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29 octobre 2013 2 29 /10 /octobre /2013 06:35

La bataille de la Marne

Jean-François Copé

en collaboration avec Frédéric Guelton

Commençons immédiatement par le surprenant duo annoncé en couverture de l'ouvrage. Maire de Meaux, député de Seine et Marne, président de l'UMP entre autres activités principales, Jean-François Copé dispose donc de journées de 48 ou 72 heures, puisqu'il a également, en plus de sa présence dans les médias, de ses déplacements en province, de ..., de ..., etc., le temps d'effectuer des recherches, de consulter des archives et de rédiger un ouvrage d'histoire. Tous ceux qui ont un jour publié un livre apprécieront l'exploit. Sauf à considérer que la "collaboration" de Frédéric Guelton, à peine évoquée en introduction, soit plus importante qu'elle n'est officiellement reconnue ?

Venons en au fond et au livre en lui-même. Il y a, bien sûr, une part de discours convenu (il ne s'agit pas d'histoire officielle puisque monsieur Copé est dans l'opposition) autour d'une trame très "roman national". Les questions (en particulier diplomatiques et politiques mais aussi militaires -le renseignement, les unités de réserve allemandes, les Taxis de la Marne, l'escadron Gironde, l'emploi du corps de cavalerie, les limogeages, la crise des munitions, etc.-) qui pourraient être génantes sont rapidement passées, en une phrase bien tournée qui ne remet rien en cause tout en laissant entendre que peut-être... Ceci étant dit, l'album dans son ensemble fait très bonne figure et restera certainement comme l'une des publications importantes de cet avant-centenaire. En trois grandes parties ("La guerre, coup de tonnerre dans un ciel d'été", "La bataille", "Après la bataille, la guerre continue"), l'auteur (les auteurs, zut, encore !) brosse(nt) un excellent tableau général de la situation et des événements du deuxième semestre de l'année 1914. Les cartes sont précises et très lisibles, les encarts nombreux, l'iconographie (très) souvent exceptionnelle. Même s'il ne fallait qu'évoquer l'iconographie, le livre mériterait d'ailleurs d'être cité. Le récit détaillé permet de suivre la campagne au niveau des autorités civiles et militaires, du commandant en chef au simple soldat, Si elles ne sont pas développées, presque toutes les thématiques sont néanmoins évoquées et il appartient au lecteur de chercher, dans d'autres ouvrages (peut-être moins consensuels mais plus précis) tous les compléments d'information nécessaires.

Un beau livre, qui a sans aucun doute tout pour ravir le grand public et dont la présentation fait un cadeau de choix pour ces fêtes de fin d'année. Un bel album qui devrait contribuer à "populariser" dans le pays les manifestations du centenaire et l'histoire de la Grande Guerre. Pour cela au moins, il mérite d'être connu.

Tallandier, 2013, 159 pages. 29,90 euros.
ISBN : 979-10-210-0149-7.

Présentation disponible sur : http://www.labatailledelamarne.com/

Beau livre, surprenant duo
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26 octobre 2013 6 26 /10 /octobre /2013 10:05

Avec une batterie de 75

1914-1916

Paul Lintier

Encore une nouvelle édition d'un carnet de combattant ? Non. Mieux. Deux en un seul livre.

Il s'agit en fait de la réédition en un seul ensemble de deux volumes édités pour le premier dès la guerre, qui ont fait l'objet de commentaires très élogieux et qui ont connu très vite une certaine notoriété. Paul Lintier, enfant de Mayenne devenu lyonnais d'adoption, révait d'une carrière littéraire, avait publié quelques premiers textes, et se révèle ici comme un auteur puissant. Il s'agit donc de Ma pièce, souvenirs d'un canonnier, 1914, et de Le tube 1233, souvenirs d'un chef de pièce, 1915-1916. Le premier nous conduit de la mobilisation à la blessure et l'évacuation du front du rédacteur sur l'AIsne en septembre 1914 (pp. 17-169), le second du Lingekopf en juillet 1915 en Lorraine en mars 1916 via la Champagne et le Vieil Armand (pp. 173-297). Au fil des pages, la réalité de la vie d'un artilleur en campagne s'impose, à travers des descriptions précises et des dialogues reconstitués, de la retraite d'août 1914 à sa première expérience du feu et  aux premiers blessés, puis la bataille de la Marne avec l'armée Maunoury, l'odeur de la mort souvent, les conditions météo toujours, la confiance dans les chefs immédiats, les doutes sur les discours officiels, les préparations d'artillerie, les PC camouflés et les batteries à demi-enterrées, la nourriture et les repas, le courrier bien sûr et le mauvais abri que l'on tente d'aménager lorsque c'est possible, mais aussi les différents calibres des obus allemands que l'on reconnait à leurs bruits caractéristiques, les cris au milieu des tirs pour le réglage des pièces, les effets des tirs ennemis et la camaraderie dans un petit groupe d'hommes, etc. Et après plusieurs jours de bombardements et de tirs de contre-batterie, ce 4 janvier 1916 : "Journée d'extraordinaire  soleil, de ciel bleu et de silence. On savoure tous les instants". Lintier, artilleur, n'est pas en première ligne ("Derrière les crêtes qui nous dissimulent à l'ennemi, nous ignorons tout de ce qui s'accomplit là-bas ... Au bruit, on cherche à suivre la marche de l'offensive"), mais il vit dans des conditions très proches et n'est pas un "embusqué" pour autant, blessé puis tué au combat.

