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17 mai 2012 4 17 /05 /mai /2012 07:05

Oradour-sur-Glane, aux larmes de pierre

Jean-Louis Marteil

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Rivesaltes, un camp en France

Alain Monnier

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La collection Terre de mémoire des éditions La Louve s'est enrichie de deux petits volumes consacrés à de hauts lieux de la mémoire de la Seconde guerre mondiale dans le grand Sud-ouest. Inutile de chercher dans ces pages un récit historique détaillé des événements, une chronologie scrupuleuse, des détails référencés. Il s'agit en fait de livre-hommage, de rêveries littéraires, de réflexions poétiques sur des sujets graves et profonds, au cours desquelles les auteurs font littéralement "parler" les lieux.

Dans Ouradour-sur-Glane, préfacé par Lucie Aubrac, Jean-Louis Marteil prend son lecteur par la main pour une "promenade" parfois macabre, sur les lieux d'un crime atroce : "Souviens-toi, je t'en prie ... Souviens-toi, mon amour, d'un mois de juin où les chaussées vers la Normandie s'encombraient de blindés ... Les régiments d'élite de la 2e SS Panzerdivision Das Reich roulent vers Brive ... Puis Limoges ... Tout près de là, Oradour-sur-Glane. Village désarmé. Village refuge". Dans les chapitres qui suivent, l'auteur devient narrateur et fait alterner les descriptions plus ou moins rigoureuses des événements (mais là n'est pas l'essentiel) et les réflexions morales ou philosophiques. Il est dans le village. Il vit les événements ("Je ferme les yeux et les rues s'animent d'un coup") ; mais dans le même temps, et au détour des mêmes paragraphes, raconte ses visites du site, ses émotions, celles des gens qu'il croise. Est-on en 1944 ou en 2012 ? Le lecteur est emporté. Le volume se termine sur deux dernières pages évoquant le myosotis, cette fleur qui "sur les berges de la Glane, par touffes étendues et basses, [...] conquiert un vaste territoire et l'éclaire de son bleu éthéré. C'est la dernière vision d'Oradour que j'ai emporté avec moi ce soir-là".

Rivesaltes, d'Alain Monnier, est d'une tonalité toute différente. L'auteur se défend dès les premières pages d'un a priori partisan : "Ceux des Brigades effraient les autorités. Finalement, après de nombreuses tergiversations, on met des barbelés, on parque, on gère l'urgence ... On se dit qu'aussi inique que cela soit, on est dans la logique du monde, et que si les Républicains -anarchistes et communistes- l'avaient emporté, ce seraient d'autres gens, spoliés et catholiques, notables ou déserteurs, nouveaux Russes blancs, qui eussent rongé leur détresse dans d'autres camps ... Rien n'excuse le monde, il faut s'y résigner". Peut-être est-ce la succession dans la durée des misères individuelles et des malheurs collectifs (les Espagnols, puis les politiques, puis les Juifs, puis les Harkis) accumulés qui rend ce lieu si emblématique ? Emblématique, mais aussi médiocrement commun, car ce n'est pas un camp de la mort : "il ne sera jamais totalement encerclé" de barbelés et miradors, et "des gardiens ont bien dû détourner le regard. Par sympathie, parfois par paresse. S'échapper bien sûr... Mais aller où ?". Alain Monnier constate que les murs des baraquements sont percés de trous, "en prévision du passage de quelques tuyaux de poêle", mais il n'y aura jamais de chauffage : "Toujours cette nécessité d'afficher que l'on veut bien faire et cette paresse qui empêche d'y parvenir". Et au bilan, "il y a eu à Rivesaltes, dans ce Roussillon agricole et riche, dans cette baraque où je me trouve, ou dans celles d'en face, peu importe, des hommes, des femmes, des enfants qui sont morts de faim". Il nous présente aussi les gardiens du camp, d'abord soucieux de nourrir leur famille et qui pour cela s'abaissent à voler et maltraiter plus malheureux qu'eux. Puis viendront en masse à partir de l'été 1942 les Juifs. Enfin, avec l'indépendance de l'Algérie, les Harkis : "Moi qui me suis souvent demandé à quoi servaient les commémorations grandiloquentes, je ressens soudain, comme une évidence, la nécessité des trois stèles érigées sur la route qui traverse aujourd'hui le camp. Il y a celle des Espagnols, celle des Juifs, celle des Harkis ... Elle sont indispensable face à ce délabrement muet ... Cet endroit est terrible par son anonymat".

Deux petits livres (environ 90 pages, 10 euros) qui parlent de mémoire et de souvenir. Des exercices de littérature, de style et d'émotion. Qui font réfléchir.

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15 mai 2012 2 15 /05 /mai /2012 07:00

7 décembre 1941

Pearl Harbor

Patrick Facon

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Paru chez Editeal à la fin de l'année 2011, cet album d'un peu plus d'une centaine de pages présente trois atouts :

- Très largement et richement illustré, il est particulièrement pédagogique.

- Le texte courant est rédigé par l'un des meilleurs spécialistes des questions aériennes.

- Le plan adopté ne se limite pas aux seuls événements, mais revient à la fois sur leur génèse et sur leur écho dans la mémoire américaine jusqu'aux conséquences du 11 septembre 2001.

L'ouvrage relève "la brillante réussite de l'opération montée par Yamamoto et tactiquement planifiée par Genda", ce qui peut susciter certaines réserves quant au caractère à certains égards relatif de ce succès, et souligne la réaction de surprise du président Roosevelt à l'annonce de l'attaque, ce qui "coupe court à la légende selon laquelle le président américain aurait amené les Japonais à la guerre en les provoquant, voire aurait connu le projet d'agression".  Comme l'indique d'ailleurs Patrick Facon (et ce que confirmerait tout connaisseur des questions de renseignement) : "Pléthore d'informations ne signifie pas forcément vraie connaissance des intentions d'un adversaire"...

2.335 soldats et marins tués, 1.143 blessés ou disparus : la guerre dans le Pacifique commence.

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9 mai 2012 3 09 /05 /mai /2012 08:00

Aurigny :

typologie d'une déportation

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Benoit Luc, auteur du livre Otages d'Hitler que nous recensions il y a quelques jours, s'est intéressé pendant sa scolarité en Master aux déportés français sur l'île anglo-normande d'Aurigny pendant la Seconde guerre mondiale. Il nous semble intéressant de donner un écho supplémentaire à ce chapitre très peu connu de l'histoire du conflit, s'agissant de prisonniers retenus dans quatre camps allemands installés ... en territoire britannique.

Son livre sur ce thème (Les déportés de France vers Aurigny, paru en 2010 chez Eurocibles) étant semble-t-il épuisé, nous vous renvoyons vers l'article de synthèse extrêmement documenté qu'il a publié sur ce même sujet ("Aurigny : typologie d'une déportation") dans le numéro 60 (mars 2009, pp. 1 à 11) de Mémoire vivante, revue de la Fondation pour la mémoire de la déportation.

