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28 septembre 2012 5 28 /09 /septembre /2012 07:00

La France de 1900

Jean-Pierre Rioux

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Grand spécialiste de l'histoire politique, culturelle et sociale de la France contemporaine, Jean-Pierre Rioux fait reparaitre aujourd'hui, en format poche, un ouvrage publié en 1991 au Seuil sous le titre Chronique d'une fin de siècle. France, 1889-1900

L'ouvrage se présente sous la forme de 35 tableaux, brossant chacun sur 6 à 8 pages une situation nouvelle, un fait original ou une thématique particulière dans les dernières années du XIXe s. Prenons quelques exemples. "Le phare de la Tour Eiffel" et l'exposition internationale ; "Rebronzer la jeunesse" et Pierre de Coubertin militant pour le sport ; "Bons baisers de Russie", à l'occasion de la visite de l'escadre de l'amiral Avellan en rade de Toulon ; "Les héros de Tombouctou" et l'entrée de Joffre dans la mystérieuse cité africaine ; "La grève des ventres", et le problème de la dénatalité française ; etc.

A chaque fois, en quelques pages, l'environnement est reconstitué, la situation rappelée, ses conséquences évoquées. A partir d'un fait ou d'un événement très ponctuel, c'est toute une époque qui est présentée. Ces différents chapitres peuvent être lus dans un ordre ou dans un autre, maintenant ou plus tard, mais mis bout à bout ils dressent un tableau intimiste, pointilliste, tout en finesse de cette France en marche rapide vers 1900. De lecture agréable, le livre s'adresse à tous les publics et chacun y trouvera matière à apprendre ou à préciser tel ou tel fait. De belles pages sur les dernières années du XIXe siècle et sur ce "roman national" dont on nous parle si souvent.

Collection Texto, Tallandier, Paris, 2012, 330 pages, 10 euros.

ISBN : 978-2-84734-976-4

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21 septembre 2012 5 21 /09 /septembre /2012 07:00

Je réussis en histoire

(licence)

Thomas Berthod, François Pernot, Jenny Rafflik et Emilia Robin Hivert

  Je-reussis.jpg

Rentrée universitaire oblige, les ouvrages sur les formations proposées aux étudiants de Sciences humaines fleurissent. Avec sa collection « Je réussis en.. », Armand Colin s’adresse préférentiellement aux étudiants qui doivent passer le cap de la première année de licence - année de L1 - réputée la plus difficile.

Manuel de près de 200 pages, l’ouvrage est réalisé par des enseignants du supérieur et propose des conseils concrets pour que les étudiants s’adaptent rapidement à l’université. En réalité, il s’agit avant tout d’une présentation de la matière et de l’utilité de faire de l’histoire (« S’engager dans des études d’histoire »), d’un glossaire, au demeurant fort précieux, pour expliquer la périodisation historique, les acronymes multiples – UE pour Unités d’Enseignements ; EC pour Eléments constitutifs – ECTS pour les crédits d’enseignement – que les étudiants devront nécessairement apprendre à décrypter très vite, tout comme l’extrême diversité des titres et fonctions de leurs enseignants  (ATER, chargé de cours, PRAG, Maître de Conférences, Professeurs des Universités).  La première partie se termine par une injonction, celle de la nécessité pour les étudiants de devoir construire leur parcours universitaire, dès leur première année.

L’essentiel de l’ouvrage se situe dans la deuxième partie, toute entière tournée vers les méthodes à acquérir. Au-delà d’une adaptation nécessaire aux pratiques universitaires fort éloignées des méthodes du secondaire,  de nombreux conseils sont proposés aux étudiants pour apprendre, c'est-à-dire s’organiser matériellement pour prendre des notes, classer les informations et les retenir, à la fois dans le cadre d’un TD et sur l’ensemble du semestre, clôt par les partiels. De façon très didactique, les auteurs ont pris le soin d’expliquer par le menu ce que l’on attend de l’étudiant en histoire à la fois en termes de savoir-faire et de savoir-être. Mais plus globalement, ils insistent sur les pré-requis absolument nécessaires à savoir la maîtrise de l’écrit, autrement dit la nécessité de devoir corriger une orthographe défaillante, la connaissance de la méthodologie bibliographique, la mise en fiche et enfin la présentation des grandes épreuves que sont la dissertation et l’explication de texte qui font, l’une et l’autre l’objet d’un chapitre indépendant.

La troisième partie aborde enfin la question des débouchés professionnels en histoire, sans doute la partie plus faible de l’ouvrage – et en tous cas la plus réduite – car elle ne présente guère l’histoire sous un jour très favorable. En fait de débouchés professionnels des étudiants, il est surtout question des « petits boulots » (sic) et il est fait une place extrêmement réduite à ce qui a toujours été le débouché principal des étudiant en histoire, à savoir les concours de l’enseignement. Celui-ci est en effet présenté en moins de trois lignes, en mettant pratiquement sur le même niveau, le métier de CPE (Conseiller principal d’éducation), d’enseignant du secondaire ou d’enseignant du supérieur. Nulle part véritablement, il n’est question des concours de la fonction publique, pourtant seuls secteurs qui recrutent encore actuellement en dépit de la crise. Les autres métiers (« pigiste » (sic), « chargé de relation publique » ; « attaché de presse », « conservateur du patrimoine », « archéologue », etc.)  sont présentés bien trop rapidement pour que les étudiants puissent précisément concevoir leur propre parcours professionnel. Il n’est d’ailleurs pas fait mention des possibilités aussi pour les étudiants de trouver à travailler dans des institutions autres que culturelles où leurs qualités de bons rédacteurs trouveraient à s’employer.

En dépit de cette limite sur les débouchés professionnels de l’histoire, l’ouvrage reste cependant utile aux jeunes bacheliers qui souhaitent s’engager dans un parcours universitaire. Les conseils méthodologiques du cœur de l’ouvrage justifient à eux seuls l’achat de ce petit opuscule, précieux lorsque l’on est soucieux de franchir l’écueil de la première année à l’université.

Julie d’Andurain

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18 septembre 2012 2 18 /09 /septembre /2012 07:03

L'Histoire fabriquée ?

Ce qu'on ne vous dit pas à l'école...

Vincent Badré

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Ce livre fait, à notre sens, absolument partie de ceux qu'il faut lire sur la question.

L’auteur, lui-même enseignant d’histoire-géographie en banlieue parisienne depuis plus de dix ans, nous propose ici une analyse de l’enseignement de l’histoire basée sur son expérience personnelle et "l'exploitation" (non pas exhaustive, mais au moins très large) des manuels utilisés par les professeurs. Il insiste en introduction sur l’importance de ces livres (« choisis collectivement par les équipes des professeurs d’histoire-géographie de chaque lycée ou collège »), car « ils utilisent souvent un choix d’exemples orientés par le souci de faire découvrir des valeurs dominantes aujourd’hui ». Il n’y a pas à proprement parler « mensonge », mais plutôt « influence », car « rien n’est faux, ces documents [présentés dans les manuels] existent, mais les questions posées, le nombre de documents choisis, l’insistance sur tel ou tel argument finissent par fabriquer une opinion au lieu d’aboutir à une description juste de la réalité du passé ».

Il faut d’abord insister sur le caractère méthodologique, systématique du travail, sur les nombreuses citations des différents manuels et sur les comparaisons régulières effectuées entre eux. Le corps du livre est découpé suivant les grandes périodes enseignées (« Antiquité », « Moyen Âge », « Renaissance », « Monarchie absolue et révolution », « XIXe siècle », « Guerres mondiales », « Le monde après 1945 ») ; chacune de ces parties est elle-même subdivisée en deux à cinq thèmes particuliers (quatre pour le « XIXe siècle » par exemple : « Romantisme politique », « La question sociale pendant la révolution industrielle », « Troisième république » et « La colonisation »). Chaque thème enfin est lui-même présenté à travers trois à cinq exemples précis ; ce qui donne au final un plan très clair (un peu rigide, mais de fait rigoureux) dans lequel le lecteur se retrouve aisément : « Guerres mondiales » - « Première Guerre mondiale » est ainsi subdivisé en « L’école de la république enseignait un patriotisme ouvert » (classes de 4e et de 1ère), « C’est l’Allemagne qui a déclenché la Première Guerre mondiale » (classes de 3e et de 1ère), « Les poilus n’étaient que des chairs à souffrance » (classes de 3e et de 1ère), « Les troupes coloniales ont servi de chair à canon » (classe de 1ère), et « Des Arméniens ont été massacrés par les Ottomans » (classes de 3e et de 1ère).

Pour entrer dans le détail de son analyse et appuyer son argumentation, Vincent Badré adopte ensuite pour chaque cas particulier, tout au long de son livre, la même présentation. Prenons un exemple : dans « Guerres mondiales » / « Première Guerre mondiale » / « Les poilus n’étaient que des chairs à souffrance », il étudie successivement « La fabrique d’une idée reçue » (Qu’en dit-on ?, Comment le dit-on ? Ce qu’il y a de vrai), puis « L’histoire à redécouvrir » (Ce qu’il faut aussi savoir). Détaillons ces trois pages (pp. 146-148) :

-         Les poilus n’étaient que des ‘chairs à souffrance’

  • La fabrique d’une idée reçue :

Qu’en dit-on ? « Le soldat de 1914 n’est qu’une victime … Les souffrances et les difficultés des soldats occupent 37 à 61 % des documents choisis par les manuels à propos de la Première Guerre mondiale … L’engagement des soldats est présenté comme quelque chose d’absurde ; en effet les motivations des hommes de 1914-1918 sont peu évoquées dans les manuels et de manière déformée »

Comment le dit-on ? « La domination d’une école d’interprétation historique ». Il évoque « l’influence des historiens rassemblés autour de l’école de Péronne » et termine : « La seule histoire des perceptions ne suffit pas pour comprendre cette guerre et les motivations de ceux qui l’ont faite ». Il remarque que Bécassine est seule présentée comme engagée volontaire : « Un exemple peut ridiculiser une cause ou un courant de pensée ».