Une histoire sobre et vraie. Un témoignage à connaître absolument.

Bernard Giovanangeli Editeur, Paris, 318 pages, 23 euros.

ISBN : 978-2-7587-0107-1.

Souvenirs d'un artilleur
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25 octobre 2013 5 25 /10 /octobre /2013 06:35

1914-2014

L'Europe sortie de l'histoire ?

Jean-Pierre Chevènement

Les positions politiques de Jean-Pierre Chevènement sont bien connues et ce n’est donc pas un livre d’histoire qui nous est ici proposé, mais une analyse des évènements sous le double filtre de leur perception et de leurs conséquences qui nous est proposée par l’auteur.

La première moitié du livre est en prise directe avec la Grande Guerre, à travers une lecture parfois un peu rapide ou abrupte des événements, mais qui a pour prétention d’aller à l’essentiel et de ne pas se laisser enfermer dans une « commémoration molle ». Constatant à juste titre que des pans entiers de l’histoire de la Première Guerre mondiale ont été plus ou moins oubliés par « une mémoire approximative … et surtout sélective » et que « le présent instrumente la lecture du passé », l’ancien ministre ne fait finalement pas autre chose à rebours. Ceci nous vaut quelques phrases cinglantes sur « la volonté d’occulter, au nom des bons sentiments, des vérités gênantes ». D’un strict point de vue de rigueur historique, on peut donc reprocher le même défaut à l’auteur (la multiplication des références à des ouvrages parus en France en 1915 laisse rêveur, l’analyse de la controverse Fischer en Allemagne, etc.), mais lorsque quelqu’un lance un pavé un peu lourd dans une mare d’unanimisme, c’est finalement assez satisfaisant ! La seconde partie est presque exclusivement centrée sur des questions très politiques et très actuelles qui constituent le « cheval de bataille » le plus fréquent de l’élu du territoire de Belfort (rôle et place des nations en Europe, politique industrielle et monétaire européenne, négociations économiques internationales, évolutions de la Chine, etc.) et intéressera donc plus le citoyen que l’historien, mais, après tout, chacun d’entre nous n'est-il pas à la fois l’un et l’autre.

Bref, un livre politique, qui part de 1914-1918, ou qui utilise 1914-1918, pour se consacrer essentiellement à l’illustration et à la défense des thèmes chers à son auteur (« On peut donc prévoir sans grand risque d’erreur que la commémoration du centenaire de l’éclatement de la Première Guerre mondiale sera l’occasion de chanter non pas tant l’idée européenne, en elle-même peu contestable, … que la construction libérale dévoyée et manipulée qui s’est érigée en son nom »), avec la  mise en débat d’une certaine présentation de « l’histoire officielle ».

Fayard, Paris, 2013, 341 pages, 20 euros.

ISBN : 978-2-213-67257-1.

Conséquences...
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24 octobre 2013 4 24 /10 /octobre /2013 06:35

Reims, 1914-1918

De la guerre à la paix

Jean-François Boulanger, Philippe Buton, Yohann Chanoir,

Frédéric Gugelot et Yan Harlaut (Dir.)

Les (très) belles réalisations se succèdent à l'approche du centenaire. Avec ce volume très richement illustré, les éditions La Nuée Bleue de Strasbourg marquent un point. Une trentaine d’auteurs, d’origines et de parcours variés, ont été rassemblés par les directeurs de ce magnifique album pour un résultat absolument superbe.

