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28 novembre 2013 4 28 /11 /novembre /2013 06:20

La première guerre de Charles de Gaulle, 1914-1918

Frédérique Neau-Dufour

Agrégée et docteur en histoire, Frédérique Neau-Dufour a été en charge de la Boisserie et responsable de la mise en place à Colombey-les-deux-Eglises du Mémorial de Gaulle. Déjà auteure de plusieurs ouvrages sur cette famille et ses femmes en particulier, elle était toute désignée pour rédiger cette "tranche de biographie, car "la Première Guerre mondiale demeurait un sujet marginal dans l'ensemble des études gaulliennes".

A partir de nombreuses sources encore inexploitées, en particulier des correspondances et archives familiales mais aussi les archives des camps de prisonniers où le capitaine de Gaulle fut détenu, elle retrave l'ensemble de son parcours pendant la Grande Guerre. Ce récit nous entraine de la 12e compagnie du 33e RI sur la Meuse en août 1914 à la Pologne de 1920, où une puissante mission militaire française contribue au "miracle de la Vistule". A partir des correspondances évoquées ci-dessus, du JMO de l'unité, du carnet personnel du lieutenant puis capitaine de Gaulle, elle traite dans le détail des opérations de 1914 et de 1915 auxqueles participe le futur chef de la France Libre, mais avec les limites inhérentes à cette vision "par le bas" : aussi prémonitoires que puissent être ses réflexions, un jeune lieutenant est relativement mal placé pour élaborer une théorie de la guerre à l'échelon d'un théâtre d'opérations (même de Gaulle).. Certaines observations d'un jour ne sont plus valables la semaine suivante, tandis que d'autres se révèleront pertinentes. C'est le lot commun de très nombreux carnets et journaux personnels. En fait, comme beaucoup de ses contemporains, de Gaulle reproche à Joffre de ne pas lancer d'offensive plus puissante encore et imagine que le but de la France serait "de rejoindre les troupes russes à travers l'Allemagne"... Sa prise de conscience de la guerre de position, le 15 novembre 1914, n'a rien de particulièrement précoce ou original par rapport à beaucoup d'autres officiers et généraux. Après Mesnil-les-Hurlus en 1915, déjà blessé deux fois au feu, il arrive en 1916 dans le secteur de Verdun. Frédérique Neau-Dufour signale à très juste titre les réserves qu'il faut prendre avec les critiques des anti-gaullistes forcenés relatives à cet épisode et rappelle la nécessité de croiser les sources et témoignages. Elle nous présente aussi un de Gaulle ignoré, qui "sait se montrer de bonne compagnie avec ses camarades", "bon vivant, sociable, sachant s'amuser", loin de l'image austère et parfois glaciale du futur chef de corps à Metz par exemple. L'épisode de Verdun fait bien sûr l'objet de deux chapitres (8 et 9) en tant que tels, qui décrivent par le menu les circonstances dans lesquelles il est fait prisonnier. A nouveau, elle n'hésite pas à confronter les sources et donne des combats une présentation tout-à-fait crédible. La deuxième grande partie de l'ouvrage, à partir de la page 201, s'attache donc à l'expérience vécue dans les camps de prisonniers, aux tentatives successives et infructueuses d'évasion, au régime de détention (de plus en plus contraignant) et aux personnages qu'il croise, aux activités des officiers prisonniers (dont le tennis et l'escrime) et aux longues heures de lecture ainsi qu'aux exposés et conférences qu'il prépare pour ses camarades. Constatons néanmoins que lorsque, en 1915, "de Gaulle énonce une loi, celle de l'économie des forces", il n'y a toujours pas, là, quoi que ce soit d'original et que cette référence est non seulement admise mais prônée par la quesi-totalité des chefs militaires et des officiers. L'ouvrage se termine sur sa libération et une rapide évocation de sa participation à la mission militaire française en Pologne, annonciatrice d'une "guerre de trente ans" souvent évoquée depuis.

Un bel ensemble de notes et références, une chronologie, quelques cartes, une solide bibliographie et un index terminent ce volume tout-à-fait intéressant. L'auteure est visiblement en empathie avec son sujet, mais elle livre ici un ouvrage particulièrement passionnant qui replace la vie du fondateur de la Ve République dans son temps long, décrit une page très peu connue et fait prendre conscience d'un certain nombre d'éléments très marquants. Un livre à lire

Tallandier, Paris, 2013, 379 pages. 20,90 euros.

ISBN : 979-10-210-0373-6.

Débuts de carrière d'un officier subalterne
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27 novembre 2013 3 27 /11 /novembre /2013 06:25

Pouvoir civil, pouvoir militaire en Allemagne

Aspects politiques, sociaux et culturels

Corinne Defrance, François Knopper et Anne-Marie Saint-Gille (Dir.)

Il faut vraiment se tenir au courant de ce qui est publié par les différentes Presses universitaires, dont la qualité des nouveautés est souvent de premier ordre. Avec ce volume collectif, les Presses du Septentrion (Lille) nous en apportent une nouvelle preuve.

En treize articles organisés chronologiquement, les auteurs nous entrainent ainsi des relations entre "Pouvoir militaire et pouvoir civil dans les colonies allemandes entre 1884 et 1918" à la "Place du citoyen en uniforme" dans la nouvelle Allemagne réunifiée. Les angles d'approche choisis intègrent les notions de droit (constitutionnel), de sociologie, d'économie, d'analyse culturelle et, par l'originalité de nombreux sujets, apportent une véritable plus-value à la connaissance de cette thématique, souvent évoquée mais rarement argumentée.

