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10 avril 2013 3 10 /04 /avril /2013 07:05

Prenons la route de l'Est de la France aujourd'hui, pour rencontrer un petit éditeur ayant fait le choix d'une politique de publications tout-à-fait originale.

Laurent Schang

Le Polémarque

(Nancy)

  LOGO-LE-POLEMARQUE.jpg

Question : Pouvez-vous nous présenter votre parcours personnel et comment vous en êtes venu à créer une maison d’édition ?

Réponse : Je suis venu à l’édition par étapes. J’ai fait mes premières armes en tant que directeur de publication d’une revue diffusée en librairie, laquelle s’est enrichie au bout d’un an d’un hors série au format livre, réunissant sous le titre Écrits afghans, trois merveilles de textes de Jean-Jacques Langendorf devenues introuvables. Aujourd’hui la revue a vécu mais le Polémarque poursuit son petit bonhomme de chemin. Avant cela j’avais déjà commis quelques livres et publié bon nombre d’articles, une activité que je continue de mener en parallèle. Quand on est un passionné, on édite toujours ce qu’on a envie de lire soi-même. Dans mon cas, ce sont des livres traitant d’histoire militaire, de tactique et de stratégie. La formule associative, plus souple, moins contraignante en termes de gestion financière et de gestion des stocks, m’a permis de trouver assez vite mon équilibre. Un bon infographiste, un bon imprimeur, un bon webmestre et le tour est joué. Quatre-vingt dix pour cent des ventes du Polémarque se font en ligne. Là aussi ma vie d’éditeur en est grandement facilitée.

Question : Quels sont les axes de votre politique éditoriale et comment sélectionnez-vous les manuscrits que vous publiez ?

Réponse : L’ambition n’a pas dévié, elle figure toujours bien en vue sur la page de garde du site Internet : « POLÉMARQUE : dans l’Antiquité grecque, magistrat militaire, commandant en chef des armées élu par les citoyens (polémarkhos = chef de guerre). / Manuels tactiques, traités de stratégie, histoires de soldats : / livre après livre, Le Polémarque resserre les liens distendus entre le lecteur et l’esprit de défense. / Parce que le citoyen, c’est d’abord celui qui porte un fusil ! / » Cela s’est traduit jusqu’ici de deux manières : par la mise à disposition des lecteurs de textes inédits ou devenus rarissimes à portée pratique (Frick, Rommel) et par la publication d’essais volontiers novateurs, quand ce n’est pas hétérodoxes (Waroch, Wicht). Le Polémarque va continuer sur sa lancée, tantôt exhumant des textes enfouis qui n’ont rien perdu de leur valeur (Jomini, von Dach, Sanguinetti), tantôt donnant la parole à des chercheurs aux points de vue originaux. Les actes du colloque « Conflits en zone urbaine » de l’Institut Genevois d’Études Géopolitiques, que le Polémarque publiera en avril, devraient ainsi contenir quelques contributions, dont celle du général Desportes, pour le moins iconoclastes quant à la situation actuelle, et pas seulement en Afghanistan. 

flyer_polemarque.jpg

Question : Accordez-vous une place particulière aux jeunes chercheurs ?

Réponse : Votre question tombe à point nommé ! J’en profite donc pour vous annoncer la parution imminente aux Éditions le Polémarque de Comment l’Occident pourrait gagner ses guerres de Pierre-Marie Léoutre. Lieutenant de gendarmerie passé par l’École de l’Air en 2006, P-M Léoutre n’a pas trente ans. À mon sens, le Polémarque est la structure éditoriale idéale pour ce genre de publication, brève (une centaine de pages) et pertinente. D’autres projets « jeunes » prennent tournure en ce moment, dont deux avec des historiens suisses à suivre, élèves de Jean-Jacques Langendorf : Nicolas Gex, spécialiste de l’antiquité romaine, et David Auberson, spécialiste des guerres du 19e siècle.  Si le Polémarque peut servir de tremplin à de jeunes chercheurs qui peinent à convaincre des maisons plus grosses, alors allons-y. Comment l’Occident pourrait gagner ses guerres concourra par exemple au prix des Experts de la gendarmerie 2013. 

Question : Quels sont vos projets de développement à court et moyen terme et comment voyez-vous l’avenir (à horizon visible) de l’édition de livres d’histoire militaire ?

Réponse : À court terme bien sûr, l’accélération du rythme des parutions et le développement du catalogue. Pourquoi pas, monter une voire deux collections, en partenariat avec un autre éditeur ou dirigée par un bon connaisseur du sujet ? 2014 verra déferler les ouvrages sur la Première Guerre mondiale, centenaire oblige, et le Polémarque ira de sa petite contribution avec deux rééditions commentées. À moyen terme, peut-être le passage par un diffuseur quoique je ne sois pas pleinement convaincu des avantages de cette démarche pour une structure de la taille du Polémarque. L’objectif, partagé par tous les éditeurs, reste le même : obtenir une meilleure visibilité en librairie. J’ai aussi dans l’idée d’ouvrir une section open source sur le site du Polémarque, où viendraient se loger des « curiosités ». Le choix est infini : manuels illustrés de close combat des années cinquante, recueil d’articles du général von Seeckt, traductions diverses, etc., etc. Pour ce qui est de la deuxième partie de votre question, sans prétendre rivaliser avec le monde anglo-saxon, je crois que l’avenir de l’édition militaire en France est assuré, tant par le sentiment grandissant de « bellicisation » des relations internationales (voyez le succès des atlas géopolitiques) que par le retour en grâce, mais peut-être est-ce lié, de l’histoire-guerre, même timide, à l’université. Après tout, ne dit-on pas que la guerre est l’ultime forme de commerce entre les hommes ?

infanterie-attaque.jpg

Question : Votre catalogue ne cesse de s’enrichir, jusqu’aux droits que vous avez obtenus sur le dernier van Creveld ! Une autre info relayée sur le Net annonce la prochaine parution au Polémarque des Œuvres complètes du major Fuller. Où donc le Polémarque s’arrêtera-t-il ?

Réponse : C’est une boutade bien sûr mais il est vrai que j’aspire, dans la limite de mes moyens, à faire du Polémarque une édition de référence. Pas par le nombre des publications, juste par la qualité des livres proposés. Que le petit personnage qui orne les couvertures devienne une sorte de label. « Notre route est droite, mais la pente est forte », comme dirait l’autre !

Merci pour toutes ces précisions, ces annonces alléchantes et ce dynamisme. A très bientôt.

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3 avril 2013 3 03 /04 /avril /2013 06:50

Une halte à Paris dans notre tour de France des maisons d'édition, avec la présentation d'une petite société spécialisée en particulier sur les témoignages relatifs aux conflits les plus récents, chose toujours rare et apprécié par les historiens.

François de Saint-Exupéry

  Editions Nimrod

NIMROD_LOGO_03.jpg Question : Pouvez-vous nous présenter l'origine de votre maison d'édition et ses principaux axes éditoriaux ?

Réponse : À l’origine ? La crise de la quarantaine et l’envie de faire quelque chose qui m’intéressait plus que mon activité précédente… Mais sans doute aussi un environnement familial avec un grand-père colonel ayant effectué la campagne de Tunisie dans les Chasseurs d’Afrique avant de débarquer en Provence et de poursuivre sur l’Allemagne. Ou un oncle dans les Troupes de Marine, fait prisonnier en tant que jeune lieutenant à Cao-Bang avant d’être libéré 4 ans plus tard pour finir Chef de corps du 1erRPIMa. Sans oublier un autre oncle, pilote de chasse sur Jaguar, etc. A chaque fois, de très fortes personnalités, mais une frustration immense de ne pas arriver à savoir véritablement ce qu’ils avaient vécu. Nimrod est donc né de la volonté de s’intéresser à ces anonymes qui ont des parcours souvent exceptionnels et au travers desquels il est possible d’appréhender l’Histoire par le prisme humain. Le titre du livre de Pierre Darcourt que nous avons publié, « L’honneur et le sang », prix Erwan Bergot de l’armée de terre en 2012, résume parfaitement ce que nous souhaitons éditer.

Question : Votre catalogue compte de nombreux ouvrages traduits de l'anglais : comment sélectionnez-vous vos manuscrits ? Accordez-vous une place particulière aux jeunes auteurs ?

Réponse : Nous avons initié notre catalogue avec des traductions de récits autobiographiques anglais ou américains, car les anglo-saxons témoignent beaucoup plus facilement d’expériences vécues contemporaines. Parallèlement à ces traductions, nous nous sommes mis en quête de récits français. Il nous a fallu attendre plus de 3 ans pour publier un premier témoignage français, celui du colonel Jean Sassi (Opérations spéciales, 20 ans de guerres secrètes) qui a mené une vie extraordinaire, et encore 3 ans de plus pour publier un récit français sur des événements plus récents, celui du sergent Yohann Douady (D’une guerre à l’autre). Le colonel Sassi était-il un jeune auteur ? Il avait 91 ans lorsque nous avons mis son livre en chantier, mais il n’en était pas moins un jeune auteur puisqu’il s’agissait de son premier livre. À l’inverse, le sergent Yohann Douady n’a que 31 ans aujourd’hui. L’âge importe peu. C’est l’histoire vécue qui nous intéresse, plus que l’âge de l’auteur ou sa bibliographie. Il ne faut pas nécessairement que celui-ci sache très bien écrire puisqu’il y a parfois un travail d’accompagnement. Il faut surtout qu’il sache raconter et qu’il ait une bonne mémoire.