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7 mai 2012 1 07 /05 /mai /2012 09:10

Guerre et information

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En cette période anniversaire de la fin de la Seconde guerre mondiale sur le continent européen, Philippe Chapleau raconte, sur son site Lignes de défense, pourquoi et comment l'agence de presse américaine Associated Press a présenté des excuses posthumes au journaliste Edward Kennedy, licencié en 1945 pour avoir annocé la capitulation de l'Allemagne à Reims, en dépit de la volonté opposée des Soviétiques qui voulaient attendre la cérémonie du lendemain à Berlin.

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7 mai 2012 1 07 /05 /mai /2012 09:00

Churchill et hitler (suite)

Rencontre avec François Delpla

Churchill & Hitler

A la suite de la recension consacrée à son dernier livre, mise en ligne le 25 avril dernier, François Delpla nous a dressé un commentaire regrettant que nous ayons parlé de "rapprochements hâtifs". Il nous a semblé important de lui permettre d'expliquer sa méthode de travail et ses recherches. A partir d'exemples précis puisés dans le texte de son livre, il a bien voulu nous préciser sa démarche, son raisonnement et résumer en conclusion comment il comprend la recherche historique.

 

Question : A la lecture de votre dernier livre, on peut avoir l'impression que vous procédez parfois par "raccourcis" rapides, comme page 160 et suivante lorsque vous évoquez une lettre d'Albrecht Haushofer du 16 juillet 1939, dont on ne sait plus très bien quelques lignes plus loin si elle existe ou non ("D'après un livre de son fils (qui n'évoque pas sur ce point de document : peut-être a-t-il entendu son père conter l'anecdote") et dont semble-t-il, sauf erreur, la référence n'est pas indiquée : comment procédez-vous pour croiser vos sources et confirmer vos premières analyses ?

Réponse : La lettre existe, dans les archives de la famille Hamilton, et a été publiée en 1971 par le fils du duc de l'époque, mêlé à la préhistoire du vol de Hess : c'est l'ordre, allégué par le propre fils, de sa communication à Churchill, Chamberlain et Halifax successivement. C'est cet ordre, dis-je, qui me fait sourire, et me semble plus proche des bienséances de l'après-guerre que du protocole conservateur de 1939. Je souhaiterais alors qu'un document (un agenda du duc, par exemple) vienne à l'appui et, comme ce n'est pas le cas, je me dis qu'au mieux le père en a parlé au fils. En d'autres termes, l'anecdote de Churchill ceint de sa serviette et lisant cette lettre au sortir du bain, plus encore le propos du duc souhaitant qu'il succède à Chamberlain, m'inspirent non point des déductions hâtives mais un profond scepticisme ; c'est là un scène convenue et attendue, fortement suspecte comme telle mais heureusement pas très importante. J'aurais pu en effet être encore plus clair en précisant que la lettre figurait dans les pages indiquées du livre.

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Question : Page 238, vous évoquez le goût prononcé de Churchill pour l'alcool et vous le décrivez rapidement errant "en peignoir à la recherche d'un bain chaud" aux 'Muguet(s)'. Comment, alors, porter crédit aux récits ultérieurs ?

Réponse : Je fais preuve devant ses mémoires du doute le plus méthodique possible, non point tant en raison de son intempérance (j'aimerais avoir sa mémoire et sa présence en buvant le dixième de lui !) que des impératifs politiques qui lui font ménager Pierre ou Paul. D'une façon plus générale, je pratique devant tout document un doute méthodique et suis pris d'une frénésie de recoupement !

Question : Page 393, vous reconnaissez que "nous sommes très mal renseignés sur les approches que tente alors l'Allemagne en direction du Kremlin". Vous envisagez que "des archives essentielles" dorment sans doute en Russie ou en Suède. En l'absence de document(s), vous faites en particulier référence aux "propos de table transcrits par des secrétaires sur ordre de Martin Bormann". Est-ce sufffisant ?

Réponse : A l'impossible nul n'est tenu, mais je fais observer qu'au possible l'historien, en revanche, est absolument tenu. Le lecteur doit être aussi sévère avec lui qu'une mère de famille à l'ancienne quand un enfant laissait dans une assiette la moindre miette comestible. Ainsi, les propos de table de Hitler, miraculeusement préservés, sont une voie royale vers des secrets d'Etat que nous allons pouvoir, suivant les recoupements possibles, pénétrer plus ou moins précisément. Dans l'été 1941, ils présentent, quand il est question des Soviétiques, des variations qu'on peut et doit rapprocher des événements militaires (un recoupement non avec des documents, mais avec des actes et des événements), pour faire l'hypothèse que, plus le morceau se révèle dur à avaler, plus les ambitions se restreignent et le désir d'une paix de compromis grandit. Après, on trouve ou pas des recoupements textuels : il y en a un certain nombre. Mais le choix de prendre l'Ukraine avant Moscou, qui détermine de terribles disputes d'état-major autour du 20 août, est-il dicté, dans le cerveau de Hitler, par le souci de s'assurer ce territoire avant les pourparlers ? Cela reste une possibilité, sans plus, au stade actuel de mon information et de ma réflexion.

Question : Au-delà de ces quelques exemples, finalement, pour un sujet aussi complexe sur une période aussi controversée, comment voyez-vous le statut des documents de référence ? Les hiérarchisez-vous ? Considérez-vous qu'ils sont tous du même pied ? Pensez-vous que de nouvelles pièces puissent émerger dans les prochaines années ?

Réponse : Sur le dernier point, ô que oui ! J'ai souvenance d'un historien qui, interrogé de la même façon par une chaîne de radio il y a une vingtaine d'années à l'occasion d'une ouverture d'archives permettant de préciser un point quelconque, répondit qu'il n'attendait plus rien d'essentiel, concernant la Seconde guerre mondiale. C'est là une erreur révélatrice, procédant de l'idée que l'ouverture des archives allemandes dès Nuremberg, puis des anglaises et des américaines après 1970, avaient permis de faire le tour des questions importantes. Cette personne n'attendait rien du versant soviétique ... et là je lui donne plutôt raison -on n'a pas appris grand-chose- sur les questions essentielles, qui ne fût largement discernable grâce aux documents des autres pays. Mais il reste la pratique nazie du secret, passant notamment par la consigne de ne rien écrire, et, plus généralement, le style écrit et surtout oral de Hitler, rempli de formules sibyllines qu'il faudra encore scruter longtemps ; et le fait que petit à petit les ennemis de l'Allemagne, Britanniques avant tout, se sont adaptés et ont commencé à duper Hitler selon ses propres méthodes. Voyez, dans le livre, l'exemple du télégramme de Lequio (14 mars 1941, p. 351) : l'ambassadeur anglais à Madrid et vieux compagnon de Chamberlain, Samuel Hoare, raconte à un émissaire allemand qu'il forme un gouvernement pacifiste pour remplacer celui de Churchill et compte aboutir prochainement. Cette archive est, pour l'instant, unique, mais déjà très éloquente : puisque justement les très nombreux documents qui montrent comment Hoare exécutait sa mission ne disent jamais rien d'approchant, il est certain qu'il s'agit d'une intoxication et la structure du pouvoir britannique montre qu'elle ne peut venir que de Churchill. Ce document a été publié en recueil en 1986 et n'avait, jusqu'ici, été exploité par aucun historien digne de ce nom. Preuve qu'il dérange. Je confesse que c'est ce qui m'attire. Non point par souci de démolir ce qu'on croyait, je suis comme tout le monde, j'ai besoin de mon confort intellectuel, et plus je crois les questions tranchées, mieux je me porte. Mais en tant qu'historien, il est de mon devoir de chasser sur des terres nouvelles et d'aborder des questions justement pas tranchées, ou plus compliquées qu'on ne croyait.