Ce qu’il y a de vrai : dans l’ensemble des sociétés, en France comme chez les autres belligérants, « le discours ambiant encourage la violence pendant ce conflit … Ces discours portaient [car] tous les soldats n’étaient pas ces instituteurs regrettant de se découvrir d’antiques instincts de cruauté », évoqués dans le manuel Belin de 1ère.

  • L’histoire à découvrir :

Ce qu’il faut aussi savoir : « Beaucoup de soldats ont aussi combattu par patriotisme », chez les intellectuels comme dans les classes populaires,« le refus de la guerre n’est pas seulement né d’un sentiment de lassitude » mais pouvait être la conséquence d’un engagement socialiste et révolutionnaire, enfin « on ne lira pas non plus dans les manuels la lettre encyclique de Benoit XV qui condamne dès le 1 er novembre 1914 une guerre où les nations s’entredétruisent ».

 

Tous les chapitres pourraient être cités sur ce plan, des devoirs du citoyen ou de la situation des esclaves dans l’Antiquité grecque et romaine, à la période la plus récente avec « La croissance économique met la terre en danger ». C'est-à-dire qu’en presque 300 pages Vincent Badré nous présente une véritable analyse de ce que nos enfants apprennent, … et n’apprennent pas. Sa conclusion n’est d’ailleurs pas manichéenne : « Nous avons finalement trouvé dans les livres d’histoire d’aujourd’hui une proportion, encore trop faible, mais réelle, de documents qui donnent une vue plus libre, plus large et plus ouverte à la variété de l’histoire humaine ». Il met certes en relief une orientation générale politique et culturelle (citant l’auteur des manuels chez Belin : « Les manuels diffusent les valeurs que les programmes drainent : ils sont prorépublicains, proeuropéens, pour l’équilibre social et la diversité culturelle »). Mais les directives du ministère ou le contenu des ouvrages ne sont pas seuls en cause, car « les manuels sont difficiles à lire sans la médiation d’un enseignant qui fait le lien entre les documents qu’il choisit d’utiliser et d’expliquer et qui construit pour ses élèves un résumé qui ressemble à celui du livre ». Il doit cependant en conclure qu’il s’agit de « manuels souvent peu ouverts au pluralisme et à l’esprit critique », qu’ils sont « un révélateur de notre âge du renoncement" et qu’ils privilégient « angélisme et dévalorisation de l’action ». Ils traduisent le « déracinement et [le] refus des héritages culturels européens » et favorisent le « progressisme comme école du consentement à ce qui existe ». Bref, le bilan n’est quand même pas brillant, même si l'espoir subsiste : « appel à l’émotion », « manque de réflexion » et « absence de débat ».

On apprécie les annexes, l’appareil de notes et références et l’index. Une analyse raisonnée, « à froid », mais qui ne manque pas de conviction, à lire absolument pour quiconque veut s’intéresser à ce sujet : l’enseignement de l’histoire.

Editions du Rocher, Monaco, 2012, 289 pages, 21 euros.

ISBN : 978-2-268-07436-8

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Vincent Badré a répondu à quelques questions plus précises :

Question : Vous évoquez le fait que les manuels sont choisis dans les établissements par les professeurs eux-mêmes. Selon votre expérience, comment est effectuée cette sélection ? Qu’est-ce qui est recherché ou privilégié dans un nouveau manuel ?

Réponse : Les manuels sont choisis collégialement par le groupe de professeurs de chaque établissement. Il faut donc qu'ils n'aient dérangé les connaissances ou les idées reçues d'aucun des membres de ce groupe. Cela explique l'apparence de prudente neutralité et le fait qu'ils restent souvent dans des idées reçues majoritaires et datées. Les critères de choix sont essentiellement pratiques. Il faut trouver un manuel qui offre des documents variés, faciles à commenter par le professeur et à utiliser en cours avec des élèves d'aujourd'hui.

Question : Vous insistez en conclusion sur le rôle de l’enseignant, au-delà du manuel retenu. Pensez-vous que la formation en amont des professeurs d’histoire soit suffisante ? Comment expliquez-vous les « glissements » observés dans la transmission de la discipline ?

Réponse : La formation des professeurs d'histoire se fait dans les universités d'aujourd'hui, que je connais mal. Ce qui me semble manquer dans les manuels, c'est le souci de pratiquer régulièrement les règles de la critique historique. On n'y pose que très rarement les questions essentielles qu'un historien se pose devant une de ses sources d'information : savoir si le document est cohérent, se demander qu'elles étaient les motivations de celui qui l'a produit et si ce qu'il apporte rejoint ou s'éloigne des connaissances acquises sur la période qu'il concerne.

Les glissements de l'enseignement de l'histoire procède en partie de l'application excessive et simplificatrice des tendances de la recherche universitaire. La "nouvelle histoire" se détournant de "l'histoire bataille" et de la biographie, on n'en verra pratiquement plus dans les manuels, alors que pendant ce temps là les historiens de ce courant, comme Georges Duby ou Jacques Le Goff publient des récits de batailles et des biographies. L'enseignement de l'histoire a aussi été pris dans les batailles idéologiques françaises. Républicain, patriotique, centralisateur, il a été attaqué par les détracteurs du "roman national", et partiellement remplacé par un "roman inversé" excessivement repentant, alors que l'histoire précédente avait surtout insisté sur "toutes les gloires de la France".

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Question : Si vous deviez classer les principaux manuels utilisés sur une échelle de 1 à 10, la plupart se situeraient à quel niveau ? Quelle serait la note du « meilleur » ? Et celle du « pire » ?

Réponse : On pourrait dire, comme certains, que mettre des notes est stigmatisant et traumatisant. En fait, il est difficile de répondre, car la note variera selon les attentes. La plupart des manuels sont techniquement bien faits et adaptés à leur usage actuel. Il n'y a pas entre eux de très grandes différences de qualité. Certains manuels, dirigés par un directeur de collection à forte personnalité, sont meilleurs que les autres (Pour les manuels anciens, disponibles d'occasion, on peut citer les noms de Jacques Marseille dans les années 1980, Serge Bernstein dans les années 1990, Jérôme Grondeux, Jean-Michel Lambin dans les années 2000, et les manuels des classes de STI d'Eric Chaudron chez Belin).

S'il s'agissait de noter le respect du pluralisme, les note seraient généralement bien plus faibles. Beaucoup de manuels choisissent en effet de mettre en valeur des faits généralement considérés comme négatifs sur certains sujets comme le Moyen-Age et des faits considérés comme positifs à propos d'autres époques.

Question : Quand vous parlez « d’âge du renoncement », de « dévalorisation de l’action », de « déracinement », il s’agit de questions graves pour une société. Comment voyez-vous l’avenir ?

Réponse : Les manuels prennent la couleur de l'air du temps. Ils portent les valeurs dominantes de notre époque désabusée, après l'échec sanglant des grandes utopies messianiques du XXe siècle. Les "guides", qui avaient proclamé la capacité des hommes de changer l'histoire ont échoué et les manuels nemettent plus en valeur les grands personnages historiques.

Le livre "L'histoire fabriquée ?" cherche pour sa part à montrer des exemples concrets d'actions qui ont changé l'histoire. Il parle de Catherine de Sienne, qui arrive à convaincre un Pape du Moyen-Age de quitter Avignon pour retourner à Rome ; de jean Corentin Carré, qui s'engage dans la guerre de 14-18 avant l'âge lgal, par patriotisme ; d'Albert de Mun, député minoritaire à la Chambre sous la IIIe République, qui invente bien des lois sociales d'aujourd'hui ; ou encore des paysans bretons qui se sont organisés eux-mêmes pour mener à bien la modernisation de leur agriculture. Ces exemples historiques et mon expérience d'enseignant me remplissent d'espérance. Les jeuns élèves d'aujourd'hui sont tout-à-fait capables de réfléchir et de s'intéresser à l'histoire. Il ne leur manque que des occasions d'agir et des structures qui leur permettent d'engager leur énergie dans l'amélioration de la société.

Question : En tant qu'enseignant, quelle est votre citation préférée ?

Réponse : Ce passage d'un tract du syndicat polonais "Solidarité" des enseignants, lancé le 17 janvier 1982 pour protester contre les interventions du pouvoir politique dans le contenu de l'enseignement de l'histoire : "Ne renoncez pas à chercher la vérité, essayez de toujours distinguer le savoir honnête de la falsification des faits par la propagande ... Essayez de rester des hommes libres, responsables, aspirant à un savoir intègre et profond ... Recherchez les voies qui vous mèneront à un savoir non falsifié. Discutez, nouez des contacts avec des gens qui vous aideront à chercher la vérité, pensez..."

Merci Vincent Badré, pour ces réflexions aussi mesurées qu'argumentées Bon courage et plein succès dans toutes vos initiatives.

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18 septembre 2012 2 18 /09 /septembre /2012 07:01

L'histoire de France interdite

Pourquoi ne sommes-nous plus fiers de notre histoire ?

