La résistance allemande à Hitler
Joachim Fest

A la fois historien, éditeur, écrivain et journaliste allemand, Joachim Fest est rapidement devenu l’un des grands spécialistes du IIIe Reich, écrivant tour à tour sur Hitler, sur l’architecte Albert Speer ou sur d’autres protagonistes importants du régime nazi. Il est notamment connu pour son ouvrage Les derniers jours d’Hitler, publié en 2002, relatant la toute fin de la Seconde guerre mondiale en Europe à travers la bataille de Berlin et le suicide du Führer dans son bunker, livre qui a fortement inspiré le film La Chute, sorti au cinéma en 2004.
Dans La résistance allemande à Hitler, Fest analyse la Résistance allemande d’une façon strictement chronologique, de l’avènement d’Hitler à l’attentat du 20 juillet 1944, en passant par l’absence (quasi totale) de réaction collective et d’opposition au régime, pour aborder plus en détails les évènements du 20 juillet 1944, de la conception du plan à son élaboration, puis à sa réalisation. A travers son ouvrage, et grâce à de solides sources, J. Fest traduit l’ensemble des sentiments qui animeront la Résistance allemande, de ses premiers pas au début des années 1930 à son acte le plus connu du grand public, la tentative d’attentat du 20 juillet 1944. Les conjurés sont tour à tour caricaturés par Hitler comme une « toute petite clique d’officiers ambitieux », une idée qui est largement relayée par la propagande du régime et qui a longtemps persistée, puis considérés comme des officiers traitres et opportunistes qui sentent venir la fin du régime et tentent de se racheter une conduite, pour certains ils étaient des réactionnaires, pour d’autres encore des progressistes, soucieux même a-t-on pu lire ici ou là de revenir à la monarchie ou d’instaurer un régime nouveau. Bref, les analyses ont été nombreuses.
En fait, cette résistance allemande est souvent difficile à comprendre et à appréhender du fait de la diversité des voix qui se sont liées à la confusion des voix qui se sont élevées en son sein. On y retrouve aussi bien des motivations chrétiennes ou socialistes que des préoccupations liées aux droits de l’homme ou des aspirations conservatrices voire réactionnaires. L’expression générique de « Résistance allemande » désigne plutôt un ensemble de mouvances indépendantes les unes des autres, en opposition fréquente.
« Le long chemin qui a mené à et événement (l’attentat du 24 juillet 1944), les tensions et les revers qui l’ont jalonné, mais aussi ses actes inutiles, constituent le sujet de ce livre. » : c’est peut-être, là, l’un des rares reproches que l’on peut faire au livre, celui de trop s’attacher (en proportion) aux épisodes qui mèneront au plus connu des attentats contre Hitler. Néanmoins, cet ouvrage offre au public non averti une nouvelle image de la résistance allemande qui n’a pas été seulement sporadique et qui n’est pas apparue de façon « opportuniste » à la toute fin du régime : « ce livre vise un public plus large de lecteurs intéressés par l’histoire. Son ambition n’est pas tant de révéler de nouveaux faits isolés. Il s’agit plutôt de raconter une vieille histoire en s’appuyant sur l’état actuel de la recherche ». Bien que J. Fest s’attache essentiellement à la construction et à l’aboutissement du mouvement des conjurés de septembre 1938 qui aboutit six ans plus tard à la tentative d’attentat de juillet 1944, qui marquera tant les mémoires, il tient également à démontrer que la Résistance n’est pas le fait de généraux inquiets pour leur propre situation, que les complots ont été nombreux (en pratique ils n’ont pas cessé, même lorsque le régime nazi est à son apogée). Les noms des conjurés de la première heure sont ceux qui apparaissent également à la dernière : la Résistance qui a débouché sur la tentative d’attentat du 20 juillet 1944 n’était pas une simple entreprise isolée, menée hors de tout contexte par quelques officiers. L’auteur traduit parfaitement le doute qui anime les conjurés sur la réussite de l’opération, et comme le dit si bien le colonel Stauffenberg, « il y aurait pire qu’un échec : accepter sans agir la honte et la contrainte paralysante ». Lucide, il fait observer « qu’il est temps d’agir. Mais celui qui ose agir doit être conscient du fait qu’il entrera sans doute comme un traitre dans l’histoire allemande. S’il s’abstient toutefois de commettre cet acte, il sera un traitre à sa propre conscience ».
Si la Résistance n’a finalement pas influencé le cours des choses, elle a notoirement transformé le jugement porté sur ces années de régime nazi. D’un point de vue moral, la symbolique de la simple tentative (même se terminant par un échec) pèse exactement du même poids que le succès, et Fest de conclure par la remarque de l’un des conjurés, Justus Delbrück, « Je crois qu’il était bon que ce fût fait, et peut-être aussi que cela échouât ».
Bérenger Caudan-Vila
Coll. 'Tempus', Perrin, 2013, 528 pages, 11 euros.
ISBN : 978-2-262-04179-3.

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