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5 mai 2012 6 05 /05 /mai /2012 07:30

La délation

dans la France des années noires

Laurent Joly

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Je me souviens d'avoir été étonné il y a quelques années, alors que je travaillais sur les archives de la Commission d'enquête sur les repliements suspects (mise en place par Weygand à l'été 1940), par le nombre de dossiers ouverts à la suite d'une dénonciation. Ce point de départ d'un assez grand nombre de procédures m'avait marqué. Il faut donc remercier Laurent Joly d'avoir réuni une équipe de 11 chercheurs pour travailler spécifiquement sur ce thème de La délation, pour étudier avec mesure "ces deux faces, politique et sociale, du phénomène de la dénonciation sous l'Occupation". Avec mesure en effet, puisque dès l'avant-propos les auteurs soulignent que certaines autorités de Vichy elles-mêmes s'inquiètent de cette attitude d'une partie de la population : "Il faut, par tous les moyens possibles, mettre un terme à cette campagne de délation qui crée une atmosphère insupportable de suspicion", écrit en novembre 1941 le secrétaire général de la vice-présidence du Conseil.

Dans une solide introduction de plus de 60 pages, le directeur de l'ouvrage procède successivement à une définition des termes du sujet, puis à l'identification des sources d'archives (ce qui conduit d'ailleurs à observer que, face à l'ampleur du phénomène, seule une petite partie de la ressource a pu être systématiquement exploitée). Il précise ensuite que le processus se poursuit après la Libération (les "délations inversées"), même si "les dénonciations des années d'occupation marquent durablement les esprits", et tente de quantifier par grandes thématiques les sujets de dénonciation.

Le corps de l'ouvrage est divisé en 12 grandes parties qui permettent d'aborder avec précision de nombreuses facettes différentes : "Les dénonciations totalitaires" (étude de la situation en URSS, Allemagne et Italie), "Insulter le maréchal" (la répression des délits d'opinion), "La dénonciation dans la traque des communistes et des Juifs" (estimation comparative), "La dénonciation dans la répression du marché noir" (dont les premiers acteurs sont les consommateurs urbains), "Dénoncer les réfractaires au STO" (au nom d'un paradoxal souci "d'égalité", mais phénomène qui reste minoritaire), "Des délations ordinaires" (essai de typologie sur le thème 'Qui dénonce qui et sur quel sujet?'), "La dénonciation vertueuse" (liée aux questions morales et de comportement sexuel), "Le Corbeau de Henri Georges Clouzot" (film sombre qui obtient -paradoxalement ?- un étonnant succès à l'automne 1943), "La dénonciation civique en Moselle occupée" (sous l'administration civile d'un Gauleiter allemand), "La dénonciation politique en Alsace" (dans le cadre du retour à la France après 1945), "Comment juger la délation à la Libération" (avec la question de la qualification judiciaire des faits), et "Dénoncer les délateurs" (à travers l'exemple du département du Rhône à partir de 1945).

On le voit, un volume particulièrement dense, complété par 20 pages de notes et références, puis 5 pages de bibliographie et un utile index détaillé. Un livre posé, mesuré, argumenté, indispensable sur un sujet aussi douloureux.

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3 mai 2012 4 03 /05 /mai /2012 08:10

Otages d'Hitler

  1942-1945

Benoît Luc

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Quoi de commun entre le général Weygand, le sportif Jean Borotra ou le chef historique de la CGT Léon Jouhaux ? Ils ont été arrêtés au cours des dernières années de guerre par les autorités allemandes et transférés au cœur de l’Europe pour y être détenus dans des conditions certes parfois peu agréables, mais qui ne peuvent en aucun cas être comparées au sort des déportés « ordinaires ». Cette véritable "prise d'otages" institutionnelle se déroule essentiellement en trois vagues à partir de l'automne 1942, pour des effectifs de plus en plus importants.

Les plus hautes élites politiques et militaires d’avant-guerre avait, le plus souvent, d'abord été assignées à résidence dans leurs propriétés, dans d’anciennes forteresses ou dans différents hôtels par le régime de Vichy, dans le cadre du procès de Rioim et avant l’invasion de la zone « libre » en novembre 1942. Dès la fin de ce même mois, les premiers de ces prisonniers, essentiellement les inculpés du procès, sont transférés en Allemagne : si « la nourriture reste insuffisante », ils ont droit à des « chambres-cellules » individuelles, à des livres et à la radio.

Progressivement, au printemps 1943 en particulier, des dizaines de personnalités sont interpellées par les Allemands et conduites en Allemagne du Sud ou en ex-Tchécoslovaquie occupée. L’ouvrage détaille les conditions de vie au château d’Itter, où ces notables (dont le président Lebrun, la famille Giraud, le fils Clemenceau, l’ambassadeur François-Poncet, etc.) sont retenus en couple et où leur service est assuré par des déportés retirés de Dachau. Un véritable protocole s'instaure et l'auteur précise que « chacun a alors sa place réservée, la cravate est obligatoire et l’initiative de la conversation revient à Lebrun ». Les anecdotes, souvent originales, parfois savoureuses, semblent étranges dans le contexte du temps et émaillent un texte qui se lit facilement. Progressivement, plusieurs centaines d’officiers et de généraux, souvent âgés, sont également incarcérés en Allemagne à titre préventif ou comme de quasi-otages, dans des conditions beaucoup moins favorables (ils connaissent en particulier la faim) : « Au cours d’une visite éclair, Himmler lui-même nous adresse une courte allocution en allemand pour nous informer que nous étions des otages à la disposition exclusive de la Gestapo de Berlin et que les dispositions de la Cour de La Haye ne nous étaient pas applicables ».

Une dernière vague importante d’arrestations intervient en juin 1944, après le débarquement allié de Normandie, dans toutes les professions (dans le secteur privé comme dans la fonction publique), et les personnes concernées sont déportées au camp de Neuengamme, dans la région de Hambourg. Tous ne sont pas soumis à un régime extrêmement dur, mais les conditions sont encore moins favorables que pour les officiers de Bad Godesberg.

La dernière partie revient sur les conditions particulières de leur retour, de leur accueil et de leur difficile (et délicate) « reconnaissance » en France après 1945. Au total, un livre original sur un sujet qui, à notre connaissance, n’avait jamais été traité de façon aussi complète. La politique des prises d’otages institutionnalisée était peu connue, il existe désormais un (premier) livre de référence.

 

Benoit Luc nous apporte quelques précisions complémentaires :

 

Question : Comment en êtes-vous venu à vous intéresser à ces étonnants prisonniers ?

