Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
5 mai 2016 4 05 /05 /mai /2016 06:00

Carnets d'un fantassin

(7 août 1914 - 16 août 1916)

Charles Delvert

Ce témoignage, à placer indiscutablement parmi les récits les plus importants de la Grande Guerre, est bien connu des spécialistes mais mérite de connaître une plus large diffusion. Cette réédition (2003) des carnets originaux tenus par le commandant de la 8e compagnie du 101e RI est placée, comme l'édition originale, sous le signe de la détermination et de la volonté : "Ils grognaient, mais ils marchaient toujours".

Le livre est divisé en trois parties principales, qui correspondent aux grandes périodes vécues par l'auteur avant que de multiples blessures ne soient causées par les minen en août 1916 dans le secteur de Maisons-en-Champagne. La première partie nous raconte les terribles combats de la bataille des frontières et de la retraite (le 26 août, "il reste cent vingt-sept hommes sur deux cent soixante-deux, deux officiers sur quatre, tous les deux blessés"), la contre-offensive de septembre et le début de la course à la mer. Il ne néglige aucune description tactique, précise les mesues qu'il prend, note les pertes sous le feu ("Ah ! Les forces morales ! Elles ne font pas défaut. Sous le déluge des bombes nous restons. Mais le moindre canon de 240 ferait bien notre affaire"). La deuxième partie est constituée par la célèbre "Histoire d'une compagnie", de novembre 1915 à juillet 1916. Si le récit des engagements est particulièrement réaliste, on apprécie la qualité des descriptions de ses hommes, de ses camarades, de ses chefs, comme ce commandant de bataillon qui paraissait avoir plus de 50 ans et qui "en est resté, au point de vue militaire, aux grandes manoeuvres et au service", ou ce général de division ("sexagénaire aimable et courtois") qui annonce aux stagiaires du cours des commandants de compagnie qu'il faut "s'entraîner en vue de la reprise de la guerre normale ... C'est-à-dire les bonnes vieilles grandes manoeuvres chères à nos professionnels. Ils n'en ont pas encore fait leur deuil". Il sait pourtant relativiser ce que voient les officiers du front mais dresse parrfois le constat des différences de situation au regard de ce qu'il observe : "Certainement, il vaut mieux être capitaine d'artillerie que colonel d'infanterie". Il y souligne l'importance de l'instruction sur le combat des petites unités du 8 janvier 1916 ("On ne lutte pas avec des hommes contre du matériel. Enfin ! Il est dur de penser qu'il a fallu dix-huit mois de guerre pour concevoir cette vérité première ... Mais quand cette vérité pénètrera-t-elle les cerveaux ankylosés des extraordinaires officiers supérieurs que M. Le bureau nous envoie ?"). Ce sont alors les combats de Verdun (avec d'intéressantes considérations sur l'organisation des défenses accessoires) jusqu'à l'héroïque défense de R1, en avant du fort de Vaux. On y perçoit bien que les combats de mai-juin 1916 sont, au minimum aussi durs et aussi acharnés que ceux des 21-25 février. Et toujours cet aller-retour entre la situation en première ligne et les commentaires déplacés qu'il entend venant de l'arrière-front : "Les vantardises niaises qui permettront aux pantouflards de respirer l'héroïsme sous les espèces d'un parfum grossier auquel ils sont accoutumés, voilà ce qu'il faut que nous fournissions aux gens de l'arrière, en même temps, d'ailluers, que nous devons vivre dans la boue, le sang et l'épouvante pour qu'ils puissent à loisir jouir de leurs aises". La troisième partie enfin, la plus courte, traite du séjour dans "Un secteur calme", en Champagne, de début juillet à la mi-août, avec toute la problématique de la guerre de position : "Le B.A.BA de la guerre est évidemment l'emploi de ces fils de fer, qui rendent impossible l'accès d'une position. Le moindre tireur derrière un rideau intact, ou presque, arrêterait une demi-section", ce qui donne une idée du rapport de force nécessaire.

Un témoignage exceptionnel, par un capitaine de réserve qui combat en première ligne, agrégé et professeur d'histoire et qui sait donc relever les choses importantes et relativiser ce qui l'est moins. Un témoignage indispensable que l'on peut se procurer sur les sites de vente par correspondance, mais aussi dans tous les "points librairie-boutique" des sites de Verdun (Mémorial, fort de Vaux, fort de Douaumont, etc.). A connaître et à conserver.

Collection "Mémorial de Verdun", Les éditions des Riaux, 2003, 435 pages, 17,- euros.

