Claude Guioneau
Paul Rignac
A travers l'expérience assez exceptionnelle d'un homme et ses souvenirs familiaux, Claude Guioneau et son père Roger en particulier, l'auteur nous invite à retrouver une (grande) partie de l'histoire de l'Indochine pendant la Seconde guerre mondiale et au-delà. Outre le récit des événements, à travers le regard d'un commerçant européen, Paul Rignac nous donne également à comprendre le "mal jaune", "cet attachement particulier à l'Indochine et aux Indochinois" qui a touché tant de militaires et de civils.
Après un rapide rappel de l'odyssée familiale entre Bordeaux et le Tonkin (chap. 1), l'essentiel de l'ouvrage est donc consacré à la période 1940-1945 (chap. 2 à 6). Le récit alterne les références indispensables à l'évolution militaire et politique dans le monde (France métropolitaine bien sûr, mais aussi Grande-Bretagne et empire, Etats-Unis, Allemagne, Japon évidemment, etc.), la description de la situation indochinoise au fur et à mesure (rôle et actions du gouverneur général et de son administration) et la présentation de la vie quotidienne de la famille Guioneau, proche des cercles du pouvoir colonial. Avec la création d'un embryon de réseau de résistance (pour la recherche et la transmission du renseignement), on croise par exemple le capitaine Driay, "bientôt chassé de l'armée dans le cadre de l'application des lois antijuives de Vichy", mais qui "continuera néanmoins à percevoir sa solde". L'auteur relève cependant "une forme d'insouciance chez les Européens d'Indochine", en dépit des quelques révoltes nationalistes ou communistes, de la guerre avec la Thaïlande, et du poids de plus en plus lourd de la présence japonaise. Tandis que le chapitre 4 explique rapidement comment les Européens d'Indochine en viennent à vivre dans l'isolement avec des produits de substitution, le chapitre 5 nous ramène à Claude Guioneau, prisonnier ("gaulliste") pour avoir voulu rejoindre les FFL via la Chine en 1943, puis engagé au 11e RIC de Saïgon en 1944 et affecté à la 5e compagnie, "disciplinaire", en secteur caodaïste. Au fil des pages, on croise des officiers résistants, des fidèles de Vichy, on évoque de mystérieuses liaisons avec les Britanniques à Calcutta, mais sans vraiment en savoir plus. A partir de la fin de l'année 1944, l'écheveau devient de plus en plus compliqué dans la péninsule : actions plus déterminées des services anglo-saxons, présence de représentants de la France Libre, maintien de l'amiral gouverneur : "la chaîne de commandement en Indochine devient inconpréhensible et incohérente. Elle est totalement paralysée au moment de la pire épreuve de son histoire", le coup de force japonais de mars 1945. Cette période est longuement traitée dans le chapitre 6 (pp. 57-95). Passé dans l'aviation, Claude Guioneau séjourne ou fait escale à partir de janvier 1946 à travers tout le Sud-est asiatique et peut observer la détérioration de la situation des Européens ("la grande majorité n'a qu'un désir : rentrer en métropole") et l'attitude des Chinois, qui tirent sur les premières troupes françaises débarquant à Hanoï. Parallèlement, il reçoit Leclerc à son domicile, fréquente ponctuellement certains chefs civils et militaires et, sur fond de négociations à Paris entre la France et Ho Chi-Minh, assiste en décembre 1946 à l'insurrection d'Haiphong, durant laquelle il photographie les dégâts causés par le Vietminh. Les deux derniers chapitres (chap. 8, pp. 112-121 et chap. 9, pp. 122-131) racontent les retours ponctuels en métropole, l'abandon du Tonkin et finalement le repli au Cambodge, puis le départ définitif de l'Indochine alors qu'a commencé sous la volonté et le contrôle du parti communiste vietnamien "une longue nuit de persécutions". Claude Guioneau ayant été un excellent photographe, l'ouvrage se termine sur quelques 45 pages reproduisant des clichés (essentiellement des années 40 et 50) tirés de la collection familiale.
Un livre qui retrace le parcours, toujours remis en cause par les "grands" événements, d'un homme qui s'est battu pendant de longues années pour pouvoir travailler et vivre en Indochine française. Et dont la politique, au sens le plus étroit, finit par avoir raison. Un témoignage très intéressant sur cette période (les années 1940 surtout), qui n'est généralement traitée qu'au niveau des hautes autorités politiques et militaires, et un autre regard sur ces Français du bout du monde.
Indo-Editions, Paris, 2012, 189 pages, 25 euros.
ISBN : 978-2-91-4086-39-4.



La Direction des Services automobiles des armées et la motorisation des
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Du Caire à Damas. Français et Anglais au Proche-Orient (1914-1919)



Mon commandement en Orient, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du
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Dictionnaire de la Grande Guerre