Il ne faut pas s'attendre à une "histoire militaire allemande" stricto sensu, mais conformément au titre de l'ouvrage à des études sur les relations politico-militaires et à la place de l'armée (des armées) dans la société. Parmi les articles les plus originaux, on note celui d'Eckard Michels sur "Pouvoir militaire et pouvoir civil dans les colonies allemandes entre 1884 et 1918", celui de Horst Möller sur "Quel fut le rôle de la Reicswehr dans l'effondrement de la République de Weimar ?" et, pour une période plus récente celui d'Ulrich Pfeil sur "La militarisation de la société est-allemande après 1945", ou les différents textes (Ruth Lambertz, Florence Delporte et Reiner Marcowitz) qui étudient la question entre l'Etat oues-allemend et la Bundeswehr. On apprécie la qualité de toutes les références et la finesse de nombreuses observations, qui relativisent un certain nombre d'idées reçues. L'ouvrage se termine par quelques considérations sur la nouvelle armée "de métier" de l'Allemagne réunifiée, avec lesquelles nous ne pouvons pas être toujours d'accord car elles relèvent davantage de la "philosophie politique" que de la réalité des forces armées allemandes. Mais cette réserve finale n'enlève rien à la qualité d'un ouvrage qui, dans le temps long, analyse en profondeur une relation souvent ambigüe.

Un petit livre collectif à connaître et à réfléchir.

Presses universitaires du Septentrion, Villeneuve d'Ascq, 2013, 233 pages, 26 euros.
ISBN : 978-2-7574-0587-1

Analyse dans le temps long
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26 novembre 2013 2 26 /11 /novembre /2013 06:30

Le Japon militaire

Jean-José Ségéric

Au-delà de ce que peut laisser penser le titre, l'ouvrage est essentiellement consacré à l'histoire militaire du Japon depuis l'ère Meiji, comme s'en explique l'auteur en introduction  : " Par Japon militaire, nous entendons l'histoire militaire du Japon hors de ses frontières ; cette histoire est brève, dévorante, parfois insensée et paroxystique, souvent glorieuse, à plusieurs égards elle est singulière, elle est une clé de la compréhension du Japon actuel et elle pèse sur son futur".

Après une rapide première partie qui revient sur la place de la tradition guerrière dans l'histoire du Japon ancien, Jean-José Ségéric décortique littéralement la deuxième moitié du XIXe siècle ("Ere Meiji, 1868-1912", "La guerre sino-japonaise de 1894-1895") et le début du XXe ("La guerre russo-japonaise de 1904-1905" -Port-Arthur, Moukden, Tsushima, question de la Corée- et "L'ère Taisho, 1912-1925"), avant de consacrer de longues pages à l'entre-deux-guerres (militarisation de la société, composante navale, incidents de Moukden, guerre de Chine et massacres de Nankin, état des forces en 1941) et bien sûr à la guerre du Pacifique (chronologiquement de Pearl Harbour à la capitulation), "une page sombre de sacrifices dévoyés, de déraison collective et finalement de châtiment". Il rappelle en conclusion de la partie historique que, très longtemps, "la dévotion de l'armée à l'empereur fut d'essence religieuse" et l'on a parfois le sentiment d'un parti pris sytématique hostile à l'armée impériale. Les 100 dernières pages de texte traitent de la période post-1945, en quatre chapitres : "La démilitarisation du Japon" dans l'immédiat après-Deuxième guerre mondiale, sa "Remilitarisation" avec la guerre de Corée et la création des Forces d'autodéfense, la question très sensible du "Nucléaire militaire au Japon" et enfin un essai de prospective à l'horizon 202-2030, dans un environnement mondial et régional très perturbé. 

De nombreuses et riches annexes complètent cette étude, ainsi qu'une bonne chronologie, un utile index thématique et bien sûr une bibliographie. Toues les questions sociales, culturelles et de politique intérieure sont également abordées (même si ce n'est que rapidement) et un certains nombre de cartes et tableaux de synthèse accompagnent le texte courant. Une publication importante sur un sujet rarement traité en France.

L'Harmattan, Paris, 2013, 560 pages, 49 euros.

ISBN : 978-2-343-00801-1

L'empire du Soleil levant
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26 novembre 2013 2 26 /11 /novembre /2013 06:25

Les scandales de la République

De Panama à l'affaire Cahuzac

Jean Garrigue

Voilà un sujet sur lequel il sera toujours possible de prévoir une nouvelle édition mise à jour ! La précédente datait de 2004, et force est de reconnnaître que les "nouveautés" n'ont pas cessé ! Mais aussi un sujet délicat si l'auteur veut ne pas en rester à l'écume des choses.

Sans faire dans la chasse aux sorcières et le "tous pourris", voici néanmoins une belle (et longue) série d'exemples de ce que contiennent les poubelles de la République, avec des variantes au fil du temps : "Nous apparait une chronologie des scandales, qui segmente des phases, des périodes, dessinant les contours d'époques contrastées, dont chacune mérite une atttention particulière". De 1887 ("Ah ! Quel malheur d'avoir un gendre !") et le trafic des décorations aux plus récents dossiers avec DSK, Cahuzac et Tapie, une litanie de parlementaires, ministres, hommes politiques, demi-mondaines, journalistes, etc. défile sous nos yeux. Certains noms sont restés dans les mémoires (Caillaux, Stavisky, Bokassa, etc.), d'autres ont disparu depuis longtemps des références courantes (Berthelot, Oustric, de Récy, etc.), mais pour chacun, s'appuyant sur les archives disponibles, les témoignages publiés et une bibliographie conséquente, l'auteur s'efforce non pas de remuer la boue, mais de comprendre le "pourquoi" et le "comment" du scandale. On en apprend beaucoup sur les petitesses de certaines élites et revient en mémoire la formule fameuse des encyclopédistes selon laquelle tout pouvoir est sous la menace de la corruption. Si la presse est souvent à la pointe des enquêtes, elle n'est parfois pas exempte de passivité, voire de complicité. Les IIIe, IVe et Ve républiques ne se distinguent pas ici fondamentalement, alors que leurs majorités ont été diverses et leurs fonctionnements différents. En annexe, un tableau chronologique donne non seulement la liste de ces scandales, mais précise également comment ils ont été révélés, exploités, éventuellement sanctionnés et qu'elles ont été leurs conséquences politiques.

L'ouvrage se lit comme un roman, un peu triste. A conserver et à citer.

Nouveau Monde éditions poche, Paris, 2013 (rééd.), 639 pages. 9,90 euros.
ISBN : 978-2-36583-860-3.