Réponse : Ce livre est le fruit d'une année de travail lors du master Recherche que j'ai effectué à l'université de Caen Basse-Normandie. J'avais étudié l'histoire des déportés de France vers l'île d'Aurigny au cours de ma première année (paru aux éditions Eurocibles en 2010). Intéressé par la Seconde guerre mondiale, je me suis spécialisé sur la déportation, spécifiquement les groupes qui ont connu des conditions de détention particulières. Ces "déportés d'honneur" figurent parmi ces exceptions, restées à l'écart de la mémoire de la répression nazie.

Question : On croise au fur et à mesure de votre livre des personnages très différents. Avez-vous pu établir une statistique globale : combien d'hommes politiques, combien de chefs militaires, combien d'intellectuels, etc. ? On croise également des épouses : finalement, furent-ils nombreux à vivre cette captivité en couple ?

Réponse : Il est à première vue difficile de catégoriser strictement ces prisonniers selon ces données. Par exemple, le général Weygand est certes un chef militaire, mais il est aussi un politique puisqu'il a été ministre du gouvernement de Vichy. Il peut même être considéré comme un intellectuel puisqu'il est entré à l'Académie française durant l'entre-deux-guerres. D'autre part, un homme comme Léon Jouhaux, secrétaire général de la CGT, ne peut entrer dans aucune de ces catégories, bien que nous ne puissions nier son importance à l'échelle de la France. En revanche, nous pouvons séparer les 735 "déportés d'honneur" en trois groupes : le premier compte environ 25 personnes que l'on pourrait qualifier "d'hommes d'Etat". Parmi eux, Daladier, Blum, Reynaud, Weygand, etc. Leurs conditions de détention sont les plus clémentes. Ensuite, un groupe d'environ 340 personnes est détenu dans des hôtels ou châteaux avec des conditions plus strictes. Ce sont surtout des militaires, parmi lesquels une majorité de "hauts gradés", visés par des mesures préventives. Enfin, un troisième groupe d'environ 370 personnes est arrêté juste après le débarquement du 6 juin 1944. A l'inverse des autres, ces hommes sont envoyés dans  un camp de concentration, celui de Neuengamme, et sont réunis à l'écart des autres prisonniers dans deux baraques annexes tout en restant dans l'enceinte du camp. Il y a néanmoins parmi ce groupe aux conditions de détention très sévères deux hommes d'Etat : Albert Sarraut, ancien président du Conseil, et Henri Maupoil, qui fut ministre pendant les années 1930.

La captivité en couple reste un privilège des très hautes personnalités. Ainsi, Léon Blum a pu faire venir sa femme dans sa maison forestière de Buchenwald. A Itter, où sont concentrés la majorité de ces détenus, Christiane Mabire et Augusta Bruchlen ont partagé les détentions de Paul Reynaud et de Léon Jouhaux. Madame Weygand complète l'effectif des épouses de ces détenus particuliers.

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Question : Dans l'esprit des dirigeants du IIIe Reich, s'agissait-il "d'otages", de monnaies d'échange ?

Réponse : Dans un premier temps, il apparaît que la mise à l'écart des hautes personnalités d'Etat soit pour le Reich un moyen de s'assurer que ces derniers ne rejoignent pas la France Libre du général De Gaulle. Ensuite, les autorités allemandes s'en servent pour tenter de faire pression sur les Alliés, notamment en Afrique du Nord. Ainsi, lorsque le Gouvernement provisoire de la République française (GRPF) débute la répression contre les représentants de Vichy en Algérie au début de 1944, Hitler menace d'effectuer des représailles contre les membres des familles des responsables du GRPF qu'il détient. Pierre De Gaulle est alors détenu au château d'Eisenberg avec d'autres "déportés d'honneur". Le Gouvernement provisoire ne cède jamais et les autorités allemandes veulent, quelques semaines plus tard, donner l'occasion à Vichy de se venger de la condamnation à mort de Pierre Pucheu. Georges Mandel est alors ramené en France début juillet 1944. Alors qu'il doit être emprisonné au château des Brosses à Vichy, il est assassiné en forêt de Fontainebleau le 7 juillet. La proximité chronologique avec l'assassinat de Philippe Henriot, survenu le 28 juin, a fait penser quele meurtre de Mandel lui était directement lié. Hitler, agacé par la tournure des événements, aurait alors renoncé à renvoyer en France d'autres "déportés d'honneur", vu le manque d'impact du retour de Mandel. Peut-être a-t-il voulu, un temps, conserver ces détenus pour servir éventuellement de monnaies d'échange, mais les autorités allemandes n'ont jamais été en position de force pour exercer ce chantage.

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Question : Après la Libération, ont-ils cherché à se présenter comme des victimes et comment ont-ils été administrativement reconnus par les autorités françaises ?

Réponse : Parmi les très hautes personnalités, on note une certaine retenue. Maurice Gamelin possède le titre d'interné politique, alors que Jean Borotra a celui de déporté résistant. En revanche, il n'y a pas de traces de revendications particulières des hommes politiques comme Reynaud ou Daladier. Ensuite, on constate une disparité des formes de reconnaissance selon les lieux de détention. Même si tous ont demandé le titre de reconnaissance de déporté ou d'interné, il apparaît que ceux qui ont été retenus dans les hôtels sont majoritairement reconnus comme "internés", alors que ceux qui ont été envoyés dans des châteaux possèdent généralement quant à eux le titre de "déporté". C'est notamment le cas des détenus du château d'Eisenberg, dans lequel les hommes partageaient des cellules par quatre. En ce qui concerne les 370 déportés de Neuengamme, leur reconnaissance a suscité de nombreuses discussions. Déportés, ils avaient gardé leurs vêtements civils et n'étaient astreints à aucun travail. Ayant toutefois les mêmes apports alimentaires que le reste du camp, et internés dans deux baraques, certes annexes mais comprises dans l'enceinte du camp, ils ont majoritairement obtenu le titre de "déporté". Ce petit groupe a pourtant été laissé à l'écart de l'Amicale de Neuengamme et suscite aujourd'hui encore des échanges animés entre les descendants de ces déportés "spéciaux" et ceux des déportés "ordinaires".

 

Merci Benoit Luc, et bonne chance chance pour vos prochains travaux.

