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24 mai 2012 4 24 /05 /mai /2012 07:00

Combattant de la France Libre. Témoignage

Jean-Mathieu Boris

Couverture-de-l-ouvrage--Combattant-de-la-France-Libre-.jpg

Ancien de Bir Hakeim, Jean-Mathieu Boris témoigne ici de son engagement de Français Libre. Dans sa préface, Jean-Louis Crémieux-Brilhac fait référence à ces quelques volontaires qui rejoignirent de Gaulle dès juin 1940, cette "poignée d'aristocrates, quelques juifs éclairés et les pêcheurs de l'île de Sein". Par exemple, "sur 253 Français identifiés que se sont embarqués du 21 au 25 juin à Saint-Jean-de-Luz ou à Bayonne sur des cargos polonais, 35 au moins sont juifs et 20 d'ascendance nobiliaire". Jean-Mathieu Boris est l'un de ceux-là.

Au long de ce livre de souvenirs, l'auteur commence par raconter son arrivée à Angleterre ("Le 2 juillet, nous partons vers le centre de Londres en colonnes par cinq, précédés d'une pancarte 'French Volunteers for General de Gaulle's Army"), puis sa formation à Camberley et au Old Dean Camp ("Les pluies torrentielles ont tout transformé en bourbier"). Il écrit dans son carnet le 1er janvier : "Je pense à cette année qui a été la plus heureuse et la plus malheureuse de ma vie. C'est la première année de ma vraie vie". Il a 20 ans. 

C'est en octobre 1941 qu'il quitte l'Angleterre avec les galons d'aspirant pour rejoindre la 1ère Brigade française libre en Orient, mais il ne débarque finalement en Egypte qu'à la mi-décembre, après un long périple autour de l'Afrique par Le Cap, et termine se route en autocar jusqu'à Beyrouth, d'où il rejoint le 1er régiment d'artillerie à Damas. Dès que le régiment a reçu ses nouvelles dotations de matériels et de véhicules, les colonnes prennent la route du Caire, passe la frontière occidentale de l'Egypte et Boris campe en Libye le 25 janvier 1942. Il s'installe avec la brigade Koenig sur le site de Bir Hakeim, organise sa position et participe aux "Jock Columns" jusqu'au début du siège, terrible. Le 27 mai, les Germano-Italiens attaquent. Il connaît toutes les péripéties de la bataille et note le 4 juin après un bombardement : "De ce jour et à travers tous les combats qui ont suivi, j'ai toujours tout fait pour éviter de montrer la peur qui allait souvent m'étreindre". Il participe à l'évacuation de la position dans la nuit du 10 au 11 juin, avec "les deux tracteurs restés intacts auxquels je fais attacher les deux derniers 75 utilisables". L'exfiltration est meurtrière, et Jean-Mathieu Boris en donne plusieurs exemples. Quelques jours plus tard, replié en Egypte, il reçoit sa première citation et sa Croix de guerre. La guerre crée aussi des situations inattendues et, à l'hiver suivant, comme simple aspirant, il lui arrive de commander le territoire du Djebel druze, et donc les formations autochtones : "Chaque matin, des chefs d'escadron à quatre galons [venaient] me présenter leurs respects".

C'est ensuite la campagne de Tunisie et, le 20 mai 1943, le défilé de la victoire dans la capitale du protectorat. En juin suivant, il est affecté à un nouveau régiment d'artillerie. C'est l'époque de la fusion entre les unités françaises de différentes origines. Il y est, "en dehors du colonel, le seul Français Libre". Promu lieutenant, il retrouve le Liban qu'il sillonne pendant plusieurs semaines, passe au Caire et rejoint Alger en décembre. Il se porte volontaire pour servir dans les troupes aéroportées et se prépare à être parachuté en France pour le BCRA, mais rejoint finalement les Commandos de France. A la suite de contre-ordres successifs, ce n'est toutefois qu'en octobre 1944 qu'il débarque dans la rade de Toulon et retrouve la métropole. Remontant vers le Nord-est, c'est en Jeep qu'il participe aux combats des Vosges et d'Alsace à l'hiver 1944 avec la brigade de choc de la 1ère Armée. Après le nettoyage de la poche de Colmar, il reçoit sa quatrième citation et la croix de la Légion d'honneur des mains du général de Lattre de Tassigny. Il a 24 ans. Quelques combats, toujours sous les ordres du colonel Gambiez, en Allemagne en direction de l'Arlberg en avril et c'est la capitulation allemande. "Enfin, j'ai l'immense honneur de défiler le 18 juin 1945 sur les Champs-Elysées à la tête du 1er commando de France".

Ce volume témoigne modestement d'un engagement hors norme à l'époque. Le récit des combats est fait sans excès de vocabulaire et l'auteur sait reconnaître qu'entre les périodes d'engagements intenses, il y a celles de calme et de repos, les séjours loin du théâtre des opérations, la naissance de solides amitiés et la rencontre de l'amour. Il apporte quelques exemples éclairant sur des phénomènes connus (déficit en matériels entraînant une subordination de fait aux Britanniques, complexité des relations entre "anciens" de la France Libre et de l'Armée d'Afrique, etc.) tout en faisant preuve d'une extrême humilité. Un beau témoignage.

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22 mai 2012 2 22 /05 /mai /2012 07:10

Les espions du débarquement

Ben Macintyre

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On sait qu'en prévision du débarquement de Normandie, les Alliés organisèrent la formidable manoeuvre de déception que fut Fortitude. Si tous les amateurs en ont entendu parler et connaissent globalement son scénario général, Ben Macintyre nous entraîne ici au coeur du dispositif d'intoxication du IIIe Reich. Il s'agit de l'opération Double Cross (XX), dont il peut raconter l'histoire grâce à la déclassification d'une partie des archives du MI5. Les héros (pour le moins originaux) de cette épisode de la Seconde guerre mondiale sont au nombre de cinq et constituent une bien curieuse brochette d'espions retournés par les Britanniques : "une play-girl péruvienne bisexuelle, un tout petit pilote de chasse polonais, une Française lunatique, un séducteur serbe et un Espagnol carrément excentrique dipômé en aviculture" !