Quant aux auteurs, certains entrent en contact avec nous par un simple mail. Il y en a d’autres que nous identifions car nous savons qu’ils ont vécu une expérience intéressante et nous cherchons à les convaincre de l’écrire ou de la raconter, comme cela s’est produit avec l’adjudant-chef Saulnier qui a passé 34 ans à la Légion étrangère, depuis Kolwezi jusqu’à l’Afghanistan (Une vie de légionnaire). Cela peut prendre deux ou trois ans avant que le projet n’aboutisse et il faut savoir être patient. Mais quel plaisir d’avoir apporté un nouvel éclairage sur le coup de force japonais en Indochine avec Pierre Darcourt, d’avoir fait découvrir les Jedburghs, la Force 136 et les maquis du GCMA avec les témoignages du colonel Jean Sassi et du Prince Michel de Bourbon-Parme, ou encore les conflits en Côte d’Ivoire et en Afghanistan avec le sergent Douady. Ce sont à chaque fois des rencontres exceptionnelles, mais aussi la possibilité de témoigner des sacrifices et du courage des anonymes héroïques que sont les militaires.

Legion_Portraits_Small.jpg

(à paraître)

Question : Dans le contexte globalement morose de l'édition aujourd'hui, comment envisagez-vous l'avenir à court et moyen termes ? Quels sont vos principaux projets de développement ?

Réponse : Très honnêtement, nous ne savons jamais vraiment de quoi sera faite l’année à venir. Nous lisons plus d’une centaine de livres anglo-saxons chaque année pour en retenir deux ou trois et nous travaillons parallèlement sur des projets de récits autobiographiques français qui peuvent déboucher à échéance d’un an ou deux, ou jamais... Mais il y toujours la possibilité d’un mail ou d’une rencontre pouvant amener un projet concret qui viendrait s’intercaler dans notre planning. D’une manière générale, notre horizon de travail est plutôt de 9 mois.

À court terme, nous publierons un beau livre photos et textes comme cela nous arrive de temps à autre. Il s’agit en l’occurrence d’un ouvrage de 3 kg consacré à des portraits de légionnaires. Le photographe, Jean-Baptiste Degez, avait entamé son travail il y a 5 ans déjà ! Et en juin prochain, nous publierons ce que nous considérons comme le premier vrai témoignage d’un pilote de chasse français depuis le récit de Pierre Clostermann qui était paru en 1948 ! Nous aurons également quelques belles surprises à l’automne, dont un récit français et des témoignages anglo-saxons.

Question : Le récent salon du livre de la Porte de Versailles accordait une place importante à l'édition électronique et aux e-books, or il semble que ceux-ci ne connaissent qu'une croissance relativement marginale en France par rapport aux pays anglo-saxons. Quelle est votre politique en la matière ?

Réponse : Nous nous y intéressons, mais d’un œil distant. Un livre est peut-être lourd et parfois volumineux, mais il ne tombe jamais en panne et ne nécessite aucune mise à jour. Et quel plaisir que d’avoir une belle bibliothèque chez soi !

GUERRE_DU_CIEL_Small.jpg(à paraître)

 Question : Pensez-vous que la source de témoignages français puisse éventuellement se tarir ?

Réponse : 99,9% des écrits militaires français (j’exagère sans doute) sont des livres d’histoire, des livres doctrinaires sur la tactique, la stratégie ou des livres dédiés aux histoires des régiments, des uniformes... En France, les vrais témoignages militaires rédigés à la première personne sont encore rares bien que notre histoire soit très riche en expériences vécues. Que ce soit sur l’Indochine ou l’Algérie, je suis persuadé - en tout cas, j’espère ! - que l’on peut encore trouver des témoins de ces conflits qui accepteraient de partager leur vécu. Un de nos grands regrets reste de n’avoir pas réussi à convaincre le commandant Roger Faulques de partager ses souvenirs. Une page d’histoire s’est éteinte avec lui... Quant aux conflits plus contemporains, il y a quantité de sujets à aborder. Il manque toujours le récit des opérations du 11e Choc en Algérie, ou celui de la prise d’otage de Loyada en 1976. Que sait-on des combats français à Mogadiscio en 1993 ? Quelles ont été les histoires des soldats français déployés au Liban ? En ex-Yougoslavie ? En Côte d’Ivoire ? Au Rwanda ? En Libye ? Les trois ou quatre récits biographiques parus sur l’Afghanistan suffisent-ils réellement à rendre hommage aux actions des Français menées dans ce pays ? Qui étaient et que sont devenus les hommes d’Uzbeen ? Les accrochages très sérieux qui se produisent actuellement au Mali donneront-ils lieu plus tard à des témoignages ? Et demain, en Centrafique ?

Ecrire un témoignage n’est pas se vanter ou se mettre en avant, mais simplement chercher à faire comprendre ce que peut être la réalité du terrain sur un plan humain et opérationnel - souvent à des années lumière des clichés ou de ce que peut imaginer le citoyen. Le devoir de réserve est important, mais à l’heure d’Internet et de la fulgurance de l’information, le devoir de mémoire l’est parfois encore plus et il ne peut exister que sous la forme d’un livre. Ces témoignages qui reflètent la réalité du terrain sont d’autant plus importants que l’avenir de l’armée peut paraître bien sombre au regard des informations circulant sur le prochain livre blanc.

Merci beaucoup pour cette quasi-profession de foi d’éditeur, bon courage et plein sucès dans vos entreprises !

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Published by guerres-et-conflits - dans Présentation d'un éditeur
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23 mars 2013 6 23 /03 /mars /2013 07:00

Reprenons notre rubrique "Présentation d'un éditeur", afin d'aider à mieux faire connaître une jeune maison, créée en 2011, dont les animateurs ne manquent ni de projets, ni d'ambition. On appréciera en particulier leurs choix d'auteurs (cf. deuxième question) et leur politique éditoriale (voir par exemple nos dernières recensions, Julian Corbett le 15 mars -ici-, ou Bréviaire stratégique le 7 mars -ici-).

Olivier Zajec

Editions Argos

logoArgos-copie.jpg

Question : Argos est une maison jeune dans le paysage éditorial. Pouvez-vous nous en décrire l'origine et les grands axes que vous vous êtes fixés en termes de développement ? Etes-vous adossés à un groupe plus important ?

Réponse : Merci tout d’abord de votre proposition d’interview dans le cadre de ce blog. L’idée de lancer Argos est née de la rencontre en 2011 entre trois passionnés de géopolitique, de stratégie, de défense et de relations internationales. Nous avons tous les trois à peu près le même âge, 35 ans, mais nos horizons de départ sont différents. L’un a créé depuis quelques années un groupe de presse spécialisé dans les relations internationales et la défense (Areion), l’autre une maison d’édition axée sur la culture et la spiritualité (Artège). Et je travaille pour ma part depuis dix ans dans le domaine des études stratégiques, à CEIS et à l’ISC (Institut de Stratégie et des Conflits). En fondant Argos en tant que maison d’édition indépendante, l’idée était de jouer la complémentarité entre nos parcours, notre expérience et nos visions, en faisant entendre une nouvelle voix dans un paysage certes bien « occupé »... mais où il nous semble qu’il reste de la place pour un projet innovant.

Question : Comment sélectionnez-vous vos manuscrits et pensez-vous pouvoir développer une politique active en faveur de l'édition de jeunes et talentueux auteurs qui éprouvent parfois des difficultés à se faire connaître en dépit de la qualité de leurs travaux ?

Réponse : L’objectif, au travers de nos différentes collections, est de traiter quatre univers parallèles d’une manière connectée (géopolitique, stratégie, défense et relations internationales), en donnant bien entendu la parole à des spécialistes reconnus de ces questions…mais aussi et surtout à de jeunes chercheurs. En raison de l’âge des fondateurs d’Argos, je dirais avec un peu de malice que nous avons un certain biais « générationnel »… Le but est aussi d’attirer des « plumes » civiles et militaires à parité, détail auquel nous tenons particulièrement. Les spécialistes premiers et non substituables de la dialectique stratégique, en tant que conciliation des fins politiques et des moyens militaires, ce sont bien… les militaires, une évidence parfois oubliée. Et chez ces militaires, ce sont les jeunes générations qui « encaissent » directement les ruptures de la mondialisation et des nouvelles formes de conflits. Il ne serait pas illogique de les voir disputer aux stratégistes civils, très actifs, une part du discours sur une matière qu’ils connaissent et pratiquent « directement »…Concernant les titres : pour ce qui est des spécialistes reconnus, nous passons commande d’un sujet, à notre initiative. Pour les jeunes auteurs, nous privilégions pour le moment l’examen et l’acceptation éventuelle des manuscrits finalisés qui nous sont envoyés. Nous mettons à la disposition de tous ces auteurs, militaires comme civils, un riche fonds cartographique. Et nous avons fait le choix de confier notre diffusion commerciale aux Presses Universitaires de France, un gage de qualité. Notre site, quant à lui, sera bientôt pleinement opérationnel. Argos est bien référencé à la Fnac, sur Amazon et dans de nombreuses librairies.