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29 avril 2012 7 29 /04 /avril /2012 08:35

  Guerre et exterminations à l'Est

Hitler et la conquête de l'espace vital, 1933-1945

Christian Baechler

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Très bonne synthèse. Excellent spécialiste de l’Allemagne, dont il a enseigné l’histoire pendant de longues années et sur laquelle il a publié plusieurs ouvrages (on retient en particulier Gustave Sresemann (1878-1929) aux Presses universitaires de Strasbourg en 1996, L’Aigle et l’Ours. La politique russe de l’Allemane de Bismarck à Hitler chez Peter Lang en 2001 et un Guillaume II d’Allemagne chez Fayard en 2003), Christian Baechler propose aujourd’hui un livre de facture classique mais qui constitue une solide synthèse de référence. Le texte courant, sur 423 pages, est complété par 70 pages de notes et références, 10 pages d’orientation bibliographique, 8 pages d’index et quelques cartes.

Le volume est organisé en huit chapitres, qui permettent de balayer toutes les facettes de cette question, des fondements historiques des relations entre Allemands et Slaves (chap. I), où le mythe du Drang nach Osten tient une place particulière, à la connaissance par les simples citoyens du Reich des crimes perpétrés en Europe orientale (chap. VIII). L’auteur brosse le tableau de « La politique orientale d’Hitler » entre l’arrivée au pouvoir et le début de la guerre (chap. II) puis présente la situation en « Pologne, terrain d’expérimentation de la politique nazie » de 1939 à 1944 (chap III), en s’attachant à la politique de germanisation, aux quelques protestations dans l’armée, au statut du Gouvernement général, et fait suivre ce chapitre d’une analyse de « La préparation de l’opération Barbarossa et de la conquête de l’espace vital à l’Est » (chap. IV), dans laquelle il précise en particulier les directives données à la justice militaire et celle relatives au traitement des prisonniers de guerre, dont les commissaires politiques. La guerre en Russie et ses conséquences font l’objet des chapitres V à VII (« L’opération Barbarossa : l’échec du Blitzkrieg », « La restructuration de l’espace vital à l’Est » et « L’opération Barbarossa et la Solution finale »), au cours desquels sont traitées, outre les opérations militaires elles-mêmes, les conditions d’organisation et de mise en œuvre de la politique d’occupation, mais aussi les modalités de la lutte contre les partisans soviétiques restés sur les arrières de l’armée allemande, la question du traitement effectif des prisonniers de guerre, les responsabilités de la Wehrmacht dans les crimes contre les civils et les populations juives.

Pas d’originalité donc (par ailleurs difficile à obtenir sur un sujet aussi large au regard de la très volumineuse bibliographie publiée depuis quelques années), mais une profonde synthèse qui sera par exemple particulièrement utile aux étudiants. Dans sa conclusion, l’auteur revient sur les conditions antérieures (politiques, sociales, culturelles, etc.) qui pourraient expliquer le développement en Allemagne de l’idéologie nazie. Il « retrouve dans la politique d’Hitler, de 1939 à 1945, des aspects de la politique de réorganisation de l’Europe orientale de Ludendorff pendant la Première Guerre mondiale, y compris des projets de restructuration raciale par de larges transferts de population », mais Christian Baechler souligne néanmoins qu’il s’agit pour le IIIe Reich de « germaniser le sol », car la « simple » germanisation culturelle des habitants antérieurement pratiquée « signifierait à terme une fusion avec les populations locales au détriment de la pureté de la race germanique ». Il est désormais question « de réaliser l’utopie raciale et de créer un nouvel ordre européen sur une base raciale, dont on trouve les principaux éléments dans les diverses variantes du Plan général Est ».

Pour voir la vidéo de présentation :

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27 avril 2012 5 27 /04 /avril /2012 14:56

Le front yougoslave pendant la Seconde guerre mondiale

  De la guerre de l'Axe à la guerre froide

Frédéric Le Moal

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Depuis la publication (2006) de sa thèse de doctorat, Frédéric Le Moal s’est spécialisé sur l’aire géographique qui s’étend des Alpes à l’archipel grec dans le cadre des deux guerres mondiales, avec pour centre de gravité les rives italienne et slave de la mer Adriatique. Il nous propose aujourd’hui une solide étude sur la Yougoslavie entre 1939 et 1945 (un théâtre d’opérations généralement traité en quelques lignes dans les principaux ouvrages sur la période), sans toutefois limiter son travail aux seules considérations militaires.

Les 50 premières pages permettent de poser le cadre, des pressions allemandes pour attirer le pays dans l’orbite du Reich à la brève campagne d’avril 1941 et au partage du territoire entre Italiens et Allemands. Les chapitres II et III traitent plus particulièrement de la (sur)vie des populations : les génocides juif (« La Serbie devient, selon la terminologie nazie, ‘judenfrei’ ») et serbe (« Cela se fait avec une brutalité, un sadisme et une sauvagerie qui n’épargne personne »), la place des Eglises, l’attitude particulière des Italiens, la situation des civils et l’organisation des groupes collaborationnistes (« La majorité des musulmans accueille avec ferveur, si ce n’est enthousiasme, la dissolution de la Yougoslavie et la création d’une Croatie indépendante »). Les chapitres IV et V reviennent sur des questions plus militaires : les résistances royaliste et communiste et l’opposition entre elles (« Entre les deux mouvements une lutte implacable commence »), les combats du Monténégro en 1941, la collaboration des Tchetniks et les opérations contre les Titistes (et même des conversations secrètes entre Tito et les Allemands en mars 1943) ; mais aussi dans les relations complexes que les résistances intérieures entretiennent avec les Alliés (« Dans la capitale britannique, une bataille fait rage entre les différents services autour de la question tchetnik »), au cours desquelles les communistes parviendront même à "intoxiquer" Churchill. Le dernier chapitre enfin, dans le cadre de « La victoire des Alliés, 1944-1945 », est centré autour de l’action de Tito, de la défaite militaire allemande et de la question de Trieste. Au bilan, le « front yougoslave [fut] l’un des plus sanglants de la Seconde guerre mondiale et un enjeu politique majeur ».

Très solidement charpenté, parfaitement référencé, le volume se termine sur une belle bibliographie et dispose d’un très utile index. Un livre intéressant, complet, bien écrit et qui mérite de figurer dans votre bibliothèque.

 

Frédéric Le Moal a bien voulu nous apporter quelques précisions complémentaires.

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Question : A quoi attribuez-vous la brièveté de la campagne d'avril 1941 et comment caractériseriez-vous l'armée yougoslave à la veille de l'offensive allemande ?