La très riche iconographie met en valeur les textes qui, après une introduction de Jean-Jacques Becker, sont organisés en une quarantaine de chapitres réunis en trois grandes parties : « Reims et le pays rémois pendant la Grande Guerre », « Mémoires de la Grande Guerre » et « Reconstruire et construire ». Les sujets abordés vont par exemple de « Reims, une ville sur le front » (André Bach) à « La municipalité sous les obus » (Michel Royer), de « A l’école sous les bombes » (Jean-François Boulanger) à « Compatir, soutenir, s’indigner : les visites à la cathédrale » (Hervé Chabaud), de « Graffitis de guerre dans les caves de champagne » (Jérôme Buttet) à « Photographier la guerre : Loys Roux, prêtre-reporter » (Yann Prouillet), de « Visiter les champs de bataille » (François Cochet) à un ensemble de sept articles sur les monuments aux morts et les cimetières militaires, des « Plans de reconstruction » (Olivier Rigaud) aux mouvements d’opinion de l’entre-deux-guerres, à la période 1940-1945 (et la capitulation allemande dans la ville), à la réconciliation de 1962 et à l’enseignement de la Première Guerre mondiale.

On le voit, il ne s’agit pas seulement d’une très belle réalisation d’un point de vue esthétique (photos noir et blanc et couleurs, tableaux, cartes et plans, etc.), mais également d’un album où le texte tient toute sa place et joue pleinement son rôle. Un siècle d’histoire de Reims, de sa région et de France, par l’image et par les mots. La ville restée « quatre ans sous le feu des canons allemands » méritait d’être mise à l’honneur avant même le début des commémorations du centenaire. Voilà qui est fait, à juste titre et de magnifique manière.

La Nuée Bleue, Strasbourg, 2013, 224 pages, 39,00 euros.
ISBN : 978-2-7165-0827-8.

 

Très, très beau
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23 octobre 2013 3 23 /10 /octobre /2013 06:30

1913

The World before the Great War

Charles Emmerson

Dans cet ouvrage particulièrement bien référencé, Charles Emmerson tente d'expliquer que les événements survenus à partir d'août 1914 ont complètement modifié notre perception et notre compréhension du monde tel qu'il était réellement en 1913, un an avant la Grande Guerre.

Le livre est divisé en quatre grandes parties qui présentent successivement les différentes capitales et grandes métropoles de la planète telles qu'elles étaient avant le premier conflit mondial. "Center of the Universe" nous entraine dans les principales capitales européennes (Londres, Paris, Berlin, Rome, Vienne et Saint-Petersbourg), "The Old New World" traite des cités américaines (Washington, New York, Detroit, Los Angeles et Mexico), "The World Beyond" des villes émergentes (Winnipeg-Melbourne, Buenos Aires, Alger, Bombay, Durban, Téhéran, Jerusalem), et "Twilight Powers" de métropoles impériales (Constantinople, Pkin, Shangai, Tokyo) avant un retour à Londres. Au fil des visites, nous voyons à la fois comment ces villes sont perçues et comment elles se développent, se vivent et se voient elles-mêmes. Nous en avons la présentation politique, économique, culturelle, nous pouvons évaluer leur cohésion sociale parfois bien relative et nous apprécions les progrès techniques qui y sont réalisés (nombreux renseignements chiffrés donnés). L'image qui globalement peut en être retirée est celle d'une marche vers le progrès (sous l'égide du monde anglo-saxon déjà et en particulier du Royaume-Uni et de la City), l'image d'un monde où les améliorations de la vie des populations s'accélèrent dans l'ordre et la sécurité, y compris dans les territoires les plus éloignés ou ceux qui connaissent les difficultés les plus graves. Ce monde ne se doute en rien de l'imminence d'une catastrophe planétaire, au contraire.

Alors ? Aveuglement ? Fragilité excessive ? Constat que rien n'est écrit à l'avance dans l'histoire des hommes ? La brève dernière partie qui trace un parallèle avec le monde d'après 1918 laisse ouverte plusieurs pistes. Un livre très intéressant parce qu'il sort d'une espèce de "trou noir" la période immédiatement antérieure à la Grande Guerre, sans tenir compte de ce que l'on sait de la suite des événements, telle que les contemporains ont pu la vivre. Un livre important avant d'aborder le centenaire et les inévitables affirmations sentencieuses sur le caractère "inexorable" de la marche vers la guerre.

La globalisation des échanges a déjà en grande partie fait son oeuvre. Une mise au point très intéressante.