Dimitri Casali

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Auteur souvent contesté, parfois plus polémiste qu'historien, Dimitri Casali propose aujourd'hui un nouvel opus dans la ligne de ses publications récentes (L'altermanuel d'histoire de France, paru l'an dernier chez Perrin).

Dans son introduction, qui paradoxalement ne semble pas plaider POUR la rigueur historique, mais POUR UNE AUTRE utilisation de l'histoire ("Créer un grand récit national fédérateur"), l'auteur invite à "réconcilier la France avec son histoire, puisque l'histoire de la France, c'est aussi l'histoire du monde". Le propos est ambitieux. La politique suivie en la matière depuis une trentaine d'années est qualifiée de "véritable destruction nationale", aggravée aujourd'hui par les pressions communautaires.

Le livre est ensuite divisé en cinq grandes parties, très différentes.

"Une histoire sous tirs croisés" passe de "La trahison des élites" au "Lobby mémoriel", conteste aisément que Louis XIV soit un "grand criminel de l'histoire" ou que "Napoléon = Hitler". La double question de la traite négrière (hier) et du racisme (aujourd'hui) en est le fil rouge. Il aborde ensuite la contestation des grands symboles républicains (hymne national, drapeau tricolore) et les exemples publics récents de manque de respect à leur égard. Sur bien des points et des cas particuliers, bien sûr, on ne peut qu'abonder sur le constat.

La seconde partie s'efforce de démontrer que l'histoire est vecteur de citoyenneté et qu'il faut pour cela reprendre tout son enseignement : "L'histoire raconte, et c'est en racontant qu'elle explique ! On doit donc apprendre l'histoire comme un récit, un "roman vrai". Ici aussi, on peut abonder dans le sens de l'auteur, sans oublier d'y ajouter la rigueur méthodologique et la critique des sources. Une approche rapide de l'enseignement de l'histoire antique, du grec et du latin, comme de celui des "rois très chrétiens" termine ce second grand chapitre.

Le troisième, partant du constat que les jeunes Français font preuve d'un pessimisme à la fois croissant et plus marqué que chez leurs homologues des autres grandes nations, tente d'établir une comparaison avec ces pays, voisins ou éloignés : "Des Anglais fiers d'être anglais", "Les Chinois très fiers de leur pays", "Des Allemands heureux", tandis que "L'Espagne s'affranchit du manichéisme" et que l'auteur observe "La récente fierté italienne". Soyons honnête : on ne peut pas être totalement d'accord car l'on assiste là à un mélange des thèmes sans contextualisation (quoi de commun entre les colonisations espagnole et française, et à fortiori leurs perceptions actuelles ?), les raccourcis sont parfois rapides et les "comparaisons" pour le moins hâtives.

L'avant-dernière partie recense une longue liste de personnages célèbres sous le titre "Nos pères fondateurs oubliés", pour lesquels Dimitri Casali affirme qu'ils ne sont plus (ou très peu) au programme : "Pourquoi Clovis est supprimé", "Pourquoi censurer Charles Martel", etc. Ce chapitre est plus convaincant (sous réserve de vérifications, car il y a de très nombreux manuels différents) et donne un certain nombre d'exemples avérés qui abondent dans le sens de l'auteur.

La cinquième enfin, dédiée "Aux grands immigrés, la patrie reconnaissante", revient sur "Mazarin : un immigré Premier ministre" (on remarque l'anachronisme), "Gaston Monnerville : un Noir deuxième personnage de l'Etat", "Romain Gary : un héros français" et "Félix Eboué : petit-fils d'esclaves". Peut-être aurait-il été nécessaire d'ajouter ici quelques autres exemples aussi significatifs et de prendre plus de soin à préciser les affirmations historiques.

On lira enfin, à la fin du livre, trois entretiens, avec Robert Badinter, Malika Sorel-Sutter et Emanuel Le Roy Ladurie, dont les réponses apportent à la fois de solides arguments et tendent à confirmer les propos de l'auteur d'une part, mais aussi un peu de sérénité et de recul dans un texte en général très vif, pour ne pas dire presque "impératif". En conclusion, Dimitri Casali revient sur deux de ses idées maitresses : les défaillances de l'enseignement de l'histoire réduisent les chances d'intégration et marquent une vraie crise des valeurs, il est donc indispensable de "Réinventer l'école ultra-républicaine".

Au final, qu'en penser ? Un livre qui dérange (il est, sans doute, peut-être fait pour cela). Un élément au débat et un cri du coeur ou d'inquiétude. La position partisane de l'auteur est sans ambiguité : il ne s'agit pas selon nous d'une réflexion méthodologique et programmatique de fond, mais d'une sorte de long pamphlet. Il est aussi, au-delà du caractère parfois approximatif de certains exemples, la marque d'une passion et d'un engagement, et pose de vraies questions.

Editions J.C. Lattès, Paris, 2012, 286 pages, 19 euros.

ISBN : 978-2-7096-3697-1

 

Dimitri Casali a bien voulu répondre à quelques questions pour préciser son propos.

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Question : Comme votre Altermanuel d'histoire de France (Perrin, 2011), votre nouveau livre commence à susciter un certain nombre de polémiques. Comment le définiriez-vous : un pamphlet, une longue 'lettre ouverte', une réflexion pédagogique, un essai politique, autre chose ?

Réponse : Un essai polémique, un coup de gueule, mais aussi une déclaration d’amour à notre histoire. L’Histoire de France est une source d’énergie où chacun peut puiser une meilleure confiance dans l’avenir… Contrairement à ce que prétendent certains, l’histoire de France ne commence pas en 1789. Je refuse cette histoire déséquilibrée, qui choisit des faits négatifs sur certains sujets et des faits positifs sur d’autres, une histoire désabusée qui sous estime ce que les hommes ont fait pour changer l’histoire. La France est aujourd’hui le pays le plus déprimé car elle est malade de son Histoire, une Histoire ignorée par les Français, discréditée par ses élites, rejetée par ses immigrés (selon  l’INED 37 % des jeunes d’origine étrangère ne se sentent pas Français).

A cause de ce rejet du passé il existe une véritable fracture nationale. La haine de certaines pages glorieuses de notre Histoire entretient cette détestation de soi qui sommeille en chaque Français. Les Français ne s’aiment pas mais aiment-ils toujours la France ? Il leur manque cette fierté que l’on sent chez les Américains, les Chinois, les Indiens, les Britanniques, les Espagnols et les Brésiliens. Tous sont résolument tournés vers l’avenir, alors que la France n’y parvient pas. « Si tu veux marcher vers le futur, retourne toujours à tes racines », disait Machiavel. L’Histoire de France constitue pourtant une mine de vitalité collective : elle est synonyme de créativité, de dynamisme et de confiance en soi, bref l’Histoire est le nouveau soft power.

Question : Sur le fond, on constate un certain nombre d'erreurs, d'omissions ou de rapprochements rapides (qu'il s'agisse du contenu des livres d'histoire en collège et lycée, de Mazarin "immigré" Premier ministre ou de la perception d'un "sentiment national" chez nos principaux voisins par exemple). Vous définissez-vous plutôt comme journaliste (donc naturellement engagé dans le combat intellectuel quotidien) ou comme historien (murissant une réflexion sur un temps plus long) ?

Réponse : Je me considère avant tout comme un vulgarisateur un sens noble du terme. Etre compréhensible par le plus grand nombre est mon souci majeur. Donc bien sûr que Mazarin n’a pas le titre de 1er ministre, mais de fait il en occupe la fonction. Quand à la perception d’un sentiment national chez nos voisins les nombreux correspondants et spécialistes étrangers que j’ai interrogé pour mon ouvrage (8) me l’on confirmé. Le manque de perspective et de vision est une constante de l’intelligentsia française qui, semble-il, voyage peu ou alors ne remarque pas ce qui se passe à travers le monde. Un certain aveuglement est bien son trait dominant…

Je suis historien de formation et je resterai un historien. Diplômé de l’université Paris IV-la Sorbonne, j’ai travaillé avec Jean Tulard sur le mythe napoléonien. Mais il est vrai que je collabore de plus en plus avec la presse écrite principalement avec le groupe L’Express où il dirige deux collections: Grand format sur l’Histoire pour l’Express. Par ailleurs, convaincu qu'il faut des outils neufs pour ancrer dans les jeunes générations le goût de l'histoire, les intriguer, je suis l'auteur-compositeur de Napoléon l'opéra-rock, que je donne à Rueil Malmaison le 16 septembre 2012. Par ailleurs, je suis aussi le créateur d’un concept pédagogique innovant : Historock pour redonner le goût de l’Histoire aux jeunes générations par la musique rock.

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Question : Par contre, les mêmes critiques oublient généralement une partie de votre discours, comme le chapitre V de ce livre consacré "Aux grands immigrés, la patrie reconnaissante" et de votre argumentation relative au pouvoir d'intégration de l'enseignement de l'histoire. Pouvez-vous développer cette dernière idée ?