Bréviaire stratégique847

Question : Vous commencez à développer plusieurs collections ayant une forte tonalité d'histoire militaire. Envisagez-vous d'ouvrir prochainement de nouvelles collections sur des thématiques liées aux grandes batailles, campagnes et opérations ? Et envisagez-vous de privilégier une période chronologique plus ou moins récente ou souhaitez-vous aborder très largement tous les sujets ?

Réponse : Je vais répondre un peu longuement à votre question. Actuellement, quatre collections existent chez Argos : « HistoireS », effectivement, mais aussi« GéopolitiqueS », « StratégieS », et « Maîtres de la stratégie ». GéopolitiqueS traite l’essentiel des informations utiles sur les entités « territorialisées », pour conserver à la dénomination «géopolitique » son sens et sa cohérence, parfois galvaudés. Il s’agit bien de décrypter des « enjeux de pouvoir sur des territoires », pour reprendre la définition limpide d’Yves Lacoste. A contrario, on ne trouvera pas dans cette collection un ouvrage sur la contre-insurrection, la défense antimissiles ou les budgets de défense, ces sujets pouvant être accueillis dans la collection StratégieS, qui rassemble les thématiques transverses de défense, de politique et de sécurité. Maîtres de la Stratégie est quant à elle une véritable nouveauté dans le paysage des études stratégiques. Robert Lee, Mao Zedong, Carl von Clausewitz, Ferdinand Foch, Henri de Jomini, Turenne, Trotski, Giap, Joukov, Julian Corbett, Helmuth von Moltke… Pour la première fois, la formation, le parcours, les œuvres doctrinales et théoriques, les actions guerrières et enfin la postérité théorique et intellectuelle de ceux qui ont pensé et vécu la Guerre en tant que « fait social total » seront présentés sous une forme synthétique et accessible, formant une introduction et parfois un complément à certains travaux encyclopédiques déjà existants. Nous venons de publier un premier ouvrage de Joseph Henrotin (Julian Corbett, renouveler la stratégie maritime). Les ouvrages dont les sorties ponctueront 2013 et 2014 ont été confiés à des auteurs reconnus, comme Gérard Chaliand (Mao Zedong, stratège et chef de guerre), Jean-Jacques Langendorf (Helmuthvon Moltke, l’art prussien de la guerre), Benoît Chomel de Jarnieu (l’amiral Daveluy), et à de jeunes chercheurs, comme Christophe Béchet (Schlieffen, le stratège du point d’impact)... L’histoire militaire, quant à elle, a logiquement vocation à peupler le catalogue de la collection HistoireS. Pour le moment, les titres de cette dernière ont une forte tonalité « capacitaire » (Histoire des blindés français de Stéphane Ferrard ; Histoire de la Dissuasion nucléaire d’André Dumoulin), en raison de la disponibilité de ces textes via notre partenariat naturel avec Areion. Mais nous élargirons sans doute cette perspective à partir de 2014, en direction, effectivement, des campagnes et des opérations contemporaines. Pour le moment, il ne vous aura pas échappé que l’édition est un domaine économiquement difficile, réservé aux idéalistes…ou aux gens bien organisés. Nous avançons donc prudemment ! Et nous ferons un premier bilan dans un an.

Atlas géopo859

Question : Parmi vos premiers ouvrages, on compte plusieurs petits volumes, type "manuels" ou "synthèses générales". Est-ce un choix économique (coût unitaire du livre par exemple), ou plus "politique" (fournir des outils de référence aisément consultables) ?

Réponse : Que ce soit pour des manuels, des atlas (comme l’Atlas géopolitique mondial 2013 de 270 cartes que nous venons de publier) ou pour les ouvrages plus spécialisés, nous aimerions rester dans une fourchette de prix allant de 10 à 20 euros. Nous pensons que nous pouvons concilier un traitement approfondi, des auteurs aux cultures complémentaires, une maquette attrayante, une diffusion professionnelle et un prix compétitif. Economie des forces, concentration des efforts, liberté d’action : les principes de Foch appliqués à l’entreprise d’édition, si vous voulez…

Question : Pourquoi le choix de ces thématiques face aux difficultés du marché d'aujourd'hui ?

Réponse : Parce que la Défense est le domaine « de la vie et de la mort » des Etats, comme le rappelait Sun Zu. Et qu’en ces temps de rupture et de coupes budgétaires hâtives, il n’a jamais été aussi urgent de comprendre les enjeux et les risques que nos sociétés affrontent. En retournant aux classiques, comme le recommandait Hervé Coutau-Bégarie, et en évitant de se contenter de recopier des listes de menaces sur les powerpoints du Pentagone. Il faut que la France et l’Europe pensent par elles-mêmes. Ce sont les idées qui créent le marché, pas le contraire. C’est ce qui fonde notre pari !

Bravo pour votre enthousiasme, bon courage et plein succès pour vos projets.

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15 septembre 2012 6 15 /09 /septembre /2012 07:05

Nous reprenons nos présentations de maisons d'édition peu connues, "petites" par la surface financière, mais "grandes" mapr la passion de leurs animateurs. N'hésitez jamais, en particulier à l'occasion de vos déplacements en province, à regarder dans les librairies quelles sont les publications locales ou régionales. Il y a là de véritables trésors.

Le pas d'oiseau

Henri Taverner

(Toulouse)

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Question : Pouvez-vous nous présenter en quelques phrases l'origine et la création de votre maison d'édition ?

Réponse : Après avoir été correcteur dans la presse magazine, je décidais de me lancer dans l’édition en prenant la casquette d’auteur pour un premier livre destiné à ouvrir la porte à d’autres manuscrits. Ce livre, L’Ariège cycliste, portait en germe nos deux orientations éditoriales : l’histoire du sport et les Pyrénées. Deux orientations nées de mon goût et de ma pratique de ces deux univers. J’ai reçu pour ce livre le prix du Document sportif, ce qui nous a fait rapidement connaître dans le petit monde du vélo en particulier.

Question : Votre catalogue semble témoigner d'une triple passion pour les Pyrénées, le sport et l'histoire. Sont-ils fondateurs de votre politique éditoriale et comment conjuguez-vous trois thèmes apparemment aussi différents ?

Réponse : Vous parlez d’une triple passion, effectivement il se trouve qu’on a assez vite reçu des propositions de manuscrits qui associaient au moins deux de nos centres d’intérêt. Ce fut toujours le fruit de rencontres. Je pense en particulier à ce fils de passeur qui me proposa sur un salon minuscule au fin fond d’une vallée de publier les témoignages qu’il avait rassemblés sur cet épisode de la guerre 39-45 très marquant dans les Pyrénées (Les Cols de l’espoir).  De mon côté je cherchais aussi des textes pionniers dans l’histoire du vélo.

Les regards distanciés sur le fait sportif sont plus rares que ceux motivés par la nostalgie ou l’admiration, ils sont donc d’autant plus précieux. Raconter le Tour 1914 qui démarre le jour de l’assassinat de Sarajevo est un de ces tours de force réussis (Le Tour de France 1914, de la fleur au fusil à la baïonnette au canon). Se pencher sur les rapports entretenus par Le sport et la presse sous l’Occupation, comme l’a fait Jacques Seray, en est un autre. Dans ces deux livres, le sport offre une grille de lecture inattendue de l’Histoire. Tout à fait ce qu’on cherche à publier.

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Question : Comment sélectionnez-vous les manuscrits que vous publiez et accordez-vous une place particulière aux jeunes auteurs ? Avez-vous une politique volontariste en ce domaine ?

Réponse : Il faut d’abord que le manuscrit proposé entre dans un de nos domaines. Comme petit éditeur, il est important d’être clairement identifié et ne pas publier dans tous les sens. L’âge des auteurs n’est pas un critère, c’est le sujet qui prime. Ainsi l’antiquaire de l’escrime, ancien maître d’armes qui me propose de raconter comment est né l’escrime – son évolution, ses codifications –, est un jeune auteur puisque c’est son premier livre (La Légende de l’escrime).  Une jeune institutrice nous envoie le récit de son tour du monde à bicyclette (À l’école du monde) et reçoit le prix du Meilleur récit de voyage : voilà une belle histoire pour elle et pour nous.

A contrario, la fidélité est partagée avec Alain Bourneton, auteur pyrénéiste dont nous avons publié quatre livres, qui ont contribué à nous faire connaître sur les Pyrénées et bien au-delà grâce à sa notoriété. Notamment avec des livres de référence (et salués par des prix) sur Gavarnie et sur L’Isard, animal emblématique du massif, dont nous avons ensuite publié les récits de chasse (Souvenirs d’un chasseur de haute montagne).