Corruptions et trafics divers
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25 novembre 2013 1 25 /11 /novembre /2013 06:30

Dictionnaire du Vatican et du Saint-Siège

Christophe Dickès (Dir.)

Que n'a-t-on pas dit (et que ne dit-on pas encore !) sur les "secrets" du Vatican, son fonctionnement, son financement, ses "services de renseignement", ses réseaux et ses luttes intestines. Ce volumineux dictionnaire nous permet d'en approcher tout à la fois la réalité, l'histoire et le présent.

De A comme "Abdication" (on se souvient de l'émoi suscité en début d'année par la renonciation de Benoit XVI) à Z comme "Zouaves pontificaux" (créés à l'initiative de monseigneur de Mérode en 1861), vous découvrez tout-à-tour les règles de vie catholiques et vaticanes, les grands événements qui rythment l'année ou le règne d'un pontife, les objets les plus symboliques et les décorations, la garde et les drapeaux,, les doctrines et analyses politiques, les bureaux et services de 'ladministration du Saint-Siège, les personnages (célèbres ou moins connus) qui ont marqué l'histoire du "trône de Saint-Pierre", les relations nouées avec de nombreux pays (et en annexe la liste des organisations internationales auxquelles le Vatican participe), les hommes (clercs et religieux) qui font vivre le micro-Etat, le processus de l'élection, l'histoire des Etats pontificaux, celle des Accords du Latran et celle du rôle de "l'évêque de Rome", la mort de Jean-Paul Ier et la tentative d'assassinat de Jean-Paul II, les nouveaux évêques venus d'Asie, la place du Saint-Siège dans le monde des médias et la "géographie" intérieure du Vatican avec ses cours, ses salles, ses escaliers. Le Sacré Collège et la basilique Saint-Pierre, mais aussi l'étonnante titulature du pape, l'organisation juridique particulière de la cité-Etat, les universités contrôlées ou les conciles figurent bien sûr au programme.

Un véritable et un inspensable outil de travail et document de référence pour tous ceux qui souhaitent décrypter et comprendre les évolutions les plus récentes ou qui veulent s'intéresser à l'histoire religieuse et à l'organisation de la papauté, en particulier depuis 1870. Pour les amateurs curieux qui souhaitent simplement en savoir plus sur une construction "politico-religieuse" totalement atypique en notre XXIe siècle, une véritable mine d'informations sérieuses, référencées, mais parfois aussi originales ou amusantes. Un très bon volume dans une collection de référence.

'Bouquins', Robert Laffont, Paris, 2013, 1.094 pages, 30 euros.
ISBN : 978-2-221-11654-8.

Plongée au coeur du Vatican
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25 novembre 2013 1 25 /11 /novembre /2013 06:25

Archives militaires, mode d'emploi

Guide du lecteur des fonds du Service Historique de la Défense

Sandrine Heiser et Nicolas Texier

Voici un petit ouvrage absolument indispensable pour quiconque veut commencer à rechercher et travailler aux archives de Vincennes.

En trois grandes parties thématiques ("Consulter les fonds et collections conservés par le SHD", "Découvrir les fonds et collections du SHD", et "Entreprendre des recherches au SHD : quelques pistes à suivre"), les auteurs reviennent dans une série de brefs chapitres très didactiques sur tout ce qu'il faut savoir, de la présentation du service lui-même aux modalités de la recherche et de la consultation. Ils présentent également les fonds conservés, aussi bien à Vincennes que dans les nombreux centres de province (ce que le grand public ignore souvent) et détaillent également un certain nombre de règles de méthodologie. Quelques annexes utiles complètent ce volume. C'est clair, illustré, pédagogique, en résumé utile.

Un seul regret (qui n'enlève rien à l'intérêt de l'ouvrage) : la présentation d'un "monde idéal", car la réalité des moyens humains et financiers disponibles se traduit (pour l'instant) pour une réalité plus contrastée, au moins pour les chercheurs. Espérons que les évolutions en cours permettront de "redresser le navire".

Archives & Culture, 2013, 79 pages, 12 euros.

ISBN : 978-2-35077-231-8.

S'initier à la recherche
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24 novembre 2013 7 24 /11 /novembre /2013 06:30

Le prince rouge

Les vies secrètes d'un archiduc de Habsbourg

Timothy Snyder

Voici une histoire absolument extraordinaire et qui méritait bien un livre. Timothy Snyder (on se souvient de son récent Terres de sang) nous entraine ici sur les traces de William de Habsbourg, dernier enfant d'une branche collatérale de la famille impériale.

Titré de Habsbourg-Lorraine, Guillaume-François (dit ici William) s'est vu régner sur l'Ukraine, dont il parle la langue et commande des unités, au nom de son impériale famille. Alors que son frère, Charles-Albert, fit le choix de devenir Polonais, lui se rêva monarque d'Ukraine. L'ensemble de l'histoire se situe entre la fin du XIXe siècle et la première moitié du XXe, dans cette Europe orientale secouée par les changements de régimes et les révolutions, mais aussi poncutellement dans le Paris léger de l'entre-deux-guerres. Successivement, nous traitons ainsi de questions aussi rarement abordées en france que celles de la restauration d'un royaume de Pologne par les puissances centrales en 1916, du projet de restauration d'un Etat ukrainien par l'Autriche-Hongrie en 1917, et bien sûr au cours de la même année de l'effondrement de l'empire des tsars : "Les Habsbourg avaient toujours une carte à jouer en Russie : le mouvement national ukrainien". Et l'on découvre cet étrange (et absolument oublié) "domaine royal ukrainien", en Galicie et Bukovine, frontalier de la république populaire d'Ukraine à l'est et de la Double-Monarchie à l'ouest. Mais Guillaume est aussi le représentant de l'empereur Charles auprès des Cosaques, des mouvements paysans, des Eglises. On croise aussi les "terribles" Zaporogues, qui "ne quittaient jamais leurs sabres, même à l'église ou à confesse" et on assiste aux manoeuvres (manquées) pour proclamer la monarchie en renversant l'hetmanat ukrainien sous protectorat allemand. Ce n'est plus de l'histoire, c'est un roman d'aventure. Après la fin de la Grande Guerre (Guillaume a à peine 24 ans), voici venir la guerre civile, l'exil doré en France (et l'on croise Mistinguett), la montée des régimes autoritaires auxquels il est d'abord sensible, puis l'avènement du nazisme et la Seconde guerre mondiale qui le trouve sous uniforme allemand, alors que son frère resté en Pologne est écroué par la Gestapo. Il change d'avis après le déclenchement de l'opération Barbarossa : "Si l'Allemagne avait utilisé le nationalisme ukrainien, elle aurait gagné la guerre". Et voilà notre prince de Habsbourg engagé aux côtés des services de renseignement alliés, occidentaux d'abord, puis dans l'Autriche sous quadruple occupation de 1945, où il recrute des nationalistes ukrainiens pour les services français ! En 1947, il revient même à Lvov, car "des milliers de partisans se battaient toujours contre l'imposition du communisme en Pologne, en Ukraine occidentale et dans les Etats baltes". Arrêté, jugé, condamné en 1948 pour "avoir aspiré à devenir roi d'Ukraine en 1818, avoir dirigé les Cosaques libres en 1921 et avoir collaboré avec les services secrets britanniques et français", il meurt de tuberculose dans sa cellule.