Réponse : Je vous remercie car vous êtes l’un des rares a tenir compte de cet aspect fondamental de ma pensée. C’est avant tout notre culture française qui est la base de notre vivre ensemble et cette culture est fondée sur la connaissance de l’Histoire du pays qui vous accueille, celui où vous vivez et travaillez et dont vous possédez la nationalité quelle que soit notre origine géographique. La bonne connaissance de l’Histoire est donc une garantie d’intégration car elle est un moyen d’accéder aux modes de compréhension de notre société. "L’intégration à la française" existe, et l’on peut véritablement parler d’un creuset français qui a réussi, depuis toujours, à amalgamer en une création originale les migrations successives avec les populations les plus anciennes. Le but de ce livre est de réconcilier la France avec son histoire puisque l’Histoire de la France, c’est aussi l’Histoire du monde : nous possédons, la plus grande communauté musulmane d’Europe, la plus grande communauté juive d’Europe et une communauté asiatique très importante dans notre pays. Pour cela, il faut absolument créer une Histoire de France riche de toute sa diversité, une histoire qui tienne compte des multiples identités du peuple français aux différentes époques.

L’histoire de nos grands hommes a pendant longtemps facilité l’assimilation des populations immigrées, et ce avec succès. Pourquoi ne pas s’inspirer de ce modèle en introduisant justement des personnages historiques issus de l’immigration ? C’est avant tout grâce au rayonnement culturel et historique de la France, grâce au pouvoir d’attraction et de fascination que – de Mazarin à Romain Gary en passant par Marie Curie, Manouchian, Félix Eboué, le bachaga Boualam et Gaston Monnerville – tous ces hommes ont aimé la France. Ils ont même accepté de se sacrifier pour leur nouveau pays. Et comme aimait le rappeler Romain Gary (Roman Kacew de son vrai nom) : «Je n’ai pas une goutte de sang français mais la France coule dans mes veines…»

Question : Vos derniers paragraphes sont placés sous le titre "Réinventons l'école ultra-républicaine". En quoi serait-elle "ultra" ?

Réponse : Rendons à l’école son caractère intrinsèquement républicain et sans concessions ! Faisons preuve d’imagination en nous inspirant des bases de granit de l’école républicaine fondée par Jules Ferry. Pendant un siècle, cette institution était devenue un modèle pour le reste du monde. Pourquoi tout laisser détruire ? « Du passé faisons table rase » semble être le maître mot des grands manitous de l’Éducation nationale et nouveaux pédagogues. Quelle erreur ! Pas avec un tel passé ni avec une telle réussite – c’est oublier l’incroyable travail des hussards noirs. Le refus des Français d’assumer leurs propres valeurs, comme l’a si bien dit Régis Debray, est caractéristique du suicide collectif actuel. Pour être accueillante, on dit que la France devrait se séparer de son histoire : c’est symptomatique. La France n’est plus un contenu, elle est un contenant… Ne soyons plus rien de substantiel et ouvrons-nous à tous, tel est le discours politiquement correct. Ainsi l’identité française doit être ouverte à tous… sauf à la France ! C’est comme ça que l’identité nationale trouve refuge uniquement au Front National : monumentale erreur…C’est ainsi que nous faisons le jeu du Front National sans que personne ne s’en aperçoive…

Question : En cette période de rentrée scolaire, qui voit de nombreux jeunes enseignants se trouver pour la première fois en face d'une classe, quels conseils pratiques leur donneriez-vous ?

Réponse : L’Histoire raconte et c’est en racontant qu’elle explique ! On doit donc apprendre l’Histoire comme un récit, un « roman vrai » (pour reprendre l’expression de Paul Veyne). Et comme tout roman, utiliser les règles des grandes constructions littéraires, avec des personnages, une intrigue, des anecdotes, une véritable mise en scène avec un dénouement tragique ou heureux, et une temporalité qui aide à replacer dans le contexte de l’époque et à en analyser des conséquences. Le rôle de tout professeur est de former des esprits critiques, mais aussi d’éveiller la curiosité, d’attiser le désir d’en savoir plus et de le cultiver. La notion de plaisir doit rester un vecteur d’apprentissage indispensable. Tout en rappelant qu’il n’existe pas de vérité définitive en Histoire, qu’il n’y a pas de certitude, qu’on ne peut qu’interpréter tout en proposant une meilleure intelligibilité des faits historiques.

Merci Dimitri Casali pour ces éclairages complémentaires, en espérant que le "renouveau" espéré surviendra...

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10 septembre 2012 1 10 /09 /septembre /2012 07:00

Histoire militaire, études de défense et politiques de sécurité

Des années 1960 à nos jours

Hubert Heyriès (Dir.)

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Publié dans la collection 'Bibliothèque stratégique', ce volume constitue les actes du colloque international organisé et tenu à Béziers il y a deux ans. Comme le précise son organisateur, Hubert Heyriès, dans son introduction, "dans le maquis des travaux et des problématiques, il est sans doute temps de faire le point". Quelques 35 chercheurs français et européens, parmi les plus éminents, proposent donc des textes qui permettent de brosser un tableau aussi complet que possible de ces évolutions (même si, du fait de la seule ampleur du sujet, certaines thématiques ont été laissées de côté) et d'identifier des pistes pour les recherches à venir. L'ouvrage est divisé en cinq grandes parties : "L'histoire militaire en centre de recherche", "L'histoire militaire hors de France", "L'histoire militaire en arme", "L'histoire militaire sous d'autres cieux" et "L'histoire militaire en marche". Pour rendre compte de l'extraordinaire densité et richesse du volume, observons le détail des nombreuses communications.

La première partie donne la parole à quelques grands noms de la spécialité. Jean-Jacques Becker revient sur "L'Historial de la Grande Guerre : pourquoi et comment ?" ("L'idée essentielle fut que l'Historial devait être fondé sur une histoire culturelle comparée") ; Rémy Cazals rappelle l'origine et les activités du CRID 14/18 (qui prône "l'utilisation et la critique de tous les documents disponibles sans aucun a priori" et qui souhaite "inscrire les pratiques et les expériences de tous les acteurs de la guerre dans le temps long de leurs trajectoires sociales") ; Jean-Charles Jauffret présente "Le Centre d'histoire militaire comparée de l'IEP d'Aix-en-Provence", dont la vie a été relativement agitée entre 2006 et 2008 et dont les publications de référence se multiplient depuis cette époque ; le général Jean Delmas rappelle le parcours et l'importance de "La Commission française d'histoire militaire -CFHM- : heurs et malheurs", et souligne qu'après la fin du soutien matériel du ministère de la Défense, au début des années 2000, "tente de repartir une commission dont le mérite essentiel fut d'être, pendant un demi-siècle, un lieu de rencontres où universitaires et militaires purent se découvrir, s'apprécier et travailler ensemble" ; Jules Maurin rend compte de l'activité du Centre d'histoire militaire et d'études de défense nationale de Montpellier (devenu Unité mixte de recherche 'Etats-Sociétés-Idéologies-Défense' du CNRS en 1990), acteur essentiel de renouveau des études d'histoire militaire depuis la fin des années 1960 ; Maurice Vaïsse enfin dresse le bilan de la brève histoire du CEHD, de sa création en 1995 à son intégration au sein de l'IRSEM en 2010. Chacun de ces éminents historiens apporte d'utiles précisions à la connaissance des organismes qui ont oeuvré depuis un demi-siècle, même si les querelles de personnes, de clochers ou de chapelles qui furent (et parfois sont encore) bien réelles sont soigneusement gommées dans un consensus apparent.

La deuxième partie tente de dresser un bilan un peu similaire pour différents pays (Roumanie, Allemagne, Suisse, Italie) et un thème extérieur ("La fin de la guerre du Vietnam, 1972-1973 : enjeux historiographiques", par Antoine Coppolani). La troiième a pour ambition de remplir le même rôle par armée : Michèle Battesti traite "Du renouveau de l'historiographie navale du XIXe siècle", Patrick Facon de "Trente ans d'historiographie sur l'armée de l'Air", Jean-Noël Luc présente "Quand Clio rencontre les gendarmes. Dix ans de recherches sur l'histoire d'une force militaire originale (2000-2010)", seul Frédéric Guelton limite son propos, pour l'armée de terre, à la formation initiale avec "1960-2010, l'histoire militaire à Saint-Cyr, de l'abandon au renouveau ? Une interrogation en trompe-l'oeil !" (et brosse lucidement à la fois un bilan peu satisfaisant et des interrogations pour l'avenir). La quatrième partie aborde les questions transdisciplinaires et les rapports de l'histoire militaire aux autres sciences, grâce à Philippe Boulanger, avec "Déclin et renaissance de la géographie militaire (XIXe-XXIe siècles" ; Jacques Aben, avec "L'évolution du regard des économistes sur la Défense" ; Louis Crocq, avec "Cinquante ans d'histoire de la psychiatrie de guerre" ; Julien Mary et Frédéric Rousseau, avec "Les musées militaires : objets d'histoire et de mémoires" ; Bernard Peschot, avec "La vie militaire dans le roman national français au XIXe siècle" ; et Christian Amalvi, avec "Les biographies militaires en France depuis quarante ans. Une révolution historiographique ?".

La cinquième et dernière partie enfin, sous le titre "L'histoire en marche" offre un tableau très large de champs de recherche différents, du plus précis aux sujets transverses. Annie Crépin revient sur "Devoir de Défense, citoyenneté, Nation et société en France", avec en particulier la question de la conscription ; François Cochet insiste sur "Le combattant : des guerres de décolonisation aux OPEX" et sur les travaux qui doivent être poursuivis dans ce domaine ; Christine Levisse-Touzé dresse le tableau des "Femmes et l'institution militaire" ("Les femmes actrices de l'histoire" et "Les femmes historiennes") ; Xavier Boniface fait le bilan des recherches dans "Les militaires et la religion : aperçus historiographiques" ; Claude Carlier propose "Histoire militaire et recherche spatiale" ; André-Paul Comor "Légion étrangère : bilan historiographique et perspectives de recherche" ; Hubert Heyriès établit une comparaison entre la France et l'Italie dans "Cultures et mentalités militaires" ; Michel Fratissier interroge "L'histoire des deux guerres mondiales dans les manuels scolaires de la fin des années 1960 à nos jours" ; et Jean-François Muracciole nous livre une réflexion sur "La prosopographie de la Seconde guerre mondiale : quelques considérations méthodologiques".

