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10 novembre 2015 2 10 /11 /novembre /2015 06:00

Journal

1914-1923

Général Edmond Buat

Voilà un livre-document absolument indispensable pour quiconque souhaite améliorer sa compréhension des évènements de la Grande Guerre et de l'immédiat après-guerre.

Soigneusement conservés par la famille, les douze cahiers de notes (presque) au jour le jour prises par le colonel puis général Buat à partir d'août 1914 sont désormais portés à la connaissance de tous. Si, ponctuellement, des extraits avaient pu circuler, une édition intégrale restait à réaliser. C'est désormais fait. Successivement en poste au GQG, brièvement à l'état-major d'une Armée, au cabinet du ministre de la Guerre, à nouveau au GQG, puis titulaire de commandement opérationnels au niveau brigade, division et corps d'armée, il est en 1917 le commandant de la réserve générale d'artillerie lourde, dont on sait toute l'importance dans les opérations de l'époque. Il est un éphémère commandant de la 5e Armée à l'été 1918 avant de rejoindre Pétain comme major général des armées en campagne, n° 2 des armées françaises. Il accède dix-huit mois plus tard au sommet de la hiérarchie militaire, comme chef d'état-major général, poste qu'il conserve jusqu'à son décès brutal à la fin de l'année 1923. Durant cette période, il est au premier rang des questions politico-militaires, stratégiques, doctrinales, budgétaires et d'équipements de l'après-guerre, sait faire preuve d'une profonde capacité d'innovation, témoigne de beaucoup de réalisme et observe avec attention ceux avec lesquels il est amené à travailler.

On ne peut résumer en quelques lignes un tel Journal, mais on voit bien qu'au fil des années et des responsabilités occupées, Edmond Buat croise l'ensemble du personnel politique, militaire, journalistique, industriel de l'époque. Il est à l'origine de la création d'un sous-secrétariat d'Etat spécialisé pour l'armement et les munitions en 1915, mais aussi au centre des âpres débats sur les effectifs ou les chars d'assaut au tout début des années 1920. Pendant la guerre elle-même, du fait de ses affectations successives, il est amené à s'intéresser aussi bien aux questions d'équilibre parlementaire que d'organisation des réseaux défensifs sur la ligne de front ou de l'organisation et de l'emploi des nouvelles unités d'ALGP. Un seul bémol (s'il faut absolument émettre une réserve) : la petitesse des caractères d'imprimerie utilisés. Plus de 1400 pages en tout petit format, les lunettes sont indispensables ! Plaisenterie mise à part, un (gros) livre, chaudement et spécialement recommandé pour tous les amateurs de la période. Il doit absolument figurer au premier rang de toute bonne bibliothèque sur la Grande Guerre. 

Perrin, Paris, 2015, 1481 pages, 45,- euros.

ISBN : 978-2-262-03839-7.

Es-sen-tiel !
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7 novembre 2015 6 07 /11 /novembre /2015 06:00

L'AFN

dans la Première Guerre mondiale

Nouveau volume dans cette collection dédiée chez Riveneuve, correspondant aux Actes d'une journée d'études qui s'est tenue l'an dernier en amphithéâtre Austerlitz du musée de l'armée, dans le cadre d'un cycle pluri-annuel consacré (chronologiquement) à l'histoire de l'Afrique du Nord.

Au fil des sept communications de cette journée, sont successivement abordées les questions de la mobilisation humaine de l'AFN pendant la Grande Guerre, de la mission militaire du Hedjaz et en particulier de sa composante religieuse, du rôle de Lyautey et de sa politique, de l'emploi du 19e bataillon de génie qui se distingue en particulier à Verdun et à La Malmaison, de la mosquée de Paris et de la kouba de Nogent-sur-Marne, de la guerre contre les Senoussi aux marches de la Tunisie, et enfin la présentation des archives, riches mais éparses, conservées sur le sujet dans son ensemble au SHD. Large panel qui alterne les niveaux d'observation, du politico-militaire et du diplomatique au détail d'emploi d'une unité particulière, et les zones géographiques, de la côte marocaine atlantique aux rivages de la mer Rouge. Dans ses conclusions, Julie d'Andurain rappelle que "l'histoire -l'histoire de la Première Guerre mondiale particulièrement- est aussi un outil pour penser le monde contemporain" et que l'histoire "sert à cela : éclairer le présent". Une observation particulièrement bienvenue au regard des événements qui secouent depuis plusieurs années le monde arabo-musulman.