 

Merci François Delpla d'avoir répondu aussi nettement et présenté sans fard vos recherches. Amis lecteurs, à vous la parole.

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5 mai 2012 6 05 /05 /mai /2012 07:40

39-45 Soldats oubliés

Ceux dont l'histoire ne parle plus

Dominique Lormier

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Dominique Lormier est l’un des auteurs français les plus prolifiques sur le thème de la Seconde guerre mondiale (30 livres sur 32 ouvrages publiés depuis 1986, une centaine de titres au total). Ses dernières productions depuis trois ou quatre ans étaient assez largement centrées sur le sacrifice « oublié » de soldats français durant ce conflit (Les victoires militaires françaises de la Seconde guerre mondiale, Ed. Souny, 2009), en particulier en mai-juin 1940 (La bataille de france jour après jour, Le Cherche Midi, 2010 ; La bataille de Dunkerque, 26 mai - 4 juin 1940, Tallandier, 2011).

Son nouvel opus s’intéresse non pas aux seules armées françaises ou aux combattants de l’ombre, mais aux troupes régulières de différentes nationalités qui se sont obscurément sacrifiées sut tel ou tel théâtre d'opérations pour obéir aux ordres reçus. Le livre est divisé en quinze chapitres (d’importance très variable, entre 7 pages pour le plus "mince" et plus de 70 pour le plus étoffé) qui abordent chacun une bataille ou une campagne particulière. Certes, toutes ne sont pas oubliées (« Les batailles de Hannut et de Gembloux », « La bataille des Alpes », « La bataille de Bir-Hakeim » (à laquelle l'auteur à lui-même consacré un livre en 2009), mais la plupart, il est vrai, surtout lorsqu'elles concernent des unités étrangères, sont rarement évoquées dans l’historiographie française : « La résistance héroïque des soldats grecs » sur la frontière albanaise à l’hiver 1940-1941 (« Le 25 janvier 1941, la division alpine Julia ne compte plus que 1.500 soldats valides sur les 9.000 du début de la campagne. Le bataillon alpin Cividale est réduit à 72 survivants sur 1.200 ») ; « Les sous-marins italiens de l’Atlantique » qui coulèrent à partir de leur base de Bordeaux plus de 120 navires alliés, et dont les équipages participeront ensuite à la défense des poches de l’Atlantique aux côtés des Allemands ; « L’épopée de l’armée italienne sur le front russe » entre 1941 et 1943, démunie d’équipements suffisants pour les rigueurs de l’hiver et contre laquelle les Russes bénéficie d’une supériorité de dix contre un ; « La brigade belge Piron » engagée sous commandement britannique, d’août 1944 à mai 1945, dans les combats de la libération, de Normandie au territoire allemand. Quelques autres épisodes encore sont abordés, relatifs aux armées française ou italienne essentiellement.

Le texte est rapide, le récit fluide, et l’on a parfois l’impression de « sentir » les événements car l’auteur a vraiment le sens du mot juste et de la reconstitution du contexte. On peut toutefois regretter l’absence de bibliographie et l’extrême concision des références (simple mention « Archives militaires françaises », ou « italiennes », ou « allemandes », ce qui est dommage pour certaines citations que l'on aimerait pouvoir retrouver et compléter). Le lecteur est pris par le récit, mais reste finalement en partie "sur sa faim". Un bon ouvrage de vulgarisation (au sens noble du terme) qui se lit facilement et avec intérêt donc, mais qui en reste au récit des événements militaires. C'est un regret, car la réelle originalité des trois ou quatre chapitres les plus rarement traités en France aurait gagné à être mise en valeur.

 

Il nous a semblé intéressant de demander à Dominique Lormier les raisons de ses choix rédactionnels.

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Question : Sur quelle(s) base(s) avez-vous sélectionné les batailles et campagnes retenues dans votre livre ?

Réponse : J'ai voulu mettre en avant des faits militaires peu connus, méconnus ou oubliés. Notamment avec la volonté de balayer les clichés habituels concernant les soldats français en 1940-1945, les soldats italiens durant la même période ; sans oublier les combats tombés dans l'oubli, je pense notamment à la guerre italo-grecque et à la campagne du Médoc ; ainsi qu'à des unités méritantes, comme notamment la brigade belge Piron et la brigade FFI Carnot. Les actions d'éclat des parachutistes et des commandos allemands en 1940 sont plus connues, mais nettement moins que la percée des Panzerdivisions. En bref, il s'agit de réparer une injustice historique. Il n'y a pas eu que Stalingrad, la Normandie ou Guadalcanal durant la Seconde guerre mondiale. Ces histoires rendent hommage au courage et au sacrifice des combattants, qu'ils aient été du bon ou du mauvais côté.

Question : On constate de très importantes différences entre les chapitres (de 7 à 70 pages). Pourquoi cette différence de traitement ?

Réponse : Certains chapitres reposent sur des faits militaires de courte durée, d'autres relatent des combats ayant duré plusieurs mois. D'autre part, j'ai voulu développer des opérations militaires souvent méconnues du grand public.

Question : Il n'y a pas de bibliographie en fin de chapitre ou en fin de volume, et vos références sont très brièvement notées en bas de page. Pourquoi, et quelles ont été vos sources ?

Réponse : Je ne voulais pas alourdir le texte de références bibliographiques trop longues afin de citer l'essentiel de mes sources en bas de page. C'est un ouvrage grand public, reposant cependant sur des sources sérieuses, à mi-chemin entre le travail universitaire et le livre de vulgarisation. Il faut captiver le lecteur et ne pas trop détourner son attention par une succession de références bibliographiques. J'ai essentiellement travaillé sur les archives militaires, les témoignages recueillis d'anciens combattants et les ouvrages déjà publiés.

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Question : L'une de ces batailles vous parait-elle plus particulièrement emblématique et pourquoi ?

Réponse : Je pense que la bataille de Dunkerque souligne un fait militaire très souvent occulté par les historiens étrangers, à savoir la résistance héroïque des troupes françaises ayant couvert le rembarquement des divisions britanniques, sans oublier les pertes en chars des Allemands entre le 10 et le 23 mai 1940. Le général Halder reconnait que durant cette période 50 % des chars allemands ont été mis hors de combat (détruits ou endommagés), principalement par l'armée française.  Pour affronter les 60 % de troupes françaises restantes, lors de la seconde phase de la campagne de 1940, Hitler décide de ne pas engager les Panzerdivisions contre la poche de Dunkerque. Or, les historiens étrangers oublient volontairement ces faits pour s'attarder sur des suppositions ubuesques d'une prétendue volonté d'Hitler de ménager l'armée britannique ! Or, le commandement anglais, ainsi que Churchill, ont toujours estimé que la perte du corps expéditionnaire britannique à Dunkerque, représentat l'élite et l'essentiel de l'armée anglaise à ce moment-là en Occident, aurait été une véritable catastrophe : Montgomery et Alexander, de futurs maréchaux, se trouvaient dans la poche de Dunkerque, sans parler de la quasi totalité des soldats professionnels qui formeront ensuite en grande partie les troupes alliées débarquant en Normandie en 1944.

