Chouans et Vendéens contre l'Empire
1815. L'autre guerre des Cent-Jours
Aurélien Lignereux
De Charette à Cadoudal, les grands épisodes des guerres de Vendée, de la Révolution jusqu'au Consulat, sont bien connues et ont fait l'objet de plusieurs publications ces dernières années. Mais qui se souvient de la révolte qui suit le retour de Napoléon de l'île d'Elbe ? Aurélien Lignereux (auquel on doit déjà en particulier un L'empire des Français, 1799-1815, ici) nous en propose dans ce livre une belle histoire d'ensemble.
En sept chapitres chrono-thématiques, il nous fait le récit de cet épisode oublié des Cent-Jours. L'auteur décrit d'abord le cadre des événements, ces régions de l'Ouest finalement assez mal pacifiées, ou au moins restées rétives, mais qui pour autant n'entendent pas s'abandonner sans préserver leurs particularismes au retour des Bourbons, mai aussi les différences entre l'empire napoléonien autoritaire de 1813-1814 et sa brève restauration "libérale et nationale" en 1815. Il résume sa problématique : "Se battre contre l'empereur, est-ce nécessairement se battre pour le roi ?". Il insiste en particulier sur les difficultés et les ambigüités de la première restauration : "Louis XVIII n'était pas aimé des Vendéens, qui combattaient plus pour leurs privilèges que pour le trône ; ils l'appelaient le roi Pataut, et dans leur langage pataut veut dire patriote". C'est ainsi, différence majeure que les représentants de Napoléon soulignent au début des Cent-Jours, que ce sont les nobles qui viennent chercher les paysans pour les pousser à se révolter, et non plus le contraire comme vingt ans plus tôt. Cette révolte de 1815 est donc d'abord politique. Elle est également moins puissante qu'en 1793 et plus strictement définie au plan géographique, et bénéficie d'un "évanouissement" de l'ordre légal, les autorités se repliant rapidement vers les principales villes voisines. Aurélien Lignereux détaille ensuite le développement et l'implantation du mouvement dans les différents cantons et arrondissements et précise l'organisation des unités et le fonctionnement des institutions et services publics pour les Blancs comme pour les Bleus. On apprécie tout particulièrement le grand soin mis à évaluer les effectifs réels et à peser les possibilités d'actions concrètes des uns et des autres. Les quarante jours de combats effectifs, en mai-juin 1915, marqués par l'attente d'une aide britannique, les difficultés à équiper les troupes levées, les profondes dissenssions entre les chefs blancs, l'incohérence des ordres et des contre-ordres, l'oubli des principes de la "petite guerre" pour imiter sans moyens la "grande", etc. Une formule est employée : "l'amateurisme des royalistes", que l'habileté ou l'héroïsme de quelques uns ne permet pas de compenser. D'autant que, dans l'ensemble, les anciens chefs des premières guerres de Vendée ont mal vieilli et que leurs conceptions tactiques sont contestées, tandis que "les officiers supérieurs bonapartistes multiplient pour leur part les références à la Calabre ou à l'Espagne, qui leur semblent plus opératoires". La défaite de Waterloo et la chute de l'empire devraient ramener le calme, mais l'agitation se poursuit en certains endroits et la situation se dégrade même ici ou là. Dans le désordre qui s'aggrave, les alliances locales se nouent et se dénouent, tandis que la stabilisation politique au niveau national (Seconde restauration) et l'arrivée des premiers régiments étrangers (on rencontre des Prussiens en pays chouan) compliquent la situation. Les régions de l'Ouest vivent en quelque sorte sous occupationn étrangère et le patriotisme pousse plusieurs chefs révoltés à s'opposer par les armes aux Coalisés. Il faut en pratique trois ans pour ramener un calme précaire, dans ces régions où le souvenir de la dernière guerre de Vendée sera instrumentalisé tout au long du XIXe siècle, prenant ainsi paradoxalement toute sa place dans l'histoire politique en dépit de ses piètres éléments militaires.
Finalement, la Vendée et plus largement les régions de l'Ouest ne se contentent pas de se révolter à l'appel des nobles en 1815, mais cette (presque) ultime révolte illustre bien le caractère particulier des "revendications" des populations. Une étude très, très intéressante, qui s'appuie sur de nombreuses références et citations et qui se lit d'une traite. Une guerre bien oubliée aujourd'hui qui accumule les contradictions intérieures et tient surtout du conflit politique.
Editions Vendémiaire, Paris, 2015, 381 pages, 222,- euros.
ISBN : 978-2-36358-187-7.


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Dictionnaire de la Grande Guerre