ISBN : 2-84901-001-4.

Témoignage exceptionnel
Repost 0
Published by guerres-et-conflits - dans Première Guerre mondiale
commenter cet article
20 avril 2016 3 20 /04 /avril /2016 05:50

Le "temps retrouvé" de 1914

Revue d'études proustiennes - n° 3 / 2016-1

A première vue, la Grande Guerre (même si elle est contemporaine) ne constitue pas un thème essentiel de l'oeuvre de Marcel Proust. Et pourtant, sous la direction d'Uta Felten, six contributeurs abordent le thème de la représentation de la guerre dans ses écrits de fiction. Une sorte de "chronique journalistique" à distance, de conversation à la mode, avec une forme de transposition du réel dans le roman. Une succession d'analyses littéraires assez pointues, qui ne présente qu'un intérêt mineur sur le plan de la connaissance de la Grande Guerre, mais qui passionnera sans doute les amateurs de littérature française. 

Classiques Garnier, Paris, 2016, 130 pages.

Pour commander directement la revue : ici.

 

Littérature (et madeleines)
Repost 0
Published by guerres-et-conflits - dans Première Guerre mondiale
commenter cet article
17 avril 2016 7 17 /04 /avril /2016 06:00

Photographier la Grande Guerre

France-Allemagne : l'héroïsme et la violence dans les magazines

Joëlle Beurier

Depuis quelques années, les publications autour du thème de l'image dans la Première Guerre mondiale (et souvent de la censure, qui lui est régulièrement associée) sont relativement nombreuses, mais ce livre se distingue en ce qu'il propose, a priori pour la première fois, une étude comparative entre les deux rives de Rhin.

Les quatre grandes parties qui constituent l'ouvrage permettent en effet un approche très précise des différences entre la France et l'Allemagne. La première, "Prémisses", présente la situation au tout début de la guerre, et il semble bien que l'outrance verbale et visuelle soit d'abord d'origine française, l'enflure dans les qualificatifs et une quasi "haine photographique" caractérisant cette période dans l'hexagone. Mais la multiplication rapide du matériel individuel et des prises de vues (officiellement interdites mais en pratique tolérées) change rapidement les termes du débat, ne serait-ce que par l'inflation du nombre et de la diversité des images disponibles. La longue deuxième partie (environ 190 pages), "Violences illustrées", souligne du côté français les évolutions dans le contenu des images et la volonté de montrer la guerre moderne, dans sa technique, ses masses de matériels et ses effets sur le terrain, alors que les périodiques allemands semblent s'intéresser davantage à "héroïser" le soldat en détachant sa mort du champ de la réalité, une forme de romantisme culturel et de myhte du guerrier tout à la fois. La troisième partie, "Structures de censure", nous entraîne dans les bureaux qui contrôlent les publications, tout en en relativisant très largement l'importance et l'efficacité, et l'on perçoit bien les différences presque culturelles entre les deux systèmes, aussi bien que les modes de fontionnement. La quatrième, "Violences visuelles et mutations de l'héroïsme combattant", dresse enfin le portrait de deux belligérants "types", idéaux presque : le poilu français, homme ordinaire qui se dépasse dans des situations de violence extrême et qui parvient à vaincre en se défendant, le feldgrau allemand, qualifié de "super héros germanique", tout à la fois ancré dans ses racines traditionnelles et "homme nouveau".

L'ensemble du livre est très heureusement fréquemment ponctué de nombreuses photos accompagnées de commentaires explicatifs et de tout aussi nombreux graphiques, organigrammes ou données statistiques, qui permettent d'appréhender l'importance relative de tel style dans tel magazine. Au total, un livre un peu ardu pour qui ne connaît pas le sujet, mais qui se révèle extrêmement riche et complet.  

Presses universitaires de Rennes, 2016, 462 pages, 26,- euros.

ISBN : 978-2-7535-4361-4.