Ce groupe étonnant d'agents doubles, progressivement constitué et magistralement manipulé, va recevoir la mission d'intoxiquer les cercles de commandement ennemi par les voies les plus diverses et jusqu'au plus haut niveau politique et militaire. Ben Macintyre décrit par le menu le processus de sélection, les angoisses des uns et les hésitations des autres, les manoeuvres les moins orthodoxes (jusqu'à la manipulation de l'épouse de l'un d'eux), le rôle de plaque tournante de Lisbonne. On se perd parfois entre "Agent véritable, faux agent, agent à la solde des deux parties" : parlant d'Elvina Chaudois, accro au jeu et ployant sous les dettes, le MI5 conseille d'être généreux : "comme c'est une femme dépensière, nous nous en tirerions mieux si on lui permettait de garder ce que lui Allemands lui envoient"".

La préparation de Fortitude et de Bodyguard (l'opération associée) à proprement parler commence page 189 et l'on voit que les évolutions et adaptations sont nombreuses au fil des mois. C'est vraiment de la part du responsable anglais de ce dossier une "gestion" plus que fine, demandant capacité d'anticipation, imagination et réactivité. On a entendu parler des faux chars, des faux avions et des faux navires construits et mis en place par milliers dans le Sud-est de l'Angleterre, mais qui connaît ... l'infiltration des colombiers militaires allemands sur le continent avec de quasi "pigeons voyageurs agents doubles" ? Le premier semestre 1944 voit se développer les manoeuvres les plus tordues, au point que l'on se demande à plusieurs reprises s'il ne s'agit pas de fiction, et chacun des cinq espions joue sa propre mesure, complémentaire en réalité de celles des autres, dans une partition d'ensemble écrite à Londres, et où Lisbonne et Madrid tiennent aux côtés de la Suisse une place essentielle. On croise également au fil des pages ce lieutenant australien, dans le civil acteur plus ou moins médiocre, sosie du général Montgomery. Trois mois avant le débarquement, le puzzle se met en place : "Le gros mensonge serait constitué de bribes, glanures et allusions, dissimulées dans une meule de données, exactes pour certaines", dans une ambiance de plus en plus trouble. Un pari osé et risqué.

L'épiloge nous permet de connaître ce que deviennent les principaux protagonistes de l'affaire après le débarquement, et cette ultime partie réserve également quelques surprises, qu'il s'agisse de Garbo, qui "avait soutiré quelque 350.000 dollars aux Allemands et une Croix de fer. Les Britanniques lui donnèrent 15.000 livres et le firent membre de l'Ordre de l'empire britannique" avant qu'il ne s'installe comme libraire au Venezuéla ; ou Dusko Popov, qui "prit la nationalité britannique et reçu une médaille" sans rien changer à son train de vie, de sorte que "les services secrets britanniques essayaient encore de se dépêtrer de [ses] histoire financières longtemps après la guerre".

La bibliographie finale, sur quatre pages, est bien ciblée et prend en compte les plus récentes publications. Bref, un ouvrage absolument passionnant, écrit d'une plume alerte, qui va nécessairement prendre place parmi les meilleures publications sur la période.

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21 mai 2012 1 21 /05 /mai /2012 07:10

1941-1942

Et si la France avait continué la guerre

Jacques Sapir, Frank Stora, Loïc Mahé

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Connaissez-vous l'uchronie ? Il s'agit d'oeuvres litterraires reposant sur une ré-écriture de l'histoire, à partir de la modification initiale d'un événement du passé. Autant le dire, longtemps, je n'ai pas été un adepte des ouvrages d'uchronie. Trop cartésien sans doute, il me semblait inutile d'envisager ce qui aurait pu se passer si les choses s'étaient déroulées autrement. Comprendre les événement du passé, bien sûr, mais pourquoi les "ré-inventer" ? Mais depuis quelques années, le genre a profondément évolué et le volume 1 de Et si la France avait continué la guerre ?, 1940, paru en 2010, m'avait convaincu. Il racontait de façon aussi réaliste que possible que la France, bien que militairement battue, n'avait pas abandonné le lutte et s'était en partie rétablie en Afrique du Nord. Si l'hexagone était occupé, l'essentiel des troupes et du matériel avait pu être replié outre-Méditerranée.

Ce deuxième volume, qui couvre l'année 1941 et le premier semestre de l'année 1942, accorde une place importante aux questions matérielles et logistiques (dont les principes sont développés en postface) et offre d'intéressants développement "d'histoire politique fiction", comme ces échanges entre Reynaud et De Gaulle sur la refondation de la République au début de l'ouvrage.

A en croire les auteurs, la guerre se serait désormais essentiellement déroulée autour de la Méditerranée et l'on assiste aux raids des bombardiers de l'Axe sur Malte, aux opérations de Corse et de Sardaigne, aux campagnes de Grèce ou à la conquête de l'Afrique Orientale Italienne. On croise le général Giraud évadé de Königstein, le général Noguès nommé chef d'état-major général de la Défense nationale, le chef d'escadron Weygand, fils du général, ralliant Alger via l'Espagne et le Portugal. On "comprend" le remplacement de Catroux en Indochine et l'on suit la constitution d'une Armée française d'Orient de 30.000 hommes en Grèce. Tous les territoires, tous les océans sont "auscultés", des mers de Chine à la Terre de feu, tous les grands dossiers sont "torturés" et ré-écrits, du projet américain Manhattan à l'opération Barbarossa contre l'URSS en passant par les ultimes conversations entre Américains et Japonais. Bref, un extraordinaire survol de toutes les questions et de tous les événements des années 1941-1942, réels (réformulés, à la conclusion modifiée) ou imaginaires (créés de toutes pièces, aussi réalistes que possible).