Réponse : Une dizaine de jours ont en effet suffi à l'armée allemande pour écraser son adversaire yougoslave. Les raisons ? Il y a tout d'abord l'écrasante supériorité de la Wehrmacht qui a acquis, quoi qu'on en dise, une très grande expérience du Blitzkrieg depuis la campagne de Pologne. Elle fait face à une armée yougoslave de 750.000 hommes environ, soit 7 armées rassemblées en 3 Groupes d'armées. Outre le sous-équipement, cette armée yougoslave est minée par des divisions ethniques extrêmement fortes. Pour résumer, seuls les Serbes sont motivés pour défendre un pays qu'ils dominent. Ce qui n'est pas le cas des autres peuples du royaume. Ensuite, les différentes armées ont été réparties le long de 1.500 kilomètres de frontières, dans une posture défensive défavorable. Enfin, la violence de l'attaque allemande, secondée par les Italiens, plonge le pays et l'armée dans un chaos terrifiant, qui n'est pas sans rappeler celui connu par la France peu avant.

Question : Que penser de l'Etat croate, généralement qualifié de "fantôche" ? A-t-il réellement soulevé un espoir au début et la désaffection des populations a-t-elle été plus ou moins rapide ?

Réponse : Il faut bien insister sur une réalité : le mouvement oustachi ne représente pas la majorité de la population croate. Celle-ci est certes très attachée à l'indépendance de son pays et perçoit, avec raison, la Yougoslavie comme une Serbie agrandie et dominatrice. Toutefois, c'est le courant modéré incarné par Vlado Macek, chef du Parti paysan croate, qui domine la vie politique. Pavelic et ses Oustachis constituent une minorité activiste, soutenue par l'Italie. Ils ne parviennent à s'emparer du pouvoir qu'à la faveur de l'invasion et de l'éclatement du pays voulu par l'Axe. Très vite, le soutien qu'apporte une population majoritairement catholique, ainsi que l'Eglise, s'étiole, face aux méthodes de gouvernement d'une violence inouïe des Oustachis. Etat fantôche certes, qui a essayé de sortir de l'étreinte italienne en se rapprochant des nazis et en jouant des rivalités entre Rome et Berlin pour dominer les Balkans.

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Question : Au regard de la diversité des évaluations, qui semblent parfois très approximatives ou empreintes de considérations idéologiques, quel peut être selon vous, au terme de cette étude, le chiffre "approchant" des victimes civiles yougoslaves (Serbes, Croates, autres) de la guerre ?

Réponse : Il est en effet très difficile d'avoir des chiffres précis, et je m'avancerais avec d'infinies précautions car, comme vous le dites, les préoccupations idéologiques polluent, dès l'époque, le chiffrage des victimes. Il faut tout d'abord rappeler que l'espace yougoslave a été le théâtre de massacres de très grande ampleur. Deux génocides y ont été perpétrés, celui contre les Serbes (par les Oustachis) et celui contre les Juifs (par les Allemands, secondés par les Oustachis et dans une moindre mesure par des Serbes et des Musulmans). Pour le premier, le nombre de victimes varie entre 300 et 700.000 selon les estimations, les Serbes privilégiant le second chiffre. Quant aux Juifs, le bilan est effrayant. La communauté juive de Serbie est véritablement éradiquée (15.000 morts environ) comme celle de Bosnie-Herzégovine (10.000). La communauté de Croatie, malgré la protection des Italiens jusqu'en 1943, connaît un sort tout aussi terrible (26.000 morts). Seuls un peu plus de 12.500 Juifs survivent en Yougoslavie. Il faut y ajouter l'élimination des Tsiganes, les luttes interethniques et la guerre civile entre royalistes et communistes. Un bilan total de 1.700.000 morts entre 1941 et 1945 pour l'espace yougoslave. Un chiffre parlant ...

Question : La multiplication des massacres que nous venons d'évoquer a-t-elle eu des échos selon vous jusque dans les événements des années 1990 ?

Réponse : Oui, bien sûr. Les comptes ne sont jamais apurés dans les Balkans. Les horreurs commises par tous les camps en présence et la guerre civile sans pitié entre communistes et Tchetniks ont laissé des traces durables, des blessures jamais cicatrisées, des haines jamais apaisées. Elles se sont d'ailleurs ajoutées aux contentieux plus anciens, ceux de l'invasion turque, ceux de la Grande Guerre, etc. On se souvient que dans les années 90, les termes de Tchetniks et d'Oustachis sont ressortis des "oubliettes de l'histoire" et ont constitué d'efficaces anathèmes pour diaboliser l'adversaire. Il n'y a jamais eu de "nation" yougoslave et la Yougoslavie est restée un Etat artificiel, dont la survie dépendait de la stabilité de l'ordre international dans lequel il évoluait.

 

Frédéric Le Moal, encore bravo. Merci très vivement et à bientôt.

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25 avril 2012 3 25 /04 /avril /2012 08:10

Churchill et Hitler

François Delpla

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Auteur prolifique (17 ouvrages et des centaines d’articles depuis plus de vingt ans), spécialiste de la Seconde guerre mondiale (il anime la revue La Dernière Guerre - LDG), François Delpla est à certains égards un historien « en marge » des écoles traditionnelles. Excellent chercheur (on se souvient de Les papiers secrets du général Doumenc -Orban, 1992- sur la campagne de mai-juin 1940), il semble parfois élaborer une théorie complète à partir de quelques documents originaux fort pertinents, mais « complétés » par des déductions à caractère psychologique un peu rapides, ce qui lui vaut sa position particulière dans le paysage historiographique.

Son dernier opus, Churchill et Hitler (Editions du Rocher, 2012), appartient à la même veine et l’auteur dresse (en s’appuyant surtout sur les écrits du premier) un double portrait, à la fois croisé et parallèle, des deux principaux dirigeants de la Seconde guerre mondiale, sur fond de choix stratégiques à l’échelle continentale et de relations avec les autres intervenants (Français ponctuellement, mais Américains et Russes essentiellement). Il donne dès l’introduction son interprétation du caractère d’Hitler en faisant sienne la théorie selon laquelle ce dernier aurait basculé dans l’antisémitisme, « de façon aussi brusque que radicale, analogue à un précipité chimique », à l’automne 1918 à la suite d’un traitement par hypnose subi dans un hôpital militaire de la région de Berlin du fait de sa blessure aux yeux pour cause d’attaque aux gaz toxiques. Son médecin traitant, Edmund Forster, « persuadé d’avoir dans la dictature qui s’abattait sur le pays une responsabilité essentielle », se serait suicidé en 1933 après avoir remis le dossier médical de son ancien patient à des intellectuels émigrés à Paris : toutes les pièces du dossier auraient ensuite été détruites, à l’exception « d’un roman, resté inédit, et retrouvé dans les papiers du grand écrivain tchèque, juif et germanophone Ernst Weiss … C’est malheureusement la seule trace aujourd’hui disponible du dossier et les part respectives de ce matériau et de la création romanesque sont impossibles à délimiter »… Pour un historien, voilà qui commence mal…

Et pourtant… En partant du regard de Churchill, « une sorte de psychiatre spécialisé dans les maladies politiques et merveilleusement placé pour en pénétrer les ressorts », François Delpla reconsidère l’histoire des années 1930-1945 en s’intéressant « au choc de deux volontés individuelles ». Dans ce registre, il multiplie les citations, extraites des divers écrits, des discours, des correspondances, des conversations ultérieurement rapportées du « vieux Lion » britannique et sait trouver le rapport oublié ou le témoignage indirect qui fait mouche. Il utilise abondamment les récits et mémoires des « petits » acteurs de la « grande » histoire (secrétaires des uns, attachés de presse des autres, etc.) et trouve, en particulier dans des publications anglo-saxonnes, des références très rarement citées en France.