Une vie extra-ordinaire au sens propre, au milieu de toutes les turbulences de l'Europe orientale, un livre qui se lit comme un roman, une plongée dans toutes les affaires d'Autriche, de Pologne et d'Ukraine à travers la vie d'une homme oublié. 

Gallimard, Paris, 2013, 375 pages. 22,90 euros.

ISBN : 978-2-07-013972-9.

Archiduc oublié
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23 novembre 2013 6 23 /11 /novembre /2013 08:10

La campagne de France

1814

L'impossible victoire

Yves Jégo

Après Jean-Pierre Chevènement et Jean-François Copé surfant sur les commémorations de la Grande Guerre, voici qu'Yves Jégo, député-maire et ancien ministre, membre du Parti radical/UDI, arrive à son tour dans les devantures des librairies avec un livre d'histoire. Maire de Montereau-Fault-Yonne en Seine et Marne, qui a vu en février 1814 l'une des dernières victoires de Napoléon Ier, il s'intéresse à cette période trop peu connue et pourtant extrêmement riche et dense, celle de la campagne de France qui précède la chute de l'empereur.

Dans un style extrêmement enlevé, il nous raconte donc ce quadrimestre de 1814 qui, du rassemblement des armées coalisées sur la frontière du Rhin à l'hiver 1813-1814 aux "Adieux de Fontainebleau" à la fin du mois d'avril, voit un Napoléon, dont le talent militaire semble intact, tenter de sauver son trône et sa dynastie au cours d'une succession quasi-ininterrompue de combats, dans une large quadrilatère entre Reims, Soissons, Paris et le sud-est de l'ïle de France. L'auteur est visiblement passionné, trop peut-être, car le style, avec ces phrases brèves et ses dialogues reconstitués, devient parfois emphatique, or les superlatifs n'apportent rien au discours historique et finissent par lasser. De même, le lecteur étant normalement attentif, il n'est pas nécessaire de revenir à plusieurs reprises sur telle ou telle situation à quelques pages d'intervalle. Par ailleurs, si le texte s'appuie effectivement sur de très nombreuses citations des témoins et acteurs de l'époque, référencées, on ressent bien que Jégo préfère Napoléon à Schwarzenberg ou Blücher et les Gardes nationaux français ou les "Marie-Louise" de la Jeune Garde (si jeunes, si mal équipés mais si courageux) aux Cosaques (voleurs, violeurs, pillards et assassins) et aux Prussiens. Il ne s'agit donc pas d'un ouvrage "scientifique", mais bien d'un "récit d'histoire nationale" (au propre du terme, avec ses limites mais aussi ses qualités intrinsèques).

Il n'en demeure pas moins que l'histoire séduira sans aucun doute tout les amateurs du "roman impérial" : victime de l'Europe des princes (réactionnaires) coalisés, le Petit Caporal retrouve l'esprit de la campagne d'Italie, le sens de la manoeuvre d'Austerlitz, appelle ses généraux à chausser les bottes de 1793 et voit surgir dans les provinces occupées l'appui paysan et populaire de la révolte des "blouses bleues". Et comme l'on préfère souvent l'honneur intact du vaincu qui a su se battre jusqu'au bout, à la morgue et à l'arrogance d'un vainqueur sans gloire, ça marche. Au fil des pages, l'image qui nous est offerte de l'empereur oscille entre le jeune officier d'Arcole (on le retrouve d'ailleurs, épée à la main, entrainant ses troupes sur un pont), le grand souverain qui tente de négocier une convention de paix (dont en fait personne ne veut), l'époux et le père (qui s'inquiète pour l'impératrice et le roi de Rome), le chef trahi (par les membres de sa propre famille et ses généraux qui se refusent à perdre leurs biens et titres), les brèves pauses et les maigres repas pris aux bords des chemins, sous la pluie et dans le froid, les rencontres émouvantes avec la troupe fidèle, etc. On aperçoit aussi l'Anglais, obstiné et prudent, et ces "traîtres" qui proclament à Bordeaux le retour de Louis XVIII. Enfin, l'auteur sait mettre en corrélation la campagne conduite par Napoléon lui-même avec ce que vivent, font ou ne font pas, durant la même période ses principaux généraux en Italie du Nord, en Suisse et dans le Lyonnais, dans les places fortes assiégées du Nord et de l'Est. Et cette campagne de France, menée tambour battant à presque dix contre un, retrouve son allure d'épopée oubliée. On se prend à marcher sous la pluie avec les fantassins et les cavaliers qui se préparent à attaquer les flancs de l'armée de Silésie ou de l'armée de Bohème. Les quelques modestes monuments, présents encore aujourd'hui sur les routes de l'est parisien à la Champagne, en des lieux que l'on retrouvera d'ailleurs un siècle plus tard entre Meaux et les marais de Saint-Gond, témoignent effectivement de ces dernières victoires impériales qui, à mon sens, illustrent plus que toutes les autres la maîtrise par Napoléon des principes essentiels de la guerre (concentration des efforts, liberté d'action, etc.) et l'importance de facteurs comme le renseignement de contact, la surprise, la mobilité, etc.