Question : Quels sont désormais vos projets ? De nouveaux travaux sur la Seconde guerre mondiale ?

Réponse : Début mai 2012, j'ai deux livres qui sont publiés, à savoir L'armée française pour les Nuls aux éditions First, ainsi qu'une biographie sur le maréchal Koenig (Koenig, l'homme de Bir Hakeim) aux éditions du Toucan. Début juin 2012, deux autres livres de ma plume sont édités : La libération de la France jour après jours, juin 1944 - mai 1945, éditions Le Cherche Midi ; et 39-45 Les résistants oubliés, ceux dont l'histoire ne parle plus, aux éditions Jourdan. Le premier ouvrage (L'armée française pour les Nuls) est un énorme travail présentant l'armée française des origines à nos jours, avec des faits souvent méconnus du grand public et de certains spécialistes. Le second est une biographie du général Koenig qui présente à la fois le militaire de légende et l'homme privé. Le troisième livre (La libération de la France jour après jour) met en avant l'apport des troupes françaises (armée régulière et Résistance) dans la libération du territoire, sans oublier bien sûr le rôle capital des alliés anglo-américains. Enfin, la dernière parution (39-45, les résistants oubliés) repose sur le même principe queLes soldats oubliés, en mettant en avant des faits méconnus de la Résistance française.

Actuellement, je travaille sur un ouvrage portant sur un sujet particulièrement douloureux : La Gestapo et les Français, histoire d'une tragédie, aux éditions Pygmalion. Pour la rentrée et l'automne 2012, deux autres livres seront publiés : La Résistance, aux éditions Gründ, sous la forme d'un ouvrage grand format richement illustré ; Histoire générale de la Résistance française, aux éditions Souny, gros pavé de plus de 600 pages. Je prépare également une Histoire de la Résistance pour les Nuls (éditions First), parution prévue en 2013.

 

Merci Dominique Lormier pour toutes ces précisions, et bravo pour cette production qui nous donnera très prochainement sans doute l'occasion de nous retrouver. Bon courage et à bientôt.

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5 mai 2012 6 05 /05 /mai /2012 07:30

La délation

dans la France des années noires

Laurent Joly

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Je me souviens d'avoir été étonné il y a quelques années, alors que je travaillais sur les archives de la Commission d'enquête sur les repliements suspects (mise en place par Weygand à l'été 1940), par le nombre de dossiers ouverts à la suite d'une dénonciation. Ce point de départ d'un assez grand nombre de procédures m'avait marqué. Il faut donc remercier Laurent Joly d'avoir réuni une équipe de 11 chercheurs pour travailler spécifiquement sur ce thème de La délation, pour étudier avec mesure "ces deux faces, politique et sociale, du phénomène de la dénonciation sous l'Occupation". Avec mesure en effet, puisque dès l'avant-propos les auteurs soulignent que certaines autorités de Vichy elles-mêmes s'inquiètent de cette attitude d'une partie de la population : "Il faut, par tous les moyens possibles, mettre un terme à cette campagne de délation qui crée une atmosphère insupportable de suspicion", écrit en novembre 1941 le secrétaire général de la vice-présidence du Conseil.

Dans une solide introduction de plus de 60 pages, le directeur de l'ouvrage procède successivement à une définition des termes du sujet, puis à l'identification des sources d'archives (ce qui conduit d'ailleurs à observer que, face à l'ampleur du phénomène, seule une petite partie de la ressource a pu être systématiquement exploitée). Il précise ensuite que le processus se poursuit après la Libération (les "délations inversées"), même si "les dénonciations des années d'occupation marquent durablement les esprits", et tente de quantifier par grandes thématiques les sujets de dénonciation.

Le corps de l'ouvrage est divisé en 12 grandes parties qui permettent d'aborder avec précision de nombreuses facettes différentes : "Les dénonciations totalitaires" (étude de la situation en URSS, Allemagne et Italie), "Insulter le maréchal" (la répression des délits d'opinion), "La dénonciation dans la traque des communistes et des Juifs" (estimation comparative), "La dénonciation dans la répression du marché noir" (dont les premiers acteurs sont les consommateurs urbains), "Dénoncer les réfractaires au STO" (au nom d'un paradoxal souci "d'égalité", mais phénomène qui reste minoritaire), "Des délations ordinaires" (essai de typologie sur le thème 'Qui dénonce qui et sur quel sujet?'), "La dénonciation vertueuse" (liée aux questions morales et de comportement sexuel), "Le Corbeau de Henri Georges Clouzot" (film sombre qui obtient -paradoxalement ?- un étonnant succès à l'automne 1943), "La dénonciation civique en Moselle occupée" (sous l'administration civile d'un Gauleiter allemand), "La dénonciation politique en Alsace" (dans le cadre du retour à la France après 1945), "Comment juger la délation à la Libération" (avec la question de la qualification judiciaire des faits), et "Dénoncer les délateurs" (à travers l'exemple du département du Rhône à partir de 1945).

On le voit, un volume particulièrement dense, complété par 20 pages de notes et références, puis 5 pages de bibliographie et un utile index détaillé. Un livre posé, mesuré, argumenté, indispensable sur un sujet aussi douloureux.

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3 mai 2012 4 03 /05 /mai /2012 08:10

Otages d'Hitler

  1942-1945

Benoît Luc

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Quoi de commun entre le général Weygand, le sportif Jean Borotra ou le chef historique de la CGT Léon Jouhaux ? Ils ont été arrêtés au cours des dernières années de guerre par les autorités allemandes et transférés au cœur de l’Europe pour y être détenus dans des conditions certes parfois peu agréables, mais qui ne peuvent en aucun cas être comparées au sort des déportés « ordinaires ». Cette véritable "prise d'otages" institutionnelle se déroule essentiellement en trois vagues à partir de l'automne 1942, pour des effectifs de plus en plus importants.

Les plus hautes élites politiques et militaires d’avant-guerre avait, le plus souvent, d'abord été assignées à résidence dans leurs propriétés, dans d’anciennes forteresses ou dans différents hôtels par le régime de Vichy, dans le cadre du procès de Rioim et avant l’invasion de la zone « libre » en novembre 1942. Dès la fin de ce même mois, les premiers de ces prisonniers, essentiellement les inculpés du procès, sont transférés en Allemagne : si « la nourriture reste insuffisante », ils ont droit à des « chambres-cellules » individuelles, à des livres et à la radio.

