monolithique), la Hongrie se montrant par exemple très prudente. La diversité dans l'uniformité en quelque sorte. Cette internationalisation du conflit algérien passe par le soutien diplomatique et politique, de la propagande bien sûr, mais aussi par des financements dont les circuits ne seront parfois totalement révélés qu'après la guerre, et par des livraisons d'armes (via la Syrie ou la Libye par exemple) identifiées dès les années 1950 par les services français.

Un livre qui n'épuise sans doute pas le sujet (on aimerai en particulier en savoir plus sur les actions des services spéciaux des différents pays concernés), mais qui ouvre d'intéressantes perspectives.

Editions universitaires de Dijon, 2014, 254 pages, 20 euros.

ISBN : 978-2-36441-088-6.

Approche communiste(s)
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19 juillet 2014 6 19 /07 /juillet /2014 06:25

L'arme secrète du FLN

Comment de Gaulle a perdu la guerre d'Algérie

Mattthew Connely

Réédition en format "poche" d'un ouvrage que, bien au-delà de la seule guerre d'Algérie, tous ceux qui s'intéressent à la place de l'action militaire dans l'évolution politique et diplomatique entre nations se doivent de connaître.

Avec (il faut le reconnaître) une certaine insistance, Matthew Connely nous explique si la France a finalement perdu la guerre alors que son armée était victorieuse sur le terrain, cela s'explique (presque exclusivement) par les succès du FLN sur la scène internationale et dans le monde des médias. Le livre est organisé en cinq grandes parties. "L'Algérie et le système international" s'intéresse à la situation antérieure, de l'entre-deux-guerres à 1954 et à ses ambiguités. "L'internationalisation de la question algérienne, 1954-1956" nous présente (de façon parfois peu convaincante) la montée vers la guerre totale : les responsables français "recherchaient de façon quasi-obsessionnelle une déclaration de soutien de la part des Etats-Unis. Ils voulaient le consentement des Américains pour lancer une guerre totale en Algérie" ... "La guerre d'Algérie, une guerre mondiale" revient sur l'irruption de l'opinion publique internationale dans le débat et sur la chute de la IVe République. En miroir, "La guerre d'Algérie, une guerre mondiale, 1958-1960" creuse la question de la compréhension par le FLN de la politique du général de Gaulle et ses efforts "tous azimuts" pour rallier des soutiens. "L'Algérie, une question intérieure, 1960-1962" s'attache aux deux questions de multiculturalité d'une part et de définition des frontières d'autre part. En replaçant la question algérienne dans son contexte de la guerre froide et du débat franco-américain de cette période, l'auteur offre une grille d'analyse tout-à-fait intéressante. On peut ne pas le suivre jusqu'au bout de son raisonnement, mais il est clair que les arguments développés méritent d'être pris en compte et que son internationalisation politique et médiatique victorieuse a constitué un exceptionnel (et habile) succès pour le FLN.

Un livre qu'il est indispensable d'avoir lu si l'on s'intéresse à la guerre d'Algérie.

Petite bibliothèque Payot, Paris, 2014, 638 pages, 11 euros.

ISBN : 978-2-228-91105-4.

L'arme médiatico-internationale
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3 juillet 2014 4 03 /07 /juillet /2014 06:15

Oran, 5 juillet 1962

Leçon d'histoire sur un massacre

Guy Pervillé

Une travail de fond sur un épisode particulièrement douloureux et longtemps occulté de la guerre d'Algérie. Avec son immense connaissance du conflit et son souci scrupuleux du respect de la déontologie et de la méthodologie, Guy Pervillé nous propose une étude d'ensemble particulièrement riche.