Abordant plus ou moins profondément tous les aspects politiques et diplomatiques qui agitent la période, Yves Jégo livre ainsi un livre complet pour le grand public. Bien que chacun sache dès le début comment l'histoire se termine, on se prend au matin d'une bataille à espérer avec l'empereur lui-même... Un bicentenaire qu'il est, aussi, bon de marquer et de rappeler.

Tallandier, Paris, 2013, 320 pages. 20,90 euros.

ISBN : 979-10-210-0153-4.

Bicentenaire
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22 novembre 2013 5 22 /11 /novembre /2013 06:30

Milindex

Plus de 80.000 références !

Lancé il y a pratiquement trois ans, le projet Milindex peut désormais être mis à la disposition des étudiants, des chercheurs, des amateurs, du grand public. A titre d'exemple; interroger la base de données avec le mot-clef "Afghanistan" permet de trouver plus de 180 références qui permettent de faire le point sur le situation militaire dans ce pays entre 1878 et 2011 ! Une véritable mine de références qui va continuer à vivre, à évoluer, à être toujours plus performante. Laissons Julie d'Andurain vous la présenter : 

 

Une collaboration CDEF, CDEM, Université

Fruit d’une collaboration de trois années entre le bureau Recherche du Centre de Doctrine d’Emploi des Forces (CDEF), le Centre de Documentation de l’Ecole militaire (CDEM) et l’Université, la base de données MILINDEX permet d’accéder aux sommaires de périodiques militaires des IIIe, IVe et Ve Républiques ainsi que certains périodiques en langue anglaise.

MILINDEX a été constitué au sein du bureau Recherche du CDEF dans le but initial d’accompagner les étudiants du Bureau dans leur découverte du fait militaire. Il s’agissait de les familiariser avec la littérature des périodiques, d’accès plus facile et plus rapide que celui des ouvrages. Au fur et à mesure de la construction de l’outil bibliographique, celui-ci est apparu comme un instrument de recherche en soi, susceptible de générer de nouvelles problématiques et par-delà de nouvelles recherches.

La base de donnée MILINDEX

MILINDEX ne donne pas accès au document lui-même. Il donne simplement la référence d’un article c'est-à-dire le nom de son auteur, le titre exact de l’article et l’ensemble des éléments scientifiques (date, tomaison, pages) qui permettent de le repérer correctement en bibliothèque. L’outil regroupe à ce jour plus de 80 000 références scientifiques d’articles peu connus et dont beaucoup sont de grande qualité. Il est ainsi possible d’établir une solide bibliographie scientifique avant d’aller consulter les documents en bibliothèque : le Centre de Documentation de l’École militaire particulièrement, mais aussi à la bibliothèque du SHD (Service Historique de la Défense à Vincennes) et à la Bnf, certaines revues étant par ailleurs numérisées sur Gallica.

Les périodiques référencés

À ce jour, près de trente revues ont été référencées, d’autres suivront. Parmi les plus importantes, vous trouverez les grandes revues d’arme de la IIIe République : la Revue d’artillerie (1872-1939), la Revue de cavalerie, la Revue d’infanterie (1887-1939), la Revue du service de l’Intendance militaire (1888-1959), la Revue militaire du génie (1887-1959) ; la Revue militaire générale (1907-1973) ; le Journal des Sciences militaires (1825-1914) ; la Revue militaire de l’étranger (1872-1899) et sa suite la Revue militaire des armées étrangères (1899-1914) ; le Spectateur militaire (1826-1914) ; la Revue des Troupes coloniales (1902-1939).

Des périodiques plus proprement historiques tels que la Revue historique des armées, la fameuse RHA, figurent également sur ce site ainsi que la Revue d’histoire de la Guerre mondiale (1923-1939), les Cahiers du Centre d’Études d’Histoire de la Défense (1996-2008), 14-18, le magazine de la Grande Guerre (2011-2012), de même quelques grandes revues intellectuelles de la IIIe République, intégralement dépouillées : Revue des Sciences Politiques (1911-1936), La Revue Politique et Parlementaire (1894-1971).

Enfin, sur des questions plus contemporaines, des périodiques en langue anglaise, plus récents ont également été référencés : Comparative Strategy, European Security ; An International Journal ; Comtemporary Security Police ; Conflict, Security & Development ; International Security ; Mediterranean Quarterly, A Journal of Global Issues ; Strategic Studies, Quarterly Journal of the Institute of Strategic Studies Islamabad, etc.

L’intérêt pour l’historien ou le chercheur en sciences humaines ?

Ces revues abordent de près ou de loin le fait militaire que ce soit par des aspects stratégiques, opératifs ou tactiques ou par l’histoire militaire proprement dite, française ou étrangère. Le mode d’accès à la base de données (par titre, par périodique, par auteur ou par année) permet d’envisager des thématiques très variées touchant aux armées comme le commandement, le recrutement, l’étude des armées étrangères (avec une recherche par pays), les questions de contre-insurrection, le mercenariat, la santé aux armées (hygiène, maladie, prophylaxie, etc), le renseignement, etc., la liste n’étant bien évidemment pas exhaustive.

Grâce à cet outil, il est également possible d’envisager une réflexion élargie sur la pensée militaire française, de rechercher éventuellement les éléments constitutifs d’une anthologie, mais de pratiquer également des analyses prosopographiques à partir d’un recueil important de données.

Pour les lecteurs du blog du lieutenant-colonel Porte, j’ajoute que cet outil a été mis en place durant ces trois dernières années sous sa direction et avec l’aide précieuse, et au combien efficace, de Mlle Bénédicte Bretonnière.  Je remercie également tous les étudiants qui ont participé activement à ce projet et qui ont appris, ainsi, à construire et utiliser une base de données.