Coll. 'Cahiers pour la mémoire de tous et de tout', Riveneuve éditions, Paris, 2015, 168 pages, 24,- euros.

ISBN : 978-2-36013-327-7.

Pour commander directement : ici.

 

Afrique du Nord française
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1 novembre 2015 7 01 /11 /novembre /2015 06:00

14-18... Quand on écrivait chaque jour

Ives Rauzier

Un ouvrage original, atypique et charmant, par un professeur de mathématiques, enseignant en classes prépa. et défenseur de la langue occitane, dont le premier ouvrage sur la Grande Guerre en 2001 portait sur L'occitan dans les tranchées.

Le livre surprendra les amateurs d'histoire habitués à la chronologie : ici la seule utilisée est celle du calendrier, du 1er janvier au 31 décembre. Pour le reste, Ives Rauzier "papillonne" en quelque sorte à travers les témoignages, les correspondances, les événements, les secteurs, etc. Selon le schéma de l'almanach traditionnel, il illustre chaque journée de l'année avec une ou plusieurs lettres ou cartes postales d'un poilu. Par ailleurs, chacune est accompagnée d'une illustration adaptée (cartes postales, photos, dessins, etc.) et presque chaque jour un encart revient sur le parcours d'un soldat dont la date correspond à la naissance ou au décès. Pas de récit historique donc, ici, mais un effet stéréoscopique. Les thèmes évoqués au fil des pages sont bien connus par les analyses académiques socio-culturelles autour de la Grande Guerre, mais Ives Rauzier nous en propose une approche intimiste, des tranches de vie, des flashs sur un quotidien plus souvent familial que lié aux opérations militaires. Pas de leçons d'histoire, mais peut-être des leçons de vie ?

Un ouvrage à déguster par petites gorgées, peu à peu, au jour le jour pour en suivre le rythme. Une plongée lente, "par le petit bout de la lorgnette", dans la vie privée et familiale des poilus.  

TheBookEdition, Lille, 2015, 222 pages, 18,- euros.

ISBN : 9782950195487

Almanach
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26 octobre 2015 1 26 /10 /octobre /2015 06:00

Aumônier à Verdun

Journal de guerre et lettres du père Anizan

Présentés par Jean-Yves Moy

Contrairement à ce que peut faire penser le titre, le père Anizan n'exerce son sacerdoce dans le secteur de Verdun "que" jusqu'en janvier 1916, et il ne connaît donc pas directement la grande bataille de 1916. Ses lettres abordent essentiellement (presque exclusivement parfois) les questions religieuses.

Âgé de plus de 60 ans en août 1914 mais en opposition avec une partie des membres de sa congrégation des Frères de Saint-Vincent-de-Paul, il fait le choix de devenir aumônier volontaire dans la région de Verdun dès l'entrée en guerre. En charge de paroisse du village de Damloup, il reçoit également comme responsabilité ecclésiastique la charge des soldats du secteur nord de Verdun. Rapidement, il est accepté par l'autorité militaire comme aumônier adjoint puis titulaire et en dépit de son âge arpente sans cesse les chemins et les routes, passant d'une église à une chapelle, d'une ambulance à un simple abri provisoire, disant la messe plusieurs fois par jour, vivant au milieu des soldats, prêchant la sainte parole et propageant le culte de Jeanne d'Arc, donnant les derniers sacrements à ceux qu'il appelle souvent ses "chers soldats" : "Il n'y a pas d'aumônier avec la division. Je crois utile de me rendre tout près du champ de bataille et j'y vais. Le combat s'est engagé et accentué. J'y trouve à Abaucourt le service de santé et je m'y joins. On m'y reçoit bien. C'est le premier combat où ce service voit un prêtre. Je trouve déjà des blessés. Le major m'indique les gravement atteints et je commence à les confesser" (6 octobre 1914). Au fil des pages, défilent les officiers de contact avec lesquels il parle (et qu'il décrit souvent en termes très favorables), les soldats dont il s'efforce de relever le moral... et de développer la piété. Dans ses lettres ou dans son journal, il indique les unités qui viennent assister à la messe et le nombre d'hommes. Des hommes, oui, et non pas des enfants ou des jeunes filles, comme il se souligne auprès de l'un de ses correspondants en s'indignant des livres inadaptés que de bonnes âmes font parvenir au front : "Les petits livres anodins n'ont pas cours. Malheureusement, nos bibliothèques catholiques se préoccupent trop peu d'adapter leurs livres aux milieux". Au début de l'année 1915, son ministère s'étend sur sept cantonnements jusqu'à la ligne des avant-postes, dont trois forts de la ceinture de Verdun, entre lesquels il circule en permanence ("Il faut beaucoup marcher") et l'on a ainsi le récit (grâce également aux judicieuses notes de bas de page) de cette guerre "de patrouilles et d'avant-postes" dans un secteur généralement considéré comme assez calme.