Après avoir dressé le tableau de la situation de l'historiographie jusqu'aux années 1990, Guy Pervillé reprend, analyse et compare les différents travaux publiés aux archives et témoignages, sans tomber dans la polémique, rigoureusement. On lira en particulier le chapitre 3, "L'apport décisif des travaux d'historiens, 2000-2013", et les vingt pages de conclusion qui pointent, en synthèse, les responsabilités différentes des différents acteurs (OAS, Gaullistes, services français officiels, bandes algériennes, nouvelles autorités indépendantes). Le général Katz n'en sort pas grandi et le silence ultérieur des autorités françaises sur l'ampleur du massacre est bien volontaire : "Le travail minutieux de Jean-Marie Huille a permis, dès 1963, au secrétaire d'Etat Jean de Broglie d'être informé du bilan du 5 juillet (près de 700 morts et disparus) aussi précisemment que le sont, depuis 2011, les lecteurs du livre de Jean-Jacques Jordi".

Un livre très vraisemblablement essentiel (pour ne pas dire définitif) sur le sujet, qui prend en compte et critique toute la documentation disponible. La fin d'une "occultation" majeure, presque totale, dans l'histoire de ce conflit.

Vendémiaire, Paris, 2014, 317 pages, 20 euros.

ISBN : 978-2-36358-131-0.

Le site de l'auteur pour présenter son livre : ici.

Oran, 1962
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28 mai 2014 3 28 /05 /mai /2014 06:20

Un instituteur communiste en Algérie

L'engagement et le combat (1936-1965)

Gaston Revel

Entre histoire politique, histoire coloniale et histoire sociale "par le bas", à travers le regard d'un (jeune) homme clairement engagé dans un camp, voici une vision de l'Algérie, une histoire d'une lutte entre les années 1930 et 1960.

Si Gaston Revel n'est pas présent sur le territoire algérien au plus fort de la guerre (il doit quitter le pays en 1955 pour y revenir en 1962), il réside par contre sur place, et y enseigne aux Algériens, durant toutes les années qui suivent la Seconde guerre mondiale. Son témoignage est donc celui d'un homme de terrain, confronté aux réalités (même si celles-ci sont parfois perçues et analysées à travers le filtre idéologique). Le corps du livre, organisé chronologiquement en 20 chapitres de "Une jeunesse républicaine (1915-1936) à "Le souvenir de l'Algérie (1965-2001)" alterne récit de la vie de Gaston Revel par Alexis Sempé et larges extraits des carnets, des articles et de la correspondance de l'instituteur (textes originaux de plus en plus longs au fur et à mesure que l'on avance dans l'ouvrage). De retour en Algérie (Bougie) à la fin de l'année 1945 pour reprendre son poste d'enseignant (une classe de ... 58 élèves), alors que viennent de se dérouler les événements du Constantinois, il rejoint le Parti communiste algérien, sur l'histoire duquel Alexis Sempé revient au chapitre 9, avant de nous décrire le parcours militant de Gaston Revel, son rôle de journaliste et celui d'élu local. S'il ne connait sur place de la guerre d'Algérie que les premiers mois, il va la vivre (déformée, indirecte et plus politisée encore) dans ses conséquences et traductions dans le sud-ouest de l'hexagone à partir de 1955. Dans les jours qui suivent l'indépendance algérienne en 1962, il retourne en Algérie, où il reprend son poste d'enseignant à l'automne. Mais le PCA est interdit dès la fin du mois de novembre et Gaston Revel connait brièvement la prison. L'instituteur retrouve ses élèves à la rentrée suivante, jusqu'en 1965 : avec le durcissement du régime, "la plupart des communistes algériens d'origine européenne quittent le pays".

Ni provocant, ni vindicatif, le texte éclaire un parcours individuel qui fut celui d'un certain nombre de fonctionnaires métropolitains sur le territoire. Un militant sincère qui n'a jamais commis d'acte répréhensible et s'est battu avec ses armes : l'écrit et la parole.

La Louve éditions, Cahors, 2013, 463 pages, 27 euros.
ISBN : 978-2-916488-59-2.