Question : Rencontrez-vous des difficultés particulières sur le plan de la diffusion ? Comment assurez-vous la promotion de vos ouvrages ?

Réponse : La diffusion : le mot qui fait mal aux oreilles des petits éditeurs. C’est le gros problème. On a beau avoir un diffuseur national (Pollen), c’est loin d’être gagné face à l’artillerie lourde des grands groupes. Alors on essaie de trouver des solutions, de mériter la fidélité de médias attentifs à nos nouveautés, de collaborer étroitement avec les auteurs qui sont parfois les meilleurs diffuseurs de leur travail. De mon côté, je diffuse et distribue moi-même sur l’Ariège, département méconnu et à l’histoire riche, pour lequel j’ai un fort attachement.

Notre site-catalogue sur Internet (lepasdoiseau.fr) nous sert aussi de vitrine, ce qui est incontournable aujourd’hui.

14-18 le sport sort des tranchées

Question : Quels sont vos axes de développement à court et à moyen terme ? Comment envisagez-vous l'avenir ?

Réponse : Je ne vous apprends rien en disant que la période est difficile. Alors on attend des jours meilleurs en travaillant un peu plus pour d’autres éditeurs pour lesquels on fait de la correction et de la mise en page. Notre but n’est pas de grandir, mais plutôt de publier des textes qu’on trouve passionnants parce qu’ils posent un regard novateur sur un domaine ignoré ou peu traité, tout en restant dans notre ligne éditoriale. Je pense en particulier au 14-18, le sport sort des tranchées et au récit du Tour de France 1914. Recevoir de tels manuscrits est un immense plaisir, il y en aura d’autres.

Je me croyais dans un moment creux et je viens de recevoir deux manuscrits passionnants dont l’un est le journal d’une lycéenne toulousaine sous l’Occupation.  L’avenir immédiat, c’est aussi le salon “Vivons livres” de mi-novembre à Toulouse où nous serons en première ligne puisque le thème en sera Sports et Littératures. Toute occasion de se faire connaître est bonne, aussi je vous remercie de m’avoir donné la parole sur votre blog.

Merci pour ces réponses au travers desquelles transparait une vraie passion. Bon courage et plein succès dans vos prochaines initiatives.

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19 juillet 2012 4 19 /07 /juillet /2012 07:00

Nous poursuivons notre tour de France des maisons d'édition en vous proposant, en cette période de vacances, une société qui a atteint une taille significative, développe ses collections dans des domaines très différents, mais n'oublie pas son ancrage régional en consacrant presque 50 % de sa production à des ouvrages qui mettent en valeur l'histoire et la culture entre la Loire et la Gironde. La diffusion de Geste éditions couvre l'ensemble des départements de la région et vous trouverez très probablement ces livres chez les libraires de proximité de votre lieu de vacances.


  Romain Naudin

GESTE Editions

(Deux-Sèvres)

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Question : Geste éditions existe depuis 20 ans. Quelle est votre politique éditoriale et quelle place y tient votre implantation régionale ?

Nous publions des ouvrages régionalistes qui éclairent le patrimoine humain des territoires de l’Ouest de la France en priorité et depuis quelques années, de l’ensemble des régions de France. Nous sommes installés dans les Deux-Sèvres et naturellement, nous travaillons avec les libraires, bibliothèques de la Région qui nous connaissent bien pour nos trois activités d’édition mais aussi de vente et de stockage des ouvrages sur notre site de La Crèche, près de Niort.

Question : Sur quels critères décidez-vous de publier un livre et comment sélectionnez-vous vos sujets ?

Nous lisons attentivement chaque projet qui nous arrive par la poste et nous décidons chaque mois lors du comité éditorial celui qui répond le mieux aux cadres de nos collections. Elles sont nombreuses : la Jeunesse, les témoignages, les beaux-livres, les guides, les polars avec la collection du Geste noir, les livres de poche, les thèses universitaires, etc. En dehors de ces livres arrivés par la poste, nous décidons de commandes auprès d’auteurs, photographes, illustrateurs, scénaristes afin qu’ils travaillent sur les sujets qui nous semblent importants à défendre en librairie afin de développer notre catalogue.

GESTE-2.jpg

Question : Quelles sont les grandes collections et comment sélectionnez-vous les titres de vos ouvrages pour faire évoluer votre catalogue ?

Deux collections ont connu un essor exceptionnel : le champ de la Jeunesse avec Luc Turlan notre directeur artistique qui se fait pour l’occasion illustrateur et scénariste de la série « Les Amis de la ferme » qui compte déjà une douzaine de titres, ainsi que sa série « Pas folle la bestiole » qui a débarqué l’été dernier avec ses animaux tous plus craquants les uns que les autres, la hulotte qui a les chocottes, le goéland qui voudrait des dents… Une tribu agitée de personnages pour les petits. L’autre collection concerne le polar avec la collection du « Geste noir » dont Franck Linol est l’auteur le plus en vue avec une succession de réimpressions qui doit atteindre les 7000 exemplaires vendus. Son titre phare « La Cinquième victime » revisite le terroir limousin de manière sombre et haletante. 

Question : Quel rythme de publication vous fixez-vous et quels sont vos principaux objectifs à court et à moyen termes ?

Nous publions entre 120 et 140 ouvrages par an. C’est un rythme stable depuis quelques années et nous ne souhaitons pas en changer. Nous tenons à le maîtriser, voire à le baisser, afin d’améliorer encore l’accompagnement des titres dans les librairies et auprès des médias. La quantité n’est pas notre objectif, nous travaillons vraiment la qualité des ouvrages en réalisant par exemple un effort particulier sur l’esthétique des beaux-livres, la gravure, la  mise en page.

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Question : Dans votre politique éditoriale, accordez-vous une place particulière aux jeunes auteurs et chercheurs ? Percevez-vous l'émergence d'une "relève" et comment l'expliquez-vous ?

Nous venons de créer un label Jeunesse dont le nom « Marmaille & Compagnie » renseigne bien sur cette « relève » attendue par les lecteurs. Beaucoup de jeunes auteurs, illustrateurs nous ont rejoint dans cette aventure qui va voir le jour dans quelques mois. Des écrivains et dessinateurs bourrés de talent sortant pour la plupart des Beaux-Arts, d’écoles de dessin ou travaillant dans le cinéma d’animation pour l’aspect graphique. C’est un projet d’envergure sur lequel compte beaucoup Geste éditions dans les années qui viennent. Concernant les nouveaux écrivains, la collection « Pays d’histoire » s’applique à publier des travaux de thèse de jeunes chercheurs en Sciences Humaines sous la houlette de Jacques Péret, professeur à l’université de Poitiers. Cette collection peine souvent à trouver son public car elle s’adresse à un public « serré » et scientifique, elle constitue malgré tout aujourd’hui l’un des plus prestigieux pans de notre catalogue.

Question : Y a-t-il, dans l'ensemble de votre production un livre dont vous soyez particulièrement heureux ou fier de l'avoir imprimé et diffusé ?

Si un livre réussi est comme une recette qui plaît aux invités, alors le « Peluchon », le premier titre de la collection des « Amis de la ferme » est celui que je placerais en tête. Le jeune public s’est tout de suite attaché à ce baudet poitevin étrange aux longs « tifs ». J’ai pu le constater sur les salons du Livre de France entière, les parents et les grands-parents craquent à leur tour !

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Question : Quels sont vos points forts et vos axes de développement pour les années qui viennent ?

J’ai évoqué plus haut la Jeunesse avec la création du label « Marmaille & Cie » qui permettra de découvrir des jeunes talents issus d’une multitude de pays du monde entier (Italie, Japon, Espagne, Etats-Unis …) mais aussi de France. Et nous continuerons à publier sur les régions avec un attachement tout particulier à l’Ouest de la France en développant de nouvelles collections, en demeurant proche des libraires, à l’écoute des lecteurs.

Merci Romain pour cette présentation. Nous vous souhaitons pleine réussite dans vos projets et attendons avec impatience vos prochaine productions dans le domaine de l'histoire.


 

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25 juin 2012 1 25 /06 /juin /2012 07:06

Notre tour de France des "petites" maison d'édition nous ramène sur Paris, avec une création récente qui mérite toute notre attention d'amoureux des livres.

 

Pierre de Taillac

(Paris)

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Question : Votre maison d'édition est très récente. Pouvez-vous décrire votre parcours et nous expliquer pourquoi vous vous êtes lancé dans cette aventure alors que le secteur de l'édition fait généralement grise mine ? Par ailleurs, vous annoncez faire le choix d'une politique éditoriale prenant largement en compte l'histoire militaire, ce qui n'est pas le plus court chemin pour connaître les tirages d'un Prix Goncourt ?