Vous trouverez MILINDEX sur le site du CDEF :  www.cdef.terre.defense.gouv.fr. dans la partie droite de la page d’accueil. Pour accéder au contenu du site, retenir les mots de passe :

User name

=                                                    milindex

password

=                                                recherche

Une fois que vous vous trouverez sur la page de recherche, cliquez par exemple sur Milindex-titre et entrez un mot clé (guerre, armée, blessé, troupe, etc) puis cliquez sur login (ne pas utiliser la touche « Entrée » du clavier). 

Bonne navigation !

                        Julie d’Andurain

                        Responsable du projet MILINDEX au bureau Recherche du CDEF/DREX

 

Ajoutons simplement deux recommandations particulières pour les amateurs encore peu habitués aux bases de données : ne pas hésiter à multiplier les requêtes en changeant de mots-clefs (artillerie, canons, bombardement, etc.) et penser (puisqu'une partie des titres est en langue anglaise) à effectuer selon les sujets la recherche en deux langues (par exemple Liban, Lebanon, ou Chypre, Cyprus). 

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22 novembre 2013 5 22 /11 /novembre /2013 06:25

La Légion étrangère

Histoire et dictionnaire

André-Paul Comor (Dir.)

Nous avions chroniqué dès sa parution au printemps dernier (ici) l'excellent volume paru en avril dans la collection 'Bouquins'. Après lecture attentive, avec son enthousiasme et sa liberté de ton, le professeur jean-Charles Jauffret nous adresse la recension ci-dessous que nous nous faisons une joie de publier.

 

André-Paul COMOR (sous la direction de),

La Légion étrangère. Histoire et dictionnaire,

préface d’Etienne de Montety,

collection Bouquins, Robert Laffont, mars 2013, 1 140 p., 32 euros.

 

Premier dictionnaire historique et critique consacré à la Légion étrangère, cette œuvre monumentale doit tout à la persévérance d’André-Paul Comor. Maître de conférences honoraire à Sciences Po Aix, auteur, entre autres, de La Légion étrangère (PUF, coll. « Que Sais-Je ? », 1992), et d’un retentissant Camerone (Tallandier 212) qui renouvelle, en histoire militaire comparée, le récit de ce combat fondateur du mythe légionnaire, il a su s’entourer d’une équipe de 59 spécialistes, y compris étrangers (dont l’historien américain Douglas Porch qui publia chez Fayard, en 1994, une somme, La Légion étrangère,1831-1962).

A corps d’élite, ouvrage d’exception ! Mieux que tous les autres dictionnaires de la collection Bouquins, celui-ci est à la fois un instrument de travail et une synthèse. Ce qui est d’autant plus difficile à réussir qu’il s’agit d’une étude d’un corps vivant et dynamique. En effet, après la préface lumineuse d’Etienne de Montety qui souligne en quoi la Légion est bien « la promesse de l’extraordinaire », s’ensuivent une présentation de l’antériorité des étrangers au service de la France depuis les Ecossais chers à Charles VII et, in fine, une anthologie de la littérature légionnaire (poèmes, anecdotes, extraits de mémoires…). Une chronologie comparée, des cartes, quelques illustrations étayent la présentation alphabétique des entrées. Un dernier regroupement est offert au lecteur par l’intelligence de la présentation de la bibliographie sélective, par pays, d’ouvrages non cités dans les notices. Elle est exhaustive pour le relevé des ouvrages et témoignages publiés relatifs à la Légion. Même rigueur scientifique pour la présentation de l’abondante (et insoupçonnée) filmographie (films de fiction et documentaires) démontrant que la Légion, d’Under Two Flags (Etats-Unis, 1912, de Lloyd Lonergan) à Français par le sang versé (France, 2011, de Marcela Feraru), est autre chose que l’inévitable et populaire Beau Geste (1939, avec Gary Cooper, et « remake » de 1966). Ce dictionnaire recèle des trésors, telle cette précieuse discographie depuis les premiers 78 tours aux supports contemporains. Et ce, en  montrant comment, une des toutes dernières musiques principales de l’Armée de terre peut, en 2012, offrir aussi la fantaisie d’aubades et chants du monde entier où elle se produit d’ailleurs, de Santiago du Chili aux capitales européennes.  En ce sens, par leur prestige, ces légionnaires musiciens sont à l’Armée de terre ce que la Patrouille de France est à l’Armée de l’air.

Loin des clichés habituels, c’est de l’étude d’un bien de l’humanité, profondément ancré dans la tradition militaire française, dont il s’agit. On s’attend, tout d’abord, à trouver les monographies de chaque régiment, d’unités particulières (compagnies d’infanterie montées, escadrons dotés de « crabes » en Indochine…), mais loin de l’hagiographie type Livre d’or. En effet, rien n’est laissé dans l’ombre : mutineries de 1840, 1915, 1916 et 1940, drames de conscience en juin 1940 et du Levant en 1941, choix d’avril 1961 lors du putsch des généraux (où le colonel Brothier, chef de corps du Premier étranger, sut préserver l’unité de la Légion malgré critiques internes et sécessions)… Des entrées concernent également  la légende noire de la Légion, les questions de l’alcoolisme et des bordels (Sidi-Bel-Abbès, les BMC…), sans oublier les désertions et les suicides, formes ultimes du « cafard ». Sont aussi évoqués des personnages qui font aussi partie de l’histoire de la Légion avant de choisir l’activisme terroriste de l’OAS, tel le lieutenant Roger Degueldre. En revanche, parmi les grandes figures, comme l’emblématique « père de la Légion », le général Rollet ou les « maréchaux de la Légion », c’est-à-dire ses célèbres sous-officiers, véritable ossature de ce corps d’exception, apparaissent les nobles destins de femmes, telle la marraine du 1er REC (régiment étranger de cavalerie), la comtesse Leila du Luart (1888-1985) ou Edmonde Charles-Roux. On croise également l’inattendu, d’Isabelle Eberhardt à la tempête de neige et de sable de Forthassa sur les confins algéro-marocains, en février 1908, qui vit la mort par le froid de 34 légionnaires épuisés après une marche forcée dans la montagne. Sans doute une des approches les plus nouvelles concerne les relations entre les politiques et la Légion (Adolphe Thiers, Louis de Montfort, Pierre Messmer, ancien de Bir Hakeim…). A noter comment le Parti communiste s’est associé aux campagnes de presse dénonçant les exactions de la Légion, avant d’en réclamer la suppression par une proposition de loi de 1980. Tout comme les troupes de marine, dont on peut un jour espérer qu’elles auront un dictionnaire de cette qualité, les unités de légionnaires ont aussi été engagées dans des opérations de maintien de la paix, sous l’égide de l’ONU ou de l’OTAN, de 1992 à nos jours. Les aspects internationaux ne sont donc pas négligés, y compris le droit pour l’extradition de criminels notoires. Les amateurs d’exotisme ne seront, eux aussi, pas déçus, entrées : « chapeau chinois », « Boudin, le », « Fêtes »… Ce qui relève souvent de l’image et de l’imaginaire liés à la Légion dont un long article offre une synthèse.