 

L’ouvrage se divise chronologiquement en trois parties assez classiques. La première, « L’Allemand fonce, l’Anglais piétine », couvre la période 1930-1939, durant laquelle Churchill fait preuve d’une compréhension exceptionnelle (par rapport à ses pairs) du danger que représentera à terme Hitler et des réponses qu’il faudrait faire aux provocations successives soigneusement mises en scène du Führer. La seconde, « La résistance », qui s’étend de la Drôle de guerre au printemps 1941, voit le chef du gouvernement britannique, héraut et moteur de la résistance au nazisme, bien isolé face à la déferlante allemande. François Delpla nous compte au passage une étonnante histoire de « vingt-neuf faux documents qui avaient été introduits dans les archives nationales de Londres entre 1999 et 2004 », affaire restée sans suite en dépit de « la suspicion jetée sur l’ensemble des archives britanniques ». Voilà qui complète notre introduction : en faisant référence aux travaux d’un historien anglais, il relaye les doutes sur l’intégrité des archives officielles. Les faits sont troublants, peut-être (partiellement) exacts, mais la présentation entretient une espèce de « théorie du complot » qui laisse perplexe. La troisième enfin, « L’estocade », nous conduit de l’attaque contre l’URSS en juin 1941 au suicide d’Hitler dans son dernier bunker, alors que Roosevelt et Staline prennent une place essentielle dans la coalition alliée mais que Churchill s’efforce de conserver un pouvoir d’influence (souvent réel). Sont par exemple évoqués à l’occasion des différents chapitres les relations entre services secrets allemands et organisations sionistes (à propos de la déportation des Juifs hongrois), les débats sur l’emploi éventuel par les Alliés de l’arme chimique ou bactériologique sur les villes allemandes, ou le bombardement de Dresde (en faveur duquel les Soviétiques auraient particulièrement insisté).

En conclusion, François Delpla voit les deux hommes comme des « Titans engagés très tôt dans un affrontement mortel » : « Les deux champions engagent un combat sans merci, dans lequel chacun joue la substance même de son pays », la clairvoyance et l’habileté de Churchill faisant pièce à la capacité de dissimulation puis de résistance d’Hitler. Ce dernier n’aurait pas voulu vaincre et détruire l’Angleterre mais lui imposer une coexistence dans laquelle ses valeurs se seraient dissoutes ; le premier « combattait non pas Hitler mais bien le nazisme, n’entendait pas lui permettre de survivre sous des masques et était encore l’un des rares, dans la direction britannique, à être en garde contre ce risque ».

 

Au bilan, à la fin de la lecture de ce volume de près de 570 pages, un sentiment mitigé qui nous renvoie une fois de plus à notre introduction : de grandes qualités de chercheur, un sens aigu du document « qui parle », mais des raccourcis, des ellipses, des rapprochements que l'on trouve parfois hâtifs. On regrette d’ailleurs l’absence de bibliographie finale, car la liste récapitulative des ouvrages utilisés (néanmoins précisés au coup par coup au long du texte dans les notes infrapaginales) permet souvent de mieux percevoir les sources d’inspiration d’un auteur. Un livre à acquérir et à conserver, par la masse considérable de détails qu’il évoque ou révèle et pour les hypothèses qu’il présente, mais à lire avec la retenue et la distance qu’impose une stricte méthodologie historique. Un « livre-source » peut-être, en ce qu’il présente des éléments rarement pris en compte, mais dont certaines conclusions peuvent laisser rêveur.

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12 avril 2012 4 12 /04 /avril /2012 08:00

En territoire occupé.

Italiens et Allemands à Nice, 1942-1944

Jean-Louis Panicacci

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Voici un livre original et extrêmement intéressant.

Jean-Louis Panicacci commence son étude en rappelant en introduction les conditions dans lesquelles vit la Côte d'Azur en 1940-1941. En "zone démilitarisée", les Niçois connaissent la fiction de l'Etat de fait de Vichy soumis aux pressions des vainqueurs, les excès de quelques groupes radicaux (qui demandent davantage de collaboration) ou italophones ultra-minoritaires (qui prônent le rattachement à l'Italie). Ils souffrent également des restrictions : "La municipalité entreprit de mettre en culture des jardins publics et des terrains communaux, la production de ces nouvelles terres agricoles allant en priorité aux oeuvres d'assistance, notamment aus soupes populaires. La faim devient une hantise quotidienne".

L'ouvrage aborde ensuite en cinq chapitres la période de l'occupation italienne, du 11 novembre 1942 (suite au débarquement anglo-américain en Afrique du Nord) au 8 septembre 1943 au soir (conséquence de la chute de Mussolini à Rome). Les mouvements collaborationnistes (Nice est parfois présentée comme "la fille aînée de la Révolution nationale") et résistants sont étudiés, tout comme la situation des Juifs dans le comté ("La ville de Nice devint ainsi un centre politique et culturel juif sous le regard bienveillant de l'armée italienne") et la situation économique ("On vit de quelques poignées de pâtes et de pois cassés"). Les trois qui suivent traitent de l'occupation allemande, ces derniers s'appliquant "à transformer la baie des Anges et ses approches en un véritable camp retranché", dans une atmosphère de guerre civile naissante, entre attentats et représailles. Les deux derniers chapitres enfin ("L'insurrection" et "Epilogue") reviennent sur les circonstances précises de la difficile libération de la ville ("La capitale de la Côte d'azur s'était libérée elle-même"), sur la situation politique et économique locale en 1945, sur les conflits mémoriels (rôle et place des organisations communistes) et les célébrations ultérieures.

Près de 80 pages de notes, annexes, sources et références bibliographiques complètent cette étude particulièrement bien documentée. A la fois un livre novateur et un ouvrage de synthèse, qui témoigne de la maîtrise de son sujet par l'auteur.

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Nous avons voulu en savoir plus en nous adressant directement à Jean-Louis Panicacci.