Réponse : Après avoir étudié à la Sorbonne et à Sciences-Po, je me suis spécialisé en histoire militaire en suivant un master de « WarStudies » au King’sCollege de Londres. Puis j’ai commencé à travailler dans le monde de l’édition, notamment aux Éditions François Bourin. Après cette expérience, j’ai pris la décision de créer une maison d’édition spécialisée en histoire militaire. J’avais, et j’ai encore plus aujourd’hui, le sentiment qu’il y a de nombreux livres passionnants à faire dans ce domaine. J’ai parfois l’impression que la guerre et l’histoire militaire sont des sujets méprisés par bon nombre d’acteurs du monde de la culture. Et ceux qui s’y intéressent sont trop souvent traités avec dédain et regardés de haut… Ce comportement est très regrettable car je crois que si l’on s’intéresse à la culture, aux sciences sociales et aux sciences humaines, la guerre est au contraire une porte d’entrée passionnante. En plongeant les hommes et les sociétés dans des circonstances extraordinaires, elles agissent comme un puissant révélateur. Et je suis convaincu qu’il est essentiel que les citoyens aient une bonne culture en matière militaire.

Je garde toujours à l’esprit cette maxime d’Erasme : "La guerre est douce à ceux qui n'en ont pas l'expérience". Si vous connaissez bien l’histoire militaire, je suis persuadé que vous serez plus conscient que la guerre est un « outil »dangereux. C’est un outil au service du pouvoir politique (et non du commandement militaire) pour reprendre l’idée maîtresse de Clausewitz – toujours mal comprise – mais c’est un outil dont il faut absolument se méfier (même s’il est malheureusement parfois utile) : cet outil génère nécessairement son lot de souffrance, pour les militaires et pour les civils, et il est très difficile à contrôler. Combien de conflits, qui devaient se solder par une victoire rapide, se sont en fait prolongés pendant des années, prenant des proportions inimaginables pour ceux qui les avaient déclenchés, et devenant de véritables suicides pour les pays belligérants ? Autant dire qu’il est indispensable pour les citoyens d’une démocratie d’être bien informés, d’avoir une bonne culture en matière militaire. D’où l’intérêt d’essayer de publier de bons livres sur ces questions. C’est ce que j’essaie de faire.

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Question : Comment avez-vous déterminé vos collections et combien de titres envisagez-vous d'éditer à courte ou moyenne échéance? 

Réponse : Les collections sont très différentes les unes des autres car chacune est consacrée à une forme de livre que j’apprécie. Les livres de photo avec la collection « Images de guerre ». Les anthologies avec la collection « Aux armes ! », consacrée aux plus grands discours de guerre, que nous avons lancée avec les proclamations de Napoléon. Et les témoignages de soldat avec « Les voix oubliées ». Dans cette collection, on vient de publier Un Marsouin au Congo, le récit inédit et étonnant d’un officier sorti du rang envoyé au Congo en 1902 administrer l’équivalent de deux ou trois de nos départements.

Mon objectif est de publier 8 à 10 titres par an. Cela peut sembler relativement modeste mais réussir à faire une dizaine de bons livres chaque année, c’est en fait assez ambitieux et c’est un travail de Romain qui mobilise de nombreuses personnes : auteur, éditeur, correcteur, graphiste, imprimeur, attaché de presse…

Question : Vous êtes un "jeune chef d'entreprise" : quelle place pensez-vous pouvoir donner dans vos publications aux jeunes chercheurs et historiens ? Comment sélectionnez-vous vos sujets et vos titres ? 

Réponse : L’âge d’un auteur – jeune ou moins jeune – m’importe peu. Ce qui m’importe avant tout, c’est la qualité du texte et l’originalité du sujet. Expérimentés ou pas, tous les auteurs qui trouvent des angles nouveaux pour écrire l’histoire des guerres m’intéressent. Mon objectif est vraiment de faire de l’histoire militaire autrement. Je ne tiens pas à publier un énième album général sur 14-18 à l’occasion du centenaire de la Grande Guerre. Ce que je recherche, c’est le manuscrit à l’angle original qui fera découvrir cette guerre sous un jour nouveau. C’est certainement parce que c’est ce que j’aime lire en tant que lecteur.

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Question : Vous publiez coup sur coup Clemenceau avec une préface de Jean-Jacques Becker et une "Histoire vraie de la Grosse Bertha" : est-ce le fait du hasard ou doit-on y voir une future orientation forte ?

Réponse : Non, il ne faut pas y voir de signe particulier. L’enchaînement s’est fait assez naturellement pour ces deux livres, mais il faut noter que depuis 2011, nous avons également  publié Opération Barbarossa, Pearl Harbor, et En Campagne avec l’Armée rouge qui portent tous trois sur la Seconde Guerre mondiale. Tous les conflits nous intéressent et j’aimerais que notre catalogue, à terme, ne laisse aucune époque de côté. Par exemple, nous travaillons actuellement à un livre sur les grandes batailles du Moyen Âge et à un autre sur les relations entre guerre et argent depuis l’Antiquité. 

Question : Etant en pleine phase de développement, vous avez sans doute de nombreux projets en instance. Quelles surprises nous réservez-vous ?

Réponse : De nombreux projets, c’est même peu dire ! Pour la rentrée, nous travaillons actuellement à l’élaboration de deux « Beaux livres », l’un sur les grandes bataille du Moyen Âge, comme je l’ai indiqué, et le second sur l’invention du camouflage pendant la Grande Guerre. Batailles du Moyen Âge sera l’occasion pour le lecteur de découvrir des cartes étonnantes détaillant les plus célèbres affrontements médiévaux. Tromper l’ennemi. L’invention du camouflage moderne pendant la Grande Guerre sera quant à lui le premier beau livre français sur le camouflage, riche d’une abondante iconographie. Il est écrit par Cécile Coutin, conservatrice en chef à la Bibliothèque nationale de France et spécialiste de cette question, et elle y révèle le rôle méconnu et pourtant essentiel des artistes et des décorateurs de théâtre (rompus aux effets de trompe-l’œil) dans l’évolution des techniques de camouflage.

Merci très vivement pour ces réponses spontanées, précises et argumentées. Bon courage et plein succès dans vos projets.

Retrouvez les éditions Pierre de Taillac sur

http://www.editionspierredetaillac.com

ou sur http://fr-fr.facebook.com/pages/%C3%89ditions-Pierre-de-Taillac/228239233864505

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23 juin 2012 6 23 /06 /juin /2012 07:10

Poursuivons notre tour de france des éditeurs indépendants, maisons "petites" par la surface financière mais si "grandes" par la passion de leurs animateurs (voir notre chronique récente sur les Mémoires d'un proscrit).

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La Louve

(Lot)

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Question : Quelle est votre ligne éditoriale et quelle place y tient votre implantation régionale ?  

Réponse : La ligne éditoriale de La Louve est celle de l’Histoire, avec un grand H, à savoir que nous travaillons et publions uniquement dans le domaine historique (et/ou mémoriel), à l’exclusion de tout autre. L’implantation régionale, sauf à parler de notre exceptionnelle qualité de vie et de l’accent, ne joue qu’un rôle minime : notre catalogue n’est pas « régionaliste », même si parfois certains titres peuvent se rattacher en effet à la région. Mais c’est le hasard, et seul l’intérêt des projets décide de la publication des ouvrages, pas le « territoire » dont ils traitent. Notre diffusion est nationale et le choix des sujets n’a de frontière ni géographique ni dans le temps. Il suffit de parcourir le catalogue pour s’en convaincre et voir que Rhodes voisine avec le comté de Foix, ou que la reine Emma de Normandie côtoie (imprudemment, certes, mais jusqu’ici sans incident) le roi mérovingien Chilpéric. 

Question : Sur quels critères décidez-vous de publier un livre et comment sélectionnez-vous vos sujets ? Y a-t-il un titre dont vous êtes plus particulièrement fier ou heureux ?

Réponse : Ce que nous cherchons avant tout, ce sont des ouvrages apportant du neuf, soit par le sujet abordé (peu ou pas étudié jusque-là), soit par la manière dont il est abordé. Nous cherchons à entrer dans des « niches » où les grands éditeurs ne vont pas : ce n’est pas facile, toujours périlleux, mais nous pensons que c’est notre raison d’être… et peut-être aussi un gage de survie, finalement, dans un monde envahi de papier, relié ou non, où tout se ressemble un peu ! Dans tous les cas, nous attachons une grande importance à la qualité des travaux, c’est pourquoi la plupart des auteurs de La Louve sont historiens, chercheurs, spécialistes dans leur domaine. Ceci n’empêche nullement d’avoir un grand souci de « lisibilité », afin de rendre aisément abordables ces travaux qui sans cela seraient parfois difficiles.

Faire un tri dans les titres pour en extraire un est douloureux car ils ont tous fait l’objet d’un choix, à un moment donné. Cependant, il en est un, en effet, qui sort du lot par l’aventure humaine qu’il représente : il s’agit de la publication de l’extraordinaire correspondance de Gaston de Lévis vers son épouse Pauline (Écrire la Révolution, 1784-1795). Il faudrait cinquante pages pour en parler comme il convient. Ce livre est un tout : il y a de l’Histoire, de l’action, de l’aventure, de l’amour, de l’humour, le tout dans une superbe langue ! 