Progressivement, au printemps 1943 en particulier, des dizaines de personnalités sont interpellées par les Allemands et conduites en Allemagne du Sud ou en ex-Tchécoslovaquie occupée. L’ouvrage détaille les conditions de vie au château d’Itter, où ces notables (dont le président Lebrun, la famille Giraud, le fils Clemenceau, l’ambassadeur François-Poncet, etc.) sont retenus en couple et où leur service est assuré par des déportés retirés de Dachau. Un véritable protocole s'instaure et l'auteur précise que « chacun a alors sa place réservée, la cravate est obligatoire et l’initiative de la conversation revient à Lebrun ». Les anecdotes, souvent originales, parfois savoureuses, semblent étranges dans le contexte du temps et émaillent un texte qui se lit facilement. Progressivement, plusieurs centaines d’officiers et de généraux, souvent âgés, sont également incarcérés en Allemagne à titre préventif ou comme de quasi-otages, dans des conditions beaucoup moins favorables (ils connaissent en particulier la faim) : « Au cours d’une visite éclair, Himmler lui-même nous adresse une courte allocution en allemand pour nous informer que nous étions des otages à la disposition exclusive de la Gestapo de Berlin et que les dispositions de la Cour de La Haye ne nous étaient pas applicables ».

Une dernière vague importante d’arrestations intervient en juin 1944, après le débarquement allié de Normandie, dans toutes les professions (dans le secteur privé comme dans la fonction publique), et les personnes concernées sont déportées au camp de Neuengamme, dans la région de Hambourg. Tous ne sont pas soumis à un régime extrêmement dur, mais les conditions sont encore moins favorables que pour les officiers de Bad Godesberg.

La dernière partie revient sur les conditions particulières de leur retour, de leur accueil et de leur difficile (et délicate) « reconnaissance » en France après 1945. Au total, un livre original sur un sujet qui, à notre connaissance, n’avait jamais été traité de façon aussi complète. La politique des prises d’otages institutionnalisée était peu connue, il existe désormais un (premier) livre de référence.

 

Benoit Luc nous apporte quelques précisions complémentaires :

 

Question : Comment en êtes-vous venu à vous intéresser à ces étonnants prisonniers ?

Réponse : Ce livre est le fruit d'une année de travail lors du master Recherche que j'ai effectué à l'université de Caen Basse-Normandie. J'avais étudié l'histoire des déportés de France vers l'île d'Aurigny au cours de ma première année (paru aux éditions Eurocibles en 2010). Intéressé par la Seconde guerre mondiale, je me suis spécialisé sur la déportation, spécifiquement les groupes qui ont connu des conditions de détention particulières. Ces "déportés d'honneur" figurent parmi ces exceptions, restées à l'écart de la mémoire de la répression nazie.

Question : On croise au fur et à mesure de votre livre des personnages très différents. Avez-vous pu établir une statistique globale : combien d'hommes politiques, combien de chefs militaires, combien d'intellectuels, etc. ? On croise également des épouses : finalement, furent-ils nombreux à vivre cette captivité en couple ?

Réponse : Il est à première vue difficile de catégoriser strictement ces prisonniers selon ces données. Par exemple, le général Weygand est certes un chef militaire, mais il est aussi un politique puisqu'il a été ministre du gouvernement de Vichy. Il peut même être considéré comme un intellectuel puisqu'il est entré à l'Académie française durant l'entre-deux-guerres. D'autre part, un homme comme Léon Jouhaux, secrétaire général de la CGT, ne peut entrer dans aucune de ces catégories, bien que nous ne puissions nier son importance à l'échelle de la France. En revanche, nous pouvons séparer les 735 "déportés d'honneur" en trois groupes : le premier compte environ 25 personnes que l'on pourrait qualifier "d'hommes d'Etat". Parmi eux, Daladier, Blum, Reynaud, Weygand, etc. Leurs conditions de détention sont les plus clémentes. Ensuite, un groupe d'environ 340 personnes est détenu dans des hôtels ou châteaux avec des conditions plus strictes. Ce sont surtout des militaires, parmi lesquels une majorité de "hauts gradés", visés par des mesures préventives. Enfin, un troisième groupe d'environ 370 personnes est arrêté juste après le débarquement du 6 juin 1944. A l'inverse des autres, ces hommes sont envoyés dans  un camp de concentration, celui de Neuengamme, et sont réunis à l'écart des autres prisonniers dans deux baraques annexes tout en restant dans l'enceinte du camp. Il y a néanmoins parmi ce groupe aux conditions de détention très sévères deux hommes d'Etat : Albert Sarraut, ancien président du Conseil, et Henri Maupoil, qui fut ministre pendant les années 1930.

La captivité en couple reste un privilège des très hautes personnalités. Ainsi, Léon Blum a pu faire venir sa femme dans sa maison forestière de Buchenwald. A Itter, où sont concentrés la majorité de ces détenus, Christiane Mabire et Augusta Bruchlen ont partagé les détentions de Paul Reynaud et de Léon Jouhaux. Madame Weygand complète l'effectif des épouses de ces détenus particuliers.

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Question : Dans l'esprit des dirigeants du IIIe Reich, s'agissait-il "d'otages", de monnaies d'échange ?

Réponse : Dans un premier temps, il apparaît que la mise à l'écart des hautes personnalités d'Etat soit pour le Reich un moyen de s'assurer que ces derniers ne rejoignent pas la France Libre du général De Gaulle. Ensuite, les autorités allemandes s'en servent pour tenter de faire pression sur les Alliés, notamment en Afrique du Nord. Ainsi, lorsque le Gouvernement provisoire de la République française (GRPF) débute la répression contre les représentants de Vichy en Algérie au début de 1944, Hitler menace d'effectuer des représailles contre les membres des familles des responsables du GRPF qu'il détient. Pierre De Gaulle est alors détenu au château d'Eisenberg avec d'autres "déportés d'honneur". Le Gouvernement provisoire ne cède jamais et les autorités allemandes veulent, quelques semaines plus tard, donner l'occasion à Vichy de se venger de la condamnation à mort de Pierre Pucheu. Georges Mandel est alors ramené en France début juillet 1944. Alors qu'il doit être emprisonné au château des Brosses à Vichy, il est assassiné en forêt de Fontainebleau le 7 juillet. La proximité chronologique avec l'assassinat de Philippe Henriot, survenu le 28 juin, a fait penser quele meurtre de Mandel lui était directement lié. Hitler, agacé par la tournure des événements, aurait alors renoncé à renvoyer en France d'autres "déportés d'honneur", vu le manque d'impact du retour de Mandel. Peut-être a-t-il voulu, un temps, conserver ces détenus pour servir éventuellement de monnaies d'échange, mais les autorités allemandes n'ont jamais été en position de force pour exercer ce chantage.

neuengamme.jpg

Question : Après la Libération, ont-ils cherché à se présenter comme des victimes et comment ont-ils été administrativement reconnus par les autorités françaises ?