Une bonne lecture pour comprendre la guerre à Verdun avant la bataille de Verdun (accrochages, déplacements, installations, etc.), mais aussi pour suivre le quotidien d'un aumônier âgé à proximité immédiate des premières lignes et, d'une certaine façon, pour mettre à jour un effort de "re-christianisation", un aumônier presque en terre missionnaire.

Presses universitaires de Rennes, 2015, 195 pages, 16,- euros.
ISBN : 978-2-7535-4178-8.

Aumônier en campagne
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17 octobre 2015 6 17 /10 /octobre /2015 06:00

Le temps des ruines, 1914-1921

Emmanuelle Danchin

A partir de sa thèse, l'auteur nous propose un parcours sur le thème des ruines de la Première Guerre mondiale et de leur place dans la société française (et en partie allemande) pendant et après le conflit.

En effet, si nous sommes habitués à regarder ces illustrations, photos, dessins, cartes postales, représentant bâtiments et sites détruits du fait des opérations de guerre, nous sommes-nous interrogés sur leur influence, leur utilisation et leur rôle, leur poids propre ? L'approche est originale et le discours s'articule autour de trois parties principales, "Les représentations des ruines : une arme de guerre au service de la mobilisation", "Les ruines : incarnation de la nation et de ses souffrances", et "Des ruines héroïsées aux cadavres encombrants (1918-1921)". La première partie retrace en quelque sorte le parcours chronologique d'un bâtiment devenu ruine de guerre, de sa destruction à sa place dans la reconstruction du paysage la paix revenue ; et elle aborde pour son chapitre consacré à l'utilisation des ruines dans la propagande aussi bien le côté français que le point de vue allemand. La seconde partie s'intéresse d'abord à la question des destructions volontaires des Allemands pendant leur repli du début de l'année 1917 sur la ligne Hindenburg, puis à l'utilisation de l'image des ruines avec des expositions organisées pour faireconnaître à tous la barbarie de l'ennemi, enfin à l'image privée, ces photos prises par les individus et à la Commission des vestiges et souvenirs de guerre, mise sur pied dès 1917. Enfin la troisième partie traite de l'utilisation des ruines dans l'immédiat après-guerre, qu'il s'agisse d'un moyen de faire pression sur les autres gouvernements dans le cadre des négociations sur l'évaluation des dégats et les réparations, des décorations et distinctions remises à des sites détruits ou des premières manifestations du tourisme de mémoire. Enfin, un ultime chapitre revient sur une question douloureuse mais délicate : "Que faire des ruines ?", mais aussi comment les "entretenir", quels aménagements prévoir, avec les cas particulier de la ville de Verdun et des villages détruits.

Un livre qui présente une approche très particulière de la Grande Guerre, mais sans doute pas le moins intéressant du point de vue de la culture générale. A travers le cas particulier de ces ruines, des thématiques très différentes (social, moral, économie, etc.) sont abordées plus ou moins directement. Une étude qui se lit avec aisance et plaisir.

Presses universitaires de Rennes, 2015, 348 pages, 20,- euros.

ISBN : 978-2-7535-4192-4.

Usage "social" et politique des ruines
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28 septembre 2015 1 28 /09 /septembre /2015 06:00

La Grande Guerre

Une histoire culturelle

Philippe Poirrier (Dir.)

Cet ouvrage collectif ne manque ni d'intérêt, ni de charme. A travers seize contributions très différentes, une "histoire culturelle au sens large" nous est présentée après deux solides communications d'ouverture qui font le point des évolutions historiographiques et reviennent sur la définition de l'histoire culturelle, en particulier au sujet de la Grande Guerre (on appréciera le texte accompagné de tableaux récapitulatifs éclairants de Nicolas Mariot).