Entre le livre d'histoire et le roman, 1941-1942 Et si la France avait continué la guerre ? est si bien construit et écrit que l'on en vient parfois presque à se demander si tel ou tel épisode raconté s'est, ou non, effectivement déroulé et que l'on se surprend à aller vérifier une date ou un détail. C'est dire si l'exercice est réussi et si le livre offre à la fois quelques heures de lecture très agréable et pousse à se poser des questions de fond sur les causes et les conséquences des vrais événements.

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18 mai 2012 5 18 /05 /mai /2012 07:00

Les oubliés d'Auschwitz

Cécile Chambon

d'après le témoignage de Gervaise Schmitt

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Ce témoignage oral d'une femme qui n'était qu'une enfant au moment des faits a été recueilli et mis en forme par Cécile Chambon. Il ne s'agit donc pas d'un témoignage direct. Par ailleurs, l'auteur précise dans un avertissement préalable que le lecteur ne doit pas être surpris de ne trouver presque aucune date dans le récit : "Gervaise Schmitt avait onze ans lorsqu'elle a été déportée. Elle ne peut donc se souvenir d'aucun repère précis et cela n'a d'ailleurs, pour elle, aucune importance ... Qu'importe si c'était le mois de mars ou d'avril, le 12 ou le 25 ... Gervaise ne connaît pas non plus sa date de naissance". Gervaise appartient à la grande famille des "gens du voyage", ces Tsiganes dans lesquels on a parfois voulu voir la douzième tribu d'Israël et qui furent persécutés comme "Juifs errants". Dans son introduction, Paul Villatoux rappelle le sort des tsiganes français, leur regroupement au camp de Malines en 1942-1943, le sinistre convoi Z de janvier 1944 vers Auschwitz (351 Tsiganes déportés, parmi lesquels 107 enfants, et dont il ne reviendra que moins de 15 survivants) : "C'est donc un témoignage aussi rare que poignant que le lecteur est invité à découvrir".

Il s'agit d'un récit avec des mots simples, qui permettent de retranscrire les souvenirs d'une enfant pieuse qui ne comprend pas (et ne peut objectivement pas comprendre) tout ce qui lui arrive : les sept jours et nuits de "voyage" à soixante-dix par wagon de Malines à Auschwitz, le tatouage d'un Z (pour Zigeuner), les violences physiques et morales, les humiliations et le sadisme, alors que "nous avions de l'espoir : nous étions Français et nous n'avions rien fait". On peut revivre l'appel, à quatre heures du matin, les expériences médicales, le surpeuplement dans la maladie, l'extrême malnutrition et la crasse, l'hostilité même d'autres communautés déportées (Russes et Polonais), les transferts d'un camp à l'autre. Certaines anecdotes tiennent visiblement davantage des souvenirs reconstruits que de la mémoire objective, mais, avec des yeux de 11 ans, c'est l'atmosphère générale qui compte. Voici enfin la libération de Ravensbrück, puis le transfert en Suède via le Danemark (où l'enfant croise le roi venu au devant du train) : "Nous nous croyions au Paradis, mais comme par effraction !". Six mois plus tard, après avoir été nourris, soignés, habillés, ces déportés rentrent en France en avion (l'accueil et les moyens mis en place ne sont pas, si l'on en croît ces souvenirs, à la hauteur de ceux déployés dans les royaumes nordiques), puis le train pour Lille et Roubaix, les survivants se retrouvent et la famille qui tente de se reconstruire.

Un très émouvant témoignage d'immense détresse et d'extraordinaire volonté de vivre. Sans doute en partie déformé par le temps, bien sûr. Dont les images sont noircies et peut-être aggravées par les peurs d'une enfant et les récits familiaux ultérieurs mille fois répétés, c'est très probable. Mais un témoignage à lire. A lire absolument.

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17 mai 2012 4 17 /05 /mai /2012 07:05

Oradour-sur-Glane, aux larmes de pierre

Jean-Louis Marteil

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Rivesaltes, un camp en France

Alain Monnier

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La collection Terre de mémoire des éditions La Louve s'est enrichie de deux petits volumes consacrés à de hauts lieux de la mémoire de la Seconde guerre mondiale dans le grand Sud-ouest. Inutile de chercher dans ces pages un récit historique détaillé des événements, une chronologie scrupuleuse, des détails référencés. Il s'agit en fait de livre-hommage, de rêveries littéraires, de réflexions poétiques sur des sujets graves et profonds, au cours desquelles les auteurs font littéralement "parler" les lieux.

Dans Ouradour-sur-Glane, préfacé par Lucie Aubrac, Jean-Louis Marteil prend son lecteur par la main pour une "promenade" parfois macabre, sur les lieux d'un crime atroce : "Souviens-toi, je t'en prie ... Souviens-toi, mon amour, d'un mois de juin où les chaussées vers la Normandie s'encombraient de blindés ... Les régiments d'élite de la 2e SS Panzerdivision Das Reich roulent vers Brive ... Puis Limoges ... Tout près de là, Oradour-sur-Glane. Village désarmé. Village refuge". Dans les chapitres qui suivent, l'auteur devient narrateur et fait alterner les descriptions plus ou moins rigoureuses des événements (mais là n'est pas l'essentiel) et les réflexions morales ou philosophiques. Il est dans le village. Il vit les événements ("Je ferme les yeux et les rues s'animent d'un coup") ; mais dans le même temps, et au détour des mêmes paragraphes, raconte ses visites du site, ses émotions, celles des gens qu'il croise. Est-on en 1944 ou en 2012 ? Le lecteur est emporté. Le volume se termine sur deux dernières pages évoquant le myosotis, cette fleur qui "sur les berges de la Glane, par touffes étendues et basses, [...] conquiert un vaste territoire et l'éclaire de son bleu éthéré. C'est la dernière vision d'Oradour que j'ai emporté avec moi ce soir-là".