The Bodley Head, Londres, 2013, 528 pages.

ISBN : 978-1-847-92226-7.

Jusqu'ici tout va bien ...
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23 octobre 2013 3 23 /10 /octobre /2013 06:20

Le jour le plus meurtrier de l'histoire de France

22 août 1914

Jean-Michel Steg

Ni centrée sur la bataille des Frontières dans le secteur du corps colonial, ni sur la bataille de Charleroi de la Ve Armée, ni sur les violences allemandes contre les civils dans les territoires belges et français occupés, le livre se présente finalement comme une tentative pour essayer de comprendre comment plus de 25.000 soldats français ont pu être tués en différents points au cours de cette si meurtrière journée et plus largement ce qu’il en fut de cette violence au début de la guerre.

Tous ces sujets pourtant sont traités, et bien d’autres questions avec eux. L’auteur s’intéresse ainsi utilement à l’organisation générale des armées, à l’armement des troupes, au processus de mobilisation avec des remarques parfois très justes, et il relève points faibles et points forts des deux belligérants, idées reçues et a priori également.  Mais le livre porte également la marque d’autres a priori (par exemple la tarte à la crème de la tenue : « Cette doctrine de l’attaque à outrance contribue à expliquer pourquoi les Français abordent 1914 habillés de képis rouges, de capotes bleues et de pantalons garance »). On apprécie la contextualisation de nombreux aspects des premières semaines de guerre, mais là aussi rappelons qu’une armée n’est jamais que l’émanation de sa société d’appartenance : si « les généraux » ou « le haut commandement » (termes génériques bien faciles) sont (plus ou moins) adeptes de telle idée ou de telle conception, il faut toujours faire le lien avec les idées et conceptions généralement admises au sein de la-dite société au même moment.

Le livre est cependant très intéressant. Il porte certes la marque, l’empreinte, d’une « école » (cf. les références infrapaginales et la bibliographie), mais il n’est pas univoque et, comme il va au-delà de ce que son seul titre peut laisser penser, présente de nombreuses pistes de réflexion. A lire attentivement, en parallèle et/ou en complément, d’autres études actuellement disponibles pour se forger une vision d’ensemble des premières semaines de guerre.

Fayard, Paris, 2013, 254 pages, 15 euros.

ISBN : 978-2-213-67780-4.

Le "jour noir" de l'armée française
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22 octobre 2013 2 22 /10 /octobre /2013 06:35

L'adieu à l'Europe

L'Amérique latine et la Grande Guerre

Olivier Compagnon

Nous ne pouvons que nous réjouir de voir paraître des études qui insistent sur le caractère mondial de la Grande Guerre, thème sur lequel nous insistons depuis longtemps et qui nous semble particulièrement important.

Dans cet ensemble, le livre d’Olivier Compagnon traite du continent qui est sans doute le moins étudié de tous durant cette période : l’Amérique latine. Dans son introduction, l’auteur fait en particulier un point de la maigre historiographie en la matière, qu’il s’efforce d’expliquer. L’ouvrage est organisé en trois grandes parties qui permettent de ratisser extrêmement large : « De la guerre européenne à la guerre américaine » (de « la plus complète neutralité » en 1914 au « grand dilemme de 1917 »), avec les questions économiques, sociales, celles des minorités et des migrants et les implications de politique intérieure propres à chaque pays ; « L’Europe barbare » (de la réalité nouvelle des combats aux « espoirs déçus de la sortie de guerre »), avec en particulier un paragraphe sur « Une défaite de la morale et de la raison » ; et « La Grande Guerre, la nation, l’identité », qui insiste sur les conséquences pour chaque Etat, dans les années 1920, sur les conséquences aussi bien au sein de chaque communauté que dans les « origines du nationalisme économique ». Les liens institutionnels ou informels, les attachements plus ou moins sentimentaux avec la France (plus qu’avec le Royaume-Uni) ou l’Allemagne, sont bien mis en relief, ainsi que le rôle et la place des Etats-Unis dans leur sous-région méridionale : « L’Argentine et le Brésil font le deuil de leurs amours européennes et se mettent en quête d’une essence nationale tout en redoutant le viol de leur indépendance par les Etats-Unis ». On peut cependant regretter que les conséquences bien réelles (et souvent oubliées) de l’entrée en guerre des républiques centre et sud-américaines (en particulier dans le domaine naval) ne soient pas davantage mises en valeur.