La première partie est conacrée aux individus. Successivement, quelques uns des meilleurs connaisseurs de ces questions synthétisent leurs travaux et leurs réflexions sur des catégories particulières de la population (les journalistes, par Laurent Martin ; les écrivains, par Nicolas Beaupré ; les scientifiques, par Marie-Eve Chagnon ; les sportifs, par Paul Diestchy ; les artistes, par Philippe Vatin ; les musiciens, par Esteban Buch ; les urbanistes, par Vincent Chambarlhac ; les couples, par Clémentine Vidal-Naquet). La plupart procèdent par aller-retour fréquents entre l'avant et l'arrière et suivent les évolutions de la population étudiée au fil du temps. On y trouve donc énormément d'informations, de références, sur des sujets parfois plutôt connus (censure, écrivains, etc.) mais aussi sur des thèmes moins traités (sport, musique, urbanisme). La seconde partie s'intéresse davantage à des thématiques et aux objets : le langage, par Odile Roynette ; la chanson par Anne Simon-Carrère ; "l'art des poilus", par Bertrand Tillier ; les images, par Benjamin Gilles ; etc.

Au total extrêmement riche et dense, ce volume apportera beaucoup à tous ceux qui s'intéressent à la Grande Guerre par la diversité de ses contributions. Par les compléments qu'il apporte à de nombreux autres travaux et par les pistes qu'il ouvre, un livre qui mérite de figurer dans toute bibliothèque bien tenue.

Editions universitaires de Dijon, 2015, 300 pages, 20,- euros.
ISBN : 978-2-36441-139-5.

Artistes dans la Grande Guerre
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24 septembre 2015 4 24 /09 /septembre /2015 06:00

Dans les yeux des poilus

Le destin d'hommes ordinaires plongés dans l'enfer

Patrick-Charles Renaud

Dans la veine de son précédent ouvrage (La guerre à coups d'hommes, ici), qui s'intéressait au début de la Grande Guerre, Patrick-Charles Renaud nous propose un survol de l'ensemble du conflit, ou du moins de certaines de ses principales phases, à partir de carnets et de correspondances de poilus.

L'ouvrage présente donc les qualités et les défauts du volume précédent. Certes, l'utilisation des écrits des combattants est utile et importante. Mais il ne faut jamais oublier qu'ils n'ont qu'une vision sectorielle de l'ensemble d'une bataille un peu importante. A contrario, lorsqu'il s'agit de micro-engagements, quelle est la portée du récit ? Enfin, faire se succéder les extraits qui n'évoquent pratiquement que la souffrance et la mort, et présenter presque systématiquement l'officier comme un être d'abord préoccupé par son confort et qui sacrifie ses hommes finit par devenir lassant. On est certes dans le droit fil (finissant ?) d'un filon à la mode (dans le vocabulaire par exemple: l'attaque est "monstrueuse", les pertes toujours "terribles", le travail aux tranchées une "corvée", etc.), mais cette vision des conflits -répétons le, pour utile, intéressante et importante qu'elle soit- ne donne finalement qu'une vue biaisée, sentimentaliste et/ou misérabiliste, des conflits si elle n'est pas associée à d'autres approches.

Paradoxe de l'historien : on retiendra cependant justement du volume tout l'intérêt des très nombreuses citations qui constituent le fil du récit, chaque combat, engagement, offensive, étant généralement présenté à travers un témoignage, dont l'auteur est connu (origines familiales, affectation, grade, etc.). Cet ensemble est d'autant plus utile que Patrick-Charles Renaud utilise plusieurs témoignages non publiés, qui sont ainsi partiellement parté à la connaissance du public. Par ailleurs, il est toujours utile d'avoir sur telle ou telle bataille des informations complémentaires précises, et c'est ici le cas. De ce point de vue, les pages sur les combats du printemps 1918par exemple  sont tout particulièrement à retenir.

En résumé, un livre qu'il est bon de connaître et qu'il faut utiliser en complément de l'ensemble de la documentation existante.

Editions Grancher, Escalquens, 2015, 343 pages, 22,- euros.

ISBN : 978-2-7339-1328-4.

Souffrances des poilus
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9 septembre 2015 3 09 /09 /septembre /2015 06:00

La révolte dans le désert

Lawrence d'Arabie

Le titre est universellement connu et la parution de la première édition en 1927 fut un succès d'autant important que la personnalité de Thomas Edward Lawrence a été dès 1919 mise en scène, instrumentalisée, objet d'une véritable promotion dans le monde anglo-saxon grâce au journaliste américain Thommas Lowell. Il devient aussitôt, dans un étonnant mélange des genres, le témoignage d'un parcours hors norme et le récit d'une guérilla particulièrement habile.