Images de (la) guerre
Repost 0
Published by guerres-et-conflits - dans Première Guerre mondiale
commenter cet article
9 avril 2016 6 09 /04 /avril /2016 05:50

Notre mère la guerre

Le texte complet

Maël & Kris

Tout est juste dans cette bande dessinée ! Le récit est complet, puisqu’il part de la mobilisation et qu’il va jusqu’à l’exhumation de nuit des corps de leur enfant tombé au combat par des parents éplorés. Le ton est parfaitement adapté aux situations. Le dessin précis, les couleurs sobres voire sombres comme la guerre, appuient le texte et mettent en valeur l’extrême difficulté des combats, qu’il s’agisse de la violence des bombardements, de celle des ravages causés par la pluie ou le gel, ou encore des tensions parfois paroxystiques entre les hommes. L’homme, enfant ou époux, le soldat, au combat, en permission ou en convalescence, le camarade de tranchée, le confident ou le défouloir, est le héros de cette bande dessinée. Celui qui n’aurait jamais rien lu sur la Grande Guerre et qui se plongerait avec attention dans les pages de ce livre aurait une idée précise de ce que vécurent nos anciens ; il y trouverait des réponses à ses questions : pourquoi se sont-ils battus ? pourquoi sont-ils restés ? comment ontils tenus ?

Jacques Defretin

Editions Futuropolis, 2014. 34,50 euros.

ISBN : 978-2-7548-1176-7

A travers la bande dessinée
Repost 0
Published by guerres-et-conflits - dans Première Guerre mondiale
commenter cet article
8 avril 2016 5 08 /04 /avril /2016 06:00

Les lettres de guerre du sergent Eugène Lasbleis

Agnès Guillaume, Thierry Hardier et André Lasbleis

Ce livre publie le texte intégral des 526 lettres écrites à sa famille par l’auteur, sapeur incorporé au 6ème régiment du génie d’Angers le 12 avril 1915 puis affecté au 8ème régiment du génie le 13 mars 1917, entre le 26 décembre 1915 et le 24 novembre 1918, période au cours de laquelle il est dans une unité combattante. Il nous permet de vivre le quotidien d’un jeune sapeur de la classe 16 dans une unité qui est engagée au contact, sur la ligne de front, puis celui d’un sapeur aguerri qui se trouve dans une unité moins exposée où la vie est plus tranquille.

La transcription fidèle des lettres génère cependant une certaine lassitude par la répétition des propos destinés à rassurer la famille ou par l’insistance mise sur « les permissions qui n’arrivent pas ». Elles permettent cependant de bien comprendre l’importance du soutien moral et concret (colis et argent) apporté par les proches. Le lecteur qui cherche à mieux appréhender les aspects techniques du travail du sapeur restera sur sa faim. Mais ces lettres confirment que les régimes des permissions du sapeur et du fantassin sont différents, car il faut d’abord terminer les travaux de protection (abris-cavernes, positions de mitrailleuses, réseaux de barbelés, etc.). Elles nous permettent de mieux comprendre le rythme de travail du sapeur qui ne monte en première ligne que lorsqu’il y a besoin de ses capacités techniques, tandis que le fantassin y est présent jour et nuit. Enfin, elles apportent un éclairage intéressant sur la situation de quasi embusqué que connaît le sapeur Lasbleis dès lors qu’il a rejoint, à son grand soulagement, le 8ème régiment du génie.

Au final, c’est un livre qui mérite d’être lu car il n’existe que très peu d’ouvrages sur le génie pendant la Grande Guerre, mais son intérêt reste limité pour un travail de recherche approfondi sur cette arme peu documentée.

Jacques Defretin

EDHISTO, Moyenmoutier, 2015, 386 pages, 19,- euros.

ISBN : 978-2355150197.

Un sapeur
Repost 0
Published by guerres-et-conflits - dans Première Guerre mondiale
commenter cet article
8 avril 2016 5 08 /04 /avril /2016 05:50

Au revoir là-haut

Pierre Lemaître

Prix Goncourt en 2013, ce roman qui se situe de la fin de la Grande Guerre à l’immédiat après guerre est une « fresque d’une rare cruauté, remarquable par son architecture et sa puissance d’évocation ». Il mêle la réalité du scandale des exhumations militaires, qui éclate en 1922, à la fiction d’une arnaque aux monuments aux morts montée par deux soldats victimes de la guerre, l’un est une « gueule cassée », l’autre souffre de graves troubles psychologiques.

L’auteur s’est intéressé aux travaux d’historiens chevronnés, Annette Becker, Stéphane Audouin-Rouzeau, Jean-Jacques Becker et Frédéric Rousseau. Il s’appuie aussi sur les écrits d’Henri Barbusse, Maurice Genevoix ou encore Roland Dorgeles avec son livre Le réveil des morts. Enfin, il a fait appel aux ressources des bases de données telles que Gallica, Arcade et Mérimée du ministère de la culture. Un des fils rouges de ce livre peut être trouvé dans le paradoxe entre ces deux soldats, qui devraient être traités en héros, selon les discours de la propagande officielle, et qui ne sont que des laissés pour compte, alors que les héros de la société de l’époque ne sont que des crapules qui se sont enrichies grâce à la guerre.