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Question : Comment avez-vous déterminé les thèmes et le contenu de vos 6 collections et que regroupez-vous sous "Histoire" ?

Réponse : Pouvons-nous avouer que c’est un peu le hasard ? Non, on plaisante… En revanche, ce qui est vrai, c’est qu’il est déjà arrivé qu’un beau projet nous « tombant du ciel », nous décidions de lui créer sa collection, tout simplement parce qu’il n’entrait pas dans celle(s) existante(s), qu’il n’était pas envisageable de le refuser, et que nous espérions ainsi « attirer » d’autres projets du même genre : cela s’est produit en particulier pour la collection Littérature et textes, dédiée à l’édition de sources, de correspondances, de mémoires, bref de textes anciens, qui est née d’un projet et qui, par la qualité et le succès de certains textes, s’alimente désormais toute seule, jusqu’à prendre une grande importance au catalogue.

Quant à la collection « L’Histoire », son nom, bien porté au début, est devenu incomplet : il s’agit en effet exclusivement d’histoire médiévale. Et comme le catalogue de La Louve n’est constitué que d’Histoire… 

Question : Quelle place donnez-vous aux jeunes auteurs ? Avez-vous une politique active en ce sens ?

Réponse : Nous n’avons pas spécialement de politique en ce sens. C’est seulement l’intérêt du projet, encore une fois, qui décide. Si le porteur de ce projet est jeune, nous ne le rejetons pas, bien entendu, pas plus que nous ne secouons le cocotier s’il est très âgé ! 

Question : Un souhait particulier en guise de conclusion ?

Réponse : Que ça dure encore longtemps, en n’allant pas plus mal !

Merci vivement pour cette franchise de ton, ce dynamisme et cette passion, et surtout Bonne chance !

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2 juin 2012 6 02 /06 /juin /2012 07:00

Poursuivons notre tour de France des "petites" maisons avec une toute jeune société dont les premiers livres semblent tout-à-fait prometteurs.

Matthieu Boisdron

Editions CODEX

(Vendée)

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Question : Votre maison d'édition est de création récente et ne dispose encore que d'un catalogue limité. Pourriez-vous nous expliquer votre parcours personnel et pourquoi vous vous êtes lancé dans cette aventure éditoriale ?

Réponse : Les éditions CODEX sont effectivement nées à la fin de l'année 2009. A la base, il y avait le désir de contribuer modestement à apporter sa pierre à l'édifice historiographique. La création des éditions CODEX est aussi le résultat d'une collaboration fructueuse et stimulante avec quelques autres éditeurs spécialisés en histoire, qui placent notamment la complémentarité des catalogues au-dessus du reste, et notamment de la compétition féroce qui caractérise hélas bien trop souvent ce secteur (comme d'autres d'ailleurs). Il faut également préciser que l'équipe très réduite et non rémunérée qui travaille pour CODEX est composée de quelques personnes ayant été formées à l'histoire et à la recherche historique à l'université. Et si les éditions CODEX ont, bien naturellement, une vocation commerciale, c'est avant tout la passion commune de ce petit groupe d'historiens, amateurs et professionnels, qui est à l'origine de cette entreprise.

Question :Comment avez-vous défini les titres de vos collections et comment sélectionnez-vous les livres que vous publiez ?

Réponse : Nous avons fait le choix, pour débuter et parce que nous démarrions"de zéro", de publier des monographies. Nous réfléchissons actuellement à l'opportunité de créer des collections autour de grands thèmes, de grandes périodes historiques ou alors d'un type particulier d'ouvrages (biographies, témoignages, etc.). Le choix se fait généralement de deux façons. Nous sélectionnons d'abord parmi les tapuscrits qui nous sont envoyés et, parfois, nous allons chercher les auteurs lorsque nous repérons un travail qu'il nous semble particulièrement intéressant de valoriser ou de mettre en lumière. Nous privilégions les sujets qui nous semblent neufs et/ou populaires, mais en ayant toujours le souci du sérieux et de la rigueur scientifique. 

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Question : Etant donné votre âge et votre parcours, envisagez-vous d'accorder une place particulière aux jeunes auteurs et chercheurs ? Avez-vous une politique déterminée en la matière ?

Réponse : Effectivement, et c'est d'ailleurs déjà le cas ! A ce jour, tous les livres publiés aux éditions CODEX sont des premiers livres. Sans avoir la prétention d'être des "découvreurs de talents", nous pensons néanmoins qu'il y a des choses intéressantes, inédites, voire "exotiques" mais toujours passionnantes, à lire sous la plume de chercheurs qui n'ont pas encore travaillé dans le but d'être publiés ou qui ne trouvent pas forcément de débouchés auprès des grandes maisons, peut-être parfois plus "frileuses" car assurées par ailleurs du concours d'auteurs installés et reconnus.

Question : Quel rythme de publication vous fixez-vous et quels sont vos principaux objectifs à court et à moyen termes ? Les sujets d'histoire contemporaine sont-ils appelés à rester une partie essentielle de votre catalogue ?

Réponse : Notre rythme de publication est assez modeste. L'idéal serait de pouvoir publier quatre ouvrages par an avant de monter doucement en puissance. La tâche reste ardue : notre équipe a en effet le désir de bien faire les choses et de consacrer le temps nécessaire à chaque livre. De la relecture à la mise en vente, en passant par la sélection, les corrections, la mise en page, l'impression et la promotion, toutes ces étapes demandent un temps certain et parfois une bonne dose de patience mais aussi d'énergie, au sein d'une structure qui ne peut compter que sur l'aide de quelques bénévoles. Il faut aussi admettre que la conjoncture actuelle n'est pas, hélas, très favorable au livre en général, et que c'est un combat quotidien que de maintenir une activité éditoriale, nous l'espérons de qualité, dans ce contexte. Les sujets d'histoire contemporaine devraient rester, effectivement, une part essentielle de notre catalogue, mais nous sommes évidemment ouverts à toutes les autres périodes comme à d'autres disciplines (la géographie ou les sciences politiques par exemple).

Merci Matthieu pour cette franchise de ton et bon courage pour la réussite de vos prochains projets.

 

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30 mai 2012 3 30 /05 /mai /2012 07:00

Nous poursuivons notre "tour de France" des maisons d'édition que l'on qualifie de "petites" (par la surface financière), mais qui sont en réalité "grandes" (par la passion de leurs animateurs). Rencontre aujourd'hui avec :

Eric Labayle

ANOVI

(Indre-et-Loire)

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Question : Les éditions ANOVI existent depuis une dizaine d'années. Quelles sont les grandes collections et comment sélectionnez-vous les titres de vos ouvrages pour faire évoluer votre catalogue ?

Réponse : Les éditions Anovi ont été fondées en 2001 (premier titre, Carnets de guerre de Georges Curien, territorial vosgien, a été publié en novembre 2001). Nous travaillons autour de trois axes principaux : témoignages, biographies et monographies. Cela nous amène à publier sur des sujets plutôt précis, sans forcément chercher à concurrencer la "grande" édition. Il n'est en effet pas question pour nous de publier à nouveau Ceux de 14 de Genevoix, ni un traité global sur l'histoire de la Grande Guerre. D'autres s'en sont déjà chargés, et sans doute mieux que nous ne saurions le faire.

Nous sélectionnons les travaux qui nous sont proposés en fonction d'un critère qui est en fait une question : cet ouvrage apporte-t-il quelque chose à la connaissance et à la compréhension de la période historique qu'il aborde ? Cela nous laisse une grande latitude pour le choix de nos publications. Tel témoignage, par exemple, n'aura pas une grande valeur littéraire, mais il apportera un éclairage précieux sur les mentalités et les pratiques d'un corps social. Tel autre nous renseignera sur un épisode peu connu de la Grande Guerre, etc. En tant que "petit" éditeur, nous devons nous démarquer en tablant sur l'originalité de nos publications et sur leur qualité.

Question : Pour un "petit" éditeur, le problème n'est-il pas celui de la diffusion ? Comment procédez-vous pour faire connaître vos productions au public ?

Réponse : La diffusion est le talon d'Achille de toute l'édition. Et il y aurait beaucoup à dire sur le sujet ! Pour ce qui nous concerne, nous travaillons avec un diffuseur institutionnel, mais cela n'est pas suffisant. Il nous faut donc aller à la rencontre du public, que ce soit sur le web (par notre bouquet des sites web d'histoire ou par notre catalogue en ligne www.anovi.fr), dans les salons du livre, ou bien en organisant des événements (conférences prononcées par nos auteurs, cafés-histoire, etc.). C'est un travail extrêmement lourd, mais dont les enjeux sont vitaux.

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Question : Etant donné votre expérience dans ce domaine, pensez-vous que le livre d'histoire soit toujours apprécié et conserve un avenir "commercial et intellectuel" ? Est-ce un créneau susceptible encore de se développer ?