Il est donc intéressant qu'une nouvelle édition voit le jour, dans une collection abordable. Le lecteur y trouvera les réelles et très élevées qualités littéraires de l'auteur, dont les descriptions colorées des différents épisodes de son séjour au Moyen-Orient valent indiscutablement le détour. Par contre, si vous voulez connaître l'histoire de cette révolte hachémite de 1916 et sa contribution à la Grande Guerre de l'Arabie occidentale à la Syrie, il est indispensable de croiser La révolte dans le désert avec Le Hedjaz dans la Grande Guerre, du général Brémond, paru chez Payot en 1931, rédigé en réponse à la publication de Lawrence et beaucoup plus proche des archives. Le récit de Lawrence n'est pas faux stricto sensu, mais tous les épisodes sont tournés, tordus, dans le but de mettre en valeur le rôle de l'auteur. De Djedda à Damas, de 1916 à 1918, en passant par Akaba (ne surtout pas se fier au film 1962), Maan (un grave échec) et la Transjordanie (où l'on oublie le rôle des artilleurs, mitrailleurs et tirailleurs du capitaine Pisani), Lawrence se met en scène, toujours sous son meilleur jour, toujours à l'avant et à l'origine des meilleures initiatives : "Ma visite à Djedda avait surtout pour but de découvrir l'animateur -encore inconu- de l'affaire, et de me rendre compte jusqu'à quel point il était capable de mener la révolte aux fins que je concevais pour elle". En réalité, Lawrence arrive sur la côte arabique comme officier politique détaché au port de Yambo, en charge de distribuer aux tribus arabes riz, fusils et pièces d'or. Son influence va croître au fil des mois, mais il n'exercera que très rarement un commandement effectif. Pour ceux qui s'intéresse aux principes tactiques de la guérilla dans le désert, c'est l'article publié dans le premier numéro d'après-guerre de la revue militaire britannique par Lawrence qu'il faut d'abord lire. Au bilan, on peut sans doute considérer qu'au-delà de la notoriété de l'officier britannique, c'est après la Grande Guerre que sa réflexion prend toute son ampleur. Pendant le conflit lui-même, il reste à bien des égards, même si la légende doit en pâtir, un acteur parmi d'autres de cette aventure.

On lira donc avec beaucoup d'intérêt cette Révolte dans le désert, pour son style et son rythme d'abord. Pour la description des événements ensuite, mais alors en ayant soin de ne pas prendre pour argent comptant toutes les affirmations pro domo du "roi secret d'Arabie". 

Coll. 'Tempus', Perrin, Paris, 2015, 542 pages, 11,- euros.

ISBN : 978-2-262-05091-7.

De La Mecque à Damas
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7 septembre 2015 1 07 /09 /septembre /2015 06:00

La bataille des Hautes-Vosges

Février-octobre 1915

Général d'Armau de Pouydraguin

Réédition de l'ouvrage publié en 1937 chez Payot par l'association du mémorial du Linge, cet ouvrage présente les qualités et les défauts des publications de l'époque.

Organisé en trois grandes parties chronologiques, il détaille les combats en Alsace et dans les Hautes-Vosges à partir du début de la guerre. La première partie s'intéresse aux "Opérations en Alsace du 2 août 1914 au 30 mars 1915", de la marche sur Mulhouse aux engagements dans la vallée de la Fecht et au Reichackerkopf. La seconde, "Metzeral", est centrée sur les 47e et 66e divisions au printemps 1915 et surtout en juin, dont le détail des combats est donné jour par jour. La troisième enfin, "Le Linge" nous entraîne avec les 129e et 47e DI essentiellement en juillet et août 1915, jusqu'aux grandes contre-attaques allemandes de la fin de l'été et du début de l'automne. Ne cherchez pas dans ce volume une analyse problématisée de la conception et de la conduite des opérations, par contre dans le droit fil de "l'histoire bataille" la plus traditionnelle vous connaîtrez tout de la composition des échelons d'attaque, du moindre déplacement d'une compagnie, de tous les appuis d'artillerie, des horaires d'assaut, des ordres donnés et des pertes subies. Une dizaine de cartes détaillées émaillent les chapitres et une série d'annexes reproduisent les principaux ordres d'opérations donnés.