Ce dictionnaire est avant tout consacré à la foule anonyme Des hommes sans nom. Leur « code de l’honneur » si particulier remonte, pour la version écrite, à mars 1937. Cet ouvrage offre un baromètre des recrutements, depuis 1831, lié aux crises politiques et économiques en Europe et à présent dans le monde. Ce peuple bariolé sous l’uniforme, aux antipodes d’un racisme à présent récurrent dans une France décadente, est évoqué de main de maître dans les multiples aspects de la vie quotidienne, mais aussi des rudes entraînements et de l’esprit de corps. Un des aspects les plus novateurs de cette œuvre magistrale, prouvant qu’un corps d’élite sort grandi de l’analyse scientifique, concerne la culture légionnaire (chants, traditions…) et la définition de ce qui conduit, un jour, des étrangers sous un drapeau français d’accepter l’ultime sacrifice pour remplir la mission. En ce sens « faire Camerone » les distinguent des mercenaires, fléau du monde militaire contemporain qui sacrifie l’armée à des sociétés d’Affreux, précurseurs d’une nouvelle forme de féodalité dans le délitement des devoirs régaliens des Etats. De plus « On n’est pas à la Légion pour la gamelle » : le légionnaire gagne une misère à l’engagement. A travers l’étude des primes et soldes, c’est aussi  s’intéresser aux motivations, hors des stéréotypes habituels, qui poussent un homme à choisir de servir avec honneur et fidélité sous le képi blanc. Evidemment, toutes les campagnes où fut engagée la Légion sont magistralement décrites, y compris les avatars tel le « jaunissement » à la fin de la guerre d’Indochine. Sont également analysées, ce qui confirme l’aspect d’histoire totale de ce dictionnaire propre de l’histoire militaire contemporaine, les croyances religieuses (articles « Eglise catholique », « Pasteurs », « Juifs dans la Légion » (et question de l’antisémitisme en 1915 et 1940 surtout)…)

Enfin, ce dictionnaire ouvre également sur les représentations de la Légion à travers la presse, la littérature, tout en séparant ce qui relève du mythe et ce qui correspond au vécu du combattant. De sorte que l’objectif est atteint : permettre au grand public de découvrir une société jugée imperméable, comprendre pourquoi à chaque 14 juillet, sur les Champs-Elysées, la Légion précédée de sa musique principale et de son corps de sapeurs portant barbe, tablier et hache, suscite un tel enthousiasme. Il reste à souhaiter qu’à l’heure de la réduction des forces armées françaises à un format de poche, ce travail aide à réfléchir les politiques timorés et les petits boutiquiers de Bercy issus de l’énarchie : un corps d’élite ne s’improvise pas, il est le fruit d’expériences et d’une longue tradition. De sorte que rayer d’un trait de plume un régiment au savoir-faire inégalable et irremplaçable dans une opération extérieure, ou muter un autre régiment de tradition liée au substrat de la Légion romaine à Orange pour le cul-de-basse-fosse du camp de Carpiagne, outre le mépris du contribuable pour la dépense inutile, relève de l’inconscience

                                               Jean-Charles Jauffret

Dictionnaire de référence
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Cafés historiques de La Chouette

Prochaine séance : pour la rentrée de septembre. Le programme complet sera très prochainement mis en ligne.

Publications personnelles

Livres

 

doumenc-copie-1.jpgLa Direction des Services automobiles des armées et la motorisation des armées françaises (1914-1918), vues à travers l’action du commandant Doumenc

Lavauzelle, Panazol, 2004.

A partir de ma thèse de doctorat, la première étude d’ensemble sur la motorisation des armées pendant la Première Guerre mondiale, sous l’angle du service automobile du GQG, dans les domaines de l’organisation, de la gestion et de l’emploi, des ‘Taxis de la Marne’ aux offensives de l’automne 1918, en passant par la ‘Voie sacrée’ et la Somme.

 

La mobilisation industrielle, ‘premier front’ de la Grande Guerre ? mobil indus

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2005 (préface du professeur Jean-Jacques Becker).

En 302 pages (+ 42 pages d’annexes et de bibliographie), toute l’évolution industrielle de l’intérieur pendant la Première Guerre mondiale. Afin de produire toujours davantage pour les armées en campagne, l’organisation complète de la nation, dans tous les secteurs économiques et industriels. Accompagné de nombreux tableaux de synthèse.

 

colonies-allemandes.jpgLa conquête des colonies allemandes. Naissance et mort d’un rêve impérial

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2006 (préface du professeur Jacques Frémeaux).

Au début de la Grande Guerre, l’empire colonial allemand est de création récente. Sans continuité territoriale, les différents territoires ultramarins du Reich sont difficilement défendables. De sa constitution à la fin du XIXe siècle à sa dévolution après le traité de Versailles, toutes les étapes de sa conquête entre 1914 et 1918 (388 pages, + 11 pages d’annexes, 15 pages de bibliographie, index et cartes).

 

 caire damasDu Caire à Damas. Français et Anglais au Proche-Orient (1914-1919)

 14/18 Editions, Saint-Cloud, 2008 (préface du professeur Jean-Charles Jauffret).