Témoignage d'un instituteur
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17 février 2014 1 17 /02 /février /2014 06:30

Entre l'Espagne et la France

L'Algérie des Pieds-Noirs

Anne Dulphy

Partant du constat qu'en 1962 "un Pied-Noir sur deux avait des origines espagnoles", Anne Dulphy se plonge (et nous entraine) dans l'écheveau complexe de ces relations culturelles (et familiales) triangulaires entre les deux rives de la Méditerranée. Car, si les références à l'Espagne et les souvenirs d'une culture hispanique sont nombreux en Algérie, l'attachement à la France est extrêmement fort : "La première fois que mon père a mis les pieds en France, c'était pour faire la guerre ; la première fois que j'ai mis les pieds en France, c'était aussi pour faire la guerre. Pendant qu'il se battait, sa mère est morte ; pendant que je me battais, il est mort. Il avait choisi la France et cela nous coûta à tous les deux dix ans de nos vies dont sept de guerres. Qui prétend nous enseigner la France".

Au fil des six chapitres principaux qui constituent l'essentiel de ce volumineux ouvrage, l'auteure s'intéresse globalement aux années 1930-1960, des échos algériens de la guerre civile espagnole à l'installation en métropole après un départ précipité par les événements de la fin de la guerre d'Algérie. Dans un contexte fortement marqué à la fois par les oppositions idéologiques et les luttes sociales, les fractures intérieures propres à l'Algérie et celles (différentes et complémentaires) de l'hexagone, une guerre mondiale qui fait d'Alger la capitale provisoire de la France, et enfin la période douloureuse de la décolonisation puis de l'exil, comment a vécu et s'est comportée la communauté pied-noir d'origine espagnole (toutes ces années étant compliiquées par l'existence du régimle franquiste en Espagne) ? Echappant à tout manichéïsme, donnant la parole aux acteurs et aux témoins, elle s'appuie sur de nombreux témoignages des acteurs et sur des documents officiels variés : "Ils ne sont plus espagnols, pas encore français, aussi se déclarent-ils très couramment oranais". Les déchirements et les contradictions de la période "Algérie française" sont également bien vus, entre espoirs des plus radicaux et souci de Madrid de développer une diplomatie arabe. On oublie souvent en France (face au drame des Pieds-Noirs au début des années 1960) qu'ils furent nombreux à retourner en Espagne (de l'ordre de 20.000, en particulier dans la région d'Alicante) lors de l'indépendance algérienne et de nombreux exemples de parcours individuels sont donnés. En dépit des nombreuses fractures et différences au sein de cette communauté, jusqu'à quel point leur appartenance à l'Algérie a-t-elle consitué un ciment commun pour ces "deux fois exilés" : "Devenus français à 100 %, ils affichaient un patriotisme sourcilleux, certains gommant même leur ascendance étrangère, à l'image de cette femme 100 % d'origine espagnole tout en se prétendant parfaitement française"

Le livre est complété par près d'une centaine de pages de notes, cartes, références bibliographiques et annexes, ce qui en fait aussi un véritable outil de travail. Une étude qui complète très utilement notre connaissance de l'Algérie d'avant 1962 et dont les éléments s'intègreront à de nombreux travaux sur la colonisation aussi bien que sur la guerre d'Algérie.

Editions Vendémiaire, Paris, 2013, 477 pages, 22 euros.

ISBN : 978-2-36358-122-8.

Les Pieds-Noirs
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Qui Suis-Je ?

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  • : Guerres et conflits XIXe-XXIe s. se fixe pour objectif d’être à la fois (sans prétendre à une exhaustivité matériellement impossible) un carrefour, un miroir, un espace de discussions. Sans être jamais esclave de la « dictature des commémorations », nous nous efforcerons de traiter le plus largement possible de toutes les campagnes, de tous les théâtres, souvent dans une perspective comparatiste. C’est donc à une approche globale de l’histoire militaire que nous vous invitons.
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Cafés historiques de La Chouette

Prochaine séance : pour la rentrée de septembre. Le programme complet sera très prochainement mis en ligne.

Publications personnelles

Livres

 

doumenc-copie-1.jpgLa Direction des Services automobiles des armées et la motorisation des armées françaises (1914-1918), vues à travers l’action du commandant Doumenc

Lavauzelle, Panazol, 2004.