Un volume à prendre pour ce qu'il est et à utiliser pour ce qu'il peut donner et, avec cette réserve indispensable, utile pour pouvoir connaître les faits avant de se lancer ensuite dans les analyses plus élaborées, d'autant que son prix est modique (9,- euros) 

Pour aider l'association du mémorial du Linge, vous pouvez commander directement : ici.

Vosges 1915
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26 août 2015 3 26 /08 /août /2015 06:00

Les mariés de la Grande Guerre

Françoise Thill-Million

A travers quelques 300 lettres (et une fréquence beaucoup plus élevée à partir de la fin de l’année 1915) échangées entre Pierre et Jeanne, son grand-père et sa grand-mère, durant la Première Guerre mondiale, Françoise Thill-Million nous propose en parallèle l’histoire d’une famille et celle de la guerre elle-même. Chronologiquement, entre chaque extrait de correspondance, elle présente en quelques lignes le contexte.

Entré en campagne comme simple soldat au 106e RI, le régiment de Maurice Genevoix, passé à partir de novembre 1914 téléphoniste à la compagnie hors-rang, Pierre bénéficie de sa première permission de huit jours en août 1915, puis retrouve son régiment avec le souci de faire ce qui lui est demandé sans s’exposer inutilement. « Nous reviendrons », écrit-il à son frère. A Verdun au printemps 1916, puis sur la Somme à l’automne (il y est promu sergent, il sera adjudant à la fin de la guerre), il voit le plus souvent la guerre de l’immédiat arrière-front, sauf quand il faut aller rétablir sous le feu des lignes téléphoniques coupées par les bombardements. Fiancés jusqu’en 1916, Pierre et Jeanne préparent comme ils le peuvent leur mariage pour le début de l’année 1917 (« Tu arriveras, supposons le 22 et nous pourrions nous marier le 25 »). C’est ensuite la Champagne (il ne suit l’offensive du printemps 1917 que de loin), puis les Vosges et le sud de l’Alsace, et il a l’honneur d’être désigné pour la garde au drapeau de son régiment à l’occasion du 14 juillet à Paris, avec cette observation sur la différence de perception entre le front et l’arrière : « Le défilé a été superbe. La foule était très enthousiaste et ne ménageait pas les bravos, les fleurs, les cigarettes et même de l’argent. Il y a même des types qui, sans doute, ne sachant plus que crier, ont gueulé ‘Vive la guerre !’ C’est tout de même un peu trop d’enthousiasme ! ». Un enfant va naître à la fin de l’année 1917, et les correspondances entre les deux époux séparés par la guerre tournent naturellement autour de ce jeune fils. Les difficultés financières du ménage et celles liées au ravitaillement, déjà très présentes, occupent désormais la place principale. Au printemps 1918, Jeanne évoque fréquemment les bombardements de Paris et de la région parisienne par « le gros canon » ; tandis que Pierre se fait ponctuellement l’écho de ses nombreux mouvements, consécutifs aux replis imposés par les offensives allemandes. A partir du 15 août, il est désormais « à la poursuite des boches », et si les combats sont toujours difficiles (« Ils ont des mitrailleuses en masse ») car les Allemands s'accrochent au terrain, la supériorité matérielle des Alliés est définitivement acquise (« Jamais je n’aurais cru que l’on puisse amasser autant de canons »). Après l’armistice, il a le sentiment que la démobilisation est trop lente : son unité est repliée d’Alsace sur Châlons, mais il ne retrouve la vie civile qu’en août 1919. Cinq jours plus tard, il reprend le travail dans une entreprise de travaux publics et restera toute sa vie (il décède en 1968) fidèle à son amicale régimentaire.

Un ensemble assez classique de correspondances de guerre au sein d’un couple, qui laisse une très large place aux préoccupations familiales et dans lesquelles le poilu s’efforce visiblement de ne pas inquiéter son épouse, plus particulièrement intéressant pour les années 1917-1918, période au cours de laquelle le nombre de lettres et le nouveau statut de couple lui donne une cohérence et une densité particulière.

Editions Pierre de Taillac, Villers-sur-Mer, 2015, 212 pages. 16,90 euros.

ISBN : 978-2-36445-053-0.

Correspondance de guerre
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Qui Suis-Je ?

