Nouvelle philosophie du décideur
Henri Hude
Henri Hude est un ancien élève de l’Ecole normale supérieure de la rue d’Ulm, agrégé et docteur HDR en philosophie (Paris IV Sorbonne), directeur et fondateur du Centre d’éthique et de déontologie aux Ecoles militaires de St-Cyr Coëtquidan. Il précise son projet dès les premières lignes de l’introduction : « Ce livre a pour objet la société libre. A l’usage des citoyens, en particulier des responsables, qui ont besoin d’une vision d’ensemble, il présente la structure synthétiquement et analytiquement, avec les éléments essentiels qui la composent ». Loin des mouvements de l’opinion, l’auteur offre un travail de redéfinition des concepts nécessaires à la compréhension et à l’exercice de la liberté. Selon lui, seul un socle philosophique solide redonne un cap au décideur dans un contexte de crise, inhérent et produit par l’idéologie libérale.
La pensée fait l’objet d’une exposition claire et rigoureuse. On peut ainsi distinguer deux grandes parties.
La première (chapitres I à V) considère de l’extérieur la communauté politique libre. L’auteur distingue ainsi un concept statique de « société libre » d’un concept dynamique, « le peuple libre ». La société libre possède quatre organes politiques nécessaires : le Pouvoir, l’Etat, la République et la Démocratie. La culture d’une société libre apparaît comme une interprétation d’une loi naturelle basée sur la philia, définie p. 42 comme « l’amitié sociale ». Elle est fonctionnelle dans le sens où elle permet la liberté pratique. Le peuple libre est un concept dynamique. Seul un pacte social basé sur la confiance favorise les trois libertés fondamentales populaires : droits de l’homme, indépendance et démocratie. La représentation stricte des volontés citoyennes est le seul garant d’une démocratie effective. Elle se corrompt en une république sans démocratie où une oligarchie s’éloigne du bien commun. Cet état de fait est -pour l’auteur- caractéristique de notre époque.
La seconde partie (chapitres VI à X) dépeint de l’intérieur la communauté libre et analyse ses fondamentaux. Pour Henri Hude, il est nécessaire de distinguer liberté « pratique » et liberté « pathologique » : une société libre est corrompue lorsque la majorité des citoyens prennent LA liberté pour la seule liberté pathologique. C’est la fin de la croyance en « LA » liberté mais aussi la prise de conscience de son existence en tant que concept antinomique : à chaque liberté correspond une antiliberté (et l’auteur prend alors pour exemple la « liberté » de fumer dans un espace public). La liberté pathologique continue à reconnaître une seule liberté et donne lieu à débats finalement stériles, car ne prenant pas en compte la moitié de la question. En ce sens la liberté pratique suppose la justice car elle est issue de débats sur ce que sont liberté et antiliberté. Le peuple est mu par une culture de liberté juste et la loi naturelle, qui explicite le principe de justice, est basée sur la confiance. Le christianisme apparaît pour l’auteur comme la vision la plus aboutie de l’amitié comme fondement social (on peut ici faire le parallèle avec René Girard, La violence et le sacré, 1973). La loi de paix se concrétise alors dans la structure de la justice et de ses trois dimensions : autorité, liberté et solidarité. Pour l’auteur, l’injustice est consubstantielle de l’idéologie libérale pour une raison simple, la neutralité de la justice exclu l’idée de bien et de « bien commun ». La crise des valeurs de l’homme moderne est pour l’auteur due à une disparition politique de cette dernière notion, au profit d’un seul bien individuel.
Cet ouvrage témoigne d’une grande rigueur dans le raisonnement et constitue un véritable effort de redéfinition de termes fondamentaux. Il montre surtout que la démocratie n’est jamais parachevée, jamais acquise, mais au contraire toujours en construction. Cette redéfinition se propose de redonner aux décideurs des «valeurs » et constitue un nouvel horizon, dans un contexte où les valeurs morales « refuges » semblent désormais absentes. Henri Hude donne de la consistance à l’idée de liberté, grâce à la définition en positif de ses pré-requis. La place de l’auteur par rapport à son sujet est néanmoins paradoxale. Il analyse la crise actuelle et lui donne un horizon, laissant à ceux qu’il critique le devoir de l’atteindre. Il donne donc pour mission aux « aveuglés de la liberté pathologique » de se diriger eux-mêmes vers la liberté pratique. On peut supposer que ce retrait est inhérent à la position du philosophe. Par ailleurs, si le message du Christ est universel, construire une philosophie de la liberté en y faisant essentiellement référence la rend paradoxalement moins universaliste, du fait de son aspect culturel fortement marqué. Enfin, on ne peut oublier le grand clacissisme (voire traditionalisme) du propos. Avec ce livre, le lecteur bénéfice d’un retour sur des fondamentaux et d’une plus grande profondeur d’analyse, mais se voit aussi proposer une philosophie relativement exigeante. La critique des réalités immédiates fait de la poursuite de l’idéal démocratique un véritable objectif, pour lequel tout un chacun doit travailler, en particulier les décideurs, véritables cibles de ce livre, qui ont le devoir de montrer l’exemple et de prendre leurs décisions par « la force de la liberté ».
Thibault Laurin
Economica, Paris, 2013, 161 pages, 18 euros.
ISBN : 978-2-7178-6554-7.

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Du Caire à Damas. Français et Anglais au Proche-Orient (1914-1919)



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Dictionnaire de la Grande Guerre