On le voit, il est impossible de résumer en quelques mots un ouvrage aussi riche, dont Jules Maurin a rédigé la conclusion générale : "Le bilan historiographique établi par ce colloque pour un demi-siècle est tout simplement impressionnant", mais des évolutions lourdes sont en cours car "longtemps l''histoire militaire a été liée à l'Etat-Nation. L'éclipse de celui-ci ouvre peut-être la perspective d'une histoire militaire plus globale". Il faut féliciter Hubert Heyriès pour avoir réussi à réunir pendant quatre jours la plupart des universitaires qui comptent dans le domaine de l'histoire militaire en dehors de toute considération de "chapelle", "d'école", ... voire d'amour-propre mal placé. Mais l'on peut aussi regretter que, sur plus de trente intervenants, deux seulement soient d'anciens officiers, en retraite : les officiers historiens d'active n'auraient-ils donc rien à dire sur un sujet qui les concerne au premier chef ? 

Hormis ce bémol, le livre est absolument indispensable. Tout étudiant en histoire doit le connaître, et réfléchir aux différentes communications présentées. Au-delà, tous ceux qui s'intéressent à l'histoire militaire y trouveront un intérêt certain.

 

Collection 'Bibliothèque stratégique', éditions Economica, Paris, 2012, 497 pages, 23 euros.

ISBN : 978-2-7178-6103-7

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23 juillet 2012 1 23 /07 /juillet /2012 07:00

Les grandes batailles de l'histoire

Sophie Chautard

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De la bataille de Qadesh (1274 avant J.C.) à l'opération Tempête du désert (1991) ... Parcours ambitieux en un peu plus de 370 pages. Et pourtant, comme différents éditeurs tentent de le réussir régulièrement, voilà un volume qui, une nouvelle fois, a pour ambition affichée de nous présenter les principales batailles de l'histoire de l'humanité : 71 combats ont été retenus : 14 pour l'Antiquité, 15 pour le Moyen-Age, 5 pour la période allant de la Renaissance au XVIIe s., 13 pour celle qui s'étend des Plaines d'Abraham (1759) à Tsushima (1905), 7 pour la Première Guerre mondiale, 10 pour la Seconde et 7 depuis 1945 (quelques parties sont subdivisées en sous-chapitres : "La Moskova" en septembre 1812 traite à la fois de Borodino, de Moscou et de la Berezina par exemple). Ponctuellement, des encarts permettent de préciser la biographie sommaire d'un grand personnage, la définition d'un type d'unités, ou une manoeuvre particulière.

Au total, il n'est guère possible de consacrer plus de trois ou quatre pages à chaque événement, ce qui conduit naturellement à une rédaction extrêmement synthétique, et le risque d'une présentation pour le moins conventionnelle, voire réductrice, des faits n'est jamais bien loin. La bibliographie sommaire fait la part belle aux ouvrages généraux et autres encyclopédies, ce qui n'apporte pas grand chose, et les références de presse sont choisies dans des revues très (trop) généralistes. Bref, de peu d'utilité pour aller plus loin.

Un volume qui peut être utile pour le lycéen préparant son Bac, pour une révision rapide afin d'éviter une impasse avant un oral, ou pour être utilisé comme base de travail annotée en marge, complétée et commentée.

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21 juin 2012 4 21 /06 /juin /2012 07:00

De Sedan à Sedan

Une histoire de l'armée française

André Bourachot

Le premier volume avait été publié l'an dernier, le second vient de paraître. Avec cet ensemble de plus de 650 pages, le général (2S) André Bourachot nous livre une vaste fresque qui s'étend sur plus de soixante-dix années d'histoire militaire, et, pour le dire plus nettement et plus simplement, d'Histoire de France. Le pari était osé : cette période recouvre l'histoire de la IIIe République, à la fois période fondatrice et de profondes ruptures, dont les échos (et souvent les polémiques) dans tous les domaines (y compris militaire) résonnent encore aujourd'hui. Il faut donc, avant tout, féliciter l'auteur d'avoir su prendre ce risque.

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Ce tome 1 commence par un rapide rappel de la situation depuis la Révolution française et s'ouvre en fait sur un chapitre 2 titré "L'armée et l'environnement politique", indispensable car, dans ce pays où la politique "c'est la bataille d'Hernani au quotidien, pour les petites choses comme pour les grandes", force est de reconnaître que "l'accouchement républicain sera pénible et prendra du temps". André Bourachot s'intéresse ensuite à ce qui permet matériellement de constituer une armée ("L'argent, les hommes, les armes"), aux fondements intellectuels de cette armée ("La doctrine, les forces morales, le cran"), puis à l'importantante question de la "Fortification permanente et fortification du moment", enfin à l'emploi : "La conduite de la guerre, les plans de guerre, les structures". Un ultime chapitre ("Les guerres") évoque rapidement les campagnes coloniales qui se succèdent entre 1871 et 1914 et s'attarde naturellement sur la Grande Guerre elle-même. Au terme de ce parcours, en novembre 1918, la conclusion est sans fard : "L'armée française est victorieuse ou, tout au moins elle se croit victorieuse... Elle avait gagné la bataille et pouvait penser avoir gagné la guerre. Mais, en 1918, personne de fera l'analyse froide et lucide qu'elle n'était qu'une partie prenante à la victoire". L'ensemble de l'ouvrage est ponctué de tableaux, graphiques et citations qui viennent à l'appui du discours de l'auteur et l'on relève de nombreuses références, tirées de la littérature contemporaine aux événements relatés ou des archives de Vincennes.

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Le tome 2 couvre la période de l'entre-deux-guerres. Il s'ouvre sur une interrogation, ou un doute : "Une partie de la France met son refus de courir aux armes au-dessus de tout, même pour défendre sa propre existence en tant que nation. La seule vraie question est bien celle-là. Pourquoi cette attitude ? ... Je n'ai pas trouvé dans l'historiographie de réponse satisfaisante ... Le pire serait qu'il n'y en ait pas, ce qui dévoilerait les sombres lacunes du sentiment national français, à éclipses et peut-être contingent". L'ouvrage commence donc par "Les problèmes de la paix" qui surgissent dès l'hiver 1918, puis se développe globalement en trois parties chronologiques : les chapitres 2 et 3 sont relatifs aux années 1918-1925, les chapitres 4 et 5 aux années 1924-1936, les quatre derniers aux évolutions, réflexions et décisions des quatre années qui précèdent la Seconde guerre mondiale. Une quinzaine de pages, de facture classique, sont consacrées à la situation outre-mer et aux campagnes du Maroc (Rif) et de Syrie en 1924-1925. De longues pages traitent des débats des années 1920 sur la défense des frontières, la "ligne Maginot", son coût et ses troupes. Dans le chapitre consacré aux unités blindées et divisions mécaniques, on passe rapidement (deux ou trois autres noms cités simplement, Velpry, Doumenc, Keller) du général Estienne en 1921 à De Gaulle en 1933, même si l'auteur reconnaît que si "De Gaulle n'est pas un précurseur, il sera un brillant suiveur". De même, le bref récit de la "Drôle de guerre" et de la campagne de France de 1940 laisse parfois sur sa faim : Blanchard, au GA 1, est pudiquement qualifié de "peu sûr de lui"; délicat euphémisme. Ajoutons aussitôt que, par nature, un projet de cette ampleur sur une pagination limitée devait nécessairement conduire à certains raccourcis.

 

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Qu'il s'agisse du tome 1 ou du tome 2, les lecteurs (et nous en sommes) ne partagerons sans toute pas, sur tel ou tel point, toutes les conclusions, parfois tranchées, de l'auteur. La confrontation raisonnée et argumentée des points de vue sera ici moteur de progrès. Mais il faut d'abord reconnaître que, d'une part, rédiger une telle fresque en deux volumes de 300 à 350 pages est un exercice ambitieux et périlleux (tous les domaines de la doctrine, la vie interne des armées, de l'équipement et de l'emploi des unités, mais aussi du politico-militaire, des questions sociales et budgétaires, etc. sont abordés), et, d'autre part, qu'il y a dans cette masse de travail un nombre considérable de références à prendre en compte, tout comme l'indication de pistes de recherche et de réflexion tout-à-fait pertinentes. Il est à souhaiter que ce livre soit lu (beaucoup), analysé (très largement) et commenté (finement), car, au-delà des critiques que l'on peut faire et des commentaires que l'on peut émettre, il constitue indiscutablement une excellente base pour aborder cette période charnière et une référence parmi les publications récentes.

 

André Bourachot à bien voulu répondre à quelques questions complémentaires sur son imposante étude.

Question : Dans le volume 1, 1870-1918, vous consacrez un chapitre à "La doctrine, les forces morales, le cran". Vous soulignez l'importance de ces facteurs dans la doctrine dite de "l'offensive" et leur influence bien au-delà de la seule sphère militaire. Pourriez-vous développer plus précisément ce point en quelques mots ?

