La Corse à l'épreuve de la guerre (1939-1943)
Hélène Chaubin
Après l’ouvrage de Jean-Louis Panicacci, En territoire occupé. Italiens et Allemands à Nice, 1942-1944, que nous avions chroniqué il y a quelques mois, les éditions Vendémiaire proposent aujourd’hui une nouvelle étude consacrée à un département du Sud-est pendant la Seconde guerre mondiale : la Corse. Parlant d’un « ouvrage qui fera assurément référence », Francis Pomponi précise dans sa préface : « Nous sommes en présence d’une synthèse, d’une mise à jour sur une époque où le sort de la Corse entre France et Italie est resté longtemps incertain, suspendu à la conjoncture internationale ».
Hélène Chaubin commence par expliquer l’importance, dans un département insulaire dont l’économie souffre des désorganisations imposées en septembre 1939 par la mobilisation, du « coup de poignard dans le dos de juin 1940 », lorsque Mussolini entre en guerre à l’ultime minute en espérant récolter à peu de frais de substantiels avantages territoriaux. Elle observe également que le souvenir, dans les mémoires, de ces événements est sans rapport avec leur relative brièveté : dix mois sous autorité italienne, quatre mois sous autorité allemande. Après avoir exposé les conditions qui précèdent et entourent l’arrivée des Italiens (on se souvient du discours irrédentiste fasciste sur la Corse, la Tunisie et Djibouti), l’auteure s’intéresse à l’état d’esprit des élites locales et de la population (chap. 3, « La Corse maréchaliste »), tout en faisant la part d’une certaine « corsitude » et d’un système resté clanique. Les réorganisations administratives et syndicales sont également détaillées, tout comme la création, le développement et le poids relatif de la Légion Française des Combattants.
L’arrivée de l’armée italienne le 11 novembre 1942, parallèle à l’invasion de la ‘zone libre’ par les Allemands à la suite du débarquement anglo-saxon en Afrique du Nord, et le début de l’occupation ne sont marqués par aucun désordre significatif. L’armée d’armistice de Vichy est dissoute à la fin de l’année et, au début de 1943, se pose la double question de l’exercice de l’autorité administrative et de l’avenir de la Gendarmerie. Mais la situation se dégrade rapidement et le printemps est également marqué par le développement progressif de la Résistance, et donc consécutivement par l’accroissement de la répression. Hélène Chaubin rappelle également très justement les difficultés économiques, puisque « l’occupation italienne a accru de 40 % la population de l’île » et que la Corse connaît alors « le programme d’exploitation économique qui caractérisa le dernier sursaut de l’impérialisme fasciste en France ». Elle s’attarde sur les déportés politiques (« Les déportés de l’île d’Elbe ») et le rôle des services alliés dans l’équipement et l’armement de la Résistance corse (où le sous-marin Casabianca déjà se distingue).
L’arrivée de contingents allemands de plus en plus nombreux précède de peu la capitulation italienne alors que le Front national corse envisage de lancer une insurrection locale, dans l’attente (crainte des uns, espoir des autres) d’un débarquement allié. La situation intérieure se dégrade encore, jusqu’aux combats de septembre (de nombreux Italiens rejoignent les résistants dans leur lutte contre les Allemands). On ignore, très généralement, qu’ils furent particulièrement durs et meurtriers. Le 3 octobre, la Corse est totalement libérée, mais les traces de la guerre seront longues à cicatriser et l’auteure revient en conclusion sur « la complexité des relations avec les Italiens pendant les années de guerre. Il y a eu réellement deux Italies, et l’antifascisme s’est révélé activement en 1943 ». Finalement, dans l’île, « l’esprit de résistance n’a pas été unanime, mais il l’a emporté ».
Un livre passionnant, complété par de nombreuses annexes et une riche bibliographie. Une étude comme on aimerait en voir beaucoup au sujet d’autres situations locales et régionales.
Editions Vendémiaire, Paris, 2012, 286 pages, 20 euros.
ISBN : 978-2-36358-039-9

La Direction des Services automobiles des armées et la motorisation des
armées françaises (1914-1918), vues à travers l’action du commandant Doumenc

Du Caire à Damas. Français et Anglais au Proche-Orient (1914-1919)



Mon commandement en Orient, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du
général Sarrail




Dictionnaire de la Grande Guerre