On apprécie les plus de quarante pages de notes et d’index, les premières fournissant aux chercheurs francophones de nouvelles pistes et références peu connues sous nos latitudes. Un travail original et très intéressant qui mérite de figurer dans toute bonne bibliothèque.

Fayard, Paris, 2013, 394 pages, 24 euros.

ISBN : 978-2-213-67208-3.

Une guerre réellement mondiale
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22 octobre 2013 2 22 /10 /octobre /2013 06:30

Une honte pour l'humanité

Journal (mars 1916 - septembre 1917)

Henri Charbonnier

Nouvelle publication d’un témoignage de combattant, qui présente l’originalité d’être celui d’un « petit entrepreneur privé » et de couvrir une période en amont et en aval de l’offensive Nivelle d’avril 1917. Dans son introduction, Rémy Cazals présente l’enquête qu’il a fallu mener pour identifier le parcours militaire de l’auteur. A ce propos, il ne s’agit pas dans les JMO de « se couvrir » en évitant de parler de ce qui est peu valorisant pour tel ou tel officier : les Journaux des marches et opérations sont des documents administratifs et réglementaires dont la forme et le contenu sont pré-définis, et il est inutile d’y chercher ce que l’on ne peut pas y trouver (même si à cette époque une certaine liberté de rédaction existe).

Dans l’ensemble, le texte est intéressant même s'il est dans ses grandes lignes peu différent de ce que l'on trouve déjà par ailleurs, et l’on constate sans surprise que les colonels et généraux en prennent régulièrement (et sans jeu de mots) pour leur grade. A force, d’ailleurs, pour employer un anachronisme, le propos fait un peu populiste : le colonel qui, lui, peut manger des produits frais, le général qui coûte trop cher « sur nos impôts », les punitions collectives injustifiées, les travaux d'aménagement du terrain ou des abris pour lesquels on n’a ni l’équipement ni la formation, le général qui veut « une étoile de plus sur sa manche », l’entrainement imbécile « qui consiste à recommencer les bêtises du temps de paix et de caserne », les profiteurs de guerre qui vendent les denrées aux poilus à des tarifs excessifs (« les commerçants font des affaires en or »), une « débauche sans pareille et très affichée » dans les villes de l’immédiat arrière-front, le désir de paix et les fatigues au quotidien, quelques échos des débats parlementaires parisiens, etc. Des propos plus originaux peut-être, dans l’air de l’époque en tout cas, à propos des femmes qui travaillent dans les  usines de l’arrière (« Si chaque femme se disait que le type qu’elle remplace, c’est pour l’envoyer aux tranchées, elle réfléchirait peut-être un peu plus avant de le faire ») ; ou les réactions aux propositions de paix allemandes de la fin de l’année 1916 (« Si l’on consultait tous ceux qui sont aux tranchées, tout serait vite conclu. Le vase commence à être à peu près plein. Et la perspective de nouvelles attaques ne peut réjouir que ceux qui n’y prennent pas part »).

Le « ras-le-bol » s’installe ainsi bien avant l’offensive du printemps 1917. Les journées du 16 et 17 avril finissent de saper un moral déjà largement entamé. Incompréhension à la base des ordres préparés plus haut dans la hiérarchie, constat du coût humain et des pertes : dès le 26, « les hommes sont furieux de remonter en 1ère ligne. Exténués comme ils sont, le moral très bas, ils disent à qui veut l’entendre qu’ils sont prêts à faire ‘camarade’ », le 28 « une section de la 19e n’a pas voulu monter en ligne et, si le reste de la compagnie l’avait su, ils auraient imité leurs camarades. Ils restent déséquipés malgré les ordres et prêts à se rendre si l’ennemi attaque ». Au fil des jours qui suivent, Henri Charbonnier décrit la mise au repos du régiment, les tentatives pour le faire remonter en ligne, les mutineries au sein de la 41e DI, les grèves à l’arrière et les circulaires Pétain qui dénotent « une compréhension plus grande du soldat et une tendance à la conciliation », mais laissent sceptiques dans l’attente de réalisations concrètes. A l'été, la satisfaction (réelle ou supposée) des demandes des ouvriers qui « s’enrichissent presque au détriment des camarades du front » suscite l’indignation : « Si c’est cela la solidarité socialiste, c’est du propre et c’est à nous dégoûter de l’ouvrier en général ».