Question : Vous montrez dans ce livre les nombreuses différences entre les occupations italienne d'abord, allemande ensuite. Comment les définiriez-vous en quelques lignes ?

Réponse : L'occupation italienne est ambiguë puisqu'elle se proclame comme préventive (empêcher un débarquement anglo-américain) alors que, rapidement, elle prend des aspects d'occupation-annexion, les revendications transalpines émises en 1938 pouvant être concrétisées  par la présence des troupes de la 4e Armée. L'occupation allemande est beaucoup plus brutale, mais classique. Elle n'a aucune arrière-pensée politique et ne cherche qu'à défendre le littoral contre un débarquement allié de plus en plus menaçant.

Question : Dans ce contexte, la situation des familles de confession israélite évolue fondamentalement. Constate-t-on effectivement, sous l'occupation italienne, une attitude différente à l'égard des familles d'implantation locale par rapport aux réfugiés de fraîche date ?

Réponse : L'une des spécificités de l'occupation italienne est la protection des juifs pour des raisons liées à l'affirmation de la souveraineté transalpine dans les territoires occupés, plus que pour des raisons humanitaires. Les Français israélites bénéficient également de cette disponibilité italienne, puisqu'ils échappent à l'apposition de la mention "Juif" sur les documents d'identité et les cartes de ravitaillement. Les étrangers, immigrés récents, sont au coeur du dispositif italien car ils sont les plus menacés au vu de leur situation administrative le plus souvent irrégulière.

Question : Face à ces deux armées, comment réagissent les autorités locales d'une part, la population niçoise d'autre part ?

Réponse : Les autorités locales (préfet, maire) manifestent un agacement perceptible de l'occupation italienne, le préfet refusant le statut de "troupes d'occupation" et le maire ne cessant de dénoncer les atteintes à la liberté consécutives aux arrestations et déportations de patriotes niçois. La population manifeste une certaine froideur, qui se muera, progressivement, en tolérance plus ou moins cordiale, surtout après le renversement de Mussolini.

Sous l'occupation allemande, le préfet essaie d'atténuer les rigueurs des mesures d'évacuation et de fortification du littoral, avant sa déportation ; le Secrétaire général et le directeur du Cabinet se montrent ensuite très dociles vis-à-vis de la Kommandantur. Le maire est en résidence surveillée à Avignon, puis à Annot, et le 1er adjoint faisant fonction oppose peu de résistance aux injonctions de l'occupant. La population est très remontée contre les Allemands, mais elle les redoute particulièrement en raison de leur brutalité.

Question : Finalement, quelle est la place réelle de la résistance dans le département ?

Réponse : La Résistance occupe une place croissante dans le département azuréen, passant d'un stade essentiellement politique (1940-1942) à un stade surtout militaire (1943-1944). Ce changement s'explique essentiellement par l'évolution de la carte de guerre et la nécessité de démontrer à l'occupant qu'il suscite un rejet, concrétisé par de nombreux attentats et sabotages, voire de signifier aux collaborationnistes qu'ils sont dans le collimateur en visant plusieurs dizaines d'entre eux, frappés dans leur personne comme dans leurs biens.

 

Merci Jean-Louis Panicacci pour ces réponses, et pour cette étude fouillée sur une région dont on ne perçoit généralement pas qu'elle a également connu les affres de(s) l'occupation(s).

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7 avril 2012 6 07 /04 /avril /2012 09:10

Les cloches de France sous la Seconde guerre mondiale

Bernard Richard

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Les travaux entrepris et publiés par les "sociétés savantes" et par les associations d'histoire locale ou régionale sont paradoxalement nombreux et trop souvent méconnus. Pourtant, partant parfois de la "micro-histoire", ils permettent fréquemment d'aborder avec des références nouvelles des thématiques beaucoup plus larges. Chaque fois que nous en aurons l'opportunité, nous leur donnerons la parole.

L'article proposé ici, rédigé par Bernard Richard (voir la recension de son récent Les emblèmes de la République publiée le28 mars dernier) a été publié dans le n° 69 (janvier 2012) de la revue Patrimoine campanaire, de la Société française de campanologie. Il aborde sous un angle original la question de la réquisition des métaux non ferreux en temps de guerre (phénomène régulier lors de chaque grand conflit depuis le développement de l'artillerie) à travers l'exemple des cloches des églises pendant la Seconde guerre mondiale.

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7 avril 2012 6 07 /04 /avril /2012 09:00

 Sous l'oeil de l'occupant

La France vue par l'Allemagne

1940-1944

Cécile Desprairies

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Cet album permet de retrouver presque 200 photos prises en France par la propagande allemande durant la Seconde guerre mondiale, classées chronologiquement et par thèmes. Pour chaque double page, la photo figure sur la droite et le commentaire (organisé en trois parties : "Ce que la propagande veut montrer", "Ce que l'on peut en lire aujourd'hui", "L'oeil allemand") sur la gauche. On suit ainsi l'armée allemande, de son entrée sur le territoire national à l'occupation progressive des différentes régions, à la collaboration, la vie quotidienne des soldats, les difficultés des Français, la Résistance, etc. Chaque fois que cela a été possible, les clichés sont référencés (date et lieu de la prise de vue, description, nom du photographe -dont un index final récapitule sommairement la carrière).

Quelques images sont particulièrement marquantes, comme cette photo de l'hémicycle du Palais Bourbon totalement occupé par des militaires allemands et des membres du NSDAP à Paris, écoutant un discours radiodiffusé d'Hitler ; ce défilé de membres "français" de la Deutsche Volksgemeinschaft à Thionville (Diedenhofen) ; ou les affiches allemandes utilisant le "V" de la "Victoire", détourné par l'occupant.

Les commentaires "techniques" démontant les mécanismes de propagande par la photo sont parfois sommaires, mais l'ensemble contitue un petit livre fort utile.

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2 avril 2012 1 02 /04 /avril /2012 08:00

Histoire des Justes en France

Patrick Cabanel

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Ce livre constitue la première étude d'ensemble à disposition du grand public sur ces 3.500 Français qui ont été distingués par le titre de "Juste parmi les nations", plus haute distinction civile décernée par l'Etat d'Israël, rappelle l'auteur, à "toute personne non juive qui, au péril de sa vie et sans contrepartie, a sauvé au moins un Juif au cours des années 1940".  Il détaille également longuement les difficultés de cette recherche, induites en particulier par la distinction avec la résistance armée à l'occupant et le fait que les actions de sauvetage des Juifs ont été accomplies dans la discrétion et le silence. Il souligne les obstacles à un travail classique d'historien par l'absence (naturelle) de fonds d'archives complets et cohérents : "Ces 3.500 Françaises et Français, à la fois anonymes et célèbres, panthéonisés mais inconnus", participent à "la revanche des 'sans-grade' de l'histoire'".