Rivesaltes, d'Alain Monnier, est d'une tonalité toute différente. L'auteur se défend dès les premières pages d'un a priori partisan : "Ceux des Brigades effraient les autorités. Finalement, après de nombreuses tergiversations, on met des barbelés, on parque, on gère l'urgence ... On se dit qu'aussi inique que cela soit, on est dans la logique du monde, et que si les Républicains -anarchistes et communistes- l'avaient emporté, ce seraient d'autres gens, spoliés et catholiques, notables ou déserteurs, nouveaux Russes blancs, qui eussent rongé leur détresse dans d'autres camps ... Rien n'excuse le monde, il faut s'y résigner". Peut-être est-ce la succession dans la durée des misères individuelles et des malheurs collectifs (les Espagnols, puis les politiques, puis les Juifs, puis les Harkis) accumulés qui rend ce lieu si emblématique ? Emblématique, mais aussi médiocrement commun, car ce n'est pas un camp de la mort : "il ne sera jamais totalement encerclé" de barbelés et miradors, et "des gardiens ont bien dû détourner le regard. Par sympathie, parfois par paresse. S'échapper bien sûr... Mais aller où ?". Alain Monnier constate que les murs des baraquements sont percés de trous, "en prévision du passage de quelques tuyaux de poêle", mais il n'y aura jamais de chauffage : "Toujours cette nécessité d'afficher que l'on veut bien faire et cette paresse qui empêche d'y parvenir". Et au bilan, "il y a eu à Rivesaltes, dans ce Roussillon agricole et riche, dans cette baraque où je me trouve, ou dans celles d'en face, peu importe, des hommes, des femmes, des enfants qui sont morts de faim". Il nous présente aussi les gardiens du camp, d'abord soucieux de nourrir leur famille et qui pour cela s'abaissent à voler et maltraiter plus malheureux qu'eux. Puis viendront en masse à partir de l'été 1942 les Juifs. Enfin, avec l'indépendance de l'Algérie, les Harkis : "Moi qui me suis souvent demandé à quoi servaient les commémorations grandiloquentes, je ressens soudain, comme une évidence, la nécessité des trois stèles érigées sur la route qui traverse aujourd'hui le camp. Il y a celle des Espagnols, celle des Juifs, celle des Harkis ... Elle sont indispensable face à ce délabrement muet ... Cet endroit est terrible par son anonymat".

Deux petits livres (environ 90 pages, 10 euros) qui parlent de mémoire et de souvenir. Des exercices de littérature, de style et d'émotion. Qui font réfléchir.

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15 mai 2012 2 15 /05 /mai /2012 07:00

7 décembre 1941

Pearl Harbor

Patrick Facon

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Paru chez Editeal à la fin de l'année 2011, cet album d'un peu plus d'une centaine de pages présente trois atouts :

- Très largement et richement illustré, il est particulièrement pédagogique.

- Le texte courant est rédigé par l'un des meilleurs spécialistes des questions aériennes.

- Le plan adopté ne se limite pas aux seuls événements, mais revient à la fois sur leur génèse et sur leur écho dans la mémoire américaine jusqu'aux conséquences du 11 septembre 2001.

L'ouvrage relève "la brillante réussite de l'opération montée par Yamamoto et tactiquement planifiée par Genda", ce qui peut susciter certaines réserves quant au caractère à certains égards relatif de ce succès, et souligne la réaction de surprise du président Roosevelt à l'annonce de l'attaque, ce qui "coupe court à la légende selon laquelle le président américain aurait amené les Japonais à la guerre en les provoquant, voire aurait connu le projet d'agression".  Comme l'indique d'ailleurs Patrick Facon (et ce que confirmerait tout connaisseur des questions de renseignement) : "Pléthore d'informations ne signifie pas forcément vraie connaissance des intentions d'un adversaire"...

2.335 soldats et marins tués, 1.143 blessés ou disparus : la guerre dans le Pacifique commence.

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9 mai 2012 3 09 /05 /mai /2012 08:00

Aurigny :

typologie d'une déportation

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Benoit Luc, auteur du livre Otages d'Hitler que nous recensions il y a quelques jours, s'est intéressé pendant sa scolarité en Master aux déportés français sur l'île anglo-normande d'Aurigny pendant la Seconde guerre mondiale. Il nous semble intéressant de donner un écho supplémentaire à ce chapitre très peu connu de l'histoire du conflit, s'agissant de prisonniers retenus dans quatre camps allemands installés ... en territoire britannique.

Son livre sur ce thème (Les déportés de France vers Aurigny, paru en 2010 chez Eurocibles) étant semble-t-il épuisé, nous vous renvoyons vers l'article de synthèse extrêmement documenté qu'il a publié sur ce même sujet ("Aurigny : typologie d'une déportation") dans le numéro 60 (mars 2009, pp. 1 à 11) de Mémoire vivante, revue de la Fondation pour la mémoire de la déportation.

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7 mai 2012 1 07 /05 /mai /2012 09:10

Guerre et information

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En cette période anniversaire de la fin de la Seconde guerre mondiale sur le continent européen, Philippe Chapleau raconte, sur son site Lignes de défense, pourquoi et comment l'agence de presse américaine Associated Press a présenté des excuses posthumes au journaliste Edward Kennedy, licencié en 1945 pour avoir annocé la capitulation de l'Allemagne à Reims, en dépit de la volonté opposée des Soviétiques qui voulaient attendre la cérémonie du lendemain à Berlin.

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7 mai 2012 1 07 /05 /mai /2012 09:00

Churchill et hitler (suite)

Rencontre avec François Delpla

Churchill & Hitler

A la suite de la recension consacrée à son dernier livre, mise en ligne le 25 avril dernier, François Delpla nous a dressé un commentaire regrettant que nous ayons parlé de "rapprochements hâtifs". Il nous a semblé important de lui permettre d'expliquer sa méthode de travail et ses recherches. A partir d'exemples précis puisés dans le texte de son livre, il a bien voulu nous préciser sa démarche, son raisonnement et résumer en conclusion comment il comprend la recherche historique.