Au bilan, un petit volume très riche, mais qui ne se distingue pas fondamentalement d’autres publications antérieures, et dans lequel les propos de l’auteur tiennent (comme souvent) autant du constat brut que de l’analyse à froid ou de la réaction « épidermique ». A inclure dans la documentation existante comme un nouvel élément constitutif d’un tout plus large.

EDHISTO, 2013, 131 pages, 15 euros.
ISBN : 978-2-35515-013-5.

Quotidien d'un soldat
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20 octobre 2013 7 20 /10 /octobre /2013 06:35

Le dernier été d'Alain Fournier

Michel Baranger

On sait que le célèbre auteur du Grand Maulnes a trouvé la mort quelques sept semaines après le début effectif de la Première Guerre mondiale, dans le secteur de la tranchée de Calonne. Beaucoup de choses ont été écrites sur les circonstances de son décès, à la suite d’un accrochage avec une ambulance allemande, dans des circonstances restées controversées.

Michel Barranger décrit avec un soin scrupuleux la mobilisation au 288e RI de réserve du lieutenant Fournier, son affectation à la 23e compagnie, son rôle d’officier adjoint dans l’équipement de ses hommes et la montée en puissance de l’unité.  Puis c’est le départ vers la frontière du nord-est, les lettres à la famille et aux amis, le stationnement très provisoire dans la région d’Etain. Engagé à partir du 23 août au sein du Groupe de divisions de réserve sur l’aile de la IIIe Armée, le régiment de Fournier connait de durs combats à l’est, au nord et à l’ouest de Verdun, entre Eton et Osches. A partir du 20/21 septembre, le 288e RI, où Fournier a pris le commandement de sa compagnie, est dans le secteur des Eparges et de Saint-Rémy-la-Calonne, et c’est là que se noue le drame.  Les pages 55 - 94 sont consacrées à la reconstitution aussi précise que possible (mais « l’historien en est réduit à des conjectures, fondées sur des témoignages personnels bien plus tardifs et évidemment plus subjectifs ») des événements. L’auteur s’appuie donc sur les quelques documents officiels (JMO en particulier), dont les indications sont très fragmentaires et sur les récits ultérieurs, qu’il critique et commente, qu’ils soient d’origine française ou allemande. Il analyse également des sources contradictoires à l’aune de la réalité du terrain, ce qui représente un bel exercice de « micro-histoire bataille ». Les deux dernières parties enfin ont trait à la découverte des corps des soldats français tombés lors de cet engagement et à la mémoire d’Alain Fournier, essentiellement dans la région.

Une douzaine d’annexes complètent cette étude, qui se termine sur une bonne bibliographie. L’ensemble du texte est soutenu par un appareil de notes en bas de page, comporte quelques cartes détaillées et bénéficie de l’insertion d’encarts qui précisent tel aspect de l’organisation militaire ou l’emploi particulier de telle unité. Bref, un volume très riche, nous seulement pour ceux qui s’intéressent à la littérature et aux écrivains dans la Grande Guerre, mais aussi, par sa précision, pour ceux qui souhaitent approcher de plus près les combats dans la région de Verdun pendant la phase de guerre de mouvement.

Bernard Giovanangeli Editeur, Paris, 2013, 169 pages. 17,50 euros.
ISBN : 978-2-7587-0109-5.

Les dernières semaines du lieutenant Fournier
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19 octobre 2013 6 19 /10 /octobre /2013 06:35

Le petit quizz de la Grande Guerre

Grégoire Thonnat

Un tout petit volume (il tient vraiment dans la poche), présenté quand même par Jean-jacques Becker, et qui propose 100 questions (et leurs réponses, bien sûr) sur la Première Guerre mondiale. Pour réviser soi-même, ou pour jouer en famille. C'est bien fait, pas trop ardu, et susceptible d'intéresser aussi bien les grands que les petits.

En complément, à la fin du volume, une chronologie sommaire, "les dix choses qui n'auraient peut-être pas vu le jour sans la Grande Guerre" (et il y en a d'autres), les 10 films de références et les 10 ouvrages à lire, puis les principaux sites et lieux de mémoire dans les différentes régions. Un petit volume plaisant et qui peut facilement être offert.

On adopte !

Editions Pierre de Taillac, Paris, 2013, 151 pages. 4,90 euros.

ISBN : 978-2-36445-026-4.

Le plus pour ceux qui veulent feuilleter el livre :

http://editionspierredetaillac.com/index.php?id_product=28&controller=product

Questions pour un champion !
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Qui Suis-Je ?