L'ouvrage évoque dans une courte première partie (pp. 19-45) la chronologie de la reconnaissance des sauvetages de Juifs en france, de la fin de la guerre à l'entrée collective au Panthéon et à l'attribution de la Légion d'honneur aux survivants en 2007. La deuxième partie (pp. 47-102) tente une difficile étude sociologique des  'Justes' français : certaines régions se distinguent-elles plus particulièrement ? Quels métiers peuvent être considérés comme sous ou sur-représentés ?, etc. Toujours très mesuré dans le propos, Patrick Cabanel constate que "le corpus des 'Justes' n'a pas été constitué selon les critères de représentativité propres à la recherche sociologique ou historique, mais selon ceux de la mémoire, éminemment fluctuants".

Les trois dernières parties (pp. 103-318) abordent des situations concrètes, individuelles ou locales. La troisième étudie avec un luxe de détails les 'Justes' des années 1940-1942, période durant laquelle plusieurs diplomates étrangers en poste en France se distinguent et durant laquelle les milieux chrétiens jouent un rôle essentiel. La quatrième revient sur les lieux emblématiques, comme Le Chambon-sur-Lignon en haute-Loire, Dieulefit dans la Drôme, ou ces "terres de refuge" du protestantisme français dans les Cévennes ou proches de la frontière suisse. Il confirme également que la zone d'occupation italienne, dans la région niçoise par exemple, constitua un secteur plus favorable à l'action de ces courageux bénévoles. La dernière partie enfin fait part des résultats de la recherche dans le domaine particulier du sauvetage des enfants grâce à des filières et réseaux de couvents et d'écoles, où prêtres et religieuses, assistantes sociales, instituteurs et institutrices tiennent une place éminente.

55 pages de notes, 5 pages de bibliographie et presque 20 pages d'index complètent cette étude, par ailleurs accompagnée au fil des chapitres par plus d'une trentaine de cartes, tableaux et graphiques.

Un livre indispensable sur la période.

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28 mars 2012 3 28 /03 /mars /2012 08:20

Collection "Les Grandes dates de l'Histoire"

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Périodiquement, une maison d'édition ou une autre tente de lancer sur le marché français une collection de petits volumes dont chaque numéro est centré sur une bataille ou une campagne. A notre connaissance, aucune production française n'a pu s'installer durablement sur ce créneau, à l'image de ce que la société Osprey a réussi à faire dans le monde anglo-saxon. Quatre difficultés sont à souligner : d'une part, la pagination (comme souvent le format) se rapproche étrangement de celle d'un magazine classique avec ses numéros hors-série et la différence entre les deux types de production n'est pas toujours évidente ; d'autre part la double question de l'iconographie et de la cartographie n'est pas toujours résolue avec bonheur (euphémisme...) ; par ailleurs le caractère très inégal des textes des différents volumes tient à la diversité des auteurs dont tous ne sont pas d'excellents rédacteurs ; enfin l'exposé simplement factuel (accompagné de fréquentes envolées hagiographiques) des événements n'est pas en lui-même suffisant.

La collection évoquée aujourd'hui (et semble-t-il interrompue après la publication de quelques numéros) échappait partiellement à cet écueil grâce à l'exceptionnelle richesse et à la diversité des fonds photographiques conservés au fort d'Ivry par l'ECPAD.

Couverture-de-l-ouvrage--10-mai-1940---La-campagne-de-Franc.jpg

Dans cette série, nous retenons en particulier le volume 10 mai 1940. La campagne de France. Paul Villatoux, auteur prolifique et excellent chercheur, signe ici un document à la fois sérieux et référencé, agréable à lire et utile. En dépit de ce que laisse entendre le titre, l'album ne se limite pas aux seules opérations de mai-juin 1940 et s'ouvre sur la campagne de Pologne et la Drôle de guerre à l'automne 1939 pour s'achever sur le vote des pleins pouvoirs au maréchal Pétain en juillet 1940. On appréciera en particulier l'originalité du chapitre 2, qui traite longuement de la propagande des deux camps et des manoeuvres d'intoxication conduites entre l'hiver 1939-1940 et le déclenchement de l'offensive allemande, approche qui n'est pas si courante (la thèse de Paul Villatoux portait sur ces questions de guerre psychologique sous la IVe République).

En résumé, une solide introduction par un historien de qualité.

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  • : Guerres et conflits XIXe-XXIe s. se fixe pour objectif d’être à la fois (sans prétendre à une exhaustivité matériellement impossible) un carrefour, un miroir, un espace de discussions. Sans être jamais esclave de la « dictature des commémorations », nous nous efforcerons de traiter le plus largement possible de toutes les campagnes, de tous les théâtres, souvent dans une perspective comparatiste. C’est donc à une approche globale de l’histoire militaire que nous vous invitons.
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Cafés historiques de La Chouette

Prochaine séance : pour la rentrée de septembre. Le programme complet sera très prochainement mis en ligne.

Publications personnelles

Livres

 

doumenc-copie-1.jpgLa Direction des Services automobiles des armées et la motorisation des armées françaises (1914-1918), vues à travers l’action du commandant Doumenc

Lavauzelle, Panazol, 2004.

A partir de ma thèse de doctorat, la première étude d’ensemble sur la motorisation des armées pendant la Première Guerre mondiale, sous l’angle du service automobile du GQG, dans les domaines de l’organisation, de la gestion et de l’emploi, des ‘Taxis de la Marne’ aux offensives de l’automne 1918, en passant par la ‘Voie sacrée’ et la Somme.

 

La mobilisation industrielle, ‘premier front’ de la Grande Guerre ? mobil indus

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2005 (préface du professeur Jean-Jacques Becker).

En 302 pages (+ 42 pages d’annexes et de bibliographie), toute l’évolution industrielle de l’intérieur pendant la Première Guerre mondiale. Afin de produire toujours davantage pour les armées en campagne, l’organisation complète de la nation, dans tous les secteurs économiques et industriels. Accompagné de nombreux tableaux de synthèse.

 

colonies-allemandes.jpgLa conquête des colonies allemandes. Naissance et mort d’un rêve impérial

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2006 (préface du professeur Jacques Frémeaux).

Au début de la Grande Guerre, l’empire colonial allemand est de création récente. Sans continuité territoriale, les différents territoires ultramarins du Reich sont difficilement défendables. De sa constitution à la fin du XIXe siècle à sa dévolution après le traité de Versailles, toutes les étapes de sa conquête entre 1914 et 1918 (388 pages, + 11 pages d’annexes, 15 pages de bibliographie, index et cartes).