Ce livre qui tient en haleine jusqu’au dénouement final permet au lecteur d’amorcer, s’il le souhaite, une réflexion sur le douloureux problème du travail de deuil de la Nation et des familles.

Jacques Defretin

Albin Michel, Paris, 2013, 576 pages. 22,50 euros.

ISBN : 9782226249678

Roman du deuil
Repost 0
Published by guerres-et-conflits - dans Première Guerre mondiale
commenter cet article
7 avril 2016 4 07 /04 /avril /2016 06:00

Sous le brassard vert

Douze journalistes dans la Grande Guerre

Collectif (présenté par Bernard Cahier)

Un livre dont certains connaissent sans doute le titre, mais presque introuvable aujourd'hui, et qui mérite totalement cette scrupuleuse réédition. Le sujet en lui-même est passionnant : témoignages des journalistes français ayant appartenu à la "Mission de la presse" auprès du Grand Quartier Général. Son titre fait référence au brassard porté par les journalistes accrédités à partir de 1917.

A la fin de la guerre, l'ancien chef de la mission, le lieutenant-colonel réserviste Prévost, académicien, a la bonne idée de demander à chacun des anciens journalistes de la mission (presse quotidienne et périodique nationale, provinciale et agence de presse) de raconter une anecdote, un souvenir particulier. Quelques signatures célèbres de l'époque parmi ceux-ci, dont Henry Bidou, Eugène Tardieu, Paul Ginisty, Henry Vidal et bien sûr Albert Londres. Ces journalistes se livrent donc à l'exercice : le plus original est sans doute Gustave Babin (de L'Illustration) qui fait le choix de raconter sa visite, après guerre et alors que les troupes françaises sont en occupation sur le Rhin, au grand-duc de Hesse, visiblement toujours apprécié de sa population et qui refuse d'abdiquer tant que le cadre constitutionnel n'est pas stabiliser. En quelque sorte, il continue à régner mais ne gouverne plus. Le lieutenant d'Entraygues (pseudonyme, du quotidien Le Temps) décrit pour sa part une attaque au gaz toxique qu'il avait lui-même dirigé comme commandant de la 3e section de la compagnie Z 31/2 (peu de témoignages de ce type). Edouard Helsey (quotidien Le Journal) s'interroge, fait en partie son Mea Culpa, mais aussi explique dans le contexte de la guerre la propagande, sous le titre "Examen de conscience d'un bourreur de crâne". Albert Londres (du Petit Journal) propose un texte excellent sur les Dardanelles ; Marcel Nadaud (quotidien La Liberté) brode sur le thème des aviateurs, des pilotes et de leur état d'esprit particulier ; Georges Rozet (de L'Oeuvre) évoque "Les sports sur le front", leur intérêt pour le soldat et en particulier le foot-ball puisqu'il fut à l'origine de la campagne bien oubliée pour "Le ballon aux armées" ; etc. On le voit les thèmes sont très variés et correspondent à autant de coups de projecteur sur tel ou tel aspect, essentiel ou marginal de la guerre. Au fil des pages, des regrets, mais aussi beaucoup de passion pour leur métier.

Un ensemble de souvenirs et de témoignages qui se lit avec beaucoup de plaisir et d'intérêt.

Editions Arléa, Paris, 2016, 307 pages, 20,- euros.

EAN : 9782363081049

Journalisme de guerre
Repost 0
Published by guerres-et-conflits - dans Première Guerre mondiale
commenter cet article
1 avril 2016 5 01 /04 /avril /2016 06:00

Mémoires de la Grande Guerre

Winston Churchill

Nouvelle édition des souvenirs de la Grande Guerre de Winston Churchill, déjà publiés chez le même éditeur en 2014.