  • : Guerres-et-conflits
  • : Guerres et conflits XIXe-XXIe s. se fixe pour objectif d’être à la fois (sans prétendre à une exhaustivité matériellement impossible) un carrefour, un miroir, un espace de discussions. Sans être jamais esclave de la « dictature des commémorations », nous nous efforcerons de traiter le plus largement possible de toutes les campagnes, de tous les théâtres, souvent dans une perspective comparatiste. C’est donc à une approche globale de l’histoire militaire que nous vous invitons.
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Cafés historiques de La Chouette

Prochaine séance : pour la rentrée de septembre. Le programme complet sera très prochainement mis en ligne.

Publications personnelles

Livres

 

doumenc-copie-1.jpgLa Direction des Services automobiles des armées et la motorisation des armées françaises (1914-1918), vues à travers l’action du commandant Doumenc

Lavauzelle, Panazol, 2004.

A partir de ma thèse de doctorat, la première étude d’ensemble sur la motorisation des armées pendant la Première Guerre mondiale, sous l’angle du service automobile du GQG, dans les domaines de l’organisation, de la gestion et de l’emploi, des ‘Taxis de la Marne’ aux offensives de l’automne 1918, en passant par la ‘Voie sacrée’ et la Somme.

 

La mobilisation industrielle, ‘premier front’ de la Grande Guerre ? mobil indus

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2005 (préface du professeur Jean-Jacques Becker).

En 302 pages (+ 42 pages d’annexes et de bibliographie), toute l’évolution industrielle de l’intérieur pendant la Première Guerre mondiale. Afin de produire toujours davantage pour les armées en campagne, l’organisation complète de la nation, dans tous les secteurs économiques et industriels. Accompagné de nombreux tableaux de synthèse.

 

colonies-allemandes.jpgLa conquête des colonies allemandes. Naissance et mort d’un rêve impérial

14/18 Editions, Saint-Cloud, 2006 (préface du professeur Jacques Frémeaux).

Au début de la Grande Guerre, l’empire colonial allemand est de création récente. Sans continuité territoriale, les différents territoires ultramarins du Reich sont difficilement défendables. De sa constitution à la fin du XIXe siècle à sa dévolution après le traité de Versailles, toutes les étapes de sa conquête entre 1914 et 1918 (388 pages, + 11 pages d’annexes, 15 pages de bibliographie, index et cartes).

 

 caire damasDu Caire à Damas. Français et Anglais au Proche-Orient (1914-1919)

 14/18 Editions, Saint-Cloud, 2008 (préface du professeur Jean-Charles Jauffret).

Du premier au dernier jour de la Grande Guerre, bien que la priorité soit accordée au front de France, Paris entretient en Orient plusieurs missions qui participent, avec les nombreux contingents britanniques, aux opérations du Sinaï, d’Arabie, de Palestine et de Syrie. Mais, dans ce cadre géographique, les oppositions diplomatiques entre ‘alliés’ sont au moins aussi importantes que les campagnes militaires elles-mêmes.

 

hte silesieHaute-Silésie (1920-1922). Laboratoire des ‘leçons oubliées’ de l’armée française et perceptions nationales

‘Etudes académiques », Riveneuve Editions, Paris, 2009.

Première étude d’ensemble en français sur la question, à partir du volume de mon habilitation à diriger des recherches. Le récit détaillé de la première opération civilo-militaire moderne d’interposition entre des factions en lutte (Allemands et Polonais) conduite par une coalition internationale (France, Grande-Bretagne, Italie), à partir des archives françaises et étrangères et de la presse de l’époque (381 pages + 53 pages d’annexes, index et bibliographie).

 

cdt armee allde Le commandement suprême de l’armée allemande 1914-1916, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général von Falkenhayn 

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Le texte original de l’édition française de 1921 des mémoires de l’ancien chef d’état-major général allemand, accompagné d’un dispositif complet de notes infrapaginales permettant de situer les lieux, de rappeler la carrière des personnages cités et surtout de comparer ses affirmations avec les documents d’archives et les témoignages des autres acteurs (339 pages + 34 pages d’annexes, cartes et index).

 

chrono commChronologie commentée de la Première Guerre mondiale

Perrin, Paris, 2011.

La Grande Guerre au jour le jour entre juin 1914 et juin 1919, dans tous les domaines (militaire, mais aussi politique, diplomatique, économique, financier, social, culturel) et sur tous les fronts. Environ 15.000 événements sur 607 pages (+ 36 pages de bibliographie et d’index).