Réponse : Parmi les très hautes personnalités, on note une certaine retenue. Maurice Gamelin possède le titre d'interné politique, alors que Jean Borotra a celui de déporté résistant. En revanche, il n'y a pas de traces de revendications particulières des hommes politiques comme Reynaud ou Daladier. Ensuite, on constate une disparité des formes de reconnaissance selon les lieux de détention. Même si tous ont demandé le titre de reconnaissance de déporté ou d'interné, il apparaît que ceux qui ont été retenus dans les hôtels sont majoritairement reconnus comme "internés", alors que ceux qui ont été envoyés dans des châteaux possèdent généralement quant à eux le titre de "déporté". C'est notamment le cas des détenus du château d'Eisenberg, dans lequel les hommes partageaient des cellules par quatre. En ce qui concerne les 370 déportés de Neuengamme, leur reconnaissance a suscité de nombreuses discussions. Déportés, ils avaient gardé leurs vêtements civils et n'étaient astreints à aucun travail. Ayant toutefois les mêmes apports alimentaires que le reste du camp, et internés dans deux baraques, certes annexes mais comprises dans l'enceinte du camp, ils ont majoritairement obtenu le titre de "déporté". Ce petit groupe a pourtant été laissé à l'écart de l'Amicale de Neuengamme et suscite aujourd'hui encore des échanges animés entre les descendants de ces déportés "spéciaux" et ceux des déportés "ordinaires".

 

Merci Benoit Luc, et bonne chance chance pour vos prochains travaux.

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29 avril 2012 7 29 /04 /avril /2012 08:35

  Guerre et exterminations à l'Est

Hitler et la conquête de l'espace vital, 1933-1945

Christian Baechler

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Très bonne synthèse. Excellent spécialiste de l’Allemagne, dont il a enseigné l’histoire pendant de longues années et sur laquelle il a publié plusieurs ouvrages (on retient en particulier Gustave Sresemann (1878-1929) aux Presses universitaires de Strasbourg en 1996, L’Aigle et l’Ours. La politique russe de l’Allemane de Bismarck à Hitler chez Peter Lang en 2001 et un Guillaume II d’Allemagne chez Fayard en 2003), Christian Baechler propose aujourd’hui un livre de facture classique mais qui constitue une solide synthèse de référence. Le texte courant, sur 423 pages, est complété par 70 pages de notes et références, 10 pages d’orientation bibliographique, 8 pages d’index et quelques cartes.

Le volume est organisé en huit chapitres, qui permettent de balayer toutes les facettes de cette question, des fondements historiques des relations entre Allemands et Slaves (chap. I), où le mythe du Drang nach Osten tient une place particulière, à la connaissance par les simples citoyens du Reich des crimes perpétrés en Europe orientale (chap. VIII). L’auteur brosse le tableau de « La politique orientale d’Hitler » entre l’arrivée au pouvoir et le début de la guerre (chap. II) puis présente la situation en « Pologne, terrain d’expérimentation de la politique nazie » de 1939 à 1944 (chap III), en s’attachant à la politique de germanisation, aux quelques protestations dans l’armée, au statut du Gouvernement général, et fait suivre ce chapitre d’une analyse de « La préparation de l’opération Barbarossa et de la conquête de l’espace vital à l’Est » (chap. IV), dans laquelle il précise en particulier les directives données à la justice militaire et celle relatives au traitement des prisonniers de guerre, dont les commissaires politiques. La guerre en Russie et ses conséquences font l’objet des chapitres V à VII (« L’opération Barbarossa : l’échec du Blitzkrieg », « La restructuration de l’espace vital à l’Est » et « L’opération Barbarossa et la Solution finale »), au cours desquels sont traitées, outre les opérations militaires elles-mêmes, les conditions d’organisation et de mise en œuvre de la politique d’occupation, mais aussi les modalités de la lutte contre les partisans soviétiques restés sur les arrières de l’armée allemande, la question du traitement effectif des prisonniers de guerre, les responsabilités de la Wehrmacht dans les crimes contre les civils et les populations juives.

Pas d’originalité donc (par ailleurs difficile à obtenir sur un sujet aussi large au regard de la très volumineuse bibliographie publiée depuis quelques années), mais une profonde synthèse qui sera par exemple particulièrement utile aux étudiants. Dans sa conclusion, l’auteur revient sur les conditions antérieures (politiques, sociales, culturelles, etc.) qui pourraient expliquer le développement en Allemagne de l’idéologie nazie. Il « retrouve dans la politique d’Hitler, de 1939 à 1945, des aspects de la politique de réorganisation de l’Europe orientale de Ludendorff pendant la Première Guerre mondiale, y compris des projets de restructuration raciale par de larges transferts de population », mais Christian Baechler souligne néanmoins qu’il s’agit pour le IIIe Reich de « germaniser le sol », car la « simple » germanisation culturelle des habitants antérieurement pratiquée « signifierait à terme une fusion avec les populations locales au détriment de la pureté de la race germanique ». Il est désormais question « de réaliser l’utopie raciale et de créer un nouvel ordre européen sur une base raciale, dont on trouve les principaux éléments dans les diverses variantes du Plan général Est ».

Pour voir la vidéo de présentation :

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27 avril 2012 5 27 /04 /avril /2012 14:56

Le front yougoslave pendant la Seconde guerre mondiale

  De la guerre de l'Axe à la guerre froide

Frédéric Le Moal

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Depuis la publication (2006) de sa thèse de doctorat, Frédéric Le Moal s’est spécialisé sur l’aire géographique qui s’étend des Alpes à l’archipel grec dans le cadre des deux guerres mondiales, avec pour centre de gravité les rives italienne et slave de la mer Adriatique. Il nous propose aujourd’hui une solide étude sur la Yougoslavie entre 1939 et 1945 (un théâtre d’opérations généralement traité en quelques lignes dans les principaux ouvrages sur la période), sans toutefois limiter son travail aux seules considérations militaires.

Les 50 premières pages permettent de poser le cadre, des pressions allemandes pour attirer le pays dans l’orbite du Reich à la brève campagne d’avril 1941 et au partage du territoire entre Italiens et Allemands. Les chapitres II et III traitent plus particulièrement de la (sur)vie des populations : les génocides juif (« La Serbie devient, selon la terminologie nazie, ‘judenfrei’ ») et serbe (« Cela se fait avec une brutalité, un sadisme et une sauvagerie qui n’épargne personne »), la place des Eglises, l’attitude particulière des Italiens, la situation des civils et l’organisation des groupes collaborationnistes (« La majorité des musulmans accueille avec ferveur, si ce n’est enthousiasme, la dissolution de la Yougoslavie et la création d’une Croatie indépendante »). Les chapitres IV et V reviennent sur des questions plus militaires : les résistances royaliste et communiste et l’opposition entre elles (« Entre les deux mouvements une lutte implacable commence »), les combats du Monténégro en 1941, la collaboration des Tchetniks et les opérations contre les Titistes (et même des conversations secrètes entre Tito et les Allemands en mars 1943) ; mais aussi dans les relations complexes que les résistances intérieures entretiennent avec les Alliés (« Dans la capitale britannique, une bataille fait rage entre les différents services autour de la question tchetnik »), au cours desquelles les communistes parviendront même à "intoxiquer" Churchill. Le dernier chapitre enfin, dans le cadre de « La victoire des Alliés, 1944-1945 », est centré autour de l’action de Tito, de la défaite militaire allemande et de la question de Trieste. Au bilan, le « front yougoslave [fut] l’un des plus sanglants de la Seconde guerre mondiale et un enjeu politique majeur ».