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  • : Guerres et conflits XIXe-XXIe s. se fixe pour objectif d’être à la fois (sans prétendre à une exhaustivité matériellement impossible) un carrefour, un miroir, un espace de discussions. Sans être jamais esclave de la « dictature des commémorations », nous nous efforcerons de traiter le plus largement possible de toutes les campagnes, de tous les théâtres, souvent dans une perspective comparatiste. C’est donc à une approche globale de l’histoire militaire que nous vous invitons.
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Cafés historiques de La Chouette

Prochaine séance : pour la rentrée de septembre. Le programme complet sera très prochainement mis en ligne.

Publications personnelles

Livres

 

doumenc-copie-1.jpgLa Direction des Services automobiles des armées et la motorisation des armées françaises (1914-1918), vues à travers l’action du commandant Doumenc

Lavauzelle, Panazol, 2004.

A partir de ma thèse de doctorat, la première étude d’ensemble sur la motorisation des armées pendant la Première Guerre mondiale, sous l’angle du service automobile du GQG, dans les domaines de l’organisation, de la gestion et de l’emploi, des ‘Taxis de la Marne’ aux offensives de l’automne 1918, en passant par la ‘Voie sacrée’ et la Somme.

 

La mobilisation industrielle, ‘premier front’ de la Grande Guerre ? mobil indus

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2005 (préface du professeur Jean-Jacques Becker).

En 302 pages (+ 42 pages d’annexes et de bibliographie), toute l’évolution industrielle de l’intérieur pendant la Première Guerre mondiale. Afin de produire toujours davantage pour les armées en campagne, l’organisation complète de la nation, dans tous les secteurs économiques et industriels. Accompagné de nombreux tableaux de synthèse.

 

colonies-allemandes.jpgLa conquête des colonies allemandes. Naissance et mort d’un rêve impérial

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2006 (préface du professeur Jacques Frémeaux).

Au début de la Grande Guerre, l’empire colonial allemand est de création récente. Sans continuité territoriale, les différents territoires ultramarins du Reich sont difficilement défendables. De sa constitution à la fin du XIXe siècle à sa dévolution après le traité de Versailles, toutes les étapes de sa conquête entre 1914 et 1918 (388 pages, + 11 pages d’annexes, 15 pages de bibliographie, index et cartes).

 

 caire damasDu Caire à Damas. Français et Anglais au Proche-Orient (1914-1919)

 14/18 Editions, Saint-Cloud, 2008 (préface du professeur Jean-Charles Jauffret).

Du premier au dernier jour de la Grande Guerre, bien que la priorité soit accordée au front de France, Paris entretient en Orient plusieurs missions qui participent, avec les nombreux contingents britanniques, aux opérations du Sinaï, d’Arabie, de Palestine et de Syrie. Mais, dans ce cadre géographique, les oppositions diplomatiques entre ‘alliés’ sont au moins aussi importantes que les campagnes militaires elles-mêmes.

 

hte silesieHaute-Silésie (1920-1922). Laboratoire des ‘leçons oubliées’ de l’armée française et perceptions nationales

‘Etudes académiques », Riveneuve Editions, Paris, 2009.

Première étude d’ensemble en français sur la question, à partir du volume de mon habilitation à diriger des recherches. Le récit détaillé de la première opération civilo-militaire moderne d’interposition entre des factions en lutte (Allemands et Polonais) conduite par une coalition internationale (France, Grande-Bretagne, Italie), à partir des archives françaises et étrangères et de la presse de l’époque (381 pages + 53 pages d’annexes, index et bibliographie).

 

cdt armee allde Le commandement suprême de l’armée allemande 1914-1916, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général von Falkenhayn 

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Le texte original de l’édition française de 1921 des mémoires de l’ancien chef d’état-major général allemand, accompagné d’un dispositif complet de notes infrapaginales permettant de situer les lieux, de rappeler la carrière des personnages cités et surtout de comparer ses affirmations avec les documents d’archives et les témoignages des autres acteurs (339 pages + 34 pages d’annexes, cartes et index).

 

chrono commChronologie commentée de la Première Guerre mondiale

Perrin, Paris, 2011.

La Grande Guerre au jour le jour entre juin 1914 et juin 1919, dans tous les domaines (militaire, mais aussi politique, diplomatique, économique, financier, social, culturel) et sur tous les fronts. Environ 15.000 événements sur 607 pages (+ 36 pages de bibliographie et d’index).