Réponse : L’époque n’est pas à couper les cheveux en quatre ; elle exige que chacun affirme ce qu’il est et même qu’il l'affiche. C’est ce qui explique que le duel reste encore fréquent, 47, dit-on, pour Clemenceau qui s’entraîne tous les matins, ou presque, chez Gastine Rennette, l’armurier bien connu. Il se passe rarement une semaine sans que la presse rapporte un duel. Il est cependant moins mortifère, car il est plus démonstration de ce qu’on veut paraître que désir de tuer l’adversaire et de nombreuses balles manquent leur cible, pas toujours pas la maladresse du tireur ! Évidemment cette attitude, transposée dans le domaine militaire, ne peut pas s’accommoder de la « défensive », de là ces hymnes à « l’offensive » que je préfère appeler des hymnes à « la bataille » ! L’armée française a perdu son premier duel avec l’Empire allemand mais ce n’est qu’une pause et elle fait tout pour gagner le second, en s’engageant totalement. Les officiers ne rêvent que de bataille et il est impensable de mettre la moindre restriction dans cette volonté d’action sous peine d’être taxé « d’avarice morale » ; discours, gestes, attitudes doivent refléter ce qu’on veut paraître devant ses pairs ; la pression de l’environnement est alors extrême. Peut-être plus qu’à aucune autre époque, le corps des officiers n’a montré une telle homogénéité de pensée et de comportement, qui explique également en partie les réactions militaires à l’affaire Dreyfus. Mais comment ne pas remarquer, aussi, que cette sorte d’exaltation, jugée aujourd’hui excessive, permettra de tenir dans les épreuves à venir qui nous paraissent, maintenant, au sens propre, insupportables !

Question : Vous traitez rapidement de "l'armée coloniale" à partir de la page 236 et vous évoquez ensuite Mangin et la "Force noire". Dans le contexte politique, militaire et budgétaire du temps, que pensez-vous de la nature et de la réalité des difficultés auxquelles se heurteront non seulement Mangin pour l'Afrique noire, mais aussi les promoteurs de la "Force jaune" (Pennequin) ou de "l'armée arabe", qui ne verra jamais le jour en Afrique du Nord ?

Réponse : Les difficultés des promoteurs de la Force noire, jaune ou de l’armée arabe à faire admettre leurs arguments sont un peu les mêmes. Mangin, grand colonial africain, fait le constat que la France est un pays qui se dépeuple ; le premier chapitre de son ouvrage s’appelle « Le dépeuplement de la France » et un bon tiers se résume à une étude démographique et économique sérieusement documentée. Rappelons également que le livre sort en 1910 alors que la durée du service militaire est de deux ans, bien qu’on commence à s’interroger sur sa prolongation à trois. En fait, Mangin constate que les effectifs fournis par la conscription ont commencé (et continueront) à diminuer alors même que nombre de recrues sont incorporées malgré un état sanitaire déficient ; or, en face, l’armée allemande a pléthore d’effectifs qu’elle peut même se permettre de ne pas utiliser totalement. D’où l’idée d’utiliser les ressources démographiques de l’Empire, et, pour Mangin, les populations de race noire de l’Afrique centrale, notamment les Sénégalais, qu’il a appris à connaître et à apprécier au cours de ses campagnes. Mais il s’agit, dans son esprit, de recruter uniquement des volontaires sous forme d’engagement (ce qui existe déjà) en multipliant les centres de recrutement pour toucher un plus grand nombre de volontaires et de renforcer l’attractivité du salaire, surtout par la perspective d’une retraite (récemment créée pour les troupes noires). L’idée est aussi de remplacer par ces troupes noires, en Afrique du Nord, les recrues d’origine nord-africaine et française, qui, elles, seraient engagées en Europe au titre de la couverture. Ce projet ne vise donc pas à transporter directement à la frontière française des troupes africaines de race noire ; ce ne serait le cas que lors d’une guerre européenne. Plusieurs oppositions se manifestent, celle des colons peu enclins à accepter de voir une population autochtone, peu sûre, recevoir une instruction militaire susceptible de favoriser un jour les rébellions par les armes (c’est le même argument qui fut employé pour refuser les tentatives du général Pennequin de créer une Force jaune en Indochine en 1912, puis en 1915). La peur du mélange des races, que Mangin met beaucoup d’ardeur à minimiser, inquiète ainsi que le stationnement de troupes accompagnées par les femmes et les enfants ; « Madame Tirailleur » et les « négrillons » effraient ! Enfin il y un coût, surtout pour les retraites, difficilement évaluable. L’emploi de la Force noire, telle qu’elle existera quelques années plus tard, trouvera rapidement ses limites et les Africains, soumis aux rudesses du climat européen, seront rapidement décimées par la maladie, notamment lors de l’offensive Nivelle en 1917 au Chemin des Dames. Finalement c’est une tentative de créer à moindre frais un embryon d’armée de métier, tentative qui refleurira avant la seconde guerre mondiale.

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Question : Dans le tome 2, toujours au sujet de Mangin et au regard des archives dites "de Moscou" relatives à l'armée du Rhin, comment voyez-vous le rôle (et l'implication jusqu'à quel niveau) du commandement des troupes françaises en occupation en Allemagne dans la question de la "république rhénane" des années 1920 ?

Réponse : Il est évident que les militaires français, Mangin, Fayolle, Gérard, puis Degoutte premier Commandant de l’Armée française du Rhin, faute de pouvoir porter sur les fronts baptismaux un état rhénan, dont les alliés anglo-saxons ne voulaient à aucun prix, ont tout fait pour favoriser l’émergence et la vie de mouvements, au moins autonomistes et, sans que Foch, commandant des forces alliées d’occupation, fidèle à sa position constante de rester au Rhin, n’y trouve grand-chose à redire. Il avait d’ailleurs créé avec Tirard (Président de la Haute Commission Interalliée des Territoires Rhénans) et la complicité, discrète mais bien réelle du gouvernement français, y compris celle de Clemenceau, l’ossature administrative et financière qui aurait pu servir à l’autonomie des provinces rhénanes. Mais les militaires n’avaient pas les moyens, à eux seuls, de leur politique et, qui plus est, ils appuyaient des poulains différents qui ne s’entendaient pas entre eux (Dorten et Haas). Il aurait fallu envoyer des signaux aux populations rhénanes, par exemple les dispenser du paiement des réparations, ce que seul un gouvernement pouvait faire. Les liens économiques avec le reste de l’Allemagne restaient très forts, ainsi les caisses de retraite étaient à l’Est du Rhin et tout éclatement de l’unité allemande semblait à beaucoup de Rhénans un saut dans l’inconnu. Il y avait bien dans les troupes d’occupation françaises en Allemagne une volonté délibérée de tout faire pour « libérer » la Rhénanie des griffes de la Prusse et la ramener dans son état d’avant 1814 (où on découvre la pesanteur des schémas du 19e siècle !). Le projet rédigé par l’Etat- major en 1916, sous la houlette de Joffre, prévoyait explicitement le démembrement de l’Empire allemand et le retour dans le jeu international « des Allemagne », notamment la Bavière avec laquelle nous avions toujours conservé des relations diplomatiques ! En fait l’autonomie (relative !) de la Rhénanie attendra vingt-cinq ans et les Alliés, en 1945, retrouveront le docteur Konrad Adenauer qui, dès 1918-1919, avait lancé à Cologne son projet de création d’un Land rhéno-westphalien à l’intérieur du Reich ; il deviendra le premier Chancelier de la nouvelle Allemagne de l’après-deuxième guerre mondiale. 

Question : Concernant la création d'un ministère et d'une armée de l'Air au début des années 1930, et le livre fondateur de Douhet n'ayant pas été intégralement traduit en français mais étant uniquement connu par des articles de presse, peut-on effectivement considérer que la priorité accordée au bombardement stratégique par les nouvelle autorités aériennes n'est qu'une posture politique pour "couper le cordon" avec l'armée de terre ?

Réponse : Oui certainement ; si on veut démontrer sa différence, il faut s’en donner les moyens et le livre de Douhet vient à point pour fournir des arguments à des aviateurs impatients de prouver (au moins d’argumenter) ce qu’ils pouvaient faire par eux-mêmes et, donc, de couper le cordon avec l’armée de terre. Ce n’est pas qu’une posture puisque la deuxième guerre mondiale montrera ce dont était capable le bombardement stratégique, « l’aviation réservée » dans le jargon de 1930, même si les résultats obtenus n‘ont pas été, et de loin, à la hauteur des espérances. A noter cependant que l’armée de l’air française n’a pas développé cette aviation réservée dont elle expliquait à qui voulait l’entendre que ce besoin justifiait sa création. Il y a donc, aussi, un peu de gesticulation mais d’autres raisons expliquent l’abandon : priorité à la chasse, état calamiteux de l’industrie aéronautique, financements insuffisants et aussi parce qu’elle s’était empressée de passer la mission à la Royal Air Force qui a toujours « cru », elle, en ses mérites. Douhet n’a pas « frappé » partout et notamment pas en Allemagne. Paradoxalement les Allemands ont fait l’impasse sur l’aviation réservée en reportant tous leurs moyens sur l’aviation de coopération (sous entendu avec l’armée de terre) dont le Stuka JU 87 a été le plus éminent et le plus éphémère représentant. Dès 1941, après la Bataille d’Angleterre, le Stuka sera retiré des fronts de l’Ouest ; sa vulnérabilité en fait une cible trop facile pour la chasse alliée. Il sera remplacé par le Jabo, chasseur-bombardier, beaucoup plus apte à appuyer les troupes au sol et, en même temps, à se défendre quand il aura largué ses bombes ou, plus tard, ses roquettes.