A partir de ma thèse de doctorat, la première étude d’ensemble sur la motorisation des armées pendant la Première Guerre mondiale, sous l’angle du service automobile du GQG, dans les domaines de l’organisation, de la gestion et de l’emploi, des ‘Taxis de la Marne’ aux offensives de l’automne 1918, en passant par la ‘Voie sacrée’ et la Somme.

 

La mobilisation industrielle, ‘premier front’ de la Grande Guerre ? mobil indus

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2005 (préface du professeur Jean-Jacques Becker).

En 302 pages (+ 42 pages d’annexes et de bibliographie), toute l’évolution industrielle de l’intérieur pendant la Première Guerre mondiale. Afin de produire toujours davantage pour les armées en campagne, l’organisation complète de la nation, dans tous les secteurs économiques et industriels. Accompagné de nombreux tableaux de synthèse.

 

colonies-allemandes.jpgLa conquête des colonies allemandes. Naissance et mort d’un rêve impérial

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2006 (préface du professeur Jacques Frémeaux).

Au début de la Grande Guerre, l’empire colonial allemand est de création récente. Sans continuité territoriale, les différents territoires ultramarins du Reich sont difficilement défendables. De sa constitution à la fin du XIXe siècle à sa dévolution après le traité de Versailles, toutes les étapes de sa conquête entre 1914 et 1918 (388 pages, + 11 pages d’annexes, 15 pages de bibliographie, index et cartes).

 

 caire damasDu Caire à Damas. Français et Anglais au Proche-Orient (1914-1919)

 14/18 Editions, Saint-Cloud, 2008 (préface du professeur Jean-Charles Jauffret).

Du premier au dernier jour de la Grande Guerre, bien que la priorité soit accordée au front de France, Paris entretient en Orient plusieurs missions qui participent, avec les nombreux contingents britanniques, aux opérations du Sinaï, d’Arabie, de Palestine et de Syrie. Mais, dans ce cadre géographique, les oppositions diplomatiques entre ‘alliés’ sont au moins aussi importantes que les campagnes militaires elles-mêmes.

 

hte silesieHaute-Silésie (1920-1922). Laboratoire des ‘leçons oubliées’ de l’armée française et perceptions nationales

‘Etudes académiques », Riveneuve Editions, Paris, 2009.

Première étude d’ensemble en français sur la question, à partir du volume de mon habilitation à diriger des recherches. Le récit détaillé de la première opération civilo-militaire moderne d’interposition entre des factions en lutte (Allemands et Polonais) conduite par une coalition internationale (France, Grande-Bretagne, Italie), à partir des archives françaises et étrangères et de la presse de l’époque (381 pages + 53 pages d’annexes, index et bibliographie).

 

cdt armee allde Le commandement suprême de l’armée allemande 1914-1916, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général von Falkenhayn 

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Le texte original de l’édition française de 1921 des mémoires de l’ancien chef d’état-major général allemand, accompagné d’un dispositif complet de notes infrapaginales permettant de situer les lieux, de rappeler la carrière des personnages cités et surtout de comparer ses affirmations avec les documents d’archives et les témoignages des autres acteurs (339 pages + 34 pages d’annexes, cartes et index).

 

chrono commChronologie commentée de la Première Guerre mondiale

Perrin, Paris, 2011.

La Grande Guerre au jour le jour entre juin 1914 et juin 1919, dans tous les domaines (militaire, mais aussi politique, diplomatique, économique, financier, social, culturel) et sur tous les fronts. Environ 15.000 événements sur 607 pages (+ 36 pages de bibliographie et d’index).

 

 Les secrets de la Grande Guerrecouverture secrets

Librairie Vuibert, Paris, 2012.

Un volume grand public permettant, à partir d’une vingtaine de situations personnelles ou d’exemples concrets, de remettre en lumière quelques épisodes peu connus de la Première Guerre mondiale, de la question du « pantalon rouge » en août 1914 à l’acceptation de l’armistice par von Lettow-Vorbeck en Afrique orientale, après la fin des hostilités sur le théâtre ouest-européen.