 

Question : A la lecture de votre dernier livre, on peut avoir l'impression que vous procédez parfois par "raccourcis" rapides, comme page 160 et suivante lorsque vous évoquez une lettre d'Albrecht Haushofer du 16 juillet 1939, dont on ne sait plus très bien quelques lignes plus loin si elle existe ou non ("D'après un livre de son fils (qui n'évoque pas sur ce point de document : peut-être a-t-il entendu son père conter l'anecdote") et dont semble-t-il, sauf erreur, la référence n'est pas indiquée : comment procédez-vous pour croiser vos sources et confirmer vos premières analyses ?

Réponse : La lettre existe, dans les archives de la famille Hamilton, et a été publiée en 1971 par le fils du duc de l'époque, mêlé à la préhistoire du vol de Hess : c'est l'ordre, allégué par le propre fils, de sa communication à Churchill, Chamberlain et Halifax successivement. C'est cet ordre, dis-je, qui me fait sourire, et me semble plus proche des bienséances de l'après-guerre que du protocole conservateur de 1939. Je souhaiterais alors qu'un document (un agenda du duc, par exemple) vienne à l'appui et, comme ce n'est pas le cas, je me dis qu'au mieux le père en a parlé au fils. En d'autres termes, l'anecdote de Churchill ceint de sa serviette et lisant cette lettre au sortir du bain, plus encore le propos du duc souhaitant qu'il succède à Chamberlain, m'inspirent non point des déductions hâtives mais un profond scepticisme ; c'est là un scène convenue et attendue, fortement suspecte comme telle mais heureusement pas très importante. J'aurais pu en effet être encore plus clair en précisant que la lettre figurait dans les pages indiquées du livre.

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Question : Page 238, vous évoquez le goût prononcé de Churchill pour l'alcool et vous le décrivez rapidement errant "en peignoir à la recherche d'un bain chaud" aux 'Muguet(s)'. Comment, alors, porter crédit aux récits ultérieurs ?

Réponse : Je fais preuve devant ses mémoires du doute le plus méthodique possible, non point tant en raison de son intempérance (j'aimerais avoir sa mémoire et sa présence en buvant le dixième de lui !) que des impératifs politiques qui lui font ménager Pierre ou Paul. D'une façon plus générale, je pratique devant tout document un doute méthodique et suis pris d'une frénésie de recoupement !

Question : Page 393, vous reconnaissez que "nous sommes très mal renseignés sur les approches que tente alors l'Allemagne en direction du Kremlin". Vous envisagez que "des archives essentielles" dorment sans doute en Russie ou en Suède. En l'absence de document(s), vous faites en particulier référence aux "propos de table transcrits par des secrétaires sur ordre de Martin Bormann". Est-ce sufffisant ?

Réponse : A l'impossible nul n'est tenu, mais je fais observer qu'au possible l'historien, en revanche, est absolument tenu. Le lecteur doit être aussi sévère avec lui qu'une mère de famille à l'ancienne quand un enfant laissait dans une assiette la moindre miette comestible. Ainsi, les propos de table de Hitler, miraculeusement préservés, sont une voie royale vers des secrets d'Etat que nous allons pouvoir, suivant les recoupements possibles, pénétrer plus ou moins précisément. Dans l'été 1941, ils présentent, quand il est question des Soviétiques, des variations qu'on peut et doit rapprocher des événements militaires (un recoupement non avec des documents, mais avec des actes et des événements), pour faire l'hypothèse que, plus le morceau se révèle dur à avaler, plus les ambitions se restreignent et le désir d'une paix de compromis grandit. Après, on trouve ou pas des recoupements textuels : il y en a un certain nombre. Mais le choix de prendre l'Ukraine avant Moscou, qui détermine de terribles disputes d'état-major autour du 20 août, est-il dicté, dans le cerveau de Hitler, par le souci de s'assurer ce territoire avant les pourparlers ? Cela reste une possibilité, sans plus, au stade actuel de mon information et de ma réflexion.

Question : Au-delà de ces quelques exemples, finalement, pour un sujet aussi complexe sur une période aussi controversée, comment voyez-vous le statut des documents de référence ? Les hiérarchisez-vous ? Considérez-vous qu'ils sont tous du même pied ? Pensez-vous que de nouvelles pièces puissent émerger dans les prochaines années ?

Réponse : Sur le dernier point, ô que oui ! J'ai souvenance d'un historien qui, interrogé de la même façon par une chaîne de radio il y a une vingtaine d'années à l'occasion d'une ouverture d'archives permettant de préciser un point quelconque, répondit qu'il n'attendait plus rien d'essentiel, concernant la Seconde guerre mondiale. C'est là une erreur révélatrice, procédant de l'idée que l'ouverture des archives allemandes dès Nuremberg, puis des anglaises et des américaines après 1970, avaient permis de faire le tour des questions importantes. Cette personne n'attendait rien du versant soviétique ... et là je lui donne plutôt raison -on n'a pas appris grand-chose- sur les questions essentielles, qui ne fût largement discernable grâce aux documents des autres pays. Mais il reste la pratique nazie du secret, passant notamment par la consigne de ne rien écrire, et, plus généralement, le style écrit et surtout oral de Hitler, rempli de formules sibyllines qu'il faudra encore scruter longtemps ; et le fait que petit à petit les ennemis de l'Allemagne, Britanniques avant tout, se sont adaptés et ont commencé à duper Hitler selon ses propres méthodes. Voyez, dans le livre, l'exemple du télégramme de Lequio (14 mars 1941, p. 351) : l'ambassadeur anglais à Madrid et vieux compagnon de Chamberlain, Samuel Hoare, raconte à un émissaire allemand qu'il forme un gouvernement pacifiste pour remplacer celui de Churchill et compte aboutir prochainement. Cette archive est, pour l'instant, unique, mais déjà très éloquente : puisque justement les très nombreux documents qui montrent comment Hoare exécutait sa mission ne disent jamais rien d'approchant, il est certain qu'il s'agit d'une intoxication et la structure du pouvoir britannique montre qu'elle ne peut venir que de Churchill. Ce document a été publié en recueil en 1986 et n'avait, jusqu'ici, été exploité par aucun historien digne de ce nom. Preuve qu'il dérange. Je confesse que c'est ce qui m'attire. Non point par souci de démolir ce qu'on croyait, je suis comme tout le monde, j'ai besoin de mon confort intellectuel, et plus je crois les questions tranchées, mieux je me porte. Mais en tant qu'historien, il est de mon devoir de chasser sur des terres nouvelles et d'aborder des questions justement pas tranchées, ou plus compliquées qu'on ne croyait.