Vol. 1 : 1911-1915

Après deux rapides chapitres d'ouverture présentant un bref historique de la situation politique et militaire fin XIXe et début XXe siècles, ces mémoires de Churchill débutent effectivement à partir du moment où le jeune parlementaire (et ancien officier) devient Premier lord de l'Amirauté. Ce tome 1 se termine lorsqu'il quitte ce poste, lorsque l'échec de l'opération de Gllipoli est avéré. Au fil des trente brefs chapitres, c'est tout le début de la guerre sous l'angle d'analyse du gouvernement britannique qui se déroule devant nous, avec naturellement une priorité particulière accordée aux questions navales. A la fois acteur et témoin de toutes les décisions au plus haut niveau politico-militaire, il nous en brosse un tableau à la fois très large mais aussi d'auto-justification, et c'est bien avec précaution qu'il faut lire certains passages (ses rapports avec lord Fisher, l'origine des chars d'assaut, et évidemment la genèse de l'opération des Dardanelles puis de Gallipoli). Même pour ces parties plus polémiques, son approche ne manque pas d'intérêt et chacun y trouvera matière à accroître ses connaissances et à poursuivre ses réflexions. On appréciera également les pages consacrées au Moyen-Orient à la suite de l'entrée en guerre de la Turquie, et celles qui traitent des débats internes au sein de la direction politico-militaire britannique de la guerre durant le long premier semestre 1915. 

Vol. 2 : 1915-1918

Le tome 2 prend naturellement la suite du précédent et nous entraîne de son départ du gouvernement et de son commandement d'un bataillon sur le front de France jusqu'en mai 1916, à son retour à Londres comme député puis à son rôle comme ministre de l'Armement au cours des derniers seize mois de guerre. Au moins autant que dans le premier volume, l'auto-justification est constante, et l'on en viendrait presque à penser que sans Churchill, la guerre n'aurait pas été gagnée par les Alliés (dans son rôle comme ministre de l'Armement et dans les conseiils qu'il distille aux autres dirigeants de l'empire) ! Les pages consacrées à la bataille de la Somme vue du côté britannique sont très riches (le fait qu'il ait fait partie de l'équipe de polo de son régiment est un argument en faveur des qualités de chef de Haig..., de même le choix du terrain d'attaque aurait été justifié justement parce ce secteur était le mieux défendu par les Allemands), ainsi que celles liées aux relations avec la France en 1917, et plus particulièrement au premier semestre (commandement du général Nivelle). On remarque plus encore que dans le tome 1 que ce texte, rédigé au début des années 1920, est très marqué par le discours officiel sur l'amitié franco-britannique et la coopération militaire entre les deux pays, les divergences étant généralement gommées même si quelques phrases un peu assassines présentent rapidement ses principaux interlocuteurs français (principe très anglais de la litote étudiée).

Au bilan, deux volumes indispensables, extrêmement denses, mais qu'il convient toujours d'aborder avec prudence.

'Texto', Tallandier, 2016, 713 et 663 pages. 12,50 euros (x 2).

ISBN : 979-10-210-1916-4 et 979-10-210-1917-1.

Mémoires d'un lionMémoires d'un lion
Repost 0
Published by guerres-et-conflits - dans Première Guerre mondiale
commenter cet article
16 mars 2016 3 16 /03 /mars /2016 06:00

Lettres de la Grande Guerre

1915-1919

Jean Giono

"2e classe sans Croix de guerre" comme il se présentera lui-même après la guerre, Jean Giono m'était surtout connu par son oeuvre sur le monde rural de Haute Provence (je n'ai jamais pu me détacher totalement des champs de lavande et considère toujours que les agneaux des Basses-Alpes sont les meilleurs...). On sait qu'il fut pacifiste et un temps "compagnon de route" du jeune Parti communiste durant l'entre-deux-guerres, mais cette première publication de sa correspondance de la Grande Guerre (il a alors 20-24 ans) est une très bonne idée, car elle donne du (jeune) homme qu'il est alors une autre image.