 

Couverture de l'ouvrage 'Mon commandement en Orient'Mon commandement en Orient, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général Sarrail

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2012

Le texte intégral de l'édition originale, passé au crible des archives publiques, des fonds privés et des témoignages des acteurs. Le récit fait par Sarrail de son temps de commandement à Salonique (1915-1917) apparaît véritablement comme un exemple presque caricatural de mémoires d'autojustification a posteriori

 

 

Coordination et direction d’ouvrages

 

Destins d’exception. Les parrains de promotion de l’Ecole Spéciale Militaire de Saint-Cyr

SHAT, Vincennes, 2002.

Présentation (très largement illustrée, 139 pages) des 58 parrains qui ont donné leur nom à des promotions de Saint-Cyr, entre la promotion « du Prince Impérial » (1857-1858) et la promotion « chef d’escadrons Raffalli » (1998-2001).

 

fflLa France Libre. L’épopée des Français Libres au combat, 1940-1945

SHAT, Vincennes et LBM, Paris, 2004.

Album illustré présentant en 191 pages l’histoire et les parcours (individuels et collectifs) des volontaires de la France Libre pendant la Seconde guerre mondiale.

 

marque courageLa marque du courage

SHD, Vincennes et LBM, Paris, 2005.

Album illustré présentant en 189 pages l’histoire des Croix de Guerre et de la Valeur Militaire, à travers une succession de portraits, de la Première Guerre mondiale à la Bosnie en 1995. L’album comporte en annexe une étude sur la symbolique, les fourragères et la liste des unités d’active décorées.

 

  90e anniversaire de la Croix de guerre90-ANS-CROIX-DE-GUERRE.jpg

SHD, Vincennes, 2006.

Actes de la journée d’études tenue au Musée de l’Armée le 16 novembre 2005. Douze contributions d’officiers historiens et d’universitaires, français et étrangers, de la naissance de la Croix de guerre à sa perception dans la société française, en passant les décorations alliées similaires et ses évolutions ultérieures.

 

france grèceLes relations militaires franco-grecques. De la Restauration à la Seconde guerre mondiale 

SHD,Vincennes, 2007.

Durant cette période, les relations militaires franco-grecques ont été particulièrement intenses, portées à la fois par les sentiments philhellènes qui se développent dans l’hexagone (la France est l’une des ‘Puissances protectrices’ dès la renaissance du pays) et par la volonté de ne pas céder d’influence aux Anglais, aux Allemands ou aux Italiens. La campagne de Morée en 1828, l’intervention en Crète en 1897, les opérations en Russie du Sud  en 1919 constituent quelques uns des onze chapitres de ce volume, complété par un inventaire exhaustif des fonds conservés à Vincennes.

 

verdunLes 300 jours de Verdun

Editions Italiques, Triel-sur-Seine, 2006 (Jean-Pierre Turbergue, Dir.).

Exceptionnel album de 550 pages, très richement illustré, réalisé en partenariat entre les éditions Italiques et le Service historique de la Défense. Toutes les opérations sur le front de Verdun en 1916 au jour le jour.

 

DICO-14-18.jpgDictionnaire de la Grande Guerre

(avec François Cochet), 'Bouquins', R. Laffont, 2008.

Une cinquantaine de contributeurs parmi les meilleurs spécialistes de la Grande Guerre, 1.100 pages, 2.500 entrées : toute la Première Guerre mondiale de A à Z, les hommes, les lieux, les matériels, les opérations, les règlements, les doctrines, etc.

 

fochFerdinand Foch (1851-1929). Apprenez à penser

(avec François Cochet), 14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Actes du colloque international tenu à l’Ecole militaire les 6 et 7 novembre 2008. Vingt-quatre communications balayant tous les aspects de la carrière du maréchal Foch, de sa formation à son héritage dans les armées alliées par des historiens, civils et militaires, de neuf nations (461 pages + 16 pages de bibliographie).

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