Très solidement charpenté, parfaitement référencé, le volume se termine sur une belle bibliographie et dispose d’un très utile index. Un livre intéressant, complet, bien écrit et qui mérite de figurer dans votre bibliothèque.

 

Frédéric Le Moal a bien voulu nous apporter quelques précisions complémentaires.

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Question : A quoi attribuez-vous la brièveté de la campagne d'avril 1941 et comment caractériseriez-vous l'armée yougoslave à la veille de l'offensive allemande ?

Réponse : Une dizaine de jours ont en effet suffi à l'armée allemande pour écraser son adversaire yougoslave. Les raisons ? Il y a tout d'abord l'écrasante supériorité de la Wehrmacht qui a acquis, quoi qu'on en dise, une très grande expérience du Blitzkrieg depuis la campagne de Pologne. Elle fait face à une armée yougoslave de 750.000 hommes environ, soit 7 armées rassemblées en 3 Groupes d'armées. Outre le sous-équipement, cette armée yougoslave est minée par des divisions ethniques extrêmement fortes. Pour résumer, seuls les Serbes sont motivés pour défendre un pays qu'ils dominent. Ce qui n'est pas le cas des autres peuples du royaume. Ensuite, les différentes armées ont été réparties le long de 1.500 kilomètres de frontières, dans une posture défensive défavorable. Enfin, la violence de l'attaque allemande, secondée par les Italiens, plonge le pays et l'armée dans un chaos terrifiant, qui n'est pas sans rappeler celui connu par la France peu avant.

Question : Que penser de l'Etat croate, généralement qualifié de "fantôche" ? A-t-il réellement soulevé un espoir au début et la désaffection des populations a-t-elle été plus ou moins rapide ?

Réponse : Il faut bien insister sur une réalité : le mouvement oustachi ne représente pas la majorité de la population croate. Celle-ci est certes très attachée à l'indépendance de son pays et perçoit, avec raison, la Yougoslavie comme une Serbie agrandie et dominatrice. Toutefois, c'est le courant modéré incarné par Vlado Macek, chef du Parti paysan croate, qui domine la vie politique. Pavelic et ses Oustachis constituent une minorité activiste, soutenue par l'Italie. Ils ne parviennent à s'emparer du pouvoir qu'à la faveur de l'invasion et de l'éclatement du pays voulu par l'Axe. Très vite, le soutien qu'apporte une population majoritairement catholique, ainsi que l'Eglise, s'étiole, face aux méthodes de gouvernement d'une violence inouïe des Oustachis. Etat fantôche certes, qui a essayé de sortir de l'étreinte italienne en se rapprochant des nazis et en jouant des rivalités entre Rome et Berlin pour dominer les Balkans.

YOUGO 1

Question : Au regard de la diversité des évaluations, qui semblent parfois très approximatives ou empreintes de considérations idéologiques, quel peut être selon vous, au terme de cette étude, le chiffre "approchant" des victimes civiles yougoslaves (Serbes, Croates, autres) de la guerre ?

Réponse : Il est en effet très difficile d'avoir des chiffres précis, et je m'avancerais avec d'infinies précautions car, comme vous le dites, les préoccupations idéologiques polluent, dès l'époque, le chiffrage des victimes. Il faut tout d'abord rappeler que l'espace yougoslave a été le théâtre de massacres de très grande ampleur. Deux génocides y ont été perpétrés, celui contre les Serbes (par les Oustachis) et celui contre les Juifs (par les Allemands, secondés par les Oustachis et dans une moindre mesure par des Serbes et des Musulmans). Pour le premier, le nombre de victimes varie entre 300 et 700.000 selon les estimations, les Serbes privilégiant le second chiffre. Quant aux Juifs, le bilan est effrayant. La communauté juive de Serbie est véritablement éradiquée (15.000 morts environ) comme celle de Bosnie-Herzégovine (10.000). La communauté de Croatie, malgré la protection des Italiens jusqu'en 1943, connaît un sort tout aussi terrible (26.000 morts). Seuls un peu plus de 12.500 Juifs survivent en Yougoslavie. Il faut y ajouter l'élimination des Tsiganes, les luttes interethniques et la guerre civile entre royalistes et communistes. Un bilan total de 1.700.000 morts entre 1941 et 1945 pour l'espace yougoslave. Un chiffre parlant ...

Question : La multiplication des massacres que nous venons d'évoquer a-t-elle eu des échos selon vous jusque dans les événements des années 1990 ?

Réponse : Oui, bien sûr. Les comptes ne sont jamais apurés dans les Balkans. Les horreurs commises par tous les camps en présence et la guerre civile sans pitié entre communistes et Tchetniks ont laissé des traces durables, des blessures jamais cicatrisées, des haines jamais apaisées. Elles se sont d'ailleurs ajoutées aux contentieux plus anciens, ceux de l'invasion turque, ceux de la Grande Guerre, etc. On se souvient que dans les années 90, les termes de Tchetniks et d'Oustachis sont ressortis des "oubliettes de l'histoire" et ont constitué d'efficaces anathèmes pour diaboliser l'adversaire. Il n'y a jamais eu de "nation" yougoslave et la Yougoslavie est restée un Etat artificiel, dont la survie dépendait de la stabilité de l'ordre international dans lequel il évoluait.

 

Frédéric Le Moal, encore bravo. Merci très vivement et à bientôt.

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  • : Guerres et conflits XIXe-XXIe s. se fixe pour objectif d’être à la fois (sans prétendre à une exhaustivité matériellement impossible) un carrefour, un miroir, un espace de discussions. Sans être jamais esclave de la « dictature des commémorations », nous nous efforcerons de traiter le plus largement possible de toutes les campagnes, de tous les théâtres, souvent dans une perspective comparatiste. C’est donc à une approche globale de l’histoire militaire que nous vous invitons.
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Cafés historiques de La Chouette

Prochaine séance : pour la rentrée de septembre. Le programme complet sera très prochainement mis en ligne.

Publications personnelles

Livres

 

doumenc-copie-1.jpgLa Direction des Services automobiles des armées et la motorisation des armées françaises (1914-1918), vues à travers l’action du commandant Doumenc

Lavauzelle, Panazol, 2004.

A partir de ma thèse de doctorat, la première étude d’ensemble sur la motorisation des armées pendant la Première Guerre mondiale, sous l’angle du service automobile du GQG, dans les domaines de l’organisation, de la gestion et de l’emploi, des ‘Taxis de la Marne’ aux offensives de l’automne 1918, en passant par la ‘Voie sacrée’ et la Somme.

 

La mobilisation industrielle, ‘premier front’ de la Grande Guerre ? mobil indus

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2005 (préface du professeur Jean-Jacques Becker).

En 302 pages (+ 42 pages d’annexes et de bibliographie), toute l’évolution industrielle de l’intérieur pendant la Première Guerre mondiale. Afin de produire toujours davantage pour les armées en campagne, l’organisation complète de la nation, dans tous les secteurs économiques et industriels. Accompagné de nombreux tableaux de synthèse.