Merci pour ces développements. Les amateurs d'histoire militaire trouveront dans vos ouvrages beaucoup d'informations et de nombreux éclaircissements. A très bientôt sans doute.

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19 juin 2012 2 19 /06 /juin /2012 07:05

Dans l'atelier de l'historien contemporanéiste

François Rosart et Guy Zelis (dir.)

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Un ouvrage curieux, mais particulièrement riche en réflexions sur ce si particulier "métier" d'historien, paru aux éditions Academia (Belgique).

Dans ce petit livre tout-à-fait original, treize enseignants en histoire contemporaine de l’université catholique de Louvain (histoire du droit, histoire de l’éducation, histoire religieuse, etc.) à la retraite retracent leurs parcours, expliquent pourquoi ils sont devenus professeurs, comment ils ont conduit leur enseignement, quels ont été et sont leurs axes de recherche, etc. Il faut toutefois se souvenir que ces enseignants ont été en activité il y a parfois de longues années, et que "le temps n'a pas suspendu son vol", l'histoire ne s'est pas arrêtée, les étudiants et la vie des universités ont profondément évolué.

Ces textes sont essentiellement la retranscription d’interventions orales, de témoignages, articulés autour de quelques points clefs, presque toujours présents : d’où vient une « vocation » d’historien et quelle place cette matière a-t-elle tenu dans leur vie ? Quels ont été les points forts de leur formation, dont ils gardent le souvenir et quelles ont été leurs rencontres marquantes ? Quelle place a tenu la recherche dans leur parcours professionnel et de quelle publication se souviennent-ils plus nettement ? Un dernier point revient régulièrement, assez logique dans une université clairement identifiée comme catholique : celui de l’engagement social, politique ou culturel, ce qui vaut de longs paragraphes sur les conciles, Vatican, les œuvres caritatives ou l’enseignement religieux. Au bilan, le nombre des intervenants, la qualité des textes, la pertinence des idées évoquées permettent de former un volume très intéressant, même si certaines communications plairont aux uns plus qu'aux autres.

Relevons rapidement, au fil des pages, quelques témoignages, marqués du style de l'expression orale puisqu'il s'agit d'interventions dans des séminaires : « En Histoire, j’ai appris à faire de la bonne histoire. Pas une histoire positiviste ou rationaliste ou fonctionnaliste ou marxiste. Simplement une histoire qui reproduit ce qui s’est passé » (Rudolf Rezsohazy) ; « Se donner un petit atelier d’historien suppose certaines conditions dont on ne parle guère : 1. Une santé, pour vous et les vôtres éventuellement, qui vous permette de soutenir longtemps votre effort. 2. Des ressources suffisantes, tant que la carrière n’est pas assurée. 3. Dans une vie de couple, une conjointe ou un conjoint compréhensif et des enfants qui puissent l’être aussi, le cas échéant » (Hubert Watelet) ; « La rigueur intellectuelle m’a toujours paru être l’exigence et la condition première de tout travail d’historien » (Michèle Libon).

Pour chaque intervenant, en quelques pages, un résumé « d’égo-histoire » qui peut intéresser tout chercheur en sciences sociales et, pourquoi pas, faciliter la réflexion initiale d’un candidat à l’habilitation à diriger des recherches !

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4 mai 2012 5 04 /05 /mai /2012 08:05

L'armée française pour les Nuls

Dominique Lormier

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La célébrissime collection "... pour les Nuls" compte déjà plus dee 90 titres et s'intéresse aujourd'hui, après Jeanne d'Arc, Louis XIV ou la Première Guerre mondiale, à L'Armée française, des origines à nos jours. Selon le shéma généralement retenu pour ces volumes, l'ouvrage est très clairement séquencé en parties identifiées, regroupant au total 22 chapitres et quelques annexes pour "balayer" l'ensemble des thèmes et sous-thèmes. Comme de coutume dans la collection, le texte courant est ponctué d'encarts (qui précisent tel ou tel point particulier) et d'icones visuelles en marge (qui soulignent certains paragraphes : anecdotes, détails chiffré, date clef, etc.).

Il est possible d'aborder ce livres à partir de deux points de vue : celui de l'historien et celui du simple curieux.

Dans le premier cas (mais précisons immédiatement qu'il ne constitue pas l'objectif de l'éditeur et de l'auteur), plusieurs observations s'imposent. Par un étonnant anachronisme, Dominique Lormier consacre ses premiers chapitres aux "Gaulois, Romains et Francs" (chap. 3), siècles durant lesquels la France est encore bien loin d'exister (de même l'annexe A "Les grandes dates de l'armée française" commence en ... 390 av. J.-C. avec l'occupation de Rome par Brennus !) ; et au "Temps des chevaliers : les armées féodales" (chap. 4), dont l'une des premières caractéristiques est justement qu'elles ne sont pas des armées nationales permanentes et époque où le roi lui-même est parfois bien loin d'être le plus puissant des seigneurs. "Les réformes militaires de Charles VII", et l'institution de la première armée permanente, qui constituent en quelque sorte "l'acte de naissance officiel" de l'armée française, sont par contre traitées au détour d'un chapitre en un peu plus d'une page. Plus généralement, les événements sont souvent présentés de façon très "positive" et le vocabulaire employé multiplie les qualificatifs élogieux "décisif", "hégémonie", "victoire", "incroyable", "héroïsme", "puissance", etc. Bref, une vision très franco-centrée, classique de l'armée française qui bat les Prussiens à Valmy en 1792 et "sauve les Britanniques" en 1918. Une impression d'image d'Epinal bien lisse, que confirme le chap. 14 ("Ne pas baisser la garde : les effectifs et l'organisation") relatif à l'armée d'aujourd'hui et qui ne porte aucune appréciation sur les évolutions de l'outil militaire ces dernières années. Un peu comme l'obéissance était définie dans les anciens réglements comme "sans hésitation ni murmure", nous assistons au défilé d'une armée française "virtuelle" progressant de toute éternité derrière Vercingétorix sur les chemins de la gloire... D'ailleurs, le premier volume cité dans le dernier chapitre, "L'armée française en dix oeuvres" d'art, est le livre éponyme du général Weygand.

Ceci étant dit, et ce devait l'être, plaçons nous sous l'angle du "curieux", de l'amateur, et constatons que l'ouvrage témoigne alors de très nombreux points extrêmement positifs.

Il est, tout d'abord, extrêmement bien mis en page et présenté, rédigé d'une plume alerte, ce qui en rend la lecture aisée et agréable. L'utilisation fréquente des icones visuelles permet de mettre en relief facilement certains passages et "scande" littéralemment le texte courant. Sur le fond, le volume est particulièrement riche en informations détaillées et chiffrres précis, qui font de l'ensemble un véritable outil de référence rapide. Par ailleurs, des "gros plans" précisent très utilement certaines périodes ou certains événements dont le souvenir s'est en grande partie estompé, comme les "Onze guerres d'Italie" qui se succèdent entre 1494 et 1559 ou "L'âge d'or de la marine française" à la veille de la Révolution. Par ailleurs, le dernier chapitre de cette histoire, très descriptif et informatif, fournit de bonnes références sur les possibilités de "Faire carrière au service de la France" aujourd'hui (recrutement). Enfin, à partir de la page 319, Dominique Lormier a la bonne idée de présenter certains sujets ou thèmes par grandes "séries" de dix exemples : les dix grandes batailles, les dix chefs militaires de légende, les dix décorations militaires, les dix théâtres d'opérations, etc. On relève également dans les annexes un très utile index des sigles et abréviations ainsi qu'un index complet des noms propres.

Alors, qu'en penser ? Finalement, le premier mouvement passé, il faut sans doute faire abstraction de ce que l'on sait déjà sur la question pour se placer du point de vue de l'auteur et de l'éditeur : une synthèse, une présentation générale documentée. De ce point de vue, le challenge (difficile) est réussi et chacun trouvera dans ce volume matière soit à compléter pour telle ou telle période ses connaissances, soit à y découvrir l'une des plus importantes institutions régaliennes dont les racines (parfois bien lointaines et indirectes) plongent dans notre passé commun. A lire (par plaisir) et à conserver (comme outil de référence).

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13 avril 2012 5 13 /04 /avril /2012 08:15

Pierre Chaunu, historien

Jean-Pierre Bardet, Denis Crouzet et Annie Molinié-Bertrand (Dir.)

  Couverture-de-l-ouvrage--Pierre-Chaunu---Historien-copie-1.jpg

Ce livre collectif d'hommages est dédié à Pierre Chaunu, indiscutablement l'un des historiens les plus brillants de sa génération. Mais il n'est pas, loind de là, qu'un simple "rappel" de ce que fut sa carrière et son oeuvre.

Au fil des quelques 23 contributions qui scandent ce volume, organisées en grandes thématiques ("Perspectives et méthodes", "Le monde ibérique : l'océan et l'Amérique", "La vie, la mort, la foi", "Pierre Chaunu entre parole et écrit"), ceux qui ne l'ont pas connu peuvent se faire une idée précise de l'homme, de ses qualités et de ses idées. On connaît les grands ouvrages de Pierre Chaunu sur l'Espagne, Charles Quint, les Amériques, et l'on sait l'importance qu'il accordait à la civilisation européenne dans l'histoire du monde. Egalement promoteur de l'histoire quantitative et spécialisé sur les évolutions de la population dans le temps long, il est devenu chroniqueur régulier d'un grand quotidien et n'a cessé d'alerter contre l'effondrement démographique, véritable "autogénocide" : "La chute de la fécondité, même si elle est moins accusée [en France] qu'en Allemagne ou en Italie, est en train de faire de nos malhjeureuses patries des collectivités vieillies, repliées sur elle-même, incapables d'intégrer les flux migratoires qui montent du tiers monde et, par fécondité différentielle, nous submergent". Historien engagé, Pierre Chaunu pouvait lancer des ponts entre les siècles et les continents, tant il maîtrisait intellectuellement, dans le détail comme dans leurs grandes ruptures, l'histoire des sociétés, des Etats, des cultures.