 

 caire damasDu Caire à Damas. Français et Anglais au Proche-Orient (1914-1919)

 14/18 Editions, Saint-Cloud, 2008 (préface du professeur Jean-Charles Jauffret).

Du premier au dernier jour de la Grande Guerre, bien que la priorité soit accordée au front de France, Paris entretient en Orient plusieurs missions qui participent, avec les nombreux contingents britanniques, aux opérations du Sinaï, d’Arabie, de Palestine et de Syrie. Mais, dans ce cadre géographique, les oppositions diplomatiques entre ‘alliés’ sont au moins aussi importantes que les campagnes militaires elles-mêmes.

 

hte silesieHaute-Silésie (1920-1922). Laboratoire des ‘leçons oubliées’ de l’armée française et perceptions nationales

‘Etudes académiques », Riveneuve Editions, Paris, 2009.

Première étude d’ensemble en français sur la question, à partir du volume de mon habilitation à diriger des recherches. Le récit détaillé de la première opération civilo-militaire moderne d’interposition entre des factions en lutte (Allemands et Polonais) conduite par une coalition internationale (France, Grande-Bretagne, Italie), à partir des archives françaises et étrangères et de la presse de l’époque (381 pages + 53 pages d’annexes, index et bibliographie).

 

cdt armee allde Le commandement suprême de l’armée allemande 1914-1916, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général von Falkenhayn 

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Le texte original de l’édition française de 1921 des mémoires de l’ancien chef d’état-major général allemand, accompagné d’un dispositif complet de notes infrapaginales permettant de situer les lieux, de rappeler la carrière des personnages cités et surtout de comparer ses affirmations avec les documents d’archives et les témoignages des autres acteurs (339 pages + 34 pages d’annexes, cartes et index).

 

chrono commChronologie commentée de la Première Guerre mondiale

Perrin, Paris, 2011.

La Grande Guerre au jour le jour entre juin 1914 et juin 1919, dans tous les domaines (militaire, mais aussi politique, diplomatique, économique, financier, social, culturel) et sur tous les fronts. Environ 15.000 événements sur 607 pages (+ 36 pages de bibliographie et d’index).

 

 Les secrets de la Grande Guerrecouverture secrets

Librairie Vuibert, Paris, 2012.

Un volume grand public permettant, à partir d’une vingtaine de situations personnelles ou d’exemples concrets, de remettre en lumière quelques épisodes peu connus de la Première Guerre mondiale, de la question du « pantalon rouge » en août 1914 à l’acceptation de l’armistice par von Lettow-Vorbeck en Afrique orientale, après la fin des hostilités sur le théâtre ouest-européen.

 

Couverture de l'ouvrage 'Mon commandement en Orient'Mon commandement en Orient, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général Sarrail

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2012

Le texte intégral de l'édition originale, passé au crible des archives publiques, des fonds privés et des témoignages des acteurs. Le récit fait par Sarrail de son temps de commandement à Salonique (1915-1917) apparaît véritablement comme un exemple presque caricatural de mémoires d'autojustification a posteriori

 

 

Coordination et direction d’ouvrages

 

Destins d’exception. Les parrains de promotion de l’Ecole Spéciale Militaire de Saint-Cyr

SHAT, Vincennes, 2002.

Présentation (très largement illustrée, 139 pages) des 58 parrains qui ont donné leur nom à des promotions de Saint-Cyr, entre la promotion « du Prince Impérial » (1857-1858) et la promotion « chef d’escadrons Raffalli » (1998-2001).

 

fflLa France Libre. L’épopée des Français Libres au combat, 1940-1945

SHAT, Vincennes et LBM, Paris, 2004.

Album illustré présentant en 191 pages l’histoire et les parcours (individuels et collectifs) des volontaires de la France Libre pendant la Seconde guerre mondiale.

 

marque courageLa marque du courage

SHD, Vincennes et LBM, Paris, 2005.

Album illustré présentant en 189 pages l’histoire des Croix de Guerre et de la Valeur Militaire, à travers une succession de portraits, de la Première Guerre mondiale à la Bosnie en 1995. L’album comporte en annexe une étude sur la symbolique, les fourragères et la liste des unités d’active décorées.

 

  90e anniversaire de la Croix de guerre90-ANS-CROIX-DE-GUERRE.jpg

SHD, Vincennes, 2006.

Actes de la journée d’études tenue au Musée de l’Armée le 16 novembre 2005. Douze contributions d’officiers historiens et d’universitaires, français et étrangers, de la naissance de la Croix de guerre à sa perception dans la société française, en passant les décorations alliées similaires et ses évolutions ultérieures.

 

france grèceLes relations militaires franco-grecques. De la Restauration à la Seconde guerre mondiale 

SHD,Vincennes, 2007.

Durant cette période, les relations militaires franco-grecques ont été particulièrement intenses, portées à la fois par les sentiments philhellènes qui se développent dans l’hexagone (la France est l’une des ‘Puissances protectrices’ dès la renaissance du pays) et par la volonté de ne pas céder d’influence aux Anglais, aux Allemands ou aux Italiens. La campagne de Morée en 1828, l’intervention en Crète en 1897, les opérations en Russie du Sud  en 1919 constituent quelques uns des onze chapitres de ce volume, complété par un inventaire exhaustif des fonds conservés à Vincennes.

 

verdunLes 300 jours de Verdun

Editions Italiques, Triel-sur-Seine, 2006 (Jean-Pierre Turbergue, Dir.).

Exceptionnel album de 550 pages, très richement illustré, réalisé en partenariat entre les éditions Italiques et le Service historique de la Défense. Toutes les opérations sur le front de Verdun en 1916 au jour le jour.

 

DICO-14-18.jpgDictionnaire de la Grande Guerre

(avec François Cochet), 'Bouquins', R. Laffont, 2008.

Une cinquantaine de contributeurs parmi les meilleurs spécialistes de la Grande Guerre, 1.100 pages, 2.500 entrées : toute la Première Guerre mondiale de A à Z, les hommes, les lieux, les matériels, les opérations, les règlements, les doctrines, etc.

 

fochFerdinand Foch (1851-1929). Apprenez à penser

(avec François Cochet), 14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Actes du colloque international tenu à l’Ecole militaire les 6 et 7 novembre 2008. Vingt-quatre communications balayant tous les aspects de la carrière du maréchal Foch, de sa formation à son héritage dans les armées alliées par des historiens, civils et militaires, de neuf nations (461 pages + 16 pages de bibliographie).

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