Du premier au dernier jour de la Grande Guerre, bien que la priorité soit accordée au front de France, Paris entretient en Orient plusieurs missions qui participent, avec les nombreux contingents britanniques, aux opérations du Sinaï, d’Arabie, de Palestine et de Syrie. Mais, dans ce cadre géographique, les oppositions diplomatiques entre ‘alliés’ sont au moins aussi importantes que les campagnes militaires elles-mêmes.

 

hte silesieHaute-Silésie (1920-1922). Laboratoire des ‘leçons oubliées’ de l’armée française et perceptions nationales

‘Etudes académiques », Riveneuve Editions, Paris, 2009.

Première étude d’ensemble en français sur la question, à partir du volume de mon habilitation à diriger des recherches. Le récit détaillé de la première opération civilo-militaire moderne d’interposition entre des factions en lutte (Allemands et Polonais) conduite par une coalition internationale (France, Grande-Bretagne, Italie), à partir des archives françaises et étrangères et de la presse de l’époque (381 pages + 53 pages d’annexes, index et bibliographie).

 

cdt armee allde Le commandement suprême de l’armée allemande 1914-1916, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général von Falkenhayn 

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Le texte original de l’édition française de 1921 des mémoires de l’ancien chef d’état-major général allemand, accompagné d’un dispositif complet de notes infrapaginales permettant de situer les lieux, de rappeler la carrière des personnages cités et surtout de comparer ses affirmations avec les documents d’archives et les témoignages des autres acteurs (339 pages + 34 pages d’annexes, cartes et index).

 

chrono commChronologie commentée de la Première Guerre mondiale

Perrin, Paris, 2011.

La Grande Guerre au jour le jour entre juin 1914 et juin 1919, dans tous les domaines (militaire, mais aussi politique, diplomatique, économique, financier, social, culturel) et sur tous les fronts. Environ 15.000 événements sur 607 pages (+ 36 pages de bibliographie et d’index).

 

 Les secrets de la Grande Guerrecouverture secrets

Librairie Vuibert, Paris, 2012.

Un volume grand public permettant, à partir d’une vingtaine de situations personnelles ou d’exemples concrets, de remettre en lumière quelques épisodes peu connus de la Première Guerre mondiale, de la question du « pantalon rouge » en août 1914 à l’acceptation de l’armistice par von Lettow-Vorbeck en Afrique orientale, après la fin des hostilités sur le théâtre ouest-européen.

 

Couverture de l'ouvrage 'Mon commandement en Orient'Mon commandement en Orient, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général Sarrail

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2012

Le texte intégral de l'édition originale, passé au crible des archives publiques, des fonds privés et des témoignages des acteurs. Le récit fait par Sarrail de son temps de commandement à Salonique (1915-1917) apparaît véritablement comme un exemple presque caricatural de mémoires d'autojustification a posteriori

 

 

Coordination et direction d’ouvrages

 

Destins d’exception. Les parrains de promotion de l’Ecole Spéciale Militaire de Saint-Cyr

SHAT, Vincennes, 2002.

Présentation (très largement illustrée, 139 pages) des 58 parrains qui ont donné leur nom à des promotions de Saint-Cyr, entre la promotion « du Prince Impérial » (1857-1858) et la promotion « chef d’escadrons Raffalli » (1998-2001).

 

fflLa France Libre. L’épopée des Français Libres au combat, 1940-1945

SHAT, Vincennes et LBM, Paris, 2004.

Album illustré présentant en 191 pages l’histoire et les parcours (individuels et collectifs) des volontaires de la France Libre pendant la Seconde guerre mondiale.

 

marque courageLa marque du courage

SHD, Vincennes et LBM, Paris, 2005.

Album illustré présentant en 189 pages l’histoire des Croix de Guerre et de la Valeur Militaire, à travers une succession de portraits, de la Première Guerre mondiale à la Bosnie en 1995. L’album comporte en annexe une étude sur la symbolique, les fourragères et la liste des unités d’active décorées.

 

  90e anniversaire de la Croix de guerre90-ANS-CROIX-DE-GUERRE.jpg

SHD, Vincennes, 2006.

Actes de la journée d’études tenue au Musée de l’Armée le 16 novembre 2005. Douze contributions d’officiers historiens et d’universitaires, français et étrangers, de la naissance de la Croix de guerre à sa perception dans la société française, en passant les décorations alliées similaires et ses évolutions ultérieures.

 

france grèceLes relations militaires franco-grecques. De la Restauration à la Seconde guerre mondiale 

SHD,Vincennes, 2007.

Durant cette période, les relations militaires franco-grecques ont été particulièrement intenses, portées à la fois par les sentiments philhellènes qui se développent dans l’hexagone (la France est l’une des ‘Puissances protectrices’ dès la renaissance du pays) et par la volonté de ne pas céder d’influence aux Anglais, aux Allemands ou aux Italiens. La campagne de Morée en 1828, l’intervention en Crète en 1897, les opérations en Russie du Sud  en 1919 constituent quelques uns des onze chapitres de ce volume, complété par un inventaire exhaustif des fonds conservés à Vincennes.

 

verdunLes 300 jours de Verdun

Editions Italiques, Triel-sur-Seine, 2006 (Jean-Pierre Turbergue, Dir.).

Exceptionnel album de 550 pages, très richement illustré, réalisé en partenariat entre les éditions Italiques et le Service historique de la Défense. Toutes les opérations sur le front de Verdun en 1916 au jour le jour.

 

DICO-14-18.jpgDictionnaire de la Grande Guerre

(avec François Cochet), 'Bouquins', R. Laffont, 2008.

Une cinquantaine de contributeurs parmi les meilleurs spécialistes de la Grande Guerre, 1.100 pages, 2.500 entrées : toute la Première Guerre mondiale de A à Z, les hommes, les lieux, les matériels, les opérations, les règlements, les doctrines, etc.

 

fochFerdinand Foch (1851-1929). Apprenez à penser

(avec François Cochet), 14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Actes du colloque international tenu à l’Ecole militaire les 6 et 7 novembre 2008. Vingt-quatre communications balayant tous les aspects de la carrière du maréchal Foch, de sa formation à son héritage dans les armées alliées par des historiens, civils et militaires, de neuf nations (461 pages + 16 pages de bibliographie).

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