Réponse : J'apporterai une réponse de Normand à cette question : oui et non. D'un point de vue commercial, il est illusoire d'espérer faire de l'édition de livres d'histoire une activité lucrative. Néanmoins, dans la crise actuelle que traverse le monde de l'édition, les éditeurs d'histoire s'en sortent un peu mieux que ceux qui publient des ouvrages de littérature, car ils bénéficient d'une clientèle de passionnés, certes restreinte mais fidèle et "ciblée".

Le problème qui se pose actuellement ne concerne pas que l'édition d'histoire. Il s'agit de la désaffection globale de nos contemporains pour l'écrit. On zappe, on s'étale devant la télévision, on va s'époumoner dans les tribunes d'un stade de foot ou bien on prévoit de passer des vacances aux antipodes ... Dans ce contexte, le livre (et plus généralement la culture) est laissé pour compte. Pour que le livre d'histoire se développe, il faut inverser la tendance et faire de la curiosité intellectuelle une valeur aussi forte que Secret Story...

Question : Dans votre politique éditoriale, accordez-vous une place particulière aux jeunes auteurs et chercheurs ? Percevez-vous l'émergence d'une "relève" et comment l'expliquez-vous ?

Réponse : Oui, nous accordons une place importante aux jeunes auteurs. Mais cela n'est pas particulier à Anovi. De nombreux "petits" éditeurs font de même. Nous avons notamment publié plusieurs mémoires de maîtrise dont nous sommes très fiers, car ce sont des travaux remarquables, qui abordent des sujets originaux avec des points de vue très stimulants. Il existe bien une "relève", mais le regard que je porte sur elle est très contrasté. Je ne sais pas si cette "relève" est prometteuse ou non. Tout ce que je sais, c'est que notre travail d'éditeur est de lui faire confiance et de l'accompagner pour lui permettre de prendre sa place dans le débat historique.

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Question : Y a-t-il, dans l'ensemble de votre production un livre dont vous soyez particulièrement heureux ou fier de l'avoir imprimé et diffusé ? A courte et à moyenne échéance, quelle politique éditoriale allez-vous développer et quels sont vos axes d'efforts en termes de publications ?

Réponse : Je serais capable de défendre bec et ongles tous les ouvrages que j'ai publiés, car je les ai choisis et, malgré leurs inévitables défauts et leurs non moins inévitables lacunes, ils comportent tous un "petit plus" qui, à lui seul, justifie les risques pris pour leur édition. Si je ne devais citer qu'un titre d'Anovi concernant la Première Guerre mondiale, ce serait peut-être Par la plume et par l'épée, qui est à la fois une biographie et un témoignage, et qui propose à son lecteur un voyage émouvant et pétillant dans l'univers d'un écrivain boulevardier de la Belle Epoque, ... jusqu'à sa mort sur la Somme en 1916.

Quant à la ligne éditoriale d'Anovi, il n'est pas question de la faire évoluer, car il ne nous semble pas que nous en ayons exploré tous les contours. Et il reste encore tant de beaux projets dans nos cartons...

Eric, merci pour cette franchise de ton, et surtout plein succès dans vos prochaines initiatives.

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26 avril 2012 4 26 /04 /avril /2012 08:00

Nous poursuivons notre "tour de France" des maisons d'éditions que nous qualifions de "petites" par la surface financière mais de "grandes" par la passion de leurs animateurs. Rencontre aujourd'hui avec :

Emmanuel Jeantet, Mireille et Pierre Coste

C'EST-A-DIRE EDITIONS

(Alpes de Haute Provence)

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Question :Quelle est votre politique éditoriale et quelle place y tient votre implantation régionale ?

Réponse :Depuis la création de l'Atelier C'est-à-dire en 1991, nous mettions nos compétences au service d'associations se lançant dans des projets de livres et de revues : non seulement nous charger de la mise en page, de la fabrication, mais plus encore, en amont, les aider à entrer dans un projet d'éditeur associatif, penser un catalogue, être exigeantes avec leurs auteurs, leurs illustrateurs, et au final récompenser associations et acteurs de l'ouvrage par une édition de belle qualité. En 2007, nous avons voulu franchir le pas et sommes devenus nous-mêmes éditeurs. Notre passion pour l'histoire, les sciences humaines, ... nourrit nos choix. Notre projet éditorial a une vocation grand public et s'articule à partir de trois collections : "Un territoire et des hommes" (analyse thématique d'un territoire, de ses habitants), "Mille mots chuchotés" (édition critique de documents d'archives, de récits de vie, de témoignages) et "L'épaisseur du vent" (écrit à la rencontre du témoignage et du geste littéraire). Notre jeune catalogue compte aujourd'hui 13 titres disponibles.

Notre installation dans la toute récente Maison des métiers du livre de Forcalquier traduit le dynamisme culturel de ce territoire de haute Provence, marqué par la présence de nombreux acteurs du livre. De même, la région Provence-Alpes-Côte-d'Azur, qui soutient financièrement deux de nos collections, conforte cette action en faveur du livre.

Question :Sur quels critères décidez-vous de publier un livre et comment sélectionnez-vous vos sujets ? Y a-t-il un titre dont vous êtes plus particulièrement fier ou heureux ?

Réponse :Les choix qui président à notre décision de publier un livre sont multiples, parmi lesquels une attention toute particulière à l'originalité du sujet traité, sa place dans l'historiographie, sa rigueur méthodologique (puisque nous publions des ouvrages de fond destinés à vivre longtemps)... Chaque titre est une aventure particulière et il est difficile de valoriser un ouvrage plus qu'un autre. Nous pouvons cependant mettre l'accent ici sur les quatre ouvrages que nous avons consacrés à la Grande Guerre : Un officier du 15e corps. Carnets et route et lettres de guerre de Marcel Rostin (1914-1916) présentés et annotés par Olivier Gaget ; La légende noire du 15e corps. L'honneur volé des Provençaux par le feu et l'insulte de Maurice Mistre ; Souvenirs de Verdun. Sur les deux rives de la Meuse avec le 164e RI d'Eugène Carrias ; Et le temps, à nous, est compté. Lettres de guerre (1914-1919) d'Albert Marquand présentées par Francis Barbe.

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Question :Pourquoi une collection sur la Grande Guerre dans une maison d'édition de haute Provence ?

Réponse :C'est évidemment la question que l'on se pose en voyant que 4 titres (sur 13) dans notre catalogue sont dédiés à la Grande Guerre. En fait, trois titres sont parus dans la collection "Mille mots chuchotés" et un dans "Un territoire et des hommes" ("L'affaire du 15e corps d'armée" étudiée par Maurice Mistre). Ils ont donc plutôt inaugurés ces collections, sans pour autant conduire à la création d'une collection spécifique. C'est la qualité des écrits de Marcel Rostin, d'Eugène Carrias et d'Albert Marquand, conjuguée au travail de contextualisation réalisé  par Olivier Gaget, Maurice Mistre et Francis Barbe qui nous ont convaincus d'éditer ces témoignages. Nous savons aussi que ces carnets, lettres, sources d'archives -et pas seulement celles de la Grande Guerre- permettent une approche "sensible" de l'histoire. Nous souhaitons ainsi ouvrir cette discipline à un public plus large, sans tomber dans la complaisance ou l'approximation : dans la naissance de chacun de ces livres, des spécialistes acceptent de nous accompagner, par des lectures critiques, des notes, des postfaces.

Question : Quelle place donnez-vous aux jeunes auteurs ? Avez-vous une politique active en ce sens ?

Réponse : Notre maison d'édition ne s'adresse pas spécifiquement aux "jeunes" auteurs. Cependant, et nos ouvrages sur la Grande Guerre sont à nouveau une bonne illustration, de jeunes chercheurs autodidactes, passionnés et exigeants ont été attirés par notre collection "Mille mots chuchotés" qui permet de mettre en valeur des correspondances, des carnets, etc. La qualité historique et littéraire de ces documents, le travail d'édition scientifique ont été soulignés et enrichis dans des postfaces par des historiens spécialistes (Jean-Marie Guillon, André Bach). Nous tenons à cette rencontre entre chercheurs et historiens qui permet à des lecteurs pas forcément spécialistes de découvrir un moment d'histoire. On trouve également parmi les auteurs des volumes en chantier une doctorante.

Question : Quels sont vos points forts et vos axes de développement pour les années qui viennent ?

Réponse : Nous souhaitons poursuivre l'édition d'ouvrages de référence sur des thèmes variés (la Grande Guerre bien entendu, avec notamment l'édition des souvenirs d'enfance en 1914-1918 de l'historien Henri Michel, mais aussi la guerre de 1939-1940, à travers le carnet et les souvenirs d'Eugène Carrias), tout en poursuivant l'exploration d'autres sujets et périodes comme les enfants trouvés des Basses-Alpes au XIXe siècle, en privilégiant ce qui fait le coeur de notre métier : le contact avec les auteurs, le travail en commun sur le manuscrit, sur la mise en forme du futur livre. Il est indispensable également que nous puissions être plus visibles auprès des libraires, des bibliothèques, en nouant avec ces acteurs incontournables dans la vie d'un livre des contacts plus étroits (conférences, animations, etc.)

Question : Un souhait particulier en guise de conclusion ?