Ces lettres d'un simple soldat cultivé sont d'autant plus intéressantes que Giono sert sur quasiment l'ensemble du front ouest, de l'Alsace aux Flandres en passant par Verdun, la Somme et le Chemin des Dames, sans être pour autant (loin de là) toujours dans des secteurs dangereux. Même s'il affirme "Je fais la guerre en amateur", il n'en accomplit pas moins son devoir tout en ayant soin de tout faire pour se protéger, se maintenir en arrière des lignes, et comme le souligne Jacques Mény dans son introduction on voit peu à peu le jeune homme qui vient de quitter ses parents pour la première fois mûrir et devenir un adulte pleinement autonome. Affecté au fil du temps sur différents postes (observateur, radio, etc.), il n'a rejoint effectivement le front qu'à la fin du mois de mai 1916 pour arriver dans la région de Verdun avec le 140e RI, mais s'il peut raconter les séances d'instruction il ne participe pas directement aux combats pour "courbature fébrile" et "embarras gastrique". Au fil de cette correspondance, il s'efforce d'abord de rassurer ses parents (et surtout sa mère) : toutes les lettres commencent par l'affirmation qe sa santé est bonne. Il n'hésite pas à manier l'humour (parfois au deuxième degré), sait améliorer l'ordinaire avec ses camarades (les références aux paquets reçus sont extrêmement nombreuses) et recherche aussi les "bons plans" (lorsqu'il se prépare à partir pour un stage de TSF : "Voilà un bon filon. Je vais être à l'abri et au chaud cette fois. Et je ne ferai plus de marche", puis après son affectation comme radio : "Je suis maintenant un véritable embusqué"). On constate effectivement qu'à partir de la fin du mois de juin 1917 le rythme des permissions s'accélère sensiblement, et que les séjours à l'arrière sont à la fois nombreux et longs ("Nous sommes au repos pour longtemps, 30 ou 45 jours, très loin des lignes"). Certains propos peuvent surprendre ou sembler excessifs ("On s'ennuie bien un peu, mais enfin ce n'est rien à côté de ceux qui se font tuer, hélas ! Le moral est bon, le pinard aussi"), mais ils traduisent aussi une des réalités de l'avant moins souvent soulignée (parce que moins glorieuse ?). Il laisse à quelques reprises percer l'image des horreurs de la guerre pour les simpls soldats, mais globalement ne se met jamais en avant et ne "pose" pas.

Une correspondance très intéressante qui offre un autre (nouveau) regard sur cette réalité toujours diverse que fut la guerre. 

Revue Giono, hors-série 2015, Association des amis de Jean Giono, 341 pages, 20,- euros.

ISBN : 979-10-94078-01-3.

Pour commander l'ouvrage : ici.

2e classe sans Croix de guerre
Repost 0
Published by guerres-et-conflits - dans Première Guerre mondiale
commenter cet article
11 mars 2016 5 11 /03 /mars /2016 06:00

Verdun 1916

Antoine Prost et Gerd Krumeich

Deux éminents (et émérites) professeurs d'université spécialistes de la Grande Guerre, l'un français, l'autre allemand, croisent leurs points de vue et analyses sur la bataille de Verdun et surtout sa mémoire.

Ils abordent essentiellement le sujet de la bataille à partir de l'intérieur (opinion publique, propagande) et du quotidien des soldats des deux belligérants dans les combats, sans toutefois négliger les niveaux de commandement (première partie, "Les décisions", et deuxième, "Le vécu"), puis s'intéressent longuement au souvenir et à la mémoire de la bataille aussi bien du côté français que du côté allemand, jusqu'aux manifestations communes à haute portée symbolique de la Ve République. La conclusion est sans surprise : "Verdun dit autre chose : il abolit les différences, il fait de nos ancêtres les victimes d'une même folie meurtrière et par là de nous, en quelque façon, un même peuple ... C'est tout l'enjeu du discours mémoriel que tiennent les sites de Verdun et du champ de bataille". Ouvrage de grande qualité logiquement construit et parfaitement référencé, ce Verdun doit être connu de tous les amateurs de la Grande Guerre. Un esprit taquin y trouverait même une subtile évolution du discours des deux professeurs, que l'on a connu plus "sociaux-culturels" et moins attachés aux réalités militaires, qui contre toute attente parfois s'imposent dès que l'on veut faire un peu d'analyse tactique ou opérationnelle. Ils abordent des sujets aussi différents que la montée en ligne et la relève, les séjours dans les trous d'obus, les combats ("Les attaques, sauf celle du 21 février, ne partent pas de très loin, mais une centaine de mètres sur ce terrain, c'est déjà extrêmement long"), mais aussi la question de l'importance du moral pour "tenir" dans d'aussi extraordinairement dures conditions, avec ses hauts et ses bas, ses étonnantes résistances et ses rapprochements avec l'ennemi ou ses capitulations trop rapides. Le thème de la mémoire de Verdun durant l'entre-deux-guerres est particulièrement bien traité (les deux auteurs en sont justement parmi les plus grands spécialistes) et les précisions apportées à son instrumentalisation en France comme en Allemagne (sous des formes et dans des objectifs différents) sont tout-à-fait intéressantes.

Une publication qui comptera dans le paysage éditorial de cette année du centenaire.

Tallandier, Paris, 2016, 319 pages. 20,90 euros.

ISBN : 979-10-210-1638-5.

Histoire et mémoire de Verdun
Repost 0
Published by guerres-et-conflits - dans Première Guerre mondiale
commenter cet article

Qui Suis-Je ?