 

Merci François Delpla d'avoir répondu aussi nettement et présenté sans fard vos recherches. Amis lecteurs, à vous la parole.

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5 mai 2012 6 05 /05 /mai /2012 07:40

39-45 Soldats oubliés

Ceux dont l'histoire ne parle plus

Dominique Lormier

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Dominique Lormier est l’un des auteurs français les plus prolifiques sur le thème de la Seconde guerre mondiale (30 livres sur 32 ouvrages publiés depuis 1986, une centaine de titres au total). Ses dernières productions depuis trois ou quatre ans étaient assez largement centrées sur le sacrifice « oublié » de soldats français durant ce conflit (Les victoires militaires françaises de la Seconde guerre mondiale, Ed. Souny, 2009), en particulier en mai-juin 1940 (La bataille de france jour après jour, Le Cherche Midi, 2010 ; La bataille de Dunkerque, 26 mai - 4 juin 1940, Tallandier, 2011).

Son nouvel opus s’intéresse non pas aux seules armées françaises ou aux combattants de l’ombre, mais aux troupes régulières de différentes nationalités qui se sont obscurément sacrifiées sut tel ou tel théâtre d'opérations pour obéir aux ordres reçus. Le livre est divisé en quinze chapitres (d’importance très variable, entre 7 pages pour le plus "mince" et plus de 70 pour le plus étoffé) qui abordent chacun une bataille ou une campagne particulière. Certes, toutes ne sont pas oubliées (« Les batailles de Hannut et de Gembloux », « La bataille des Alpes », « La bataille de Bir-Hakeim » (à laquelle l'auteur à lui-même consacré un livre en 2009), mais la plupart, il est vrai, surtout lorsqu'elles concernent des unités étrangères, sont rarement évoquées dans l’historiographie française : « La résistance héroïque des soldats grecs » sur la frontière albanaise à l’hiver 1940-1941 (« Le 25 janvier 1941, la division alpine Julia ne compte plus que 1.500 soldats valides sur les 9.000 du début de la campagne. Le bataillon alpin Cividale est réduit à 72 survivants sur 1.200 ») ; « Les sous-marins italiens de l’Atlantique » qui coulèrent à partir de leur base de Bordeaux plus de 120 navires alliés, et dont les équipages participeront ensuite à la défense des poches de l’Atlantique aux côtés des Allemands ; « L’épopée de l’armée italienne sur le front russe » entre 1941 et 1943, démunie d’équipements suffisants pour les rigueurs de l’hiver et contre laquelle les Russes bénéficie d’une supériorité de dix contre un ; « La brigade belge Piron » engagée sous commandement britannique, d’août 1944 à mai 1945, dans les combats de la libération, de Normandie au territoire allemand. Quelques autres épisodes encore sont abordés, relatifs aux armées française ou italienne essentiellement.

Le texte est rapide, le récit fluide, et l’on a parfois l’impression de « sentir » les événements car l’auteur a vraiment le sens du mot juste et de la reconstitution du contexte. On peut toutefois regretter l’absence de bibliographie et l’extrême concision des références (simple mention « Archives militaires françaises », ou « italiennes », ou « allemandes », ce qui est dommage pour certaines citations que l'on aimerait pouvoir retrouver et compléter). Le lecteur est pris par le récit, mais reste finalement en partie "sur sa faim". Un bon ouvrage de vulgarisation (au sens noble du terme) qui se lit facilement et avec intérêt donc, mais qui en reste au récit des événements militaires. C'est un regret, car la réelle originalité des trois ou quatre chapitres les plus rarement traités en France aurait gagné à être mise en valeur.

 

Il nous a semblé intéressant de demander à Dominique Lormier les raisons de ses choix rédactionnels.

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Question : Sur quelle(s) base(s) avez-vous sélectionné les batailles et campagnes retenues dans votre livre ?

Réponse : J'ai voulu mettre en avant des faits militaires peu connus, méconnus ou oubliés. Notamment avec la volonté de balayer les clichés habituels concernant les soldats français en 1940-1945, les soldats italiens durant la même période ; sans oublier les combats tombés dans l'oubli, je pense notamment à la guerre italo-grecque et à la campagne du Médoc ; ainsi qu'à des unités méritantes, comme notamment la brigade belge Piron et la brigade FFI Carnot. Les actions d'éclat des parachutistes et des commandos allemands en 1940 sont plus connues, mais nettement moins que la percée des Panzerdivisions. En bref, il s'agit de réparer une injustice historique. Il n'y a pas eu que Stalingrad, la Normandie ou Guadalcanal durant la Seconde guerre mondiale. Ces histoires rendent hommage au courage et au sacrifice des combattants, qu'ils aient été du bon ou du mauvais côté.

Question : On constate de très importantes différences entre les chapitres (de 7 à 70 pages). Pourquoi cette différence de traitement ?

Réponse : Certains chapitres reposent sur des faits militaires de courte durée, d'autres relatent des combats ayant duré plusieurs mois. D'autre part, j'ai voulu développer des opérations militaires souvent méconnues du grand public.

Question : Il n'y a pas de bibliographie en fin de chapitre ou en fin de volume, et vos références sont très brièvement notées en bas de page. Pourquoi, et quelles ont été vos sources ?