 

 Les secrets de la Grande Guerrecouverture secrets

Librairie Vuibert, Paris, 2012.

Un volume grand public permettant, à partir d’une vingtaine de situations personnelles ou d’exemples concrets, de remettre en lumière quelques épisodes peu connus de la Première Guerre mondiale, de la question du « pantalon rouge » en août 1914 à l’acceptation de l’armistice par von Lettow-Vorbeck en Afrique orientale, après la fin des hostilités sur le théâtre ouest-européen.

 

Couverture de l'ouvrage 'Mon commandement en Orient'Mon commandement en Orient, édition annotée et commentée des souvenirs de guerre du général Sarrail

14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2012

Le texte intégral de l'édition originale, passé au crible des archives publiques, des fonds privés et des témoignages des acteurs. Le récit fait par Sarrail de son temps de commandement à Salonique (1915-1917) apparaît véritablement comme un exemple presque caricatural de mémoires d'autojustification a posteriori

 

 

Coordination et direction d’ouvrages

 

Destins d’exception. Les parrains de promotion de l’Ecole Spéciale Militaire de Saint-Cyr

SHAT, Vincennes, 2002.

Présentation (très largement illustrée, 139 pages) des 58 parrains qui ont donné leur nom à des promotions de Saint-Cyr, entre la promotion « du Prince Impérial » (1857-1858) et la promotion « chef d’escadrons Raffalli » (1998-2001).

 

fflLa France Libre. L’épopée des Français Libres au combat, 1940-1945

SHAT, Vincennes et LBM, Paris, 2004.

Album illustré présentant en 191 pages l’histoire et les parcours (individuels et collectifs) des volontaires de la France Libre pendant la Seconde guerre mondiale.

 

marque courageLa marque du courage

SHD, Vincennes et LBM, Paris, 2005.

Album illustré présentant en 189 pages l’histoire des Croix de Guerre et de la Valeur Militaire, à travers une succession de portraits, de la Première Guerre mondiale à la Bosnie en 1995. L’album comporte en annexe une étude sur la symbolique, les fourragères et la liste des unités d’active décorées.

 

  90e anniversaire de la Croix de guerre90-ANS-CROIX-DE-GUERRE.jpg

SHD, Vincennes, 2006.

Actes de la journée d’études tenue au Musée de l’Armée le 16 novembre 2005. Douze contributions d’officiers historiens et d’universitaires, français et étrangers, de la naissance de la Croix de guerre à sa perception dans la société française, en passant les décorations alliées similaires et ses évolutions ultérieures.

 

france grèceLes relations militaires franco-grecques. De la Restauration à la Seconde guerre mondiale 

SHD,Vincennes, 2007.

Durant cette période, les relations militaires franco-grecques ont été particulièrement intenses, portées à la fois par les sentiments philhellènes qui se développent dans l’hexagone (la France est l’une des ‘Puissances protectrices’ dès la renaissance du pays) et par la volonté de ne pas céder d’influence aux Anglais, aux Allemands ou aux Italiens. La campagne de Morée en 1828, l’intervention en Crète en 1897, les opérations en Russie du Sud  en 1919 constituent quelques uns des onze chapitres de ce volume, complété par un inventaire exhaustif des fonds conservés à Vincennes.

 

verdunLes 300 jours de Verdun

Editions Italiques, Triel-sur-Seine, 2006 (Jean-Pierre Turbergue, Dir.).

Exceptionnel album de 550 pages, très richement illustré, réalisé en partenariat entre les éditions Italiques et le Service historique de la Défense. Toutes les opérations sur le front de Verdun en 1916 au jour le jour.

 

DICO-14-18.jpgDictionnaire de la Grande Guerre

(avec François Cochet), 'Bouquins', R. Laffont, 2008.

Une cinquantaine de contributeurs parmi les meilleurs spécialistes de la Grande Guerre, 1.100 pages, 2.500 entrées : toute la Première Guerre mondiale de A à Z, les hommes, les lieux, les matériels, les opérations, les règlements, les doctrines, etc.

 

fochFerdinand Foch (1851-1929). Apprenez à penser

(avec François Cochet), 14/18 Editions - SOTECA, Saint-Cloud, 2010.

Actes du colloque international tenu à l’Ecole militaire les 6 et 7 novembre 2008. Vingt-quatre communications balayant tous les aspects de la carrière du maréchal Foch, de sa formation à son héritage dans les armées alliées par des historiens, civils et militaires, de neuf nations (461 pages + 16 pages de bibliographie).

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