  • : Guerres-et-conflits
  • : Guerres et conflits XIXe-XXIe s. se fixe pour objectif d’être à la fois (sans prétendre à une exhaustivité matériellement impossible) un carrefour, un miroir, un espace de discussions. Sans être jamais esclave de la « dictature des commémorations », nous nous efforcerons de traiter le plus largement possible de toutes les campagnes, de tous les théâtres, souvent dans une perspective comparatiste. C’est donc à une approche globale de l’histoire militaire que nous vous invitons.
  • Contact

  • guerres-et-conflits
  • L'actualité de la presse, de l'édition et de la recherche en histoire

Partenariat

CHOUETTE

Communauté TB (1)

Recherche

Pour nous joindre

guerres-et-conflits@orange.fr

Cafés historiques de La Chouette

Prochaine séance : pour la rentrée de septembre. Le programme complet sera très prochainement mis en ligne.

Publications personnelles

Livres

 

doumenc-copie-1.jpgLa Direction des Services automobiles des armées et la motorisation des armées françaises (1914-1918), vues à travers l’action du commandant Doumenc

Lavauzelle, Panazol, 2004.

A partir de ma thèse de doctorat, la première étude d’ensemble sur la motorisation des armées pendant la Première Guerre mondiale, sous l’angle du service automobile du GQG, dans les domaines de l’organisation, de la gestion et de l’emploi, des ‘Taxis de la Marne’ aux offensives de l’automne 1918, en passant par la ‘Voie sacrée’ et la Somme.

 

La mobilisation industrielle, ‘premier front’ de la Grande Guerre ? mobil indus

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2005 (préface du professeur Jean-Jacques Becker).

En 302 pages (+ 42 pages d’annexes et de bibliographie), toute l’évolution industrielle de l’intérieur pendant la Première Guerre mondiale. Afin de produire toujours davantage pour les armées en campagne, l’organisation complète de la nation, dans tous les secteurs économiques et industriels. Accompagné de nombreux tableaux de synthèse.

 

colonies-allemandes.jpgLa conquête des colonies allemandes. Naissance et mort d’un rêve impérial

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2006 (préface du professeur Jacques Frémeaux).

Au début de la Grande Guerre, l’empire colonial allemand est de création récente. Sans continuité territoriale, les différents territoires ultramarins du Reich sont difficilement défendables. De sa constitution à la fin du XIXe siècle à sa dévolution après le traité de Versailles, toutes les étapes de sa conquête entre 1914 et 1918 (388 pages, + 11 pages d’annexes, 15 pages de bibliographie, index et cartes).

 

 caire damasDu Caire à Damas. Français et Anglais au Proche-Orient (1914-1919)

 14/18 Editions, Saint-Cloud, 2008 (préface du professeur Jean-Charles Jauffret).

Du premier au dernier jour de la Grande Guerre, bien que la priorité soit accordée au front de France, Paris entretient en Orient plusieurs missions qui participent, avec les nombreux contingents britanniques, aux opérations du Sinaï, d’Arabie, de Palestine et de Syrie. Mais, dans ce cadre géographique, les oppositions diplomatiques entre ‘alliés’ sont au moins aussi importantes que les campagnes militaires elles-mêmes.

 

hte silesieHaute-Silésie (1920-1922). Laboratoire des ‘leçons oubliées’ de l’armée française et perceptions nationales

‘Etudes académiques », Riveneuve Editions, Paris, 2009.

Première étude d’ensemble en français sur la question, à partir du volume de mon habilitation à diriger des recherches. Le récit détaillé de la première opération civilo-militaire moderne d’interposition entre des factions en lutte (Allemands et Polonais) conduite par une coalition internationale (France, Grande-Bretagne, Italie), à partir des archives françaises et étrangères et de la presse de l’époque (381 pages + 53 pages d’annexes, index et bibliographie).

 

cdt armee allde Le commandement suprême de l’armée allemande 1914-1916, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général von Falkenhayn 

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Le texte original de l’édition française de 1921 des mémoires de l’ancien chef d’état-major général allemand, accompagné d’un dispositif complet de notes infrapaginales permettant de situer les lieux, de rappeler la carrière des personnages cités et surtout de comparer ses affirmations avec les documents d’archives et les témoignages des autres acteurs (339 pages + 34 pages d’annexes, cartes et index).

 

chrono commChronologie commentée de la Première Guerre mondiale

Perrin, Paris, 2011.

La Grande Guerre au jour le jour entre juin 1914 et juin 1919, dans tous les domaines (militaire, mais aussi politique, diplomatique, économique, financier, social, culturel) et sur tous les fronts. Environ 15.000 événements sur 607 pages (+ 36 pages de bibliographie et d’index).