Réponse : Je ne voulais pas alourdir le texte de références bibliographiques trop longues afin de citer l'essentiel de mes sources en bas de page. C'est un ouvrage grand public, reposant cependant sur des sources sérieuses, à mi-chemin entre le travail universitaire et le livre de vulgarisation. Il faut captiver le lecteur et ne pas trop détourner son attention par une succession de références bibliographiques. J'ai essentiellement travaillé sur les archives militaires, les témoignages recueillis d'anciens combattants et les ouvrages déjà publiés.

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Question : L'une de ces batailles vous parait-elle plus particulièrement emblématique et pourquoi ?

Réponse : Je pense que la bataille de Dunkerque souligne un fait militaire très souvent occulté par les historiens étrangers, à savoir la résistance héroïque des troupes françaises ayant couvert le rembarquement des divisions britanniques, sans oublier les pertes en chars des Allemands entre le 10 et le 23 mai 1940. Le général Halder reconnait que durant cette période 50 % des chars allemands ont été mis hors de combat (détruits ou endommagés), principalement par l'armée française.  Pour affronter les 60 % de troupes françaises restantes, lors de la seconde phase de la campagne de 1940, Hitler décide de ne pas engager les Panzerdivisions contre la poche de Dunkerque. Or, les historiens étrangers oublient volontairement ces faits pour s'attarder sur des suppositions ubuesques d'une prétendue volonté d'Hitler de ménager l'armée britannique ! Or, le commandement anglais, ainsi que Churchill, ont toujours estimé que la perte du corps expéditionnaire britannique à Dunkerque, représentat l'élite et l'essentiel de l'armée anglaise à ce moment-là en Occident, aurait été une véritable catastrophe : Montgomery et Alexander, de futurs maréchaux, se trouvaient dans la poche de Dunkerque, sans parler de la quasi totalité des soldats professionnels qui formeront ensuite en grande partie les troupes alliées débarquant en Normandie en 1944.

Question : Quels sont désormais vos projets ? De nouveaux travaux sur la Seconde guerre mondiale ?

Réponse : Début mai 2012, j'ai deux livres qui sont publiés, à savoir L'armée française pour les Nuls aux éditions First, ainsi qu'une biographie sur le maréchal Koenig (Koenig, l'homme de Bir Hakeim) aux éditions du Toucan. Début juin 2012, deux autres livres de ma plume sont édités : La libération de la France jour après jours, juin 1944 - mai 1945, éditions Le Cherche Midi ; et 39-45 Les résistants oubliés, ceux dont l'histoire ne parle plus, aux éditions Jourdan. Le premier ouvrage (L'armée française pour les Nuls) est un énorme travail présentant l'armée française des origines à nos jours, avec des faits souvent méconnus du grand public et de certains spécialistes. Le second est une biographie du général Koenig qui présente à la fois le militaire de légende et l'homme privé. Le troisième livre (La libération de la France jour après jour) met en avant l'apport des troupes françaises (armée régulière et Résistance) dans la libération du territoire, sans oublier bien sûr le rôle capital des alliés anglo-américains. Enfin, la dernière parution (39-45, les résistants oubliés) repose sur le même principe queLes soldats oubliés, en mettant en avant des faits méconnus de la Résistance française.

Actuellement, je travaille sur un ouvrage portant sur un sujet particulièrement douloureux : La Gestapo et les Français, histoire d'une tragédie, aux éditions Pygmalion. Pour la rentrée et l'automne 2012, deux autres livres seront publiés : La Résistance, aux éditions Gründ, sous la forme d'un ouvrage grand format richement illustré ; Histoire générale de la Résistance française, aux éditions Souny, gros pavé de plus de 600 pages. Je prépare également une Histoire de la Résistance pour les Nuls (éditions First), parution prévue en 2013.

 

Merci Dominique Lormier pour toutes ces précisions, et bravo pour cette production qui nous donnera très prochainement sans doute l'occasion de nous retrouver. Bon courage et à bientôt.

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Published by guerres-et-conflits - dans Seconde guerre mondiale
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Livres

 

doumenc-copie-1.jpgLa Direction des Services automobiles des armées et la motorisation des armées françaises (1914-1918), vues à travers l’action du commandant Doumenc

Lavauzelle, Panazol, 2004.

A partir de ma thèse de doctorat, la première étude d’ensemble sur la motorisation des armées pendant la Première Guerre mondiale, sous l’angle du service automobile du GQG, dans les domaines de l’organisation, de la gestion et de l’emploi, des ‘Taxis de la Marne’ aux offensives de l’automne 1918, en passant par la ‘Voie sacrée’ et la Somme.

 

La mobilisation industrielle, ‘premier front’ de la Grande Guerre ? mobil indus

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2005 (préface du professeur Jean-Jacques Becker).

En 302 pages (+ 42 pages d’annexes et de bibliographie), toute l’évolution industrielle de l’intérieur pendant la Première Guerre mondiale. Afin de produire toujours davantage pour les armées en campagne, l’organisation complète de la nation, dans tous les secteurs économiques et industriels. Accompagné de nombreux tableaux de synthèse.

 

colonies-allemandes.jpgLa conquête des colonies allemandes. Naissance et mort d’un rêve impérial

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2006 (préface du professeur Jacques Frémeaux).

Au début de la Grande Guerre, l’empire colonial allemand est de création récente. Sans continuité territoriale, les différents territoires ultramarins du Reich sont difficilement défendables. De sa constitution à la fin du XIXe siècle à sa dévolution après le traité de Versailles, toutes les étapes de sa conquête entre 1914 et 1918 (388 pages, + 11 pages d’annexes, 15 pages de bibliographie, index et cartes).

 

 caire damasDu Caire à Damas. Français et Anglais au Proche-Orient (1914-1919)

 14/18 Editions, Saint-Cloud, 2008 (préface du professeur Jean-Charles Jauffret).

Du premier au dernier jour de la Grande Guerre, bien que la priorité soit accordée au front de France, Paris entretient en Orient plusieurs missions qui participent, avec les nombreux contingents britanniques, aux opérations du Sinaï, d’Arabie, de Palestine et de Syrie. Mais, dans ce cadre géographique, les oppositions diplomatiques entre ‘alliés’ sont au moins aussi importantes que les campagnes militaires elles-mêmes.