 

colonies-allemandes.jpgLa conquête des colonies allemandes. Naissance et mort d’un rêve impérial

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2006 (préface du professeur Jacques Frémeaux).

Au début de la Grande Guerre, l’empire colonial allemand est de création récente. Sans continuité territoriale, les différents territoires ultramarins du Reich sont difficilement défendables. De sa constitution à la fin du XIXe siècle à sa dévolution après le traité de Versailles, toutes les étapes de sa conquête entre 1914 et 1918 (388 pages, + 11 pages d’annexes, 15 pages de bibliographie, index et cartes).

 

 caire damasDu Caire à Damas. Français et Anglais au Proche-Orient (1914-1919)

 14/18 Editions, Saint-Cloud, 2008 (préface du professeur Jean-Charles Jauffret).

Du premier au dernier jour de la Grande Guerre, bien que la priorité soit accordée au front de France, Paris entretient en Orient plusieurs missions qui participent, avec les nombreux contingents britanniques, aux opérations du Sinaï, d’Arabie, de Palestine et de Syrie. Mais, dans ce cadre géographique, les oppositions diplomatiques entre ‘alliés’ sont au moins aussi importantes que les campagnes militaires elles-mêmes.

 

hte silesieHaute-Silésie (1920-1922). Laboratoire des ‘leçons oubliées’ de l’armée française et perceptions nationales

‘Etudes académiques », Riveneuve Editions, Paris, 2009.

Première étude d’ensemble en français sur la question, à partir du volume de mon habilitation à diriger des recherches. Le récit détaillé de la première opération civilo-militaire moderne d’interposition entre des factions en lutte (Allemands et Polonais) conduite par une coalition internationale (France, Grande-Bretagne, Italie), à partir des archives françaises et étrangères et de la presse de l’époque (381 pages + 53 pages d’annexes, index et bibliographie).

 

cdt armee allde Le commandement suprême de l’armée allemande 1914-1916, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général von Falkenhayn 

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Le texte original de l’édition française de 1921 des mémoires de l’ancien chef d’état-major général allemand, accompagné d’un dispositif complet de notes infrapaginales permettant de situer les lieux, de rappeler la carrière des personnages cités et surtout de comparer ses affirmations avec les documents d’archives et les témoignages des autres acteurs (339 pages + 34 pages d’annexes, cartes et index).

 

chrono commChronologie commentée de la Première Guerre mondiale

Perrin, Paris, 2011.

La Grande Guerre au jour le jour entre juin 1914 et juin 1919, dans tous les domaines (militaire, mais aussi politique, diplomatique, économique, financier, social, culturel) et sur tous les fronts. Environ 15.000 événements sur 607 pages (+ 36 pages de bibliographie et d’index).

 

 Les secrets de la Grande Guerrecouverture secrets

Librairie Vuibert, Paris, 2012.

Un volume grand public permettant, à partir d’une vingtaine de situations personnelles ou d’exemples concrets, de remettre en lumière quelques épisodes peu connus de la Première Guerre mondiale, de la question du « pantalon rouge » en août 1914 à l’acceptation de l’armistice par von Lettow-Vorbeck en Afrique orientale, après la fin des hostilités sur le théâtre ouest-européen.

 

Couverture de l'ouvrage 'Mon commandement en Orient'Mon commandement en Orient, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général Sarrail

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2012

Le texte intégral de l'édition originale, passé au crible des archives publiques, des fonds privés et des témoignages des acteurs. Le récit fait par Sarrail de son temps de commandement à Salonique (1915-1917) apparaît véritablement comme un exemple presque caricatural de mémoires d'autojustification a posteriori

 

 

Coordination et direction d’ouvrages

 

Destins d’exception. Les parrains de promotion de l’Ecole Spéciale Militaire de Saint-Cyr

SHAT, Vincennes, 2002.

Présentation (très largement illustrée, 139 pages) des 58 parrains qui ont donné leur nom à des promotions de Saint-Cyr, entre la promotion « du Prince Impérial » (1857-1858) et la promotion « chef d’escadrons Raffalli » (1998-2001).

 

fflLa France Libre. L’épopée des Français Libres au combat, 1940-1945

SHAT, Vincennes et LBM, Paris, 2004.

Album illustré présentant en 191 pages l’histoire et les parcours (individuels et collectifs) des volontaires de la France Libre pendant la Seconde guerre mondiale.

 

marque courageLa marque du courage

SHD, Vincennes et LBM, Paris, 2005.

Album illustré présentant en 189 pages l’histoire des Croix de Guerre et de la Valeur Militaire, à travers une succession de portraits, de la Première Guerre mondiale à la Bosnie en 1995. L’album comporte en annexe une étude sur la symbolique, les fourragères et la liste des unités d’active décorées.

 

  90e anniversaire de la Croix de guerre90-ANS-CROIX-DE-GUERRE.jpg

SHD, Vincennes, 2006.

Actes de la journée d’études tenue au Musée de l’Armée le 16 novembre 2005. Douze contributions d’officiers historiens et d’universitaires, français et étrangers, de la naissance de la Croix de guerre à sa perception dans la société française, en passant les décorations alliées similaires et ses évolutions ultérieures.

 

france grèceLes relations militaires franco-grecques. De la Restauration à la Seconde guerre mondiale 

SHD,Vincennes, 2007.

Durant cette période, les relations militaires franco-grecques ont été particulièrement intenses, portées à la fois par les sentiments philhellènes qui se développent dans l’hexagone (la France est l’une des ‘Puissances protectrices’ dès la renaissance du pays) et par la volonté de ne pas céder d’influence aux Anglais, aux Allemands ou aux Italiens. La campagne de Morée en 1828, l’intervention en Crète en 1897, les opérations en Russie du Sud  en 1919 constituent quelques uns des onze chapitres de ce volume, complété par un inventaire exhaustif des fonds conservés à Vincennes.

 

verdunLes 300 jours de Verdun

Editions Italiques, Triel-sur-Seine, 2006 (Jean-Pierre Turbergue, Dir.).

Exceptionnel album de 550 pages, très richement illustré, réalisé en partenariat entre les éditions Italiques et le Service historique de la Défense. Toutes les opérations sur le front de Verdun en 1916 au jour le jour.

 

DICO-14-18.jpgDictionnaire de la Grande Guerre

(avec François Cochet), 'Bouquins', R. Laffont, 2008.

Une cinquantaine de contributeurs parmi les meilleurs spécialistes de la Grande Guerre, 1.100 pages, 2.500 entrées : toute la Première Guerre mondiale de A à Z, les hommes, les lieux, les matériels, les opérations, les règlements, les doctrines, etc.

 

fochFerdinand Foch (1851-1929). Apprenez à penser

(avec François Cochet), 14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Actes du colloque international tenu à l’Ecole militaire les 6 et 7 novembre 2008. Vingt-quatre communications balayant tous les aspects de la carrière du maréchal Foch, de sa formation à son héritage dans les armées alliées par des historiens, civils et militaires, de neuf nations (461 pages + 16 pages de bibliographie).

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