En nous proposant de retrouver dans le détail cet héritage intellectuel, en nous invitant à redécouvrir les textes originaux et en nous présentant l'homme dans sa complexité, les amis et les élèves de Pierre Chaunu font oeuvre très utile.

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  • : Guerres et conflits XIXe-XXIe s. se fixe pour objectif d’être à la fois (sans prétendre à une exhaustivité matériellement impossible) un carrefour, un miroir, un espace de discussions. Sans être jamais esclave de la « dictature des commémorations », nous nous efforcerons de traiter le plus largement possible de toutes les campagnes, de tous les théâtres, souvent dans une perspective comparatiste. C’est donc à une approche globale de l’histoire militaire que nous vous invitons.
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Cafés historiques de La Chouette

Prochaine séance : pour la rentrée de septembre. Le programme complet sera très prochainement mis en ligne.

Publications personnelles

Livres

 

doumenc-copie-1.jpgLa Direction des Services automobiles des armées et la motorisation des armées françaises (1914-1918), vues à travers l’action du commandant Doumenc

Lavauzelle, Panazol, 2004.

A partir de ma thèse de doctorat, la première étude d’ensemble sur la motorisation des armées pendant la Première Guerre mondiale, sous l’angle du service automobile du GQG, dans les domaines de l’organisation, de la gestion et de l’emploi, des ‘Taxis de la Marne’ aux offensives de l’automne 1918, en passant par la ‘Voie sacrée’ et la Somme.

 

La mobilisation industrielle, ‘premier front’ de la Grande Guerre ? mobil indus

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2005 (préface du professeur Jean-Jacques Becker).

En 302 pages (+ 42 pages d’annexes et de bibliographie), toute l’évolution industrielle de l’intérieur pendant la Première Guerre mondiale. Afin de produire toujours davantage pour les armées en campagne, l’organisation complète de la nation, dans tous les secteurs économiques et industriels. Accompagné de nombreux tableaux de synthèse.

 

colonies-allemandes.jpgLa conquête des colonies allemandes. Naissance et mort d’un rêve impérial

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2006 (préface du professeur Jacques Frémeaux).

Au début de la Grande Guerre, l’empire colonial allemand est de création récente. Sans continuité territoriale, les différents territoires ultramarins du Reich sont difficilement défendables. De sa constitution à la fin du XIXe siècle à sa dévolution après le traité de Versailles, toutes les étapes de sa conquête entre 1914 et 1918 (388 pages, + 11 pages d’annexes, 15 pages de bibliographie, index et cartes).

 

 caire damasDu Caire à Damas. Français et Anglais au Proche-Orient (1914-1919)

 14/18 Editions, Saint-Cloud, 2008 (préface du professeur Jean-Charles Jauffret).

Du premier au dernier jour de la Grande Guerre, bien que la priorité soit accordée au front de France, Paris entretient en Orient plusieurs missions qui participent, avec les nombreux contingents britanniques, aux opérations du Sinaï, d’Arabie, de Palestine et de Syrie. Mais, dans ce cadre géographique, les oppositions diplomatiques entre ‘alliés’ sont au moins aussi importantes que les campagnes militaires elles-mêmes.

 

hte silesieHaute-Silésie (1920-1922). Laboratoire des ‘leçons oubliées’ de l’armée française et perceptions nationales

‘Etudes académiques », Riveneuve Editions, Paris, 2009.

Première étude d’ensemble en français sur la question, à partir du volume de mon habilitation à diriger des recherches. Le récit détaillé de la première opération civilo-militaire moderne d’interposition entre des factions en lutte (Allemands et Polonais) conduite par une coalition internationale (France, Grande-Bretagne, Italie), à partir des archives françaises et étrangères et de la presse de l’époque (381 pages + 53 pages d’annexes, index et bibliographie).

 

cdt armee allde Le commandement suprême de l’armée allemande 1914-1916, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général von Falkenhayn 

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Le texte original de l’édition française de 1921 des mémoires de l’ancien chef d’état-major général allemand, accompagné d’un dispositif complet de notes infrapaginales permettant de situer les lieux, de rappeler la carrière des personnages cités et surtout de comparer ses affirmations avec les documents d’archives et les témoignages des autres acteurs (339 pages + 34 pages d’annexes, cartes et index).

 

chrono commChronologie commentée de la Première Guerre mondiale

Perrin, Paris, 2011.

La Grande Guerre au jour le jour entre juin 1914 et juin 1919, dans tous les domaines (militaire, mais aussi politique, diplomatique, économique, financier, social, culturel) et sur tous les fronts. Environ 15.000 événements sur 607 pages (+ 36 pages de bibliographie et d’index).

 

 Les secrets de la Grande Guerrecouverture secrets

Librairie Vuibert, Paris, 2012.

Un volume grand public permettant, à partir d’une vingtaine de situations personnelles ou d’exemples concrets, de remettre en lumière quelques épisodes peu connus de la Première Guerre mondiale, de la question du « pantalon rouge » en août 1914 à l’acceptation de l’armistice par von Lettow-Vorbeck en Afrique orientale, après la fin des hostilités sur le théâtre ouest-européen.

 

Couverture de l'ouvrage 'Mon commandement en Orient'Mon commandement en Orient, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général Sarrail

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2012

Le texte intégral de l'édition originale, passé au crible des archives publiques, des fonds privés et des témoignages des acteurs. Le récit fait par Sarrail de son temps de commandement à Salonique (1915-1917) apparaît véritablement comme un exemple presque caricatural de mémoires d'autojustification a posteriori

 

 

Coordination et direction d’ouvrages

 

Destins d’exception. Les parrains de promotion de l’Ecole Spéciale Militaire de Saint-Cyr

SHAT, Vincennes, 2002.

Présentation (très largement illustrée, 139 pages) des 58 parrains qui ont donné leur nom à des promotions de Saint-Cyr, entre la promotion « du Prince Impérial » (1857-1858) et la promotion « chef d’escadrons Raffalli » (1998-2001).

 

fflLa France Libre. L’épopée des Français Libres au combat, 1940-1945

SHAT, Vincennes et LBM, Paris, 2004.

Album illustré présentant en 191 pages l’histoire et les parcours (individuels et collectifs) des volontaires de la France Libre pendant la Seconde guerre mondiale.

 

marque courageLa marque du courage

SHD, Vincennes et LBM, Paris, 2005.

Album illustré présentant en 189 pages l’histoire des Croix de Guerre et de la Valeur Militaire, à travers une succession de portraits, de la Première Guerre mondiale à la Bosnie en 1995. L’album comporte en annexe une étude sur la symbolique, les fourragères et la liste des unités d’active décorées.

 

  90e anniversaire de la Croix de guerre90-ANS-CROIX-DE-GUERRE.jpg

SHD, Vincennes, 2006.

Actes de la journée d’études tenue au Musée de l’Armée le 16 novembre 2005. Douze contributions d’officiers historiens et d’universitaires, français et étrangers, de la naissance de la Croix de guerre à sa perception dans la société française, en passant les décorations alliées similaires et ses évolutions ultérieures.

 

france grèceLes relations militaires franco-grecques. De la Restauration à la Seconde guerre mondiale 

SHD,Vincennes, 2007.

Durant cette période, les relations militaires franco-grecques ont été particulièrement intenses, portées à la fois par les sentiments philhellènes qui se développent dans l’hexagone (la France est l’une des ‘Puissances protectrices’ dès la renaissance du pays) et par la volonté de ne pas céder d’influence aux Anglais, aux Allemands ou aux Italiens. La campagne de Morée en 1828, l’intervention en Crète en 1897, les opérations en Russie du Sud  en 1919 constituent quelques uns des onze chapitres de ce volume, complété par un inventaire exhaustif des fonds conservés à Vincennes.

 

verdunLes 300 jours de Verdun

Editions Italiques, Triel-sur-Seine, 2006 (Jean-Pierre Turbergue, Dir.).

Exceptionnel album de 550 pages, très richement illustré, réalisé en partenariat entre les éditions Italiques et le Service historique de la Défense. Toutes les opérations sur le front de Verdun en 1916 au jour le jour.

 

DICO-14-18.jpgDictionnaire de la Grande Guerre

(avec François Cochet), 'Bouquins', R. Laffont, 2008.

Une cinquantaine de contributeurs parmi les meilleurs spécialistes de la Grande Guerre, 1.100 pages, 2.500 entrées : toute la Première Guerre mondiale de A à Z, les hommes, les lieux, les matériels, les opérations, les règlements, les doctrines, etc.

 

fochFerdinand Foch (1851-1929). Apprenez à penser

(avec François Cochet), 14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Actes du colloque international tenu à l’Ecole militaire les 6 et 7 novembre 2008. Vingt-quatre communications balayant tous les aspects de la carrière du maréchal Foch, de sa formation à son héritage dans les armées alliées par des historiens, civils et militaires, de neuf nations (461 pages + 16 pages de bibliographie).

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