 

hte silesieHaute-Silésie (1920-1922). Laboratoire des ‘leçons oubliées’ de l’armée française et perceptions nationales

‘Etudes académiques », Riveneuve Editions, Paris, 2009.

Première étude d’ensemble en français sur la question, à partir du volume de mon habilitation à diriger des recherches. Le récit détaillé de la première opération civilo-militaire moderne d’interposition entre des factions en lutte (Allemands et Polonais) conduite par une coalition internationale (France, Grande-Bretagne, Italie), à partir des archives françaises et étrangères et de la presse de l’époque (381 pages + 53 pages d’annexes, index et bibliographie).

 

cdt armee allde Le commandement suprême de l’armée allemande 1914-1916, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général von Falkenhayn 

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Le texte original de l’édition française de 1921 des mémoires de l’ancien chef d’état-major général allemand, accompagné d’un dispositif complet de notes infrapaginales permettant de situer les lieux, de rappeler la carrière des personnages cités et surtout de comparer ses affirmations avec les documents d’archives et les témoignages des autres acteurs (339 pages + 34 pages d’annexes, cartes et index).

 

chrono commChronologie commentée de la Première Guerre mondiale

Perrin, Paris, 2011.

La Grande Guerre au jour le jour entre juin 1914 et juin 1919, dans tous les domaines (militaire, mais aussi politique, diplomatique, économique, financier, social, culturel) et sur tous les fronts. Environ 15.000 événements sur 607 pages (+ 36 pages de bibliographie et d’index).

 

 Les secrets de la Grande Guerrecouverture secrets

Librairie Vuibert, Paris, 2012.

Un volume grand public permettant, à partir d’une vingtaine de situations personnelles ou d’exemples concrets, de remettre en lumière quelques épisodes peu connus de la Première Guerre mondiale, de la question du « pantalon rouge » en août 1914 à l’acceptation de l’armistice par von Lettow-Vorbeck en Afrique orientale, après la fin des hostilités sur le théâtre ouest-européen.

 

Couverture de l'ouvrage 'Mon commandement en Orient'Mon commandement en Orient, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général Sarrail

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2012

Le texte intégral de l'édition originale, passé au crible des archives publiques, des fonds privés et des témoignages des acteurs. Le récit fait par Sarrail de son temps de commandement à Salonique (1915-1917) apparaît véritablement comme un exemple presque caricatural de mémoires d'autojustification a posteriori

 

 

Coordination et direction d’ouvrages

 

Destins d’exception. Les parrains de promotion de l’Ecole Spéciale Militaire de Saint-Cyr

SHAT, Vincennes, 2002.

Présentation (très largement illustrée, 139 pages) des 58 parrains qui ont donné leur nom à des promotions de Saint-Cyr, entre la promotion « du Prince Impérial » (1857-1858) et la promotion « chef d’escadrons Raffalli » (1998-2001).

 

fflLa France Libre. L’épopée des Français Libres au combat, 1940-1945

SHAT, Vincennes et LBM, Paris, 2004.

Album illustré présentant en 191 pages l’histoire et les parcours (individuels et collectifs) des volontaires de la France Libre pendant la Seconde guerre mondiale.

 

marque courageLa marque du courage

SHD, Vincennes et LBM, Paris, 2005.

Album illustré présentant en 189 pages l’histoire des Croix de Guerre et de la Valeur Militaire, à travers une succession de portraits, de la Première Guerre mondiale à la Bosnie en 1995. L’album comporte en annexe une étude sur la symbolique, les fourragères et la liste des unités d’active décorées.

 

  90e anniversaire de la Croix de guerre90-ANS-CROIX-DE-GUERRE.jpg

SHD, Vincennes, 2006.

Actes de la journée d’études tenue au Musée de l’Armée le 16 novembre 2005. Douze contributions d’officiers historiens et d’universitaires, français et étrangers, de la naissance de la Croix de guerre à sa perception dans la société française, en passant les décorations alliées similaires et ses évolutions ultérieures.

 

france grèceLes relations militaires franco-grecques. De la Restauration à la Seconde guerre mondiale 

SHD,Vincennes, 2007.

Durant cette période, les relations militaires franco-grecques ont été particulièrement intenses, portées à la fois par les sentiments philhellènes qui se développent dans l’hexagone (la France est l’une des ‘Puissances protectrices’ dès la renaissance du pays) et par la volonté de ne pas céder d’influence aux Anglais, aux Allemands ou aux Italiens. La campagne de Morée en 1828, l’intervention en Crète en 1897, les opérations en Russie du Sud  en 1919 constituent quelques uns des onze chapitres de ce volume, complété par un inventaire exhaustif des fonds conservés à Vincennes.

 

verdunLes 300 jours de Verdun

Editions Italiques, Triel-sur-Seine, 2006 (Jean-Pierre Turbergue, Dir.).

Exceptionnel album de 550 pages, très richement illustré, réalisé en partenariat entre les éditions Italiques et le Service historique de la Défense. Toutes les opérations sur le front de Verdun en 1916 au jour le jour.

 

DICO-14-18.jpgDictionnaire de la Grande Guerre

(avec François Cochet), 'Bouquins', R. Laffont, 2008.

Une cinquantaine de contributeurs parmi les meilleurs spécialistes de la Grande Guerre, 1.100 pages, 2.500 entrées : toute la Première Guerre mondiale de A à Z, les hommes, les lieux, les matériels, les opérations, les règlements, les doctrines, etc.

 

fochFerdinand Foch (1851-1929). Apprenez à penser

(avec François Cochet), 14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Actes du colloque international tenu à l’Ecole militaire les 6 et 7 novembre 2008. Vingt-quatre communications balayant tous les aspects de la carrière du maréchal Foch, de sa formation à son héritage dans les armées alliées par des historiens, civils et militaires, de neuf nations (461 pages + 16 pages de bibliographie).

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