 

 Les secrets de la Grande Guerrecouverture secrets

Librairie Vuibert, Paris, 2012.

Un volume grand public permettant, à partir d’une vingtaine de situations personnelles ou d’exemples concrets, de remettre en lumière quelques épisodes peu connus de la Première Guerre mondiale, de la question du « pantalon rouge » en août 1914 à l’acceptation de l’armistice par von Lettow-Vorbeck en Afrique orientale, après la fin des hostilités sur le théâtre ouest-européen.

 

Couverture de l'ouvrage 'Mon commandement en Orient'Mon commandement en Orient, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général Sarrail

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2012

Le texte intégral de l'édition originale, passé au crible des archives publiques, des fonds privés et des témoignages des acteurs. Le récit fait par Sarrail de son temps de commandement à Salonique (1915-1917) apparaît véritablement comme un exemple presque caricatural de mémoires d'autojustification a posteriori

 

 

Coordination et direction d’ouvrages

 

Destins d’exception. Les parrains de promotion de l’Ecole Spéciale Militaire de Saint-Cyr

SHAT, Vincennes, 2002.

Présentation (très largement illustrée, 139 pages) des 58 parrains qui ont donné leur nom à des promotions de Saint-Cyr, entre la promotion « du Prince Impérial » (1857-1858) et la promotion « chef d’escadrons Raffalli » (1998-2001).

 

fflLa France Libre. L’épopée des Français Libres au combat, 1940-1945

SHAT, Vincennes et LBM, Paris, 2004.

Album illustré présentant en 191 pages l’histoire et les parcours (individuels et collectifs) des volontaires de la France Libre pendant la Seconde guerre mondiale.

 

marque courageLa marque du courage

SHD, Vincennes et LBM, Paris, 2005.

Album illustré présentant en 189 pages l’histoire des Croix de Guerre et de la Valeur Militaire, à travers une succession de portraits, de la Première Guerre mondiale à la Bosnie en 1995. L’album comporte en annexe une étude sur la symbolique, les fourragères et la liste des unités d’active décorées.

 

  90e anniversaire de la Croix de guerre90-ANS-CROIX-DE-GUERRE.jpg

SHD, Vincennes, 2006.

Actes de la journée d’études tenue au Musée de l’Armée le 16 novembre 2005. Douze contributions d’officiers historiens et d’universitaires, français et étrangers, de la naissance de la Croix de guerre à sa perception dans la société française, en passant les décorations alliées similaires et ses évolutions ultérieures.

 

france grèceLes relations militaires franco-grecques. De la Restauration à la Seconde guerre mondiale 

SHD,Vincennes, 2007.

Durant cette période, les relations militaires franco-grecques ont été particulièrement intenses, portées à la fois par les sentiments philhellènes qui se développent dans l’hexagone (la France est l’une des ‘Puissances protectrices’ dès la renaissance du pays) et par la volonté de ne pas céder d’influence aux Anglais, aux Allemands ou aux Italiens. La campagne de Morée en 1828, l’intervention en Crète en 1897, les opérations en Russie du Sud  en 1919 constituent quelques uns des onze chapitres de ce volume, complété par un inventaire exhaustif des fonds conservés à Vincennes.

 

verdunLes 300 jours de Verdun

Editions Italiques, Triel-sur-Seine, 2006 (Jean-Pierre Turbergue, Dir.).

Exceptionnel album de 550 pages, très richement illustré, réalisé en partenariat entre les éditions Italiques et le Service historique de la Défense. Toutes les opérations sur le front de Verdun en 1916 au jour le jour.

 

DICO-14-18.jpgDictionnaire de la Grande Guerre

(avec François Cochet), 'Bouquins', R. Laffont, 2008.

Une cinquantaine de contributeurs parmi les meilleurs spécialistes de la Grande Guerre, 1.100 pages, 2.500 entrées : toute la Première Guerre mondiale de A à Z, les hommes, les lieux, les matériels, les opérations, les règlements, les doctrines, etc.

 

fochFerdinand Foch (1851-1929). Apprenez à penser

(avec François Cochet), 14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Actes du colloque international tenu à l’Ecole militaire les 6 et 7 novembre 2008. Vingt-quatre communications balayant tous les aspects de la carrière du maréchal Foch, de sa formation à son héritage dans les armées alliées par des historiens, civils et militaires, de neuf nations (461 pages + 16 pages de bibliographie).

Sur la toile