 

 Les secrets de la Grande Guerrecouverture secrets

Librairie Vuibert, Paris, 2012.

Un volume grand public permettant, à partir d’une vingtaine de situations personnelles ou d’exemples concrets, de remettre en lumière quelques épisodes peu connus de la Première Guerre mondiale, de la question du « pantalon rouge » en août 1914 à l’acceptation de l’armistice par von Lettow-Vorbeck en Afrique orientale, après la fin des hostilités sur le théâtre ouest-européen.

 

Couverture de l'ouvrage 'Mon commandement en Orient'Mon commandement en Orient, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général Sarrail

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2012

Le texte intégral de l'édition originale, passé au crible des archives publiques, des fonds privés et des témoignages des acteurs. Le récit fait par Sarrail de son temps de commandement à Salonique (1915-1917) apparaît véritablement comme un exemple presque caricatural de mémoires d'autojustification a posteriori. 

 

 

Coordination et direction d’ouvrages

 

Destins d’exception. Les parrains de promotion de l’Ecole Spéciale Militaire de Saint-Cyr

SHAT, Vincennes, 2002.

Présentation (très largement illustrée, 139 pages) des 58 parrains qui ont donné leur nom à des promotions de Saint-Cyr, entre la promotion « du Prince Impérial » (1857-1858) et la promotion « chef d’escadrons Raffalli » (1998-2001).

 

fflLa France Libre. L’épopée des Français Libres au combat, 1940-1945

SHAT, Vincennes et LBM, Paris, 2004.

Album illustré présentant en 191 pages l’histoire et les parcours (individuels et collectifs) des volontaires de la France Libre pendant la Seconde guerre mondiale.

 

marque courageLa marque du courage

SHD, Vincennes et LBM, Paris, 2005.

Album illustré présentant en 189 pages l’histoire des Croix de Guerre et de la Valeur Militaire, à travers une succession de portraits, de la Première Guerre mondiale à la Bosnie en 1995. L’album comporte en annexe une étude sur la symbolique, les fourragères et la liste des unités d’active décorées.

 

  90e anniversaire de la Croix de guerre90-ANS-CROIX-DE-GUERRE.jpg

SHD, Vincennes, 2006.

Actes de la journée d’études tenue au Musée de l’Armée le 16 novembre 2005. Douze contributions d’officiers historiens et d’universitaires, français et étrangers, de la naissance de la Croix de guerre à sa perception dans la société française, en passant les décorations alliées similaires et ses évolutions ultérieures.

 

france grèceLes relations militaires franco-grecques. De la Restauration à la Seconde guerre mondiale 

SHD,Vincennes, 2007.

Durant cette période, les relations militaires franco-grecques ont été particulièrement intenses, portées à la fois par les sentiments philhellènes qui se développent dans l’hexagone (la France est l’une des ‘Puissances protectrices’ dès la renaissance du pays) et par la volonté de ne pas céder d’influence aux Anglais, aux Allemands ou aux Italiens. La campagne de Morée en 1828, l’intervention en Crète en 1897, les opérations en Russie du Sud  en 1919 constituent quelques uns des onze chapitres de ce volume, complété par un inventaire exhaustif des fonds conservés à Vincennes.

 

verdunLes 300 jours de Verdun

Editions Italiques, Triel-sur-Seine, 2006 (Jean-Pierre Turbergue, Dir.).

Exceptionnel album de 550 pages, très richement illustré, réalisé en partenariat entre les éditions Italiques et le Service historique de la Défense. Toutes les opérations sur le front de Verdun en 1916 au jour le jour.

 

DICO-14-18.jpgDictionnaire de la Grande Guerre

(avec François Cochet), 'Bouquins', R. Laffont, 2008.

Une cinquantaine de contributeurs parmi les meilleurs spécialistes de la Grande Guerre, 1.100 pages, 2.500 entrées : toute la Première Guerre mondiale de A à Z, les hommes, les lieux, les matériels, les opérations, les règlements, les doctrines, etc.

 

fochFerdinand Foch (1851-1929). Apprenez à penser

(avec François Cochet), 14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Actes du colloque international tenu à l’Ecole militaire les 6 et 7 novembre 2008. Vingt-quatre communications balayant tous les aspects de la carrière du maréchal Foch, de sa formation à son héritage dans les armées alliées par des historiens, civils et militaires, de neuf nations (461 pages + 16 pages de bibliographie).

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