Réponse : Plutôt un remerciement pour nous avoir permis de nous faire connaître et pour saluer votre initiative.

Merci d'avoir accepté de nous consacrer quelques instants, bon courage et surtout plein succès dans vos initiatives.

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C'est-à-dire éditions

Maison des métiers du livre

4 avenue de l'Observatoire

04300 Forcalquier

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Qui Suis-Je ?

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  • : Guerres et conflits XIXe-XXIe s. se fixe pour objectif d’être à la fois (sans prétendre à une exhaustivité matériellement impossible) un carrefour, un miroir, un espace de discussions. Sans être jamais esclave de la « dictature des commémorations », nous nous efforcerons de traiter le plus largement possible de toutes les campagnes, de tous les théâtres, souvent dans une perspective comparatiste. C’est donc à une approche globale de l’histoire militaire que nous vous invitons.
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Cafés historiques de La Chouette

Prochaine séance : pour la rentrée de septembre. Le programme complet sera très prochainement mis en ligne.

Publications personnelles

Livres

 

doumenc-copie-1.jpgLa Direction des Services automobiles des armées et la motorisation des armées françaises (1914-1918), vues à travers l’action du commandant Doumenc

Lavauzelle, Panazol, 2004.

A partir de ma thèse de doctorat, la première étude d’ensemble sur la motorisation des armées pendant la Première Guerre mondiale, sous l’angle du service automobile du GQG, dans les domaines de l’organisation, de la gestion et de l’emploi, des ‘Taxis de la Marne’ aux offensives de l’automne 1918, en passant par la ‘Voie sacrée’ et la Somme.

 

La mobilisation industrielle, ‘premier front’ de la Grande Guerre ? mobil indus

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2005 (préface du professeur Jean-Jacques Becker).

En 302 pages (+ 42 pages d’annexes et de bibliographie), toute l’évolution industrielle de l’intérieur pendant la Première Guerre mondiale. Afin de produire toujours davantage pour les armées en campagne, l’organisation complète de la nation, dans tous les secteurs économiques et industriels. Accompagné de nombreux tableaux de synthèse.

 

colonies-allemandes.jpgLa conquête des colonies allemandes. Naissance et mort d’un rêve impérial

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2006 (préface du professeur Jacques Frémeaux).

Au début de la Grande Guerre, l’empire colonial allemand est de création récente. Sans continuité territoriale, les différents territoires ultramarins du Reich sont difficilement défendables. De sa constitution à la fin du XIXe siècle à sa dévolution après le traité de Versailles, toutes les étapes de sa conquête entre 1914 et 1918 (388 pages, + 11 pages d’annexes, 15 pages de bibliographie, index et cartes).

 

 caire damasDu Caire à Damas. Français et Anglais au Proche-Orient (1914-1919)

 14/18 Editions, Saint-Cloud, 2008 (préface du professeur Jean-Charles Jauffret).

Du premier au dernier jour de la Grande Guerre, bien que la priorité soit accordée au front de France, Paris entretient en Orient plusieurs missions qui participent, avec les nombreux contingents britanniques, aux opérations du Sinaï, d’Arabie, de Palestine et de Syrie. Mais, dans ce cadre géographique, les oppositions diplomatiques entre ‘alliés’ sont au moins aussi importantes que les campagnes militaires elles-mêmes.

 

hte silesieHaute-Silésie (1920-1922). Laboratoire des ‘leçons oubliées’ de l’armée française et perceptions nationales

‘Etudes académiques », Riveneuve Editions, Paris, 2009.

Première étude d’ensemble en français sur la question, à partir du volume de mon habilitation à diriger des recherches. Le récit détaillé de la première opération civilo-militaire moderne d’interposition entre des factions en lutte (Allemands et Polonais) conduite par une coalition internationale (France, Grande-Bretagne, Italie), à partir des archives françaises et étrangères et de la presse de l’époque (381 pages + 53 pages d’annexes, index et bibliographie).

 

cdt armee allde Le commandement suprême de l’armée allemande 1914-1916, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général von Falkenhayn 

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Le texte original de l’édition française de 1921 des mémoires de l’ancien chef d’état-major général allemand, accompagné d’un dispositif complet de notes infrapaginales permettant de situer les lieux, de rappeler la carrière des personnages cités et surtout de comparer ses affirmations avec les documents d’archives et les témoignages des autres acteurs (339 pages + 34 pages d’annexes, cartes et index).

 

chrono commChronologie commentée de la Première Guerre mondiale

Perrin, Paris, 2011.

La Grande Guerre au jour le jour entre juin 1914 et juin 1919, dans tous les domaines (militaire, mais aussi politique, diplomatique, économique, financier, social, culturel) et sur tous les fronts. Environ 15.000 événements sur 607 pages (+ 36 pages de bibliographie et d’index).

 

 Les secrets de la Grande Guerrecouverture secrets

Librairie Vuibert, Paris, 2012.

Un volume grand public permettant, à partir d’une vingtaine de situations personnelles ou d’exemples concrets, de remettre en lumière quelques épisodes peu connus de la Première Guerre mondiale, de la question du « pantalon rouge » en août 1914 à l’acceptation de l’armistice par von Lettow-Vorbeck en Afrique orientale, après la fin des hostilités sur le théâtre ouest-européen.

 

Couverture de l'ouvrage 'Mon commandement en Orient'Mon commandement en Orient, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général Sarrail

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2012

Le texte intégral de l'édition originale, passé au crible des archives publiques, des fonds privés et des témoignages des acteurs. Le récit fait par Sarrail de son temps de commandement à Salonique (1915-1917) apparaît véritablement comme un exemple presque caricatural de mémoires d'autojustification a posteriori

 

 

Coordination et direction d’ouvrages

 

Destins d’exception. Les parrains de promotion de l’Ecole Spéciale Militaire de Saint-Cyr

SHAT, Vincennes, 2002.

Présentation (très largement illustrée, 139 pages) des 58 parrains qui ont donné leur nom à des promotions de Saint-Cyr, entre la promotion « du Prince Impérial » (1857-1858) et la promotion « chef d’escadrons Raffalli » (1998-2001).

 

fflLa France Libre. L’épopée des Français Libres au combat, 1940-1945

SHAT, Vincennes et LBM, Paris, 2004.

Album illustré présentant en 191 pages l’histoire et les parcours (individuels et collectifs) des volontaires de la France Libre pendant la Seconde guerre mondiale.

 

marque courageLa marque du courage

SHD, Vincennes et LBM, Paris, 2005.

Album illustré présentant en 189 pages l’histoire des Croix de Guerre et de la Valeur Militaire, à travers une succession de portraits, de la Première Guerre mondiale à la Bosnie en 1995. L’album comporte en annexe une étude sur la symbolique, les fourragères et la liste des unités d’active décorées.

 

  90e anniversaire de la Croix de guerre90-ANS-CROIX-DE-GUERRE.jpg

SHD, Vincennes, 2006.

Actes de la journée d’études tenue au Musée de l’Armée le 16 novembre 2005. Douze contributions d’officiers historiens et d’universitaires, français et étrangers, de la naissance de la Croix de guerre à sa perception dans la société française, en passant les décorations alliées similaires et ses évolutions ultérieures.

 

france grèceLes relations militaires franco-grecques. De la Restauration à la Seconde guerre mondiale 

SHD,Vincennes, 2007.

Durant cette période, les relations militaires franco-grecques ont été particulièrement intenses, portées à la fois par les sentiments philhellènes qui se développent dans l’hexagone (la France est l’une des ‘Puissances protectrices’ dès la renaissance du pays) et par la volonté de ne pas céder d’influence aux Anglais, aux Allemands ou aux Italiens. La campagne de Morée en 1828, l’intervention en Crète en 1897, les opérations en Russie du Sud  en 1919 constituent quelques uns des onze chapitres de ce volume, complété par un inventaire exhaustif des fonds conservés à Vincennes.

 

verdunLes 300 jours de Verdun

Editions Italiques, Triel-sur-Seine, 2006 (Jean-Pierre Turbergue, Dir.).

Exceptionnel album de 550 pages, très richement illustré, réalisé en partenariat entre les éditions Italiques et le Service historique de la Défense. Toutes les opérations sur le front de Verdun en 1916 au jour le jour.

 

DICO-14-18.jpgDictionnaire de la Grande Guerre

(avec François Cochet), 'Bouquins', R. Laffont, 2008.

Une cinquantaine de contributeurs parmi les meilleurs spécialistes de la Grande Guerre, 1.100 pages, 2.500 entrées : toute la Première Guerre mondiale de A à Z, les hommes, les lieux, les matériels, les opérations, les règlements, les doctrines, etc.

 

fochFerdinand Foch (1851-1929). Apprenez à penser

(avec François Cochet), 14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Actes du colloque international tenu à l’Ecole militaire les 6 et 7 novembre 2008. Vingt-quatre communications balayant tous les aspects de la carrière du maréchal Foch, de sa formation à son héritage dans les armées alliées par des historiens, civils et militaires, de neuf nations (461 pages + 16 pages de bibliographie).

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